Problèmes généraux et méthodes - compte-rendu ; n°1 ; vol.52, pg 228-238

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L'année psychologique - Année 1952 - Volume 52 - Numéro 1 - Pages 228-238
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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M.-L. Gouhier
G. de Montmollin
R. Pages
I. Problèmes généraux et méthodes
In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°1. pp. 228-238.
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Gouhier M.-L., de Montmollin G., Pages R. I. Problèmes généraux et méthodes. In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°1.
pp. 228-238.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1952_num_52_1_8623— Psychologie sociale. V.
I. — Problèmes généraux et méthodes.
Concepts, hypothèses, théories :
(1) DODD (S. C). — A verifiable hypothesis of human ten
sions (Une hypothèse sur les tensions humaines). —
Intern. J. Opin. Attit. Res., 1950, 4, 36-56. — (2) The inter-
actance hypothesis : a gravity model fitting physical masses
and human groups (L'hypothèse de V inter actance : modèle gravi
tationnel adapté aux masses physiques et aux groupes humains).
— Amer. Sociol. Rev., 1950, 11, 245-256. — (3) CAVANAUGH
(J. A.). — Formulation, analysis and testing of the inter-
actance hypothesis (Formulation, analyse et contrôle de l'hypo
thèse d'interactance). — Ibid., 763-765. — (4) HERTZ (D. B.)
LIVINGSTON (R. T.). — Contemporary organizational theory.
A review of current concepts and methods (La théorie contem
poraine de l'organisation. Aperçu des méthodes et conceptions
courantes). — Hum. Relat., 1950, 3, 373-394. — (5) LIN-
DESMITH (A. R.), STRAUSS (A. L.). — A critique of cul
ture personality writings (Critique des écrits sur les rapports
entre personnalité et civilisation). — Amer. Sociol. Rev., 1950,
15, 587-600. — (6) GIROD (R. Ph.). — Les théories et les
méthodes psychosociologiques de Kurt Lewin. — Cah. Intern.
Sociol., 1950, 9, 129-155. — (7) KRECH (D.). — Dynamic
systems, psychological fields and hypothetical constructs (Sys
tèmes dynamiques, champs psychologiques et constructions hypot
hétiques). — Psychol. Rev., 1950, 42, 283-290. — (8) Dynamic
systems as open neurological systems (Les systèmes dynamiques
comme systèmes neurologiques ouverts). — Psychol., Rev., 1950,
42, 334-361. — (9) LAPAN (A.). — Towards a calculus of beha
vior (Vers un calcul du comportement). — 1950, 42, 333-347.
— (10) TUTHILL (C. E.). — A postulation system on social
interaction (Système de présuppositions sur l'interaction sociale).
— J. Psychol., 1950, 29, 355-378. — (11) COTTRELL (L. S.
Jr.). — Some neglected problems in Social Psychology (Quelques
problèmes négligés en Psychologie sociale). — Amer. Sociol. Rev., PSYCHOLOGIE SOCIALE 229
1950, 15, 705-712. — (12) RABAUD (É.). — Le phénomène
antisocial et la valeur de l'individu. — Rev. Phil., 1950, 140,
257-272.
Les idées de Stuart Dodd s'enchaînent naturellement aux don
nées sur les relations entre disciplines. Dodd se propose en effet
de couvrir au point de vue théorique et empirique, dans le cadre
de son système de dimensions imité des sciences physiques, un
domaine à la fois psychologique et social. Son hypothèse des ten
sions humaines (1) n'est, dans ce sens, qu'un élément. L'auteur
définit la tension (E) comme proportion de l'intensité du désir (D)
à une unité d'objet désiré quelconque (V), d'où l'équation (1) fon
damentale E = D /V. Un exemple de E est le prix unitaire, D étant
la demande et V la marchandise unitaire.
