Progrès conjoints des idées et du langage dans les soiences de la couleur. - article ; n°1 ; vol.47, pg 213-229

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1946 - Volume 47 - Numéro 1 - Pages 213-229
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1946
Lecture(s) : 9
Nombre de pages : 18
Voir plus Voir moins

G. Durup
I. Progrès conjoints des idées et du langage dans les soiences
de la couleur.
In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 213-229.
Citer ce document / Cite this document :
Durup G. I. Progrès conjoints des idées et du langage dans les soiences de la couleur. In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-
48. pp. 213-229.
doi : 10.3406/psy.1946.8290
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1946_num_47_1_8290ET REVUES CRITIQUES NOTES
I
PROGRÈS CONJOINTS DES IDÉES ET DU LANGAGE
DANS LES SCIENCES DE LA COULEUR
Par G. Durup.
§ 1. Introduction.
Les sciences concernant la couleur sont : la physique pure, puis
qu'elle traite des radiations (les couleurs dépendent essentiellement
des longueurs d'onde); la colorimét rie, physique appliquée à l'ét
alonnage et à l'utilisation des radiations sur les appareils sensibles,
notamment sur l'œil humain; la physiologie, qui étudie les effets
des radiations lumineuses sur les récepteurs organiques, notamment
sur la rétine humaine; la psychologie, qui étudie les réponses glo
bales des organismes (leurs « comportements », depuis les tropismes
jusqu'aux réponses verbales humaines) provoquées par les stimu
lations lumineuses-
Dans 6e vaste champ d'étude de tout ce qui conditionne la
couleur, les travaux théoriques les plus généraux, les projets de
terminologie les plus poussés, précis et cohérents sont, de loin, ceux
du « Committee on Colorimetry » de 1' « Optical Society of Amer
n° ica 769).' » (cf. Année psychoL, 45-46e, n° 1027, chap. VI, et 43-44e,
Aussi la Commission Internationale de l'Eclairage (C. I. E.)
a-t-elle confié le Secrétariat de la Colorimétrie aux Américains
(Technical Committee n° 7). Ceux-ci diffusèrent en septembre 1947
un questionnaire de 5 pages 1 proposant des termes anglais et fran
çais, avec leurs définitions. Le rapport d'ensemble fut diffusé en
mai 1948. Ce rapport joignait à chaque proposition américaine les
réponses (acceptations, abstentions, refus et contre-propositions)
britanniques, françaises, allemandes, italiennes, hollandaises et
suisses.
Bien qu'il soit l'aboutissement de travaux considérables — en
durée (environ trente ans) et en qualité (cf. Année psychoL, analyses
1. Les auteurs (ou les collectivités) cités renvoient aux références bibli
ographiques données à la fin de l'article. - NOTES JET REVUES CRITIQUES 214
— le rapport américain a suscité de nombreuses citées ci-dessus)
critiques, qui ne sont pas toujours constructives. On a accepté ce
•qu'il aurait été vraiment difficile de refuser. Mais des concepts
fondamentaux restent encore dépourvus de terme propre. Certains
refus ne sont motivés que par de simples constatations de carence :
nous n'avons pas de mot pour cela, nous ne faisons pas cette dis
tinction (cf. p. 27). Il ne semble pas qu'un effort suffisant ait été
fait, notamment par les Britanniques, pour répondre positivement
à l'effort opiniâtre — et couronné de succès dans son propre sein
— du « Committee on Colorimetry ».
C'est surtout pour les termes psychologiques* que les désaccords
sont importants. Ils font souvent ressortir, par contraste, la valeur
du travail américain.
Telle était la situation quand se tint la 11e session de la C. I. E.,
à Paris, du 29 juin au 7 juillet 1948 (la 10« datait de juin 1939,
Scheveningen, Pays-Bas). Les « recommandations » adoptées n'ap
portent pas de progrès notable, la plupart des délégués étant restés
sur leurs positions.
En ce qui concerne la psychologie, les propositions américaines
étaient déjà bien limitées (cinq termes). L'accord ne s'est fait que
sur trois définitions, dont deux sont accompagnées d'un mot anglais,
«et sans aucun équivalent étranger...
