Psychologie animale. - compte-rendu ; n°1 ; vol.49, pg 445-457

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L'année psychologique - Année 1948 - Volume 49 - Numéro 1 - Pages 445-457
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1948
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II. Psychologie animale.
In: L'année psychologique. 1948 vol. 49. pp. 445-457.
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II. Psychologie animale. In: L'année psychologique. 1948 vol. 49. pp. 445-457.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1948_num_49_1_8380— Psychologie animale. II.
8. —AUTRUM (H.). — Ueber Energie- und Zeitgrenzender Sinne
sempfindungen (Sur les limites énergétiques et temporelles des im
pressions sensibles). — Naturwiss., 1948, 35, 361-369.
Dans cet article, l'auteur rassemble les résultats de ses recherches
sur le sens des Insectes (vision, audition, sens vibratoire) et les
compare aux données acquises par la physiologie sensorielle chez
d'autres animaux, les Vertébrés et en particulier l'Homme. Il
montre d'abord que les intensités liminaires sont du même ordre
de grandeur pour la vision et l'audition ou le sens vibratoire chez
des formes aussi diverses que l'Homme, la Blatte ou la Sauterelle
(10~17 watts). Les limites de la sensibilité des appareils sensoriels
seraient alors données par les conditions quantiques ou moléculaires
de l'énergie; elles s'approcheraient donc aussi près que possible des
limites physiques. D'autres sens, comme l'odorat chez le Bombyx
mori présentent une sensibilité qui est très près également de la
limite des possibilités physiques (le seuil des réactions à l'odeur
de la femelle correspond à la réception de quelques molécules à
peine). Il n'en est pas de même pour l'odorat de l'Homme, ni pour
ses sensibilités cutanées. En somme, les sens supérieurs se carac
térisent généralement par une utilisation aussi bonne que possible
des conditions physiques, tandis que les sens inférieurs restent
loin en-deçà des limites fixées par les quanta ou les molécules.
Pour les limites temporelles des impressions sensorielles, elles ne
dépendent jamais des conditions physiques externes, mais seul
ement des propriétés physiologiques de l'organisme. Les temps les
plus courts que les animaux puissent apprécier semblent en rapport
avec leur mode d'existence; ils sont en général relativement longs.
L'auteur, dans ses recherches récentes sur la vision des Insectes et
•le pouvoir résolutif temporel de leurs yeux, a montré que la rapidité
des processus d'excitation est en rapport inverse avec la sensibilité
des organes. Les Insectes, comme les Mouches, dont le mode de vie
nécessite une grande rapidité de perception, ont une fréquence
critique de fusionnement des images visuelles atteignant 250 par s..
ce qui correspond à des stimuli d'une durée de plusieurs ms. seu
lement. Mais de tels cas sont exceptionnels et sont payés par une
diminution considérable de la sensibilité visuelle. Chez l'Homme,
la limite de temps imposée par la loi de Bunsen-Roscoë est d'environ 446 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
50 ms. Au-dessous de cette durée, les stimuli peuvent encore être
perçus, mais sans que l'on puisse dire si leur intensité apparente
tient à leur durée ou à leur intensité vraie. C'est une preuve, dit
l'auteur, que la Nature, qui s'approche au maximum, dans la
perception des intensités, des limites données par les caractéris
tiques énergétiques des stimuli, est loin d'épuiser toutes ses possi
bilités dans la perception des durées. Article très suggestif sur le
problème biologique général de la sensorialité.
G. V.
9. — AUTRUM (H.). — Ueber das zeitliche Auflösungsvermögen
des Insektesauges (Sur le « pouvoir résolutif temporel » de Vœil
de V Insecte). — Nachr. der Akad. der Wiss. in Göttingen. Kl.,
1948, 8-12. — Zur Analyse des zeitlichen Auflösungsvermö
gens des Insektenauges (Suite de l 'analyse du pouvoir résolutif
temporel de Vœil des Insectes). — Ibid., 13-18.
