Place et rôle du secteur pétrolier dans le développement de l'économie algérienne - article ; n°39 ; vol.10, pg 629-658

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Tiers-Monde - Année 1969 - Volume 10 - Numéro 39 - Pages 629-658
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1969
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Mohamed El-Aziz Kouadri
Place et rôle du secteur pétrolier dans le développement de
l'économie algérienne
In: Tiers-Monde. 1969, tome 10 n°39. pp. 629-658.
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El-Aziz Kouadri Mohamed. Place et rôle du secteur pétrolier dans le développement de l'économie algérienne. In: Tiers-Monde.
1969, tome 10 n°39. pp. 629-658.
doi : 10.3406/tiers.1969.2512
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1969_num_10_39_2512PLACE ET ROLE DU SECTEUR PÉTROLIER
DANS LE DÉVELOPPEMENT
DE L'ÉCONOMIE ALGÉRIENNE
par Mohamed El-Aziz Kouadri*
INTRODUCTION
Au lendemain de l'Indépendance, les responsables algériens se trouvent
confrontés à deux sortes de problèmes :
— sur le plan économique, l'Algérie est en proie au sous-développement;
— sur le social, les sept années de guerre ont entraîné un cortège de
destructions et fait de nombreuses victimes (invalides, veuves et orphelins),
ce qui constitue une lourde charge pour le jeune Etat.
Le gouvernement algérien va, par conséquent, être amené à mettre en
œuvre une politique commandée par des impératifs d'indépendance nationale.
Le secteur pétrolier, qui représente en 1962 à lui seul 45 % des exportations
algériennes, un chiffre d'affaires de 1 600 millions de NF et un potentiel d'inves
tissement dépassant 5 milliards de NF, ne peut rester en marge du plan
gouvernemental.
La déclaration de principe des accords d'Evian de mars 1962 prévoit la
participation de l'Algérie à la valorisation de ses ressources naturelles et son
intervention dans toutes les activités économiques nationales mais n'en fixe
pas les modalités.
Or, les sociétés pétrolières jouissent alors d'une fiscalité très libérale.
Les investissements qu'elles réalisent en Algérie rapportent très peu de revenus
au pays et entraînent fort peu d'effet de propagation sur l'économie algérienne.
Par contre, la fiscalité indirecte sur les produits pétroliers fabriqués à
partir des produits bruts algériens et consommés en France et les impôts
directs sur les revenus des sociétés pétrolières et parapétrolières représentent
des sommes considérables versées au fisc français. De plus, les hydrocarbures,
après transformation, dégagent des surplus importants et donnent naissance
ou favorisent de nombreuses activités sur le territoire français.
C'est pourquoi cette manifestation d'intention ne pouvait rester à l'état
d'un vœu pieux. La transformation du cadre de l'exploitation pétrolière s'est
* Directeur administratif de la SONATIBA (Alger).
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imposée comme une urgente nécessité. Ce n'est cependant que le 29 juillet 1965,
après de laborieuses démarches, qu'un accord signé entre l'Algérie et la France
va concrétiser la mise en place du nouveau régime.
Quatre points importants se dégagent de cet accord :
— les recettes fiscales découlant de l'activité pétrolière sont considérablement
augmentées ;
— l'Algérie, grâce à l'Association coopérative, accède au rôle de producteur
d'hydrocarbures ;
— désirant faire du gaz naturel la base du développement économique du
pays, les Algériens obtiennent le monopole du transport et de la commerci
alisation, les producteurs étant dans l'obligation de le vendre à l'Algérie
dans des conditions raisonnables;
— pour faciliter la promotion de l'industrialisation algérienne la France
s'engage à accorder une aide importante à son partenaire.
Cinq années après l'indépendance, il semble intéressant de faire le point à la
lumière des premiers résultats obtenus, de dégager les orientations et les
objectifs de la politique pétrolière algérienne et de dessiner quelques pers
pectives d'avenir.
Pour ce faire, le développement ci-après aura pour objet d'apporter, autant
que possible, une réponse à trois questions ;
— Que représente le secteur pétrolier dans l'économie algérienne ?
— Quel rôle joue-t-il dans l'état actuel et quelle contribution sera-t-il appelé
à apporter dans l'avenir au développement économique et social du pays ?
— Le développement de l'Algérie étant lié à l'industrialisation et celle-ci
étant directement et indirectement tributaire des hydrocarbures, quels sont
les problèmes posés par la mise en œuvre de la politique pétrolière algé
rienne axée sur un tel développement ?