Les Britanniques avaient précisé leurs positions dans un rapport
•elle se trouve en présence de spécialistes — physiciens et ingénieurs
— de tous les domaines lorsque les questions sont étudiées par
l' « American. Association of Standards », qui décide en dernier
ressort.
Devant les difficultés d'un accord, même sur des termes phy
siques, et entre spécialistes de même langue, les divers usagers de
ia couleur (par exemple les techniciens et les psychologues français)
sont parfois découragés. Cependant on ne peut différer sans cesse
d'établir une terminologie précise, nécessaire aussi bien dans le
commerce des couleurs (si on le veut loyal) que dans l'enseignement
<Le la vision (si on veut être clair).
Diverses personnalités scientifiques s'en sont rendu compte et
ont pris d'utiles contacts, extrêmement encourageants 2. D'autre
part, l'ÄFNOR, ayant groupé physiciens, praticiens, physiolog
istes, etc., travaille systématiquement — et ses méthodes sont
1. L'I.-S.C.C. groupait en 1942 treize associations nationales. Elle prépare
un lexique qui semble encore bien imparfait, si l'on en juge d'après la liste
de termes et définitions intéressant les psychologues, publiée par Bren-
nan, etc.
2. Le présent travail s'en trouve facilité. Aussi je remercie particuli
èrement MM. Henri Piéron, auteur du premier projet (1943), Pierre Fleury,
directeur de l'Institut d'Optique, président du Comité restreint de la Com
mission générale des couleurs de l'AFNOR, Yves Le Grand, auteur de
l'Optique physiologique et Jean Terrien, du Bureau International des
Poids et Mesures (Photométrie). DURUP. — LANGAGE DBS SCIENCES DB LA COULEUR 215 G.
éprouvées — à une normalisation effective de tout ce qui concerne
la couleur. Depuis la création d'une « Commission Générale des
Couleurs » en 1944, diverses commissions se sont réparti la tâche :
directives générales, terminologie, peintures, pigments, etc.
J'essaierai de préciser dans cet article, d'une part, les définitions
et les termes qu'on peut considérer comme pratiquement acquis,
d'autre part les solutions qui paraissent les meilleures pour ce qui
nous fait défaut.
Rappelons d'abord brièvement les principaux points du problème,
en indiquant où nous en sommes grâce à l'effort des Américains.
1° Les trois principaux domaines qui concernent la couleur —
les domaines radiométrique (physique pure), colorimétrique (phy
sique appliquée) et sensoriel (psycho-physiologie) — sont clairement
définis. Afin d'éviter toute confusion, leurs termes ont des formes
différentes : radical rad pour le premier domaine, lum pour le
deuxième, suffixe ness pour les nouveaux termes psychologiques
(en France, Piéron proposa ie : phanie, chromie, leucie).
2° Les variables colorimétriques sont désignées et définies avec
précision; le mot « color » est affecté à l'objet même de la colori-
métrie, lequel est décomposé le plus communément en trois variables :
longueur d'onde dominante, pureté et luminance (variable d'intens
ité), mesurées en fonction d'un étalonnage des X sur un récepteur
défini. L'ensemble des deux premières variables constitue la « chro-
maticité ».
A « couleur » constante, peuvent varier en outre le « mode d'as
pect » : pure lumière, lumière réfléchie, éclairage, etc., et diverses
propriétés telles que : dimension, forme, position dans le champ
visuel, caractère étincelant, luisant, lustré, transparent, et le grain,
qui contribuent à composer l'aspect visuel. Ces variables n' inter*
viendront pas dans la spécification de la « couleur » d'une source
ou d'un objet coloré.
3° Des mots sont définis (donc des concepts nettement distingués)
pour la psychologie (science expérimentale, et tributaire ici de la
physiologie de l'appareil visuel). Les trois variables sont, en qpgfaig :
hue, saturation et brightness (lightness pour les couleurs perçues non
isolées); les Américains proposaient « chromaticness» pour l'ensemble
des deux variables chromatiques (hue. et saturation). En France,
Piéron proposa notamment : tonalité (chromatique), saturation et
phanie (intensité de la sensation lumineuse); leucie pour lightness
(perception de la réflexivité d'un objet), chromie pour chromaticness.
