Point de vue et flexibilité d'interprétation d'un matériel imagé chez l'enfant de 9 à 13 ans et chez l'adulte - article ; n°2 ; vol.94, pg 233-256

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L'année psychologique - Année 1994 - Volume 94 - Numéro 2 - Pages 233-256
Résumé
Afin de retracer certaines étapes de l'évolution de la capacité à se décentrer et à mettre en texte, nous avons demandé à des enfants de 9, 11, 13 ans et des adultes de raconter une histoire en adoptant successivement la perspective de deux personnages, à partir d'un même matériel imagé. Les sujets devaient aussi classer les images de la planche selon la perspective imposée. Les résultats révèlent une tendance croissante avec l'âge:
1) à modifier l'ordre chronologique des événements en fonction de la perspective ;
2) à adopter successivement plusieurs perspectives imposées et à les maintenir au cours de la narration;
3) à raconter en sélectionnant correctement les informations selon la perspective.
Mots clefs: production narrative, décentration, point de vue et perspective de lecture.
Summary : Point of view and interpretation flexibility of imaged material.
In order to outline certain stages of evolution in the capacity to decenter and put into text, children aged 9, 11 and 13 years and adults were asked to tell a story while successively adopting the perspective of two characters, based on the same imaged material. The subjects also had to arrange the board images according to the imposed perspective. The results show an increasing tendancy with age:
1) to modify the chronological order of events according to the perspective;
2) to successively adopt several imposed perspectives and maintain them during narration;
3) to tell the story while correctly selecting information according to the perspective.
Key words: narrative production, decentration, point of view and reading perspective.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1994
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L. Iralde
C. Moalic
Point de vue et flexibilité d'interprétation d'un matériel imagé
chez l'enfant de 9 à 13 ans et chez l'adulte
In: L'année psychologique. 1994 vol. 94, n°2. pp. 233-256.
Résumé
Afin de retracer certaines étapes de l'évolution de la capacité à se décentrer et à mettre en texte, nous avons demandé à des
enfants de 9, 11, 13 ans et des adultes de raconter une histoire en adoptant successivement la perspective de deux
personnages, à partir d'un même matériel imagé. Les sujets devaient aussi classer les images de la planche selon la perspective
imposée. Les résultats révèlent une tendance croissante avec l'âge:
1) à modifier l'ordre chronologique des événements en fonction de la perspective ;
2) à adopter successivement plusieurs perspectives imposées et à les maintenir au cours de la narration;
3) à raconter en sélectionnant correctement les informations selon la perspective.
Mots clefs: production narrative, décentration, point de vue et perspective de lecture.
Abstract
Summary : Point of view and interpretation flexibility of imaged material.
In order to outline certain stages of evolution in the capacity to decenter and put into text, children aged 9, 11 and 13 years and
adults were asked to tell a story while successively adopting the perspective of two characters, based on the same imaged
material. The subjects also had to arrange the board images according to the imposed perspective. The results show an
increasing tendancy with age:
1) to modify the chronological order of events according to the perspective;
2) to successively adopt several imposed perspectives and maintain them during narration;
3) to tell the story while correctly selecting information according to the perspective.
Key words: narrative production, decentration, point of view and reading perspective.
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Iralde L., Moalic C. Point de vue et flexibilité d'interprétation d'un matériel imagé chez l'enfant de 9 à 13 ans et chez l'adulte. In:
L'année psychologique. 1994 vol. 94, n°2. pp. 233-256.
doi : 10.3406/psy.1994.28752
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1994_num_94_2_28752L'Année psychologique, 1994, 94, 233-256
Laboratoire de recherche opératoire
en Psychologie et Sciences sociales*
POINT DE VUE
ET FLEXIBILITÉ D'INTERPRÉTATION
D'UN MATÉRIEL IMAGÉ CHEZ L'ENFANT
DE 9 À 13 ANS ET L'ADULTE
par Lydie Iralde et Chantai Moalic
SUMMARY: Point of view and interpretation flexibility of imaged material.
