Psychanalyse. Schizophrénie. Autisme. Démence précoce - compte-rendu ; n°1 ; vol.28, pg 441-451

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L'année psychologique - Année 1927 - Volume 28 - Numéro 1 - Pages 441-451
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1927
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b) Psychanalyse. Schizophrénie. Autisme. Démence précoce
In: L'année psychologique. 1927 vol. 28. pp. 441-451.
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b) Psychanalyse. Schizophrénie. Autisme. Démence précoce. In: L'année psychologique. 1927 vol. 28. pp. 441-451.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1927_num_28_1_6445PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE , 441
S'ils ne se fondent pas sur des idées manifestement délirantes,
comme chez Pinterprétateur ; s'ils ne s'accompagnent pas, comme
chez le schizophrène ou chez le dégénéré, de troubles ou d'épisodes
évidemment morbides ; s'il y a, comme c'est habituel chez le reven
dicateur, entière lucidité du raisonnement ; et surtout si le grief
qui les a provoqués est réel, il devient très difficile d'en faire admettre
la nature pathologique.
Et pourtant il est fréquent de voir le passionné d'hier devenir
délirant ; il serait urgent de pouvoir dépister dans le passionné d'au
jourd'hui le criminel possible ; il faudrait enfin" que la loi permît de
traiter chacun selon son degré de morbidité et de nocivité. Actuelle
ment la maladie ne peut être souvent démontrée que par la dispro
portion entre le motif et l'acte ; le danger ne peut être prévu que par
la continuité de l'état passionnel ; le psychiatre doit parfois oublier
les tares du malade pour préconiser les mesures les plus propres à
sauvegarder la sécurité publique. H. W.
375. — P.GUIRAUD. — Les conditions d'internement et de sortie des
aliénés dangereux. — An. Méd. ps., LXXXV, 4, avril 1927, p. 398-
407.
Parmi les délinquants ou criminels qui font l'objet d'une expertise
médico-légale, doivent être évidemment considérés comme aliénés
ceux qui présentent des symptômes bien déterminables, tels que
atteinte intellectuelle, interprétations délirantes, obsessions, etc.
Egalement les paranoïaques,dont l'intégrité intellectuelle est complète,
mais dont les actes et la conduite passés démontrent nettement les
tendances ; il faut y ajouter les passionnels qui se sont déjà signalés
par leur excitabilité, par leurs réactions excessives. Mais il faut envi
sager également le cas de ceux qui, sans trouble continu du caractère
ou de la conduite, récidivent dès que s'offre l'occasion. L'irrésistibilité
de l'acte, la disproportion manifeste entre le risque et le profit sont
des indications nettes d'internement. Parfois l'évolution ultérieure
d'un syndrome eatatonique, parkinsonien, démentiel, montre à quel
point il était justifié.
La supériorité de l'asile sur la prison est le contrôle de la sortie par
le médecin, et la possibilité d'un internement illimité, ce qui lui
confère une action d'intimidation bien plus grande.
Même en l'absence de troubles actuels b médecin est autorisé à
conserver le malade, si les probabilités de récidive persistent. Et
pour les apprécier il faut tenir compte également des conditions de
vie, du milieu où il se trouvera. H. W.
b) Psychanalyse. Schizophrénie. Autisme. Démence précoce
376 — E. WEISS. — Psichiatria e Piscoanalisi. — Riv. sp. di Fr.
L, 3-4, 1927, p. 442-472.
Dans ce rapport au XVIIe congrès de la « Societa freniatrica ita-
liana » l'A. insiste sur la double nécessité d'admettre un sub trat or
ganique pour tous les faits psychiques, mais de les étudier aussi psy- 442 . ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
chologiquëment, car étant de nature essentiellement subjective,
étant le point de départ subjectif de toute connaissance possible
leur description ne pourrait sans non-sens, être ramenée à de simples
rapports de matière. C'est là un fait d'évidence, qui n'implique au
cune conception particulière de l'univers.
