Préexposition à la réponse, effet Lubow et masquage dans un apprentissage d'évitement bidirectionnel - article ; n°1 ; vol.84, pg 21-42

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L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 1 - Pages 21-42
Résumé
Cette recherche comprend trois expériences qui, tout en fournissant une interprétation de l'effet Lubow et de l'effet d'une préexposition à la réponse (Ra), analysent la situation d'évitement bidirectionnel signalé en prenant en considération le stimulus nominal (SC), les stimulus contextuels de l'nvironnement expérimental (SX) et les stimulus proprioceptifs de la réponse (SRa). L'expérience I compare des rats préexposés et non préexposés à la future réponse d'évitement Ra et établit ainsi un fait empirique nouveau : les sujets préexposés à Ra acquièrent ensuite plus rapidement le comportement approprié que les sujets qui n'ont pas été soumis à une telle préexposition. Deux interprétations de ce fait sont envisagées. La première suppose que la première phase de l'expérience est l'occasion d'un apprentissage latent des conséquences positives de Ra, qui facilite ensuite l'acquisition du comportement d'évitement à la deuxième phase. La seconde interprétation suppose que les sujets non préexposés apprennent, durant la première phase, que les stimulus contextuels (SX) sont des indices de sécurité et que ce premier apprentissage interfère avec l'acquisition ultérieure de Vévitement bidirectionnel où ces mêmes stimulus sont corrélés aussi bien à la sécurité qu'au danger. Chez les sujets préexposés à Ra, les stimulus proprioceptifs de la réponse masquent les SX et les empêchent ainsi d'interférer avec la situation d'évitement. L'expérience II compare des sujets préexposés et non préexposés à Ra et au SC. Rien que Ra soit différente dans les deux expériences, les sujets préexposés à la réponse manifestent comme dans l'expérience I une performance supérieure à celle des sujets non préexposés. De plus, l'effet détériorant de la préexposition au SC (effet Lubow) n'apparaît que chez les rats qui subissent une préexposition simultanée à Ra. La première interprétation suggérée à la suite de l'expérience I ne permet pas de rendre compte de ce résultat. Une élaboration de la seconde interprétation, qui suppose un masquage des stimulus contextuels aussi bien par le SC que par les stimulus proprioceptifs de Ra, permet par contre d'expliquer l'ensemble des données. L'expérience III préexpose les sujets au SC et à la réponse, en présence et en l'absence des SX. Dans ce cas il n'y a pas de différence significative entre les sujets préexposés et non préexposés à Ra mais l'effet Lubow apparaît aussi bien quand la préexposition au SC s'accompagne que lorsqu'elle ne s'accompagne pas d'une préexposition à Ra. Ces résultats confirment la validité de notre interprétation fondée sur le phénomène de masquage.
Mots clefs : Apprentissage d'évitement, préexposition, masquage, indices contextuels.
Summary : Response pre-exposure, CS pre-exposure and overshadowing in two-way avoidance learning.
The three experiments reported in this article analyse signaled two-way avoidance learning in terms of nominal stimulus (CS), contextual cues (SX) and the response-produced stimuli (SRa), and interpret latent inhibition and response-pre-exposure effect in these terms. In experiment I, two groups of rats, one pre-exposed and the other not pre-exposed to the future avoidance response (Ra), are compared. Subjects which were pre-exposed show a better avoidance performance than those which were not pre-exposed. Two hypotheses are suggested. The first assumes that the first phase of the experiment produced latent learning of the positive consequences of Ra in pre-exposed rats and improved subsequent avoidance learning. The second hypothesis assumes that non pre-exposed subjects learned, during the first phase, that contextual eues (SX) were security signals and that this learning interfered later with two-way avoidance learning since the SX were now correlated with danger as well as wiih security. Pre-exposed subjects did not experience this interference because response-produced stimuli (SRa) overshadowed the SX. Experiment II compares rats which were pre-exposed and were not pre-exposed to Ra and to CS. Even if Ra was not the same in experiments I and II, response-pre-exposure resulted in more rapid avoidance learning. The deleterious effect of CS pre-exposure (latent inhibition) is observed if rats were also pre-exposed to Ra. These results could not have been predicted by our first hypothesis but are well explained by a modified version of our second hypo-thesis which assumes that contextual eues can be overshadowed by the CS as well as by the SRa. Experiment III is so designed so that CS and Ra pre-exposures can be achieved in the presence or in the absence of the contextual eues of the avoidance box. This procedure did not induce any significant difference between subjects pre-exposed or not pre-exposed to Ra. However the deleterious effect of CS pre-exposure was observed even without Ra pre-exposure. These results are fully predicted by our overshadowing hypothesis.