Etudions successivement ces trois points.
§ 2. Les trois domaines de la couleur.
Il ne s'agit ici que des scientifiques (industriels et meta'
physique exclus).
A. Radiometrie. — Ce domaine concerne la mesure purement
physique — énergétique — des rayonnements.
La couleur (au sens large de « color », qui englobe chromaticité
et luminance) d'un rayonnement dépend essentiellement de sa
composition spectrale (puissance rayonnée dans les diverses régions NOTES ET REVUES CRITIQUES ' 216
'du spectre lumineux, par exemple en watts par m(jL d'intervalle).
La chromaticité (ensemble des deux variables chromatiques) —
et de même la chromie — d'un rayonnement dépend de sa distr
ibution spectrale (valeurs relatives des puissances1 précédentes).
La grandeur (variable d'intensité) d'un rayonnement est mesurée
en bloc par sa puissance P (ou « flux radiant ») exprimée par exemple
en watts; son intensité, par 1' « intensité radiante » J (en watts/sté-
radian).
1' « émittance radiante » S'il s'agit d'une surface émettrice,
s'exprime (toujours dans le système pratique) en watts/m2, la
radiance N (ancienne « brillance énergétique ») en watts/m2-sté-
radian.
1' « irradiance » H (en watts/m£) S'il s*agit d'une surface réceptrice,
donne la densité du « flux radiant » incident; c'est l'ancien « éclaire-
ment énergétique ».
L'« irradiance » de la rétine est le facteur physique qui provoque
directement la phanie (intensité de la sensation lumineuse). Cette
irradiance est proportionnelle à la radiance de la surface regardée;
elle reste constante quand on fait varier la distance de l'œil à la
surface.
La radiance2 est donc la grandeur énergétique qui convient le
mieux à la mesure du stimulus extérieur.
Tout cela ne vaut que pour un « radiateur » présentant à l'oeil
une surface. Dans le cas d'une source ponctuelle, le facteur physique
direct est'la puissance P (ou flux radiant) convergeant sur l'image
ponctuelle rétinienne. Cette puissance est proportionnelle à Yinten-
sité radiante de la souice.
Précisons ces notions par un exemple. Soit une plage dont l'inten
sité est de 1 watt /stéradian dans la direction de l'œil. Si cette plage
a 1 cm2, sa radiance dans la même est de 10* watts/nr-sté-
radian 8. L'irradiance de la rétine lui est proportionnelle. Le coef
ficient de proportionnalité dépend des propriétés optiques de l'œil :
ouverture pupillaire (avec effet Stiles-Crawford), réfraction, trans
mission par les milieux oculaires. Si on double la distance de l'œil
à la plage, la puissance reçue sur la pupille est divisée par 4, mais
elle converge sur une surface rétinienne 4 fois moindre, de sorte
que Pirradiance rétinienne (en watts/m2) reste constante. La phanie,
avons-nous dit, est commandée directement par l'irradiance rét
inienne; mais tout dépend évidemment de la composition spectrale :
des rayonnements puissants sont invisibles en dehors de la région
350-800 m\L
Si la source est assez petite ou éloignée pour donner une image
1. Il s'agit toujours évidemment de dP/dX = /(X), mais sans souci de la
grandeur des unités choisies.
2. Ce mot désignait naguère ce qu'on appelle maintenant 1' « émittance
lumineuse » (domaine B) pour réserver le radical « rad » au domaine À. Ce
nouveau système, simple et cohérent, de grandeurs énergétiques (À) et
photométriques (B) est encore loin d'être accepté à l'échelle nationale (en
thermodynamique, astronomie, etc.), même aux U. S. A. (voir § 1).