Le présent de chaque individu est une phase de son histoire. Mais
l'histoire du passé d'où il résulte est-elle tout entière inscrite dans la
structure de son organisme ou bien n'a-t-elle pas aussi une expression*
psychologique ? Si le comportement du petit enfant commence par
rappeler celui du nourrisson, par exemple s'il crie lorsque la cuiller
quitte sa bouche pour aller se remplir à nouveau comme lor. que le
sein quittait ses lèvres, bien des habitudes de sa vie intra-utérine
doivent aussi continuer à peser sur sa vie actuelle. Dans l'angoisse
de l'homme par exemple se répètent des manifestations liées à sa mise
au monde, à son passage pénible dans le canal et à ses premiers ré
flexes respiratoires. De même le souvenir de la protection maternelle
pourra intervenir plus tard, sous forme d'astasie-abasie, d'agora
phobie, aux étapes de son existence qui le placeront devant une
situation nouvelle.
Certains faits psychiques s'offrent à la conscience avec un carac
tère de négation en quelque sorte intrinsèque. Ce sont les obsessions.
Elles ne ressemblent pas à une tendance contre laquelle le sujet se
défend tout en la reconnaissant sienne ; elles lui apparaissent comme
étrangères à lui-même ; elles sont le signe d'une tendance refoulée,
et modifiée dans son expression avant d'avoir pu se détailler et se
spécifier à la conscience ; d'où leur absurdité manifeste. D'ailleurs
l'absurdité des explications psychanalytiques n'est pas imputable aux
psychanalystes, mais au domaine qu'ils explorent, puisque c'est
celui où, par définition, la critique et le raisonnement du sujet ne
peuvent avoir accès.
La preuve que bien des troubles névropathiques résultent de ten
dances refoulées est donnée par leur disparition, sous l'influence d'une
affection fébrile ou toxique par exemple, qui se trouve momentané
ment abolir l'inhibition pesant sur elles : alors se produisent les mens
onges, vols, désirs sexuels auxquels le sujet résistait ; mais dès
que la résistance renaît, reparaissent ses troubles de conscience. La
psychanalyse peut également reconnaître les thèmes que mettent à
jour des psychoses organiques comme la paralysie générale ou l'épi-
lepsie. H. W.
377. — A. HESNARD. — La psychanalyse. Théorie sexuelle de Freud.
— Nouvelle édition. In- 16 de 220 pages, Paris, Librairie Stock,
1928. Prix : 12 francs.
Signalons cette réédition, mise au courant, de la monographie consa
crée à la psychanalyse par H. dans la collection de la culture moderne,
destinée au grand public.
Dans la préface de cette édition l'auteur reconnaît que pour être
bien comprise en France, la psychanalyse doit subir quelques modifi-
fications de forme répondant aux exigences esthétiques et verbales
de notre tradition psychologique, mais ajoute : « Tous ceux qui
sauront saisir, sous son vrai jour et derrière sa formulation quelque PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 443
peu naïve, l'effort de la psychanalyse pour éclairer une région vitale-
ment primordiale quoique fort obscure et troublante de la connais
sance, y découvriront l'ébauche d'une psychologie scientifique de
l'avenir : d'une science théorique et pratique des instincts ». H. P.
378. — LEVI BIANCHINI. — II nucleo centrale délia psieoanalisi
e la presa di possesso délia Psieoanalisi in Italia (Le noyau central
de la psychanalyse et la conquête de l'Italie par la psychanalyse). — -
Riv. sp.'di Fr., L, 3-4, 1927, p. 473-483.
La révolution de Freud est en psychologie l'analogue de celles
opérées par Galilée, Newton, Kepler, Helmholz, Virchow, Pasteur,
Lombroso. Elle a introduit l'explication mécaniste en psychologie.
Les notions de sexualité, refoulement, transfert, résistance, projec
tion, sublimation ne peuvent s'expliquer autrement. Leur noyau
central est le complexe d'Œdipe. H. W.
379. — H ESN ARD. — A propos des applications de la méthode
psychanalytique à la clinique psychiatrique courante. — An Méd.
ps., LXXXV, 5, mai 1927, p. 488-507. — M. DE CLERAMBAULT.
— Du rôle de l'affectivité dans les psychoses hallucinatoires chro
niques. — Ibid , p. 508-517.
S'il y a une méthode dont les résultats soient connus d'avance, c'est
bien la psychanalyse. Leur monotonie semblerait bien rebutante,
sans l'attrait toujours nouveau que paraît exercer la sexualité. Comme
il en a été jadis de l'hystérie, et pour les mêmes raisons, le psychanal
yste rencontre à coup sûr ce qu'il cherche.