La limite temporelle au-dessous de laquelle la loi de Bunsen-
Roscoë est valable chez l'Homme est d'environ 50 msec. Avec des
excitations plus brèves, l'œil humain ne peut plus percevoir les
degrés d'intensité des stimuli, car il réagit alors à l'énergie de
l'excitation, c'est-à-dire au produit I X t, et des stimuli d'intensités
différentes sont perçus comme égaux si leurs durées sont inver
sement proportionnelles à leurs intensités.
Chez les Insectes, la limite de valabilité de la loi de Bunsen-Roscoë
est nettement plus basse. L'auteur le montre par l'enregistrement
de potentiels d'action obtenus dans l'œil de la Mouche Calliphora
erythrocephala : les effets on, pour tousles stimuli déplus de 5 msec,
dépendent seulement de l'intensité et non du temps. Par conséquent,
les Mouches, à l'opposé des Vertébrés, sont capables de percevoir
les degrés d'intensité des sources lumineuses même si la durée de
la stimulation descend jusqu'à 5 msec.
Cette grande rapidité des processus physiologiques de la photo
réception chez l'Insecte se traduit d'une autre manière, par l'abai
ssement de la fréquence limite de papillotement : l'observation des
potentiels d'action montre que les éclats de fréquence 100 par sec
peuvent déjà donner lieu à des excitations séparées (ceci pour une
surface rétinienne intéressée très faible : 4 ommatidies). Avec des
surfaces rétiniennes plus grandes, l'Insecte peut discriminer plus
de 280 périodes (alors que la fréquence-limite de papillotement
chez l'Homme est de 40 périodes au maximum).
L'auteur tire de ces faits les conséquences suivantes : si l'Insecte
a une acuité visuelle faible (comparée à celle de l'Homme) dans
le cas où il perçoit des objets immobiles par rapport à lui, cette
imperfection est assez largement compensée par la très grande
rapidité de sa photoréception quand il s'agit de percevoir des
objets mobiles ou quand il vole au-dessus d'objets immobiles. PSYCHOLOGIE ANIMALE 447
Toutes conditions égales d'ailleurs, une Mouche a, dans le même
temps, cinq fois plus de perceptions visuelles qu'un Homme. Pour
la perception d'objets en mouvement relatif, elle a donc la possibilité
de distinguer, dans des objets, des détails que nous serions incapables
de voir à cause du fusionnement des impressions.
L'imperfection spatiale de l'œil de l'Insecte vient même à son
aide pour la perception des objets en mouvement, car plus grande
est l'ouverture du champ ommatidien, plus grand est le temps
d'exposition, dans chaque ommatidie, du stimulus lumineux qui
se déplace. Bref, au pouvoir résolutif spatial de l'œil de l'Insecte,
déjà connu, il faut ajouter un « pouvoir résolutif temporel », et
l'on peut parler d'une véritable « loupe temporelle » (eine Zeitlupe)
qu'utilise l'Insecte pour la perception des objets mobiles.
Les observations des comportements perceptifs des Insectes
semblent bien confirmer ces déductions. Ainsi, L. von Gavel a
montré en 1939 que les Insectes perçoivent des objets en mouvement
au-dessous de la limite de leur pouvoir résolutif spatial. Cette faculté
perceptive dépendrait seulement, pense l'auteur, du pouvoir réso
lutif temporel et de la sensibilité différentielle des ommatidies pour
des stimuli très brefs.
L'auteur rapporte à ces propriétés physiologiques de l'œil de
l'Insecte quelques-unes de ses morphologiques spéciales.
En particulier la différence, parfois considérable, d'ouverture des
champs ommatidiens dans les diverses régions de l'œil de beaucoup
d'Insectes prédateurs et bons voiliers. Les ommatidies sont, dit-il,
de grande taille, dans la partie antérieure de l'œil chez ces Insectes,
ainsi que dans la région ventrale (l'animal surveillant le sol en avant
et au-dessous de lui quand il vole). Cette conclusion paraît moins
sûre : beaucoup d'Insectes prédateurs et excellents voiliers, comme
les Libellules, ont des yeux composés formés de deux parties très
distinctes, la partie supérieure avec de grosses ommatidies, la
partie inférieure avec de fines ommatidies. On serait plutôt porté
à penser que les Libellules se servent, quand elles volent, surtout
de la partie supérieure de leurs yeux, et de la partie inférieure
quand elles sont posées.
