Psychologie animale. - compte-rendu ; n°1 ; vol.55, pg 221-246

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L'année psychologique - Année 1955 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 221-246
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1955
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Henri Piéron
G. Viaud
IV. Psychologie animale.
In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 221-246.
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Piéron Henri, Viaud G. IV. Psychologie animale. In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 221-246.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1955_num_55_1_8782— Psychologie animale IV.
Généralités sur la Psychologie animale :
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HAYES (J. S.). — A basis for the quantitative study of the struc
ture Of behaviour (Base d'une étude de la structure du
comportement). — Behaviour, 1954, 6, 153-205.
Dans une conférence donnée à Cambridge, von Holst présente syn-
thétiquement les résultats de ses recherches sur les phénomènes de
« réafférence », qu'il a étudiés avec son disciple Mittelstaedt. Appelant
« afférence » l'ensemble des influx provenant des récepteurs, « efférence »
l'ensemble des influx moteurs, il distingue des afférences provenant
de deux sources différentes : les stimuli produits par les facteurs externes,
les stimuli produits par l'activité musculaire ; dans le premier cas, il
s'agit d'une « exafïérence », dans le second, d'une « réafférence ». Ces
distinctions, dit-il, ne sont pas celles que fit Sherrington entre exté-
roception et proprioception, car le même récepteur peut servir à la
réafférence et à l'exafférence. Ainsi, quand je meus ma tête, il y a une labyrinthique ; quand je suis dans un bateau qui se déplace,
il y a une exafférence labyrinthique. Or le système nerveux central a
la possibilité de distinguer la réafférence de l'exafférence, et cette
faculté est indispensable à tout organisme puisqu'il doit percevoir
correctement les rapports entre son corps et l'environnement, c'est-à-
dire savoir s'il se meut ou au contraire si c'est le milieu qui se meut.
Dans le domaine de la perception humaine, il est facile de mettre en
évidence des faits de cet ordre : quand je tourne mon œil vers la droite,
par exemple, l'espace environnant me paraît immobile, car « je sais » ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 222
que le déplacement des images visuelles sur ma rétine est causé par moi ;
mais si on fait tourner mécaniquement mon œil vers la droite, j'ai l'im
pression que les objets se meuvent vers la gauche. Ou encore, selon une
expérience de Kornmüller (1931), tout mouvement d'yeux commandé,
mais non accompli (par suite d'une paralysie momentanée des muscles
oculomoteurs), a pour résultat perceptif un mouvement apparent des
objets dans le sens du mouvement commandé. Pour von Holst, toute
efférence s'accompagne dans les centres moteurs inférieurs d'une « copie
d'efîérence » (efference-copy) ou scheme du mouvement commandé,
et tout mouvement réalisé donne lieu à une « réafîérence ». Quand la
copie d'efîérence et la réafîérence se neutralisent réciproquement, la
perception est celle d'un milieu immobile au centre duquel le sujet se
meut ; quand la réafférence manque, la copie différence donne l'ill
usion d'un mouvement du milieu (expérience de Kornmüller) ; de même
quand la copie d'efîérence est absente (cas du mouvement passif de
l'œil). Chez les animaux, les expériences montrent qi'il en est comme chez
l'Homme. Ainsi, les réactions optomotrices de l'Éristale à un tambour
tournant portant des raies verticales blanches et noires indiquent que
l'Insecte poursuit des yeux un milieu qui se déplace ; si au contraire,
l'Éristale pivote dans le tambour immobile, aucune réaction optomo-
trice tendant à conserver la fixation des mêmes raies ne se produit ;
si on retourne la tête de l'Éristale de 180° autour de son axe longitudinal
(expérience de Mittelstaedt), l'animal pivote en sens inverse du mouve
ment du cylindre par suite d'une inversion de la réafîérence, etc. L'au
teur pense que la réafîérence n'est qu'un des nombreux mécanismes ner
veux centraux qui contrôlent la perception et donnent à l'animal, dans
les conditions normales, le pouvoir d'agir correctement dans son milieu.
Pour Kennedy, l'éthologie « objectiviste » moderne (Lorenz, Tinber-
gen, Baerends, etc.), est loin d'être aussi objective qu'elle le prétend.
