Psychologie animale : Par G. Viaud - compte-rendu ; n°1 ; vol.57, pg 213-236

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L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 1 - Pages 213-236
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1957
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G. Viaud
IV. Psychologie animale : Par G. Viaud
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°1. pp. 213-236.
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Viaud G. IV. Psychologie animale : Par G. Viaud. In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°1. pp. 213-236.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_1_26598— Psychologie animale IV.
Généralités :
AUTRUM (H). — Die Zeit als physiologische Grundlage des For
mensehens (Le temps, base physiologique de la vision des formes).
— Studium Generale, 1955, 8, 526-530.
Dans une revue de faits expérimentaux, Autrum compare la percep
tion visuelle des formes par deux types d'yeux radicalement différents,
l'œil simple de l'Homme et l'œil composé de l'Abeille. Compte tenu des
trop nombreuses obscurités de cet article, il semble s'en dégager deux
idées principales :
1° II existe une analogie fonctionnelle fondamentale, dans la percep
tion des formes par l'œil de l'Homme et par celui de l'Abeille : à savoir
qu'une forme n'est visible en permanence qu'à condition d'être en
mouvement relatif continuel par rapport au réseau des récepteurs réti
niens. Chez l'Homme, cette condition est réalisée grâce à des mouvements
d'yeux incessants, de faible amplitude. Quand un objet reste absolument
fixe par rapport à la rétine, il cesse vite d'être perçu, à cause de l'adapta
tion totale des récepteurs excités : c'est ce qui ressort de l'invisibilité
habituelle des images entoptiques, perçues seulement quand l'ombre
qui les produit bouge sur la rétine. C'est aussi ce que démontrent direct
ement les expériences de Dichtburn et Ginsborg (1952). Dans ces expér
iences, la figure observée est projetée sur un écran par l'intermédiaire
d'un petit miroir fixé sur la cornée du sujet, ce qui rend impossible tout
mouvement relatif de la figure et de la rétine. Une image ainsi stabilisée
cesse d'être perçue au bout d'une ou deux secondes.
Chez les abeilles, le déplacement des images sur la rétine résulte
ordinairement des déplacements de l'Insecte au cours du vol, lesquels
conféreraient à l'œil composé de l'Abeille un « pouvoir résolutif temporel »
bien supérieur à son acuité visuelle, qui est médiocre (1° d'arc). Car
l'œil de l'Abeille possède deux propriétés qui favorisent la vision nette
d'objets en mouvement relatif rapide : une fréquence-critique de fusio
nnement très élevée (200 à 300 éclats par seconde) et une distance angul
aire importante entre deux rétinules voisines.
2° Mais, à côté de cette analogie physiologique, il y aurait une diffé
rence radicale dans la vision des formes chez l'Homme et chez l'Abeille.
La perception humaine est instantanée et, par suite, globale. Celle de
l'Abeille au contraire est successive, donc analytique. Cette différence
rendrait compte, selon Autrum, des résultats des expériences de
Mathilde Hertz (1931) : l'Abeille est également incapable de discriminer 214 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
des formes de même complexité et de reconnaître l'analogie de deux
formes dont l'une est plus complexe que l'autre (par exemple un carré
plein et un carré évidé).
On pourrait objecter à l'auteur que la vision marginale humaine,
caractérisée par une acuité du même ordre que celle de l'œil composé
de l'Abeille, permet seulement une discrimination des formes tout à fait
grossière et très comparable à celle de l'Abeille : à 30° de la fovéa, dans
le méridien horizontal, le sujet humain normal a une acuité visuelle
d'environ 1° et il est incapable de distinguer les formes autrement que
le fait une abeille : c'est-à-dire d'après la complexité du contour de la
figure. Par suite, il n'est pas sûr que l'opposition entre vision instantanée
et vision successive des objets explique valablement les différences de
la perception visuelle des formes par l'œil simple du Vertébré et l'œil
composé de l'Insecte. Il est possible que l'acuité visuelle soit ici seule
en cause.
