Psychologie appliquée et sociale. - compte-rendu ; n°1 ; vol.47, pg 574-584

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L'année psychologique - Année 1946 - Volume 47 - Numéro 1 - Pages 574-584
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1946
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III. Psychologie appliquée et sociale.
In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 574-584.
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III. Psychologie appliquée et sociale. In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 574-584.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1946_num_47_1_8342— Psychologie appliquée et sociale. III.
297. — FRIEDMANN (G.). — Problèmes humains du machinisme
industriel. — In-8° carré de 387 pages, Paris, Gallimard, 1946.
Philosophe, sociologue, technologue, penseur qui s'est astreint
à un apprentissage ouvrier, esprit original, d'une très large enver
gure et d'une grande érudition, le professeur d'histoire du travail
au Conservatoire national des Arts et Métiers a entrepris de traiter
les graves problèmes que pose la confrontation de la machine avec
l'humanisme. Il avait, en 1936, consacré déjà (premier volet d'un
triptyque) un ouvrage à la crise du progrès, où il envisageait les
répercussions intellectuelles et morales de 1'« aventure mécanique »,
dans laquelle s'est lancée, non sans risques, l'humanité. Le volume
actuel, que doit suivre un essai sur la civilisation technicienne, est
le panneau central de ce triptyque.
Il traite du « facteur humain » et de ses limites, et envisage la
psychosociologie des entreprises d'où peut se dégager l'organisation
rationnelle vraiment efficiente.
Fondé sur une expérience personnelle, des témoignages dire
ctement recueillis et l'ensemble des travaux de psychotechnique et
de physiologie du travail, fortement pensé, il fournit à la fois des
données positives essentielles et des vues fécondes, tant sur le tay
lorisme et ses insuffisances, la fatigue, le milieu du travail, la pré
disposition aux accidents, que sur le rôle de la monotonie, de la
rythmisation et des conditions du travail à la chaîne, de la nature
de l'habileté professionnelle et de l'organisation de l'apprentissage.
L'attitude générale de G. Friedmann est essentiellement psycho
sociologique. L'importance des études physiologiques et
techniques n'est pas méconnue mais, avec raison, l'auteur montre
qu'elles ne peuvent à elles seules résoudre les graves problèmes posés
par le machinisme et que le rôle des facteurs sociaux a une impor
tance capitale, d'où la nécessité d'une collaboration étroite des
diverses sciences de l'homme. Et G. Friedmann croit à la possibi
lité d'une conciliation heureuse du machinisme et de l'humanisme
pour la satisfaction ouvrière.
« II n'est pas exact, dit-il, que la machine supprime, par elle-même,
toute joie au travail. Ce sont les conditions imposées une ratio
nalisation étroitement techniciste, au service d'intérêts particuliers,
qui approfondissent la scission entre l'ouvrier et son travail mécan
isé. C'est la distinction stricte la théorie et la pratique du
travail, écartant l'ouvrier de toute pensée professionnelle, qui l'en
tretient. Ce sont aussi, dans les entreprises, les relations sociales
et morales défectueuses entre les travailleurs et les cadres industriels,
qui l'aggravent. Même dans les conditions actuelles de l'industrie, PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE ET SOCIALE 575
on trouve certaines usines, rares il est vrar, où les éléments d'une7
joie au travail mécanisé se laissent pressentir. »
Assurer le contrôle psychophysiologique du travail et valoriser
le travail au triple point de vue intellectuel, moral et social, telles
sont les conditions essentielles qui permettront, selon l'auteur, de
réaliser la conciliation indispensable au maintien de notre civilisa
tion, à la fois mécanicienne et humaniste.
H, P.
298. — BINOIS (R.). — La Psychologie appliquée. — « Que sais-je?»
>• In-16 de 127 pages, Paris, Presses Universitaires, 1946. > .;
Dans la conclusion à son petit livre, l'auteur dit lui-même qu'il
n'a cas eu « l'ambition d'épuiser tout le domaine de la psychologie
appliquée, ni en extension ni en profondeur ». Cela serait en effet
fort difficile pour quelqu'un qui ne dispose que d'une centaine de
pages de petit format et se trouve devant un champ aussi vaste»
L'auteur s'efforce toutefois d'exposer les méthodes et les différents
problèmes qui se posent devant la psychologie appliquée.