3. Si la plage n'était pas perpendiculaire à la direction de l'œil, c'est sa
projection sur un plan à cette qui devrait avoir
1 cm*. DURUP. — LANGAGE DES SCIENCES DE LA COULEUR 217 C.
ponctuelle sur la rétine (c'est le cas d'une étoile), la radiance n'a
plus d'intérêt. C'est 1' « intensité radiante » J (en watts/stéradian)
qui convient le mieux à la mesure du stimulus extérieur, du moins
à distance constante (si on double la distance, la pupille reçoit'
4 fois moins de flux, toujours concentré au point -image rétinien).
A variable, le stimulus extérieur est défini — pour une
source ponctuelle — par l'irradiance de la pupille.
B. Colorlmétrie. — Ce domaine de physique appliquée est très
voisin du précédent. Il s'agit toujours de caractériser un objet
physique.
Toutefois, les grandeurs employées ne sont pas purement phys
iques. On ne considère plus la puissance totale, sans égard aux
longueurs d'onde; mais selon que celles-ci sont plus ou moins eff
icaces sur un certain récepteur, on affect* la puissance (ou flux radiant)
correspondant aux divers X d'un coefficient Kx plus ou moins grand.
Naturellement, les grandeurs physiques continuent de définir
tout « lumînateur » en tant que radiateur. Mais, en outre, les gran
deurs colorimétriques caractérisent la valeur du rayonnement pour
un récepteur (notamment pour un œil humain normal standard)
sur lequel on a étalonné d'avance les différentes longueurs d'onde.
Le principal système actuel est celui de la C.I. E. (Commission
Internationale de l'Eclairage) de 1931, fondé sur les propiiétés
sensorielles (courbe d'efficience des X, lois du mélange des couleurs)
d'un observateur standard dans des conditions standards de st
imulation : vision diurne, etc. (cf. Fleury, Judd, Hardy, Committee
on Colorimetry, 1944, Evans, etc.).
A chaque grandeur radiométrique (domaine A) correspond une
grandeur colorimétrique (ou photométrique). Pour la nommer, il
suffit de remplacer rod par lum, notamment radiant par lumineux.
Un tableau complet mettant en parallèle les deux séries de grandeurs
et unités était déjà publié en 1937; la traduction en a paru dans
X Année psychol., 38e, p. 653 (cf. analyse 1094).
Pour mesurer les grandeurs du domaine B à partir des gran
deurs énergétiques (A), on multiplie la puissance correspondant à
chaque région (çtX ou ÀX) du spectre par le « coefficient de lumi
nosité » Kx. D'où, par exemple, le flux lumineux (en lumens) :
»780
F = | -=r- Kx dk; dPjdk pourrait être appelé « puissance
(il ' spectrale Cette- formule »; X est de exprimé transformation ici en m[L. des watts en lumens est la clé
de la transformation de toute grandeur radiométrique en la grandeur
photométrique correspondante. Les coefficients Kx sont donnés par
des tables ou par la « courbe de luminosité relative » des X visibles,
pour l'observateur standard C. I. E. 1931, — courbe en forme de
cloche, ayant son maximum pour 555 m(x(il s'agit de vision diurne);
l'efficience lumineuse est alors maximum : environ 675 lumens
(nouveaux)/watt. NOTES BT RBVUBS CBITIQUES
A la radiance N, correspond en colorimétrie la luminance h
(ea lumens/stéradian-m2). À l'irradiance H correspond l'illuminance
E L' (l'ancien éclairement éclair (employons ement, en lumens/m2 encore ce mot ou lux). commode) de la rétine
est la grandeur du domaine B qui commande le plus directement
la phanie. L'éclairement est proportionnel à la luminance de la
surface regardée, et reste constant quand varie la distance oeil-
plage. La luminance L (ancienne « brillance photométrique »,
C. I. E. 1924) est donc la grandeur du domaine B qui exprime
le mieux l'intensité du stimulus extérieur.
Tout ce que nous avons dit,* pour le A, à propos des
sources ponctuelles, vaut également (mutatis mutandis) pour le
domaine B.
JJunité de base du système des grandeurs photométriques n'est
pas le lumen (unité de flux lumineux, qu'on aurait pu rattacher
au watt), mais la candéla (cd), qui vient de remplacer la bougie
comme unité d'intensité lumineuse (donc égale à 1 lumen/stéra-
dian).