Dans de nouvelles recherches, l'auteur montre que tous les
Insectes n'ont pas un pouvoir résolutif temporel comparable à
celui des Mouches (Calliphora) précédemment étudiées. Par exemple,
les processus de la vision sont particulièrement lents chez la Sauter
elle Tachycines, qui peut servir de type d'Insectes à faible pouvoir
résolutif temporel. Les potentiels d'action ont des aspects très
différents chez les deux Insectes : pour Calliphora, on obtient une
grande oscillation positive au début de l'éclairement (effet on), qui
disparaît très vite; à la cessation du stimulus (effet off), grande
oscillation négative, très brève également. Pour Tachycines, on
obtient au début de l'excitation un potentiel positif qui monte pro- 448 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
gressivement jusqu'à un maximum en plateau, lequel dure pendant
toute l'excitation; après celle-ci, évanouissement graduel du potent
iel positif pendant plusieurs secondes, sans effet off négatif. Si la
-durée de l'excitation est courte (20 msec, par exemple), les effets on
et off se succèdent rapidement dans l'œil de la Mouche; au con
traire, dans l'œil de Tachycines le potentiel positif dure longtemps
après l'excitation. Cela étant, les fréquences de fusionnement dif
fèrent considérablement pour les deux yeux : 156 par sec chez Cal-
liphora, 45 chez Tachycines dans les mêmes conditions. L'étude des
courants d'action en lumière intermittente donne des résultats
analogues : chez la Mouche, les enregistrements sont en dents de
scie, avec de fortes composantes positives et négatives; chez Tachyc
ines, il n'y a qu'un potentiel positif continu, avec des dentelures.
Pour expliquer la faible « inertie » de l'œil de la Mouche, l'auteur
iait appel à une hypothèse fondée d'une part sur les travaux clas
siques de Pflüger (1859) concernant les effets antagonistes des
potentiels électriques de signes contraires et les recherches récentes
de Granit et Riddell (1934) d'après lesquelles on doit distinguer
des « rétines à inhibition » et des « rétines à excitation» : pour les
premières, le potentiel d'action total dû à l'éclairement est la résul
tante de deux composantes, dont l'une est liée à l'excitation, l'autre
à l'inhibition de l'excitation; pour les secondes, la composante
inhibitrice est très faible et la résultante a l'allure de la courbe
d'excitation. L'œil de la Mouche serait à classer dans les « yeux à
inhibition », car l'excitation y est rapidement annulée par un
processus inhibiteur; d'où sa faible « inertie », sa possibilité de
suivre les variations rapides de l'excitation. Par contre, l'œil de
Tachycines appartient aux « yeux à excitation », sans effet inhibiteur
final. L'œil de la Mouche est l'appareil d'un Insecte qui vole bien
et qui a besoin de percevoir des objets en mouvement relatif; l'œil
de Tachycines est l'appareii d'un Insecte qai ne vole pas et qui vit
dans des coins sombres, donc pour qui la perception visuelle des
mouvements est de peu ^'importance.
Mais la rapidité de l'œil de la Mouche est acquise aux dépens
de sa sensibilité (seuil: 7. 10~~3 b./cm2) et l'œil de Tachycines est
beaucoup plus sensible (5. 10~5), 140 fois environ. De même la
marge d'adaptation de la Mouche est faible à côté de cede de Tachyc
ines. Bref, il semble qu'il y ait, chez les Insectes, deux types d'yeux
distincts par les caractéristiques de l'excitation : yeux « rapides »,
à pouvoir résolutif temporel très élevé, à sensibilité relativement
faible et à faible marge d'adaptation; yeux «lents», à pouvoir
résolutif temporel peu développé, à grande sensibilité, à grande
marge et grande rapidité d'adaptation. Ces deux types seraient
des extrêmes, en rapport avec le mode de vie des animaux, et entre
ces extrêmes se trouveraient de nombreux intermédiaires.