In order to outline certain stages of evolution in the capacity to decenter
and put into text, children aged 9, 11 and 13 years and adults were asked
to tell a story while successively adopting the perspective of two characters,
based on the same imaged material. The subjects also had to arrange the
board images according to the imposed perspective. The results show an
increasing tendancy with age:
1) to modify the chronological order of events according to the perspective ;
2) to successively adopt several imposed perspectives and maintain them
during narration;
3) to tell the story while correctly selecting information according to the
perspective.
Key words: narrative production, decentration, point of view and rea
ding perspective.
Le développement de la capacité à se décentrer, à se dégager
de son point de vue personnel pour pouvoir se situer et «voir les
choses» sous de nouvelles perspectives, a fait l'objet de nombreux
travaux réalisés autour des notions d'égocentrisme, de communic
ation et de prise de rôle (voir Beaudichon et Bideaud, 1979, pour
1. IPSA, Université Catholique de l'Ouest, 3 Rue Rabelais, BP 808,
49008 Angers Cedex 01. 234 Lydie Iralde et Chantai Moalic
une revue). Dans ce cadre théorique, nous relèverons plus par
ticulièrement les études centrées sur les possibilités des sujets
à assumer différentes perspectives sur un même message, ce
qui exige d'être en mesure d'inhiber son propre point de vue
et de percevoir à chaque fois les caractéristiques pertinentes
de la situation (Feffer et Gourevitch, I960; Flavell, Botkin, Wright
et Jarvis, 1968; Borke, 1971, 1972; Chandler et Greenspan,
1972; Urberg et Docherty, 1976). Les résultats de ces recherches,
obtenus le plus souvent à partir d'une épreuve de prise de rôle
où le sujet raconte une histoire en se plaçant successivement
du point de vue de chaque personnage, permettent tous de
conclure en faveur d'une capacité croissante avec l'âge à assu
mer différentes perspectives sociales.
À notre connaissance cependant, et bien que le support nar
ratif ait été fréquemment utilisé dans ces études, cette capacité
n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi dans le cadre de la
production de récit. Nique et Lelièvre (1978) montrent pourtant
que, pour produire un récit, l'enfant doit être en mesure de mett
re en œuvre trois opérations :
1) se décentrer, c'est-à-dire ne plus parler à partir de son point
de vue propre ;
2) se représenter, en regardant comme de l'extérieur la situa
tion à relater ;
3) personnaliser ou apprécier la situation à partir d'une posi
tion de recul.
L'évolution des productions avec l'âge serait alors la consé
quence du développement de la décentration, considérée comme
la capacité à dépasser la perspective égocentrée (Appelbee, 1978;
Fayol, 1983, 1985).
En outre, les chercheurs qui s'intéressent à la manière de
présenter et d'organiser le discours, à la façon de dire, soul
ignent le rôle joué à ce niveau par le point de vue, qu'ils posent
comme caractéristique inhérente des séquences de phrases
sémantiquement reliées. Black, Turner et Bower (1979) avan
cent notamment qu'un discours cohérent se caractérise par la
continuité des phrases qui le composent et se différencie d'une
succession d'énoncés non reliés par la présence de relation de
cohésion, dont le maintien d'un point de vue logique. Cette
expérience, et d'autres réalisées à partir d'un matériel narratif
(voir notamment Kaminska-Feldman, 1982), montrent que la
mise en texte (production ou re -production de récits) nécessite
le choix d'un point de vue, en d'autres termes que le narrateur Interprétation de l'image 235
sélectionne l'un des personnages et relate les faits en repérant
les autres relativement à lui (Fayol, 1985, p. 112).
Kuno (1976) a le premier défini le point de vue comme l'att
itude du locuteur à l'égard des participants de l'événement qu'il
décrit. Ainsi, pour relater un même événement, le narrateur peut
se placer selon différents points de vue. Empruntons à l'auteur
l'exemple suivant {ibidp. 431):
1) John hit his wife ;
2) Mary's husband hit her.
