Population et économie dans le Mexique du XVIIIe siècle : une analyse des fluctuations annuelles - article ; n°5 ; vol.46, pg 1185-1205

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Population - Année 1991 - Volume 46 - Numéro 5 - Pages 1185-1205
Reher (David-Sven). - Población y Economia, Mexico en el Siglo XVIII : Un análisis de las fluctuaciones anuales. Basado en series anuales de acontecimientos vitales y otras de precios del mais durante el siglo XVIII en la parte central de Mexico, el présente escrito prétende analizar sis- temáticamente la relación entre fluctuaciones demográficas y económicas en el corto plazo. El estudio hace uso de modelos de retardos distribuidos sobre un periodo de cinco aflos que nos permiten ver con claridad la direccionalidad, la intensidad y la estructura temporal de las relaciones entre población y economia. Donde haya sido posible, el análisis ha controla- do por grupo étnico-social. Entre los resultados destacan la fuerte influencia que mantienen los precios sobre las fluctuaciones de la fecundidad y de la mortalidad, y la clara diferen- ciación social en algunas de las respuestas observadas.
Reher (David-Sven). - Population et économie dans le Mexique du xvine siècle : une analyse des fluctuations annuelles. L'article présente une analyse systématique des relations entre les mouvements démographiques à court terme et les fluctuations économiques, en s'appuyant sur les statistiques annuelles de l'état civil et celles du prix du blé, au xvine siècle dans le centre du Mexique. Le recours à un modèle de retards échelonnés sur cinq ans permet de faire ressortir la direction, l'intensité et la structure temporelle des relations entre population et économie. Aussi souvent que possible, on a introduit une différenciation par groupe socio-ethnique. Les résultats les plus saillants sont la forte influence des prix sur la fécondité et la mortalité, ainsi que la nette différenciation sociale de la plupart de ces relations.
Reher (David-Sven). - Population and Economies in 18th Century Mexico: an Analysis of Annual Fluctuations. Based on annual series of vital statistics and series of corn prices during the eighteenth century in the central part of Mexico, the present paper systematically analyzes the relation between short-term demographic and economic fluctuations. This study makes use of five year distributed lag models which enable us to see the directionality, intensity and temporal structure of the relations between population and economy. Wherever possible, the data have been controlled for social-ethnic group. The strong influence of prices on fertility and on mortality, as well as the clear social differentiation of many of the observed responses, are among the most salient results of this study.
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David Sven Reher
Population et économie dans le Mexique du XVIIIe siècle : une
analyse des fluctuations annuelles
In: Population, 46e année, n°5, 1991 pp. 1185-1205.
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Sven Reher David. Population et économie dans le Mexique du XVIIIe siècle : une analyse des fluctuations annuelles. In:
Population, 46e année, n°5, 1991 pp. 1185-1205.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1991_num_46_5_3738Resumen
Reher (David-Sven). - Población y Economia, Mexico en el Siglo XVIII : Un análisis de las fluctuaciones
anuales. Basado en series anuales de acontecimientos vitales y otras de precios del mais durante el
siglo XVIII en la parte central de Mexico, el présente escrito prétende analizar sis- temáticamente la
relación entre fluctuaciones demográficas y económicas en el corto plazo. El estudio hace uso de
modelos de retardos distribuidos sobre un periodo de cinco aflos que nos permiten ver con claridad la
direccionalidad, la intensidad y la estructura temporal de las relaciones entre población y economia.
Donde haya sido posible, el análisis ha controla- do por grupo étnico-social. Entre los resultados
destacan la fuerte influencia que mantienen los precios sobre las fluctuaciones de la fecundidad y de la
mortalidad, y la clara diferen- ciación social en algunas de las respuestas observadas.
