Progrès économique et transition démographique dans les pays pauvres : trente ans d'expérience (1950-1980) - article ; n°1 ; vol.40, pg 11-28

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Population - Année 1985 - Volume 40 - Numéro 1 - Pages 11-28
Chesnais Jean-Claude. — Progrès économique et transition démographique dans les pays pauvres : trente ans d'expérience (1950-1980). Les pays en développement viennent au cours des dernières décennies, de traverser leur phase de croissance démographique maximale. Au cours de la période 1950-1980, l'augmentation du PIB par tête a, dans l'ensemble été aussi rapide dans ces pays que dans les pays développés. Les calculs de corrélation entre indices d'accroissement de la population et du PIB par tête aboutissent à des coefficients le plus souvent non significatifs, mais la décomposition en sous-périodes fait apparaître un changement de signe des coefficients, du plus (années 1950 et 1960) vers le moins (années 1970). Cette inversion n'est qu'un artefact lié à la maturation de la transition démographique. Le constat global est suffisamment net en tant que tel pour jeter le doute sur les hypothèses courantes relatives aux effets présumés négatifs d'une augmentation rapide de la population. Le recours au calcul de corrélation n'est qu'un instrument d'infirmation supplémentaire car les coefficients obtenus sont systématiquement faibles; les paradigmes habituels négligent deux faits majeurs : le rôle du recul de la mortalité dans la croissance démographique et la croissance économique; les origines structurelles communes à l'expansion économique et à l'augmentation de la population.
Chesnais Jean-Claude. — Economie Progress and Demographic Transition in the Poorer Countries. The Experience of 30 Years (1950-1980). During the last few decades, the developing countries have experienced a period of maximum growth. Between 1950 and 1980, the gross industrial product per head has increased as rapidly in the poorer countries as in the developed ones. Correlations between an index of population growth and gross industrial product per head often turn out not to be significant, but when the figures are divided into sub-periods, coefficients which were positive during the 1950s and 1960s turn out to be negative during the 1970s. This change of sign is only an artifact associated with the changing stage of the demographic transition. Overall, these observations cast doubt on current hypotheses which regard the effects of rapid population increase as being negative. The correlations can merely be used as supplementary evidence; their absolute values are consistently low. However, the usual explanations do not take account of two major facts : the part played by mortality declines in both demographic and economic growth, and the common structural origins of both economic expansion and population increase.
Chesnais Jean-Claude. — Progreso económico y transición demografica en los países pobres : treinta aňos de experiencia. Ha sido en el curso de los últimos decenios que los países en desarrollo han pasado por su etapa de crecimiento maximo. Para el conjunto de estos países el aumento del Producto Interno Bruto (PIB), por habitante, fué en el curso del periodo 1950-1980 casi tan rápido como el de los países desarrollados. Los cálculos de correlación entre indice de crecimiento de la población y PIB por habitante, conducen en general a coeficientes no significativos. Pero si se hace un análisis por sub-periodos, se observa un cambio de signo de los coeficientes : de positivos en los decenios de 1950 y 1960 a negativos en el decenio de 1970. Esta inversion no es más que una falsa apariencia asociada a la maduración demografica. La constatación global es lo sufi- cientemente neta como para sembrar la duda sobre las hipôtesis divulgadas corrientemente acerca de los efectos pretendidamente negativos del crecimiento rápido de la población. Se recurre al cálculo de correlación como un instrumento de invalidation suplementario, ya que los coeficientes obtenidos son sistemáticamente bajos. Los paradigmas habituales descuidan dos aspectos muy importantes : el roi de la disminución de la mortalidad en el crecimiento demográfico y el crecimiento económico ; y los orígenes estructurales comunes a la expansion económica y al aumento de la población.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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J.c. Chesnais
Progrès économique et transition démographique dans les pays
pauvres : trente ans d'expérience (1950-1980)
In: Population, 40e année, n°1, 1985 pp. 11-28.
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Chesnais J.c. Progrès économique et transition démographique dans les pays pauvres : trente ans d'expérience (1950-1980).
