Psychologie chimique et pathologique - compte-rendu ; n°1 ; vol.76, pg 324-345

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L'année psychologique - Année 1976 - Volume 76 - Numéro 1 - Pages 324-345
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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Psychologie chimique et pathologique
In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°1. pp. 324-345.
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Psychologie chimique et pathologique. In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°1. pp. 324-345.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1976_num_76_1_28145Psychologie chimique et pathologique
Neale (J.M.),Davison (G.), Price (K.P.). — Contemporary readings
in psychopathology. — New York, John Wiley & Sons, 1974, 337 p.
Ce recueil de textes sur la psychologie pathologique a comme premier
mérite d'offrir aux étudiants une série d'articles dont la moitié est très
récente puisque les textes datent de 1970 ou moins. De plus, les textes
choisis sont des textes « classiques », bien documentés, et certains de
leurs auteurs sont désormais célèbres.
Dans la première partie consacrée aux modèles de la maladie mentale
on lira avec intérêt une discussion sur le concept même de ment
ale, sur la validité du diagnostic psychiatrique et de la nosographie
actuelle à travers des articles comme celui de Szaz ou de Rosenhau. Le
premier, père de l'antipsychiatrie, dénonce avec vigueur « Le mythe de
la maladie mentale » (titre de son article repris et développé dans son
livre paru chez Payot en 1975). Quant au second, il raconte cette expé
rience hallucinante d'internement volontaire de lui et de sept autres
participants dans des asiles psychiatriques. On voit comment l'étiquette
diagnostique enferme peu à peu dans un système répressif et déperson
nalisant dont il devient impossible de sortir même si l'on se conduit de
façon parfaitement normale.
Dans la deuxième partie sur la névrose, la maladie psychosomatique
et la dépression, l'article de Rachman prouvant à l'aide du petit Hans la
supériorité des théories de l'apprentissage sur celles de la psychanalyse
suscite pour le moins l'intérêt, sinon la controverse.
Les déviations socioculturelles comme la psychopathie, l'alccolisme,
la drogue ou l'homosexualité féminine font l'objet de la troisième partie
avec des expériences récentes et intéressantes quant au protocole expé
rimental utilisé.
La quatrième partie est consacrée à la schizophrénie et l'autisme
infantile avec en particulier une étude longitudinale et une comparaison
des enfants de mères schizophrènes et d'enfants de mères normales
élevés en milieux nourrissiers.
Enfin, la dernière partie est consacrée aux méthodes thérapeutiques
en vogue actuellement aux Etats-Unis telles que la thérapie rogérienne,
les thérapies du comportement, les groupes de rencontre et les commun
autés thérapeutiques.
Livre de textes récents, traitant de problèmes actuels difficiles, cet
ouvrage ne peut qu'intéresser les lecteurs même s'il provoque parfois
l'irritation ou les critiques.
A. M. Mairesse. PSYCHOLOGIE CHIMIQUE ET PATHOLOGIQUE 325
Brenner (Gh.). — An elementary textbook of psychoanalysis. —
New York, University Press, 1973, 280 p.
Réédition d'un bon manuel d'initiation à la psychanalyse paru pour
la première fois en 1955, et écrit par l'ancien président de l'Association
psychanalytique américaine. C'est dire son orthodoxie, dans la perspect
ive de Pégo-psychanalyse préconisée par Hartmann, et sa désuétude.
Car la révision de cette nouvelle édition n'apporte guère d'éléments nou
veaux, et la bibliographie n'a été complétée que par quelques références
postérieures à 1955. Un court chapitre ajouté à la fin de l'ouvrage sur les
perspectives d'avenir de la psychanalyse paraît résolument optimiste
quant à son évolution et à ses applications, et ne semble pas tout à fait
concorder avec les informations qui nous arrivent sur un certain déclin
de cette discipline dans le milieu psychiatrique nord-américain.
J. POSTEL.
Page (J. D.). — Psyehopathology, the science of understanding
deviance. — Chicago, Aldine, 1975, 2e éd., vn-510 p.
Cette deuxième édition d'un manuel destiné à des étudiants comporte
bien entendu une mise à jour de la bibliographie mais on trouve aussi
de nouveaux développements sur les problèmes des alcooliques, drogués,
et ceux des suicidaires et sur les différents problèmes sexuels. Ces nou
veaux accents tendent à souligner la continuité entre les états de santé
et ceux de maladie ainsi que l'universalité des troubles psychologiques.