Dans la première phrase, le narrateur décrit l'événement du
point de vue de John, tandis que dans la seconde, il se place du de vue de Mary. Kuno (ibid) parle alors d'empathie pour
caractériser la relation privilégiée que le narrateur entretient, à
des degrés divers, avec John ou Mary, et précise qu'une phrase
simple ne peut contenir plus d'un «focus d'empathie». Cet auteur
considère également que l'adoption d'un point de vue est liée à
la capacité du sujet à regarder le monde à travers les yeux des
autres aussi bien qu'à travers ses propres yeux (voir aussi
Chafe, 1976, p. 54). Cette capacité, proche de la prise de rôle,
aurait ensuite des incidences sur l'utilisation de certaines unités
linguistiques et la mise en texte (Kuno et Kaburaki, 1975).
À travers ces diverses recherches, le point de vue apparaît
donc exprimer la position perçue du narrateur et révéler la
perspective sous laquelle il se situe (Fayol, 1985). En spécifiant
la relation du narrateur à l'action et la proximité ou la dis
tance relationnelle qu'il entretient avec ses participants, le point
de vue détermine la position particulière à partir de laquelle
s'engagent la production et la présentation de l'action. De plus,
une fois adoptée, cette position doit être maintenue pour préser
ver la cohésion textuelle (Black, Turner et Bower, 1979; Fayol,
1985). Pour ce faire, un certain nombre de moyens linguistiques
sont à disposition, comme l'opposition article défini — article
indéfini, comme le marquage du sujet thématique par le biais du
rappel du nom du protagoniste ou l'emploi anaphorique des pro
noms personnels en tête de phrase (Karmiloff-Smith, 1981), ou
encore l'attribution de noms propres (Kripke, 1972). Les notions
de point de vue et de perspective nous amènent donc bien à évo
quer, non seulement le contenu sémantique, mais également la
façon de dire et de présenter le discours.
Si nous avons, jusqu'à présent, employé ces deux notions
sans vraiment les distinguer, il convient maintenant d'apporter
quelques précisions. 236 Lydie Iralde et Chantai Moalic
La notion de perspective peut, à notre sens, se définir à deux
niveaux: d'une part, celui des personnages du récit, à travers
leur rôle, leur fonction, leur statut, les actions qu'ils effectuent
(nombre, enchaînement et pré valence de ces actions). Barthes
(1977) avance, en effet, qu'il y a en principe autant de perspect
ives possibles sur une histoire qu'il y a de personnages impli
qués. La notion de perspective apparaît ainsi étroitement liée
aux personnages d'un récit, bien qu'il soit difficile de limiter
strictement cette notion aux actions qu'ils mènent; intervient
également toute la psychologie, «l'essence psychologique» des
personnages; d'autre part, au niveau de la structure du récit
(mises en scène, conclusions, buts différents).
Le point de vue ne peut se réduire à la perspective telle que
nous venons de la définir; il l'englobe et la dépasse par la
dimension interprétative et evaluative qu'il peut comporter.
Plus qu'un mode d'appréhension particulier d'une situation, le
point de vue est également un moyen de qualification de celle-
ci (Iralde, 1990). Il se révèle ainsi être l'expression d'une prise
de position particulière de la part de cette personnalité phy
sique et biographique qu'est le producteur ou l'auteur du texte,
à l'égard de la situation qu'il se propose de relater. Il semble
donc possible de rapprocher le point de vue de la flexibilité
d'appréhension et d'interprétation, qui fait que les mêmes don
nées (événement, situation) permettent des « expériences » diver
ses en fonction du contexte et du sujet, selon notamment les
variables qui définissent ce dernier.
À supposer que la mise en texte soit une instance d'opéra
tions qui exigent le choix d'un point de vue, elle est, selon les
études présentées plus haut, établie sur la base d'un certain
nombre de capacités cognitives, notamment celles qui consis
tent, pour le narrateur, à s'extraire de la situation à raconter et
à se décentrer. En conséquence, il nous a semblé intéressant de
tenter de clarifier les étapes de cette compétence à mettre en
mots, considérée comme dépendante et révélatrice de la capac
ité à adopter un point de vue et à maintenir cette position au
cours de la production. De façon plus précise, notre recherche
vise, selon l'âge des sujets, à rendre compte des incidences sur
le discours produit de l'incitation à établir successivement une
relation d'empathie avec différents personnages d'une même
histoire.