La théorie est une généralisation de l'économie marginaliste et
elle constitue un modèle mathématique dont l'aspect est assez nou
veau en psychologie sociale. A cet égard, il faut rapprocher la ten
dance de Dodd de celles (4) de Lotka, de Zipf, de Lienau (1947)
avec son équation d'intégration groupale, de Morgenstern et von
Neumann (théorie des jeux)... 'Le fait que Bavelas, disciple de
Lewin, s'oriente lui aussi vers des modèles mathématiques d'orga
nisation et quantifie sa topologie (1948) est un signe que la mathé-
matisation topologique (même augmentée de vecteurs) n'est plus
une base suffisante pour les modèles.
L'hypothèse dé Dodd est déjà fort développée et réalise une série
de définitions descriptives enchaînées qui paraissent utiles. Ainsi,
pour les desiderata négatifs, on a E = D (1 /V) = DV : c'est-à-dire
que la tension s'accroît avec la quantité de desideratum négatif.
La tension baisse quand le quantum d'objet désiré s'accroît. En
fixant tour à tour les 3 variables par l'exposant zéro {ofi — 1),
l'auteur généralise la notion d'élasticité. Bien entendu, l'auteur se
propose de trouver empiriquement les exposants réels dans chaque
cas. L'intéressant est que l'auteur se préoccupe toujours d'ajuster
à ses hypothèses un instrument de mesure. C'est ainsi qu'il se réfère
ici comme source possible de données à une échelle du type Guttman,
en faisant de l'objet d'attitude pour ou contre un desideratum
(V en abscisses) et de l'intensité d'attitude une intensité de désir
(D en ordonnées). La tangente à la courbe (en V ou J de Guttman)
serait alors la motivation correspondant à une quantité donnée de
V. En combinant de telles données, l'auteur se propose de prévoir
des comportements et de vérifier la prédictivité de sa théorie.
Les idées de Dodd rencontrent une grande méfiance aux États-
Unis, et l'on crie parfois au pseudomathématisme simpliste. Et il
est vrai que les modèles économiques classiques ne sont pas un
précédent favorable. La différence de symbolisme ne peut masquer
le fait qu'ils font usage de concepts incontrôlables à la façon des
métaphysiques. Mais Dodd ne cesse d'associer une double préoc- 230 ANALYSES BIBLIvOGRJUPHMJUES
«upation de formalisation logicoma thématique et de contrôle empir
ique. Ceci an moins est favorable qu'on peut s'en remettre au
contrôle de l'expérience pour conclure.
1' « hypothèse Dans un domaine plus sociologique et plus simple,
d'interactance » de Dodd s'exprime ainsi (2) :
_ kIAPAîBP8T e (1)
p
llo?>0,9±ar (2)
L'interactanee est le nombre probable d'interactions pendant un
Deœps T entre deux populations A et B de populations respectives
Pa et Pb séparées par une distance L, ayant des niveaux caracté
ristiques d'activité IA et IB par tête. X est «ne constante propre au
type d'interactions. Dans (2) ï0 est le nombre d'interactions obser-
Tées, €,9 est une valeur arbitraire de r. Cavanaugh (3) utilise l'indice
P î
simplifié J« = — lu — pour une série d'interactions telles que les
entrées d'autos des différents États à Mount Rainier National Park
ou les appels téléphoniques entre paires de villes. 70 % des 27 coeffi
cients de corrélation sont supérieurs à 0,80. Les pentes de la ligne
de régression sont 1,00 ± ,20 dans pTès de 70 % des cas.
Une hypothèse transposée de la théorie de la gravitation, qui
jermet même de calculer des niveaux d'interaction moléculaires
par tête (IA> IB) comparables aux poids spécifiques, procède sans
doute dTun atomisme littéral, scandaleux pour beaucoup d'esprits.
