Pouvoir coercitif et interdépendance - article ; n°2 ; vol.69, pg 435-453

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L'année psychologique - Année 1969 - Volume 69 - Numéro 2 - Pages 435-453
Résumé
On examine le modèle théorique du pouvoir présenté par Cartwright, et développé par French et Raven, dans le cas du pouvoir coercitif. 40 sujets travaillent en groupes formés de deux équipiers et un supérieur. Le supérieur accompagne ses ordres de menace d'amende, élevée dans la situation de forte coercition, et légère dans la situation de faible coercition. Dans la situation de forte interdépendance, chaque exécutant est informé que sa désobéissance entraînera des sanctions contre son coéquipier, alors que dans la condition de faible interdépendance cette clause est omise. Enfin dans la seconde moitié de chaque séance de travail toute possibilité de contrôle sur le travail des équipiers est retirée au supérieur. On compare ainsi les effets de la coercition et de l'interdépendance sur l'obéissance publique et l'obéissance privée des exécutants. On constate que seule la coercition a un effet significatif. L'obéissance privée est inférieure à l'obéissance publique, mais contrairement aux hypothèses de Raven et French, elle n'apparaît pas comme une fonction inverse de la coercition. On discute en conclusion les implications de ce résultat pour le modèle de Cartwright.
Summary
This study investigated the problem of coercive power (Cartwright, French and Raven). Forty subjects working in groups of three were used. In the high-coercion situation, disobedience of the group-leader on the part of one member provokes sanctions against the other member, while in the low-coercion situation this condition is omitted. In the second half of the testing session the group leader had no power whatsoever.
Coercion had a significant effect. Private obedience was inferior to public obedience but, in contradiction to the hypotheses of Raven and French, it was not an inverse function of coercion. The implications of this results for the model of Cartwright are discussed.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1969
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J.-P. Poitou
Pouvoir coercitif et interdépendance
In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°2. pp. 435-453.
Abstract
Résumé
On examine le modèle théorique du pouvoir présenté par Cartwright, et développé par French et Raven, dans le cas du pouvoir
coercitif. 40 sujets travaillent en groupes formés de deux équipiers et un supérieur. Le supérieur accompagne ses ordres de
menace d'amende, élevée dans la situation de forte coercition, et légère dans la situation de faible coercition. Dans la situation
de forte interdépendance, chaque exécutant est informé que sa désobéissance entraînera des sanctions contre son coéquipier,
alors que dans la condition de faible interdépendance cette clause est omise. Enfin dans la seconde moitié de chaque séance de
travail toute possibilité de contrôle sur le travail des équipiers est retirée au supérieur. On compare ainsi les effets de la coercition
et de l'interdépendance sur l'obéissance publique et l'obéissance privée des exécutants. On constate que seule la coercition a un
effet significatif. L'obéissance privée est inférieure à publique, mais contrairement aux hypothèses de Raven et
French, elle n'apparaît pas comme une fonction inverse de la coercition. On discute en conclusion les implications de ce résultat
pour le modèle de Cartwright.
Résumé
Summary
This study investigated the problem of coercive power (Cartwright, French and Raven). Forty subjects working in groups of three
were used. In the high-coercion situation, disobedience of the group-leader on the part of one member provokes sanctions
against the other member, while in the low-coercion situation this condition is omitted. In the second half of the testing session
the group leader had no power whatsoever.
Coercion had a significant effect. Private obedience was inferior to public obedience but, in contradiction to the hypotheses of
Raven and French, it was not an inverse function of coercion. The implications of this results for the model of Cartwright are
discussed.
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Poitou J.-P. Pouvoir coercitif et interdépendance. In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°2. pp. 435-453.
doi : 10.3406/psy.1969.27675
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1969_num_69_2_27675Laboratoire de Psychologie sociale
de la Faculté des Lettres et Sciences humaines d' Aix-en-Provence
POUVOIR COERCITIF ET INTERDÉPENDANCE1
par Jean-Pierre Poitou
SUMMARY
This study investigated the problem of coercive power (Cartwright,
French and Raven). Forty subjects working in groups of three were used.
In the high-coercion situation, disobedience of the group-leader on the
part of one member provokes sanctions against the other member, while in
the low-coercion situation this condition is omitted. In the second half
of the testing session the group leader had no power whatsoever.
Coercion had a significant effect. Private obedience was inferior to
public obedience but, in contradiction to the hypotheses of Raven and
French, it was not an inverse function of coercion. The implications of
this results for the model of Cartwright are discussed.
