Psychobiologie de l'attention, temps de réaction et potentiels évoqués - article ; n°2 ; vol.82, pg 473-495

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L'année psychologique - Année 1982 - Volume 82 - Numéro 2 - Pages 473-495
Résumé
Les principaux résultats acquis en psychologie cognitive (méthode des temps de réaction) et en psychophysiologie (potentiels évoqués) au sujet de la préparation et/ou de l'attention sélective sont présentes et discutés. La convergence qui peut être dégagée des faits et des modèles théoriques choisis par les chercheurs dans ces deux disciplines, la similitude des problèmes qu'y rencontre la démarche analytique nous conduisent à suggérer une méthodologie combinant les deux approches en une véritable psychobiologie de l'attention. Nous pensons que certaines des difficultés d'interprétation que nous avons présentées, notamment en ce qui concerne la localisation des effets sélectifs par rapport au modèle des stades de traitement pourraient ainsi, dans une certaine mesure, être évitées.
Mots clefs : attention sélective; temps de réaction; potentiels évoqués ; psychobiologie.
Summary : Psychobiology of attention, reaction times and evoked potentials.
This review presents and discusses main experimental results concer-ning selective preparation and/or attention acquired in two fields : cognitive psychology (principally reaction times experiments) and psychophysiology (principally evoked potentials analysis).
Our aim is to point to the factual and theoretical convergence arising from otherwize separated approaches. Emphasis is placed on the similarities appearing in interpretative logic in both fields, and most particularly, when dealing wiih chronological and spatial localization of experimental effects in the framework of a stages model of information processing.
It is suggested that the analysis of evoked potentials would greatly benefit from a methodology combining the informative power of electroence-phalography data and the paradigmatical resources of cognitive psychology. Such an integrated methodology leads to our conception of a psychobiology of (selective) attention.
Key-words : selective attention ; reaction times ; evoked potentials ; psychobiology.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1982
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G. Vanderhaeghen
Psychobiologie de l'attention, temps de réaction et potentiels
évoqués
In: L'année psychologique. 1982 vol. 82, n°2. pp. 473-495.
Résumé
Les principaux résultats acquis en psychologie cognitive (méthode des temps de réaction) et en psychophysiologie (potentiels
évoqués) au sujet de la préparation et/ou de l'attention sélective sont présentes et discutés. La convergence qui peut être
dégagée des faits et des modèles théoriques choisis par les chercheurs dans ces deux disciplines, la similitude des problèmes
qu'y rencontre la démarche analytique nous conduisent à suggérer une méthodologie combinant les deux approches en une
véritable psychobiologie de l'attention. Nous pensons que certaines des difficultés d'interprétation que nous avons présentées,
notamment en ce qui concerne la localisation des effets sélectifs par rapport au modèle des stades de traitement pourraient ainsi,
dans une certaine mesure, être évitées.
Mots clefs : attention sélective; temps de réaction; potentiels évoqués ; psychobiologie.
Abstract
Summary : Psychobiology of attention, reaction times and evoked potentials.
This review presents and discusses main experimental results concer-ning selective preparation and/or attention acquired in two
fields : cognitive psychology (principally reaction times experiments) and psychophysiology (principally evoked potentials
analysis).
Our aim is to point to the factual and theoretical convergence arising from otherwize separated approaches. Emphasis is placed
on the similarities appearing in interpretative logic in both fields, and most particularly, when dealing wiih chronological and
spatial localization of experimental effects in the framework of a stages model of information processing.
It is suggested that the analysis of evoked potentials would greatly benefit from a methodology combining the informative power
of electroence-phalography data and the paradigmatical resources of cognitive psychology. Such an integrated methodology
leads to our conception of a psychobiology of (selective) attention.
Key-words : selective attention ; reaction times ; evoked potentials ; psychobiology.
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Vanderhaeghen G. Psychobiologie de l'attention, temps de réaction et potentiels évoqués. In: L'année psychologique. 1982 vol.