Il nous semble qu'il serait préférable de traiter la question des
tests d'une façon générale sans en citer quelques-uns tout à fait
au hasard parmi des milliers d'autres très connus et bien étudiés.
Il nous paraît aussi un peu prématuré d'appeler « science aux
méthodes rigoureuses » l'étude de l'opinion publique telle par exemple
qu'elle est pratiquée par l'Institut Gallup. Après avoir examiné le
rôle de la psychologie appliquée pour l'adaptation de l'homme à
son métier et du métier à l'homme, l'auteur consacre quelques pages
à ce qu'il appelle « la psychologie de la vie commerciale » : réclame,
T. S. F., et termine en relatant dans un très court chapitre les rap
ports de la psychologie appliquée et de la pédagogie. Il exprime
l'espoir que l'on saura dans un proche avenir se servir des données
de psychologie appliquée pour le recrutement du personnel ensei
gnant. D espère aussi que la psychologie appliquée devenue auto
nome permettra le regroupement de toutes les disciplines psychol
ogiques.
D.M.
299. — PALMADE (G.). — La Psychotechnique. — « Que sais-je? »
In-16 de 127 pages, Paris, Presses Universitaires, 1948.
Pour se rendre compte de l'intérêt que présente un livre comme
celui-ci il faudrait confier son analyse à «l'homme de la. rue » qui
.n'a jamais entendu parler de psychotechnique. On pourrait alors
juger de l'utilité d'un petit ouvrage de ce genre écrit à la hâte et se
proposant d'exposer en quelques pages tout ce qui concerne un
vaste domaine à peu près inconnu du grand public...
On ne peut pas s'expliquer le choix que fait l'auteur de tel ou
tel détail. Ainsi, par exemple, nous voyons avec étonnement la
reproduction sur trois pages des fables de Duss dans un petit volume
consacré à la psychotechnique qui est pour l'auteur «essentiellement
l'adaptation de l'homme au travail ». On se demande aussi ce que
comprendrait « de la rue » (à qui sont destinées les publica
tions de cette collection), s'il lisait l'explication des procédés projec- 576 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES I
tifs, page 94 (empruntée à Rapaport il est vrai, mais l'ouvrage de
ce dernier est écrit pour les spécialistes).
Sans nous arrêter sur d'autres détails nous nous permettons tout
simplement d'exprimer le désir que les petits ouvrages de vulgari
sation soient écrits d'une façon moins pressée et moins négligente.
Si certains de leurs auteurs les considèrent comme une corvée dont
il faut se débarrasser le plus vite possible, autant ne pas l'entr
eprendre.
D, M.
800. — BAUMGARTEN (F.). — Die Psychologie der Menschenbe-
handlung im Betriebe (La Psychologie du maniement humain
dans Vindustrie). — 2e édition, in-8° relié de 304 pages, Zurich,
Rascher, 1946. .
Mme Baumgarten avait écrit son livre en 1930, pour la série de
monographies qui continuaient le traité de Science du travail de
Giese. Elle l'a repris et complété pour une publication autonome.
Dans les problèmes économiques de la production, le maniement
des travailleurs, sous ses aspects psychosociaux, n'est pas le moins
important. Si la structure sociale intervient, des éléments propre
ment psychologiques doivent toujours être envisagés et c'est sur
ceux-ci que les divers chapitres du livre visent à apporter d'utiles
précisions. Ils traitent du commandement et de la discipline, du
contrôle, du blâme, de la punition, de l'encouragement, des supérieurs
et chefs, des subalternes et de leur sélection.
Le livre, écrit avec aisance, n'a pas un caractère technique et il
est d'une lecture facile.
H. P.
301. — MAUCORPS (P.). — Psychologie militaire. — « Que sais-je ? »
In-16 de 128 pages, Paris^ Presses Universitaires, 1948.