M semblera d'autant plus intéressant d'en signaler quelques succès
initiaux. Et cela précisément au moment où certains (5) mettent
en doute le degré d'efficacité de travaux d'une conceptualisation
verbale élaborée, tels que ceux de l'anthropologie culturelle avec
ses théories de la personnalité : certes, ces travaux sont « globa-
Kstes », se livrant à une typologie des essences de civilisation. Mais
us emploient des méthodes plus illustratives que probatoires, ignorent
aisément les variables spatiotemporelles, cherchent tant les signif
ications des faits qu'ils en oublient parfois de distinguer faits et
significations, négligent l'échantillonnage, ont tendance à formuler
leurs propositions de façon souple, c'est-à-dire invérifiable. Il est
curieux toutefois que l'auteur élude quelque peu la discussion des
concepts d'origine gestaltiste (du type « pattern »). Or c'est un
lait curieux que ces concepts servent tantôt des intentions « gali-
îéennes » (modèles mathématiques et notion de champ de Lewin),
tantôt des traditions aristotéliciennes (refus d'analyse d'un « tout »,
imputation d'attributs au « tout »). On notera d'ailleurs que chez
certains auteurs la notion totaliste de Lewin prête aux mêmes équi
voques. Dans (6) l'auteur dit à six lignes de distance, exposant
Lewin, que « Pour obtenir des changements durables dans un des PSYCHOLOGIE SOCIALE 231
secteurs de cet ensemble dynamique, il faut le modifier tout entier... »
et que « tout changement affectant une des parties transforme la
structure et la dynamique du système d'interaction constituant le
tout ». Il est clair que ces formules ne précisent en rien la nature
■du point d'application de l'action, expérimentale ou non, puisque
modifier une des parties modifie le tout : il suffirait donc de ne qu'une partie pour modifier le tout; mais c'est en contra
diction avec la première phrase qui veut qu'on ne puisse pas modif
ier la partie si l'on ne modifie pas le tout! Ces jeux de mots sur
« tout » et « partie » paraissent, dans ce cas, non seulement peu
•opérationnels, mais proprement irrationnels (illogiques). C'est peut-
être que ces concepts ne sont pas aussi propres à la manipulation
naïve que certains le croient.
D. Krech montre dans ce domaine une évolution intéressante,
puisque l'inspiration de Tolman et de Lewin pénètre le traité bien
connu dont il fut co-auteur 1. Il s'oppose aujourd'hui (6 et 7) aux
« psychologues psychologistes » et aux indécis, indiquant que les
notions du type motivation, tension, attitude, attente et tous
les concepts de « champ psychologique » ou d' « espace de vie »
sont des concepts non expérimentaux qui ne conduisent à aucune
découverte possible en dehors des corrélations stimulus-réponse
(conscience-comportement). Le champ non conscient, différent du
comportement et de la situation, est neurologique et ne peut être
autre chose. Il faut donc, dès maintenant, substituer aux construc
tions pseudo-psychiques des constructions hypothétiques explica
tives qui soient des modèles neurologiques. Il n'y a pas besoin de
concepts « psychologiques » pour expliquer les faits « psycholo
giques ». Les gènes du pigment rouge n'ont pas besoin d'être rouges.
La conceptualisation neurologique de l'auteur est encore trop
récente pour qu'on puisse juger de sa portée en psychologie sociale.
Mais elle doit donner à réfléchir après le système bien poli du traité,
dédié à Tolman, dont l'auteur souligne une évolution comparable
à la sienne.