R. A. V. Mallet.
Hartmann (H.), Kris (E.), Lœwenstein (R. M.). — Eléments de
psychologie psychanalytique. — Paris, Presses Universitaires de
France, 1975, 278 p.
Recueil de six articles et conférences présentés au cours des
années 1945-1964 et fruits de la constante collaboration des trois
auteurs. La réunion de ces six documents pour une publication globale
est l'œuvre des auteurs qui lui ont donné le titre de Papers on psycho
analytic psychology paru en 1964 chez International Universities Press.
La traduction est l'œuvre de Denise Berger. Les thèmes abordés concer
nent principalement l'étude psychanalytique de l'enfant. On y trouve
aussi un article sur « Psychanalyse et culture » et un sur le rôle de la
théorie.
R. A. V. Mallet.
Grinker (R. R.). — Psychosomatic concepts. — New York, Jason
Aronson, 1973, 219 p.
La première parution de ce classique de la médecine psychosomatique
remonte à plus de vingt ans. L'édition actuelle a été revue et corrigée.
Cependant, comme l'écrit l'auteur dans la préface, « il y a eu peu de 326 ANALYSES BIËLtOGftÀPHÎQUËS
progrès dans le champ de la médecine psychosomatique dans les deux
dernières décennies ». Il n'y a d'ailleurs aucune mention des travaux
récents en la matière dans cet ouvrage.
L'essentiel de l'œuvre de Grinker est de mettre en lumière l'existence
de corrélations entre les systèmes physiologiques et psychologiques plus
déterminantes que de simples relations linéaires de causalité. Pour lui,
les stress engendrent en premier lieu une réponse globale d'origine endo
crinienne, puis successivement les réponses localisées, plus ou moins
spécifiques quelle que soit la nature du traumatisme. Ces réponses sont
fonction de facteurs héréditaires ou acquis lors des premières expériences
de la vie. C'est pourquoi, pour Grinker, la mise en évidence de « réponses
spécifiques » à une grande variété d'agressions, impose la prise en consi
dération de facteurs liés aux modalités du développement, en parti
culier à l'entourage socio-culturel de l'individu.
Cet ouvrage, d'une lecture facile, constitue un préambule indispen
sable à ceux qui s'intéressent aux processus transactionnels.
Pr Samuel Lajeunesse.
Luban-Plozza (B.), Pöldinger (W.). — Le malade psychosomatique
et le médecin praticien. — Toulouse, Privat, 1975, 255 p.
Voici un très bon ouvrage d'initiation à la médecine
préfacé par M. Balint dont Luban-Plozza fut un des élèves.
Les données historiques, les « affections psychosomatiques » décrites
appareil par appareil, les « syndromes psycho -neurovégétatifs » sont
très simplement et très bien exposés.
Par contre, dans le chapitre consacré à l'anxiété, les auteurs ont
voulu apporter une classification des états anxieux et rendre compte des
principales théories en la matière. Cependant, leur différenciation des
états d'anxiété repose en fait sur des conceptions théoriques, ce qui ne
contribue pas à clarifier les problèmes. Les dépressions larvées ou mas
quées, sujet du chapitre suivant, sont sémiologiquement bien décrites
mais malheureusement replacées dans un contexte nosologique ancien
et très contestable.
Les différentes modalités d'approche des malades atteints d'affections
psychosomatiques, les réflexions sur les thérapeutiques, sur les diff
icultés du « non-psychiatre » sont exposées avec pertinence et facilité.
Par contre, le chapitre sur la psychopharmacologie apparaît comme trop
ambitieux et donc superficiel. Il ne laisse pas assez place, ainsi qu'on
aurait pu s'y attendre, à l'exposé des problèmes psychologiques posés
par l'administration des médicaments.
Malgré ces imperfections, cet ouvrage est sans doute le meilleur que
l'on puisse trouver sur le sujet actuellement.
Une excellente bibliographie de 903 références le complète.
Pr Samuel Lajeunesse. PSYCHOLOGIE CHIMIQUE ET PATHOLOGIQUE 327
Olivier-Martin (P.), Pichot (P.) (Eds). — Psychological measure
ments in psychopharmaeology. — Bale, Munich, S. Karger, 1974,267p.