La présente réflexion suivra le plan suivant :
— la place du secteur pétrolier dans l'économie algérienne;
— le rôle du dans le développement de l'économie algérienne;
— les perspectives.
PLACE DU SECTEUR PÉTROLIER
DANS L'ÉCONOMIE ALGÉRIENNE
La place éminente prise par les hydrocarbures dans l'économie algérienne
trouve son explication dans les données ci-après :
1 ° L'Algérie possède des gisements de gaz et de pétrole qui la situent en bon
rang dans le concert mondial des pays producteurs;
630 DOCUMENTATION
2° Des études économiques récentes, menées à l'initiative des Pouvoirs publics,
révèlent la part de plus en plus importante prise par le secteur pétrolier
au sein de l'économie nationale.
Pour saisir d'une façon concrète l'importance du secteur pétrolier il suffit
d'examiner successivement :
— ses potentialités;
— l'impact de son activité sur l'économie nationale.
Les potentialités du secteur pétrolier. — Le secteur pétrolier dispose de grandes
réserves en hydrocarbures autorisant, par voie de conséquence, une production
importante. Il se caractérise en outre par un volume d'investissements
considérable.
RÉSERVES ET PRODUCTION D'HYDROCARBURES
La recherche systématique d'hydrocarbures au Sahara ne date que de 1952.
La croissance considérable de l'économie européenne à partir de l'an
née 1950, l'augmentation constante de la consommation de produits énergé
tiques et les événements du Moyen-Orient vont grandement favoriser cette
recherche.
D'ores et déjà, et dans l'état des connaissances actuelles, l'Algérie peut être
considérée comme l'un des premiers producteurs de pétrole brut et de gaz
naturel dans le monde.
Les réserves
Les réserves pétrolières prouvées ont été estimées au ier janvier 1966 à plus
de 1 milliard de tonnes.
Après un ralentissement sensible de la recherche après 1962, la pros
pection a repris grâce à l'Association coopérative et la Société nationale
SONATRACH; les derniers gisements découverts à El-Borma et Sidi-
Berkaoui permettent d'augurer d'autres découvertes importantes.
L'Algérie ne possède cependant que 2 % des réserves mondiales et se
trouve devancée par le Moyen-Orient (60 à 70 %), les Etats-Unis (10 %),
l'U.R.S.S. et les pays de l'Est (9,5 %), les Caraïbes (5,7 %) et la Libye (3 %).
Sur le plan qualitatif, le pétrole algérien est un hydrocarbure léger. Il
offre une gamme de produits nobles d'une grande valorisation. Il est dépourvu
de substance corrosive, ce qui facilite son traitement au raffinage et en
pétrochimie.
Les réserves d'hydrocarbures galeux sont considérables : l'Algérie, avec près
de 3 000 milliards de mètres cubes de réserves prouvées, vient immédiatement
après les Etats-Unis (8 500 milliards de mètres cubes) et l'U.R.S.S.
(3 500 X io9 m3).
631 TIERS MONDE
Le gaz algérien se caractérise en outre par deux avantages appréciables :
Sur le plan qualitatif : c'est un gaz humide à 85 % non associé au pétrole,
ce qui facilite grandement son extraction. Il contient de la gazoline, excellente
matière première pour l'industrie chimique.
Son pouvoir calorifique (10 thermies par m3) lui confère une supériorité
sur les gaz concurrents.
Il est riche en méthane, éthane, butane et propane ce qui autorise la pro
duction d'une grande variété de produits chimiques.
Sa forte teneur en azote permet l'implantation d'une industrie d'engrais.
Sur le plan de la concentration et de l'importance des gisements, l'Algérie se
trouve favorisée. Le gisement de Hassi R'Mel constitue à lui seul des réserves
récupérables de l'ordre de 2 000 X ю9 m3, celui de Rhourde-Nouns représente
600 x io9 m3 et Altar vient en troisième position avec 112 x ю9 m3.
"La production
La production algérienne de pétrole brut a été pour 1967 de l'ordre de 39 mil
lions de tonnes, situant l'Algérie au 10e rang dans le monde après les Etats-
Unis (433 Mt), l'U.R.S.S. (290 Mt), le Venezuela (185 Mt), l'Iran (130 Mt),
l'Arabie séoudite (125 Mt), le Koweït (115 Mt), la Libye (83,5 Mt), l'Irak
(59,5 Mt) et le Canada (47 Mt).
