Psychologie clinique. - compte-rendu ; n°2 ; vol.55, pg 468-476

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L'année psychologique - Année 1955 - Volume 55 - Numéro 2 - Pages 468-476
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1955
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P. Jampolsky
N. Rausch de Traubenberg
IV. Psychologie clinique.
In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°2. pp. 468-476.
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Jampolsky P., Rausch de Traubenberg N. IV. Psychologie clinique. In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°2. pp. 468-476.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1955_num_55_2_8820— Psychologie clinique IV.
Technical recommendations for psychological tests and diagnostic
techniques (Recommandations techniques pour les tests psychologiques
et les techniques de diagnostic). — Psychol. Bull., Suppl., 1954, 51,
n° 2, 1-38.
Il faut signaler ce petit manuel de « recommandations techniques »
publié par 1' « American Psychological Association » et préparé en liaison
avec Y « American Educational Research » et le « National
Council on Measurements Used in Education ». Une première élaboration
de ces recommandations, soumise à l'avis des spécialistes dans la cons
truction, la publication et l'usage des tests, avait été déjà publiée en 1952
(Amer. Psychologist, 1952, 7, 461-75). Le présent recueil est le produit
de plusieurs révisions. Il se propose essentiellement de souligner les
qualités requises de la documentation qui accompagne chaque test :
« Un manuel de test devrait apporter une information suffisante pour que
tout utilisateur qualifié puisse juger sûrement de l'utilité du test et de
son interprétation ». Les recommandations concernent : la publication
de l'information, l'interprétation, la validité, la fidélité, la technique
d'administration et les normes. Elles sont classées en 3 niveaux : les
recommandations indispensables, très désirables et désirables.
Leur nombre est limité, leur formulation claire et nette. Des exemples
et des commentaires en précisent encore le sens. Nous souhaitons vive
ment une traduction ou un équivalent français.
P. J.
Analyse psychomêtrique de la débilité :
(1) Me MURRAY (J. G.). — Rigidity in conceptual thinking in
exogenous and endogenous mentally retarded children (La rigidité
de la pensée conceptuelle chez des enfants arriérés exogènes et endogènes).
— J. consult. Psychol., 1954, 5, 366-370. — (2) PAPANIA (N.). —
A qualitative analysis of the vocabulary responses of institutionalised
mentally retarded Children (Analyse qualitative des réponses au
vocabulaire chez des enfants retardés en institution). — J. clin. Psychol.,
1954, 10, 361-365.
La différenciation qualitative des types de débiles d'après leurs
résultats psychométriques se fait essentiellement aux U. S. A. dans la
perspective de l'opposition dichotomique entre « endogènes » et « exo
gènes », développée principalement par Werner et Strauss (cf. in Année
psychol. 1952, l'analyse des principaux travaux sur la question).
Me Murray (I) part ici de la difficulté signalée chez les exogènes dans
la reproduction des dessins en mémoire immédiate. Comme Cassel l'a PSYCHOLOGIE CLINIQUE 469
montré {J. consult. Psychol., 1949), cette difficulté paraît liée à une
mauvaise perception des figures plutôt qu'à un défaut de mémoire
puisqu'elle persiste dans la simple copie des dessins. Mais l'A. a constaté
par ailleurs une tendance, à persévérer dans la reproduction précédente
malgré le changement de modèle, plus fréquente chez les débiles exogènes.
Ce qui l'amène à se demander si un autre facteur des difficultés de
reproduction des dessins chez ces sujets n'est pas constitué par une plus
grande rigidité de la pensée conceptuelle. Une telle rigidité a été larg
ement démontrée, chez l'animal comme chez l'homme, dans les cas de
lésions cérébrales. On a donc tout lieu de l'attendre des débiles exogènes
(bien que les endogènes présentent également une rigidité, qui est pour
Werner plus « subnormale » qu'anormale).
Il utilise pour son expérience un test de classement, le « Wisconsin
Card-Sorting Test », qu'il applique à deux groupes (malheureusement
réduits à 15 S. chacun) de débiles endogènes et exogènes assortis en âge,
sexe et niveau mental. Les résultats font apparaître une difficulté plus
grande chez les exogènes pour passer d'un principe de classement à un
autre, par exemple de la couleur au nombre. L'A. interprète cette diff
iculté dans le « shifting » comme un droit de rigidité confirmant son
hypothèse.