G. V. PSYCHOLOGIE ANIMALE 449
10. — AUTRUM (H.), SCHNEIDER (W.). — Vergleichende
Untersuchungen Über den 'Erschütterungssinn der Insekten
(Recherches comparatives sur le sens vibratoire des Insectes). —
Zeits. f. vergl. Physiol., 1948, 31, 77-88.
La perception des vibrations de très faible amplitude chez certains
Insectes (Blattes, Locustides) est due à l'organe tibial subgenual
ou organe scolopidial (Autrum, 1941-1942). Ces organes sont surtout
développés chez les Orthoptères, mais on les trouve aussi, avec des
formes différentes, chez les Lépidoptères et les Hyménoptères. Ils
sont très peu développés chez les Hémiptères et manquent tota
lement chez les Coléoptères et les Diptères. Dans ce travail, les
auteurs se sont proposés d'étudier les caractéristiques acoustiques de
ces organes chez les divers Insectes qui les présentent, en employant
la méthode mise au point par Autrum (1941) : oscillations produites
par un haut-parleur, réactions enregistrées sous forme de courants
d'action des nerfs des pattes. Les seuils ont été étudiés pour les
fréquences comprises entre 50 et 10.000 hz et les amplitudes au
seuil mesurées en mpu
Résultats : pour les Orthoptères (groupe 1 a), le seuil est au
minimum dans les fréquences comprises entre 1.000 et 3.000 hz
(0,004 m[Z pour Periplaneta et 0,93 pour les Acridiens); le champ
vibratoire perçu s'étend de 100 à 10.000 hz. Pour les Hyménoptères
(groupe 1 b), le seuil est au minimum entre 1.000 et 2.500 hz (ampli
tudes allant de 13 mjx pour la patte postérieure de l'Abeille à 270
pour sa patte antérieure); étendue du champ : EO-3.000 hz. Pour
les Hémiptères -, les Diptères et les Coléoptères (groupe 2), le seuil
minimum est à 400 hz chez Rhodnius (1.300 mjj,), à 3.00 hz pour
Carabus (5.700 ni[x), à 200 hz pour Eristalis (6.590 m^x); le champ
total perçu par ces formes ne s'étend pas au-delà de 400 hz.
Il y a donc à considérer deux groupes à caractéristiques assez
voisines (1 a et 1 6), ayant une grande sensibilité vibratoire, pour
laquelle les fréquences optimales sont relativement élevées, et un
groupe très différent (groupe 2), à sensibilité vibratoire beaucoup
plus faible, avec des fréquences optimales beaucoup plus basses.
Les auteurs calculent ensuite, pour les fréquences étudiées et les
amplitudes liminaires trouvées l'accélération que donnent à un
objet reposant sur un substrat qui vibre, les oscillations de ce
substrat (car le tibia des Insectes repose sur le sol et ce dernier
lui transmet ses vibrations). Ils montrent que ces accélérations
liminaires sont, pour une espèce donnée, à peu près les mêmes
quelles que soient les fréquences (avec toutefois une variation
relativement importante dans la région des fréquences optimales
pour les animaux du groupe 1 a). Les valeurs de l'accélération
liminaire dépendent évidemment de la sensibilité des animaux aux
vibrations. Les auteurs l'évaluent en fonction de g (accélération
de la pesanteur, qui est de sens opposé à l'accélération due aux
l'année psychologique, xlix 29 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 450
vibrations du sol). Cette dernière a pour valeur maximale g (au-delà,
les pattes quitteraient le sol et les vibrations ne seraient plus trans
mises). Les accélérations liminaires sont alors comprises entre
3 X 10~~3 g et ÎO""1 g pour le groupe 1 a, entre 0,3 g et g pour le
groupe 1 b, et sont très voisines de g pour le groupe 2 (fréquences
allant de 100 à 200 hz). Comme ces animaux du groupe 2 n'ont
pas d'organes scolopidiaux, les auteurs envisagent diverses hypot
hèses pour expliquer leur sensibilité vibratoire et ses propriétés.