82, n°2. pp. 473-495.
doi : 10.3406/psy.1982.28432
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1982_num_82_2_28432L'Année Psychologique, 1982, 82, 473-495
REVUES CRITIQUES
Laboratoire de Psychologie1
Université de l'Etat à Mons
PSYCHOBIOLOGIE DE L'ATTENTION
TEMPS DE RÉACTION ET POTENTIELS ÉVOQUÉS
par Claude Vanderhaeghen
SUMMARY : Psychobiology of attention, reaction times and evoked
potentials.
This review presents and discusses main experimental results concer
ning selective preparation and/or attention acquired in two fields : cognitive
psychology (principally reaction times experiments) and psychophysiology
(principally evoked potentials analysis).
Our aim is to point to the factual and theoretical convergence arising
from otherwize separated approaches. Emphasis is placed on the similar
ities appearing in interpretative logic in both fields, and most particularly,
when dealing with chronological and spatial localization of experimental
effects in the framework of a stages model of information processing.
It is suggested that the analysis of evoked potentials would greatly
benefit from a methodology combining the informative power of electroence-
phalography data and the paradigmatical resources of cognitive psychology.
Such an integrated methodology leads to our conception of a psychobiology
of (selective) attention.
Key-words : selective attention ; reaction times ; evoked potentials ;
psychobiology.
INTRODUCTION
II faut attendre les années 1950 pour que la notion d'attention
réapparaisse en psychologie expérimentale. L'éclipsé dont elle avait
souffert jusque-là a couvert une époque où le courant behavioriste
dominant ne reconnaissait, comme scientifique, que la seule psychologie
1. Rue des Dominicains, 24, B-7000 MONS.
AP — 17 Claude V ander haeghen 474
de l'observable. Celle qui travaillait essentiellement à l'élucidation de
ces règles supposées simples et directes, liant toute réponse compor
tementale à son stimulus déclencheur.
L'évolution des positions théoriques en psychologie scientifique et
le développement de la psychologie industrielle expliquent la réhabili
tation d'un concept qu'en 1908, Titchener commentait en ces termes :
« La doctrine de l'attention devrait être le nerf de tout le système
psychologique » (Titchener, 1908).
Le livre de Neisser, paru en 1967, Cognitive Psychology, exprime
bien l'évolution conceptuelle qui fait de la psychologie expérimentale
d'aujourd'hui (cognitive), l'étude d'événements (mentaux) qui ne peu
vent pas être directement observés, événements qui prennent place
quand l'individu n'est engagé dans aucune activité extérieure observable
(Pachella, 1974).
La psychologie appliquée d'autre part, introduit au centre des
préoccupations expérimentales la problématique de l'efficacité de
l'homme qui ne peut être posée que dans la confrontation des exigences
des tâches aux limites opératoires de l'être humain. La théorie de
l'information a, en même temps, pénétré la psychologie, y déposant
ses modèles descriptifs sinon explicatifs et son vocabulaire technique.
Le fonctionnement psychologique qui intéresse maintenant autant que
les structures, fait surgir, par analogie, une image : celle de l'opérateur
humain, système de traitement de l'information à capacité finie. C'est
par cette limitation — structurale — , que des « mécanismes attention-
nels » trouvent leur fonction : préparer l'observateur de façon non
spécifique (vigilance) ou spécifique (préparation temporelle ou/et sélec
tive) à traiter de l'information. L'opérateur humain ne peut demeurer
en permanence dans un état où il puisse répondre efficacement aux
variations de l'environnement ; il ne peut non plus se maintenir au
maximum de son efficacité pendant bien longtemps (préparation tem
porelle, lorsque la vitesse et la précision des réponses deviennent les
contraintes importantes d'une tâche), ni d'ailleurs réagir avec la même
efficacité à toutes les variations possibles de l'environnement (nécessité
d'une préparation sélective aux seules variations pertinentes).