Un autre domaine des mathématiques non quantitatives, la
théorie des relations, a donné lieu à l'article de Tuthill (10). Dans
un article général (9), Lapan se contente d'indiquer qu'il y a iso-
morphisme entre la logique des propositions et certains mécanismes
du comportement ainsi formalisables. C'est possible, les démarches
propositionnelles n'étant que des conduites particulières; nous
sommes familiarisés depuis les dialecticiens avec l'idée de la chose
et depuis Piaget avec son traitement scientifique (théorie logistico-
psychologique des opérations). Mais Tuthill applique un calcul
relationnel systématique et détaillé à deux relations interindivi-
duelles, celle de relèvement du statut personnel (conduite « flat-
1. D. Krech and R. S. Crutchfield. Theory and problems of social
Psychology, New-York, Me GrawHill, 1948. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 232
teuse » de A à l'égard de B) avec son inverse, et celle de précellence
statutaire. Ex. : A -»■ Bab signifie par exemple A humilie B, A et B
étant présents. A ^ Ba par A est le supérieur de B
dans l'esprit de A. En combinant les deux relations et moyennant
certaines hypothèses, on obtient des séquences qui ont des propriét
és tout à fait remarquables non seulement de description classifi-
catoire précise et concise mais vraiment d'analyse des conduites
sociales. Noter d'ailleurs que les segments d'interaction dégagés
par la méthode se prêteraient fort bien à la codification et à la
statistique. Sans déprécier le modèle dans son état actuel, on a
toutefois des raisons psychologiques de penser qu'il profiterait de
remaniements. C'est ainsi que la théorie suppose que la relation de
précellence, comme l'autre, change le « statut personnel » alors que,
normalement, elle ne devrait que décrire la situation statutaire et
marquer le rôle de son inertie. N'empêche que le modèle est riche
de suggestions expérimentales. On a l'impression que les modèles
relationnels se prêteraient plus utilement au calcul complexe que,
par exemple, les modèles topologiques.
Cottrell (11) insiste pour qu'on essaie de rendre opérationnelle
l'étude de domaines marginaux par leur développement et sans
doute centraux par leur importance, tels que ceux d'empathie et
de moi. Il définit l'empathie comme réponse de A et B consistant
pour A dans l'aptitude à prédire correctement la réponse de B
dans une situation spécifiée, mais voit lui-même qu'on ne la di
stingue pas ainsi de la « prévision actuarielle », disons ... du pronostic
d'un psychologue behavioriste. Or les notions de rôles, engagement
du moi (« ego-involvement »), formation du moi, exigeraient des
explorations, — non pas antagonistes, mais complémentaires des
méthodes neurologiques et biologiques. Toutefois, lorsque l'auteur
préconise l'entraînement systématique des chercheurs de l'empat
hie, on peut penser qu'il va un peu vite, quelques travaux précis
suggérant déjà que la « divination » empathique des mobiles, par
exemple, est exclusivement en corrélation avec les mobiles cons
cients du prédicteur.
Rabaud enfin souligne à juste titre l'intérêt de la psychosociol
ogie comparée pour la conceptualisation. Les conduites d'indiffé
rence ou de répulsion mutuelle apparaîtraient dans un jour plus
clair si on les confrontait respectivement au comportement des
Pintades ou de telles chenilles de Microlépidoptères (Mycldis Cri-
bella) qui se refoulent mutuellement et s'isolent par des cloisons
de soie dans la tige de Chardon qui les abrite en commun. (1) L'au
teur suggère l'analogie avec un modèle chimique.
R. Pa. PSYCHOLOGIE SOCIALE 233
Les attitudes et leur mesure :
(1) CAMPBELL (D. T.). — The indirect assessment of social
attitudes (L'estimation indirecte des attitudes sociales). — -
Psychol. Bull., 1950, 47, 14-38. — (2) LUCHINS (A. S.). —
The stimulus field in social Psychology (Le champ du stimulus
en psychologie sociale). — Psychol. Rev. 1950, 57, 27-30. —
(3) WECHSLER (I.R.). — An investigation of attitudes toward
labor and management by means of error choice method (Explor
ation des attitudes devant la main-d 'œuvre et la direction au moyen
de la méthode du choix d'erreur). — J. soc. Psychol., 1950, 32, 51-
62. — (4) THISTLETHWALTE (D.). —Attitude and structure
as factors in the distorsion of reasoning (L'attitude et la
comme facteurs dans la distorsion du raisonnement) . — J. abn.
soc. Psychol., 1950, 45, 442-458. — (5) FOA (U. G.). — Scale
and intensity analysis in opinion research (L'analyse d'échelles et
d' intensité dans la recherche sur l'opinion). — Intern. J. Opin.
