Psychologie clinique - compte-rendu ; n°3 ; vol.86, pg 463-473

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L'année psychologique - Année 1986 - Volume 86 - Numéro 3 - Pages 463-473
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Psychologie clinique
In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°3. pp. 463-473.
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Psychologie clinique . In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°3. pp. 463-473.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1986_num_86_3_29165Psychologie clinique et pathologique 463
tionnelles et toujours simplement allusives. La méthodologie de base
de la plupart des recherches présentées s'en tient à des comparaisons
expérimentales rustiques, faites en laboratoire avec des sujets étudiants
sans rapport particulier avec les tâches effectuées. Les études portant
sur des opérateurs réels sont exceptionnelles, ou se limitent à une
passation de questionnaires ou d'interviews. L'idée même qu'employer
dans une recherche ergonomique des sujets sans rapport avec la tâche
pourrait diminuer la validité de l'étude expérimentale au point de rendre
celle-ci sans intérêt ne semble pas avoir effleuré les participants de ce
congrès. Il va sans dire que l'on ne trouve pas dans cet ouvrage la
moindre contribution importante à une analyse du travail en profon
deur, comme on le fait en Europe de plus en plus. Les aspects psycho
sociaux et organisationnels sont absents ou traités de façon rudimen-
taire. La psychologie cognitive, dont l'importance s'accroît en ergono
mie, n'a ici qu'une place bien maigre : deux communications dans le
thème « Attention et vigilance », deux dans le thème
« Interaction homme-ordinateur » et une section intitulée « Perfor
mance humaine et processus cognitifs » qui regroupe trois communicati
ons, mais dans lesquelles les aspects cognitifs, a fortiori les processus
cognitifs, ne sont nullement traités ! Certaines communications semblent
être plus des contributions d'étudiants que des recherches de taille
professionnelle.
En fin de compte, cet ouvrage est un peu décevant si l'on en attend
une synthèse exhaustive de l'état actuel de l'ensemble de l'ergonomie,
comme le titre le laisserait supposer. Décevant également si l'on en
attend une approche pointue de thèmes modernes. Intéressant, en
revanche, si l'on s'intéresse particulièrement à l'ergonomie de l'Univers
ité de Cincinnati.
J.-C. Spérandio.
PSYCHOLOGIE CLINIQUE
Myklenust (H. R.) (Edit.). — Progress in learning disabilities,
vol. V, New York, Grune & Stratton, 1983, 272 p.
Ce cinquième volume d'une série commencée en 1970 constitue une
utile mise au point sur l'évolution des idées concernant le mode de pro
duction et les facteurs responsables des difficultés d'apprentissage du
langage écrit chez l'enfant : l'accent actuel est placé sur la dissolution
des certitudes et des généralisations qui ont marqué les périodes pré
cédentes. En particulier, la pertinence de l'invocation d'un rôle central
de déficiences perceptivo-motrices apparaît sérieusement ébranlée, et
tous les auteurs de l'ouvrage lui substituent celle d'altérations des
processus cognitifs résultant de dysfonctionnements cérébraux, tout en Analyses bibliographiques 464
reconnaissant que la recherche de ces derniers aboutit souvent à des
résultats négatifs. Les perturbations cognitives sont divisées en deux
grandes classes : l'une couvre l'acquisition et l'utilisation du langage,
l'autre les aspects non linguistiques de l'apprentissage et du compor
tement, intitulés « désordres de la perception sociale » (D. F. Benson).
Une première partie présente les processus cérébraux impliqués
dans le langage parlé et écrit.
La seconde partie est consacrée au langage parlé : aphasie de l'e
nfance (R. K. Devel) et « désordres du langage auditif » (H. R. Myklebust).
La troisième et la quatrième partie développent, avec les exposés
d'I. Liberman, de G. R. Lyon et de F. R. Vellutino, la conception qui
fait de la dyslexie un trouble essentiellement langagier, quel que soit le
niveau engagé (déficits des mécanismes de traitement phonologique,
syntactique ou sémantique). D. D. Duane fait un historique qui va
des premières observations cliniques à la fin du xixe siècle décrivant
une « cécité congénitale » relativement aux mots jusqu'aux investiga
tions contemporaines. La multiplication des disciplines impliquées,
depuis celles des neurosciences jusqu'à celles des sciences du langage,
détruit l'unicité et la simplicité des hypothèses initiales.