C'est à un autre aspect des aptitudes mentales des arriérés, plus
intéressant à notre sens, que s'attache N. Papania (2) en comparant les
réponses, au vocabulaire de Terman, d'un groupe de 300 débiles endo
gènes de Q. I. variant de 65 à 75 (25 S. de chaque sexe à chaque niveau
d'âge de 6 à 10 ans) à celles obtenues sur des enfants normaux par Feifel
et Lorge (J. éduc. psychol., 1950, 1-18). Les réponses sont analysées
avec la méthode décrite par Green et modifiée par Feifel et Lorge et
classées en « concrètes » (définitions par description, usage, démonstrat
ion ou exemple) et « abstraites » (définitions par explication ou
synonyme).
Les résultats montrent essentiellement :
1) Une augmentation des définitions abstraites et une diminution
des concrètes avec l'âge mental dans les deux groupes ;
2) Mais une évolution plus rapide chez les normaux avec supériorité
constante (d'où différences plus marquées à 8 et 10 ans qu'à 6 ans) ;
3) Pas de différence significative, à âge mental égal, quant aux
réponses fausses, dont le nombre semble ainsi directement lié au Q. I.
L'A. conclut à l'existence d'une « manière plus concrète de penser »
chez les arriérés exogènes en institution, qu'il rapproche du fait que
l'âge mental n'est pas, en général, chez eux un élément précis de pro
nostic pour l'éducabilité scolaire qui reste en général, en lecture et en
arithmétique, à un plateau inférieur au niveau de l'âge mental.
Quant à l'explication de cet état de choses, l'A. se contente prudem
ment d'hypothèses : rôle du niveau social, de difficultés affectives ou du
retard mental par lui-même.
P. J. 470 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
BROCKWAY (A. L), GLBSER (G.), WINOKUR (G.), ULETT
(G. A). — The use of a control population in neuro-psychiatric
research (L'utilisation d'une population de contrôle en recherche neuro
psychiatrique). — Amer. J. Psychiat., 1954, 111, 248-262.
La sélection des groupes de contrôle dans les études statistiques sur
des populations cliniques est souvent invoquée comme facteur de di
scordance entre plusieurs recherches. De même invoque-t-on le manque
d'homogénéité dans le groupe clinique quant aux variables âge, milieu
culturel, socio-économique, etc., pour expliquer l'absence de « scatter »
caractéristique ; ou même le rôle de certaines de ces variables pour
expliquer un « scatter » présenté à tort comme caractéristique du groupe
clinique (cf. par exemple l'étude de Varre et Eisen sur le « scatter » des
adolescentes délinquantes au Wechsler-Bellevue, analysée dans ce
numéro). Par ailleurs, certains traits, symptômes ou signes peuvent être
considérés comme pathologiques parce que se présentant avec une
certaine fréquence dans une population clinique quoique leur fréquence
dans la population normale ne soit pas connue, fréquence qui peut
d'ailleurs varier sensiblement suivant l'origine de l'échantillon « normal ».
Quoique ces faits soient connus, la plupart des études comparant
groupes normaux et groupes cliniques s'en tiennent au contrôle des
variables couleurs, âge, niveau mental et en général niveau scolaire ;
elles négligent le rôle des variables telles que milieu culturel, niveau socio-
économique, milieu professionnel.
Le travail de Brockway, Gleser, Winokur et Ulett montre que ces
dernières variables ne sont pas négligeables, et illustre le besoin d'une
sélection soignée et d'une définition du groupe de contrôle.
Les A. présentent et comparent les données d'un triple examen,
psychologique, psychiatrique et électro-encéphalographique, chez un
groupe de malades mentaux et 4 échantillons différents de sujets no
rmaux composant le groupe de contrôle, soit en tout 191 sujets de sexe
masculin, de 17 à 36 ans. Les malades (40), de catégories cliniques
diverses, présentent tous une anxiété manifeste comme symptôme
dominant.
Les sujets normaux se répartissent en :
1) Un groupe de 59 S. d'origines diverses ;
2) Quinze militaires de carrière ;
3) Trente-huit étudiants d'une université urbaine ;
4) Trente-neuf en 3e ou 4e année dans un « séminaire » local.