On trouve dans ce livre des renseignements très complets sur les
problèmes posés par les mesures quantitatives et qualitatives en psychiat
rie et en psychopharmacologie.
Il est composé d'une série d'articles qui ont l'avantage d'avoir été
rédigés par les auteurs des échelles les plus employées. Chacun s'est
employé à montrer les limites de validité et l'intérêt ainsi que les modal
ités d'emploi de ces échelles dans leurs utilisations, soit dans un but
diagnostic, soit à des fins de recherche.
Deux types de sujets moins fréquemment abordés seront lus avec
intérêt : d'une part, les problèmes posés par les études longitudinales
et par les études coopératives, d'autre part, le problème de la quantif
ication de l'anxiété et des états maniaques pour lesquels il existe peu
de données à l'heure actuelle.
L'accent est mis sur un certain nombre de difficultés inhérentes à la
mesure en psychiatrie dès l'introduction par le Pr P. Pichot, maître
d'oeuvre de cet ouvrage. En particulier, on trouve un article fort inté
ressant à propos des problèmes sémantiques posés par ces mesures ; les
auteurs y montrent en particulier les disparités que l'on retrouve à ce
niveau entre les divers juges : médecins, infirmières et le malade lui-
même. Dans le cadre de ces difficultés entrent aussi l'évaluation d'un
état qui soit strictement « actuel » et bien sûr la mauvaise concordance
existant entre psychiatres à propos des diagnostics en psychiatrie dont
on voit bien qu'elle peut rendre la base de l'édifice bien instable.
On ne trouve pas dans ce livre l'ensemble des échelles ou moyens
d'évaluation employés, et compte tenu que chacun a des avantages et
des inconvénients propres on pourrait le regretter. Cependant, dans l'état
actuel des travaux concernant ce sujet, il paraît bénéfique de voir
se « centraliser » un certain nombre de méthodes ; en acceptant un certain
nombre d'imperfections au moins valide-t-on un minimum de notions
fondamentales et arrive-t-on à un consensus lorsque l'on
compare les travaux effectuées en des lieux divers.
Bien sûr, l'ensemble de ces méthodes repose sur un axiome : la mesure
des symptômes, la quantification d'un état émotionnel sont possibles.
Cette façon d'aborder les variations de l'état mental est peut-être témér
aire, cependant dans notre société pragmatiques elle donne des réponses
pragmatiques aux comparaisons entre diverses thérapeutiques en éva
luant les modifications survenues avec des traitements divers ou sans
traitement. Y. Lecrubier.
Ey (H.), Lairy (G. G.), Debarros Ferreira (M.), Goldsteinas (L.).
— Psychophysiologie du sommeil et psychiatrie. — Paris, Masson,
1975, 315 p.
L'originalité de cet ouvrage, premier du genre en notre langue, est ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 328
d'insérer une immense quantité de faits connus (partie II) et inédits
(partie III) dans une philosophie consciente d'elle-même (parties I
et IV). Le fait est si rare qu'il mérite qu'on s'y arrête.
I. La philosophie s'affirme comme un organodynamisme issu de
Bergson, Janet et Jackson. Il s'oppose à toute espèce de réduction-
nisme, matériel ou spirituel. Le vivant n'est ni machine, ni pure inten-
tionalité, mais un mouvement continu, programmé pour aller du moins
différencié et du moins structuré (inconscient), vers une plus grande
différenciation, personnalisation et autonomie de la conscience. Mais ce
mouvement n'est pas d'une pièce, il doit comporter certains allers et
retours entre conscient et inconscient : c'est la fonction de 1' « événement
hypno-onirique » que d'accomplir chaque soir cette régression. Tout
blocage de ce mouvement d'autonomisation débouche sur la maladie.
Le phénomène hypno-onirique » doit être étudié comme une structure
spatio-temporelle vivante, faite non d' « états » séparés mais de « phases »
ou de « fonctions » qui se différencient progressivement au cours de l'onto
genèse. Le rêve, pour Ey, n'est pas « gardien du sommeil mais son pr
isonnier », c'est-à-dire qu'il a une place et une fonction déterminées dans
un nycthémère normalement structuré et une autre fonction dans un
nycthémèse désorganisé.
Les auteurs affirment que la maladie est une régression vers des
modes inférieurs de différenciation et de structuration. Elle porte sur
l'ensemble des structures spatio-temporelles et des rythmes psychoso
matiques dont l'organisation et la différenciation du nycthémère ne
sont que l'aspect le plus visible.