Le dualisme si fortement affirmé par Lorenz de F « énergie endogène »
qui s'accumule avant l'acte instinctif, et de F « acte consommatoire »
ou mise en jeu de mécanismes moteurs spécifiques, en est une preuve.
Car cette distinction est essentiellement subjective, dit Kennedy, et la
physiologie ne nous montre pas d'opposition aussi tranchée entre les
activités endogènes et les mécanismes à déclenchement exogène. Et,
d'une manière bien curieuse, l'auteur rapproche le dualisme signalé
des conceptions freudiennes de YId et de l'Ego : « Lorenz et Freud
ensemble font une distinction de principe entre la machine nerveuse
et son moteur, entre l'action réflexe et l'énergie de l'action. » Tolman,
avec son « purposive behaviour », avait émis des idées analogues. Tout
cela, dit l'auteur, est du « subjectivisme » et du « vitalisme », et nous voilà
bien loin des notions expérimentales de Pavlov. Il n'est certes pas mauv
ais que l'on rappelle de temps à autre que la psychologie de Lorenz
n'est pas encore une explication physiologique des comportements
instinctifs, tant s'en faut. Mais, du moins, elle est objective dans la
mesure où elle fournit une description correcte de ces PSYCHOLOGIE ANIMALE 223
et, à ce titre, elle constitue un travail d'approche dont la psychophys
iologie peut se féliciter. Peu importe, en somme, l'origine de la notion
d'un certain ordre de facteurs, pourvu que l'analyse objective des
comportements montre la {nécessité de l'admettre. Pouvons-nous nous
passer de la notion de « motivation », d'origine si évidemment intros
pective pourtant ?
Le travail de Bastock, Morris et Moynihan consiste principalement à
distinguer, de manière parfois bien subtile, un certain nombre de com
portements voisins de ceux qui ont été étudiés par Lorenz sous le nom
d'activités de remplacement et d'activités vides. Les auteurs trouvent
insuffisantes les rubriques de Lorenz et ils proposent, en plus des acti
vités de remplacement (« activité appartenant au pattern moteur d'un
instinct autre que celui de l'instinct activé, qui peut être réalisée par un
animal chez lequel deux ou plusieurs tendances incompatibles empêchent
mutuellement leur réalisation ») et des activités vides (« qui apparaissent
quand l'animal a une tendance fortement activée et que les stimuli
déclencheurs indispensables pour l'exécution du scheme moteur de la
tendance sont inadéquats »), la notion d'activités de redirection (redi
rection activities) : c'est un type de comportement qui se présente
lorsque deux ou plusieurs tendances entrant en conflit sont déclenchées
simultanément par le même stimulus complexe ou, lorsqu'une tendance
est à la fois activée et contrariée ; l'activité se dirige alors vers des
« objets de remplacement ». Ainsi, un Goëland à tète noire, installé
paisiblement dans son territoire, attaque une femelle de son espèce qui
vient lui rendre visite, bien qu'il soit en même temps tenté de s'accoupler
avec elle. Ce conflit de tendances se résout en une attaque contre
d'autres animaux : Goélands, Canards, Vanneaux, Huîtriers, et même
des observateurs humains. Quant aux névroses (terme assez ambigu,
selon les auteurs), elles apparaissent, semble-t-il, quand les activités
de remplacement sont insuffisantes pour réduire l'excitation.
Nous ne citerons que pour mémoire les articles de Rüssel, Hayes et
leurs collaborateurs. Les notions psychanalytiques y sont couramment
employées, concurremment avec des notions physiologiques récentes,
comme le principe de réafférence de von Holst dont nous parlons plus
haut. Qu'en résulte-t-il ? Une nomenclature assez compliquée de
réactions instinctives et des hypothèses dont nous ne pouvons dire
si elles sont susceptibles de contribuer à analyser les instincts ou d'en
obscurcir les problèmes.