Parmi les méthodes qui ont le plus contribué au progrès expérimental
en psychologie, la mesure des temps de réaction (TR) s'est trouvée
associée dès ses débuts au concept de préparation. La première partie
de cette revue est consacrée aux recherches qui ont utilisé le TR comme
variable dépendante principale et à leur rapport aux variantes du
concept de préparation. Une autre classe de paradigmes expérimentaux,
les tâches d'écoute dichotique dans lesquelles les sujets reçoivent du
matériel auditif différent aux deux oreilles, l'une d'entre elles devant
être choisie et le sujet répétant les mots ou phrases qui y sont présentés
(shadowing) a suscité les premiers modèles d'attention sélective (Broad-
bent, 1958 ; Treisman, 1969). Psychobiologie de l'attention 475
Le psychologue étudie structures et fonctions mentales au travers
des comportements qu'il observe, analyse ou mesure (lorsqu'il s'agit
par exemple de TR) dans des conditions qu'il tente de connaître ou de
contrôler (procédure expérimentale). Des comportements observés dans
leur relation précise aux conditions qui les ont fait naître, il infère les
mécanismes ou processus dont il suppose l'existence quelque part,
entre stimuli et réponses. Ces hypothèses auront forme de structures
et/ou de fonctions. L'anatomoclinique et la psychophysiologie poursui
vent, de leur côté, des objectifs voisins, mais empruntent d'autres
chemins. Les déficits comportementaux dont on peut établir la relation
de causalité avec des traumatismes cérébraux définissables, permettent
l'hypothèse de structures cérébrales fonctionnelles. A cet égard, les
recherches sur les aphasies sont remarquables et contribuent à la vigueur
de la doctrine localisatrice des fonctions mentales. A une fonction,
attestée par un déficit significatif dans une sphère comportementale
définie, on fait correspondre une zone anatomiquement localisable
(centre du langage, aires motrices ou perceptives, aires associatives, etc.).
L'activité électrique du cerveau, convenablement amplifiée, fait
disposer le physiologiste d'indicateurs qui sont les témoins immédiats
de l'activité cérébrale. De façon précise, avec des possibilités de loca
lisation spatiale et temporelle, la technique des potentiels évoqués (PE)
permet l'établissement de relations entre des variations de potentiels
significatives (émergeant de l'activité électrique de fond) et les caracté
ristiques des signaux qui les ont évoquées.
A l'occasion de ce développement nouveau, surgit l'association
presque immédiate de la méthodologie des potentiels évoqués à la pro
blématique de l'attention sélective (cf. les travaux initiaux d'Hernandez-
Péon sur la réponse cochléaire du chat, 1966).
On trouvera une revue très complète des premières recherches
chez Näätänen (1967, 1975), des recherches plus récentes chez Picton,
Campbell, Baribeau-Braun et Proulx (1978), Näätänen et Michie (1979)
et chez Demairé (1977).
Le thème de cette revue est la relation de voisinage que nous
supposons entre les problématiques psychologique et physiologique,
gravitant autour du noyau conceptuel de l'attention sélective et de la
préparation à réagir. Une convergence qui, comme le note J. Requin
(1979), s'accentue entre les problématiques propres à la psychologie
expérimentale et à la neurophysiologie : convergence théorique, conver
gence des paradigmes et, se dégageant progressivement, convergence
relative des faits.
On peut être frappé aussi par la similitude des problèmes d'inter
prétation liés aux logiques expérimentales mises en œuvre. Les TR comme
les PE n'affirment rien en eux-mêmes quant aux processus mentaux
qui les sous-tendraient. Littéralement, les TR nous disent que le déclen
chement de l'action prend du temps : observation en soi peu intéressante 476 Claude Vanderhaeghen
(Deese, 1969). Pour ce qui est des PE, ils témoignent que quand il se
passe « quelque chose » dans le cerveau, des modifications de l'activité
électrique peuvent être détectées mais n'informent pas sur ce qui se
passe. Les statuts épistémologiques du TR et du PE sont cependant
bien différents. Le TR est une variable dépendante comportementale-
ment significative tout comme le pourcentage de rappel correct dans
des tâches de mémorisation. Cela a effectivement un sens qu'un opérateur
soit rapide ou soit correct et précis. Le PE n'est pas une variable dépen
dante dotée de signification comportementale. Il est à ce titre plus un
phénomène d'accompagnement qu'une variable dépendante vraie.