Cet ouvrage a le mérite, dans le cadre étroit imposé à cette
collection, d'étudier les principaux problèmes de psychologie mili
taire sans cependant négliger le rappel succinct des principes théo
riques de base. Il intéressera donc à la fois les spécialistes militaires
généralement peu au courant de ces questions et les psychotechnic
iens qui y trouveront de précieux renseignements sur les problèmes
d'enquêtes d'opinions, de propagande, de cohésion fonctionnelle et
autres aspects psychosociologiques du combattant et du civil en
temps de guerre. Les recherches et réalisations touchant à l'adapta
' tion d'emploi du matériel ont été décrites militaire et montrent à ses conditions que ce secteur psychophysiologiques, de la psycholog
ie expérimentale, largement développé aux U. S. A. sous le nom
de « design psychology », est susceptible d'apporter des améliorations
substantielles de rendement. Les données relatives à l'orientation
des recrues, à la sélection des spécialistes et des cadres, à la forma
tion et à l'entraînement permettent déjà des comparaisons sur
l'efficacité des diverses méthodes psychotechniques employées. On
trouvera aussi, sous la rubrique « contrôle permanent de validité »,
quelques principes méthodologiques fondamentaux qu'il est toujours
utile de rappeler dans un ouvrage de vulgarisation. PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE BT SOCIALE 577
Le bilan dressé par cet ouvrage, clair et vivant, montre que la
position française dans ce domaine marque un retard considérable
sur l'étranger et on peut déplorer que les milieux militaires respon
sables ne fassent pas un plus large appel à la compétence de nos
psychotechniciens.
1. JL.
302. — MALMÉJAC (J.). — Médecine de l'aviation. Bases physio
logiques et physiopathologiques. — Gr. in -8° de 333 pages, Paris,
Masson, 1948.
Dans cette excellente mise au point en un domaine qui a pris
une importance considérable, le professeur de physiologie à la
Faculté de Médecine d'Alger, particulièrement compétent, apporte
les données condensées d'un nombre énorme de travaux (plus de
1.100), groupées en six parties : conditions imposées par le vol en
avion (variations atmosphériques, surtout la dépression, et accélé
ration); les" techniques physiologiques au service de l'aviation; la
physiologie de l'altitude et la protection contre les effets de la
dépression et du froid; l'analyse des mouvements de l'avion, la pro
tection contre les effets de l'accélération et le mal de l'air; une syn
thèse physio -pathologique; enfin aspects de la sélection du per
sonnel navigant, avec exposé succinct de la sélection médicale, de
la sélection proprement physiologique et enfin de la sélection psy
chophysiologique, dont l'auteur, qui a appliqué en Algérie les
méthodes militaires américaines, a acquis une pratique personnelle
éprouvée.
Complété par un riche index analytique, l'ouvrage se montre
particulièrement utile.
H. P.
303. — MIRA Y LOPEZ (E.).— Manual de orientation profesional.
— In-8° relié de 415 pages, Buenos-Aires, Kapeluoz, 1947.
Ce livre, qui inaugure une bibliothèque des Sciences de l'Educa
tion publiée en Argentine sous la direction d'A. D. Calcagno, est
dû à l'ancien directeur de l'Institut psychotechnique de Barcelone,
qui dirige actuellement, à Rio de Janeiro, un Institut d'Orienta
tion et Sélection professionnelle. C'est dire sa compétence en la
matière. •
L'ouvrage, très complet, envisage d'abord, avec un rappel his
torique, la nature, les buts et les principaux problèmes de l'O. P.,
les facteurs qu'il faut envisager et les données indispensables à qui
doit donner un conseil, puis des notions d'analyse professiographique
et de classification des métiers, quelques. indications statistiques, les
indications méthodologiques essentielles pour les déterminations
physiopathologiques, l'exploration des aptitudes sensorielles, de
l'affectivité et du tempérament, des conatives et psychom
otrices, du rendement intellectuel et de certaines aptitudes spé
ciales, avec un chapitre consacré au problème de la personnalité
et des conclusions sur les difficultés d'interprétation et sur la pro
fession de conseiller d'O. P.
l'année psychologique, xlyh-xlviii 37 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 578
Cet excellent manuel rendra grands services, en particulier à
tous les pays de langue espagnole.