II. Les faits (parties II et III). — La partie II, « Rappel des études
électrophysiologiques et psychophysiologiques », comporte trois sous-
parties. L'une est consacrée à l'animal : données phylogéné tiques, physio
logiques, privations sélectives de sommeil paradoxal. Une autre est
consacrée à l'homme : on y retrouve les mêmes rubriques avec des
données relatives à l'âge, à l'activité mentale au cours de toutes les
phases du sommeil, et surtout au sommeil des confus, des maniacod
épressifs, des schizophrènes. La dernière, enfin, est un classement des
théories relatives aux mécanismes et aux fonctions du sommeil.
La partie III, de loin la plus originale, comporte trois sous-parties.
1) Un ensemble d'études électrophysiologiques portant sur 500 enre
gistrements du sommeil de toute la nuit de sujets normaux et malades.
Les auteurs ont été amenés à conceptualiser les notions de phases inte
rmédiaires (PI) entre veille et sommeil et sommeils rapides (SR).
2) Un ensemble d'études psychophysiologiques qui a été mené en
deux temps.
a) Sur l'activité mentale pendant le sommeil à travers une analyse
du discours et du « contact » de patients réveillés à divers stades, notam
ment au cours des phases intermédiaires et des phases de mouvements
oculaires (PMO). Après ces études, les auteurs concluent qu'il faut renon- PSYCHOLOGIE CHIMIQUE ET PATHOLOGIQUE 329
cer à la double assimilation délire = rêve = phase de mouvements
oculaires, le rêve se situant à tous les stades du sommeil chez les normaux
et les délirants ne rêvant guère. Il y a une différence entre rêves :
en PMO le rêve est le résultat de mécanismes de structuration en mémoire
de faits récents et se prête donc bien à l'expression verbale ; le rêve en PI
au contraire est lié à une « régression » du nycthémère vers une déstruc
turation favorisant les manifestations inconscientes ;
b) Sur les effets psychologiques des privations, dites « sélectives » de
sommeil.
3) Un ensemble d'études cliniques, électro-encéphalographiques et
psychophysiologiques ont été faites chez les malades « chroniques » (sch
izophrènes) et chez les malades « aigus » (délirants, confus, éthyliques).
La conclusion, sur le plan des notions, est que la triade veille, sommeil,
sommeil paradoxal est trop simpliste, elle fait abstraction des phases
intermédiaires et des sommeils rapides. Sur le plan clinique, on conclut
que l'immersion des malades dans les phases intermédiaires est signi
ficative et témoigne d'une régression massive vers l'indifférenciation pri
mitive. Sur le plan théorique, on peut dire qu'il y a bien une relation entre
maladie et régression massive du nycthémère vers une de structuration.
D. Van Ganeghem.
Poirel (G.). — Les rythmes circadiens en psychopathologie. — Paris,
Masson, 1975, 113 p.
Un ouvrage important, malgré — ou à cause — de son petit format,
parce qu'il offre une synthèse des méthodes, concepts et problèmes de
l'actuelle Chronobiologie quantitative appliquée à la psychologie et à la
psychiatrie.
I. Les concepts théoriques débouchent tous sur celui d'horloges bio
logiques. La notion d'horloge renvoie à l'idée d'une fonction de synchron
isation innée des rythmes arcadiens (T ~ 24 heures). Cette horloge
est sans doute génotypique, mais entre cette horloge et ses manifestations
phénotypiques, il y a une série d'horloges relais aux plans cellulaire,
neurophysiologique, mais aussi psychologique, par le biais d'images
archétypales et de structures rythmiques de la mémoire. Bien que ces
rythmes puissent être brouillés, ils sont tous mesurables.
Les concepts empiriques (chap. 1) sont ceux qui précisément per
mettent cette mesure : « systèmes » temporels formalisables dans une
perspective structuraliste, rythmes circadiens, notions de « phase, acro-
phase, fréquence, période, amplitude ».
II. Les méthodes utilisées sont les suivantes :
— les méthodes d'observation par appareils enregistreurs de l'activité
et de l'émotivité... ;
— les mathématiques permettent de décomposer en courbes
simples des rythmes compliqués, mais risquent de masquer la « signi
fication psychologique de la structure globale » ; 330 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
— les méthodes expérimentales destinées à différencier les périodicités
endogènes et exogènes. Parmi elles, la méthode des « déphasages
temporels » ou de la « dérive horaire » consiste à soustraire un animal
ou un homme à toute périodicité externe (lumière, température...).