G. V.
Phototropisme. Orientation photique :
HARRIS (J. E.). — Physical factors involved in the vertical migration
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PAPI (F.), PARDI (L.). — Ricerche, etc. IL Suifattori ehe regolano
la varia zione delPangolo di orientamento nel corso del giorno. L'orien
tamento di notte. L'orientamento diurno di altre popolazion
(Recherches, etc. II. Sur les facteurs qui règlent la variation de V angle
d'orientation au cours de la journée. L'orientation de nuit. L'orien
tation diurne d'autres populations). — Z. vergl. Physiol., 1953, 35,
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« Geotrupes Silvaticus » (Transpositions photo géoménotactiques chez
le Bousier G. s.). — Rev. suisse Zool., 1953, 60, 535-540. —
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tierung der Maikäfer (« Melolontha vulgaris F. » und « M. hippocas-
tani F. ») sowie über die Enstehung von Schwärmbahnen und
Befallskonzentrationen (Recherches sur l'orientation photique des
Hannetons (M. v. et M. h.) et sur la formation d'essaims et de concen
trations d'individus s' abattant au même point). — Bull. Soc. entomol.
suisse, 1952, 25, 269-340.
Pour Harris, les migrations verticales du plankton sont essentiell
ement la conséquence de réactions à la lumière. Ses recherches expé
rimentales ont porté sur les Daphnies, dont les réponses sont consti
tuées, dit-il, par une photocinèse positive combinée avec une géotaxie
« négative » qui se manifeste aux basses intensités lumineuses (lumière
venant d'en haut). Pour une valeur critique de l'intensité lumineuse,
un réflexe de pivotement arrête brusquement l'ascension verticale.
Il s'ensuit que les animaux planktoniques fréquentent au maximum
une certaine zone caractérisée par une intensité lumineuse modérée,
que l'auteur appelle « zone euphotique ». Les Daphnies voyagent vert
icalement entre une zone d'éclairement trop faible et une zone d'éclair
ement trop fort. Ces réactions ont un caractère régulateur. Tout ceci n'est
pas très neuf.
Baylor et Smith rappellent les découvertes de von Frisch (1948) et
de Waterman (1950) sur la vision de la lumière polarisée chez l'Abeille
et le Limule. Ils ont essayé de retrouver des faits analogues d'autres
Arthropodes. De fait, les 12 espèces de Cladocères qu'ils ont examinées
(Daphnies, Cériodaphnies, Simocéphales, etc.), se comportent diff
éremment suivant qu'elles sont éclairées par de la lumière non polarisée
ou de la lumière polarisée. Éclairées par un faisceau de lumière ordinaire,
les Cladocères présentent, comme on sait, du phototropisme polypha- PSYCHOLOGIE ANIMALE 225
sique, allant et venant dans la direction des rayons. En lumière polar
isée, ils nagent dans des directions qui sont à angle droit avec le plan
de polarisation. Si le faisceau de lumière est vertical, venant d'en haut,
les Cladocères nagent dans un plan perpendiculaire au plan de polari
sation. Si on fait tourner ce dernier de 90°, la population répond rap
idement en changeant sa course de 90°. Dans un faisceau polarisé hori
zontal, dont le plan de polarisation est horizontal, les animaux nagent
vers le haut. Si le plan de est vertical, ils maintiennent leur
orientation à 90° du plan en nageant sur l'un ou l'autre des côtés de
leur corps. Cette nage est très irrégulière. L'examen de l'œil de Daphnia
magna avec un microscope polarisant n'a pas permis de savoir quel est
l'analyseur de la lumière polarisée.
Pardi et Papi ont retrouvé chez les Talitres, ou Poux de mer, cette
faculté de s'orienter sur le soleil, en tenant compte de l'heure, que
G. Kramer avait découverte chez les Oiseaux et K. von Frisch chez les
Abeilles. De plus ils ont mis aussi en évidence chez les Talitres la possi
bilité de s'orienter sur la lumière polarisée du ciel. Les Talitres, capturés
sur le rivage (par exemple, au bord de la mer Tyrrhénienne), transportés
à l'intérieur des terres et relâchés, regagnent la côte par la voie la plus
courte, c'est-à-dire en prenant une direction perpendiculaire au rivage.