H. P.
304.— DE GREEFF (E.). —Introduction à la Criminologie. — In-8°
de 415 pages, Paris, Presses Universitaires, 1946.
Ce livre constitue la deuxième édition d'un Cours donné à Lou-
vain à l'école des Sciences criminelles; la première édition datait
de 1937; plusieurs chapitres ont été entièrement revus, d'autres
complétés, d'autres même ajoutés, faisant ainsi du nouveau volume
une source d'information très à jour, quoique limitée presque exclu
sivement à la Belgique et aux cas examinés par l'auteur; les chiffres
cités en provenance des autres pays, surtout des Etats-Unis, sont
malheureusement en retard au moins d'une vingtaine d'années en
général.
Dans ce premier volume, l'auteur examine successivement les
causes de la criminalité, ou du moins les faits qui lui sont associés :
facteurs sociaux tels que niveau d'instruction, niveau économique,
transformations sociales ambiantes, alcoolisme, divorce, presse,
cinéma; facteurs géographiques ou physiques tels que température
et mois de. l'année (chap. I); facteurs psycho-sociaux tels que cité,
quartier, rue et surtout milieu familial; mais cette influence du
milieu ne doit pas être interprétée seulement en fonction de l'él
évation ou de la bassesse — sociale ou morale — de celui-ci, de sa
cohésion ou de sa désagrégation, mais aussi en fonction du fait que
ce milieu est accepté ou non par les parents, qu'ils cherchent à
s'élever ou au contraire aggravent encore leur situation : « Les
parents ne lèguent pas seulement leur milieu à leurs enfants, mais
aussi le fait qu'ils n'en sont pas sortis...; ce n'est pas le fait d'être
pauvre qui peut être significatif, mais le fait d'être l'artisan de
sa pauvreté ou d'en rester le témoin indifférent » (p. 98); d'autre
part, le milieu n'agit pas mécaniquement sur l'enfant : celui-ci n'est
pas purement passif comme on le croit trop souvent, il n'est pas
uniquement une cire molle, il construit sa personnalité tout autant
qu'elle est construite et elle se forme en fonction à la fois de ses
propres possibilités psychologiques et des possibilités que lui offre
le milieu; mais l'influence de celui-ci reste essentielle dans la fo
rmation du sens moral et à cette occasion, l'auteur analyse la per
sonnalité du récidiviste, qu'il rattache à la désagrégation famil
iale (p. 103); d'autres facteurs familiaux sont ensuite envisagés
exprime l'essentiel de sa position morale. Le chapitre
modifications du milieu : modification brusque par émigration,, par
transformation matérielle (villes nouvelles, éclairage), par boule
versement social ou économique et des modifications de la person
nalité par rapport au milieu sous l'influence d'une faute réelle,
d'un sentiment de culpabilité non motivé, d'une intoxication, ou début de maladie mentale, modifications traduites non seu
lement par l'altération du sens moral et de graves déviations de
la conduite, mais par celle du langage, qui se dégrade en argot. PSYCHOLOGIE APPXIQUÉE ET SOCIALE
Finalement, dans ces rapports entre l'individu et le milieu, tout se
passe comme s'il s'opérait un choix réciproque : après le sevrage
familial, le milieu n'est plus inéluctable mais devient le milieu.
choisi par l'individu qui se laisse attirer et retenir par lui.
Puis, suivant un plan qu'on voudrait plus évident et plus systé
matique, l'auteur reprend, sous l'angle d'une analyse de la per
sonnalité du délinquant, cet examen des causes ou des facteurs
concomitants, examen qui chevauche quelque peu avec celui qui
occupe les chapitres précédents : anatomie, physiologie et princir-
palement endocrinologie, morphologie (chap. IV), âge, sexe, race,,
intelligence, toxicomanie, niveau d'instruction, état civil, ordre de
naissance, nombre d'enfants dans la famille, violences collectives,
telles que lynchage ou atrocités de guerre, de révolution, ou d'épi
démie, religion (chap. V), déséquilibre, maturité du raisonnement
et de l'imagination, émancipation ou dépendance persistante vis-à-
vis du milieu, émotivité, sexualité et éducation des inhibitions,
sens moral, apparition et fixation des instincts au moment correct
de l'évolution individuelle (chap. VI, jusqu'à la page 249), plan
évidemment assez désordonné et qui nuit quelque peu à la mise en
valeur du riche contenu, où pourtant la grande expérience psychol
ogique et criminologique affleure à chaque ligne en des aperçu»
admirables de profondeur et de finesse; mais il s'agit toujours d'un*
exposé général de ces divers problèmes et jamais d'une étude con
crète sur un groupe donné, ni 'de. résultats numériques nouveaux^
ou d'ensemble. .