Résumé
Reher (David-Sven). - Population et économie dans le Mexique du xvine siècle : une analyse des
fluctuations annuelles. L'article présente une analyse systématique des relations entre les mouvements
démographiques à court terme et les fluctuations économiques, en s'appuyant sur les statistiques
annuelles de l'état civil et celles du prix du blé, au xvine siècle dans le centre du Mexique. Le recours à
un modèle de retards échelonnés sur cinq ans permet de faire ressortir la direction, l'intensité et la
structure temporelle des relations entre population et économie. Aussi souvent que possible, on a
introduit une différenciation par groupe socio-ethnique. Les résultats les plus saillants sont la forte
influence des prix sur la fécondité et la mortalité, ainsi que la nette différenciation sociale de la plupart
de ces relations.
Abstract
Reher (David-Sven). - Population and Economies in 18th Century Mexico: an Analysis of Annual
Fluctuations. Based on annual series of vital statistics and series of corn prices during the eighteenth
century in the central part of Mexico, the present paper systematically analyzes the relation between
short-term demographic and economic fluctuations. This study makes use of five year distributed lag
models which enable us to see the directionality, intensity and temporal structure of the relations
between population and economy. Wherever possible, the data have been controlled for social-ethnic
group. The strong influence of prices on fertility and on mortality, as well as the clear social
differentiation of many of the observed responses, are among the most salient results of this study.POPULATION ET ECONOMIE DANS
LE MEXIQUE DU XVIIIe SIÈCLE :
UNE ANALYSE DES
FLUCTUATIONS ANNUELLES
diminuaient subsistances les prix « On augmentaient a ; cependant observé, ce qui donnait depuis beaucoup que les à longtemps, penser mariages lors que des et que Y grandes les évolution la conceptions mortalité crises des pode et y
pulations du passé dépendait avant tout de la surmortalité des
périodes de disette et de famine. A première vue logique, puis
qu'une population ne peut ni croître ni, parfois, se maintenir
si l' indispensable lui fait défaut, cette conclusion est trop ra
pide, parce que d'une part, elle néglige les grandes mortalités
dues à d'autres causes que les mauvaises récoltes, et d'autre
part, qu'elle laisse de côté toutes les années qui ne sont pas
exceptionnellement meurtrières. С est donc sur de longues sé
ries chronologiques de naissances, mariages, décès et indices
économiques qu'on doit étudier l'influence de la situation éco
nomique sur la démographie et les relations entre événements
démographiques, puisque, au moins dans les crises de mort
alité, les variations des naissances, des mariages et des décès
sont liées »**.
Pour illustrer ces propos, David-Sven Reher*** dis
pose de séries exceptionnelles à deux points de vue. Elles sont
relatives à un pays dont la démographie s'écartait sensible
ment de celle des pays européens, beaucoup plus souvent étu
diés : la mortalité était plus forte, reflet sans doute de
conditions économiques proches du minimum de subsistances,
et la nuptialité était plus précoce, un facteur favorable à une
natalité élevée. Plus remarquable encore : les données res
pectent l'opposition, dans cette société coloniale, entre le
monde des Espagnols et celui des Indiens, opposition perpé
tuée par le système des castes.
La relation entre population et économie a, depuis longtemps, attiré
l'attention des historiens de la population. Malthus, un des premiers, sou-
* Une première version de ce travail a été publiée sous le titre de « Coyonturas eco-
nómicas y fluctuaciones demográficas en Mexico durante el siglo xvin », Historia e Populaçâo,
Sâo Paulo, 1990. En outre, ce texte a bénéficié de l'aide précieuse de Woodrow Borah, Nicolas
Sanchez Albornoz, Patrick Galloway, Claude Morin et Bob McCaa. Francisco Zámora s'est
chargé ** de Louis la traduction. Henry et Didier Blanchet. «La population de l'Angleterre de 1541 à 1871 »,
Population, *** Universidad 1983, 4-5. Complutense de Madrid et Instituto de Demografia de Madrid. 5, 1991, 1185-1207 1 86 POPULATION ET ECONOMIE AU MEXIQUE AU XVIIIe SIÈCLE 1
ligna l'impérieuse nécessité que toute population avait de maintenir sa
taille en accord avec les ressources disponibles ; dans le cas contraire, on
atteindrait forcément une situation critique. Dans le modèle qu'il développ
a, les variables démographiques dépendaient très étroitement du niveau
de vie. Très peu d'historiens ont osé s'écarter des paramètres fondamentaux
du modèle malthusien, et ceux qui l'ont fait ont aussi remplacé la pers
pective historique du court et moyen terme, préconisée par Malthus, par
une vision séculaire de la relation entre population et ressources naturelles
et techniques*0.
