Psychologie appliquée et clinique. - compte-rendu ; n°2 ; vol.54, pg 506-532

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L'année psychologique - Année 1954 - Volume 54 - Numéro 2 - Pages 506-532
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1954
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F. Bachet
P. Jampolsky
S Larcebeau
V. Ledoux
N. Rausch de Traubenberg
Maurice Reuchlin
E. Valin
III. Psychologie appliquée et clinique.
In: L'année psychologique. 1954 vol. 54, n°2. pp. 506-532.
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Bachet F., Jampolsky P., Larcebeau S, Ledoux V., Rausch de Traubenberg N., Reuchlin Maurice, Valin E. III. Psychologie
appliquée et clinique. In: L'année psychologique. 1954 vol. 54, n°2. pp. 506-532.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1954_num_54_2_8749— Psychologie appliquée et clinique III.
WILSON (R. G.), GUILFORD (J.-P.), CHRISTENSEN (P. R.). —
The measurement of individual differences in originality (La mesure
des différences individuelles en originalité). — Psychol. Bull., 1953, 50,
362-370.
« L'originalité » de la pensée créatrice est sans doute l'un de ses aspects
les plus importants. Les auteurs étudient dans cet article, les méthodes de
mesure des différences individuelles en ce qui concerne cet aspect « ori
ginal » de la pensée créatrice, à la lumière des résultats de l'analyse
factorielle.
Ils rejettent tout d'abord la définition de cette propriété psycholo
gique comme « l'aptitude à produire des idées nouvelles, c'est-à-dire des
idées n'ayant pas d'existence antérieure ». Cette définition appelle les
remarques suivantes : il est pratiquement impossible de vérifier que
l'idée n'a jamais été pensée auparavant ; de plus, cette définition soulève
le cas des productions indépendantes, séparées par un intervalle de temps
plus ou moins important, comme il arrive fréquemment dans le domaine
scientifique par exemple ; elle inclut d'autre part, tout comportement
humain non répétitif, jamais renouvelé exactement, ce qui rend imposs
ible la différenciation des individus quant à leur plus ou moins grande
originalité.
L'originalité est ici considérée comme un continuum : chaque individu
est original à un degré plus ou moins élevé, cette aptitude caractéristique
étant déduite de la performance dans les tests.
Trois définitions opérationnelles et leurs méthodes de mesure corre
spondantes ont été adoptées :
1° La rareté des réponses, mesurée par une notation pondérée des
réponses du sujet. Plus la réponse est fréquente, dans le groupe de popul
ation d'expérience, plus faible est le coefficient appliqué. L'originalité
est donc définie dans ce cas comme l'aptitude à produire des idées qui
sont statistiquement rares dans la population dont l'individu est membre
(groupe culturel, groupe professionnel ou autre). Trois tests de ce type
ont été employés : le « Unusual uses test » dans lequel le sujet doit cher
cher 6 emplois peu habituels d'un objet donné, le « Quick responses test »
et le « number association test » (épreuves d'association), enfin, le
« figure concepts test » qui propose au sujet la recherche, dans une série
de dessins, de qualités et de traits communs à deux ou à plusieurs de ces
dessins. PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE ET CLINIQUE 507
Pour chaque item de ces épreuves, une échelle de 5 coefficients a été
tirée de la fréquence statistique de chaque réponse, le plus fort coefficient
étant attribué aux réponses les plus rares ;
2° La singularité, le caractère exceptionnel des associations qui peu
vent être plus ou moins indirectes, plus ou moins éloignées du mot st
imulus. Le premier test d'associations consiste à trouver le maillon inter
médiaire de la chaîne liant deux mots dont la connexion
n'est pas immédiatement apparente. Le second test est du même genre,
mais le sujet doit simplement souligner la première lettre du « mot-
maillon » (exemple : Tree-a b g m s-dog : la réponse étant b, première
lettre du mot bark qui signifie à la fois écorce et aboyer).
3° L'ingéniosité des réponses dans une épreuve de recherche de titres
suggérées par des histoires brèves (Plot Titles Test). L'ingéniosité de la
réponse est estimée par des juges dont on a préalablement éprouvé la
fidélité et dont l'appréciation sur une échelle de jugement sert de coeffi
cient de pondération.
Toutes ces épreuves, ainsi que 46 autres tests de pensée créatrice ont
été appliqués à 410 cadets de l'air et aspirants officiers de l'armée de l'air
américaine.