Toujours suivant son plan mystérieux, ou simplement un peu»
décousu, l'auteur passe alors à la description des types principaux
de déséquilibrés : hyperémotifs, anxieux, mythomanes, déséquilibré*
de la volonté (impulsifs ou abouliques), de la sexualité, de l'humeur
(cyclothymiques, dépressifs), de l'affectivité (schizoides). Puis, il
essaie d'éclairer du dedans ces états morbides en se mettant à la
place de ces divers déséquilibrés et en présentant leurs sentiments,
comme une expérience vécue : sentiment d'injustice subie, complexe
d'infériorité, complexe de fixation maternelle; ces analyses sont
accompagnées de quelques études de cas où les motifs du crime ou*
du délit futur ainsi que l'évolution qui y conduira sont mis eut
relief avec un sens dramatique du concret individuel digne d'un
Balzac.
Quelques pages suivent, sans beaucoup de lien avec les précé»
dentés, sur la prophylaxie criminelle de ces déséquilibrés et la diff
iculté d'élaborer à leur usage une loi de défense sociale efficace,,
étant donné le nombre presque illimité des différentes formes de
déséquilibre et le encore plus grand de leurs combinaisons^
une prophylaxie sérieuse demanderait avant tout un diagnostic sâr
et compétent, portant surtout sur le point de savoir si l'acte criminel;
est une manifestation chronique ou paroxystique; dans le premier
cas, qui s'applique aux récidivistes incorrigibles, la libératioa à
l'essai, en exerçant la pression permanente d'une contrainte et
d'une menace, paraît être la moins inefficace des mesures; dans le
second cas, un internement prolongé, alors que la bouffée délirante,
souvent unique, est passée, est une mesure absurdement sévère;. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 580
l'internement préventif, en cas de déséquilibre grave et passager,
permettrait au contraire de protéger la future victime en même
temps que le futur criminel, qui ne serait jamais alors qu'un pré
criminel arrêté à ce stade préliminaire (fin du chap. VI).
Le dernier chapitre (VII) traite de l'homicide et de quelques-
unes de ses variétés : I. Meurtres ayant en vue de faciliter le vol, à
l'occasion desquels il analyse la personnalité du bandit (opérant
seul, ou en groupe) et son évolution criminogène et celle de l'assassin
qui s'attaque à de vieilles personnes ou à des amis, une épouse, ou
une maîtresse, pour les voler, donc seulement à des personnes sans
défense; un cas particulier de cette dernière catégorie est celui des
parricides. II. Homicides en vue d'une libération personnelle, c'est-
à-dire ayant pour but de faire disparaître l'être gênant s'opposant
à la satisfaction d'une ambition, d'un amour, ou d'un désir de liberté
(homicides utilitaires); à cette occasion il analyse la psychologie
de ce type de criminels et les trois stades par lesquels ils passent :
assentiment inefficace au crime, assentiment formulé, crise et
exécution — ce qui soulève le problème de l'appréciation de la
préméditation — ; puis il explique le caractère maladroit ou brutal
de l'acte et décrit les sentiments qui suivent le dénouement :
soulagement chez les obsédés, regrets chez les normaux, regrets
nuls chez les paranoïaques, indifférence chez les déments pré
coces, etc.; enfin, il étudie les variétés de procédés employés :
exécution par un tiers, pseudo-suicide, poison (Mme Lafarge, Thé
rèse Desqueyroux) ; un appendice, placé là d'une façon un peu incohé
rente, reprend la question du parricide et traite du crime politique uti
litaire (meurtre de Raspoutine) ou désintéressé (Ravaillac). III. Les
Dépeceurs, où il cite les cas typiques de deux bouchers et à l'occasion
desquels il discute le problème de la culpabilité d'intention, non
de fait. IV. Crimes passionnels, qu'il faut distinguer en crimes de
passion et crimes de vengeance « légitime »; une étude statistique