La candéla est définie par la convention suivante : la luminance
d'un corps noir à la température de solidification du platine est
de 60 cd/cm2. Elle était d'environ 58,9 bougies /cm2; donc 1 candéla
= 0,98 bougies anciennes. Cette nouvelle unité est légale en France
depuis le décret du 28 février 1948 (J. off., du 7 mars 1948, p. 2373),
où elle était appelée « bougie, ». Cf. Pérard.
Pour montrer l'utilité actuelle de la normalisation en colorimétrie
et aider les lecteurs de mémoires étrangers, le tableau ci-contre
donne une liste alphabétique d'unités de luminance et d'éclairement
(« illuminance »).
L'unité CGS de luminance est maintenant la candéla/cm2 ou stilb
(sb) nouveau (cette épithète sera désormais sous-entendue). L'unité
pratique est le nit (bougie/m2). Donc 1 sb = 10000 nits. ^
L'unité CGS d'éclairement est le phot, fourni par 1 cd à 1 cm.
cdà 1 m. Donc 1 phot,= lO.OOOlx.
ineux est le lumen (lin) 1. Donc,
lm/m2.
Les formules de transformation d'une grandeur en une autre
sont simples, du moins quand on n*a pas à tenir compte de pro
priétés particulières du matériel lumineux ou réfléchissant. Donnons
les principales formules, en unités pratiques.
Soit une source plane de surface S m2 et de luminance L nits
dans la direction normale. Si cette source obéit à la loi de Lambert
(même luminance dans toutes les directions), son émittance lumi
neuse est de tc L lm/m2 et elle émet un flux total de tc LS lm. Son
intensité lumineuse dans la direction normale est dans tous les
cas LS cd (lm/stéradian). Dans cette direction, elle produit à 1 m
de distance un éclairement (a illuminance ») de LS ïx (lm/m2).
Si cet éclairement est reçu par un diffuseur parfait plan, parallèle
»
1. L'ancien symbole, encore employé, est « la *', on l'a remplacé, à cause
du lux, par « lm » (cf. Pérard). DURUP. LAIVGAÂE DES SCIENCES DE LA COULEUR 219 G.
à la source, remittance lumineuse de ce diffuseur est LS lm/ma.
Sa luminance est LS/tc nits.
Exemple de transformation de grandeurs, en unités anglaises :
un diffuseur parfait plan qui émet 1 lm/pied carré a une luminance
de 1,076 mlamb. (1 lamb. = 2,054 bougies/pouce carré; 1 b/pouce
carré = 0,487 lamb.).
Tableau des valeurs de diverses unités de luminance (L)
et d 'éclairement (E), dans Vordre alphabétique
(Le mot « bougie » (b) serait à remplacer désormais par « candéla » (cd).)
apostilb (asb) = 10-4/7c sb = 1/tc nit = 0,318 nit. (C'est la lumi
nance d'un diffuseur parfait recevant 1 lx.)
blondel = 1 asb (L'hélios est la luminance exprimée en blondels).^
bougie [cm2 = 1 stilb (sb) = 10* nits. (C'est l'unité CGS de luminance.)
bougie/pied carré (cjsq.ft) = 10,764 nits.
équivalent foot-candle == 10,764/71 J*f= 3,426 nits. (C'est la lumi-
nance d'un diffuseur parfait recevant 1 foot-caridle.)
foot-candle (ft.c) = 1 lm/pîed carré = 10,764 lx.
foot-lambert = 1,076 mlb — 3,426/= 1 équivalent foot-candle.
lambert (lb) = 1/tc sb = 3183 nits = 318 mb/cm2. (C'est la lumi
nance d'un diffuseur parfait recevant 1 phot = 1Ö4 lx.)
lux (lx) = E fourni par 1 bougie à 1 m; soit 1 lm/m2. (C'est l'unité
pratique d'éclairement.)
lux équivalent = 1 asb = 0,318 nit. (C'est la luminance d'un dif
fuseur parfait recevant 1 lx.)
millilambert (mlb) = 3,18 nits.
nit = 1 b/m2 = 0,0001 sb = 0,1 mb/cm2. (C'est l'unité pratique
de lumiaance.)
nox (Allem.) = 1 mix 1.
phot — E fourni par 1 b à 1 cm; soit 1 lm/cm8. 1 phot = 10* lx.