G. V,
Physiologie sensorielle des Arthropodes :
AUTRUM (H.). —Die spektrale Empfindlichkeit der Augenmutation
whiter-apricot von « Calliphora erythrocephala » (La sensibilité
spectrale du mutant oculaire white- apricot de C. e.). — Biol. Zentral
blatt, 1955, 74, 515-524. — DAUMER (K.). — Reizmetrische Unter
suchung des Farbensehens der Bienen (Étude quantitative de la vision
des couleurs chez les Abeilles). — Z. vergl. Physiol., 1956, 38, 413-
478.— STOCKHAMMER (K.).— Zur Wahrnehmung der Schwing
ungsrichtung linear polarisierten Lichtes bei Insekten (Sur la percep
tion de la direction d'oscillation de la lumière polarisée chez les Insectes).
— Z. vergl. Physiol., 1956, 38, 30-83. — DIJKGRAAF (S.). — Kom-
pensatorische Augenstieldrehungen und ihre Auslösung bei der Lan
guste « Palinurus VUlgaris » (Étude des rotations compensatrices du
pédoncule oculaire et de leur déclenchement chez la Langouste). — Z.
vergl. Physiol., 1956, 38, 491-520. — LIESENFELD (F. J.). — Unter
suchungen am Netz und über den Erschütterungssinn von « Zygiella
X-notata CI. (Arancidae) » (Recherches sur la toile et sur le sens vibra
toire de Z x-n.). — Z. vergl. Physiol., 1956, 38, 563-592,
Dans une étude antérieure — en collaboration avec H. Stumpf
(1953) •— Autrum avait montré que la courbe de sensibilité de la mouche
Calliphora à des radiations monochromatiques visibles d'égale énergie
présente un maximum dans le vert à 540 nifi. (ce qui est classique) et
un second maximum, inattendu celui-là, dans le rouge (630 m\i). Ces
déterminations avaient été faites en prenant pour indice de l'excitation
l'amplitude de l'on-efîect de l'E R G. Une recherche analogue, conduite
sur un mutant oculaire dont l'œil est presque complètement pigmenté
a montré : 1° Que l'œil blanc est de 1 000 à 10 000 fois plus sensible que
l'œil rouge normal ; 2° Que la sensibilité spectrale de l'œil blanc présente
un seul maximum, situé entre 510 et 540 my. selon les conditions expéri- PSYCHOLOGIE ANIMALE 215
mentales. Ces résultats suggèrent fortement que le second maximum
dans le rouge, trouvé dans le cas de l'œil rouge normal, constitue un
artefact et ne traduit pas la sensibilité de Calliphora à la lumière rouge :
si l'excitation causée par cette lumière est particulièrement grande,
c'est seulement à cause d'une sommation spatiale des excitations qui
est rendue possible par la transparence au rouge des fourreaux pigmen-
taires inter-ommatidiens. D'autres données concernent le rôle de l'énergie
lumineuse employée : le maximum de la sensibilité spectrale se décale
de 480 à 540 my. quand l'énergie lumineuse des radiations monochro
matiques augmente. Ce fait rappelle les résultats trouvés par Fingerman
et Brown (1953) sur le phototropisme de la Drosophile : en lumière faible,
le maximum d'attraction est à 480 my., en lumière forte à 520 (?) nifz.
L'importante étude de Daumer est du plus haut intérêt. La technique
employée par cet auteur pour l'étude des lois du mélange des couleurs
chez l'Abeille est une variante de la technique de dressage de von Frisch ;
mais l'appareillage construit permet de dresser l'Abeille, non plus à des
papiers pigmentés, mais à des lumières monochromatiques pures
— entre 616 et 360 ray. — ■ et à des mélanges en proportions variables
de ces lumières. Des expériences préliminaires ont confirmé les résultats
de Bertholf (1931), à savoir que, de toutes les lumières employées, c'est
la lumière de Wood (U. V. de 365 my. de longueur d'onde), qui, à égalité
d'énergie, constitue le stimulus de beaucoup le plus efficace (« Reizwirk
samkeit ») dans l'attraction photique des Abeilles. Puis viennent le
bleu-violet (X = 440 ray.), le vert (X = 530 my.), le jaune (X = 588 my,),
le bleu- vert (X = 490 my.), enfin l'orangé (X = 616 my.). C'est également
pour la lumière U. V. que le seuil absolu de saturation chromatique est
le plus bas (environ 5 %). La saturation propre subjective du bleu-violet
est également très grande (seuil absolu environ 6,5 %). Celle du vert,
du jaune et de l'orangé est beaucoup moindre (seuil absolu environ 25 %)
et celle du bleu-vert est la plus faible de toutes (seuil absolu 50 %). Les
données concernant l'efficacité de stimulation et la saturation subjective
ne permettent de tirer qu'une seule conclusion concernant la brillance
subjective des différentes lumières : l'U. V. est beaucoup plus lumineux,
pour les Abeilles, que toutes les autres couleurs. La question de la sensi
bilité différentielle aux nuances chromatiques, à l'intérieur de chacune
des quatre grandes bandes spectrales reconnues par von Frisch et par
Kühn (orangé-jaune-vert, bleu-vert, bleu-violet, U. V.) est ensuite
abordée expérimentalement par Daumer. La discrimination des nuances
est médiocre dans l'orangé-jaune-vert, dans le bleu- violet et dans l'U. V. :
deux à trois nuances sont distinguées dans chacune de ces larges bandes.