Les expériences minutieuses des auteurs démontrent que c'est l'orien
tation photique qui est en jeu : l'humidité, la déclivité, etc., ne jouent
aucun rôle. Seule, la direction du vent, dans certains cas, peut orienter
les animaux (à défaut de la lumière). Pardi et Papi ont procédé comme
Kramer, en déroutant les animaux avec un miroir (soleil masqué par
un écran) ou avec une lampe à arc : les Talitres s'orientent d'après
ces lumières comme d'après le soleil. L'orientation par rapport au
soleil varie suivant l'heure du jour et même suivant la saison ; les auteurs
pensent que les Talitres ont une sorte de « sens du temps » à mécanisme
interne. L'interposition d'un polaroïde entre le ciel bleu et les animaux
permet aussi de les désorienter (technique de von Frisch) et donc de
prouver qu'ils s'orientent, quand le soleil est caché par les nuages, d'après
le plan de polarisation de la lumière du ciel. Si le ciel est totalement
couvert, il n'y a plus d'orientation, sauf vers les parties les plus claires
du ciel (phototropisme banal ?). Les Talitres s'orientent la nuit sur la
lune, et on observe des variations de l'orientation suivant la position
de la lune dans le ciel comme on en observe suivant la position du soleil
pendant la journée. Chaque population de Talitres, habitant une cer
taine partie du rivage, s'oriente sur le soleil ou la lune de manière à
aller en ligne droite au rivage ; sa direction dépend donc de l'orientation
géographique de la côte. Il est remarquable de constater que ces réac
tions d'orientation sont identiques et synchrones chez tous les individus
d'une même population.
Bauers revient sur la question, souvent débattue, de l'influence
de gradients d'intensité lumineuse dans la phototaxie et de la recherche
d'une « région optimale d'éclairement ». Il existe, comme on sait, des
A. PSYCHÜL. 05 15 226 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
animaux lucicoles et des animaux lucifuges. L'auteur étudie leurs com
portements à l'aide de champs lumineux de lumière non directrice, à
gradients. Il trouve, par exemple, que Geotrupes silvaticus (lucifuge)
fréquente de préférence les régions d'éclairement faible (3 à 30 lux) et
réagit à la lumière de « manière indifférente » dans ces régions. Des
animaux lucicoles tels qu'Aranea diadema n'évitent que des éclaire-
ments très forts, 1.000 à 2.000 lux. Tous ces faits ne sont pas nouveaux,
au contraire. Mais où l'auteur nous paraît s'écarter de la vérité, c'est
quand il conclut que « ce qu'on appelle au laboratoire phototaxie ne
consiste qu'en réactions positives ou négatives déclenchées par des
intensités ne convenant pas à l'animal ». Que n'a-t-il opéré avec des
champs de lumière directrice sans gradients d'intensité !
Birukow a constaté chez le Bousier Geotrupes silvaticus l'existence
de transpositions photogéoménotactiques analogues à celles observées
par von Frisch dans la danse frétillante des Abeilles sur rayon ver
tical. On sait que celles-ci transposent leur orientation par rapport
à. la direction du soleil en une orientation relative à un axe vertical
déterminé par la pesanteur et dirigé en sens inverse de l'attraction
terrestre. Dans les expériences de Birukow, le Géotrupe placé sur une
feuille de papier de verre horizontale, s'oriente d'abord ménotactique-
ment sur une lampe d'expérience située à une certaine distance. Puis,
si on éteint cette lampe, si on met la feuille de papier de verre dans un
plan vertical et si on l'éclairé en lumière diffuse, on voit le Bousier, qui
d'ordinaire est géotactique « négatif », se diriger vers le haut de manière à
ce que son orientation par rapport à la pesanteur soit la même que celle
qu'il avait adoptée par à la direction de la lampe. Expérience
très intéressante, qui montre l'étendue des phénomènes découverts
par von Frisch et qui laisse entrevoir la possibilité de leur analyse expé
rimentale précise.
Avec les recherches de Schneider, nous sortons du domaine du photo
tropisme proprement dit pour entrer dans celui de l'orientation optique
par rapport à des objets. Les Hannetons vulgaires, sortant de terre
au printemps, sont encore immobiles à la lumière du jour. Ils deviennent
actifs au crépuscule, explorent l'environnement en volant en rond et
choisissent une silhouette d'objet comme but primaire de vol. En règle
générale, ils volent vers la silhouette horizontale dont la hauteur appa
rente est la plus grande. L'auteur appelle ce comportement hypsotaxie.