Spécifier les paramètres implicites du modèle de Malthus est une
tâche audacieuse, car il est difficile de définir leur nature et de les traduire
sous forme d'indicateurs empiriques. De fait, toutefois, cette relation entre
population et économie ou, mieux, entre les fluctuations des récoltes (ou
les prix du grain) et les comportements vitaux (décès, naissances, mar
iages), a été l'objet de nombreuses études(2). En particulier des hausses
souvent quasi simultanées des prix et des décès ont conduit de nombreux
historiens à supposer l'existence d'une relation de cause à effet entre les
deux(3). Certes quelques-uns tendent actuellement à minimiser l'importance
directe de la nutrition (prix) sur la mortalité, mais le binôme population-
économie demeure un thème central, bien que souvent ambigu, en démog
raphie historique(4). Dans ce contexte, la fécondité n'a pas reçu autant
d'attention que la mortalité, mais l'analyse de sa relation avec la situation
économique immédiate est d'une importance fondamentale, si l'on veut
comprendre le type d'homéostasie (ou équilibre) postulée à l'origine par
Malthus<5>.
En Amérique latine, cette même préoccupation a été un thème récur
rent dans la littérature historique. Les niveaux généraux de nutrition des
populations indigènes ont été considérés comme la clef de leur capacité
de travail et, en dernier lieu, de leur espérance de vie(6). De même qu'en
Europe, on a cru voir dans les chertés périodiques du maïs un facteur de
déclenchement des crises démographiques(7).
(l> Tel est le cas d'Ester Boserup (1965, 1981) dans sa théorie de la pression démo
graphique comme stimulant du progrès technique.
<2) Voir, par exemple, les œuvres de Lebrun (1980), Del Panta et Livi Bacci (1977),
Bruneel (1977), Schofield (1985), Livi Bacci (1978), Pérez Moreda (1980), et Post (1985).
<3) Une des descriptions les plus claires de ce type de crise fut réalisée par Goubert
(1960, 1968 : 68-82), qui les appela «les crises de type ancien».
<4> Les théories de McKeown sont l'objet de nombreuses critiques qui mettent l'accent
sur le fait que la relation entre nutrition et mortalité n'est ni simple ni évidente. De récents
travaux de Livi Bacci et d'autres vont dans le sens de ce type d'argumentation. Voir, à titre
d'exemple, (1983, 1987), Pérez Moreda (1988a).
(5) Pour une récente remise à jour générale de l'idée d'homéostasie, voir Lee (1987).
<6> En ce qui concerne des travaux relatifs aux niveaux de nutrition des populations
mexicaines, voir plus spécialement Cook et Borah (1978 : 129-176).
О) Parmi les principaux tenants de cette optique, on trouve les œuvres de Sanchez
Albornoz(1974 : 103-104), Simpson (1966), Florescano (1969 : 17-77), Brading (1978 : 176-
192). ET ÉCONOMIE AU MEXIQUE AU XVIIIe SIÈCLE 1 1 87 POPULATION
La majorité des études sur la relation entre population et ressources
s'est limitée à l'exprimer comme une règle générale, difficilement sujette
à vérification empirique, ou s'est centrée sur des moments de crise pour
montrer la covariation positive entre bien-être économique et conceptions,
et la covariation négative avec les décès. Cette absence d'analyse empiri
que systématique est longtemps restée due au manque de méthodes statis
tiques appropriées. Mais d'importantes innovations méthodologiques
récentes, sur lesquelles se basera cet article, se sont centrées sur l'analyse
des fluctuations courtes et nous permettent aujourd'hui de mieux saisir l'in
tensité, la structure et le sens de la causalité entre population et ressources.