Rappelons pour finir que Piéron (1963) définit l'attention comme
étant « une orientation mentale sélective comportant un accroissement
d'efficience dans un certain mode d'activité, avec inhibition des activités
concurrentes ». Richard (1980) auquel nous renvoyons pour un exposé
complet consacré aux travaux sur l'attention, regroupe sous ce terme
les effets d'activation ou de préparation non spécifiques, la préparation
temporelle, la préparation sélective, l'attention partagée et l'orientation
de l'attention.
2. L'APPROCHE COGNITIVE
PAR LA MÉTHODE DES TEMPS DE RÉACTION
2.1. Le concept de préparation
dans les tâches de réaction
On accepte une mesure de TR lorsqu'une réponse adéquate est
donnée, dans le temps minimal nécessaire pour ce faire, et que cette
réponse est bien déclenchée par l'arrivée du signal. La dernière condition
est nécessaire pour que l'on dispose de comportements dont on contrôle
au moins les conditions extérieures de déclenchement, pour que les
mesures de temps aient une origine valide. Puisque l'arrivée d'un signal
réduit au moins deux niveaux d'incertitude, l'un par rapport à son
moment précis de présentation (incertitude temporelle), l'autre par
rapport à sa nature (incertitude « événementielle »), on évitera de consi
dérer parmi les TR moyens mesurés, les TR des réponses anticipées
(temps) ou devinées (nature du signal). Les deux premières conditions
doivent également être examinées. Chacune donne un sens à l'autre.
Sans la contrainte de temps, étant donné le caractère souvent simplifié
des réponses demandées, toutes les réponses seraient correctes. Par
ailleurs, sans erreurs, on n'est jamais sûr d'être dans les conditions de
temps minimales pour que la mesure ait un sens. Le rapport de la vitesse
à la précision est crucial. Il a permis l'utilisation du concept préparatoire
avec deux sens différents. Le plus classique est celui qui invoque la
préparation pour expliquer les diminutions de la latence des réponses. Psychobiologie de l'attention 411
Une définition plus stricte impliquerait une mise en relation de l'état
de préparation avec l'efficacité globale de la performance appréciée à
la fois dans sa vitesse et dans sa précision.
De fait, il est dans la nature de la tâche et des exigences qu'elle
instaure par ses consignes, d'induire une relation d'échange vitesse -
précision. L'analyse des résultats d'une expérience de TR ne pourra
pas se limiter à l'examen des TR, sans considération des erreurs. D'au
tant que les erreurs ne sont pas nécessairement le seul fait de devine-
ments, mais pourraient, tout aussi logiquement, procéder d'un traitement
trop rapide ou incomplet du signal, ou encore d'une modification de la
nature d'une partie du traitement, éventuellement même d'un change
ment de position du critère de décision (Lappin et Disch, 1972). Opéra-
tionnellement, on parlera de préparation dans des cas de diminution
de latence, soit, avec diminution des taux d'erreurs, soit sans modifi
cation significative de ceux-ci.
Comme on distingue l'incertitude temporelle de l'incertitude « évé
nementielle », on précisera le concept de préparation selon les cas en
préparation à court terme, préparation du sujet qui développe au moment
opportun une réactivité maximale, ou en spécifique permet
tant le traitement plus rapide d'une catégorie de signaux. La prépa
ration à court terme est l'effet du mécanisme invoqué pour rendre
compte de ce que le TR est d'autant plus rapide que le moment d'appar
ition du signal est plus prévisible. Les expériences de Woodrow (1914)
sont typiques des recherches sur cet effet qui fut confirmé plus récemment
par Botwinick et Brinley (1962) notamment.
La préparation spécifique apparaît dans les tâches d'identification
ou de classification, où un signal donne lieu à des réactions plus rapides
que les signaux concurrents de la tâche. C'est notamment le cas lorsque
ce signal est plus fréquent (Bertelson, 1965 ; Falmagne, 1965 ; Fitts,
Peterson et Wolpe, 1973, par exemple) ou rendu plus important par
une instruction avec renforcement (Krinchik, 1974 ; Holender et Ber
telson, 1975) ou sans (Laberge, Tweedy et Ricker, 1967 ;
Laming, 1968 ; Welford, 1975).