Cette orientation peut atteindre une grande précision. Cependant elle
présente des variations : ainsi, quand la silhouette la plus élevée est
étroite, c'est une silhouette de moyenne hauteur, mais large, qui
est déterminante. Ces silhouettes peuvent être d'ailleurs aussi bien
celle d'un monticule que celle d'un bosquet, etc. Le but primaire du vol
ainsi déterminé n'est pas toujours un lieu d'alimentation, mais il sert
de repère et, pour rechercher les lieux les Hannetons
sont obligés de faire de nouveaux vols de découverte, en rond. Ces vols
se font en essaims plus ou moins denses, qui atterrissent brusquement PSYCHOLOGIE ANIMALE 227
sur les endroits propices (par exemple, lisière d'un bois). Connaissant
les lois de l'orientation visuelle des Hannetons, on peut prédire le trajet
des essaims et les endroits où ils s'abattent, ce qui peut être fort utile
dans la lutte contre ces Insectes.
G. V.
Vision chez les animaux :
AUTRUM (H.). — Elektrobiologie des Auges (Électrobiologie de
Vœil). — Klin. Wochenschr., 1953, 31, 241-245. — STUMPF (H.). —
Elektrophysiologische Untersuchungen des Farbensehens von Fliegen
(« Calliphora ») (Recherches électrophysiologiques sur la perception
chromatique chez les Mouches Calliphora). — Naturwiss., 1952, 39,
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(Discrimination des couleurs et dualisme physiologique de la
chez la Drosophile). — Physiol. Zool., 1953, 26, 59-65. —
LUDTKE (H.). — Retinomotorik und Adaptations Vorgänge beim
Rückenschwimmer « Notoneeta glauca » L. (Mouvements des rétinules
et processus d'adaptation chez la Notonecte). — Rev. suisse Zool.,
1953, 60, 528-534.
Dans une revue très détaillée, Autrum rassemble les résultats de
nombreux travaux faits sur les électrorétinogrammes et les potentiels
d'éclairement chez divers animaux (Insectes, Grenouille, Homme).
Nous ne pouvons que résumer ses conclusions essentielles : 1° II y a
une liaison étroite entre les lois qui régissent les sensations visuelles
et celles des potentiels d'éclairement ; 2° II y a aussi des liaisons manif
estes entre la fréquence des influx dans le nerf optique et les variations
des courants d'action dans les électrorétinogrammes ; 3° Le stimulus
photique cause une excitation électrique dans la cellule réceptrice même ;
c'est un phénomène primaire, qui varie avec l'intensité du stimulus (ne
suit donc pas la loi du Tout-ou-rien) et jouerait le rôle d'un « potentiel
générateur » (Granit) ; 4° Ce n'est que dans les fibres du nerf optique
que l'excitation est transformée en potentiels d'action qui suivent la
loi du Tout-ou-rien (volées d'influx) ; 5° Dans les E. R. G. de certains
Vertébrés, dont l'Homme, l'une des composantes a pour fonction
d'inhiber les excitations présentes ou latentes dans le nerf optique et de
libérer le système pour une réponse à un nouveau stimulus. Cette compos
ante est responsable de l'ofî-effect ; 6° Chez les Insectes, il faut dis
tinguer, comme les travaux antérieurs d'Autrum l'ont montré, deux
types d'yeux : ceux à fréquence critique de fusionnement élevée et à
potentiels d'action biphasiques (variation positive ou on-efïect, suivie
d'une négative, ou ofî-efîect), et ceux à fréquence critique basse et potent
iels monophasiques négatifs. Mais Autrum et Gallwitz ont décou
vert (1951) qu'en séparant dans les yeux du premier type (Calliphora)
la rétine des ganglions optiques, on obtient des potentiels d'éclairement
monophasiques et une fréquence critique de fusion basse. Dans les ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 228
deux groupes d'Insectes, la rétine isolée a donc des propriétés très
voisines ; ce sont les ganglions optiques qui constituent la différence
en produisant un on-effect ou en n'en produisant pas.
Hildegard Stumpf étudie, en employant des techniques d'Autrum,
le pouvoir de discrimination des couleurs chez la Mouche Calliphora.