L'examen psychologique comporte 6 épreuves : Terman, Rorschach,
test de dessin, échelle d' « insight » (connaissance de ses propres sent
iments et motivations), échelle de Taylor (échelle d' « anxiété manifeste »
extraite du MMPI), test de Saslow (questionnaire concernant les désordres
somatiques dans l'émotion). Est en outre évaluée l'anxiété manifestée
durant les épreuves.
L'examen psychiatrique comporte la cotation de 1 à 3 d'une liste de PSYCHOLOGIE CLINIQUE 471
facteurs extérieurs (par ex. « overprotection » ou rejet des parents,
rivalité entre frères, etc.) et de symptômes personnels (cauchemars,
sentiment d'infériorité, difficultés sexuelles, etc.). L'EEG est pris au
repos, les yeux fermés.
Les résultats de l'examen psychologique présentent un bon nombre
de différences significatives entre les 4 groupes « normaux ». En parti
culier, le groupe 2 (militaires de carrière) diffère nettement des 3 autres
et surtout des étudiants, avec des scores qui approchent ou égalent ceux
des malades pour certaines variables (anxiété et désadaptation au
Rorschach, désadaptation au dessin, anxiété dans la situation de
l'examen). Par contre, à l'échelle de Taylor, qui donne la différence la
plus marquée entre les malades et les 4 groupes de contrôle, le groupe 2
a un score d' « anxiété manifeste » minimum. Le niveau intellectuel joue
certainement un rôle ici : les 2 scores du Rorschach et celui du dessin
présentent une corrélation négative avec le niveau au vocabulaire, qui
est précisément minimum dans le groupe 2. Mais jouent aussi des
facteurs sociaux et d'attitude vis-à-vis des épreuves, comme semble le
montrer en outre la plus grande fréquence des rejets au Rorschach chez
les militaires, déjà signalée par Linn, et considérée en général comme
pathologique. D'autres indices « pathologiques » du sont
d'ailleurs ici plus fréquents dans le groupe de contrôle total que chez les
malades.
Dans le cadre de l'examen psychiatrique, on trouve de même, à côté
de différences significatives, des différences non significatives entre
malades et normaux et des différences significatives entre les groupes de
contrôle. Ici, par exemple, le groupe 2 présente moins d'anxiété, d'obses
sions, d'inhibition sociale, de sentiments d'infériorité, d'onychophagie.
Il a par ailleurs des indices plus élevés à : difficultés scolaires et pro
fessionnelles. On trouve davantage de sentiments d'infériorité chez les
étudiants des deux groupes, mais moins d'expériences et conflits sexuels
et moins de dépression. Normaux et malades diffèrent essentiellement
dans la fréquence de l'insomnie, l'anorexie, les conflits sexuels et par la
présence, dans des proportions variables, de certains traits exclusive
ment chez les malades (hypochondrie, rigidité, projection).
En ce qui concerne l'E. E. G., contrairement aux résultats précédents,
il n'y a pas de différences significatives entre les groupes de contrôle.
Cependant, quand les S. normaux sont divisés, d'après leurs résultats
psychologiques et psychiatriques, en « stables » et « labiles » au point de
vue émotionnel, les « labiles » se distinguent des « stables » et se rap
prochent des malades.
Cette intéressante étude fait donc nettement ressortir que des signes
« pathologiques », pris isolément, peuvent différencier des populations
considérées a priori comme normales, et aussi ne pas différencier cer
taines de ces populations d'un groupe de malades. Regrettons que les
groupes étudiés ne soient pas plus larges, et aussi que l'on n'ait pas
opposé également plusieurs types de populations psychiatriques. 472 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Ceci nous conduit en tout cas à considérer, une fois de plus, non
seulement que de multiples précautions sont à prendre dans la consti
tution des groupes de contrôle, mais encore que pour des raisons de niveau
intellectuel et d'attitudes liées à des caractéristiques sociales un même
groupe peut, pour une variable comme l'anxiété par exemple, obtenir
des scores « pathologiques » ou au contraire surnormaux selon la tech
nique utilisée (ceci dit sans préjuger du degré réel de désadaptation d'un
groupe comme celui des militaires de carrière).
P. J.
AMES (L. B.), LEARNED (J.). — Developmental trends in child
Kaleidoblock responses (Stades de développement dans les résultats
d'enfants au test du Kaleidobloc). — J. genet. Psychol., 1954, 84,
237-270. — AMES (L. B.), LEARNED (J.). — Individual differences
in child Kaleidoblock responses (Différences individuelles dans les
réponses des enfants au test du Kaleidobloc). — J. genet. Psychol.,
1954, 85, 3-38.