Il faut noter que les variantes du concept de préparation sont
sous-tendues, toutes deux, par l'idée de la limitation fonctionnelle
de l'opérateur humain : il ne peut se maintenir dans un état de réactivité
maximale indéfiniment ; il ne peut non plus faire bénéficier tous les
signaux de la tâche d'un traitement porté au maximum de son efficacité.
Et les consignes dont l'importance est fondamentale par rapport à la
relation d'échange vitesse - précision ont précisément pour objectif de
« charger » l'opérateur, de telle sorte qu'il fonctionne dans une zone où
l'organisation sensori-motrice sera utilisée avec l'économie maximale,
où les temps utilisés seront aussi près que possible des limites inférieures
des mécanismes. Sans ces limites de fonctionnement, l'opérateur humain
n'aurait nul besoin de préparation, qu'elle soit temporelle ou spécifique. 478 Claude V ander haeghen
Cette remarque s'applique au concept de l'attention sélective, qui
ne se justifie qu'en raison de la « capacité limitée » de l'opérateur humain.
Cela n'exclut pas que cette puisse être dépassée par
des mécanismes sortant du contrôle attentionnel du sujet et permettant
une préparation qui, pour être spécifique (à une classe de signaux,
par exemple), ne serait pas pour autant sélective, au sens de l'attention
sélective. Si l'on parvenait à mettre en évidence des mécanismes auto
matiques de préparation (par opposition à la préparation que l'on
qualifierait alors de « contrôlée ») ou de détection, l'on se trouverait
vraisemblablement en présence d'opérations qui ne seraient pas coû
teuses en capacité globale de traitement (Posner et Snyder, 1975 ;
Shiffrin et Schneider, 1977 ; Schneider et Shiffrin, 1977).
Nous en sommes restés jusqu'ici à une définition molaire de la
préparation qui pourrait laisser supposer que l'on postule l'existence
d'un mécanisme global, unitaire et pluri-fonctionnel qui prendrait le
stimulus en charge dès la périphérie sensorielle jusqu'à la production
de la réponse pertinente. Une telle approche donnerait peu d'intérêt
aux manipulations expérimentales affectant le TR. Si ce n'est de faire
constater que, sous certaines conditions, celui-ci est plus court ou plus
long.
L'anatomo-physiologie rend une approche molaire peu vraisemb
lable. Des mécanismes différents interviennent selon toute probabilité.
L'organisation spatiale fait distinguer récepteurs sensoriels, voies affé
rentes, voies efîérentes, commande musculaire, et entre ces deux ver
sants, toute une organisation centrale avec des aires sensorielles,
motrices, praxiques, associatives, des relais, des circuits récurrents.
Il doit lui correspondre une organisation temporelle précise où chaque
segment spatial de l'organisation nerveuse fonctionne dans un rapport
temporel précis avec les autres segments nerveux. L'évidence anatomo-
physiologique ne peut servir ici que d'analogie. Elle reste étrangère
à la logique expérimentale dans son application stricte. Mais une telle
analogie est valide et, qu'on le veuille ou non, figure toujours avec
ses variantes dans l'esprit de l'expérimentaliste. A l'organisation spatiale
correspond le concept isomorphe d'une organisation temporelle en
stades de traitement. Une variante précise de cette conception est celle
sur laquelle repose la Méthode de Soustraction (Donders, 1868) et la
Méthode des Facteurs additifs (Sternberg, 1969) qui affine la première
par des hypothèses logiques plus puissantes, et qui occupe une place
privilégiée en psychologie cognitive.
2.2. Le modèle des stades de traitement
On fait l'hypothèse que le de l'information nécessaire
pour associer une réponse à un stimulus peut être décomposé en une
série de stades qui se succèdent sans se superposer. A chaque stade Psychobiologie de l'atlenlion 479
correspondent une ou plusieurs opérations sur la représentation interne
de la stimulation, chacune prenant un certain temps et conduisant à
une décision sur un aspect particulier du signal, chacune enfin ne com
mençant que lorsque la précédente est terminée. La durée du TR
dépend alors, non seulement du temps pris par chaque opération
particulière, mais aussi de l'organisation temporelle des opérations.