Cartwright (1959) a présenté un modèle théorique du pouvoir
inspiré de la théorie lewinienne du champ. Le pouvoir y est défini
de la façon suivante : le pouvoir d'une personne 0 sur une
personne P est le maximum de la force résultante que 0 peut
mettre en jeu sur P. Cette force résultante est déterminée par
les grandeurs relatives des forces d'obéissance et de résistance
activées par 0.
A partir du modèle de Cartwright, French et Raven (1959)
classent les différentes formes de pouvoir en cinq catégories :
pouvoir fondé sur la récompense, la punition, la légitimité, la
1. Nous tenons à exprimer notre reconnaissance au Pr D. Cartwright et
au Pr R. B. Zajonc pour leurs conseils au cours de cette recherche, ainsi qu'à
P. Headley pour son aide inappréciable dans la mise au point des programmes
d'ordinateur. Nos remerciements vont également à Leora Berns pour sa
collaboration dans la phase expérimentale de ce travail, ainsi qu'à la direction
du Mental Health Research Institute de l'Université de Michigan, pour
avoir bien boulu mettre à notre disposition un de ses ordinateurs. 436 MÉMOIRES ORIGINAUX
compétence, et enfin sur l'identification. En particulier, ils
avancent que les forces de résistance varient selon les différentes
catégories de pouvoir. Lorsque l'inférieur est soustrait au
contrôle du supérieur, dans certains cas tels que le pouvoir
coercitif, l'obéissance du subordonné décroîtra considérablement,
alors que dans d'autres, tels que le pouvoir légitime, l'obéissance
se maintiendra au même niveau. En effet, dans le premier cas,
l'obéissance repose uniquement sur l'emploi de renforcements
négatifs qui suscitent des forces de résistance élevées, tandis
que dans le second elle est fondée sur l'intériorisation d'une norme,
qui engendre peu ou pas de résistance. Ces hypothèses ont été
soumises ensuite à l'expérience (Raven et French, 1958 a et b ;
French, Morrison et Levinger, 1960). En fait, les résultats ne
montrèrent pas de différence au niveau de l'obéissance soumise
au contrôle du supérieur (obéissance publique) entre pouvoir
légitime coercitif et non coercitif, ni entre pouvoir illégitime
coercitif et non coercitif. En outre, il apparut que la coercition
n'avait pas d'effet significatif sur l'obéissance privée (soustraite
au contrôle du supérieur), et qu'elle ne diminuait pas non plus
la légitimité perçue, bien qu'elle diminuât l'attrait éprouvé par
les subordonnés pour le supérieur. Ces résultats remettent en
question le modèle de Cartwright et les hypothèses dérivées par
French et Raven. Il faut cependant remarquer d'abord qu'il
n'y avait pas de mesure directe de l'obéissance privée, et que les
mesures utilisées étaient peu satisfaisantes. Ensuite, il faut tenir
compte de diverses interprétations a posteriori avancées, mais
non éprouvées par Raven et French. Celles-ci se résument à
trois : 1) L'excès de zèle (overcompliance) ; 2) L'interdépendance
des subordonnés ; et 3) La légitimité de l'expérience. La première
consiste à supposer que le subordonné, soumis à une contrainte
trop forte, exprime sa résistance par un surcroît d'obéissance.
Mais ceci implique de puissantes forces de résistance qui devraient
apparaître lorsque le subordonné est soustrait au contrôle du
supérieur, donc se manifester par un écart extrême entre obéis
sance publique et obéissance privée. Dans la seconde on suppose
que les subordonnés conscients de la solidarité qui les lie dans le
travail collectif, opposent moins de résistance au supérieur de
crainte de nuire à leurs coéquipiers. Les recherches de Berkowitz
sur les comportements d'entraide (voir Schopler, 1965) ont
montré qu'un supérieur pouvait limiter l'usage de son pouvoir
pour aider un subordonné. Dans une expérience récente (Poitou,
1969) nous avons montré qu'un individu pouvait pour ne pas j.-p. poitou 437
nuire à son coéquipier, suivre des décisions dans lesquelles il
avait peu de confiance. On conçoit donc qu'un tel sentiment de
solidarité puisse réduire les forces de résistance et annuler les
effets différentiels de la légitimité et de la coercition.