Le test du Kaleidobloc de M. Löwenfeld n'est guère connu comme
instrument objectif d'étude de la personnalité infantile. Le groupe des
psychologues de l'Institut Gesell à New Haven a entrepris l'étude syst
ématique des résultats, âge par âge, de façon à montrer la valeur discr
iminative du test en tant que test de personnalité. Il n'y a qu'une objec
tion à faire : les 350 enfants entre 2 ans et 6 ans — 50 par groupe d'âge —
sont d'une intelligence supérieure à la moyenne et d'un niveau socio-
économique particulièrement élevé. Cette même objection était valable
pour l'étude des réponses normales au test de Rorschach.
Le Kaleidobloc se compose de 26 pièces de bois, peintes de couleurs
vives, de tailles et de formes différentes emboîtables en structures géomét
riques. L'enfant est invité à en faire « quelque chose » en un temps pra
tiquement limité à dix minutes. Établir une cotation précise est d'une
difficulté d'autant plus grande que les AA. à juste titre, ont voulu tenir
compte, des verbalisations du sujet, des mouvements successifs, des
modifications apportées aux différentes constructions : 10 éléments sont
à considérer pour décrire le comportement d'un enfant à ce test, à un
âge donné. Ces résultats sont exposés comme ceux de l'échelle du déve
loppement psycho-moteur d'A. Gesell. La priorité donnée à la couleur
ou à la forme, au triangle, parmi les formes à une construction géomét
rique, à une utilisation exhaustive des blocs, à des structures isolées ou
à un ensemble compact, change d'âge en âge et avec le sexe. C'est pour
quoi le test est un moyen normalisé d'observation du comportement
individuel des petits enfants.
N. R. T.
Le T. A. T. de Murray , quelques nouveaux modes de dépouillement :
ZIMET (C. N), FINE (H. J.). — A quantitative method of scoring
Picture Story Tests (Méthode quantitative de cotation des tests thémat
iques à partir d'images). — J. clin. Psychol., 1955, 8, 24-28. — ■ PSYCHOLOGIE CLINIQUE 473
DANA (R. H.). — Clinical diagnosis and objective TAT scoring
(Diagnostic clinique et cotation objective du TAT). — J. abn. soc.
Psychol., 1955, 50, 19-24.
L'on a toujours constaté une grande différence dans la manière de
dépouiller les données brutes du TAT. La technique de Murray était
quantifiée, en ce sens que les 28 variables étaient évaluées suivant leur
intensité par des chiffres allant de 1 à 5, mais ces variables étaient est
imées par Murray lui-même en accord avec sa théorie de la personnalité.
D'autres tentatives de cotations ont été plus simples ou plus complexes
basées sur des théories psychanalytiques ou psychiatriques, voire méta
physiques et n'ont pas contribué à rendre la technique du dépouillement
plus objective dans le vrai sens du mot. Le simple critère « quantitatif »
ne suffit pas pour donner un caractère objectif, simple et transmissible
aux cotations, qui prennent le plus souvent une apparence d'échelles
d'évaluation, de « rating-scale » mais ne sont pas plus satisfaisantes pour
cela.
Gomme exemple d'un travail de ce genre, citons l'étude de Zimet et
Fine qui adoptent une attitude phénoménologique et considèrent le
comportement comme fonction de la perception qu'a le sujet de lui-
même et du monde extérieur. Partant de cela, ils proposent une tech
nique qui offre peut-être des garanties statistiques mais bien peu de
garanties cliniques. Il s'agit d'évaluer de 1 à 5 le degré de 6 attitudes que
le sujet manifeste vis-à-vis de lui-même, des autres adultes et des enfants.
Se considère-t-il aimé ou non, autoritaire ou libéral, accepté ou rejeté
par le groupe, etc. Les 18 échelles ainsi obtenues, en 5 points chacune,
sont des échelles d'attitudes que les AA. voudraient voir appliquer à
beaucoup de tests thématiques pour en faciliter la comparaison et
apprécier par re-test, les modifications dues aux psychothérapies de
groupe par exemple.