L'analyse factorielle a permis d'extraire 16 facteurs, dont un « d'ori
ginalité ». Voici les saturations des tests précédemment décrits, dans ce
facteur :
Plot titles 55
Quick responses 49
Figures concepts 32
Unusual uses 31
Association I 30
Nbre d'association 25 II 09
Les auteurs font remarquer que la performance dans un autre test de
la Batterie est également liée à ce facteur : il s'agit du « consequences
test » dans lequel le sujet doit indiquer les conséquences de certains
événements inattendus comme, par exemple, l'abolition soudaine des lois
nationales et locales. Le nombre de conséquences lointaines présente une
saturation de .42 dans le facteur « originalité ». Ce même facteur sature
négativement un test dont les bonnes réponses sont notées suivant un
barème arbitraire et conventionnel.
Les tests de singularité et d'ingéniosité sont donc les plus saturés,
mais ce sont aussi les moins économiques du point de vue du temps et du
travail des opérateurs.
Ces résultats donnent une indication intéressante sur cet aspect de la
pensée créatrice. D'autres travaux de recherches doivent être entrepris
après avoir « épuré » les tests et validé avec des critères objectifs d'ori
ginalité.
E. V. 508 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ASGHKENASY-LELU (P.). —La notion d'individualité biochimique.
— Biotypologie, 1953, 14, 13-36.
L'importance des difficultés méthodologiques auxquelles se heurte
l'exploration biochimique de la personnalité normale, explique que les
études réalisées dans ce domaine aient abouti à des résultats contradict
oires. Ces difficultés ont été mises en évidence assez récemment par
divers chercheurs et tout particulièrement par Goldstein. Publiant, en
1935, les résultats de travaux systématiques portant sur l'étude des lia
isons entre des traits psychologiques mesurés par des tests et certaines
caractéristiques du milieu sanguin, cet auteur concluait à l'impossibilité
d'utiliser ces taux sanguins comme indice de traits psychologiques, à
cause de la très grande variabilité intra-individuelle et interindividuelle
des caractéristiques biochimiques. Cependant, une liaison fut mise en
évidence, grâce aux travaux de Goldstein entre la variabilité des consti
tuants sanguins et la stabilité émotionnelle.
Cette notion de « variabilité » paraît essentielle en physiologie
où trop souvent l'on ne considère qu'un « homme moyen », tout
théorique.
L'auteur pense donc que l'on pourra saisir les bases de la personnalité
à partir de l'étude du fonctionnement physiologique de l'individu.
C'est dans cet esprit qu'il envisage trois exemples qui lui paraissent
illustrer la notion d'individualité biochimique :
1° Signification et relativité dun taux normal du cholestérol sanguin. —
D'après diverses études, il s'agit là d'une caractéristique remarqua
blement constante chez un même individu, mais présentant d'impor
tantes variations interindividuelles. Quelles sont donc les limites entre
lesquelles le taux du cholestérol peut être considéré comme normal ?
Les données utilisées, portant sur 541 adultes, ont été recueillies par
des chercheurs du Laboratoire de Minnesota, en vue d'étudier le processus
du vieillissement.
Divers regroupements ont été réalisés afin de mettre en lumière les
liaisons possibles du taux de cholestérol avec l'âge, la richesse en choles
térol du régime habituel, le métabolisme de base, le degré d'adiposité, la
couleur des yeux. La constatation de l'influence de certains de ces fac
teurs sur le taux de cholestérol conduit à une nouvelle notion de la nor
malité : il s'agit non plus du taux moyen calculé sur un grand nombre
d'individus, mais de diverses moyennes obtenues dans des groupes homog
ènes, ou relativement homogènes sous le rapport de ces divers facteurs.