Quant aux animaux des groupes 1 a et 1 b, leur plus ou moins
grande sensibilité aux vibrations du sol doit être rapportée à la
forme de leurs organes scolopidiaux : les Orthoptères ont de grands
organes scolopidiaux en forme de voilé triangulaire tendue, les
Lépidoptères ont des organes en forme de bouchon d'ouate, les
Hyménoptères ont un organe subgenual conique assez compact.
Le nombre des cellules sensorielles ou scolopidies joue un rôle insi
gnifiant.
Les auteurs expliquent ensuite l'extension au-delà de 400 hz
du champ vibratoire perçu par les groupes 1 a et 1 b au moyen
de l'hypothèse d'une transformation de l'excitation : les oscillations
périodiques seraient a redressées » par l'influence de tourbillons
produits dans le canal sanguin du tibia par les vibrations venant
du sol (la surface de l'organe subgenual étant en contact avec le
canal sanguin). Si cette transformation de l'excitation n'avait pas
lieu, les stimuli périodiques pourraient tomber dans la période
réfractaire qui suit l'excitation des éléments sensoriels, dans les
cas où les fréquences des vibrations excèdent 400 hz.
G. V.
11. — Von FRISCH (K.). — Die Tänze der Biene (Les danses
des Abeilles). — Österreich. Zool. Zeit., 1946, 1-48, B 1. —
Gelöste und ungelöste Rätsel der Bienensprache (Énigmes réso
lues et non résolues au sujet du langage des Abeilles). — Natur-
wiss., 1948, H. 1, 11-23; 2, 38-43. — Die polarisation der Him-
melslichtes als orientierender (La de la lumière
solaire comme facteur d'orientation des danses des Abeilles). —
Experientia, 1949, 5, 142-148. — THORPE (W. H.). — Orien
tation and methods of communication of the honey bee and
its sensibility to the polarization of the light (L'orientation et
les méthodes de communication de V Abeille et sa sensibilité à la
polarisation de la lumière). — Nature, 1949, 11, 164.
On sait que les travaux de von Frisch sur les danses des abeilles
ont prouvé qu'elles étaient à la base des indications sur la distance,
la nature et l'orientation d'une source de nourriture intéressante
à prospecter. Rappelons que d'après les derniers travaux de cet
auteur, dont les conclusions diffèrent légèrement de celles des pre
miers, la danse circulaire signale la proximité d'une source de A.NÏMAXE 451
nourriture, et la danse frétillante en S, la présence de miel ou de
sucre aune distance qui excède une «cinquantaine de mètres. L' Abeille
transpose dans la danse Tangle qu'au cours de son vol
elle suit par rapport an soleil pour découvrir le miel, «et le transpose
d'après la direction verticale de la pesanteur ■: si la nourriture se
trouve entre la ruche et le soleil, le 8 est couché et sa partie droite
est verticale, la tête de l'abeille, lorsqu'elle décrit cette partie, étant
dirigée vers le haut. Si la nourriture se trouve à gauche de la ruche ,
la direction faisant avec le soleil u» angle de 30°, la partie droite
feit un angle de 30° la direction de la pesanteur, etc. La pré
cision de l'indication parait augmenter «wec ïa distance de la source. .
On la teste en plaçant quatre coupelles de miel aux quatre points
cardinaux autour de la ruche et en amorçant les butineuses k
l'une d'elles seulement; en disposant le miel «on plus aux quatre
points cardinaux, mais assez près les unes des autres, on peut
constater que les abeilles ne s'écartent guère plus d'une trentaine
de degrés au maximum de la coupelle où elles ont été amorcées;
leur sens de la direction, est donc précis.
Le guidage est également possible par temps couvert, ce que
von Frisch explique par une perception des radiations calorifiques
du soleil, peu ou pas arrêtées par les nuages.