La production prévue pour 1968 est estimée à 46 millions de tonnes; cette
production a été freinée de 1964 à 1966 par l'insuffisance de l'infrastructure de
transport. La construction du pipeline SONATRACH dont le débit optimal
est de 22 Mt va permettre d'atteindre très rapidement les 50 Mt annuels. La
construction d'un quatrième oléoduc (Mesdar-Skikda) d'une capacité d'éva
cuation de l'ordre de 30 Mt autorisera une production annuelle de l'ordre
de 75 à 80 Mt vers 1972.
La production reste liée cependant à deux contraintes essentielles :
— la croissance de la consommation intérieure et la demande internationale
conditionnent les objectifs à atteindre dans ce domaine;
— à partir d'un certain niveau l'augmentation de la production est subor
donnée à la découverte de nouvelles réserves.
L,a production dega% naturel n'a commencé qu'en i960. Elle est relativement
faible eu égard à l'importance considérable des réserves. Cette production est
passée de 1,32 x io9 m3 en 1964 à 1,750 X io9 m3 en 1965 et 2,11 X io9 m3
en 1966. En 1967 elle a été supérieure à 2,6 X ю9 m3.
Sur le plan national, le gaz constitue un produit énergétique à bon marché.
La consommation intérieure, malgré de constants progrès, reste faible. Mais
l'industrialisation du pays lui permettra, compte tenu des nouveaux besoins
exprimés par les complexes industriels, de dépasser 2,5 x 109 m3.
632 DOCUMENTATION
La demande extérieure, compte tenu de l'évolution de la structure de la
balance énergétique et la place de plus en plus grande prise par le gaz naturel
sur le marché européen d'une part, et d'autre part, des contrats et protocoles
d'accords passés par l'Algérie avec certains pays, se situerait vers 1975 entre 10
et 15 milliards de mètres cubes.
LES INVESTISSEMENTS PÉTROLIERS
La mise en exploitation des hydrocarbures algériens a nécessité et nécess
itera dans l'avenir, sur la base des développements prévus, une masse d'inves
tissements énorme. Cette situation ne manquera pas de peser lourdement, et
ce, pendant de nombreuses années sur l'économie du pays.
S'il est difficile de fournir des précisions sur l'avenir, l'analyse des comptes
pétroliers effectuée par l'Organisme saharien pour le compte des Pouvoirs
publics permettra de dégager certaines données instructives sur ces inves
tissements.
Ces derniers peuvent s'examiner à deux points de vue :
— sur le plan de leur structure;
— sur le plan de leur financement.
Structure des investissements pétroliers
Cette structure peut être envisagée de trois façons différentes :
— du point de vue de la nature des activités;
— suivant la nature des immobilisations;
— sur le plan financier suivant les sociétés et les groupes financiers.
Par nature d'activité. — Pour l'ensemble de la période 195 2-1963, le montant
total des immobilisations brutes s'élève à 6,47 milliards de DA se répartissant
comme suit :
Géologie et géophysique 1,5 milliard de DA
Forages de recherche 1,75 — d'exploitation 1,75 X 10e —
Installation de production 0,80 —
Infrastructure et divers 0,75 —
La recherche d'hydrocarbures représente par conséquent près de 50 %
des immobilisations totales alors que l'exploitation se situe autour de 40 %,
le poste divers ne couvrant que 10 % de l'ensemble.
Var nature ď immobilisation. — Les sondages constituent 5 1 % du montant
total des immobilisations effectuées entre 1952 et 1963.
Les installations de production représentent 13,5 % du total.
Les bâtiments et l'infrastructure (les dépenses de génie civil) équivalent
63З
T. m. 39 41 ■

MONDE TIERS
à 6 % de ce même total alors que les immobilisations incorporelles (géologie,
géophysique, géodésie, topographie) arrivent à près de 22 % de l'ensemble.
Par société et groupes financiers. — Les six plus grandes sociétés ont effectué
à elles seules 77 % de dépenses totales, soit environ 5 milliards de DA se répar-
tissant comme suit :
Société nationale de Recherche de Pétrole en Algérie (SNREPAL) : 1,5 milliard de DA
(amorti à 58 % au 31-12-63);
Compagnie de Recherche et d'Exploitation pétrolière au Sahara (CREPS) : 1,5 milliard de DA
(amorti à 65 % au 31-12-63); française des Pétroles en Algérie (CFPA) : 1,2 milliard de DA (amorti à 60 %
au 31-12-63);
Compagnie des Pétroles en Algérie (CPA) : 0,5 milliard de DA (amorti à 6,7 %
au 31-12-63) ; d'Exploitation pétrolière (CEP) : 0,20 milliard de DA (amorti à 18 %
au 31-12-63) ;
Société nationale des Pétroles d'Aquitaine (SNPA) : o,io milliard de DA (amorti à 45 %
au 31-12-63).