Si la détermination d'un point de vue est nécessaire pour
produire un récit, si elle repose sur les capacités de décentra- Interprétation de l'image 237
tion et de représentation et réfère au personnage avec lequel
le narrateur entretient une relation d'empathie, nous pouvons
alors nous demander si l'enfant est capable d'élaborer une
histoire en se plaçant dans la «peau» d'un personnage; com
ment les sujets opèrent-ils et gèrent-ils des changements de
perspective successifs selon l'âge, quelles sont les conséquenc
es de ces changements au niveau des productions et, au delà,
en quoi l'examen de ces questions peut-il éclairer la dynami
que du point de vue et l'intérêt qu'il y a à adopter et maintenir
une perspective au cours d'une narration?
Compte tenu des données dont nous disposons, nous présu
mons que la capacité à interpréter une situation figurative et à
raconter en se plaçant successivement dans la perspective de plu
sieurs personnages devrait se développer avec l'âge, et s'accom
pagner de la tendance croissante à maintenir cette position tout
au long de la narration.
En conséquence, nous posons les hypothèses suivantes:
— Hypothèse 1 : nous supposons qu'avec l'âge, les sujets déve
lopperont la capacité à dépasser, selon les perspectives pro
posées, l'ordre chronologique des événements et le point de
vue initial de la narration; cette tendance devrait s'obser
ver au niveau des productions par une capacité croissante
à modifier la trame narrative, et au niveau des arrange
ments d'images par des modifications de l'ordre imposé par
la planche.
— Hypothèse 2 : la fréquence des contaminations entre les
points de vue successifs devraient avoir tendance à dimi
nuer avec l'âge; en d'autres termes, la capacité à classer
les images et à relater en tenant compte des informations à
la disposition du personnage de la perspective (qu'est-ce
qu'il a pu voir? entendre?) devrait se développer.
— Hypothèse 3 : la fréquence des changements de perspective
au cours d'une production devrait être moins élevée chez
les sujets les plus âgés.
PROCÉDURE EXPERIMENTALE
1. Les sujets
L'expérience a porté sur un échantillon de 96 sujets qui se répart
issent en quatre niveaux d'âge, soit 24 sujets par classe: CM1 (âge Lydie Iralde et Chantai Moalic 238
moyen 9 ans 8 mois), 6e (âge moyen 11 ans 11 mois), 4e (âge moyen
13 ans 8 mois), étudiants 22 ans 8 mois). Ces classes d'âge
ont été retenues en référence aux stades piagétiens et aux travaux sur
la prise de rôle qui laissent apparaître des divergences entre auteurs.
Pour certains, l'enfant n'est capable de reconnaître l'existence d'un
point de vue autre que le sien qu'à partir de 7-8 ans, et n'est guère en
mesure d'adopter différentes perspectives avant l'âge de 11-12 ans. Le
choix de nos classes d'âge nous permettra de préciser ce qu'il en est
avant et après ce dernier palier.
2. Le matériel (cf. annexe I)
II se compose :
1) de 8 images en couleur sans texte associé, extraites de «L'agent 212»
(Cauvin, 1992, album 13), et présentées sur une même planche dans
l'ordre chronologique des événements ;
2) des mêmes 8 images, mais qui ont cette fois été découpées pour
constituer des images isolées ;
3) de 3 portraits représentant chacun l'un des trois personnages ;
4) d'un texte construit par nous et décrivant les principaux événements
de l'histoire.
Les images mettent en scène un voleur, un gendarme et un bijou
tier; il existe donc trois perspectives possibles, chacune étant en lien
avec l'un des personnages présentés.
Le texte accompagnant la planche a été élaboré à partir de six pro
ductions réalisées par des étudiants qui ont participé aux préalables de
cette expérience. Ce texte décrit les personnages et leurs actions prin
cipales, ceci chronologiquement et de la façon la plus neutre possible,
afin de respecter le point de vue initial de l'histoire. Nous avons choisi
de donner lecture de ce texte, au risque de provoquer un appauvrisse
ment des productions, pour permettre, d'une part, une identification cor
recte des personnages, et pour garantir, d'autre part, une compréhens
ion correcte des actions représentées par les images.