Des ruches et des coupelles de miel ont été placées aussi de part
et d'autre d'une croupe montagneuse et boisée, et on a remarqué
que dans certains cas les abeilles la contournent an lieu de la sur
voler : mais, phénomène très curieux, l'exploratrice signalait la
direction à vol d'oiseau, et non pas la direction effectivement
suivie, avec le coude du trajet. Von Frisch a tenté d'éclairer ce
phénomène, sans y parvenir jusqu'ici; en tont cas, quand l'abeille
fait un détour, elle signale la distance réellement suivie, et non
pas la distance à vol d'oiseau.
Von Frisch a Temarquê enfin que sut une ruche d* observation
dont le rayon unique est disposé horizontalement, la butineuse
exploratrice exécute une danse en 8 dont la partie médiane désigne
exactement, comme l'aiguille d'une boussole, la direction qui doit
être prise pour trouver ïa nourriture. Ce phénomène a été étudié
avec un soin tout particulier. Lorsque la ruche d'observation
(évidemment vitrée) est dépourvue de son couvercle, la plupart
des butineuses s'orientent correctement et ne prospectent que ïa
source indiquée par l'exploratrice; mais si l'on place au-dessus de
la glace un écran opaque, les butineuses cherchent n'importe où :
la danse doit donc être désorientée, et l'on vérifie cette désorien-
tation en observant en lumière rouge à laquelle les abeilles sont
insensibles. La désorientation n'est pas observée quand les danses
s'effectuent sur les rayons verticaux, la ruche se trouvant dans sa
position normale. Ceci est à rapprocher du fait que l'on observe
souvent des danses sur la planche de vol, mais seulement somme ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 452
toute, en plein jour. Si la ruche horizontale est placée dans une
chambre noire, la butineuse oriente sa danse d'après une source
de lumière artificielle, et ce faisant, elle égare complètement év
idemment les ouvrières qui vont après elle prospecter à l'extérieur.
Lorsque la chambre ne possède qu'une ouverture vers l'ouest, le
soleil se trouvant par exemple vers l'est, on constate cependant que
l'orientation des danses est parfaitement correcte, il suffit pour
cela qu'on laisse apercevoir à la butineuse une zone étroite de
ciel bleu sous-tendant un angle d'environ dix grades. Mais il
faut que le ciel soit bleu : la position du soleil doit donc pouvoir
être reconnue d'après l'aspect du ciel bleu; d'ailleurs, quand le ciel
est couvert, l'ordre de grandeur des erreurs sur la ruche hori
zontale est du même ordre que lorsque ces ruches sont recou
vertes d'un voile opaque. Or, la lumière du ciel bleu est en partie
polarisée; pour une zone déterminée du ciel, la polarisation varie
suivant une certaine loi avec la distance de cette zone par rapport
au soleil; dans un périmètre important autour du soleil et autour du
point de la voûte céleste qui est opposé au soleil, la lumière diffractée
par le ciel bleu n'est que peu ou pas polarisée; ensuite, l'inclinaison
du plan de vibration de la lumière polarisée est en rapport direct
pour une zone donnée du ciel, avec la place où se trouve le soleil
à ce moment; à l'aide d'un instrument approprié, que von Frisch
fit construire aux laboratoires d.e physique de l'Université de Graz,
l'observateur peut déterminer la place du soleil sur la voûte céleste
en observant le ciel bleu; certains sujets, grâce à une sensibilité
particulière au phénomène intraoptique dit du « buisson de Hai-
dinger » peuvent le faire sans instrument. Or, les abeilles le peuvent
aussi : en effet, si on applique sur la ruche horizontale un polaroïde,
il s'ensuit des erreurs dans la danse qui dépendent de la rotation du
polaroïde. Et si on laisse apercevoir aux abeilles au cours de la danse,
des zones de ciel bleu variables, la danse est perturbée. Une pareille
sensibilité à la lumière polarisée doit se rencontrer chez les fourmis,
qui d'après Santschi peuvent se guider d'après le soleil, mais tout
aussi bien quand on leur en dérobe la vue par un écran cylindrique,
qui ne leur laisse apercevoir que le ciel bleu.