H. commence par rappeler comment l'obsession et les phobies
s'expliquent par l'auto-érotisme. Le mécanisme est le suivant : pro
jection de l'angoisse sur des situations ou sur des objets particuliers
et bien déterminés ; l'angoisse n'est elle-même que la sexualité non
satisfaite ; non satisfaite parce qu'incapable de dépasser le stade
infantile du narcissisme. Mais l'enfant, qui est le prototype auquel
sont rapportées névroses et psychoses, n'est connu qu'au travers de
l'adulte par le psychanalyste ; — singulière méthode !
La doctrine étant donnée, H. se propose de faire pour le délire hallu
cinatoire chronique ce que Freud et Bleuler ont déjà fait pour la schi
zophrénie. Le but est connu d'avance, la démonstration s'ensuit
donc aisément.
Le syndrome essentiel de la psychose hallucinatoire, celui décrit
par Clérambault sous le nom d'automatisme mental représente une
irruption de l'inconscient dans la conscience ; c'est l'antagonisme du
moi refoulé, du moi infantile avec le super-moi, avec le moi que la
conscience avoue, parce qu'il représente les tendances qui peuvent
s'accorder avec les nécessités sociales. Ces conceptions, qui se pré
tendent scientifiques, n'arrivent à s'expliquer qu'à l'aide de méta
phores et de boursouflures qui sont bien éloignées du langage habi
tuel à la science.
Très sensément et en clinicien expert, Clérambault fait observer
qu'il n'y a pas de psychose qui ne doive forcément tirer son contenu
et ses différents éléments des expériences ou des dispositions propres
à chaque malade. Mais loin qu'elles soient la résultante ou la consé- 444 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
quence de ces éléments, l'utilisation, le choix qu'elles en font sont
très différents suivant leur nature, suivant qu'il s'agit d'un accès
maniaque, d'une paralysie générale, de telle ou telle intoxication, etc.
Sans doute il peut se produire des réactions secondaires entre le
processus morbide et les éléments qu'il a mobilisés, en particulier
les éléments affectifs. Mais si pleine d'intérêt que puisse être l'étude
de ces rapports, elle ne saurait expliquer la psychose elle-même ni
se substituer à la recherche de ses causes organiques. H. W.
380. — G. HEUYER et Mme MORGENSTERN.— Un cas de mu
tisme chez un enfant myopathigue, ancien convulsif. Guérison du
mutisme par la psychanalyse. — Enc, XXII, 6, 1927, p. 478-481.
Tout en relevant les tares organiques de l'enfant comme ayant
pu jouer leur rôle dans son mutisme, les A. rapportent sa guérison
à l'emploi de la A défaut du langage c'est sa tendance
à dessiner sans cesse qui a été utilisée. Ses dessins étaient le point de
départ d'interprétations contre lesquelles il s'insurgeait souvent, jus
qu'au jour où les ayant admises la parole lui est revenue. H. W.
381. — M. TREVES. — La psicoanalisi nella epilessia. — Riv. sp.
di Fr., L, 3-4, 1927, p. 483-498.
Pour l'A. il n'y a pas d'épilepsie ni d'hystérie pures, mais toujours
de Phystéro-épilepsie. L'un ou l'autre élément domine suivant les cas.
Du côté épilepsie c'est la narcose avec sommeil qu'il est impossible
d'interrompre, repos forcé, insensibilité. Du côté hystérie, convuls
ions, travail forcé, tic. D'un sujet à l'autre jamais les crises ne se re
ssemblent tout-à-fait, alors qu'elles ont une grande uniformité chez le
même. Leurs détails sont en rapport avec une impression ou une idée
sous-jacente, qu'il appartient à la psychanalyse de découvrir. Pour
le faire il suffit d'utiliser les périodes crépusculaires qui suivent et par
fois précèdent la crise. H. W.
382. — - T. BURROW. — The problem of the transference (Le
problème de la transference). — Br. J. of Med. Ps., VII, 2, 1927,
p. 193-202.
La transference se définit parla réponse (attraction ou répulsion)
inconsciente du malade nerveux à l'égard de son entourage en général
et du psychanalyste en particulier.