Au contraire, la discrimination est excellente entre le bleu-violet ou
Porangé-jaune-vert d'une part, et l'étroite bande du bleu-vert d'autre
part. Des expériences de mélange de couleurs ont montré qu'il existe
deux autres qualités chromatiques principales pour l'Abeille : un
« pourpre » obtenu en mélangeant les deux couleurs extrêmes du
spectre visible : jaune et U. V. et un « violet » obtenu en mélangeant 216 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
TU. V. 360 nifjL et le bleu-violet 440 mpt,. Il s'agit donc de deux couleurs
composées dont une seule est spectrale. Le bleu-vert constitue une
troisième couleur composée, car un mélange de bleu et de jaune est
confondu par l'Abeille avec le bleu-vert spectral. La discrimination des
nuances est aussi bonne dans le « pourpre » et dans le « violet » que dans le
bleu-vert. Le registre des couleurs chez l'Abeille comprend donc, comme
chez l'Homme, six couleurs principales, dont cinq sont spectrales, trois
composées et trois fondamentales. Mais les fondamentales de l'Abeille
sont décalées vers les courtes longueurs d'onde par rapport aux fonda
mentales humaines : ce sont le jaune, le bleu et l'U. V. (au lieu du rouge,
du vert et du bleu). Les preuves du trichromatisme chez l'Abeille sont
nombreuses : la première réside dans l'existence d'une gamme de
pourpres résultant du mélange en proportions variables de deux couleurs
spectrales extrêmes (dans le cas d'un système dichromatique, un tel
mélange devrait donner naissance à des couleurs composées spectrales
intermédiaires). Mais les arguments les plus forts découlent de la mise
en évidence de trois couples de couleurs complémentaires chez l'Abeille
(comme chez l'Homme) : 1° La lumière blanche sans U. V. est confondue
par l'Abeille avec un bleu-vert très lavé et bien distinguée du blanc
comportant des U. V. Le et l'U. V. constituent donc le premier
couple de complémentaires ; 2° La sensation de blanc peut être aussi
causée chez l'Abeille, par un mélange de bleu, de jaune et d'U. V. Le
jaune est donc complémentaire du mélange (bleu -(- U. V.) qui corre
spond à la sensation de « violet ». De même, le bleu est complémentaire
du mélange (jaune + U. V.) c'est-à-dire du « pourpre ». La vision chro
matique de l'Abeille, comme celle de l'Homme, est donc caractérisée
par le fait que parmi les six qualités chromatiques principales, chacune
des trois fondamentales est neutralisable par une des couleurs composées.