Dans quatre chapitres (2 à 5) on trouve l'application de ces méthodes
à l'étude de la périodicité de la réactivité émotionnelle, motrice, de la
périodicité des motivations primaires (faim, soif, sexualité) et celle des
crises d'épilepsie et de la crise audiogène chez le rat. Le chapitre 7
insiste sur la dissolution fonctionnelle des horloges psychologiques. Ainsi,
la dualité du temps vécu est visible à travers le schizophrène chez lequel
l'horloge affective semble arrêtée alors que l'horloge intellectuelle conti
nue de fonctionner.
Le problème des rapports entre toutes les horloges biologique et
psychologique (divisées entre affectives et intellectuelles) n'a guère été
traité expérimentalement. Poirel semble s'orienter vers l'idée que le
discours d'une part, les images archétypales d'autre part, sont de puis
sants synchronisateurs de notre expérience temporelle parce qu'ils lui
donnent non seulement une structure mais un sens.
Par-delà la réflexion épistémologique, l'A. se pose un certain nombre
de problèmes philosophiques relatifs à Vorigine des rythmes circadiens
endogènes (endogenèse acquise à partir des rythmes cosmiques ?) ; autant
poser le problème de l'origine de l'information génétique et de la vie.
Le problème de la nature et de la signification du temps, qui débouche sur
la métaphysique, devrait un jour faire de cet ensemble de réflexions un
immense travail classique.
D. Van Caneghem.
Brody (N.). — Personality research and theory. — New York,
Academic Press, 1972, 364 p.
Cet excellent ouvrage fait partie des livres que chercheurs et ensei
gnants devraient pouvoir lire dès leur parution. Il nous permet une mise
au point claire, détaillée et critique des théories modernes de la personn
alité. Il est composé de deux parties d'inégale importance.
La première est consacrée principalement à l'exposé de l'approche
factorielle, à la théorie d'Eysenck, à celles de Spence et d'Atkinson, aux
approches cognitivistes (Witkin), aux problèmes d'hérédité. La seconde
plus hétérogène, fournit une évaluation des bases cliniques sur lesquelles
reposent certaines études de personnalité. On trouvera dans cette partie
un chapitre réservé à la prédiction clinique opposée à la prédiction statis
tique ; un autre aux problèmes de l'inconscient qui sont traités non
pas de façon traditionnelle mais qu'intègrent les récents travaux expé
rimentaux sur les perceptions subliminales. Figure aussi dans cette
partie un exposé des principes de l'apprentissage social et plus princ
ipalement des travaux de Bandura. Les méthodes thérapeutiques sont CHIMIQUE ET PATHOLOGIQUE 331 PSYCHOLOGIE
abordées dans le dernier chapitre à la lumière des théories dont elles sont
issues.
Le chapitre consacré aux approches factorielles de la personnalité
nous a paru un peu incomplet pour deux raisons : il est limité à l'approche
de Gattell : il y manque une confrontation des facteurs isolés dans d'autres
études factorielles (Guelford, Edwards, ...). Le paragraphe consacré au
problème de la variance due à la méthode n'accorde pas assez de place à
la technique proposée par Fiske sous le nom de : approche multitrait-
multiméthode.
Le second chapitre nous propose une excellente critique de la théorie
d'Eysenck, critique qui porte à la fois sur des arguments empiriques et
sur des arguments épistémologiques.
C'est ainsi que, par exemple, le manque de précision de la formule
proposée par Eysenck pour rendre compte de la réponse :
/(D" X sir) sEr = /(D+ X sEr) + /(D+ X sir) + /(D~ X sUr) +
est souligné : le terme (D+ x sUr) ne permet en effet aucune prédiction
sur les différences entre introvertis et extravertis. D'autres arguments
plus sérieux, des résultats opposés à ceux attendus, sont invoqués en
faveur de l'abandon d'une telle équation, sans que la théorie d'Eysenck,
pour laquelle l'auteur avoue, avec une certaine candeur quelques cha
pitres plus loin, son admiration, soit ébranlée. C'est d'ailleurs plutôt la
démarche hypothético-déductive, son articulation avec l'approche fac-
torielle que le contenu de cette théorie, qui semble séduire Brudy. Le
contenu et, en particulier, l'hypothèse concernant les différences dans la
possibilité de conditionner des introvertis et des extravertis, ne résistent
pas à la critique de Brody, pas plus que les bases neurophysiologiques de
cette théorie qui sous-tendent l'édifice théorique et expliquent les diff
érences de socialisation.