Hypothèses et méthodes Dans les sociétés préindustrielles, la
tuation économique immédiate des per
sonnes dépendait des quantités de nourriture disponible et de la part des
revenus familiaux destinée à l'alimentation. Par ailleurs, la quantité d'a
liments disponibles dépendait généralement de récoltes incertaines et va
riables, dont les effets pouvaient être palliés, dans une plus ou moins
grande mesure, par des marchés régionaux de grain et par la capacité des
institutions municipales et nationales à réduire la pénurie grâce à l'import
ation de céréales. Parmi les indicateurs possibles de la relative abondance
d'aliments, en Amérique latine et surtout au Mexique, le prix du maïs semb
le refléter les conditions économiques, avec moins d'ambiguïté que d'aut
res, comme par exemple la dîme(ii). Certes, il n'est pas toujours facile de
parvenir à une interprétation claire de cet indicateur, car les paysans qui
possédaient du maïs en relative abondance et qui pouvaient se rendre au
marché afin de le vendre à des prix élevés, ou ceux qui simplement n'a
vaient pas à aller au marché pour satisfaire leur propre demande, étaient
peu affectés - ou même favorisés - par les hausses des prix, du moins
quand elles étaient modérées. Cependant, pour l'immense majorité de la
population, le prix du marché du maïs était un puissant indicateur de son
bien-être économique immédiat et de la qualité de la récolte.
L'analyse des fluctuations courtes réunit certains avantages sur l'ana
lyse de longue durée : les indicateurs appropriés sont plus aisément dis
ponibles, ils sont d'une interprétation claire et nous permettent de vérifier
statistiquement la relation entre oscillations démographiques et économiq
ues. Par exemple, un des principaux avantages de l'analyse des fluctua
tions annuelles est qu'elle tend à minimiser l'importance des migrations
et des biais produits par la structure par âge. Les variations à court terme
du nombre de naissances, décès et mariages sont donc des indicateurs
acceptables des variations de la fécondité, de la mortalité et de la nuptialité
d'une population. Dans cet article nous analyserons la relation entre les
fluctuations annuelles des prix du maïs et les variations dans les comport
ements vitaux (décès, naissances, mariages), dans quelques zones du Mexi
que au cours du XVIIIe siècle. Les résultats nous permettront de saisir la
x> Voir à ce sujet, Le Roy Ladurie E. et Goy J. 1 88 POPULATION ET ÉCONOMIE AU MEXIQUE AU XVIIIe SIÈCLE 1
direction, l'intensité et la structure temporelle des réponses du comporte
ment vital face aux fluctuations des prix.
Ronald Lee a élaboré une méthode pour estimer la relation entre prix
et événements démographiques (décès, naissances, mariages), par un mo
dèle fondé sur une distribution des décalages entre les deux séries (Lee,
1981)<9). Ce modèle indiquait une relation entre les phénomènes,
même si l'importance des prix sur les fluctuations de la mortalité n'était
pas très grande (Lee, 1981 : 375). Ces travaux pionniers ont été poursuivis
par divers chercheurs00', le principe général visant à une analyse systémat
ique de la relation à court terme (5 ans) entre les fluctuations des prix
et les diverses données d'état civil.