Selon l'auteur, on peut rendre compte de l'évolution de la vision chromat
ique aboutissant au type Abeille selon un schéma analogue à celui de
Schrödinger (1924) pour la vision chromatique humaine, mais tenant
compte du décalage vers l'U. V. de l'ensemble du spectre visible pour
l'Abeille :
/Rouge
Homme Blanc<^ ^Vert
(Schrödinger 1924) \Bleu
/« Jaune »
/« Bleu-vert »<^
Abeille « Blanc pour l'Abeille »^ \< Bleu »
(Daumer 1956) \c U. V. »
Faisant suite à une étude électrophysiologique d'Autrum et Stumpf
(1950), le travail de Stockhammer reprend la question de la localisation
d'un analyseur de la lumière polarisée dans les yeux composés des
Insectes. Une première partie démontre, de façon définitive, que PSYCHOLOGIE ANIMALE 217
l'Abeille est capable de percevoir le plan de polarisation d'une lumière :
des expériences de dressage bien conduites montrent que l'Abeille peut
apprendre rapidement à discriminer deux plages de lumière polarisée
dans deux directions perpendiculaires, dans un appareil à choix. Dans
la seconde partie de ses recherches, l'auteur a examiné au microscope
polarisant des préparations d'yeux composés de Diptères et d'Hymén
optères. Il a constaté que les cornéules des yeux de ces Insectes sont
optiquement anisotropes et présentent une biréfringence uniaxe négative
(type Spath d'Islande). Quant aux cônes cristallins, ils sont optiquement
isotropes, qu'il s'agisse des pseudo-cônes des Diptères ou des eucônes
des Hyménoptères. L'auteur a pu montrer, par la technique de la goutte
pendante d'Exner, qu'aucun des rayons polarisés qui traversent la
pointe du cône cristallin, en direction des rétinules, ne sont analysés par
les systèmes dioptriques de l'ommatidie. Ce fait tiendrait à ce que les
rayons polarisés qui sont affectés par la biréfringence de la cornée sont
des rayons obliques qui vont se perdre dans la gaîne pigmentaire absor
bante qui enserre l'ommatidie au niveau du cône cristallin. L'auteur en
conclut que les systèmes dioptriques de l'ommatidie ne jouent aucun
rôle dans l'analyse de la lumière polarisée efficace pour la stimulation
visuelle — ce qui confirme les résultats de Pélectrophysiologie (Autrum
et Stumpf, 1950). L'étude au microscope polarisant des propriétés
optiques des rhabdomères montre que ces formations présentent une
anisotropie optique le long de leur axe longitudinal et sont biréfringentes.
Les plans de polarisation des sept rhabdomères d'une ommatidie sont
disposés radiairement. Il s'agit là d'un fait d'une grande généralité,
valable pour des régions très différentes de l'œil composé et qui a été
reconnu par l'auteur chez 70 espèces de Diptères et 19 espèces d'Hymén
optères. Les conclusions de Stockhammer rejoignent celles d' Autrum
et Stumpf et de von Frisch (1950). L'analyse de la lumière polarisée
aurait lieu, dans l'œil composé des Insectes, au niveau des rétinules des
ommatidies, et non de leurs systèmes dioptriques, chaque rhabdomère
étant plus particulièrement sensible à la lumière polarisée dans une
orientation donnée.
L'article de Dijkgraaf constitue une contribution importante au
problème de la distinction entre « exafférences » et « réafférences », au
sens de von Holst et Mittelstaedt (1950). (Selon ces auteurs, rappelons-le,
il faut distinguer deux types d'afférences : les unes sont dues à des
stimulations d'origine externe, ce sont les « exafférences » ; les autres à
l'activité musculaire spontanée, ce sont les « réafférences ».) Les expé
riences ont été menées sur des Langoustes, avec des moyens techniques
très simples, la cinématographie permettant une analyse a posteriori,
image par image, des mouvements des pédoncules oculaires. Chez les
animaux intacts, on observe des mouvements compensateurs des yeux
aussi bien quand il s'agit d'une rotation passive, imposée à la Langouste
(exafférence) que d'une rotation active, spontanée (réafférence). Pourt
ant, ces mouvements ne présentent pas les mêmes caractères dans les 218 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
deux cas : la rotation passive suscite un nystagmus optocinétique
classique, dans lequel la phase lente, orientée en sens inverse de la
rotation, apparaît tout d'abord ; les yeux sont toujours « à la traîne »
par rapport à l'axe de symétrie céphalo-caudal du corps en rotation.