Attit. Res., 1950, 42, 192-208. — (6) SANAI (M.). — A factorial
Study Of SOCial attitudes (Étude factorielle des attitudes sociales) . —
J. soc. Psychol., 31, 167-182. — (7) CATTELL (R. B.). — The
discovery of ergic structure in man in terms of common attitudes
(La découverte de la ergique chez l'homme en termes d'atti
tudes communes). — ■ J. abn. soc. Psychol., 1950, 45, 598-618. —
(8) BRA Y (D. W.). — ^The prediction of behavior from two atti
tude scales (La prédiction du comportement à partir de deux échelles
d'attitude). — J. abn. soc. Psychol., 1950, 45, 64-84.
On assiste à moins d'efforts de conceptualisation verbale que de
conceptualisation logico-expérimentale.
Campbell (1) fait une revue précieuse par son étendue (84 réfé
rences, article envoyé en mai 1949) et surtout par sa qualité critique
concernant l'estimation indirecte des attitudes. Déguisées par défini
tion, les épreuves indirectes peuvent être non structurées (projec-
tives) ou structurées (but déguisé sous une performance qui sert à
la fois de prétexte et d'instrument de mesure). L'auteur parcourt
le domaine de G. Watson et Horowitz aux travaux de Cattell
(cf. Année Psychol., 51, 396-397) et résume les techniques qui se
rattachent pour la plupart aux effets d'attitude sur l'apprentissage,
la perception, la mémoire, l'évaluation, en dehors des techniques
physiologiques.
La séduction de ce mode d'accès s'impose à qui a des notions à la
fois expérimentales et psychanalytiques, double source de méfiance
à l'égard de la valeur nominale des réactions verbales. Mais, dit
l'auteur, jusqu'ici il n'est pas prouvé que les tests indirects aient plus
de validité que les directs (échelles, etc.). On a fait, il est vrai, peu
d'usage des groupes-critères pour la validation... Que répondre, sinon
que l'intérêt pour les épreuves indirectes est ainsi déçu à tort, parce
que l'orientation vers ces épreuves manque de décision? On ne 234 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
risque guère de trouver des validités supérieures à celles des épreuves
verbales et directes puisque, très souvent, ce sont celles-ci qui servent
de « validants ». C'est un cercle. Or, du point de vue scientifique,
les épreuves directes (c'est-à-dire portant sur les données immédiates
d'intérêt traditionnel) ne sont pas privilégiées. La notion de valida
tion est sortie du domaine pragmatique de la psychotechnique
(reconstituer artificiellement l'opinion la plus probable du contre
maître ou du patron). Dans le domaine psychosocial, les traits imméd
iats ne peuvent servir que d'introducteurs aux structures et pro
cessus dont ils ne sont qu'un aspect manifeste et qui seuls peuvent
les expliquer eux-mêmes. Même du point de vue pragmatique, il
n'est pas sûr que les réactions verbales les plus manifestes soient les
plus liées au comportement non verbal ou même verbal en toutes
situations. C'est cela qui justifie l'intuition confuse d'une « validité »
supérieure des épreuves indirectes et que tentent de mettre en œuvre
les méthodes de « validation interne » de Cattell. De ce point de vue,
ha fidélité beaucoup plus basse des épreuves indirectes notamment
révélées par Cattell, très accentuées si l'on tient compte du nombre
d'items et du temps, peut avoir un tout autre sens que péjoratif.