M. Hertzman, dans le chapitre « TAT » du livre récemment publié
[Personality through Perception, 1954, New York), s'est proposé le but
de comparer le TAT et les épreuves de perception cherchant à isoler
certaines dimensions qui soient en liaison avec la dépendance du champ
perceptif. D'après ses expériences, l'attitude envers autrui n'a que très
peu de rapports avec le mode de perception du sujet. Il ne retient que
deux dimensions pour les adultes et 4 pour les enfants : l'affirmation de
soi-même, le caractère de l'issue de l'histoire, les déviations perceptives
et le niveau d'organisation. L'idée de comparer les données du TAT à
celles d'épreuves perceptives est infiniment plus intéressante que le
procédé lui-même qui est à nouveau une échelle d'évaluation, plus
modeste cependant que les précédentes. L'application de ce système à
des groupes cliniques semble pleine de promesses, les sujets qui résistent
bien au champ perceptif se conduisent dans les histoires du TAT d'une
façon très affirmée avec leurs conflits et leur entourage.
C'est résolument sur une base perceptive que R. H. Dana travaille
sa manière de dépouiller les résultats du TAT. Le concept d'orientation
a. î-svr.iior.. 55 31 analyses bibliographiques 474
de la personnalité lui sert de cadre pour déterminer les catégories des
cotations à envisager, la planche étant considérée comme un ensemble
de stimuli qui s'organisent en différentes structures. Les 5 catégories
ainsi retenues concernent :
1° L'acuité perceptive — appréciée par le nombre de mots utilisés par
le sujet et qui concernent les choses représentées sur la planche.
Une liste de 50 éléments (pour les 5 planches étudiées) a été mise
au point, la présence d'un élément donnant 1 point au sujet;
2° La conformité perceptive. Trois caractères du stimulus ont été
considérés comme étant des « banalités » si elles apparaissaient
dans 90 % des histoires, chacun d'eux étant coté 1 point ;
3° L'organisation perceptive ; l'obéissance aux consignes sur ce plan est
l'observation de la structure chronologique, la présence d'émotions,
de pensées et l'issue. On accorde 1 point à chaque élément ;
4° L'énergie perceptive. L'introduction d'éléments autres que ceux déjà
cotés pour l'acuité perceptive vaut au sujet 1 point ;
5° Les déviations et références personnelles.
Les 3 groupes de 50 sujets chacun qui ont servi à cette recherche
étaient normaux, névrosés et psychotiques. Les 750 histoires ainsi
obtenues ont été cotées par l'A. et deux employés ; le coefficient de
fidélité est de .82. La manipulation statistique des résultats suivant la
méthode de Cronbach montre la valeur diagnostique différentielle des
cotations 2, 3, 5, ceci entre les 3 groupes alors que les cotations 4 et le
nombre de mots utilisés distinguent le normal du non-normal mais ne
différencient pas les anormaux entre eux. Nous constatons donc que ce
sont les aspects d'organisation, de structure qui différencient les sujets
normaux des sujets pathologiques. Le fait pathologique est défini alors
par l'auteur comme la modification de la signification intériorisée de la
« réalité ». Cette étude nous paraît très importante pour la pratique du
test comme pour la recherche sur la théorie de la projection. L'A. la
rapproche de la notion de « distance » vis-à-vis du stimulus qu'est la
tache de Rorschach et trouve dans ces deux notions, orientation de la
personnalité ou distance psychologique, matière à une psychopathologie
objective.
N. R. T.
BERNSTEIN (R.), GORSINI (R. J.). — Weehsler-Bellevue pat
terns of female delinquents (Profils au W. B. des délinquantes ■). —
J. eHn. psychol., 1953, £, 176-179. — VANE (J. R.), EISEN
(V. W.). — Wechsler-Bellevue performance of delinquent and non-
delinquent girls (Résultats au W. B. d'adolescentes délinquantes et
non délinquantes). — J. consult. Psychol., 1954, 18, 221-225.
Le « scatter » du délinquant à l'échelle de Wechsler-Bellevue, défini
par Wechsler lui-même par la supéi'iorité du Q. I. perfor-man.ee sur le
Q. I. verbal (« psychopathic personality ») a loujo-urs paru un des plus- PSYCHOLOGIE CLINIQUE 475
stables et des plus significatifs. Mais si de nombreuses études sont
garantes de sa stabilité, le sont-elles de son caractère significatif ?