In: Population, 40e année, n°1, 1985 pp. 11-28.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1985_num_40_1_17493Résumé
Chesnais Jean-Claude. — Progrès économique et transition démographique dans les pays pauvres :
trente ans d'expérience (1950-1980). Les pays en développement viennent au cours des dernières
décennies, de traverser leur phase de croissance démographique maximale. Au cours de la période
1950-1980, l'augmentation du PIB par tête a, dans l'ensemble été aussi rapide dans ces pays que dans
les pays développés. Les calculs de corrélation entre indices d'accroissement de la population et du PIB
par tête aboutissent à des coefficients le plus souvent non significatifs, mais la décomposition en sous-
périodes fait apparaître un changement de signe des coefficients, du plus (années 1950 et 1960) vers le
moins (années 1970). Cette inversion n'est qu'un artefact lié à la maturation de la transition
démographique. Le constat global est suffisamment net en tant que tel pour jeter le doute sur les
hypothèses courantes relatives aux effets présumés négatifs d'une augmentation rapide de la
population. Le recours au calcul de corrélation n'est qu'un instrument d'infirmation supplémentaire car
les coefficients obtenus sont systématiquement faibles; les paradigmes habituels négligent deux faits
majeurs : le rôle du recul de la mortalité dans la croissance démographique et la croissance
économique; les origines structurelles communes à l'expansion économique et à l'augmentation de la
population.
Abstract
Chesnais Jean-Claude. — Economie Progress and Demographic Transition in the Poorer Countries.
The Experience of 30 Years (1950-1980). During the last few decades, the developing countries have
experienced a period of maximum growth. Between 1950 and 1980, the gross industrial product per
head has increased as rapidly in the poorer countries as in the developed ones. Correlations between
an index of population growth and gross industrial product per head often turn out not to be significant,
but when the figures are divided into sub-periods, coefficients which were positive during the 1950s and
1960s turn out to be negative during the 1970s. This change of sign is only an artifact associated with
the changing stage of the demographic transition. Overall, these observations cast doubt on current
hypotheses which regard the effects of rapid population increase as being negative. The correlations
can merely be used as supplementary evidence; their absolute values are consistently low. However,
the usual explanations do not take account of two major facts : the part played by mortality declines in
both demographic and economic growth, and the common structural origins of both economic
expansion and population increase.
Resumen
Chesnais Jean-Claude. — Progreso económico y transición demografica en los países pobres : treinta
aňos de experiencia. Ha sido en el curso de los últimos decenios que los países en desarrollo han
pasado por su etapa de crecimiento maximo. Para el conjunto de estos países el aumento del Producto
Interno Bruto (PIB), por habitante, fué en el curso del periodo 1950-1980 casi tan rápido como el de los
países desarrollados. Los cálculos de correlación entre indice de crecimiento de la población y PIB por
habitante, conducen en general a coeficientes no significativos. Pero si se hace un análisis por sub-
periodos, se observa un cambio de signo de los coeficientes : de positivos en los decenios de 1950 y
1960 a negativos en el decenio de 1970. Esta inversion no es más que una falsa apariencia asociada a
la maduración demografica. La constatación global es lo sufi- cientemente neta como para sembrar la
duda sobre las hipôtesis divulgadas corrientemente acerca de los efectos pretendidamente negativos
del crecimiento rápido de la población. Se recurre al cálculo de correlación como un instrumento de
invalidation suplementario, ya que los coeficientes obtenidos son sistemáticamente bajos. Los
paradigmas habituales descuidan dos aspectos muy importantes : el roi de la disminución de la
mortalidad en el crecimiento demográfico y el crecimiento económico ; y los orígenes estructurales
comunes a la expansion económica y al aumento de la población.jíl
PROGRÈS ÉCONOMIQUE
ET TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE
DANS LES PAYS PAUVRES :
TRENTE ANS D'EXPÉRIENCE
(1950-1980)