Cela revient à dire que chaque individu « réalise plus ou moins à sa façon
cette normalité, le fonctionnement « normal » pouvant être assuré par
une multitude de combinaisons » ;
2° Essai d'analyse des caractéristiques métaboliques qui prédisposent
à Valcoolisme. — Après avoir relaté les résultats d'études expérimentales
sur l'alcoolisation chez l'animal, l'auteur signale l'hypothèse formulée
par Williams (de l'Université du Texas), quant à l'origine des dispositions
physiologiques à l'alcoolisme chez l'homme. « Le désir d'alcool se déve- PSYCHOLOGIE APPMQVÉE ET CLINIQUE 509
lopperait, chez certains individus, comme le résultat d'une perturbation
enzymatique dans leur métabolisme... »
L'auteur résume les expériences de Williams et de son équipe sur
l'homme, et malgré quelques réserves sur la méthode et la valeur de
l'interprétation des résultats, souligne que ces études permettent de
penser que chaque individu, à sa naissance, possède un patrimoine enzy
matique qui lui est propre, « qui imprime à son métabolisme un cachet
individuel » ;
3° Quelques aspects individuels des phénomènes de la nutrition chez les
animaux de laboratoire. — Des expériences variées, portant sur les lapins,
les rats, les oies, conduisent à la notion « d'individualité de la nutrition » ;
il semble que chaque animal puisse être caractérisé par son coefficient
d'utilisation des aliments.
Conclusion. — L'auteur dégage de l'examen de ces trois exemples,
deux conclusions principales :
1° II n'existe pas de « constantes biologiques », au sens étroit de ce
terme. Le taux d'une substance, à un moment donné, est l'expression
d'un état « d'équilibre dynamique ». Il faut donc être très prudent dans
la détermination de la marge de normalité d'un taux biochimique : il n'y
a pas une norme absolue, mais des valeurs moyennes, relatives à des sous-
groupes, à des types ;
2° Chaque individu est caractérisé par son métabolisme, déterminé à
la fois par l'équipement enzymatique apporté à la naissance et par une
potentialité de systèmes enzymatiques, d'où la nécessité d'une physiol
ogie différentielle, qui, par l'étude de l'individualité biochimique, per
mettra d'atteindre les bases de la personnalité.
V. L.
CARD INET (J.). — Pour une étude méthodologique des procédés de
classement et d'Orientation. — Rev. Psychol. appl., 1953, 3, 379-394.
La méthode des tests est restée profondément orientée par l'util
isation primitive des tests à des fins de sélection et on ne s'est guère préoc
cupé jusqu'à présent de la résolution des problèmes méthodologiques
propres à l'orientation et au classement, c'est-à-dire à l'harmonisation
optimum des goûts et aptitudes des individus avec les exigences des
emplois offerts.
Lorsque des candidats postulent à un certain nombre d'emplois
offerts, le psychotechnicien peut adopter, entre autres, les procédés de
classement suivants : le classement par barrages successifs (classement
suivant les diplômes scolaires par exemple), le classement par pattern
d'aptitudes (comparaison de la configuration des aptitudes des sujets
avec les profils types pour un certain nombre de familles d'emplois), le
classement par profil optimum (fait intervenir non seulement la confi
guration des aptitudes mais leur niveau), et, enfin, le procédé de class
ement différentiel dans lequel les notes aux tests sont condensées en un
pronostic de réussite pour chacun des emplois ; chaque sujet étant ensuite 510 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
placé à l'emploi pour lequel son pronostic de réussite est le plus élevé.
Quelle est l'efficacité de ces différentes méthodes ? En d'autres
termes, quel est le procédé qui rend maximum la somme totale des apti
tudes des sujets pour les emplois auxquels ils sont affectés ? Le problème
se prête à une formulation mathématique et chaque procédé de class
ement peut être géométriquement représenté par rapport à deux axes
représentant deux emplois à pourvoir.
Il ressort de cette comparaison :
1. Que la méthode de barrages successifs est loin d'être satisfaisante
lorsque le pourcentage de sujets à placer dans chaque emploi est à
peu près équivalent. Ce n'est, en réalité, qu'une sélection déguisée ;
2. Que la méthode de classement par similitude de profils n'est
sante que dans le cas de quotas égaux ;
3. Que la méthode de par profil optimum a un rendement
élevé quels que soient les quotas, relativement meilleur dans les
cas de pourcentages égaux ;
4. Que le classement différentiel est toujours supérieur aux autres
cédés de répartition.
Ce calcul a priori de l'efficacité d'un procédé de classement, montre
que si, d'une façon générale, le classement a un rendement insuffisant
pour les quotas extrêmes, il permet toujours d'accroître d'une fraction
importante la validité « de sélection », lorsque celle-ci n'est pas nulle.
Ces problèmes méthodologiques méritent certes d'être étudiés, et il
serait intéressant que le psychologue possédât les moyens de les résoudre.