Par groupes financiers la répartition est la suivante :
Filiales de l'Etat algérien 25,8% des dépenses totales
— français 32,6 — —
CFP (Compagnie française des Pétroles) 19,6 — —
Indépendants français 5,7 — —
Groupes internationaux (Mobil, Esso, BP) ... 11,5 — —
Divers 4,8 — —
Le financement des Sociétés pétrolières
Le financement des investissements pétroliers, compte tenu des risques
qu'il comporte au départ et de larges profits qu'il dégage en cas de succès de la
recherche, a attiré très rapidement les groupes financiers disposant de larges
disponibilités.
La puissance publique ne pouvait se désintéresser de la chose. La politique
dirigiste du gouvernement français en la matière, en considération des impér
atifs de sa politique de diversification des sources d'approvisionnement, va
conduire l'Etat à encourager, d'une part, et, intervenir directement d'autre
part, dans le financement de l'activité pétrolière.
Le marché financier et les sociétés pétrolières. — Le secteur privé va participer
à ce financement :
— par le truchement des banques d'affaires et des sociétés de financement;
— par les groupes pétroliers internationaux qui vont créer de véritables
filiales.
Les banques et organismes de financement. — Les banques de dépôt, les sociétés
634 DOCUMENTATION
d'assurance vont se joindre aux banques d'affaires pour constituer des sociétés
de financement.
Parmi les plus importantes, sont à citer :
— La société française d'investissement pétrolier au capital de 100 millions
de francs se répartissant entre les banques Rothschild Frères (40 %),
Lazard Frères (40 %), Crédit Lyonnais (10 %), Caisse des Dépôts et Consi
gnations (10 %);
— La CFS, Société saharienne de Financement au capital de 30 millions de
francs dont les principaux actionnaires sont : la Banque de l'Indochine,
Lazard Frères, Crédit Lyonnais, Union Européenne et Commerciale,
Rothschild Frères, Banque Union Parisienne, BNP, Worms et Cle, etc.
Les banques vont, d'autre part, faire appel au capital privé pour créer des
organismes de financement très ouverts au public : les REP. Ces dernières vont
bénéficier du soutien de l'Etat. Elles seront cotées en Bourse.
Les principales REP sont :
— REP France au capital de 150 millions, dont les principaux actionnaires
sont Lazard Frères et le Crédit Industriel et Commercial. REP France
possède des participations dans la Société française de Recherche et
d'Exploitation pétrolière au Sahara (SOFREPAL);
— GENAREP au capital de 150 millions de francs versé principalement par
la Banque de Paris et des Pays-Bas, la Société Générale. GENAREP pos
sède des participations dans SOFREPAL et CEP;
— COFIREP (Compagnie financière de Recherche pétrolière), capital 280 mil
lions de francs. Y participent la Compagnie de Chemins de Fer d'Indochine,
SOCANTAR, Compagnie française du Pétrole et plusieurs actionnaires
individuels, COFIREP possède des actions dans SOFREPAL, CREPS,
CFPA et CPA.
ILe s grands groupes internationaux. — Les membres du cartel ont été intéressés
par les richesses pétrolières du Sahara. Ils vont créer de véritables filiales et
participer aux financements d'autres sociétés.
— le groupe Royal Dutch Schell va financer pour 65 % la CPA et 35 % la
CREPS. Il prendra 24 % de participation dans la raffinerie d'Alger;
— la British Petroleum (BP) finance à 99 % une société qui tombe de
plein droit dans le périmètre de l'association coopérative; BP possède en
outre 16 % du capital de SSRP. Elle a cédé sa participation au sein de la
Raffinerie d'Alger ainsi que son réseau de distribution à la Société natio
nale SONATRACH;
— Esso-Standard a créé une véritable filiale Esso-Sahara. Elle possédait en
outre 17,6 % des actions de la raffinerie d'Alger et 22 % du réseau de
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distribution en Algérie. Ces biens ont été mis sous contrôle de l'Etat
après les événements du Moyen-Orient en juin 1967 et dévolus à la
SONATRACH;
— il en est de même de Mobil : Mobil Sahara sa filiale, qui possédait en outre
25 % des actions au sein de la CREPS, 6 % du capital de la Raffinerie
d'Alger et une partie du réseau de distribution, a vu ses biens nationalisés
après juin 1967 ;
— la Compagnie française des Pétroles a donné naissance à la CFPA en four
nissant 85 % de son capital. Elle possède en outre 50 % du capital de
SOPEG (oléoduc Hassi-Messaoud - Bougie), 32,5 % de la SOTHRA
(gazoduc Hassi R'Mel-Arzew), 50 % du capital COMES (Compagnie du
Méthane saharien), 8,8 % de la CAMEL (usine de liquéfaction de gaz
d'Arzew), 20 % de la raffinerie d'Alger et 20 % du réseau de distribution
en Algérie.