(C'est l'unité CGS d'éclairement.)
skot (Allem.) = 10-7/7C sb = lO-3/* nit = 0,318 millinit; c'est le
nox équivalent *.
stilb (sb) = 1 b/cm2 = 104 nits. (C'est l'unité CGS de luminance.)
troland = 1 nit-mm2. (C'est l'unité d'illumination rétinienne; elle
se réfère à une pupille de 1 mm2; voir texte.) . •
Nous avons vu (§2, A) que la phanie (intensité de la sensation
lumineuse) dépend essentiellement de l'irradiance rétinienne, laquelle
est proportionnelle à la radiance de la surface regardée. Parallè
lement (§ 2, B), la phanie dépend essentiellement de l' éclairement
rétinien, qui est proportionnel h la luminance de la surface regardée.
Le coefficient de proportionnalité dépend des propriétés optiques
de l'œil, notamment de la surface pupiUaire, qui varie en sens inverse
de la luminance.
1. Le nox et le skot sont des unités de photométrie nocturne (ou « scoto-
pique »), fondée sur la sensibilité de l'œil adapté à l'obscurité et non sur
l'observateur standard C. I. E. (courbe de luminosité diurne). ' '/"<•;
220 NOTES ET REVUES CRITIQUES
Aussi, Trolànd (1917, p. 27-32) proposa-t-il une unité d'« ill
umination rétinienne », correspondant à une « luminance de 1 nit,
quand l'aire apparente de la pupille d'entrée de l'œil est de 1 mm2 ».
(Committee on Colorimetry, 1944, p. 254). Il eut le tort de l'appeler
photon, terme de physique; d'où le nom actuel : trolànd (Blottiau
proposait luxon, p. 40).
L'illumination rétinienne est une grandeur de même dimension
que l'éclairement. Elle est en effet proportionnelle à l'éclairement
"ïfétinien, avec un coefficient de proportionnalité sans dimension,
composé des coefficients de réfraction et de transmission des milieux
oculaires. Pour l'œil moyen :
Eclairement rétinien en lux = nb de trolands X 0.004^, X t,
t étant au plus égal à 0,5 et diminuant quand l'âge augmente.
Rappelons ici, bien qu'il concerne le domaine C, l'effet Stiles-
Crawford : diminution de la phanie quand le lieu d'entrée des rayons
lumineux s'éloigne du centre de la pupille. D'autres particularités
de l'œil (adaptation, contrastes, etc.) interviennent encore pour
compliquer la relation entre l'éclairement rétinien et la phanie.
J'ai dû in'étendre assez longuement sur la mesure globale du
stimulus, c'est-à-dire de la quantité de rayonnement (A) ou de
lumière (B). L'exposé de pure physique (A) a déjà pu paraître
complexe. Cela tenait seulement aux propriétés physiques du
rayonnement et il ne semble pas qu'on puisse, de longtemps, changer
grand chose au système actuel.
Quand il s'est agi de colorimétrie (B), l'intervention de l'œil
— même standard — a introduit de multiples complications (et
j'ai laissé de côté les méthodes trichromatiques — les plus tech
niques — de la colorimétrie, qui mériteraient un exposé spécial;
cf. Fleury, Judd, Hardy ou Evans, p. 194-214). x
Avant d'opposer à ces deux domaines celui delà psychologie (C),
rappelons quelles sont les trois variables les plus courantes de la
« couleur ». La variable de quantité globale, de ^niveau lumineux,
est — nous avons vu pourquoi — la luminance. La chromaticité se
compose des deux autres variables; les moins abstraites sont : la
longueur d'onde dominante et la pureté (pour les autres spécifica
tions — coordonnées trichromatiques — , voir le système C. I. E.
1931; cf. Fleury, etc.). Ces deux variables seront étudiées au § 3.