La sensibilité à la lumière, polarisée explique certaines erreurs
systématiques qu'avait observées von Frisch au cours de ses expé
riences précédentes avec les ruches vitrées verticales : quand l'obser-
vateur découvrait la ruche pour noter le comportement des ouvrières,
celles-ci apercevaient un coin de ciel bleu, et cela interférait dans
leur danse avec la direction de la pesanteur d'après laquelle elles
s'orientent normalement sur un cadre vertical. Les observations
ultérieures furent faites en lumière rouge, qui n'est pas perçue
par l'abeille, et les erreurs systématiques d'orientation disparurent.
Toutes ces observations de von Frisch sont extraordinaires et lui-
même en convient (dieser Behauptung klingt unwahrscheinlich, PSYCHOLOGIE ANIMALE 453
dit-il). Malgré l'immense renommée de ce grand homme et le soin
sans pareil avec lequel il conduit ses expériences (on a parlé du
« génie expérimental » de von Frisch), beaucoup de zoologistes se
montrèrent d'abord sceptiques. Thorpe raconte qu'un de ses col
lègues opposait des « dénégations passionnées » dès qu'on lui par
lait du savant allemand. Thorpe eut l'occasion d'aller en septembre
1949 à Brunnwinkl, près de von Frisch et de répéter les expériences
les plus importantes, avec le même résultat que von Frisch; il se
déclare donc pleinement convaincu. Tout récemment des chercheurs
américains ont également eu l'occasion de recommencer ces expér
iences, avec le même résultat. Thorpe a eu le mérite de discerner
l'étrange, et jusque-là insoluble, problème d'apprentissage que posent
les danses : la vie de l'ouvrière est si courte que l'on ne voit pas com
ment elle pourrait apprendre en si peu de temps un comportement
aussi compliqué; et d'autre part si une interprétation correcte de la
danse est récompensée par la trouvaille du miel, on ne voit pas com
ment une exécution correcte de cette même danse pourrait être récom
pensée. Les danses seraient-elles donc innées et non acquises? Mais
on ne peut guère imaginer un pareil mécanisme monté de toute
pièce; il serait souhaitable d'avoir une bonne étude de la génétique
des danses, si j'ose m' exprimer ainsi : comment la très jeune buti
neuse interprète-t-elle et exécute-t-elle ces curieux exercices?
L'abeille, domestiquée par l'Homme depuis des millénaires lui est
encore, on le voit, bien étrangère.
R. Chau.
12. — SCHWARTZKOPFF (J.). — Der Vibrationssinn der Vögel
(Le sens vibratoire des Oiseaux). — Naturwiss., 1948, 35.
Chez les Poissons, les Amphibiens et les Mammifères, le sens vibra
toire, répandu sur toute la surface du, corps, perçoit surtout les
oscillations mécaniques de basse fréquence (200 hz). Pour les Oiseaux,
on sait seulement qu'ils réagissent, même privés de labyrinthe, à
des vibrations aériennes intenses jusqu'à 1.000 hz. Les expériences
de l'auteur ont été entreprises pour préciser ces notions; elles ont
porté principalement sur des Bouvreuils (Pyrrhula p. minor Brehm).
L'auteur leur a enlevé la cochlée et la la gêna (organes auditifs) en
ménageant soigneusement les autres parties du labyrinthe et de
l'oreille moyenne. Ces oiseaux opérés ne se distinguaient, au bout
de quelques semaines, ni par leur mouvements ni par leurs chants
de leurs congénères normaux. Mais, leur audition étant complète
ment abolie, ils ne répondaient pas à l'appel de leurs semblables. Les
dressages au son, obtenus avant l'opération, ne se manifestaient
plus après. Cependant, ils étaient sensibles à des sons très intenses
(pressions de plus de 1 (A bar) allant de 200 à 800 hz, avec un opt
imum à 400 hz. Il a été particulièrement facile de les dresser à des
vibrations communiquées à leur perchoir par un haut-parleur (trans-

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