DÉROULEMENT DE L'EXPÉRIENCE
La passation est individuelle et peut être décomposée en trois temps :
Chaque sujet reçoit la planche représentant les images et la
consigne suivante : « Devant toi tu as des images qui mettent en scène
trois personnages et qui racontent des événements qui se passent.
Moi, je vais d'abord te raconter ce qu'il y a sur les images et ensuite tu
me raconteras à ton tour, à ta façon, ce qui se passe sur les images».
La production est alors enregistrée au magnétophone et a pour object
if de nous assurer de la bonne compréhension de l'histoire. Interprétation de l'image 239
L'expérimentateur retire la planche et invite le sujet à donner quel
ques informations le concernant, ce qui a pour but de soustraire son
attention de la tâche qu'il vient d'effectuer. Chaque sujet reçoit ensuite
le portrait d'un personnage et la consigne suivante: «Tu m'as raconté
l'histoire selon ton point de vue. Maintenant, tu imagines que tu es le
voleur (V) ou le gendarme (G) ou le bijoutier (B). C'est toi, V, B ou G et
tu vas me raconter ce qui t'es arrivé en te servant des images que je
vais te donner». Les images sont alors disposées devant le sujet, dans
un ordre aléatoire; l'expérimentateur complète la consigne en disant:
«Devant toi tu as les mêmes images que tout à l'heure. Tu commences
par prendre les images qu'il faut pour que l'on comprenne bien que
c'est V, B, ou G qui raconte ce qui lui est arrivé, et pour que tu puisses
toi, V, B ou G, raconter ce qui t'es arrivé. Tu commences par ordonner
les images; tu peux en supprimer si tu veux. Quand tu auras fini
d'ordonner les images, tu me raconteras l'histoire comme si tu étais V,
B ou G». Au terme de sa production, le sujet est amené à retourner les
images retenues et à lire le prénom qui figure au verso. Les prénoms
sont notés par l'expérimentateur. Le but est encore ici de distraire le
sujet quelques minutes.
Chaque sujet est invité à adopter une nouvelle perspective, c'est-à-
dire à imaginer qu'il est un autre personnage de l'histoire. Les consi
gnes et le déroulement sont identiques à ceux de la deuxième partie.
Toutes les productions sont enregistrées au magnétophone.
Conformément à nos hypothèses, trois facteurs de variation sont
retenus :
1) le facteur âge (A) qui comporte 4 modalités ;
2) le combinaison de perspectives (C) à 6 modalités (voleur,
gendarme — voleur, bijoutier — gendarme voleur — gendarme,
bijoutier — bijoutier, voleur — bijoutier, gendarme) ;
3) le facteur type de production (P) à 3 modalités (initiale, lre et 2de pers
pectives imposées).
Nous avons ainsi créé 24 cellules expérimentales, regroupant 4 sujets
chacune et donnant lieu à 12 observations. Le plan d'expérience peut
s'écrire comme suit:
S, <AA * C> *P,
LES RÉSULTATS ET LEUR ANALYSE
Seront examinés les arrangements d'images dans un pre
mier temps puis les productions; nous étudierons successive
ment la longueur de ces productions, la cohérence des propos
itions qui les composent et le maintien du sujet thématique. 240 Lydie Iralde et Chantai Moalic
1. Arrangements des images
De nos observations, il ressort que le nombre de classements
différents présentés par chaque classe d'âge est sensiblement
identique (10, 14 et 11 classements différents en moyenne pour
les trois perspectives principales — V, G et B respectivement
— avec une étendue de 3 (G et B) et 4 (V). Néanmoins, la
grande majorité des arrangements présentés par les étudiants
ne l'est pas par les enfants de CM1 et de 6e, et très occasion
nellement par les 4e; ceci est particulièrement vrai pour les
perspectives Gendarme et Bijoutier et tend à montrer que la
composition des classements varie selon l'âge considéré.