L'auteur remarque que la cohérence de l'épreuve directe « est en
partie consciente, volontaire et peut être superficielle, par contraste
avec les « distorsions » involontaires dans la performance réalisée
par beaucoup d'épreuves indirectes ». Si, comme l'indique l'auteur,
l'attitude sociale est « un syndrome de cohérence des réponses à
l'égard d'objets sociaux », effet d'un apprentissage (cf. les concepts,
opérationnellement peu distincts, de persévération, disposition (set),
habitude de position, fixation, distorsion (bias), erreur non fortuite,
idiosyncrasie, préjugé, schématisme (oversimplification), rigidité). Il
se peut que les attitudes soient plus élaborées comme telles au
niveau verbal où le clichage des rôles est très important. Mais on
sait bien que les rôles clichés n'interviennent pas seuls dans les
•conduites, surtout en crise, et aussi que le symbolisme verbal n'a
pas seulement des rapports d'expression avec d'autres domaines,
mais aussi de compensation, par exemple.
Bra y (8) très critique à l'égard des « validations » verbales y comp
ris les « histoires de cas », veut valider des échelles d'attitude
(antisémite, anti-Nègre) à l'aide d'un comportement contrôlable; mais
il insiste sur « contrôlable » et apparente ainsi son travail à la mesure
indirecte. En effet, les comportements usuels n'étant pas aisément
contrôlables il choisit comme « validant » le conformisme dans l'est
imation du phénomène autocinétique sous suggestion d'un compère
de l'expérimentateur, alternativement déclaré Juif et non Juif, ainsi
que d'un compère Nègre. Malheureusement les hypothèses de
l'auteur sur le degré de conformisme selon les cas échouent. II est
■clair qu'un comportement inconnu, difficile à interpréter et impré
visible, est un mauvais validant. Il reste pourtant autre chose de PSYCHOLOGIE SOCIALE 235
cette expérience ambitieuse qu'une invite à choisir comme validants
initiaux d'épreuves verbales ou indirectes des comportements connus,
[prévisibles, tranchés. L'auteur a appliqué des tests de personnalité
■et trouve qu'on arrive à bien prévoir le comportement de contrôle
en combinant les scores d'attitude et de personnalité (59 < R > 71)
dans les cadres des sous-groupes déterminés sur l'échelle d'attitudes.
Cette indication expérimentale assez précaire est à retenir en faveur
de l'idée que le comportement, imprévisible linéairement d'après
une échelle plus ou moins unidimensionnelle, le serait davantage par
interaction de traits de personnalité avec l'attitude.
Dans la terminologie des épreuves « projectiles » Luchins (2) fait
remarquer le peu de clarté des expressions « structuré » ou non,
ambigu, tranché (clear cut)... Ambigu signifie : qui prête à plusieurs
structurations. Quant au degré de structuration, il ne peut être
défini pour un stimulus isolé sans faire intervenir a) l'environnement
du stimulus, b) l'état du sujet (attitude de compétition, faim, nar
cose...) (notion d'espace de vie de Lewin).
Wechsler (3) applique élégamment la méthode du choix d'erreur :
il est imposé au sujet de choisir entre des propositions dont le testeur
sait qu'elles sont fausses (sous prétexte d'épreuve d'information).
Le principe est que les deux erreurs soient équidistantes de la vérité.
Si l'on veut introduire des degrés d'erreur, l'équidistance sera établie
dans chaque paire. L'auteur indique bien l'intérêt qu'il y a à aborder
les attitudes par voie indirecte, par les effets inconscients, quoiqu'il
valide classiquement avec une question directe et pondère les items
d'épreuve d'après elle. Mais il utilise ensuite deux groupes-critères
(67 « directeurs » et 57 cadres syndicaux) que l'épreuve différencie
bien (t = 9,78) et il classe aussi des experts de l'arbitrage. Il les
trouve plus voisins des syndicalistes (t = 1,90) que des « directeurs »
(t = 9,38). Les médiateurs les plus efficaces se trouvent au centre
de la distribution. On a ici un cas très remarquable de validation
externe (peut-être insuffisamment mise en relief) associée à la
révélation par une épreuve indirecte d'un fait sans doute nou
veau : la parenté normale d'attitude des syndicalistes et des médiat
eurs.