Elle provoque des phénomènes de papillotage avec des lumières de
longueurs d'onde différentes dans les yeux de ces mouches et recueille
les potentiels d'éclairement ainsi provoqués. Elle observe que la gran
deur de ces potentiels dépend en général de la différence entre les
longueurs d'onde des lumières utilisées. Plus les longueurs d'onde sont
voisines, plus le fusionnement est facile à obtenir, car la Mouche
confond les deux couleurs. Plus les longueurs d'onde sont différentes,
plus, pour une fréquence donnée, les potentiels caractéristiques du
papillotage sont grands. Ainsi, ces potentiels peuvent être pris comme
mesure de la discrimination des couleurs. Résultats : la Mouche aurait
une vision chromatique voisine de celle des tritanopes humains, avec
une « place grise » dans le jaune, et confusion des couleurs spectrales
situées de part et d'autre du bleu-vert. Pour la Mouche, comme pour
l'Homme tritanope, le maximum de discrimination est dans le jaune,
le minimum dans le bleu-vert, et il y a une remontée dans le bleu. Ces
résultats conduisent à l'hypothèse que la Mouche ne possède que deux
sortes de récepteurs chromatiques (dichromatisme).
Fingermann et Brown pensent apporter la preuve d'une vision
chromatique chez Drosophila melanogaster. Leur démonstration repose
sur une technique de « choix spontané », avec un appareil en Y, utilisant
le phototropisme positif très net de ces Insectes : un côté de l'Y est
éclairé par de la lumière blanche, l'autre par une lumière monochro
matique. Ils déduisent, des pourcentages des réponses positives obte
nues pour les lumières colorées, que les Drosophiles discriminent les
couleurs. Cette conclusion est tout à fait contestable. En règle générale,
les animaux phototropiques sont attirés au maximum par les lumières
qui les excitent le plus, à condition bien entendu qu'ils puissent en sup
porter l'excitation pendant un certain temps. Or, les résultats des auteurs
montrent que : 1° en lumière forte, les Drosophiles sont attirées au
maximum par les radiations voisines de 500 m^ de longueur d'onde ;
2° en lumière faible, par des radiations allant de 550 à 600 ni[i. environ,
suivant que les animaux ont été préalablement adaptés à l'obscurité
ou à la lumière. Ces résultats permettent seulement de conclure : 1° que
les radiations susdites excitent au maximum les photorécepteurs des
Drosophiles ; 2° que le maximum d'excitation en lumière faible se trouve
dans une autre région du spectre qu'en lumière forte. L'allure des courbes
obtenues en lumière forte et en lumière faible peut faire penser à un
phénomène de Purkinje, mais il en manque une preuve décisive. En tout
cas, aucune démonstration véritable d'un sens chromatique n'est fournie
par cette technique, qui comprend au reste des procédés très discutables
(comme le réglage de l'intensité des lumières monochromatiques par ANIMALE 229 PSYCHOLOGIE
disque tournant à secteur évidé, permettant un fusionnement pour
l'œil humain, alors que la fréquence critique de papillotage des Mouches
est très élevée). D'autre part, les auteurs n'ont pas procédé à l'égalisa
tion de l'énergie des lumières monochromatiques.
L'article de Ludtke concerne les réponses rétinomotrices de l'œil de
la Notonecte adapté à l'obscurité et à diverses lumières. Dans l'œil
adapté à l'obscurité, les rhabdomères des rétinules s'étirent vers les
cônes cristallins et vont jusqu'à s'insérer entre les cellules cristalli-
niennes ; ce mouvement leur permet évidemment de recueillir plus de
lumière. Dans l'œil adapté à la lumière, les extrémités distales des rhab
domères se rétractent et tendent à se réunir ; les rétinules recueillent
alors moins de lumière, car elles se trouvent derrière le diaphragme étroit
constitué par les cellules pigmentaires. Le degré de rétraction des rhab
domères dépend de l'intensité de la lumière. Si on emploie des lumières
monochromatiques (rouge, jaune, bleu), on observe que cette rétraction
est grosso modo inversement proportionnelle à la longueur d'onde
employée. D'autre part, si on considère l'œil dans sa plus grande largeur
(45 ommatidies), on observe que l'allongement des rhabdomères diminue
du bord antérieur au bord postérieur de l'œil. Ceci montre que les ommat
idies du bord postérieur de l'œil sont plus sensibles à la lumière que
toutes les autres.
G. V.
Perception visuelle :
SGHALLER (F.). — Verhaltens- und sinnesphysiologische Beo
bachtungen an « Squilla mantis » (Observations sur la physiologie
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