Mais il faut remarquer qu'on n'a pas résolu le problème du classement et
de l'orientation lorsqu'on a réussi « à rendre maximum la somme totale
des aptitudes des sujets pour les emplois auxquels ils sont affectés ».
Même dans le cas le plus simple, certains facteurs interviennent qui
peuvent rendre inacceptable la solution mathématique. Que dire alors
des problèmes soulevés par l'orientation professionnelle où le nombre et
la complexité des facteurs mis en jeu sont tels qu'on ne peut raisonna
blement souscrire au schéma proposé par l'auteur.
E. V.
BRUCE (M. M). — The prediction of effectiveness as a factory
foreman (Prédiction de la réussite comme contremaître d'usine). —
Psychol. Monogr., 1953, 67, n° 12, 17 pages.
Dans cette monographie, l'auteur s'intéresse spécifiquement aux
contremaîtres et non aux cadres moyens en général, comme c'est le cas
pour les nombreuses études qu'il cite. Le problème qu'il se pose est d'ap
précier l'importance d'aptitudes et de caractéristiques de la personnalité
pour la réussite comme contremaître. L'étude porte sur 107 sujets, qui
ont été notés par leurs supérieurs en ce qui concerne leurs qualités de
chef, leurs connaissances, leur bon sens et leur initiative. La fidélité de
ces estimations, utilisées comme critères, a été estimée suffisante, mais PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE ET CLINIQUE 511
leur validité n'a pu être appréciée faute d'autre critère meilleur. Cepen
dant, les différentes notes semblent fortement affectées par un effet de halo.
Les 27 variables prédictives comprenaient des tests de personnalité,
d'intelligence, d'intelligence sociale..., et des données biographiques.
Leurs corrélations avec les variables critères ont été calculées ; 13 d'entre
elles dépassent .19.
L'auteur a utilisé la technique de sélection de tests Wherry-Doolittle
afin de composer une batterie aussi valide que possible à l'aide de ses
épreuves. Cinq variables contribuent d'une façon appréciable au coeffi
cient de corrélation multiple ; voici leurs contributions cumulées : Test
d'Otis (.290, Inventaire ESS-AY (.333), Problèmes arithmétiques (.360),
Années d'instruction (.387), Age (.398).
D'autres variables en corrélation relativement forte avec le critère,
n'entrent pas dans l'équation de régression multiple car elles sont en
forte corrélation avec le test d'Otis, qui en fait partie.
En conclusion, Fauteur estime que la plupart des variables qu'il a
utilisées n'ont pas une grande importance dans le travail de contremaître
d'usine et qu'il faudrait rechercher des facteurs autres que l'intelligence
pouvant en avoir.
F. Ba.
SCHAFFER (R. H.). — Job satisfaction as related to need satisfac
tion in work (La satisfaction professionnelle dans ses rapports avec la
satisfaction des besoins au cours du travail). — Psychol. Monogr.,
1953, 67, n° 14, 29 pages.
La satisfaction professionnelle est définie par l'auteur en termes de
satisfaction des besoins car il considère le travail comme un des domaines
du comportement humain auxquels peuvent s'appliquer les mécanismes
psychologiques de satisfaction ou de mécontentement. Or, la satisfaction
dépend des possibilités que le sujet trouve de répondre à ses besoins. Au
point de vue professionnel, elle dépend de l'existence de ces possibilités
dans le travail.
Le premier problème qui se pose est celui de la mesure des besoins.
L'auteur, après avoir envisagé diverses méthodes : tests projectifs, listes
de besoins à classer selon leur importance par le sujet..., s'est arrêté à
l'emploi d'un questionnaire facile à appliquer, mais suffisamment « subt
il » pour dépasser un point de vue par trop superficiel.
Les besoins envisagés répondent à une série de critères : ils doivent
être relativement stables chez le sujet, avoir une importance pratique, se
présenter fréquemment, pouvoir être satisfaits dans le milieu de travail,
être définissables et susceptibles de mesure à l'aide de questionnaires.
Douze besoins ont été considérés :
Reconnaissance et approbation ; relations interpersonnelles ; accomp
lissement et maîtrise dans un domaine ; pouvoir sur autrui ; utilité
sociale ; possibilité de s'exprimer ; statut socio-économique ; valeur
morale ; dépendance ; créativité ; sécurité économique ; indépendance. 512 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Le questionnaire utilisé mesure trois aspects : la force des besoins ; le
degré auquel chacun est satisfait dans le travail ; une mesure globale de
la satisfaction professionnelle. Il a été appliqué à 72 travailleurs, de
niveau professionnel relativement élevé.