Key-words : avoidance learning, pre-exposure, overshadowing, contextual cues.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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F. Doré
Préexposition à la réponse, effet Lubow et masquage dans un
apprentissage d'évitement bidirectionnel
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°1. pp. 21-42.
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Doré F. Préexposition à la réponse, effet Lubow et masquage dans un apprentissage d'évitement bidirectionnel. In: L'année
psychologique. 1984 vol. 84, n°1. pp. 21-42.
doi : 10.3406/psy.1984.28999
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_1_28999Résumé
Résumé
Cette recherche comprend trois expériences qui, tout en fournissant une interprétation de l'effet Lubow
et de l'effet d'une préexposition à la réponse (Ra), analysent la situation d'évitement bidirectionnel
signalé en prenant en considération le stimulus nominal (SC), les stimulus contextuels de
l'nvironnement expérimental (SX) et les stimulus proprioceptifs de la réponse (SRa). L'expérience I
compare des rats préexposés et non préexposés à la future réponse d'évitement Ra et établit ainsi un
fait empirique nouveau : les sujets à Ra acquièrent ensuite plus rapidement le
comportement approprié que les sujets qui n'ont pas été soumis à une telle préexposition. Deux
interprétations de ce fait sont envisagées. La première suppose que la première phase de l'expérience
est l'occasion d'un apprentissage latent des conséquences positives de Ra, qui facilite ensuite
l'acquisition du comportement d'évitement à la deuxième phase. La seconde interprétation suppose que
les sujets non préexposés apprennent, durant la première phase, que les stimulus contextuels (SX)
sont des indices de sécurité et que ce premier apprentissage interfère avec l'acquisition ultérieure de
Vévitement bidirectionnel où ces mêmes stimulus sont corrélés aussi bien à la sécurité qu'au danger.
Chez les sujets préexposés à Ra, les proprioceptifs de la réponse masquent les SX et les
empêchent ainsi d'interférer avec la situation d'évitement. L'expérience II compare des sujets
préexposés et non préexposés à Ra et au SC. Rien que Ra soit différente dans les deux expériences,
les sujets préexposés à la réponse manifestent comme dans l'expérience I une performance supérieure
à celle des sujets non préexposés. De plus, l'effet détériorant de la préexposition au SC (effet Lubow)
n'apparaît que chez les rats qui subissent une préexposition simultanée à Ra. La première interprétation
suggérée à la suite de l'expérience I ne permet pas de rendre compte de ce résultat. Une élaboration de
la seconde interprétation, qui suppose un masquage des stimulus contextuels aussi bien par le SC que
par les stimulus proprioceptifs de Ra, permet par contre d'expliquer l'ensemble des données.
L'expérience III préexpose les sujets au SC et à la réponse, en présence et en l'absence des SX. Dans
ce cas il n'y a pas de différence significative entre les sujets préexposés et non préexposés à Ra mais
l'effet Lubow apparaît aussi bien quand la préexposition au SC s'accompagne que lorsqu'elle ne
s'accompagne pas d'une préexposition à Ra. Ces résultats confirment la validité de notre interprétation
fondée sur le phénomène de masquage.
Mots clefs : Apprentissage d'évitement, préexposition, masquage, indices contextuels.
Abstract
Summary : Response pre-exposure, CS pre-exposure and overshadowing in two-way avoidance
learning.
The three experiments reported in this article analyse signaled two-way avoidance learning in terms of
nominal stimulus (CS), contextual cues (SX) and the response-produced stimuli (SRa), and interpret
latent inhibition and response-pre-exposure effect in these terms. In experiment I, two groups of rats,
one pre-exposed and the other not pre-exposed to the future avoidance response (Ra), are compared.