La méthode des facteurs additifs développée par Sternberg (1969)
postule qu'un TR est dû à une séquence de processus indépendants
et que la nature de chaque opération à chaque stade est indépendante
de sa durée, et donc des facteurs qui influencent cette durée. C'est aux
durées de ces opérations et aux facteurs les influençant que s'intéresse
la méthode additive. Un stade peut être affecté par un seul facteur ou
par plusieurs. Un facteur peut influencer un ou plusieurs stades. Opéra-
tionnellement, des facteurs influençant le TR sans interaction entre
leurs effets seront dits influencer sélectivement des stades différents.
Lorsque deux ou plusieurs facteurs interagissent dans leurs effets, on
supposera qu'ils influencent un ou plusieurs stades en commun. On
trouvera une discussion approfondie de cette méthode chez Pachella
(1974), Holender (1975) et chez Rouanet, Lépine et Holender (1978)
en ce qui concerne plus particulièrement la validité des inferences
statistiques qui découlent de la méthode.
Je me bornerai à une remarque d'intérêt général. Le modèle des stades
et la méthode des facteurs additifs ne contiennent en eux-mêmes aucune
possibilité de définition des opérations sur la durée desquelles on tente
d'agir (sélectivement). Ce qui fait que l'identification des stades qui peut
être proposée reposera toujours sur une relation intuitive entre la nature
du facteur expérimental influençant le TR et le stade supposé atteint.
Cette intuition sera d'autant plus acceptable qu'elle sera appuyée
par un plus grand nombre d'opérations convergentes, que le facteur
étudié aura été combiné factoriellement à un grand nombre d'autres
facteurs. L'analogie anatomo-physiologique peut accroître la crédibilité
de l'hypothèse d'identification du stade.
On peut choisir de se référer au modèle de traitement en cinq stades
successifs proposé par Theios (1973, 1975).
La séquence des processus de traitement serait la suivante :
51 Processus sensoriels : temps nécessaire au codage de l'information
dans les organes récepteurs sollicités et temps d'afférence centrale ;
52 Identification : reconnaissance du signal, attribution d'un nom ou
d'une catégorie ;
53 Détermination de la réponse : recherche en mémoire de la réponse
associée au signal reconnu au stade précédent ;
54 Programmation de la réponse : en mémoire du code moteur
requis pour exécuter la réponse ;
55 Processus moteurs : temps nécessaire aux efférences vers les effecteurs
et à l'exécution proprement dite de la réponse. 480 Claude Vanderhaeghen
Les stades Sx et S5 peuvent être considérés comme périphériques,
les autres comme centraux. La limite entre les processus classiquement
appelés sensoriels et moteurs se situe les stades S2 et S3.
La portée heuristique du modèle permet de préciser les questions
et problèmes relatifs aux ajustements préparatoires, de suggérer des
paradigmes expérimentaux.
Un grand nombre de travaux menés dans cette voie ont eu pour
objectif principal de localiser dans une telle séquence d'opérations les
sites d'influence des facteurs manipulés, et les stades responsables des
ajustements préparatoires.
2.3. Préparation temporelle et préparation sélective
On entend par préparation temporelle, un ajustement à court
terme par lequel se déploie, au moment d'apparition d'un signal, une
réactivité maximale. On parlera plutôt de préparation sélective lorsque
le sujet s'organise de telle sorte qu'une catégorie particulière de signaux
reçoive les réponses les plus rapides. La sélective doit donc
être maintenue pendant toute la durée de la tâche. Nous renvoyons
pour un exposé systématique aux chapitres II et III de Richard (1980)
déjà cité.
Signalons toutefois l'effort entrepris pour localiser les effets prépa
ratoires, temporel ou sélectif, dans la séquence des stades de traitement
du signal (de Sx à S5). On admet ainsi que la préparation temporelle
produirait un effet résultant de mécanismes opérant au stade moteur S5
de la séquence (Holender et al., 1975 ; Holender, 1975).