On peut regretter que la reformulation proposée par Gray1 de cette
théorie ne complète pas ce tableau critique. On ne saurait le reprocher
à Brody car la théorie de Gray a été développée dans un article contem
porain (août 1970) du livre de Brody (1972).
De même, il faudra se reporter à la récente publication de Mischel2
pour compléter le chapitre consacré aux nouvelles reformulations de
l'apprentissage social.
Ces remarques soulignent la rapidité avec laquelle les recherches sur
la personnalité se développent. Devant une telle progression, les mises
au point critiques telles que celles que nous offre Brody apparaissent très
précieuses à condition qu'elles soient lues à temps !
M. de Bonis.
1. J. A. Gray, The psychophysiological basis of introversion-extraver-
sion, Behav. Res. Ther., 1971, 8, 249-266.
2. W. Mischel, Toward a cognitive social learning reconceptualization of
personality, Psychol. Rev., 1973, 80, 252-282. 332 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Arndt (W. B.). — Theories of personality. — New York, Mac Millan.
Publ. Co., 1974, 493 p.
L'originalité de ce livre tient au fait que les théories de la person
nalité nous sont présentées à travers les « grandes options » des théoriciens
qui les ont développées. On cherchera donc en vain une description détail
lée, une évaluation critique de telle ou telle théorie et des faits qui s'y
rapportent. L'auteur n'a voulu « donner qu'une image des points de vue
du théoricien de façon objective en éliminant ses interprétations et ses
critiques personnelles ou celles des autres ». Est-ce à dire que le livre
lui-même fournit une présentation objective des théories de la person
nalité ? Il ne le semble pas.
En effet, la sélection de certains auteurs, l'ignorance systématique
d'autres ainsi que le choix des points de vue qui différencient les théori
ciens les uns des autres concourent à donner une vision très orientée des
théories de la personnalité.
Dans la définition même du terme « théorie » qui est proposée dans le
premier chapitre, se manifeste déjà un certain parti pris. Arndt fait
sienne la définition de Kelly (auteur qui sera le plus souvent cité) selon
laquelle « une théorie est une manière de relier une multitude de faits de
façon que l'on puisse les comprendre dans leur ensemble en un même
moment ». Les théories seront étudiées cette perspective. La cohé
rence de sens sera privilégiée par rapport à la cohérence interne, la com
préhension par rapport à l'explication. Il est peu question à travers les
500 pages de ce livre de faits nouveaux qui viendraient contredire telle
ou telle hypothèse, pas plus que l'articulation de telle hypothèse avec
telle autre. Le chapitre consacré aux techniques est squelettique par
rapport aux autres. Il est difficile de se faire une opinion sur l'adéquation
de telle méthode par rapport aux objectifs de telle théorie. Il n'est ni
possible ni utile de résumer les 23 chapitres (qui se subdivisent en deux
parties d'inégale importance) dans lesquels sont développées les diff
érentes options. Un exemple suffira à faire ressortir les caractéristiques
de cette présentation des théories de la personnalité. Le premier chapitre
nous explique en quoi la façon de voir la science est différente chez Kelly,
Rogers, Maslow, Lewin, Murray, Lecky, Goldstein, Angyal. Une courte
phrase résume la position de chacun ; Kelly ou l'homme conçu comme
un scientifique ; Rogers ou : personne ou science ; Maslow : le modèle
d'analyse réductionniste opposé au modèle d'analyse holistique ; Lewin :
modes de pensée galiléen à aristotélicien ; Murray : l'approche
classificatrice ; Lecky : les défauts de la caricature mécaniste (ou la
critique du watsonnisme) ; Goldstein : la suprématie du tout ; Angyal :
la logique du système holistique. Cette présentation didactique et
concise (une page ou deux pour chaque auteur), est complétée par des
tableaux synoptiques. Les différences entre le modèle réductionniste
analytique opposé au modèle holistique-analytique, sont saisies au
niveau : a) de la façon de concevoir les événements en termes d'entités

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