Subjects which were pre-exposed show a better avoidance performance than those which were not pre-
exposed. Two hypotheses are suggested. The first assumes that the first phase of the experiment
produced latent learning of the positive consequences of Ra in pre-exposed rats and improved
subsequent avoidance learning. The second hypothesis assumes that non pre-exposed subjects
learned, during the first phase, that contextual eues (SX) were security signals and that this learning
interfered later with two-way avoidance learning since the SX were now correlated with danger as well
as wiih security. Pre-exposed subjects did not experience this interference because response-produced
stimuli (SRa) overshadowed the SX. Experiment II compares rats which were pre-exposed and were not
pre-exposed to Ra and to CS. Even if Ra was not the same in experiments I and II, response-pre-
exposure resulted in more rapid avoidance learning. The deleterious effect of CS pre-exposure (latent
inhibition) is observed if rats were also pre-exposed to Ra. These results could not have been predicted
by our first hypothesis but are well explained by a modified version of our second hypo-thesis which
assumes that contextual eues can be overshadowed by the CS as well as by the SRa. Experiment III is
so designed so that CS and Ra pre-exposures can be achieved in the presence or in the absence of the
contextual eues of the avoidance box. This procedure did not induce any significant difference between
subjects pre-exposed or not pre-exposed to Ra. However the deleterious effect of CS pre-exposure wasobserved even without Ra pre-exposure. These results are fully predicted by our overshadowing
hypothesis.
Key-words : avoidance learning, pre-exposure, overshadowing, contextual cues.L'Année Psychologique, 1984, 84, 21-42
Ecole de Psychologie
Université Laval1
PRÉEXPOSITION A LA RÉPONSE, EFFET LUBOW
ET MASQUAGE DANS UN APPRENTISSAGE
D'ÉVITEMENT BIDIRECTIONNEL2
par François Y. Doré
SUMMAR Y : Response pre-exposure, CS pre-exposure and overshadowing
in two-way avoidance learning.
The three experiments reported in this article analyse signaled two-way
avoidance learning in terms of nominal stimulus (CS), contextual cues
(SX) and the response- produced stimuli (SRa), and interpret latent inhi
bition and response-pre-exposure effect in these terms. In experiment I,
two groups of rats, one pre-exposed and the other not pre-exposed to the
future avoidance response (Ra), are compared. Subjects which were pre-
exposed show a better avoidance performance than those not
pre-exposed. Two hypotheses are suggested. The first assumes that the first
phase of the experiment produced latent learning of the positive conse
quences of Ra in pre-exposed rats and improved subsequent avoidance
learning. The second hypothesis assumes that non pre-exposed subjects
learned, during the first phase, that contextual cues (SX) were security
signals and that this learning interfered later with two-way avoidance
learning since the SX were now correlated with danger as well as with
security. Pre-exposed subjects did not experience this interference because
response-produced stimuli (SRa) overshadowed the SX. Experiment II
compares rats which were pre-exposed and were not pre-exposed to Ra and
to CS. Even if Ra was not the same in experiments I and II, response-pre-
exposure resulted in more rapid avoidance learning. The deleterious effect
1. Tour des Arts, Université Laval, Québec, Que., G1K 7P4, Canada.
2. Cette recherche a été rendue possible grâce à la subvention A 7030
du crsng du Canada. L'auteur tient à remercier Mmes N. Perreault et
L. Richard pour leur collaboration aux expériences ainsi que le Pr Marc
Blancheteau de l'Université Paul- Valéry (Montpellier) dont les commentaires
judicieux ont permis d'améliorer une première version de cet article. 22 François Y. Doré
of CS pre-exposure (latent inhibition) is observed if rats were also pre-
exposed to Ra. These results could not have been predicted by our first
hypothesis but are well explained by a modified version of our second hypot
hesis which assumes that contextual cues can be overshadowed by the CS
as well as by the SRa. Experiment III is so designed so that CS and Ra pre-
exposures can be achieved in the presence or in the absence of the contextual
cues of the avoidance box. This procedure did not induce any significant
difference between subjects pre-exposed or not pre-exposed to Ra. However
the deleterious effect of CS pre-exposure was observed even without Ra
pre-exposure. These results are fully predicted by our overshadowing
hypothesis.
Key-words : avoidance learning, pre-exposure, overshadowing, contex
tual cues.
Les théories traditionnelles de l'apprentissage associatif
considéraient la contiguïté temporelle entre le SG et le SI ou
entre la réponse et son renforçateur, comme la seule condition
nécessaire et suffisante à l'acquisition d'une RG ou d'une conduite
instrumentale. Cependant des travaux récents, en particulier
ceux de Rescorla (1966, 1967, 1968) et de Seligman (1975), ont
démontré que si cette condition est nécessaire, elle n'est pas
suffisante. Pour qu'il y ait apprentissage associatif, l'animal doit
aussi être soumis à une corrélation entre un indice précurseur
(SG ou réponse de l'animal) et un événement biologiquement
significatif (RG ou renforçateur-punisseur) annoncé par cet
indice (Blancheteau, 1983 ; Dickinson, 1980 ; Doré, 1983). Cette
corrélation est positive dans le cas du conditionnement classique
excitateur, du renforcement positif et de la punition positive.