Relativement moins simple : le problème de la localisation des effets
de préparation sélective. Il apparaît, entre autres, que des manipulations
(fréquences absolue et relative des signaux ; fréquences absolue et
relative des réponses) dont on supposait qu'elles produiraient, du moins
pour les premières, leur effet à un stade plus ou moins précoce de la
chaîne de traitement (perceptif), influencent aussi (ou spécialement)
des stades bien plus tardifs, proches en fait du versant moteur de l'orga
nisation de la réponse (Requin, 1980).
Posner et ses collaborateurs (Posner et Mitchell, 1967 ; Posner,
Boies, Eichelman et Taylor, 1969) ont imaginé un paradigme qui
permettrait la mise en évidence d'effets de préparation sélective agissant
sur les premiers stades du traitement.
On présente (simultanément ou successivement) des paires de lettres
en demandant une réponse rapide lorsqu'elles sont semblables, une autre
réponse rapide quand elles diffèrent ; les paires présentées visuellement
peuvent correspondre à quatre niveaux d'identité : « AA » : identité
physique ; « Aa » : identité nominale ; « AE » : identité de classe (voyelle
ou consonne par exemple) ou « AB » : identité définie comme nulle.
En faisant varier entre les conditions expérimentales le critère de Psychobiologie de l'attention 481
décision « même-différent » d'un niveau à l'autre, la réponse positive
pourra être requise soit pour le seul stimulus AA, soit pour les stimuli AA
et Aa, soit enfin pour les stimuli AA, Aa et AE. On constate, pour les
stimuli nominalement identiques, une réponse « même » nettement
plus rapide lorsqu'il y a également identité physique des signaux (AA).
Logiquement trivial, ce résultat n'en implique pas moins que le système
de traitement dispose, avant même d'avoir établi le codage acoustique
de la lettre, d'une représentation de la configuration physique des stimuli.
Sur cette base, il lui est possible d'effectuer déjà une comparaison,
sans devoir attendre (si cette comparaison est positive) la transformation
du code visuel en un code acoustique-verbal ultérieur. Ce paradigme
et ce résultat sont typiques des tâches de comparaison de caractères
alphabétiques largement explorées par Posner et ses collaborateurs
(Posner et al, 1969 ; Posner et Keele, 1967 ; Posner et al, 1967). On
peut penser qu'un tel paradigme serait de nature à faire atteindre
les étapes précoces du traitement de l'information, puisque des diff
érences de TR peuvent être interprétées en relation avec le point d'impact
du processus d'identification du signal.
Une modification intéressante du paradigme réside dans la substi
tution d'une présentation successive des lettres de la paire à la présen
tation simultanée. On observe dans ce cas (Posner et Boies, 1971)
une amélioration de la performance qui devient optimale pour un
intervalle inter-lettres de 500 ms. En faisant précéder dans la moitié
des essais une paire de lettres à apparier sur la base de leur identité
nominale, par une lettre de même nom à prononcer, Bélier (1971)
trouve une diminution de TR pour les réponses « même » aux lettres
physiquement et nominalement identiques par rapport aux essais non
précédés d'une telle lettre (également Posner et al, 1975).
Ces résultats pourraient fonder l'hypothèse que le codage d'une
lettre est facilité lorsque la représentation correspondante s'est déjà
trouvée activée en mémoire peu de temps auparavant. La facilitation
produite correspond bien à la définition d'un ajustement préparatoire
spécifique, lequel pourrait concerner les stades Sj et S2.
Elle suggère aussi l'intervention d'un mécanisme opérant moins sous
le contrôle de l'observateur que par l'effet des propriétés structurales
de l'organisation physiologique sollicitée dans ce type de situation.
2.4. Conclusion
1. La problématique que nous avons voulu faire apparaître est
celle de la localisation des effets de préparation spécifique par rapport
à un modèle de référence décomposant le traitement de l'information
en une série de stades indépendants et non superposés. L'examen de la
littérature a fait supposer qu'une classe non négligeable d'effets de
préparation spécifique pouvait être attribuée à des mécanismes situés

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