appartient cette économie et démographique plus ont, progrès nous historique; niveau consiste la pays l'accroissement certaine propos progrès une corrélation, les limites observés. plus déjà deux en synthèse peuplés pauvres commencerons La Par Pour extraordinaire être cruciale. effet, des de d'un économique. de période. à question phénomènes les calculer et désormais analyser esquissé vie mais, l'observation pays pour, atteint population critique tel depuis (sauf multiples ou, Au du et C'est comme peu exercice qui la finalement, cours la au sur en des poussée expérimentalement produit ainsi la corrélation des au développés nous étudiés; croissance contraire, ce Afrique leur guerre taux aspects passé, dans sont principaux des statistique, qui, par et évolution intéresse démographique par de dernières proposer rassembler difficiles la dans est dans croissance un noire) qu'elles entre plupart habitant s'est que économique, sans premier un un travaux l'expérience une ici économique ces l'accroissement décennies, la plutôt cesse premier des cette à second est d'entre comportent, des phase troisième démêler. relations démographique à bilan simple interprétations portant a mieux observations relation prix accompagnée empêché temps, temps, le de eux, les rétrospectif de d'autant moyen constants : C'est, revêtent croissance appréhendée. partie, sur pays il du développement de entre les nous sera s'agit de la moins la peu relations évidemment, statistiques sans que, le tels croissance entrepris population aux la souligner présenterons l'importance d'un de durant peut plus développés croissance calculs précédent maximale grâce parmi savoir résultats certain d'ores direct entre ici aux une des sur les les du de et si à :
I. Les données de base
Le point de départ de l'observation sera le début des années 1950,
tant pour des raisons proprement historiques qu'à cause de contraintes
statistiques. C'est, en effet, à partir des années 1950 que, globalement, l'on
voit la montée des taux de croissance démographique des pays pauvres,
Population, 1, 1985, 11-28. PROGRÈS ÉCONOMIQUE ET TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE 12
entamée au cours des décennies précédentes, peu à peu tendre vers son
plafond, qui sera atteint lors de la décennie suivante et donnera lieu
ensuite à une légère diminution des rythmes de croissance démographique
(années 1970) : la période 1950-1980 a donc ceci de particulier qu'elle
marque la phase historique de croissance démographique maximale du
monde peu développé. Par ailleurs, c'est seulement depuis une trentaine
d'années que, pour la quasi-totalité des pays peu développés, l'on dispose
de comptes nationaux. Avant de présenter les résultats relatifs aux pays
à transition avancée (1), nous fournirons d'abord quelques indications
générales sur l'évolution d'ensemble au cours de ces dernières années.
/. Tendances générales Pour de nombreux pays pauvres (souvent
parmi les principaux : Chine, notamment,
mais aussi Indonésie et Iran, par exemple), il n'existe pas de série
macro-économique homogène couvrant la totalité de la période considérée.
Un effort d'harmonisation et de reconstitution systématique est toutefois
mené régulièrement par le Centre de Développement de l'OCDE : un bilan
complet peut ainsi être fait pour les périodes 1960-1970 et 1970-1980; c'est
donc cette source qui sera utilisée prioritairement ici. Notre commentaire
sera cependant parfois enrichi par la référence aux données établies par
la Banque mondiale.
Si l'on veut dégager une corrélation entre les indices d'accroissement
démographique et les indices de croissance du revenu réel par tête pour
le monde peu développé pris dans son ensemble, il importe d'inclure le
plus grand nombre de cas possibles, tout en prenant des précautions pour
écarter les pays pour lesquels les garanties minimales de comparabilité ne
sont pas remplies. Il nous a ainsi paru indispensable d'éliminer :
• les pays pétroliers peu peuplés tels que la Libye, le Venezuela,
l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes, où les revenus provenant de
l'exploitation du pétrole sont réservés à une minorité, ce qui ôte une grande
partie de la signification à la notion de produit moyen par tête;
• l'Afrique du Sud et la Rhodesie, où le revenu national est réparti
très inégalement entre la population blanche d'origine européenne, la
population asiatique, et la grande masse pauvre des indigènes;
• le Vietnam, le Laos, le Cambodge, l'Algérie, l'Iran et l'Irak(2) qui,
durant tout ou partie des dernières décennies ont connu une situation
exceptionnelle et des conflits perturbateurs;
• les pays à économie planifiée, où la comptabilité nationale est
construite sur des bases différentes.
Moyennant ces précautions, nous avons pu réunir des observations
couvrant 58 pays sur la période allant de 1950-1952 à 1967-1969 et 77 pays
sur la période 1960-1980. Voici, à titre indicatif, pour la première période,
0) Pays où une baisse notable de la fécondité est enregistrée et où, en conséquence,
la croissance démographique tend à ralentir.