L'auteur n'y voit pas un phénomène spécial. Il en recherche l'or
igine chez l'enfant dont l'éducation (différenciation du bien et du
mal) aboutit à produire chez lui une transference ou parenté d'images
dépendant des autres en même temps qu'elles est la réflexion d'une
attitude de transference également inconsciente des autres vis-à-vis
de lui, le ph nomène de transference venant alors recouvrir tout le
domaine social et n'étant nullement limité à la personnalité né
vrosée. Dès lors, la psychanalyse, comme toute science subjective,
n'est pas à proprement parler l'étude d'une névrose mais c'est une
névrose et l'analyse d'un groupe n'est pas mon analyse d'un groupe,
mais c'est de moi (ou de n'importe quel individu du groupe),
par ce groupe.
Dès lors, pour échapper à ce danger, l'auteur se propose de retour- PATHOLOGIQUE 445 PSYCHOLOGIE
ner à l'étude du sentiment social sur lequel nos intellectualisations et
nos images sociales reposent, en fin de compte. M. L.
333. — M. KLEIN. — Criminal tendencies in Normal Children (Ten
dances criminelles chez les enfants normaux). — Br. J. of Med. Ps.,
VII, 2, 1927, p. 177-192.
Le freudisme finira par être le dernier refuge- du mysticisme.
Lorsque l'analyse révèle le complexe d'Œdipe chez un enfant, le psy
chanalyste se rengorge. Lorsque ce dernier découvre le contraire, il
s'agit alors d'un complexe <i' Œdipe « inversé » et sa foi n'est pas ébranl
ée... Quelques observations intéressantes noyées dans une systémat
isation décourageante. M. L.
384. — S. M. PAYNE. — Observations on the formation and function
of the Super-Ego in Normal and Abnormal psychological States
(Observations sur la formation et la fonction du Super- Ego dans les
états psychologiques normaux et anormaux). — Br. J. of Med. Ps.,
VII, 1, 1927, p. 73-87.
On se souvient qu'étant donné un certain amas d'instincts et
d'impulsions indifférenciés dont nous sommes dotés à notre naissance,
Freud définit par ego la différenciation par adaptation qui se produit
dans notre équipement mental. L'ajustement interne comprend la
formation d'un « grade » dans l'ego, résultant de l'impuissance
qu'éprouve l'enfant à satisfaire ses instincts infantiles, du fait des
autorités parentales autour de lui, et consistant dans une identifica
tion, une projection ou une incorporation dans l'ego des prohibitions et
des exigences des parents, mais non de leurs privilèges. C'est ce sens
psychologique de l'adaptation qui peut être considéré comme le super
ego. Tout ce qui est affirmé de cette seconde fonction repose trop
complètement sur la validité de la première conception pour pouvoir
la discuter autrement qu'en remettant tout le freudisme en question.
M.L.
385. — E. MINKOWSKI. — La Schizophrénie. Psychopathologie
des schizoides et des schizophrènes. — In-8° de 268 pages, Paris,
Payot, 1927. Prix : 20 francs.
L'auteur a beaucoup contribué à faire connaître en France les
idées de Bleuler sur l'œuvre duquel il a commencé à écrire en 1922.
Il a été très séduit par 1 1 conception générale de la schizophrénie,
reprenant dans des directions nouvelles la conception kraepelinienne
de la démence précoce. Il a repris, élaboré, les idées de Bleuler, et
les théories ont pris un caractère personnel. Aussi le livre de M. n'est-
il pas un exposé objectif des conceptions de Bleuler, ni une histoire
de la schizophrénie, c'est un effoi t personnel de synthèse, destiné
à orienter la psychopathologie, en relations étroites avec la psycholog
ie générale.
C'est en effet dans les caractères normaux opposés que l'on dé
signe aujourd'hui sous les noms de schizoide et de syntone et sur les
quels insiste l'auteur, que l'on trouverait les fondements des deux
grandes catégories nosographiques de la psychiatrie contemporaine,
la schizophrénie et la folie maniaque dépressive, avec cette différence ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES ' 446
que le schizophrène ne représenterait que le terme pathologique
extrême du schizoïde (sans possibilité de définir nettement l'étape
intermédiaire du schizomane de Claude) tandis que la syntonie
(l'accord harmonieux avec ses semblables) aurait son maximum dans
les limites du normal, la folie maniaque dépressive représentant une
déformation de la syntonie.