Elle est négative dans le cas du classique inhi
biteur, du négatif et la punition négative ou omis
sion. Si la corrélation est nulle, c'est-à-dire si l'appariement des
événements est aléatoire, l'animal apprend activement que le SC
et le SI sont des stimulus indépendants l'un de l'autre (Baker
et Mackintosh, 1977 ; Mackintosh, 1973) ou manifeste des symp
tômes de résignation apprise (learned helplessness), quand il
constate que ses réponses n'ont aucun effet sur l'environnement
(Seligman, 1975).
De nombreuses recherches ont démontré, dans des situations
expérimentales variées et chez diverses espèces animales, que la
préexposition à l'indice précurseur (SC ou SD) de la présence
(corrélation positive) ou de l'absence (corrélation négative) de
l'événement biologiquement significatif (SI ou renforçateur- Apprentissage d'éuitemenl 23
punisseur) a pour effet de retarder l'acquisition ultérieure de la
RG ou de la conduite instrumentale (Ackil et Mellgren, 1968 ;
Ackil, Mellgren, Halgren et Frommer, 1969 ; Anderson, Wolf et
Sullivan, 1969 ; Best, 1975 ; Carlton et Vogel, 1967 ; Ghacto et
Lubow, 1967 ; Domjam et Siegel, 1971 ; Fitzgerald et Hoffman,
1976 ; Halgren, 1972 ; Lubow, 1965, 1973 ; Lubow, Markman et
Allen, 1968 ; Lubow et Moore, 1959 ; Mellgren et Ost, 1972 ;
Seybert, 1971 ; Siegel et Domjam, 1971 ; Wolff et Maltzman,
1968). Ce phénomène, connu sous les noms d'inhibition latente ou
effet Lubow, produit, tout comme les situations où la corrélation
est nulle, une détérioration de la performance. Toutefois il ne
s'agit pas d'un cas d'apprentissage de la corrélation nulle puis-
qu'au moment de la préexposition, l'animal n'est pas confronté
à un appariement aléatoire des événements, mais seulement à
un stimulus neutre qui deviendra ultérieurement l'indice pré
curseur d'un événement biologiquement significatif.
Dans nos travaux antérieurs sur l'effet Lubow (Doré, 1981,
1982 ; Parent, 1982 ; Richard et Doré, 1983), nous avons surtout
utilisé les situations d'évitement signalé. Ces situations se son-
avérées particulièrement intéressantes. L'un des principaux résuit
tats obtenus est que l'effet Lubow se manifeste clairement dans
l'évitement bidirectionnel mais que dans l'évitement unidirec
tionnel, la préexposition au futur indice précurseur (SG) de la
présence de l'événement biologiquement significatif (SI), ne
produit aucun retard de l'apprentissage (Doré, 1981). Ce résultat
a été interprété à l'aide de l'hypothèse de Bolles (1970) sur les
réactions défensives spécifiques à l'espèce (SSDR), qui explique
la différence observée dans la rapidité d'acquisition des évite-
ments unidirectionnel et bidirectionnel.
Selon Bolles, l'acquisition d'un comportement d'évitement
est plus rapide si elle s'appuie sur les indices intrinsèques à l'exé
cution de la réponse que si elle dépend des indices externes comme
le SG ou sa cessation. Les indices intrinsèques sont de deux types.
Le premier, et le plus important, regroupe les modifications
concomitantes à l'occupation d'un nouveau lieu, un lieu où
l'animal ne reçoit jamais la stimulation aversive. Le second type
comprend les indices proprioceptifs fournis par la réponse
même. La différence dans la rapidité d'acquisition des évitements
unidirectionnel et bidirectionnel serait due à l'importance rela
tive des indices externes et intrinsèques dans ces deux situations.
Tout comme l'évitement unidirectionnel, l'évitement bidirec- 24 François Y. Doré
tionnel exige un certain effort et implique une activité de loc
omotion (indices intrinsèques proprioceptifs). Toutefois, contrair
ement à l'évitement unidirectionnel, il ne permet pas à l'animal
de fuir dans un lieu ayant valeur de refuge. En effet l'endroit
où il fuit devient, quelques instants plus tard, un endroit à fuir.