L'étude actuelle suit de près la méthode élaborée par Lee, en tenant
compte de nombreuses améliorations introduites par Patrick Galloway
(1987). Dans toutes les séries de prix, baptêmes, mariages et décès util
isées, on a éliminé la tendance, en divisant chaque point de la série, a*, par
une moyenne de onze ans centrée sur л\ La moyenne de la série sans ten
dance est proche de 1,0, son coefficient de variation est donc presque égal
à son écart-type et les résultats de l'analyse donnent des coefficients qui
peuvent être interprétés comme des élasticités. Le modèle s'appuie sur la
distribution des retards («lags») sur cinq ans, c'est-à-dire que les nais
sances (ou mariages ou décès) d'une année, sont une fonction des prix (et
d'autres variables) de cette même année et des quatre années antérieures.
Le modèle permet de révéler certains effets différés des variables expli
catives sur la variable dépendante. La méthode utilisée neutralise les dis
torsions autorégressives de second ordre, moyennant le procédé itératif de
Cochrane-Orcutt(ll). Les R2 et R2 corrigés ont été calculés pour les variables
non transformées. Le niveau de signification a aussi été estimé pour la
somme des coefficients de chaque régression.
Données disponibles La présente étude se limitera à l'analyse de
quelques séries mexicaines disponibles. La
coïncidence de séries de prix et de séries d'état civil n'est pas fréquente
dans l'histoire de l'Amérique latine. Il n'est toutefois pas nécessaire que
prix et données d'état civil se rapportent au même lieu, à condition qu'ils
appartiennent au même « marché »<l2).
(9) Dans ce domaine, Meuvret (1946) fut un précurseur évident.
<l0> Parmi ceux-ci, celui qui a apporté les principales contributions est sans doute Pa
trick Galloway. Voir, par exemple. Galloway (1985, 1986a, 1988). Voir également, Bengston
(1984, 1986), Bengston et Ohlsson (1985), Hammel (1985), Richards (1983), Weir (1984),
Perez Moreda (1988b), Relier (1990).
CD Voir Pindyck et Rubenficld (1981 : 152-157). Si la série en question est suffisam
ment longue, ce procédé devrait peu influer sur la valeur des coefficients de régression, mais
offrir une meilleure estimation de son niveau de signification (Galloway, 1988 : 282-283 ; Har
vey, 1981 : 189-199).
(|2> En Espagne, par exemple, on a pu utiliser avec succès des séries de prix corre
spondant à Tolède pour des données démographiques de Cuenca, distante de plus de 150 kms
(Relier, 1990). Galloway et d'autres pensent qu'une seule série de prix peut résumer les fluc
tuations des prix dans tout un pays, bien que Pérez Moreda (1988 : 88) mette en doute cette
réalité, au moins en ce qui concerne l'Espagne. ET ÉCONOMIE AU MEXIQUE AU XVIIIe SIÈCLE 1 1 89 POPULATION
Le Mexique est peut-être le pays d'Amérique latine ayant la plus
grande tradition historiographique d'élaboration de séries de prix et, r
écemment, Richard Garner a publié des séries de référence pour toute la
zone centrale du pays(13). Partant de l'œuvre pionnière de Florescano, il a
utilisé diverses publications afin de produire une série pour «toute la co
lonie» (Garner, 1985 : 279-325)' 14), à partir des moyennes des prix de 5,
de 6 et de 9 villes. Les trois séries étant fortement corrélées entre elles
(coefficients de corrélation bivariée supérieure à 0,950), nous avons opté
en faveur de celle basée sur 6 localités, parce qu'elle semblait la plus
complète. Elle fait la moyenne des prix dans la Vallée de Mexico, la ville
de Mexico, Léon, Silao, Zacatecas et Hidalgo.
La majeure partie des séries d'état civil que nous avons pu utiliser
correspondent aux données originelles de D. Brading (1971, 1978), dans
ses études relatives au Bajio mexicain de Leon(15). Elles correspondent à
deux centres de population relativement importants. La paroisse de San
Sebastian de Leon était pratiquement à l'intérieur de la ville de Leon, tandis
que celle de Santiago de Marfil appartenait aux faubourgs de la ville mi
nière de Guanajuato06*. Deux des séries de prix (Silao et Leon) incluses
dans la série générale font référence à la zone étudiée par Brading et,
pour cette raison, nous devrions pouvoir observer avec netteté les effets
des conjonctures économiques sur la réalité démographique.