L'ouvrage est fort intéressant, en particulier dans ses analyses de
la pensée schizophrénique et de l'autisme, mais l'auteur ne rencon
trera pas une adhésion universelle quand il réclame pour le psy
chiatre une « désintellectualisation » consistant, non pas seulement
à introduire la notion du rôle capital de l'affectivité dans la vie ment
ale des malades, mais à utiliser sa propre affectivité, la « pénétra^
tion » du sentiment, la connaissance « par le cœur », quand il s'agit
de diagnostiquer des affections mentales et de préciser des méca
nismes pathogènes.
Cette attitude, dont Binswanger s'est déjà fait le défenseur, est
trop dangereuse, trop opposée à tout ce que nous apprend l'expé
rience scientifique pour qu'on puisse l'encourager. Binswanger envi
sage d'ailleurs la possibilité de rendre plus technique l'utilisation des
réactions affectives éprouvées par le psychiatre vis-à-vis des malades.
Dès lors on revient à l'intellectualisation d'un procédé de connais
sance qui ne différera plus essentiellement des autres, et n'aura plus
rien de commun avec l'intuition sur laquelle M. veut s'appuy er.
Mais il s'agit là d'un point de détail dans cet intéressant ouvrage.
H. P.
386. — E. MINKOWSKL — L'autisme et les attitudes schizophré-
fliftUes. — J. de Ps., XXIV, 5, 1927, p. 465-476.
La doctrine de Bleuler sur la schizophrénie comprend deux part
ies, l'une psycho-clinique empruntée à Kraepelin, l'autre psychoa-
nalytique inspirée par Freud. Kraepelin avait réuni la catatonie,
l'hébéphrénie et la démence paranoide en une seule entité clinique à
laquelle il conservait le nom de démence précoce ; comme elle n'est ni
démence ni précoce, Bleuler y substitue le nom de schizophrénie et
cherche à en dégager les troubles essentiels. Ce sont, non une destruc
tion de certains éléments de la vie psychique, mais une dissociation
de ces éléments, analogue à la discordance de Chaslin. Pour préciser
la nature de ces troubles, Bleuler fait appel à la notion de complexe,
à laquelle il rattache celle d'autisme. L'autisme est en un sens la perte
du sens de la réalité de Janet, mais cette perte n'apparaît qu'en pré
sence d'événements ou de choses qui sont en contradiction avec les
complexes du malade. Mais la dépendance de l'autisme par rapport
aux semble exagérée ; de là la tendance actuelle à l'éman
cipation de la notion d'autisme caractéristique de la schizophrénie.
L'autisme est essentiellement le détachement de la réalité ; on peut y
distinguer deux formes, un autisme pauvre et un autisme riche, l'i
nfluence des facteurs de vie intérieure dans la genèse des symptômes
n'intervenant que dans cette seconde forme. La rêverie et la bouderie
ne sont que des manifestations secondaires de la schizophrénie, des
attitudes schizophréhiques auxquelles on en pourrait ajouter d'autres.
G.-H. L. ■
PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 447
387. — P. JANET. — A propos de la schizophrénie. — J. de Ps.,
XXIV, 6, 1927, p. 477-492.
A l'occasion du travail de Minkowski analysé ci-dessus, J. rapproche
d'une schizophrène (Sonia) un beau cas d'asthénie psychique (Clau
dine). Leur principale différence est le développement de la rêverie
chez Sonia, du sentiment du vide chez Claudine. Dans la schizophrén
ie il n'y a pas, comme l'a remarqué justement Bleuler, destruction
d'aucune fonction psychique ; mais le terme de dissociation employé
par lui et Minkowski est très vague. En réalité, il y a plutôt rétréciss
ement, suppression des actions secondaires qui chez le normal sont
déclenchées par l'action primaire. Claudine et Sonia sont toutes deux
des asthéniques psychiques ; mais tandis que chez Claudine l'état
d'épuisement entraîne une simplification de la vie par suppression
des sentiments, chez Sonia la rêverie joue le rôle de « moral cocktail ».