Les besoins les plus forts, d'après les estimations des sujets, étaient
ceux concernant la créativité, l'accomplissement et la maîtrise dans un
domaine, l'utilité sociale.
Une analyse des intercorrélations met en évidence deux groupes de
besoins : passifs et agressifs.
La corrélation la plus élevée entre la mesure des besoins et la satis
faction professionnelle est obtenue lorsque l'on considère pour chaque
sujet la valeur moyenne de ses deux besoins les plus forts. Elle est alors
de .58.
L'auteur unit un souci de signification psychologique et de commodité
d'application, mais ne peut éviter complètement les risques d'inexac
titudes, volontaires ou involontaires, des auto-estimations, qu'il signale
lui-même.
F. Ba.
LEPLEY (W. M.). — Variability as a variable (La variabilité consi
dérée comme une variable). — J. Psychol., 1954, 37, 19-25.
« Du point de vue biologique, il est important que le comportement
des organismes soit imprédictible. » La variabilité permet la survie, car
elle contribue à rendre l'adaptation possible. Cette proposition est vraie
non seulement dans le cas où les êtres vivants ont entre eux des relations
antagonistes (poursuivant-poursuivi, oppresseur-opprimé, etc.), mais
aussi chaque fois qu'un organisme doit lutter contre un élément de son
environnement, résoudre un problème ; cependant, lorsqu'il s'agit d'une
situation sociale ne présentant pas pour le sujet de caractère hostile, la
variabilité peut devenir un facteur de mauvaise adaptation.
L'auteur pense que l'on peut considérer la variabilité du compor
tement comme un caractère quasi-fondamental du protoplasme.
Diverses études sur le comportement (de Hull, Pavlov, Thorndike,
Luh, Bills, Dodge, Dunlap, etc.) aboutissent à des conclusions voisines,
que l'auteur résume par la proposition suivante : « Lorsqu'une quelconque
réaction se produit, la probabilité qu'elle se reproduise ultérieurement se
trouve réduite. » Cette diminuerait progressivement au fur et
à mesure des répétitions et, au contraire, augmenterait avec la succession
continue de réactions différentes.
L'auteur examine ensuite quelques aspects particuliers de cette hypo
thèse générale, en s'efîorçant de montrer qu'une adaptation imparfaite,
déficiente, est bien liée à une réduction de la variabilité du compor
tement.
Déficience intellectuelle. — Elle va de pair avec une diminution de la
variabilité du comportement ; en particulier, dans le domaine verbal, elle
est caractérisée par un vocabulaire anormalement réduit. PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE ET CLINIQUE 513
Age. — Chez l'individu normal la variabilité est continue, tout au
long de l'existence (croissance de la naissance à la maturité, déclin au
cours de la vieillesse).
Intoxications. — L'auteur note, que dans le cas particulier d'intoxi
cation par l'alcool, la persistance, la perse vération, le comportement
obsessionnel de l'homme ivre, sont notoires.
L'auteur passe rapidement en revue certains états émotionnels
chroniques (psychose et névrose) ou aigus (colère, peur, etc.) et montre
que dans ces situations, le comportement apparaît généralement rigide,
stéréotypé et, par suite, plus facilement prédictible que dans les situa
tions normales.
Une autre formulation de l'hypothèse générale sur la variabilité est
proposée, qui met l'accent sur le fait que les êtres vivants tendent à
éviter, à repousser, toutes les contraintes extérieures pouvant entraîner
une limitation de leur comportement. L'auteur se réfère à l'abondante
littérature traitant de l'ennui et de la monotonie ; il semble bien que la
répugnance à l'égard de tâches répétées soit généralement en corrélation
avec l'adaptabilité, l'intelligence. Les êtres intelligents vont jusqu'à
transformer subjectivement la monotonie qui leur est imposée de l'ex
térieur ; au cours d'états émotionnels aigus, ils font preuve d'une tolé
rance supérieure à la moyenne à l'égard des restrictions imposées.
L'auteur, en conclusion, souligne l'importance du concept de « variab
ilité » intra-individuelle ; il s'agit là, pour lui, d'une variable inter
individuelle digne d'être prise en considération et étudiée de manière
plus approfondie.