Dans les deux paroisses utilisées par Brading, nous avons eu la
chance que l'auteur ait classé les séries d'état civil par grands groupes
socio-ethniques. A San Sebastian de Leon, il existe des données pour les
«espaňoles», «castas» et «indios» ; cependant qu'à Santiago de Marfil,
le partage est entre « espaňoles y mestizos », « indios », et « mulatos y ne-
gros». Dans les deux cas, la coupure est claire entre les Espagnols, même
mêlés aux métis, dans la partie supérieure de la hiérarchie sociale, et les
autres groupes, dans une situation d'évidente infériorité07'. Il est difficile
de connaître la situation exacte de la population indigène, mais nous pou
vons supposer que celle-ci vivait dans une pauvreté quasi absolue et qu'elle
ressentait donc les fluctuations des prix de manière très directe. La position
sociale des mulâtres ou des «castes» n'est pas claire, mais quelques auteurs
suggèrent que leurs revenus devaient être presque aussi bas que ceux des
Indiens, et certainement très inférieurs à ceux des Espagnols (Brading,
1971 : ch. VI ; 1978 : 44-50 ; Sanchez Albornoz, 1974 : 129-137). In-
ll3) Borah et Cook (1958) furent les premiers à publier des séries de prix. Voir éga
lement Gibson (1964 : 452-459).
<14> Gainer, à son tour, a utilisé les travaux de Florescano (1969). Brading (1978 :
180-183), Hurtado Lopez (1974), Morin (1979 : 188-200), Garner (1972), Tovar Pison (1975,
219-220) et Hamnctt (1971 : 76-77) pour l'élaboration de ses séries.
<l5> Les données originelles par année furent publiées par Brading (sans date). Voir
aussi Brading et Wu (1972).
<l6> Nous manquons de données sur la nuptialité pour la paroisse de Santiago de Marfil.
Pour quelques groupes sociaux, notamment les «castes», les séries présentent quelques lacunes
qui ont été comblées à l'aide des autres séries.
<l7> Brading (1978 : 47) croit que le groupe d'« Espagnoles-mestizos » à Guanajuato
n'était pas suffisamment homogène pour le considérer comme une véritable «élite» sociale. 1 90 POPULATION ET ÉCONOMIE AU MEXIQUE AU XVIIIe SIÈCLE 1
diens et castes avaient en général accès à une petite parcelle ou «milpa»
où ils pouvaient cultiver un peu de maïs, lequel cependant ne suffisait
généralement pas à la consommation familiale (Brading, 1978 : 184). C'est
pourquoi nous pouvons attendre des types de comportements similaires de
ces groupes mais très différents de ceux mis en relief pour les Espagnols.
Sont également utilisées des séries de baptêmes et de décès de la
paroisse de Valladolid (aujourd'hui Morelia) dans l'État de Michoacan, a
imablement envoyées par Claude Morin et qui figurent dans son livre sur
Michoacan (1979 : 81 et 53 des graphiques)(18). En l'absence d'information
sur les prix, nous n'avons pu analyser les magnifiques séries d'état civil
relevées par paroisse dans la ville de Mexico au XIXe siècle et publiées
par Celia Maldonado (1976).