Enfin la dernière interprétation revient à considérer que les
sujets ayant accepté de participer à l'expérience sont de ce fait
prêts à obtempérer à toute injonction (ou presque). Il est clair
qu'elle ne peut être prise en considération que lorsque toutes
les autres auront été rejetées.
Nous examinerons donc ici quels sont les effets de la coercition
sur l'obéissance tant publique que privée. Nous chercherons si
l'interdépendance des subordonnés entraîne une réduction de
leur résistance aux tentatives d'influence du supérieur, et s'il
existe un effet d'excès de zèle.
PLAN EXPÉRIMENTAL
Nous utilisons trois variables :
— la coercition (A) : le supérieur accompagne ses ordres de
menaces d'amendes soit fortes (niveau ax) soit faibles (n
iveau a2) ;
— l'interdépendance (B) : dans le cas de forte interdépendance
(niveau bx) chaque subordonné est informé que s'il désobéit
aux ordres du supérieur, les gains de son coéquipier seront
diminués, tandis que dans le cas de faible
(niveau b2), la désobéissance d'un subordonné n'affecte pas
les gains de l'autre ;
— le contrôle du supérieur (C) : les deux premiers ordres que
donne le (c2, c3) sont accompagnés de menaces
et le supérieur peut contrôler l'obéissance des subordonnés.
Les deux derniers (c4, c5) ne sont ni de menaces
ni de contrôle.
Nous avons donc un plan factoriel à trois facteurs 2x2x4
avec mesure répétée sur le troisième facteur. En outre, les deux
premiers niveaux du dernier facteur seront mis en opposition
avec les deux derniers pour éprouver l'effet du contrôle de
l'obéissance. Il y a donc quatre situations expérimentales :
ax bx : forte coercition et forte interdépendance ;
«j b2 : et faible ;
a2 by : faible et forte ;
a2 b2 : coercition et faible interdépendance.
A. PSYCHOL. C9 28 MÉMOIRES ORIGINAUX 438
La variable dépendante est le pourcentage de réponses
conformes aux ordres du supérieur. Lorsque celui-ci peut contrôler
et punir, nous aurons une mesure de l'obéissance publique,
lorsque le subordonné est soustrait au contrôle et aux sanctions,
nous aurons une mesure de l'obéissance privée.
Nous allons maintenant exposer la procédure expérimentale,
avant de donner le détail des hypothèses.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
1. Sujets. — 40 étudiantes de première année de psychologie
de l'Université de Michigan.
2. Dispositif. — Le dispositif comprenait trois postes de
travail : un poste pour le supérieur, et deux postes identiques
entre eux, un pour chaque subordonné. Le poste du supérieur
était équipé d'un panneau comprenant quatre lampes et deux
boutons de réponse. Les deux lampes de la ligne supérieure étaient
des stimulus, les deux de la ligne inférieure des témoins de
réponse. Chaque poste de subordonné comportait un panneau
avec une lampe stimulus, une lampe signal d'échec personnel,
une lampe signal d'échec du supérieur, et deux boutons de
réponse l'un marqué « A », l'autre marqué « S ».
Les deux postes de subordonnés étaient placés face à face
et séparés par une cloison coupant la vue. Le poste du supérieur
était placé dans le prolongement de cette cloison, de façon que
chaque subordonné voie le supérieur et soit vu de lui. Une
cloison mobile pouvait être placée perpendiculairement à la
première de façon à séparer les subordonnés du supérieur.
L'ensemble était relié à un ordinateur DEC-PDP 8 qui assurait
la présentation des stimulus, celle des signaux de succès et
d'échec, enregistrait les réponses et calculait les scores.
3. Tâche. — Les groupes étaient constitués de trois membres,
dont un supérieur et deux subordonnés. En fait, seuls les subor
donnés étaient des sujets naïfs, le supérieur était un compère
de l'expérimentateur.
La tâche du supérieur consistait à prédire à chaque essai
laquelle des deux lampes de son panneau s'allumerait. Au signal
préparatoire (une sonnerie), il pressait le bouton de réponse de
son choix, soit le gauche soit le droit. La lampe témoin corre
spondante s'allumait. Lorsque les deux subordonnés avaient
répondu, la lampe stimulus s'allumait. En constatant la corre
spondance ou la non-correspondance de la lampe témoin avec la J.-P. POITOU 439
lampe stimulus, le supérieur pouvait s'assurer de son succès ou
de son échec. De plus, en cas d'échec, sur le panneau de chaque
subordonné, la lampe marquée « échec du supérieur » s'allumait
à la fin de l'essai.