Mais quand la Langouste tourne spontanément sur elle-même, la phase
rapide du nystagmus prend le pas sur la phase lente : c'est elle qui
apparaît d'abord, souvent même avant le début de la rotation du corps,
dont elle devient alors un signe avant-coureur : par suite, les yeux sont
déviés dans le sens du mouvement circulaire (et non en sens inverse,
comme au cours de la rotation forcée). La phase rapide présente tous les
caractères d'une anticipation de la rotation spontanée. Nul doute, dit
l'auteur, qu'il faille la considérer, non comme un réflexe, mais comme
un mouvement spontané, centralement coordonné avec la locomotion.
D'autres expériences montrent que les mouvements d'yeux, chez la
Langouste, ne sont pas de simples « réactions optomotrices », compar
ables à celles que l'on obtient par la technique du cylindre tournant
de R. A. D. L. En effet, des Langoustes aveuglées (à l'aide de manchons
opaques enfilés sur les pédoncules oculaires) présentent encore des
mouvements compensateurs anticipant sur la rotation spontanée. Le
déterminisme de la phase lente n'a pu encore être élucidé par l'auteur :
s'agit-il aussi de mouvements spontanés, ou de réflexes déclenchés par
les « réafîérences » proprioceptives dues à la locomotion ? C'est un point
qui devra être éclairci dans des expériences ultérieures. En tout cas, les
stimuli statiques et les stimuli dus aux courants d'eau ne jouent aucun
rôle, car les mouvements compensateurs de la Langouste aveuglée ne
sont pas modifiés quand on lui enlève Jes statocystes ou quand on crée
artificiellement de forts courants d'eau dans l'aquarium, Une expérience
très élégante permet à Dijkgraaf de dissocier, dans les mouvements des
yeux au cours d'une rotation spontanée, ]a compensation oculaire et
Foptomotricité. L'expérience consiste à assigner aux yeux des animaux
un champ visuel constant, dont les mouvements sont solidaires de ceux
du céphalothorax. Il suffit pour cela, de fixer à la carapace chitineuse
deux vastes manchons qui entourent chacun un œil et son pédoncule.
Ces manchons sont intérieurement rayés de noir et de blanc ; une fente
à la parue supérieure permet l'observation des mouvements d'yeux.
Dans ces conditions artificielles, où les déplacements du corps ne s'accom
pagnent plus de déplacements de l'image du champ visuel sur la rétine,
on n'observe plus les mouvements de compensation normaux. Mais
les yeux ne sont pas immobiles pour autant : ils effectuent, à l'intérieur
des manchons, des mouvements de va-et-vient de faible amplitude, dans
lesquels il est impossible de distinguer une phase lente et une phase
rapide. On peut interpréter ces mouvements comme des phénomènes
de compensation de la rotation, bloqués dès leur début par une réaction
optomotrice de sens inverse (elle-même induite par le déplacement
apparent du champ visuel dans le sens de la rotation du corps). Cet
ensemble d'expériences est très intéressant et permet une interprétation PSYCHOLOGIE ANIMALE 219
nouvelle des mouvements d'yeux généralement désignés sous le nom de
« réactions optomotrices ». Les réactions optomotrices proprement dites,
c'est-à-dire les réflexes des yeux, déclenchés par des
stimuli optiques (déplacement de l'image du champ visuel sur la rétine)
ne s'observent pas chez l'animal qui se meut spontanément ; elles n'au
raient d'ailleurs aucune signification biologique dans ce cas (puisque
leur rôle est d'assurer une certaine constance du champ visuel). Par
contre, les animaux soumis à une translation passive, à un charriage
(par la pesanteur, par les courants d'air ou d'eau) présenteraient effect
ivement des réactions optomotrices. Cela suppose, nous dit Dijkgraaf,
que les animaux sont capables de distinguer entre des « stimuli auto
conditionnés et alloconditionnés » (« selbst = und fremdbedingte
Sinnesreize »), c'est-à-dire entre les réafférences et les exafférences.
Autre conclusion importante : les mouvements d'yeux que l'on observe
chez les animaux au cours d'une rotation active n'ont rien à voir avec
la fonction visuelle, puisque aussi bien ils s'observent, inchangés, chez
les animaux aveuglés. Ce sont des mouvements compensateurs qui
assurent l'orientation spatiale, au même titre que les mouvements de
compensation des appendices homologues : antennule, antenne, patte
locomotrice.