Les moyennes des séries non transformées et les coefficients de va
riation des séries, une fois éliminée la tendance, figurent au tableau 1. La
variation des décès est toujours la plus importante, celle des naissances
lui étant très inférieure. Les coefficients de variation des diverses séries
sont supérieurs à ceux existant dans de nombreuses populations euro
péennes, indiquant ainsi que les fluctuations démographiques (décès, nais
sances, mariages), et plus spécialement celles relatives à la mortalité,
étaient beaucoup plus aiguës dans ces paroisses mexicaines(19). Il y a de
même d'importantes différences entre groupes sociaux. En particulier le
coefficient de variation des séries transformées de décès est très supérieur
chez les plus défavorisés malgré la grande taille de leur population ; c'est
le signe d'une mortalité moins stable que parmi les Espagnols(20).
I. - Fécondité
Les périodes de hauts prix étaient souvent accompagnées par une
haute mortalité, et les deux effets sur la fécondité pourraient se confondre.
Afin de séparer les poids relatifs des deux phénomènes, on a fait dépendre
la fécondité, des prix et de la mortalité. L'équation utilisée est la suivante :
4 4
(t = 0 * = 0
où N = naissances, P = prix, D = décès non infantiles, a est une
constante, b et с sont des coefficients, e mesure l'erreur et t est le temps.
Il faut rappeler que la tendance a été supprimée dans toutes les séries.
Les coefficients estimés sont, de fait, des élasticités et reflètent le pour
centage d'accroissement, ou de diminution, de la variable dépendante
comme réponse à une augmentation de 1 % de la indépendante.
Autrement dit, une relation entre prix et fécondité égale à -0,162 (cas de
Santiago de Marfil dans son ensemble) signifie que, face à une hausse des ET ÉCONOMIE AU MEXIQUE AU XVIIIe SIÈCLE 1191 POPULATION
Tableau 1 . - Moyennes des données brutes et coefficients de variation
des séries transformées
Moyenne des données brutes
Décès Localité Période Naissances Mariages (non infantiles)
San Sebastián de Leon
Espagnols 1757-1809 138,9 27,9 65,3
Castes 727,6 133,9 211,1
Indiens 430,3 62,7 313,1
Total 1757-1809 1 304,8 224,5 590,4
Santiago de Marfd
Espagnols 1754-1807 237,8 85,2
Mulâtres 89,7 41,8
Indiens 381,6 206,4
Total 1754-1807 709,8 333,5
Valladolid 1771-1809 974,0 249,8
Coefficient de variation des séries transformées
Décès Localité Période Naissances Mariages Prix du maïs (non-infantiles)
San Sebastián de Leon
Espagnols 1757-1809 0,320 0,273 0,399
Castes 0,176 0,274 0,756
Indiens 0,240 0,317 0,726
Total 1757-1809 0,114 0,242 0,700 0,297
Santiago de Marfil
Espagnols 1754-1807 0,123 0,533
Mulâtres 0,212 0,798
0,159 0,964 Indiens
Total 1754-1807 0,138 0,818 0,295
Valladolid 1771-1809 0,059 0,659 0,313
Note : Le total des décès enregistrés exclut, en général, les décès avant 7 ans.
С8) Quelques séries, envoyées de même par Morin, ne purent être utilisées par suite
de lacunes, ou d'une durée trop courte; d'autres n'étaient pas disponibles. Dans un cas, au
moins, des doutes concernant la représentativité de la série engagèrent à ne pas l'utiliser dans
cet article.
(19) Dans diverses populations européennes, la moyenne du coefficient de variation
aux xvine et xixe siècles est de 0,041 pour les baptêmes, 0,088 pour les mariages et 0,137
pour les décès (Galloway, 1988 : 281). Une part de ces différences avec les populations mexi
caines tiennent à la taille des populations, très supérieure dans l'étude européenne. Toutefois,
l'argument ne vaut pas si on le compare avec les résultats de quelques régions espagnoles.
D'après la récente étude de Pérez Moreda (1988b : 90), le coefficient moyen des variations
de 7 zones espagnoles est de 0,087 pour les baptêmes, 0,224 pour les mariages et 0,252 pour
les décès.