donnant pour cette catégorie de crimes le pourcentage des différents
motifs affectifs, des professions, des taxes sociales, du nombre
d'enfants, de l'illégitimité, de l'alcoolisme, du lien avec les victimes,
de l'arme choisie, du passé judiciaire, etc., est empruntée au travail
de MUe Tuerlinck sur les prisons de Louvain; le mécanisme psycho
logique prévalant chez ces meurtriers passionnels, chez qui l'amour
est en réalité du type digestif, non oblatif, est identifié à un processus
de réduction : dévalorisation finale de l'aimé et retour de la valo
risation de soi; le processus fondamental est au fond un
suicide, même si le suicide n'est pas finalement exécuté : on y
trouve comme dans le perte du goût à la vie par perte de
l'aimé, qui atteint à ce moment sa valorisation ou revalorisation
maxima, puis acheminement vers l'idée criminelle par renversement
de l'attitude auto-destructrice, sans pour cela retrouver goût à la
vie* La prophylaxie de ces crimes doit être à la fois directe et indi
recte : indirecte, par éducation du public, bannissement de la litt
érature tendant à les glorifier, désapprobation sociale à la fois pour
le meurtrier, assimilé à un anormal et pour la victime provocatrice;
directe, en évitant avant tout d'aggraver la crise latente, et en
essayant de la prévenir par des entretiens psychothérapiques de PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE ET SOCIALE • 581
l'assistante sociale ou du commissaire de police, ou bien, si un délit
mineur en fournit l'occasion, par l'arrestation immédiate, qui per
met de pratiquer dans les meilleures conditions l'enquête sociale
et le traitement psychologique, et d'adapter la condamnation à
l'effet le plus favorable. V. Homicides pathologiques, parmi lesquels
on distingue : a) l'impulsion morbide chez des individus habi
tuellement normaux; ici la constitution joue son rôle, mais il s'y
ajoute l'apport de facteurs casuels supplémentaires : maladie, alcool,
peur, etc.; b) l'impulsion homicide alcoolique, cas dans lequel il
faut individualiser le jugement et tenir compte du fait que la vio
lence est habituelle ou non, que le coupable possède les attributs
habituels du délinquant, ou au contraire a eu jusque-là une vie
sociale à peu près normale; c) homicide au cours d'une ivresse
grave, les meilleurs critères de celle-ci étant, non la dose d'alcool
dans le sang (en raison de la variabilité de la sensibilité individuelle),
non l'amnésie, facile à simuler, mais la confusion mentale et l'ob
scurcissement de l'instinct de conservation; d) delirium tremens,
véritable état d'aliénation. Ces impulsions criminelles rentrent dans
le chapitre des impulsions morbides; on distingue 1° celles qui sont
sans motif (actes gratuits), cas qui se rencontre surtout en litt
érature (J.-P. Sartre : Le Mur)] 2° les impulsions par idée obsédante,
où une cause infime suffît à transformer l'impulsion en réalité
(par ex. :les crimes « altruistes » des mélancoliques) ; 3° les impulsions
par idées délirantes (par ex. : les meurtres de paranoïaques, de
jaloux, Ravaillac); 4° les impulsions par motif utilitaire, ce qui
nous ramène à la partie II du même chapitre : homicides utilitaires;
même guidé par 1 inconscient le geste criminel se fait dans un sens
conforme à l'intérêt du criminel, mais s'il se réalise c'est parce
qu'il y a une fragilité morbide du contrôle émotionnel (par ex. :
chez les épileptiques); 5° les impulsions stéréotypées, qui tendent
à répéter indéfiniment le même type de crime et à le considérer
alors comme « un des Beaux- Arts » (Anna Schonleben, Marie Jean-
neret, Landru, Petiot...). VI. Infanticides : infanticide gratuit (très
rare), infanticide par brutalités, infanticide par vengeance, infan
ticide par raisons sociales (le plus fréquent), par crise
morale chez la mère, infanticide par troubles mentaux et surtout
par mélancolie.