C. Domaine sensoriel (psychologique). — Ce domaine est essen*
tiellement différent des deux précédents (radiométrique et photo,
ou colorimétrique), puisqu'il ne s'applique plus au stimulus mais à
la réponse sensorielle. Ici, plus de système de grandeurs physiques,
mais des méthodes de notation et de comparaison pour les réponses
des organismes (depuis les tropismes jusqu'aux réponses verbales
convenues entre expérimentateur et sujet).
Par exemple, la lumière d'une lampe au sodium provoquera la
réponse (sensation de « couleur ») : jaune pur très lumineux (en
langage vulgaire), c'est-à-dire, selon la distinction des trois variables :
tonalité jaune, assez grande saturation, grande phanie.
Nous avons vu que la ra'diance (domaine A) et la luminance
(domaine B) commandent le plus directement la phanie (intensité DURUP. — LANGAGB OK» SCIENCES DK LA COULEUR 221 G.
de la sensation). Il en est de même pour la distribution spectrale (A)
et la chromaticité (B), envers la chromie; pour la longueur d'onde
dominante (B) envers la tonalité, et pour la pureté (B) envers la satu
ration.
Mais les corrélations sont imparfaites, par suite de nombreuses
influences tenant aux particularités de l'œil testé (qui varient avec
les sujets, la région rétinienne), à l'état actuel du sujet (adaptation,
ouverture pupillaire, etc.) et aux conditions d'observation (effets
de contrastes, d'assimilation, etc.). Par exemple, l'accroissement
de la puissance (donc de la luminance) augmente, puis diminue la
saturation et modifie même la tonalité (sauf vers les X voisins de
475, 500 et 570 ma). . '
Signalons enfin que « chromatieness » (notre chromie) a été refusé
par les Anglais. Ils reconnaissaient l'utilité « d'avoir un mot qui
fût le corrélatif psychologique de chromaticité et qui eût la même
signification que « la seconde variante de leur 3e sens (v. § 3) de
« colour ». Mais ils « n'aiment pas la terminaison « -ness » dans le
mot chromatieness parce que cela implique un sens quantitatif
tel que « plus ou moins de chromatieness ». » L'argument est faible :
« -ness » est abstrait et non quantitatif (exemples : nothingness,
quietness, every dayness).
Quant aux Allemands, ils ne comprennent même pas l'utilité
du mot : ils ne voient pas de nécessité à le définir « parce que, con
trairement à hue et saturation, « chromatieness » doit toujours être
identique à « chromaticity ». »!
Les Américains tendent au contraire à utiliser systématiquement
le suffixe « ness » pour les termes psychologiques, par exemple pour
les attributs des modes d'aspect (v. p. 215, 2°) : glosa (domaine B),
glossiness (C); granularity (B), graininess (C); — alors que nous
n'avons qu'un mot pour la luisance (contraire de matité^et pour
le grain (suggérons : granularité, granie).
Pour clore ce paragraphe consacré à la comparaison et à la dis
tinction des trois domaines — distinction fondamentale, qu'il faut
avoir toujours clairement présente à l'esprit quand on traite des
couleurs — ■ demandons aux physiciens de renoncer à qualifier,
improprement, le domaine psychologique de subjectif (la Société
de Physique de Londres désigne ainsi le 3e domaine; cf. Committee
of the Colour Group ; le rapport de la C. I. E. 1948 (n° 7, § 8) porte :
« Aspect subjectif des couleurs », c'est-à-dire « perception réelle »).
Le dictionnaire de Lalande met déjà en garde contre l'emploi
de ce mot en psychophysiologie, où on appelle « sensations subjec
tives » celles « qui se produisent en l'absence du stimulus externe
par lequel elles sont ordinairement provoquées et qui dépendent
de modifications internes des organes sensoriels ». L'expression, dit
Lalande, est « obscure et équivoque » (p. 1016).
Le sens général du mot est également incertain (le Lalande
distingue cinq significations). L'expression «méthode subjective»
équivaut à « méthode introspective ». Le subjectif, en général,
1. < Matité » est à éviter (il suffit d'exprimer la luisance), c'est déjà un
terme médical (en auscultation).

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.