Dans le même cadre d'application raffinée de types d'épreuves
connues, Thistlethwalte (4) étudie la distorsion du raisonnement par
î'ethnocentrisme dans l'attitude à l'égard des Nègres (6 groupes
critériaux) . 1° La distorsion ne peut être mesurée dans une série
d'inférences que par comparaison à une série appariée d'inférences
isomorphes à arguments affectivement neutres. 2° Le matériel
ambigu ou non structuré n'est pas forcément le meilleur pour ce
type de recherches. En fait, les formes d'inférence ne sont pas quel
conques pour les S. Certaines inferences logiquement vraies sont
k
perçues - fois comme fausses pour un ensemble de n jugements ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 236
k
(0 < k < n). — n définit la « structure » d'une inference. C'est d'elle
qu'il faut tenir compte pour mesurer la distorsion.
Cependant les derniers développements des échelles verbales
entrent en application, avec un impact inusité sur la théorie (cf. Dodd
plus haut). Le directeur de l'Institut israélien de Recherche Sociale
appliquée use des échelles de Guttman avec fruit (5). Il leur trouve
plusieurs propriétés importantes, notamment celles de : 1° repérer
les questions distordues; 2° savoir si dans la population interrogée
il y a une opinion structurée : sinon la courbe des intensités d'opi
nion est plutôt plate; 3° rapprocher l'opinion du comportement à
travers la variable d'intensité; 4° permettre une meilleure détection*
des corrélations non linéaires : l'auteur cite un cas où le point 0 de
l'échelle d'opinion, repéré par le minimum de la courbe d'intensité
correspond au point d'inflexion d'une courbe de corrélation.
L'analyse factorielle a été utilisée par quelques travaux que
Sanai trouve trop rares (6). Lui-même pose un questionnaire concer
nant les domaines politico-économique, sexuel, religieux, secondaire
ment racial et démocratique (16 items) qu'il applique à 3 groupes :
1° classe moyenne inférieure, âge 21; 2° étudiants des deux sexes;
3° étudiantes de Collège privé, en tout 250 protocoles retenus
(50 éliminés notamment parce que des sujets avaient discuté entre
eux: par ailleurs les saturations sont calculées avec 3 décimales).
L'auteur utilise la méthode du facteur général de Burt par simple
sommation; il trouve un facteur général Ft (30,6 % de la variance)
et deux bipolaires Fn, Fin (8, 31 % et 9, 3 %) qui se présentent de
façon arborescente comme des subdivisions successives du Fz : c'est
un avantage de la méthode. Dans l'ordre des saturations, Fx appar
aît comme le fameux conservatisme-progressisme et charge dans
l'ordre décroissant les items « incroyance dans la création divine,
condamnation morale du capitalisme, lutte de classes inévitable dans
le capitalisme, défense de la nationalisation des moyens majeurs
de production et d'échange, approbation de la procréation consciente,
des relations extra-conjugales, incroyance en la divinité du Christ,
approbation de l'abandon de notre souveraineté nationale dan»
l'intérêt de la paix, incroyance en l'existence d'un Dieu personnel, du divorce, de la liberté de discussion totale ». Ce fac
teur, dit l'auteur, « semble être le facteur fondamental qui sous-
tend nos attitudes sociales et il est comparable au g de Spearman
dans le domaine intellectuel et au facteur d'émotivité générale de
Burt dans le domaine orectique ». Or, faire du g de Spearman un
trait en quelque sorte interne du S, nullement lié par la civilisation,
c'est déjà sans doute très risqué. Mais ce l'est plus encore pour le
« g » social. Pendant combien de temps, en quels lieux et milieux se
calcule le r entre antisémitisme et étatisme économique (cf. nazisme),
entre liberté de discussion et anticapitalisme (ici r 10.16 = .41)r

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