Compte tenu de la diversité des arrangements proposés (28
pour la perspective Voleur, 46 pour celle du Gendarme et 43 celle du Bijoutier), nous avons choisi de nous pencher plus
particulièrement sur le choix de la première image, ainsi que sur
le nombre d'images composant les différents classements.
1.1. Choix de la première image
Pour les perspectives G et B, qui, plus que la perspective V,
pouvaient entraîner une transformation de l'arrangement ini
tial, nous constatons :
1) que la tendance à placer le personnage de la perspective en
première position s'accentue avec l'âge (pour la
Gendarme, 51,66% des classements débutent par l'image
3 représentant le gendarme mettant une contravention, soit
31,25% des classements de CMl et 37,5% de ceux de 6e,
62,5% des des 4e et 81,25% des classements
des étudiants) ; le test du khi-deux confirme cette tendance :
le choix de l'image 3 au détriment de l'image 1 apparaît
dépendre de l'âge de façon très significative (pour v = 1,
X2 = 19,78 > x2c = 10,83 à p < .001) ;
2) que la tendance à placer en premier une image permettant
d'introduire plus aisément la réaction du personnage dont
on prend la perspective s'accentue également avec l'âge.
Pour la B, peu de sujets ont commencé par une
image représentant ce personnage, mais nous constatons que
les élèves de CM 1, de 6e et de 4e ont préféré l'image 1, alors que
les étudiants ont massivement choisi l'image 2, sur laquelle
l'action du voleur a provoqué un bruit qui a sans doute alerté
le bijoutier; là encore, le choix préférentiel de l'image 2 par
rapport à l'image 1 est dépendant de l'âge, même si la signifi- Interprétation de l'image 241
cativité du résultat est plus faible et liée essentiellement à la
performance des étudiants (pour v = 3, %2= 11,27 > x2c = 9,35 à
p < .025). La même remarque peut être faite pour les arrange
ments de la perspective G qui n'ont pas présenté ce personnage
en première position. Là aussi, les élèves de CM1 et de 6e ont
plus fréquemment retenu l'image 1, alors que les 4e et les étu
diants ont préféré l'image 2 (pour v = 1, %2 = 10,25 > %2c = 6,63
à p < .01). Quant à la perspective Voleur, les sujets, à l'exception
de trois, ont tous opté, comme on pouvait s'y attendre, pour
l'image 1.
1.2. Nombre d'images par classement
Quels que soient la perspective et l'âge, le nombre d'images
par arrangement ne varie pas significativement. Toutefois,
l'analyse quantitative des ordres proposés selon l'âge nous per
met de faire deux constats. D'une part, les sujets réussissent
de mieux en mieux, sous l'effet de cette variable, à délaisser
les images contaminées, c'est-à-dire les images véhiculant une
information que le sujet de la perspective ne peut connaître.
Par exemple, pour la perspective V, l'image 3 est une image con
taminée, pourtant les élèves de CM1, de 6e et de 4e l'ont conser
vée en grande majorité: 81,25% en CM1, 68,75% en 6e et 4e
contre 18,75% à l'âge adulte. Il convient aussi de préciser que
cette image occupe une position différente selon l'âge. L'image 3,
lorsqu'elle est maintenue, tend à être de plus en plus souvent
placée après l'image 5 par les sujets les âgés. Cet ordre
permet de conserver ainsi une certaine cohérence puisque le
voleur n'a pu apercevoir le gendarme qu'après le coup de sifflet,
donc après l'image 5. D'autre part, nous observons une capac
ité croissante à modifier l'ordre chronologique des événements
en fonction de la perspective. En considérant la perspective B,
nous constatons que les sujets tendent de plus en plus avec l'âge,
à introduire l'image 6 entre l'image 7 et l'image 8 ou juste après
elles. Là encore, cette modification contribue à la cohérence du
classement, car le bijoutier n'a pu avoir connaissance de cette
scène qu'après être sorti.
L'ensemble de ces observations nous conduit à penser que
la cohérence des classements se manifeste de manière crois
sante avec l'âge ou, en d'autres termes, que les sujets parvien
nent de mieux en mieux à se dégager de l'organisation initiale
de la planche pour recomposer un arrangement plus pertinent

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