Il semble que les schizophrènes sont des asthéniques psychiques qui
se sont installés dans leur maladie et l'ont rendue chronique à la suite
d'un équilibre nouveau des forces réduites. G.-H. L.
388. — HARRY STACK SULLIVAN.— The onset of schizophrenia
(L'invasion de la schizophrénie). — Am. J. of I., VII, 1, 1927,
p. 105-134.
L'étude de la phase initiale de désordres mentaux chez des schizo
phrènes a révélé à l'auteur deux facteurs précédant la psychose :
d'abord une longue série d'efforts d'adaptation paraissant subjective
ment difficiles ; ensuite le manque satisfaisante à
l'objet sexuel.
Dans l'histoire des malades, on trouve toujours que les mésa-
daptations se sont trouvées en rapport avec des attitudes maladroites
de la famille, des parents. Les facteurs « interpersonnels » semblent
constituer, pour l'auteur, les éléments les plus efficaces dans la patho-
génèse de la schizophrénie, à la phase de la préadolescence, au cours
du développement de la personnalité.
Dans la période prodro inique, les états de dépression sont domi
nants ; la perplexité, la peur souvent anxieuse, interviennent très
souvent ; pour la colère, sa présence est moins constante.
Les considérations de l'auteur sont illustrées par une relation dé
taillée de quatre cas choisis parmi un grand nombre. H. P.
389. — E. MIRA. — Estado actual del concepto de las esquizo-
frenias (Etat actuel de la conception des schizophrénies). — Revista
medica de Barcelona, mai-juin 1927, extrait, 34 pages.
Après un exposé historique et un examen des théories nombreuses
et diverses (les théories organicistes de Kraepelin, Buscaino, Mo-
nakow, etc., les psychologiques de Jung, Toulouse et Mignard, Min
kowski, Kret chmer, SobralCi , Hesnard e. Laforgue, et les mixtes,
de Bleuler, Claude et Bumke), M.. montre que l'incohérence actuelle
tient à l'absence d'une limitation précise du concept.
Le syndrome schizophrénique ne correspond pas à une maladie
définie; une dissociation commence à se faire qui pourra aboutir
à des unités morbides plus modestes, mais plus solides. H. P. 448 ANALYSES BIBLIOGUaPHIQUES
390. — H. DAMAYE. — Considérations sur la schizophrénie et ses
associations. — An. Méd. p ., LXXXV, 3, oct. 1927, p. 218-223.
Le même malade présente souvent à la fois plusieurs syndromes
qui sont attribués habituellement à des psychoses différentes. Sans
doute sont-ils en rapport avec son fond et ses prédispositions mentales.
En particulier des symptômes de schizophrénie se greffent fréquem
ment sur des états mélancoliques par exemple, souvent à la faveur
d'une tuberculose en évolution. Ils peuvent disparaître avec la gué-
risort de la tuberculose. La schizophrénie est d'autant plus difficile
à distinguer de la démence précoce à lésions méningo-encéphali-
tiques que parfois sans doute elle devient démence précoce sous l'i
nfluence d'un processus infectieux. Souvent aussi elle paraît être bien
proche de la psychasthénie. H. W.
391. — HARRY STACK SULLIVAN. — Affective experience in
early schizophrenia (Expérience affective dans la schizophrénie
précoce). — Ara. J. of I., VI, 3, 1927, p. 467-483.
L'auteur, après des observations continues et prolongées, pensé
que, dans les débuts tout au moins de la schizophrénie, on ne peut
envisager avec certitude, ni une « apathie » véritable, une absence
d'affectivité, ni même une dysharmonie affective (désaccord des
sphères affective et conative) actuelle. Il pense que, pour résoudre
le problème des véritables perturbations affectives, il faut unir
toutes les ressources des techniques objectives modernes : cinéma-
tographie (avec examens au ralenti) pour les réactions, et en parti
culier la physionomie (dans laquelle est difficile la dissociation de
l'affectif et du conatif) ; enregistrements phonographiques ; étude
des réactions psychogalvaniques, des réactions viscérales (fluoro-
scopie), etc. H. P.
392. — P. COURBON et FAIL. — Syndrome d' « illusion de Pré-
goli » et schizophrénie. — B. S. cl., XX, 1927, p. 121-125.