La réponse du supérieur déclenchait la lampe stimulus de
chaque subordonné. Ceux-ci devaient alors presser un de leurs
deux boutons de réponse, à leur choix. Leur tâche était une tâche
de temps de réaction avec choix de réponse. S'ils répondaient
dans le délai imparti (d'ailleurs variable), ils empêchaient de
s'allumer une lampe rouge marquée « vous échouez », qui sinon
venait signaler sur leur panneau leur échec personnel.
Le supérieur recevait trois points pour toute bonne réponse
et aucun pour une erreur, indépendamment des résultats des
subordonnés. Chaque subordonné lorsqu'il répondait avec la
clé S recevait trois points si 1) le supérieur avait réussi et si
2) lui-même avait réussi ; et rien dans tout autre cas. Lorsqu'il
répondait avec la clé A il recevait deux points si lui-même avait
réussi et rien sinon, quel que soit par ailleurs le résultat du
supérieur. La séance de travail de chaque groupe comportait
une série de 20 essais d'entraînement et cinq séries de 20 essais
expérimentaux. Les essais étaient séparés par trois secondes
d'intervalle, et les séries par trois minutes de pause durant
laquelle on communiquait à chacun son score.
TABLEAU I
Gains possibles en fonction des différentes combinaisons
de succès ou d'échec du subordonné et du supérieur
dans les différentes séries d'essais
Série 1 9, 3 4 5 Total d'essais
Total
2 a c a a c a b c sur 1 a b c b b c b b c
100
4 12 8 8 24 16 8 24 16 8 24 16 12 36 24 40 120 80 + +
6 0 12 4 0 8 5 0 10 4 0 8 3 0 6 22 0 44 +
0 4 0 4 0 5 0 3 0 0 22 0 6 0 0 0 0 0 + — 4 0 0 4 0 0 3 0 0 3 0 0 2 0 0 16 0 0
20 20 24 20 24 26 20 24 24 20 36 30 100 120 124 Total 20 12 24
1. Succès ( + ) ou échec ( — ) du subordonné.
2.( + ) ou ( — ) du supérieur.
a. Nombre de fois où chaque combinaison apparaît dans la série d'essais.
b. Gain du subordonné s'il joue S.
c.du s'il A. 440 MÉMOIRES ORIGINAUX
4. Manipulation du succès. — A l'insu des sujets les diff
érentes combinaisons de succès et d'échec du supérieur et de
chaque subordonné étaient fixées à l'avance et réparties au
hasard sur les 100 essais de façon identique pour tous les sujets
de tous les groupes dans toutes les conditions. Les effectifs pour
chaque combinaison et chaque série d'essais sont donnés dans
le tableau I.
On voit que l'espérance mathématique offerte à chaque
joueur est sensiblement la même selon qu'il joue toujours S
(120 points) ou A (124 points). En outre, les pourcentages
respectifs de succès du supérieur et du subordonné sont toujours
sensiblement égaux, et évoluent de façon identique à travers
les séries d'essais.
5. Déroulement de Vexpérience. — L'expérimentateur remettait
d'abord aux trois sujets (en fait le compère et les deux sujets naïfs) un
questionnaire comportant les articles suivants :
1) Seriez- vous disposé à travailler comme vacataire pendant huit
heures à 6,25 F de l'heure ? oui-non.
2) Si non, pourquoi ?
a) Ce genre de travail ne m'intéresse pas ;
b) J'ai déjà un ;
c) Je n'ai pas besoin de travail.
Ce questionnaire devait permettre de s'assurer que les sommes
promises et les menaces d'amendes ne seraient pas négligeables pour
les sujets.
Ceci fait, l'expérimentateur présentait l'expérience comme un travail
de groupe et indiquait que le groupe se composait d'un supérieur et
deux équipiers. Il assignait ces postes aux sujets, en plaçant le compère
au poste de supérieur. Puis il expliquait le fonctionnement de l'appareil.