Deux chapitres sur les désordres dans la production du langage écrit,
dans ses composantes cognitives et motrices (R. Ricci) et sur les dyscal-
culies enfantines (N. A. Badian) complètent cette mise en cause des
modèles unitaires.
Pour tous les syndromes abordés, les auteurs s'efforcent de parvenir
à des principes d'une caractérisation qui prenne en compte les différences
individuelles, et qui soit ainsi plus propice que les larges catégorisations
antérieures, à la mise en œuvre de thérapeutiques appropriées à chaque
cas. Il est vrai qu'il s'agit encore souvent de l'énoncé d'un vœu...
S. Netchine.
Gibello (B.). — L'enfant à l'intelligence troublée, Paris, le Centurion,
1984, 226 p.
Psychiatre et psychanalyste, professeur de psychologie clinique
et pathologique, l'auteur poursuit depuis de nombreuses années ses
recherches sur les troubles de l'intelligence de l'enfant, en s'inspirant
à la fois de Freud et de Piaget. Il présente dans cet ouvrage de lecture
aisée l'essentiel des acquisitions de son Laboratoire d'explorations fonc
tionnelles et de Recherches thérapeutiques appliquées aux troubles cognitifs
et intellectuels (Service du Pr Duché, Salpêtrière). Le travail est essen
tiellement « clinique » et « pragmatique » : « il est clair que je propose
ici non pas une vérité sur l'objet « intelligence », mais un paradigme,
un contenant qui est apparu commode pour penser le statut de cette
activité et surtout les liens des altérations de cette activité avec l'e
nsemble de l'économie psychique » (p. 8). Psychologie clinique et pathologique 465
Le point de départ est une observation qui met en cause la distinction
entre l'espace « topologique » et l'espace « euclidien » (p. 10). Elle aboutit
à une hypothèse féconde : celle de centrer l'étude de l'intelligence sur
les « contenants » de pensée, plus que sur les « contenus ». D'où la mise
en évidence de deux symptômes originaux : la dysharmonie cognitive
pathologique (dcp) et les retards d'organisation du raisonnement (ror).
Les instruments de mesure sont le test de Wechsler pour enfants et
l'échelle de pensée logique de Longeot.
Au point d'arrivée, à une époque où bien des auteurs, en considérant
le « processus secondaire », établissent un pont entre la psychologie
affective et la psychologie cognitive, il est particulièrement utile de
pouvoir mieux déchiffrer les perturbations de la pensée : ce sont ceux
de l'érotisation du plaisir à comprendre qui « réunit très tôt l'objet
épistémique et l'objet libidinal » (p. 184).
R. Doron.
De Cato (C. M.), Ciocca (J. V.), del Conte (G. S.) et Piotrowski (Z. A.).
— Rorschach scoring : a workbook for the percept analytic system,
New York, Brunner Mazel, 1984, 222 p.
Les auteurs soucieux de standardiser au maximum les cotations
des protocoles de Rorschach présentent ce manuel, mode d'emploi
détaillé des critères à observer pour la symbolisation des réponses :
ceci dans le système théorique exposé par Piotrowski dans le livre
Perceptanalysis publié en 1957 et en 1979 pour une quatrième édition.
Ce manuel est divisé en trois parties : la première partie définit les
facteurs de cotation et en donne les critères à l'aide d'exemples précis.
La deuxième partie propose des exercices pratiques sous la forme de
12 protocoles à coter, textes qui présentent différents degrés de difficulté
d'appréciation. La troisième partie donne la liste des réponses dites
banales, la liste des réponses de grands détails ainsi que quelques réfé
rences bibliographiques.
Excellent outil de travail pour étudiants et psychologues débutants
à condition d'avoir l'ouvrage de Piotrowski pour cadre de référence.
N. Rausch de Traubenberg.
Bendahman (H.). — Personnalité maghrébine et fonction paternelle
au Maghreb (Œdipe maghrébin), Paris, La Pensée Universelle,
1984, 333 p.