Ainsi l'indice intrinsèque le plus efficace est absent et l'animal
doit alors avoir recours à des indices externes tels que le SG.
Etant dépendant de ces indices externes, il est normal que
l'apprentissage d'évitement bidirectionnel soit retardé par une
préexposition au futur SG. Quant à l'apprentissage d'évitement
unidirectionnel, il n'est pas sujet à l'effet Lubow puisque l'animal
se réfère davantage aux deux types d'indices intrinsèques qu'aux
indices externes (Doré, 1981).
Si notre interprétation, qui s'inspirait de l'hypothèse de Bolles,
permettait d'expliquer la présence de l'effet Lubow dans l'appren
tissage d'évitement bidirectionnel et son absence unidirectionnel, elle reposait sur une analyse
incomplète de la situation d'évitement signalé. En fait, cette
situation met l'animal en présence d'une double corrélation entre
les événements de l'environnement. D'une part, il y a une
corrélation positive entre l'indice précurseur (SC) et l'événement,
biologiquement (SI). Cette corrélation est très élevée au début
quand l'animal exécute des réponses d'échappement et diminue
graduellement à mesure que la réponse d'évitement (Ro) devient
plus fréquente. D'autre part, il y a une corrélation négative entre
l'exécution de Ra et l'événement biologiquement significatif (SI),
corrélation qui augmente avec l'apprentissage. Nos travaux
antérieurs ont mis en évidence l'effet Lubow dans la situation
d'évitement bidirectionnel, quand l'animal est préexposé à l'indice
précurseur de la corrélation positive (SG). Que se passe-t-il quand
il est préexposé à l'indice précurseur de la corrélation néga-
tive (RJ ?
Jusqu'à maintenant, les recherches qui ont étudié l'effet
Lubow dans des situations instrumentales ont toutes préexposé
les sujets au stimulus discriminatif (SD), qui indique la dispo
nibilité du renforçateur mais qui ne constitue pas le véritable
indice précurseur de cet événement. Les expériences que nous
rapportons ici visent donc à examiner, dans une situation d'évit
ement bidirectionnel, l'effet d'une préexposition à l'indice pré
curseur (Ro) de l'absence du SI et à analyser comment cet effet
se combine à l'effet Lubow qui, lui, consiste en une préexposition Apprentissage d'évitement 25
à l'indice précurseur (SG) de la présence du SI. Ces expériences
nous permettront également de mieux comprendre les éléments
qui entrent en jeu dans l'acquisition du comportement d'évit
ement bidirectionnel.
EXPÉRIENCE I
La première expérience consiste simplement à comparer deux
groupes de sujets : l'un est préexposé à la réponse d'évit
ement (Ro) avant l'apprentissage d'évitement bidirectionnel ;
l'autre groupe n'est pas soumis à cette préexposition.
SUJETS
L'échantillon est constitué de 34 rats mâles albinos de souche
Sprague-Dawley. Ils proviennent du Canadian Breeding Farm (Québec),
sont expérimentalement naïfs et pèsent entre 200 et 310 g au moment de
l'expérience. Ils sont logés dans des cages individuelles et reçoivent eau
et nourriture ad libitum.
APPAREILS
L'appareil utilisé a déjà été décrit par Doré (1981, 1982), II s'agit
d'une cage d'évitement à navette (shuttle box), reliée à un système éle
ctromécanique (TKK, modèle 250) comprenant un sélecteur de stimulus,
un générateur de chocs puisés et des horloges. Ce système est programmé
électroniquement à l'aide de modules Coulbourn. A l'exception de la
fenêtre d'observation, l'intérieur de la cage est de couleur blanche et est
divisé en deux compartiments égaux (24 x 21 x 17 cm) par une paroi
métallique percée d'une porte mesurant 10 x 12 cm. Le plancher est
fait de tiges d'acier inoxydable d'un diamètre de 2 mm, séparées par un
espace de 1 cm. Ce plancher partiellement mobile permet d'enregistrer
les déplacements de l'animal d'un compartiment à l'autre. La cage d'évi
tement, éclairée par un plafonnier de 15 W, est elle-même placée dans
une chambre insonorisée, située dans une pièce adjacente à celle où se
trouvent les systèmes de contrôle et d'enregistrement.