On procédait alors à 20 essais de familiarisation. Ensuite l'expérimen
tateur annonçait au groupe :
« Chacun de vous recevra un score individuel fondé sur sa perfo
rmance propre au cours d'une série d'essais. Votre tâche en tant que
groupe est de rendre le total de vos trois scores individuels aussi élevé
que possible. Autrement dit vous devez atteindre le plus grand nombre
de points pour vous-même afin de contribuer le plus que vous pourrez au
total des trois scores individuels. De plus nous nous intéressons aux
performances élevées. Aussi attribuons-nous un prix de 25 F à toute
personne marquant plus de 120 points. »
On insistait alors sur le fait que la tâche ne devait rien au hasard,
que le supérieur pouvait effectivement découvrir une stratégie et que
c'était l'adresse qui comptait. L'expérimentateur donnait alors le détail
des règles du jeu : j.-p. poitou 441
« Le supérieur gagne trois points chaque fois que sa prédiction est
juste. En outre dans ce cas les équipiers qui ont joué S avec succès
gagnent trois points. Le supérieur lorsqu'il a réussi gagne trois points
quel que soit par ailleurs le succès des équipiers. Il ne gagne rien si sa
prédiction est fausse et les équipiers qui ont joué S ne gagnent rien non
plus, même si leur essai était réussi. »
S'adressant alors aux :
« Votre tâche consiste à presser un bouton de réponse aussitôt que
la lampe blanche s'allume. Si vous n'êtes pas assez rapide, la lampe
rouge marquée « vous échouez » s'allume. Vous devez être plus vite que
cette lampe rouge. Vous êtes libre de répondre soit avec le bouton S,
soit avec le bouton A. C'est à vous de décider à chaque essai. Si vous
décidez de jouer S, vous jouez le jeu du supérieur, ce qui signifie que votre
succès dépendra de son habileté... Si vous jouez S et répondez avant que
votre lampe rouge ne s'allume, vous marquez trois points — si et seul
ement si la prédiction du supérieur était exacte. Si le supérieur s'est
trompé, ou si vous avez répondu trop lentement ou les deux, vous ne
gagnez rien. Donc vous gagnez trois points seulement lorsque aucune
lampe rouge ne s'allume sur votre panneau, ni celle marquée « vous
échouez », ni celle marquée « échec du supérieur ».
« Toutefois vous pouvez préférer jouer A. Alors vous jouez votre
propre jeu et votre succès ne dépendra que de votre propre adresse.
Si vous jouez A et répondez avant que votre lampe rouge ne s'allume,
vous marquez deux points, que la prédiction du supérieur soit exacte
ou non. Vous ne gagnez rien sinon. Donc à chaque essai, vous devez
décider de jouer S ou A. Si vous jouez A, vous gagnez deux points si la
lampe rouge marquée « vous échouez » ne s'allume pas. Si vous jouez S,
vous marquez trois points si aucune lampe (ni celle marquée « vous
« échouez », ni celle marquée « échec du supérieur ») ne s'allume. »
On introduisait alors la variable « interdépendance ». Dans la condi
tion de forte interdépendance (bj) on donnait la consigne ci-dessous,
qui n'était pas mentionnée dans la situation de faible interdépen
dance (b2).
(Situation bj) : « Pour l'un d'entre vous, s'il choisit A quand l'autre
choisit S, ce dernier ne gagne qu'un point au lieu de trois... Si la carte
qui est devant vous porte le mot « indépendant » cela signifie que, bien
que votre choix puisse influer sur le score de votre coéquipier, son choix
ne peut influer sur votre score. Si votre carte porte le mot « dépendant »
votre score peut être affecté par le choix de l'autre personne, sans que
vous puissiez influer sur son score. »
Ensuite l'expérimentateur introduisait la variable coercition (varia
ble A) de la façon suivante :
« Comme je l'ai dit, nous nous intéressons aux performances élevées.
Aussi attribuons-nous un prix de 25 F à toute personne qui marque
plus de 120 points au cours de la série complète d'essais. 120 est lég
èrement au-dessus du score moyen. Cependant le supérieur peut penser 442 MÉMOIRES ORIGINAUX
que vous marquerez plus de points en jouant S plutôt que A. Dans ce
cas il pourra écrire un message à chaque équipier lui demandant de
jouer S durant une série de 20 essais. De plus au cours de chaque série
de 20 essais, si un équipier ne se rend pas à sa demande, le supérieur peut
lui infliger une amende de 5 F (dans la situation a1 de forte coercition)
— de 1,25 F (dans la condition a2 de faible coercition). Le montant de
ces amendes sera déduit du prix de 25 F que chaque personne peut
recevoir si elle totalise plus de 120 points... Toutefois le supérieur ne
peut infliger d'amende à plus d'une personne durant chaque série de
20 essais. Enfin il ne peut sanctionner une personne que s'il a pu effe
ctivement observer qu'elle jouait A après avoir été requise de jouer S... »
Cette dernière phrase préparait comme on le verra la possibilité de
limiter le contrôle du supérieur sur les équipiers. On terminait en rappe
lant quelques consignes complémentaires. Puis les sujets retournaient
les cartes placées devant eux pour voir, dans la situation (b^ s'ils étaient
dépendants ou non. En fait chacun avait une carte portant la mention
« indépendant ». Donc chacun d'eux pensait risquer d'affecter unila
téralement par ses choix le score de l'autre. On passait alors à l'exécution
de la tâche par séries de 20 essais. Après chaque série, chaque subordonné
recevait une feuille comportant les rubriques suivantes :
— Dans la situation de forte interdépendance (bj) :
1. Nombre de points gagnés en jouant S ;
2.de en A ;
3. Total de 1 et 2 ;
4. Nombre de points perdus par votre coéquipier parce que vous
avez joué A.