L'idée directrice de l'ouvrage, exprimée dans le titre, est qu'il
existe une personnalité maghrébine, définie comme ensemble de
« traits d'identité communs » (p. 46). Pour en dessiner les contours,
l'auteur évoque un certain nombre d'autres thèmes et situations qui, 466 Analyses bibliographiques
sans cesse repris, s'entrelacent beaucoup plus qu'ils ne se suivent dans
un ordre rigoureux. Relevons seulement, parmi ces considérations divers
ifiées, celles relatives à la transplantation et à l'adaptation vraie ou
« en profondeur », qui « relève du jeu pulsionnel et du reéquilibrage
intérieur perturbé par la » (p. 57), ainsi que la récusation
des ambitions psychanalytiques de l'anthropologie culturelle américaine
à partir d'un argument qui ne paraîtra pas évident à tout le monde :
« Les anthropologues américains s'attachent, dans la majorité des cas,
aux phénomènes sociaux manifestes auxquels ils appliquent les concepts
psychanalytiques, alors que la psychanalyse cherche à comprendre le
fonctionnement latent de la culture et à dégager les composantes
sociales qui s'interfèrent au sein de l'individu et structurent sa subjec
tivité » (p. 112). Pour les non-initiés l'auteur se devait également de
présenter un tableau de l'Islam et de la famille maghrébine (celle de
type « molaire » étant, par une confusion de termes, appelée « molé
culaire »). Riche et intéressante apparaît la longue analyse du « hamman »,
(auquel le sociologue tunisien A. Bouhdida avait, le premier consacré
des développements novateurs), élevé à juste titre au rang d'une inst
itution aussi importante pour l'évolution de la personnalité du garçon
maghrébin que le sevrage ou la circoncision. Signalons enfin les consi
dérations pertinentes que, s'appuyant sur le psychiatre tunisien E. Jeddi,
l'auteur fait sur la centralité de l'image du corps dans le paysage mental
de l'immigré maghrébin, rejoignant ainsi, mais dans un complexe de
significations antithétiques, l'intérêt de la société d'accueil pour cet
instrument de travail.
Cependant le sous-titre du livre indique le thème majeur qui sous-
tend le reste. Dans une perspective psychanalytique freudienne (avec
quelques appels à Lacan) le problème qui occupe avant tout l'auteur est
clair : comment les événements et temps forts institués par sa culture,
agissant sur les formations pulsionnelles telles que décrites et interpré
tées par Freud, induisent-ils chez l'enfant (plus exactement le garçon,
par rapport auquel tout est ordonné dans le livre comme dans la situa
tion de pure tradition) une « personnalité maghrébine »? H. Bendahman
rejoint ainsi un type d'investigation classique de l'anthropologie cultur
elle. On doit lui en savoir gré car, dans un environnement musulman
« farouchement opposé », comme il le dit lui-même, à la démarche
psychanalytique, cette entreprise est encore rare.
Comme on s'en doute, cela aboutit centralement à une analyse de
la constitution et de la résolution de l'Œdipe du garçon dans le cadre
d'une constellation familiale traditionnelle où l'articulation de la mère
au père, son type de prédominance par rapport à celui du père, sont
astucieusement mis en évidence. La formation ainsi dégagée apparaît
complexe, à travers les distinctions de l'auteur entre l'Œdipe « origi
naire », l'Œdipe « génital » (qui apparaît nettement plus tard que chez
l'enfant européen, car la relation duelle mère-garçon met bien plus de Psychologie clinique et pathologique 467
temps à être « dérangée » par l'intrusion paternelle) et l'Œdipe « en tant
que structure ».
Les spécialistes auront à apprécier ces développements qui, dans le
contexte arabo-musulman, ont au moins le mérite d'exister. En outre
elles nous valent nombre d'informations (ou de rappels) et d'analyses
stimulantes.
Nos réserves vont ailleurs. Outre que pratiquement rien n'est dit sur
la genèse sexuelle féminine (mais cela viendra sans doute plus tard...),
on pourra s'étonner de l'étroitesse de la base des généralisations de
l'auteur : une trentaine d'entretiens auprès d'adultes, recueillis au Maroc
et en France (combien dans chacun de ces pays ?). Pour les développe
ments sur la « transplantation », voilà qui est peu. Mais il y a plus. Ayant
constaté chez ces sujets la configuration traditionnelle des formations
inconscientes « de base » (certains diront « archaïques ») H. Bendahman
en tire que la personnalité maghrébine et aussi bien les personnalités
des Maghrébins sont et ne peuvent être elles-mêmes que traditionnelles.
Les « intellectuels » dits « émancipés », « occidentalisés », contre lesquels
il mène souvent la charge, ne peuvent être qu'authentiques et de mauv
aise foi : ne sait-on pas, d'ailleurs, qu'en vertu des codes « fondament
aux » du Maghreb, « le mensonge aux étrangers est plutôt une ruse
valorisante et valorisée et qu'on ne livre jamais son être profond » ?