La part du secteur public dans le financement de V activité pétrolière
La puissance publique française dans le cadre de sa politique de contrôle
va créer des sociétés pétrolières où sa participation sera majoritaire.
L'Algérie de son côté, sa majorité politique obtenue, va vite passer du
simple interventionnisme à la production.
La manifestation du capital public français. — L'ERAP, Société d'Etat
d'Exploitation pétrolière née de la fusion de deux organismes nationaux, la
Régie autonome des Pétroles et le Bureau de Recherches pétrolières, possède
la majorité des actions dans les sociétés suivantes :
La CREPS, PETROPAR, SOGERAP, SOFREPAL et CEP.
Elle possède en outre des participations dans la CPA, la CAREP, la
CAMEL, la Raffinerie d'Alger, la SOPEG et la SOTHRA.
Elle s'identifie à la Société « F » prévue par les accords de 1965 dans le
cadre de l'Association coopérative.
Elle s'est associée à la Société « A » (SONATRACH) pour créer l'usine de
liquéfaction de gaz de Skikda.
La part du secteur public algérien. — Dès 1962, l'Algérie bénéficie des parti
cipations achetées sur son budget lors de la constitution de la SNREPAL et
de la CAREPT.
En 1964, l'Etat crée la Société nationale SONATRACH dont l'objet
sera la construction de l'oléoduc Hassi-Messaoud - Arzew.
Fin 1966, les compétences de SONATRACH sont étendues à la recherche,
la production, la distribution et la transformation des hydrocarbures. Elle
bénéficie de toutes les parts algériennes dans les sociétées d'économie mixte
et devient la Société « A » représentant l'Algérie au sein de l'Association
coopérative.
636 DOCUMENTATION
Dans le domaine du raffinage elle possède près de la moitié des actions
de la Raffinerie d'Alger (capacité 2,5 millions de tonnes) avec monopole de
l'alimentation en brut et de l'exportation des produits raffinés.
— Depuis les nationalisations intervenues en juin elle détient le monopole
de la distribution sur le territoire.
— Dans le domaine du transport terrestre, elle possède deux oléoducs :
Hassi-Messaoud - Arzew et Béni-Mansour - Alger et doit construire celui
de Mesdar à Skikda, ce qui portera la capacité de transport à près de
5 5 millions de tonnes. Elle possède en outre la participation algérienne au
sein de la SOPEG (25 %).
SONATRACH construit le gazoduc Hassi R'Mel-Skikda (12 X
io9 m3/an).
— Dans le domaine de la transformation des hydrocarbures il faut noter la
construction de l'usine de liquéfaction de Skikda (actions SONATRACH,
5 1 %), le complexe d'engrais d'Arzew (100 % SONATRACH), le complexe
chimique de Annaba prévu dans un proche avenir et deux autres raffineries
(Arzew et Skikda) qui porteront la capacité de raffinage à 7 millions de
tonnes/an.
— L'Algérie étudie actuellement la possibilité d'acquérir méthaniers et
pétroliers pour le transport de ses hydrocarbures.
"La place du secteur pétrolier dans V économie nationale
La création des immobilisations par le secteur pétrolier se traduit par :
— une demande importante de biens et de services auprès des autres secteurs
(et branches) de l'économie nationale;
— des salaires distribués;
— des importations nécessaires à ses activités et des exportations de produits
pétroliers.
L'analyse des comptes pétroliers pour l'année 1963 permettra de tirer
encore quelques chiffres significatifs.
ANALYSE DES COMPTES ÉCONOMIQUES DU SECTEUR PÉTROLIER
ET DES ACTIVITÉS PARAPÉTROLIÈRES POUR I963
Les caractéristiques de la demande du secteur pétrolier. — L'analyse des comptes
du secteur pétrolier pour 1963 conduit aux constatations suivantes :
Le montant global des ressources s'élève à 2 948,8 millions de DA, se
décomposant comme suit :
Pétrole et gaz 1 975,5 millions de DA
Produits divers 68,1 —
Auto-équipement 905 —
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