Les recherches de Liesenfeld ont porté sur les propriétés mécaniques
de la toile de l'Araignée Zygielle (Zilla) x-notata et sur les stimuli vibrat
oires efficaces dans le déclenchement de la prédation, de la fuite et du
comportement sexuel. La vibration propre de la toile de Zilla est de
l'ordre de 5 c. p. s. Les fils de cadre primaires et secondaires, les fils
radiaires et les fils de la spirale visqueuse ont une élasticité très différente.
Ce sont les fils radiaires qui jouent le rôle essentiel dans la conduction
des vibrations. L'emploi d'une technique stroboscopique a permis de
déterminer le mécanisme de la mise en branle du fil d'alarme (« Signal
faden »). Des vibrations appliquées à ]a zone de capture de la toile
(« Fangbereich ») causent une rotation du moyeu et engendrent par suite,
Je long du fil d'alarme une oscillation combinée, transversale et longitu
dinale à la fois. Le fil d'alarme peut être considéré comme un système
de transmission fidèle pour des fréquences inférieures à 300 c. p. s. Pour
déclencher des réactions de capture, les signaux vibratoires doivent
remplir les conditions suivantes : 1° Vibration dans le plan de la toile ;
2° Fréquence comprise entre 5 c. p. s. (vibration propre de la toile)
et 300 c. p. s. (limite de la transmission fidèle) ; 3° Amplitude minimale
de l'ordre de 10~3 à 10 ~4 cm. Il n'y a pas de relation entre le seuil absolu
d'amplitude et la fréquence du signal. A amplitude égale, toutes les
vibrations, entre 5 et 300 c. p. s. agissent de même ; 4° Établissement
relativement rapide du signal : un signal qui met plus de 3 s à atteindre
son amplitude maximale risque de n'être pas réactogène. Un signal dont
l'établissement dure 30 s ne l'est jamais. Les signaux simples (vibrations
sinusoïdales) sont moins efficaces pour le déclenchement de la réaction
de capture que les signaux structurés, tels que ceux qui résultent de la 220 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
combinaison des divers mouvements d'une Mouche prise au piège
(piétinement, battements d'ailes, etc.) avec la vibration propre de la
toile ; chez une Araignée qui ne réagit plus à un signal simple trop
souvent répété (« fatigue » de la réaction de prédation) on pourra encore
déclencher la capture à l'aide d'un leurre complexe. Des ébranlements
de l'ensemble de la toile, ou des signaux locaux de très grande amplitude
provoquent des réactions de fuite. Lors de la pariade, le mâle tend, à la
partie supérieure delà toile, un fil spécial (« Webfaden ») relié à la cachette
de la femelle. Les signaux émis le long de ce fil ne sont jamais confondus
avec ceux des proies : car le mâle fait vibrer son fil perpendiculairement
au plan de la toile, à une fréquence toujours comprise entre 10 et
14 c. p. s.
G. V.
Langage des abeilles :
FRISCH (K. von), LINDAUER (M.). — The « Language » and
orientation of the honey-bee (Le « langage » et V orientation de
V Abeille). — Ann. Rev. Entom., 1956, 1, 45-58. — LINDAUER (M.).
— L 'intercompréhension par les danses dans les colonies d'Abeilles.
— J. Psychol. norm, pathol., 1956, 163-183. — BOCH (R.). —
Die Tänze der Bienen bei nahen und fernen Trachtquellen (Les danses
des abeilles pour des sources de butin proches et éloignées ). — Z. vergl.
Physiol., 1956, 38, 136-167. — HERAN (H.). — Ein Beitrag zur
Frage nach der Wahrnehmungsgrundlage der Entfernungsweisung
der Bienen « Apis mellifica » (Contribution au problème du mode
de perception de Véloignement du butin, base de son indication par les
danses des abeilles). — Z. vergl. Physiol., 1956, 38, 168-218. —
RENNER (M.). — Ein Transozean versuch zum Zeitsinn der Honig
biene (Une expérience transocéanique sur le sens du temps chez
l'Abeille). — Naturwiss., 1955, 42, 540-541. — LINDAUER (M.).