(p. 266) : ainsi sont balayées toutes recherches et observations concluant
à la complexité des évolutions... En fait la conclusion est due à une
réduction drastique du concept de personnalité : alors que celle-ci se
déploie entre les pulsions biologiques de base et les revendications les
plus individualisées de l'idéal du moi, l'auteur la ramène à celles des
formations inconscientes qui attirent le plus l'attention des analystes
et, si l'on peut dire, il y « colle » ses sujets, évacuant ainsi leur épaisseur
concrète.
En somme ce que l'on peut contester, ce n'est pas la part de science
que contient cet ouvrage, mais les présupposés et conclusions d'ordre
idéologique qui y sont indûment articulés.
C. Camilleri.
Fontaine (O.), Gottraux (J.), Ladouceur (R.) et al. — Cliniques de
thérapie comportementale, Bruxelles, Mardaga, 1984, 455 p.
Sous la direction de trois auteurs bien connus sur le plan interna
tional dans le domaine de la thérapeutique comportementale, plus de
trente cliniciens rendent compte de leur expérience en les regroupant
en trois parties : I. « Adulte » ; II. « Enfant » ; III. « Médecine comport
ementale ». D'où l'intérêt de ce recueil qui permet de mesurer la
diversité des cas auxquels s'applique la théorie comportementale. Par
exemple : en I, la dépression, les thérapies de couple ; en II, l'autisme 468 Analyses bibliographiques
infantile précoce, les phobies scolaires ; en III, l'alcoolisme, l'asthme,
la douleur chronique rebelle.
Mais la lecture de ces textes montre aussi très utilement les difficultés
méthodologiques et déontologiques auxquelles se heurte la recherche
(ainsi, p. 149, à propos de la thérapie de couples et p. 265, à propos de
l'autisme infantile). Enfin, et ce n'est pas le moindre mérite de ces
auteurs, ils nous permettent de comprendre comment la thérapie
comportementale a dû s'affranchir des modèles simplistes contempor
ains de ses débuts, d'ailleurs déjà « anciens » ! Au sujet de l'exhibition
nisme, Rognant peut alors écrire du thérapeute : « Est-ce à dire qu'il a
réglé tous les problèmes ? Certainement pas. De toute façon, il ne peut
prétendre tout savoir sur tous les comportements sexuels car il n'en
connaît que ce que les consultants veulent bien lui révéler... Il faut bien
reconnaître que la thérapie opère là sur un champ de bataille où s'affron
tent constamment les aspirations de l'individu et les exigences de la
règle collective... Elle exige du thérapeute qu'il sache s'adapter avec
lucidité, sans rien perdre de sa sérénité » (p. 172).
R. Doron.
Simeone (I.) et Abraham (G.). — Introduction à la psycho gériatrie,
Villeurbane, simep, 1984, 271 p.
Cet ouvrage dû à I. Simeone, directeur-adjoint des Institutions
universitaires de Gériatrie au Département de Médecine et de Psychiat
rie de l'Université de Genève, et G. Abraham, professeur à la Faculté
de Médecine au Département de Psychiatrie aux Universités de Genève
et de Turin, se présente comme une œuvre collective importante réunis
sant 42 contributions de 46 auteurs. Il a pour objectif d' « offrir un évent
ail, le plus large possible, des tendances actuelles de la psychogériatrie
francophone »).
Il se compose de 4 parties consacrées : la première à la psychodyna
mique de la vieillesse et à ses aspects relationnels, la deuxième à la
psychopathologie de la personne âgée, la troisième à la thérapie, la
quatrième au diagnostic, à la prévention et à l'enseignement, la ci
nquième aux structures institutionnelles.
Il est bien difficile d'en donner un résumé compte tenu du nombre
de contributions dont beaucoup se réduisent à quelques pages. Par
ailleurs la forme même de l'ouvrage ne lui permet pas d'éviter maintes
redites. Du reste un tel résumé ne permettrait pas de saisir la richesse
et la diversité de l'ouvrage.
Par contre, il paraît plus intéressant d'en dégager les idées forces
et la philosophie. Les auteurs ont de la vieillesse et de la maladie de
la personne âgée une approche multidimentionnelle. Il n'est pas pos
sible de comprendre, d'expliquer et de traiter le vieillard consultant
sans prendre en compte simultanément son environnement social, son Psychologie clinique et pathologique 469
histoire, sa personnalité, son état physique et mental, son statut écono
mique, ainsi que la représentation qu'il se fait de ces diverses compos
antes en interaction. Il s'agit donc d'une approche globalisante de la
vieillesse et de ses avatars.