(20) De même en Espagne, quand la taille de la population est comparable, le coefficient
de variation de la mortalité est toujours supérieur dans les couches les plus basses de la
société (Reher, 1990 : 128). La même relation est plus difficile à observer à Rouen (Galloway,
1986 : 278-279). POPULATION ET ÉCONOMIE AU MEXIQUE AU XVIIIe SIÈCLE 1192
Tableau 2. - Régressions de la fécondité sur les prix du май et la mortalité
Prix du maïs Localité Période Constante
Retard 0 Retard 1 Retard 2 Retard 3 Retard 4
San Sebastian de Leon
Espagnols 1757-1809 53 0,9 16b -0,155 0,062 0,020 -0,154 -0,126
- 0,386a Castes 1757-1809 53 1,429a -0,101 0,082 -0,093 -0,023
- 0,2826 Indiens 53 1 ,492a -0,009 0,076 -0,111 -0,100
Total 53 1,339a -0,045 -0,281a 0,104c -0,103c -0,015
Santiago de Mai fil
- 0,327a - 0,067d Espagnols 1754-1807 54 1,325a -0,100c/ 0,070 0,014
- 0,375a ■ 0,3496 Mulâtres 54 1,727a -0,121 0,137 0,018
- 0,2096 - 0,2406 Indiens 54 1,588a -0,020 -0,1746 -0,044
- 0,038 Total 1754-1807 54 1,565a -0,1626 -0,283a 0,023 ■0,176a
- 0,059d Valladolid 1771-1809 39 0,962a -0,055 0,1076 -0,096 с 0,064c/
Somme des Mortalité (non infantile) R2 retards Localité corrigé Prix du Retard 0 Retard 1 Retard 2 Retard 3 Retard 4 mais Mortalité
San Sebastian de Leon
0,198a1 0,64 Espagnols 0,196c/ 0,089 -0,043 -0,052 0,72 -0,353 0,388
- 0,007 Castes 0,040 0,037 0,041 -0,015 0,78 0,72 -0,521a 0,096
- 0,043 - 0,052 - 0,426 Indiens 0,014 0,52 -0,001 -0,018 0,25 -0,100
- 0,005 - 0,038c 0,84 Total -0,013 0,030d 0,020 0,88 -0,340a -0,006
Santiago de Marfil
- 0,042a" Espagnols -0,036 0,103a 0,016 0,029 0,70 0,61 -0,410a 0,070
- - 0,059d - 0,690a Mulâtres -0,018 0,022 0,024 0,027 0,84 0,79 -0,058
- 0,687a Indiens 0,015 0,018 0,013 0,043c -0,006 0,73 0,66 0,083
- 0,636a Total -0,006 0,032d 0,006 0,0456 -0,019 0,73 0,65 0,058
-0,03 k/ - - 0,039 Valladolid -0,014 -0,021 0,022 0,010 0,53 0,31 -0,034
Notes : On a éliminé la tendance de chaque série, en divisant chaque point, д:, par une moyenne de 1 1
ans centrée sur.v. Les biais autorégressifs ont été neutralisés à l'aide du procédé itératif de Cochrane-
Orcutt. R el R corrigé ont été calculés à partir des variables non transformées. Les seuils de
signification de t sont : a = 1 %, 6 = 5 %, с = 10 %, d = 20 %.
prix de 100 %, les naissances diminueraient de 16,2 % au cours de la
même année. Les résultats figurent au tableau 2. La nuptialité n'a pas été
incluse dans le modèle comme variable indépendante, car sa contribution
serait insignifiante, surtout pour les faibles décalages avec la fécondité
(Lee, 1981 : 369).
Hypothèses Les prix élevés tendraient sans doute à réduire
la fécondité, pour diverses raisons. La pénurie
aiguë d'aliments s'accompagnait de malnutrition, d'angoisse et de «cala
mités», comme de nombreux contemporains les appelaient. Des facteurs
physiologiques, psychologiques et sociaux devaient alors affecter le

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