<2> Une telle liste pourrait être aisément allongée, car l'instabilité politique est un trait
caractéristique des pays les plus pauvres. DANS LES PAYS PAUVRES 13
Tableau 1. — Croissance démographique et croissance économique dans les pays
peu développés de 1950-1952 À 1967-1969
Taux annuel moyen Taux annuel moyen
d'accroissement Nombre de pays d'accroissement du produit
de la population réel par habitant (%)
<2% 10 1,7
2,0-2,4 10 1,1
2,5-2,9 14 1,8
>3,0% 24 2,8
58
Source : Calculé d'après les données de base établies par le Centre de Développement
de l'OCDE : Comptes Nationaux des pays moins développés, Paris, 1968 à 1971.
N.B. — Pour certains pays, la période couverte est un peu moins longue que celle
désignée dans le titre.
— La notion de produit réel n'est pas homogène de pays à pays.
l'évolution comparée du produit réel (3) (PIB à prix constants du marché)
par habitant suivant le rythme de croissance de la population (tableau 1).
Dans la plupart des pays disposant d'estimations macro-économiques
anciennes, le taux de croissance démographique dépasse 2 % et, dans la
fraction concernée, la moitié des pays se caractérisent par des taux
supérieurs ou égaux à 3 % (ce qui correspond à peu près à un doublement
des effectifs de population au cours de la période considérée). Or, c'est
précisément dans ce sous-échantillon à progression démographique très
rapide que l'augmentation du PIB par tête s'avère être sensiblement plus
forte, puisqu'elle se monte, en moyenne annuelle, à 2,8%, au lieu de 1,1
à 1,8 % dans les autres groupes de pays. Pareille constatation peut sembler,
à première vue, paradoxale, sauf à admettre d'emblée la thèse de Boserup
(1981) selon laquelle, en stimulant l'innovation technique, la progression
de la densité de peuplement hâterait la disparition des obstacles tradition
nels à la croissance économique. Elle demande donc à être confirmée par
un recours à un plus grand nombre d'observations.
En première lecture, le tableau 2, qui porte sur un plus grand nombre
de pays, incite, pour la période 1960-1970, à renforcer cette conclusion
puisque, dans les pays où la croissance démographique dépasse 3 % par
an, le taux annuel moyen pondéré d'accroissement du produit réel par
habitant avoisine 4 %, cependant que, dans les pays où cette croissance est
comprise entre 2,6 et 3 %, il n'est que de 2,5 % et que là où elle ne dépasse
pas 2,5 %, il tombe autour de 1,5 % : ainsi, au vu de ces données, plus la
croissance démographique est rapide, plus le progrès économique tend à
être important. Mais ce constat empirique n'a pas valeur générale, car, dès
la décennie suivante, les résultats s'inversent, et de façon très nette : les
(3> Pour la première période, la définition n'est pas identique pour tous les pays. Par
ailleurs, il n'est pas tenu compte des différences de structure de prix (les travaux de
Kravis-Heston-Summers ne permettent pas de couvrir un champ suffisant). L'inconvénient
est cependant limité car on ne s'intéresse qu'aux variations, et non aux niveaux, du produit
par tête. 14 PROGRÈS ÉCONOMIQUE ET TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE
Tableau 2. — Croissance démographique et croissance économique dans les pays
peu développés, 1960-1980.
Période 1960-1970 Période 1970-1980
Taux annuel
moyen Taux annuel Taux annuel
moyen pondéré <a| moyen pondéré w d'accroissement Nombre Nombre
d'accr.1 du d'accr.1 du de la de de
produit réel (c) produit réel <c) population pays pays
par habitant (%) par habitant (%)
<2,0% 18 1,65 14 4,55
24 1,48 23 2,1-2,5% 1,95
2,6-3,0 % 27 3,04 24 2,48
>3,0% 11 13 1,67 3,95
77 77
(a) Coefficients de pondération : population en mi-1965.
(b) de : en mi-1975.
(c) Produit intérieur brut aux prix constants du marché.