V. L.
REUCHLIN (M.). — L'hétérogénéité des résultats psychotechniques
en 0. P. (Communication au XIe Congrès international de Psycho
technique, Paris, 1953). —Bull. Psychol., 1953, 7, 1, 31-34.
La méthode des tests appliquée à l'O. P. est essentiellement fondée
sur la façon d'interpréter les résultats hétérogènes, inter et intra-indi-
viduels.
L'hétérogénéité intra-individuelle des résultats peut être envisagée de
deux façons — soit comme les estimations différentes d'un même para
mètre : le niveau général de l'individu, sa note en facteur G (travaux de
Spearman) ; dans ce cas, il n'y a plus de problème relatif à l'hétérogénéité
intra-individuelle — soit comme les estimations de paramètres diffé
rents (travaux de Thurstone) ; dans ce dernier cas, l'individu est caract
érisé par une série de notes, qui peuvent se répartir en « profil ». Une
troisième interprétation est celle de Burt qui admet une hiérarchie de
facteurs, le plus important étant général, les autres étant facteurs de
groupes ou facteurs spécifiques. Ce point de vue a l'avantage de concilier
les interprétations de Spearman et de Thurstone, et conduit, sur le plan
pratique, à caractériser un sujet par une série d'approximations success
ives. Ainsi la notion d'hétérogénéité intra-individuelle apparaît comme 514 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
une notion essentiellement relative. L'analyse statistique montre d'ail
leurs que le facteur général explique à lui seul une fraction de la variance
à peu près égale à celle qui est expliquée par tous les autres facteurs de
groupes réunis, de sorte que le problème est posé de savoir « ce qu'ajoute
à la validité des pronostics réalisés sur la seule base du facteur général, la
prise en considération des facteurs de groupe ».
L'hétérogénéité interindividuelle s'exprime en fonction des résultats
moyens obtenus par des groupes d'individus. A l'intérieur de chaque
groupe les sujets sont supposés avoir tous un caractère en commun et
différer au hasard les uns des autres sous l'angle de tous les autres caract
ères. Étant donné deux groupes ainsi définis A et B, si le groupe A pré
sente dans le test un résultat significativement différent de celui du
groupe B « nous pourrons affirmer que le résultat dans le test est lié stati
stiquement au caractère qui différencie le groupe A du groupe B ». Cette
constatation pourra, dans certains cas, et pour des raisons extra-statis
tiques, s'accompagner de l'hypothèse d'un lien de cause à effet entre le
caractère qui différencie les groupes A et B et la différence observée entre
les résultats moyens des deux groupes. De toute façon, cette constatation
pourra être utilisée pour interpréter la différence entre les résultats indi
viduels de deux sujets appartenant l'un au groupe A, l'autre au groupe B.
Un échantillon de sujets pourra être successivement subdivisé en autant
de groupes qu'il y a de façons de classer ces sujets, chacun occupant une
position donnée dans chacune de ces classifications. Des étalonnages mult
iples ainsi constitués « permettraient de n'attribuer à des facteurs innés
que la fraction résiduelle de la variance, celle qui ne serait pas explicable
par les appartenances des sujets à des groupes connus ». La nécessité de
constituer de tels étalonnages étant conditionnée par l'existence de diff
érences statistiquement significatives entre les groupes qui ont servi à les
établir. Cette notion de différence statistiquement significative est elle-
même relative à un certain seuil de signification et à un certain nombre de
sujets. « Ainsi, la question de l'hétérogénéité interindividuelle se ramène
à celle de savoir jusqu'à quel point nous devons resserrer le réseau d'ap
partenances au sein duquel nous situons le sujet. »
En conclusion, la notion d'hétérogénéité est essentiellement relative,
et son appréciation dépend, soit de l'analyse statistique même, soit des
données pratiques en vue desquelles cette dernière est faite.
M. P.
LÉON (A.). — Aspects pédagogiques de la tâche du Conseiller
d'O. P. (Communication au XIe Congrès international de Psycho
technique, Paris, 1953). — Bull. Psychol., 1954, 7, 5, 301-308.
L'auteur se propose ici d'envisager certains moyens propres à élargir
le rôle éducatif qui est déjà, en fait, assumé par le conseiller d'O. P. Dans
une note (p. 302) il met en garde le lecteur contre les risques d'une
position qui ne tiendrait pas compte des conditions réelles dans lesquelles
se posent aujourd'hui les problèmes de l'O. P. : « L'altitude qui consiste

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