Fille de 27 ans ayant la conviction que les gens de son entourage
incarnent, à certains moments, diverses personnes connues jadis,
du fait de la toute puissance de ses persécuteurs qui peuvent imposer
toutes sortes de transformations, qui sont, disent les auteurs, des
Frégoli.
Cette illusion ne serait pas le fait d'un jugement affectif, comme
P « illusion des sosies », mais la production arbitraire d'une imaginat
ion malade.
A ce propos, Séglas signale une attitude de certains malades qui
ont eu des fausses reconnaissances et qui déclarent inexactement
en avoir toujours, déclarant par exemple, quand on annonce une nou
velle personne qu'ils vont la reconnaître. ' H. P.
393. — P. ABÉLY. — Etat schizophrénique et tendances homos
exuelles. — An. Med. ps., LXXXV, 3, oct. 1927, p. 251-257.
Dans ce cas les tendances homosexuelles paraissent appartenir au
terrain sur lequel se développe la schizophrénie, mais elles suscitent
des incidents qui exagèrent encore le besoin de se reployer en soi- PATHOLOGIQUE 449 PSYCHOLOGIE
même. Progressivement le malaise moral du début se transforme en
indifférence.
A ajouter « le symptôme du miroir », fréquent chez les schizo
phrènes, habitude de se regarder à tout instant dans un miroir.
H. W.
394. — LAIGNEL-LAVASTINE, P. KAHN et P. BOURGEOIS. —
Schizophrénie évoluant à la suite d'une intervention chirurgicale.
— Enc, XXII, 6, 1927, p. 481-484.
A la suite d'un accident de travail, un ouvrier doit être amputé
d'un doigt sous chloroforme. En sortant de sa narcose, il présente
un état de confusion auquel succèdent des attitudes, des réactions,
un délire caractéristique de la schizophrénie. Son hérédité mentale,
son hérédo-syphilis, son caractère schizoide constituaient des prédis
positions indéniables ; mais le traumatisme ne peut pas être mis hors
de cause. . H.W.
395. — DUPOU Y, CLERC et MALE. — Schizophrénie évoluant par
accès délirants successifs. — Enc, XXII, 2, 1927, p. 140-142..
La périodicité des accès pourrait seule faire penser à la psychose
maniaco-dépressive. Mais chacun laisse des séquelles de plus en plus
graves et d'ailleurs leurs symptômes sont nettement ceux de la dé
mence précoce. H. W.
396. — P. COURBON et J. MAGNAND. — Schizomanie ou psy
chose maniaque dépressive ? — Enc, XXII, 1, 1927, p. 43-45.
La manie improductive de Kraepelin, état mixte dans lequel il y a
hyperthymie avec anidéation et inhibition motrice, peut être prise
à tort pour un état schizoide, si l'on attribue à l'autisme et non à
l'inhibition le détachement du malade vis-à-vis du réel, et si le con
traste de l'humeur avec l'état de la motilité et de l'idéation est inter
prété comme de la discordance intime. H. W.
397. — A. WIZEL et R. MARKUSZEWICZ. — Premiers résultats
du traitement paludéen dans la schizophrénie. — Enc, XXII,
9, 1927, p. 669-680.
Il est d'observation ancienne que des infections avec réaction
fébrile peuvent amener des rémissions durables dans l'évolution de
certaines psychoses. Il a donc paru indiqué d'utiliser l'infection
comme moyen thérapeutique. Wagner von Ja iregg a le premier
inoculé le paludisme à des paralytiques généraux, non sans succès.
Les A. ont appliqué la même méthode à des schizophrènes : succès
s'il s'agit- de schizophrénie aiguë ou de schizophrénie chronique à
caractère périodique. Insuccès dans les autres cas. H. W.
398. — H. CLAUDE, H. BARUK et A. THEVENARD. — Le
syndrome moteur de la démence précoce catatonique. — Enc,
XXII, 10. 1927, p. 741-767.
En raison des troubles moteurs qui lui ont valu son nom, la dé
mence catatonique a été rapprochée, dans ces derniers temps, de
certaines affections nerveuses, dont le siège est dans le mésencéphale,
l'année psychologique, xxviii. ?9

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