Source : Calculé d'après les données de base établies par le Centre de Développement de
l'OCDE : « Informations récentes sur les comptes nationaux des pays en dévelop
pement », Bulletin n° 14, Paris, 1981.
pays à croissance démographique très rapide connaissent alors la crois
sance relative du produit par tête la moins forte (1,7 % par an) tandis que
leurs homologues dont la croissance démographique ne dépasse pas 2 %
par an voient leur taux culminer à plus de 4,5 %; la confrontation de tels
résultats pour des périodes contiguës a de quoi troubler. Mais l'explication,
sur laquelle nous reviendrons plus loin, est, à la vérité, simple : la
composition de chacun des groupes de pays a changé, en relation avec
l'histoire de la transition démographique. Dans ces conditions, d'une
période à l'autre, le coefficient de corrélation linéaire entre les deux séries
d'indices d'accroissement passe de + 0,185 (non significatif) à — 0,287
(valeur significative à 5 %). Un coup d'oeil sur les 22 pays à transition
avancée membres de l'échantillon des 77 étudiés va nous permettre de
comprendre ce retournement.
2. La croissance économique Les taux d'accroissement des deux
dans les pays séries (population et PIB par habi
à transition avancée tant) pour chacune des deux décen
nies sont réunis dans le tableau 3.
La croissance démographique est rapide, mais très inégale; ainsi, en
1970-1980, l'éventail va de 1,0% (Uruguay) à 3,6% (Mexique); deux pays
sur trois ont des taux compris entre 2 et 3 %, ce qui correspond à des
rythmes d'accroissement à peu près deux fois supérieurs à celui des
populations européennes au début de l'industrialisation au xixé siècle. En
dehors du cas de certains pays d'Asie du Sud (Sri Lanka) ou du Sud-Est
(Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour et Taïwan), rares sont les pays où
l'on a assisté à un ralentissement démographique notable. DANS LES PAYS PAUVRES 15
Tableau 3. — Accroissement de la population et croissance du produit réel par
habitant dans les pays à transition avancée (en moyenne annuelle, %).
Produit réel Population par habitant (a)
Région et Pays
1960-1970 1970-1980 1960-1970 1970-1980
AFRIQUE 2,5 2,9 2,1 1,6
2,0 Egypte 2,5 2,5 5,1
Tunisie 2,1 2,5 2,3 5,1
2,7 AMÉRIQUE LATINE 2,8 2,5 2,8
Costa Rica 3,5 2,5 2,9 3,3
Cuba 2,0 1,5 -1,0 4,5
Rép. Dominicaine 2,9 3,0 1,5 3,5
4,0 -2,9 Jamaïque 1,5 1,6
Mexique 3,4 3,6 3,7 1,6
Panama 3,1 3,1 4,6 1,0
Trinidad & Tobago 2,1 1,3 2,1 4,2
Argentine 1,4 1,3 2,8 0,7
Brésil 2,9 2,8 2,4 5,5
Chili 2,1 1,6 2,3 0,7
Colombie 2,9 2,5 2,1 3,2
-0,1 2,5 1,3 1,0 Uruguay
ASIE (Chine non comprise) 2,4 2,3 3,1 4,0
1,4 1,4 Inde 2,2 2,1
Sri Lanka 2,4 1,6 2,8 4,7
2,7 2,2 7,2 6,8 Hong Kong
Indonésie 2,1 2,4 0,8 5,0
Corée du Sud 2,6 1,7 5,9 7,7
Malaisie 3,0 2,7 2,8 5,1
Singapour 2,3 1,4 6,3 6,9
3,1 1,9 6,6 7,2 Taïwan
(a) Ensemble des pays en développement de la région.
Source : OCDE, Centre de Développement, op. cit., 1981, pp. 8-13.
Les disparités de croissance économique sont beaucoup plus fortes
que les écarts entre les variations de population. C'est ainsi que, pendant
les années 70, pourtant marquées par la récession économique mondiale,
la moitié de ces pays ont un taux de croissance du produit réel par habitant
supérieur à celui qu'a connu l'Europe dans sa phase de plus grands
progrès, lors des années 60 (+ 4,1 % en moyenne par an, dans les pays à
économie de marché : Chesnais et Sauvy, 1973). Inversement, dans le
même temps, certains pays latino-américains, avec des taux de l'ordre de
1 % seulement, voire inférieurs, connaissent une quasi-stagnation (Argent
ine, Chili, Panama), parfois même une régression (Jamaïque : — 2,1 %).