Ce qu'il faut le plus louer, dans ce livre un peu désordonné où
certains passages révèlent une connaissance et une compréhension
tout à fait admirables des délinquants et des problèmes crimino-
logiques, et chez ce médecin dont on pourrait s attendre à ce qu'il
se borne à des descriptions cliniques, c'est le profond sens socio.-
logique et psychologique qui se manifeste à chaque page, et par
exemple dans des lignes comme celles-ci : « Le juge, commodément
installé son fauteuil et qui généralement n'a jamais connu
l'abandon, l'isolement dans une autre région où il faut gagner sa
vie parmi l'indifférence et- la misère, ne se demande jamais devant
un coupable ce que furent les influences, peut-être minimes à un
moment donné, qui provoquèrent Péclosion du délit... »
On attend avec impatience le deuxième volume.
C. N. »CU.IOCRAPS1QÜBS
— GEMELLI (A.). — - La personalità del delinquent© net suol
.fondamentl Motogiel et pdoologiei (La personnalité du délinquant
-dans ses fondements biologiques et psychologiques). — In-8° de
322 pages, Milano, 1946.
1/intérêt que A. Gemelli porte aux problèmes de la délinquance
*ne date pas d'hier et ce récent ouvrage n'est que la suite d'une
■étude parue il y a près de quarante ans. Laissant de côté la question
«ttseuse des rapports entre l'anthropologie criminelle et la crimi
nologie l'auteur se propose de montrer avant tout l'importance que
<|>eut présenter pour la prévention morale et sociale de la délinquance
ïa connaissance des fondements biologiques et psychologiques de
îa personnalité du délinquant.
Il est impossible de trouver, dans une explication basée sur la
seule psychopathologie, la cause nécessaire et exclusive du délit.
Une interprétation purement biologique de la délinquance ne saurait
être plus satisfaisante. Dans l'un et l'autre cas on néglige l'obligation
essentielle de considérer l'homme dans son ensemble et dans la
totalité de sa vie organique et psychique.
iLa psychanalyse et la psychologie individuelle ont également
échoué dans leur effort pour aboutir à une connaissance exacte de
3a personne humaine. La première parce qu'attribuant une valeur
•décisive à l'élément instinctif elle a voulu expliquer toute la vie de
J*adulte par son enfance. La seconde parce qu'elle a fait dépendre
'de l'influence du milieu et de l'ambiance familiale au cours des
«premières années toute l'évolution de l'individu et des différences
de caractères. k
La recherche des facteurs de la personnalité humaine et la déter
mination des caractéristiques de cette ne doivent pas
aboutir à une classification typologique des délinquants. Cette
classification a complètement échoué après avoir vainement tenté
«le se réclamer des théories typologiques contemporaines.
L'étude de la personnalité du délinquant a encore un but : fournir
3es critères nécessaires pour individualiser la peine et ainsi la rendre
ef&ctice. C'est en tenant largement compte des caractéristiques
individuelles du coupable considéré dans le milieu social où il est
né, où il s'est développé et a travaillé que l'action répressive ou
^préventive de la loi peut trouver un fondement positif.
La réforma actuellement en cours du Code pénal italien laisse
•espérer que sur de telles bases on pourra élaborer un instrument
de la plus grande portée sociale et. de la plus, réelle valeur juri-
•dique.
H. G. A.
30& — DESHAIES (G.). — Psychologie du suicide. — In-8* de
375 pages, Paris, Presses Universitaires, 1947.
Dans ce travail très complet, basé' sur une critique approfondie
des conceptions les plus classiques sur le suicide et sa causalité et
en particulier de la théorie sociologique d'Halbwachs, Deshayes
cherche à envisager le problème sous l'angle proprement psycho
logique. L'acte suicide est pour lui la forme la plus significative
«de là conduite auto-destructrice, qu'il considère comme universelle,

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