Comme en réalité les deux sujets étaient dans la situation « indé
pendant », on déterminait arbitrairement après chaque série le nombre
d'essais où chacun était censé avoir fait perdre des points à l'autre.
Pour cela on prenait la moitié (arrondie à l'unité supérieure) du nombre
de réponses A du sujet considéré, multipliée par deux points.
— Dans la situation de faible interdépendance (b2), la dernière
rubrique était évidemment omise. Toute communication était interdite
entre coéquipiers. Les cinq séries d'essais différaient selon les combi
naisons d'injonction, de menace et de contrôle qui les précédaient.
Avant la première série le supérieur ne donnait aucun ordre. La seconde
série était précédée par une injonction du supérieur, accompagnée de
menace. En outre le supérieur pouvait contrôler l'obéissance de ses
subordonnés. Il envoyait à chaque équipier le billet suivant : « Je pense
avoir trouvé un système. — Aussi jouez donc S pendant les 20 essais
à venir. Sinon je devrais vous infliger une amende de 5 F (situation ax),
de 1,25 F (situation a2). »
De même pour la troisième série, avec en outre punition de l'autre
équipier. En effet après le second bloc de 20 essais, chaque équipier
recevait le billet suivant : « J'ai dû mettre votre camarade à l'amende. j.-p. poitou 443
Jouez S pendant les 20 prochains essais — ou je devrais vous infliger
5 F d'amende (situation at), 1,25 F d'amende (situation a2). »
A la fin de la troisième série, l'expérimentateur plaçait une cloison
entre le supérieur et les coéquipiers, de sorte que ces derniers soient
cachés au premier. Nouvelle injonction, sans menaces cette fois, sous
la forme du billet suivant : « J'ai dû mettre votre camarade à l'amende
encore une fois. Maintenant que je ne puis vous voir je ne peux vous
pénaliser. Mais jouez S pendant les 20 prochains essais. »
De même la cinquième et dernière série était précédée d'une injonc
tion sans menace ni possibilité de contrôle. Le supérieur envoyait ce
billet : « Je ne peux toujours pas vous donner d'amende, mais jouez S,
s'il vous plaît, pendant les 20 prochains essais. »
Après la cinquième série d'essais on remettait aux sujets le question
naire suivant :
1) Combien de fois espériez- vous réussir ?
a) Moins de 50 % des fois ;
b) Environ 50 % des fois ;
c) Plus de 50 % des fois.
2) Combien de fois vous attendiez-vous à ce que le supérieur réussisse ?
a) Moins de 50 % des fois ;
b) Environ 50 % des fois ;
c) Plus de 50 % des fois.
3) Combien de fois vous attendiez-vous à réussir en même temps que
le supérieur ?
a) Moins de 50 % des fois ;
b) Environ 50 % des fois ;
c) Plus de 50 % des fois.
4) Combien de fois pensez-vous que le supérieur a réussi en fait ?
a) Moins de 40 % des fois ;
b) Entre 40 % et 55 % des fois ;
c)55 % et 65 % des fois ;
d) Plus de 65 % des fois.
5) Avez-vous choisi S ?
a) Plus souvent que A ;
b) Aussi que A ;
c) Moins souvent que A.
6) Pourquoi ?
a) Parce que vous aviez confiance dans les prédictions du supérieur ?
oui-non ;
b) Parce que vous craigniez d'être mis à l'amende ? oui-non ;
c)que vous préoccupiez du score de votre coéquipier ?
oui-non.

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