— Über die Verständigung bei indischen Bienen (Sur V intercompré
hension chez les abeilles de l'Inde). — Z. vergl. Physiol., 1956, 38,
521-557. — HALDANE (J. B. S.), SPURWAY (H.). — A statistical
analysis of communication in « Apis mellifera » and a comparison with
communication in Other animals (Analyse statistique de la commun
ication chez Apis mellifera. Comparaison avec les communications
chez d'autres animaux). — Insectes sociaux, 1954, 1, 247-283.
Les travaux récents concernant le langage des abeilles sont nombreux
et émanent presque tous des collaborateurs directs de K. von Frisch.
Avant de les analyser, signalons au lecteur peu familier avec la langue
allemande la récente parution de deux mises au point de la question.
L'une en langue anglaise, est due à von Frisch et Lindauer ; l'autre a été
écrite pour le Journal de Psychologie, par le principal collaborateur de
von Frisch, Martin Lindauer. Ces deux articles rappellent les premières
acquisitions dues aux travaux de von Frisch entre 1923 et 1946 et
insistent plus longuement sur les aspects nouveaux de la question : les PSYCHOLOGIE ANIMALE 221
bases de l'indication de la distance et de la direction par la danse fréti
llante ; les « dialectes » raciaux, la danse des différentes espèces apparte
nant au genre Apis et la phylogénie du langage des abeilles ; les danses
des abeilles essaimeuses ; les problèmes de physiologie sensorielle posés
par l'orientation des abeilles (perception des rayons u. v., de la lumière
polarisée, etc.) ; le phénomène de l'orientation astronomique ; le rôle
respectif du soleil et des repères terrestres dans l'orientation des
butineuses.
Les recherches de Boch montrent que, de deux sources de provende
(sirop de sucre de concentration déterminée) situées l'une à 100 m de la
ruche environ, l'autre beaucoup plus loin, c'est toujours la plus proche
qui est la plus fréquentée. Il y a même une relation décroissante d'allure
logarithmique entre la distance qui sépare la ruche des sources de
nourriture et la fréquentation relative de celles-ci. Les principales causes
de ce phénomène sont au nombre de deux. La première réside dans le
fait que les exploratrices qui ont trouvé une source de butin lointaine
ne signalent pas toutes leur découverte aux autres butineuses, au moyen
de la danse (11 % seulement à 2 100 m). Quand la source est proche de
la ruche, la proportion des exploratrices qui dansent est beaucoup plus
élevée (68 % à 100 m). On peut compenser le déficit des danses signalant
la source de nourriture la plus éloignée en augmentant la concentration
du sirop de sucre offert aux abeilles. L'auteur suppose que le nombre
des danses est en liaison avec l'état de fatigue des exploratrices au
moment du retour à la ruche. Une autre cause importante de la moindre
fréquentation des buts lointains est la suivante : les butineuses alertées
« hésitent » à partir en récolte quand les conditions atmosphériques sont
peu sûres, si le but à atteindre est très éloigné. Au contraire, si le but
est situé aux abords immédiats de la ruche, les abeilles ne tiennent pas
compte de la chute d'ondées légères ou de l'approche d'un orage. Deux
autres résultats du travail de Boch sont intéressants, car ils confirment
certains faits récemment acquis : 1° Une abeille qui a découvert une
source de provende très éloignée de la ruche (plusieurs kilomètres) et
qui la signale à ses compagnes par la danse frétillante, indique la direction
du but en tenant compte du temps écoulé pendant son vol de retour :
le parcours frétillant de la danse en huit fait avec la direction de la
pesanteur le même angle que la direction du but avec l'azimut solaire
au moment de la danse, et non au moment de la récolte (confirmation
des observations de Lindauer sur les danses prolongées des essaimeuses) ;
2° L'amélioration de la qualité d'une source de nourriture (augmentation
de la concentration du sirop de sucre) entraîne non seulement des danses
plus « insistantes », mais aussi une diminution des danses signalant
d'autres emplacements moins fructueux. L'on assiste ici, semble-t-il,
à un phénomène de régulation sociale comparable à celui qui détermine
le choix définitif d'un gîte chez des abeilles en cours d'essaimage.
Un autre élève de von Frisch, Heran, a tenté de découvrir sur quels
processus sensoriels et perceptifs se fonde l'indication de l'éloignement

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