Les pays s'échelonnent donc assez régulièrement sur une gamme très large
de taux. Dans l'ensemble, néanmoins, les pays à transition avancée se
distinguent par une croissance économique sensiblement supérieure à celle
de leurs homologues où la fécondité est restée très élevée : le rapproche
ment des tableaux 2 et 4 est, à cet égard, éloquent. PROGRÈS ÉCONOMIQUE ET TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE 16
Mettons maintenant en parallèle la croissance démographique et la
croissance économique. En groupant les pays selon leur expansion
démographique, nous obtenons le tableau suivant :
Tableau 4. — Croissance démographique et croissance économique dans les pays
peu développés à transition avancée, 1960-1980.
Période 1960-1970 Période 1970-1980
Taux annuel
moyen Taux annuel Taux annuel
moyen pondéréM moyen pondéré^ d'accroissement Nombre Nombre d'accr.1 d'accr.1 de la de du de du
produit réel <c| produit réel (c) population pays pays
par habitant (%) par habitant (%)
<2,0% 4 1,72 10 4,58
2,1-2,5% 8 1,38 7 2,27
2,6-3,0 % 6 3,13 3 5,39
>3,0% 4 4,28 2 1,58
22 22
(a) Coefficients de pondération : population en mi-1965.
(b) de : en mi-1975.
(c) Produit intérieur brut aux prix constants du marché.
Source : voir tableau 2.
L'avantage économique dont disposaient les pays à forte croissance
démographique au cours des années 60 disparaît pour faire place au
phénomène contraire dans les 70 : on retrouve, en plus accentué
(du moins dans les deux groupes extrêmes) l'inversion de relations
mentionnées plus haut sur le groupe des 77. Que s'est-il donc passé ?
On observe immédiatement que les pays à accroissement démogra
phique relativement « modéré » (2 % ou moins) sont au nombre de 10 dans
la décennie 1970 au lieu de 4 seulement dans la décennie 1960. Or, les pays
supplémentaires qui se sont introduits dans ce groupe comprennent
précisément les pays d'Asie du Sud-Est à croissance économique tout à
fait hors pair (7 à 8 % par an) et, par ailleurs, en augmentation (légère) dans
les années 70 par rapport aux années 60 : Taïwan, qui, pendant les années
60, appartenait au groupe des pays à croissance démographique la plus
forte et avait en même temps (après Hong-Kong) la croissance économique
la plus rapide, est ainsi passée dans le groupe à démographique
la moins forte. C'est donc le déplacement de tels pays à performance
économique exceptionnelle vers les groupes à moindre croissance démo
graphique qui a produit la modification constatée.
Si l'on fait abstraction de ces quatre pays, situés dans l'aire d'in
fluence japonaise, le contraste entre les deux périodes se trouve presque
entièrement effacé et le rythme d'accroissement de la population ne paraît
pas avoir exercé d'effet notable, en un sens ou en l'autre, sur l'évolution DANS LES PAYS PAUVRES 1 7
du niveau de vie; il ne semble, par conséquent, pas que les différences de
croissance démographique aient été une variable importante dans l'explica
tion des contrastes de croissance économique. Autrement dit, il n'est pas
démontré que, conformément aux vues dominantes, l'accroissement rapide
de la population ait nui au développement des pays concernés : même là
où la poussée démographique est la plus forte, la croissance économique
est assez nette et ceci même au cours des années 70.
IL — Synthèse des études de corrélation
L'analyse empirique comparative des relations entre la croissance de
la population et le développement économique est récente et, compte tenu
de la prolifération des travaux sur l'interaction entre l'économie et la
population, de telles évaluations sont encore relativement peu nombreuses.
/. Une conclusion dominante : S'agissant à proprement parler de
la non-significativité corrélation, les premières études
montent aux années 60. Avec Kuz-
nets (1967), en particulier, elles portent principalement sur les pays
développés en longue période; l'auteur ayant consacré l'essentiel de son
activité scientifique à la reconstitution statistique de l'histoire économique
des pays occidentaux depuis la révolution industrielle, l'étendue de ses
connaissances donne évidemment un poids particulier au jugement qu'il
peut émettre à ce sujet; comme en plusieurs de ses travaux antérieurs (1954
et 1965, par exemple) l'auteur ajoute, par ailleurs, des considérations utiles
sur l'histoire comparée du développement en Europe et sur les autres
continents; enfin, il calcule la corrélation de rang en courte période entre la
variation de la population et la croissance du revenu par tête pour 40 pays
pauvres; il ne relève aucune association significative entre les deux phénomèn
es.