R. Bernstein et R. J. Corsini, qui le retrouvent dans deux groupes
de 100 adolescentes délinquantes dont l'un a subi d'abord la série perfor
mance, sont amenés à exclure l'hypothèse d'une explication par la
situation de « stress » dans laquelle ces S. sont testés et qui pourrait
retentir sur la réussite aux premières épreuves. Mais restent les deux
autres hypothèses qu'ils formulent : 1) L'étalonnage, réalisé sur la popul
ation de New York, est-il valable pour la population américaine en
général dont le niveau verbal est peut-être moins élevé ? 2) Est-ce la
délinquance elle-même qui est un effet de ce décalage, les difficultés
scolaires qui en découlent entraînant une désadaptation qui, elle-même,
mène à la délinquance ?
L'intéressante étude de J. R. Vane et V. W. Eisen semble apporter
une réponse au moins partielle à ces questions. Ils examinent un groupe
de 100 jeunes filles délinquantes de 16 à 25 ans (Q. I. : 70 à 110) qu'ils
comparent à un groupe de 38 jeunes filles non délinquantes de même âge
et Q. I. Ils ont pris la précaution d'exclure de ce groupe de contrôle tout
sujet suspect d' « école buissonnière » (trait présent chez 99 % des délin
quantes) et surtout ils ont choisi leurs sujets dans le même milieu socio-
économique (identité des quartiers new yorkais d'origine et des profes
sions paternelles). Seul le niveau d'instruction n'a pu être égalisé, et
pour cause (les délinquantes ont quitté la « high school » en moyenne
deux ans avant les non-délinquantes).
Des résultats, il ressort essentiellement ceci : délinquantes et non-
délinquantes se montrent dans l'ensemble plus semblables que diffé
rentes et la supériorité du Q. I. performance est même plus marquée
chez les non-délinquantes (93,1 contre 100,9 de Q. I. verbal) que chez les
délinquantes (93,6 contre 98,5). Dans la comparaison des subtests,
deux différences sont significatives : l'information et surtout le code
sont inférieurs chez les délinquantes. L'infériorité du score information
est, cause ou effet, à rapprocher des difficultés et de la moindre fréquen
tation scolaires. Quant à celle du code, signalée par Wechsler chez les
instables et retrouvée par S. et E. Glueck (Unraveling juvenile delin
quency, N. Y., 1950) chez les délinquants, elle est également à rapprocher
de ces difficultés scolaires et d'une certaine immaturité.
Une différence moins nette mais surtout moins compréhensible est
constituée par la supériorité des délinquantes à la répétition des chiffres,
supériorité due en fait à l'infériorité des non-délinquantes à ce test par
rapport à leur niveau moyen et aux normes de Wechsler.
Il faut noter en outre que deux autres signes, fréquemment associés
à la délinquance, sont présents au même degré dans les deux groupes :
1) La supériorité de arrang. d'images + assembl. d'obj. sur cubes
do Kohs + complet, d'images ;
2) L'infériorité du score arUliniéLiquo, qui est le plus bus du tous dans
les deux groupes. 476 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Par un traitement spécial des résultats, les A. excluent deux expli
cations possibles de ces données :
a) Le % relativement élevé de S. d'origine italienne dans le groupe
de contrôle, S. dont la supériorité aux tests de performance avait
déjà été notée par G. Arthur ;
b) Le fait que le Q. I. global des deux groupes est un peu inférieur à la
normale, ce qui pourrait déterminer un profil normal chez les
arriérés.
Il ne reste à invoquer que le milieu socio-économique, commun aux
deux groupes, et plus bas que le niveau de la population générale sur
laquelle repose l'étalonnage et qui, remarquons-le, est originaire de la
même ville de New York.
Ainsi, il apparaît qu'un profil peut être commun à tous les groupes
de délinquants et même les caractériser valablement par rapport à
d'autres groupes cliniques jusqu'au moment où on les compare à des
sujets de même milieu socio-économique, milieu qui se révèle, en fait,
comme le facteur testé. Facteur agissant s'il en est puisqu'il garantit à
ce profil une stabilité qu'on ne rencontre dans aucun groupe clinique.
C'est là un excellent exemple de la fragilité de ces structures psycho
métriques et de la nécessité de contrôler tous les facteurs sociaux dan
la constitution des échantillons, comme le montre l'étude de Brockway,
Gleser et col. analysée par ailleurs (p. 470).
P. J.

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