Le générateur de chocs puisés fournit des chocs électriques d'une
durée de 10 s et d'une valeur nominale de 0,8 mA, tandis que le SC est une
tonalité pure de 1 200 Hz à 66 dB. 26 François Y. Doré
DÉROULEMENT DE L'EXPÉRIENCE
Les sujets sont répartis au hasard en deux groupes égaux (n = 17)
et subissent l'expérience en deux phases consécutives. Au cours de la
première phase, aucune stimulation n'est présentée. Les sujets du
groupe PRER sont simplement placés dans la cage d'évitement et
peuvent se déplacer librement d'un compartiment à l'autre, en passant
par la porte percée dans la paroi métallique séparant ces deux comparti
ments. Lorsqu'ils ont complété 30 déplacements, le temps écoulé depuis
leur introduction dans la cage est enregistré et la deuxième phase débute.
Les sujets du groupe CONT sont aussi placés dans la cage d'évitement,
mais ils ne peuvent passer d'un compartiment à l'autre. Une paroi de
plexiglass transparent ferme la porte centrale. Chaque sujet de ce groupe
est apparié à un sujet du groupe PRER en fonction du temps passé dans
l'appareil. Ainsi le sujet 1 passe 18 mn dans la cage, 9 ran dans chaque
compartiment, car le sujet 1 du groupe PRER a mis ce temps pour
compléter ses 30 déplacements. Etant donné que les sujets du groupe
GONT doivent être manipulés une fois durant la première phase pour
les faire séjourner un temps égal dans chaque compartiment, les sujets
du groupe PRER sont aussi manipulés une fois après leur quinzième
déplacement.
La deuxième phase de l'expérience est identique pour les deux groupes
de sujets et suit immédiatement la première. Elle consiste dans l'appren
tissage d'évitement bidirectionnel. Le SC est présenté pendant 5 s au
maximum. Il cesse dès que le sujet quitte le compartiment où il se trouve
au début du SG et passe dans le compartiment opposé, où il subira le
nouvel essai. Si au terme de ces 5 s, le sujet ne s'est pas déplacé, le SG
s'accompagne du choc électrique. Les essais sont séparés par un inter
valle moyen de 45 s et sont au nombre de 200.
RÉSULTATS
Le temps mis par les sujets du groupe PRER pour compléter
30 déplacements et, par conséquent, la durée de la première phase
pour les sujets du groupe CONT varient entre 10,2 et 25,3 mn,
le temps moyen étant de 18,4 mn.
Lors de la deuxième phase de l'expérience, le nombre moyen
d'essais nécessaire à l'apparition du premier évitement ne
diffère pas significativement chez les deux groupes de sujets
(f(32) = 0,98). Il est de 18,9 pour le groupe PRER et de 24,7
pour le groupe CONT. Cependant, comme l'indique la figure 1,
les courbes d'apprentissage de ces deux groupes ont une forme Apprentissage d'éviiement 27
très différente. Les sujets qui ont subi une préexposition à la
réponse ont une performance qui s'améliore rapidement dans
les 80 premiers essais et qui a tendance à se stabiliser par la
suite. Les sujets du groupe GONT manifestent une progression
moins rapide, mais plus continue, du nombre d'évitements à
chaque bloc d'essais.
PRER
14 CONT
12
z ai
10 2
tu
UJ
Q
ai
oc
m
2
o
z
20 40 60 80 100120140160180200
BLOCS D'ESSAIS
Fit 1. — Nombre d'évitements par bloc de 20 essais
dans l'expérience I
Les données de la figure 1 sont traitées à l'aide d'une analyse
de variance sur plan factoriel Préexposition x Blocs d'essais
avec mesures répétées sur les blocs (Winer, 1971). Les résultats
de cette analyse indiquent que l'interaction des deux facteurs
est significative (F(9,288) = 3,60, p < .001). La préexposition
à la réponse n'a donc pas le même effet selon le bloc d'essais
considéré. L'analyse des effets simples confirme cette conclusion.
Il n'y a pas de différence significative entre les deux groupes
dans les 20 premiers essais (F( 1,320) = 0,06). Cependant, dès
le deuxième bloc, les sujets du groupe PRER produisent un plus
grand nombre d'évitements que les sujets du groupe CONT
(F = 6,25, p < .05). Une différence significative dans le même
sens est observée pour les blocs 3 (F = 11,61, p < .001),

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