La plupart des travaux entrepris depuis lors mettent, de même, en
rapport l'accroissement de la population et la progression du revenu
moyen par habitant, mais parfois la variable économique retenue est
l'épargne moyenne par tête (Conslisk et Huddle, 1969, par exemple) ou
la production alimentaire par tête (Klatzmann, 1975 et Bairoch, 1981, par
exemple). Les premiers travaux (Easterlin, 1967; Stockwell, 1962, 1966,
1972 et 1980; Thirlwall, 1972, etc.) ne portent que sur un nombre de pays
peu important (40 au maximum) et sur des périodes relativement courtes
(une quinzaine d'années tout au plus); la disponibilité de données étant
génératrice de biais, les pays étudiés ne sont, en conséquence, guère
représentatifs de l'ensemble du monde peu développé. Aussi, à l'exception
des travaux de Kuznets et Easterlin, les calculs tendent à produire des
résultats significatifs, mais discordants, tantôt positifs (Thirlwall, 1972),
tantôt négatifs (Stockwell, 1962 et 1966; Frederiksen, 1969). Par la suite, 1 8 PROGRÈS ÉCONOMIQUE ET TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE
dès lors que certaines précautions méthodologiques auront été employées (ou
certains artifices évités) <4>, de telles divergences se feront de plus en plus rares,
voire inexistantes : avec la publication régulière de statistiques de base sur
les comptes nationaux des pays moins développés (OCDE et Banque
Mondiale), le nombre d'observations retenu s'est considérablement élargi,
puisqu'il couvre désormais la quasi-totalité des pays pour lesquels le
rapprochement des séries revêt un sens.
Un tableau synoptique des principaux travaux menés jusque 1978 et
des résultats correspondants a été dressé par Sagnier (1979). A l'exception
de Stavig (1979), qui, dans son analyse, mêle curieusement d'une part les
pays développés aux pays moins développés, et d'autre part les pays à
économie de marché aux pays à économie planifiée, tous les auteurs — de
Sauvy (1972) à Bairoch (1981) en passant par Chesnais (1973, 1975),
Lefebvre (1977, 1978), Bara-Guillaumont (1978), Hagen (1975) ou Simon
(1977) — aboutissent à une conclusion identique : l'absence de corrélation
linéaire significative. On ne saurait toutefois imputer cette convergence des
résultats vers la non-significativité à la seule extension du champ géogra
phique (introduction de pays à contexte démo-économique de plus en plus
varié); on doit également faire intervenir l'uniformisation des données et des
procédures de traitement utilisées. Le glissement progressif des conclusions
de la significativité (négative) (5) à la non-significativité chez un même
auteur, Stockwell en l'occurrence, qui, à différentes reprises, depuis 1962,
a publié des calculs sur cette question, est assez suggestif à cet égard.
Pour certains auteurs, tel Bairoch (1981), pour qui il y a « plus que
des présomptions » qu'une croissance rapide de la population a une
influence plutôt négative, cette absence de relation significative est jugée
irrecevable; elle est assimilée à un « paradoxe », lié en partie à l'imper
fection des données économiques. Certes, l'argumentation n'est pas tot
alement à écarter, mais dès lors que l'on considère un grand nombre de
pays, au surplus très hétérogènes au regard de la densité, des ressources
naturelles, de l'organisation sociale, de l'héritage politique, etc., le ra
isonnement analytique conduit pourtant, nous le verrons, à mettre en
évidence différents mécanismes qui poussent à l'indétermination a priori.
Mais, avant d'entrer dans cette discussion, il convient de se pencher sur
un problème empirique important dans ce genre de travaux : la question
de la durée et celle, connexe, de l'éventuel décalage temporel à introduire
entre les séries étudiées.
2. L'horizon et l'interaction Les phénomènes démographiques
entre périodes sont à action lente; même dans les
pays où la population s'accroît rap
idement, la répartition par âge, par exemple, n'évolue que très progressive-
W A titre d'exemple, nous renvoyons aux premiers travaux de Stockwell dont nous
avons fait la critique dans Population (Chesnais et Sauvy, 1973).
<5) Sur 16 pays seulement, au départ (et en très courte période).

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