L'aspect relationnel prend dans l'évolution de la personne âgée
et de ses troubles une importance capitale, principalement ses relations
avec les différents membres de l'équipe soignante et les relations avec
sa famille. On souligne à cet égard que s'il est arrivé que la famille soit
considérée par l'institution de soin comme un intrus, une gêne voire un
contrôle, la tendance actuelle vise à en faire un partenaire dans l'action
thérapeutique.
L'accent qui est mis également sur la nécessité vitale d'un diagnostic
exact en particulier dans les cas où celui d'une démence peut être posé
à tort. La conséquence d'une telle erreur peut être la démentification
d'un vieillard qui au départ souffrait d'un trouble différent. Il s'agit
donc d'une sorte d'effet pygmalion négatif.
Le rôle du cadre de vie dans ses petits détails matériels quotidiens ne
doit pas être sous-estirné. En particulier l'effet des modifications de ce
cadre ne saurait être apprécié par référence à l'homme mûr et sain. Des
changements minimes peuvent bouleverser l'équilibre psychique du
vieillard. Cette observation conduit à limiter dans la mesure du possible
l'hospitalisation.
L'action thérapeutique repose sur une équipe, la fréquence avec
laquelle le terme revient sous la plume des contributeurs est tout à fait
significative. Mais cette action s'inscrit dans une perspective temporelle
spécifique de la personne âgée, caractérisée par la certitude de la mort
proche. Cette proximité explique la présence de réflexions philosophiques
et existentielles qui émaillent les propos de plusieurs auteurs.
Les théories, systèmes explicatif et théorique décrits dans ce livre
sont dominés par le courant psychanalytique. A cet égard, on remar
quera que le pessimisme de Freud quant à la possibilité d'effectuer une
analyse sur des sujets de plus de 50 ans n'est guère partagé par les
thérapeutes contemporains.
En dépit de son thème dramatique, l'ouvrage n'est pas dépourvu
d'optimisme. En particulier, plusieurs auteurs soulignent que le vieilliss
ement offre aussi des aspects positifs : « Réduire le vieillissement psychique
aux seules modifications défavorables fait l'impasse sur les modifications
favorables du parcours des âges (alors que) le dictionnaire les admet
pour le fromage, les alcools et les vins » (Pequignot, 1981, cité par
H. Bianchi).
G. TOURRETTE.
Geer (J.), Heiman (J.) et Leitenberg (H.). — Human Sexuality,
Englewood Cliffs (nj), Prentice- Hall, 1984, 567 p.
Devant l'intérêt des étudiants envers la sexualité, le but des trois 470 Analyses bibliographiques
auteurs (trois psychiatres professeurs d'université) est de leur permettre
d'apprendre des connaissances scientifiques sérieuses, à partir de ce
sujet. D'où le plan de l'ouvrage qui commence avec la biologie et l'ana-
tomie, puis étudie la vie sexuelle et la sexualité dans la vie et aborde les
problèmes sexuels et leurs aspects médicaux, pour terminer sur la place
de la sexualité dans la société et l'éducation. Il est construit de manière
didactique avec des tableaux, schémas, encadrés, résumés, courtes
bibliographies, glossaire... Il avantage l'exposition facile pour les étu
diants américains. Son mérite est de consacrer un chapitre à l'étude du
viol des mineurs et un autre au viol des adultes, thèmes sur lesquels il
y a de plus en plus de publications.
Mais ce faisant les auteurs ne peuvent pas ne pas juger, prendre parti,
présenter favorablement ou non, conseiller ou dissuader. Et ils ne se
posent jamais le problème de la source de ces prises de position. Les
résumés de fin de chapitre sont typiquement plus orientés et restrictifs
que le corps du texte. Ils semblent candidement couvrir sous la science
leur absence de réflexion sur leurs prises de position. Mais la
ne juge pas, ne préconise rien ; elle ne peut se substituer à une morale,
ou à une réflexion éthique et axiologique. On peut tirer toutes les
conclusions que l'on veut de l'observation du comportement sexuel des
animaux. Se limiter aux mammifères et ignorer les insectes est déjà un
choix. Il en est de même pour toutes les observations ethnologiques :
en choisir quelques-unes qui vont dans le même sens est une orientation
et sans doute un préjugé. On ne peut donner un enseignement univers
itaire sur ce sujet, sans d'abord se poser la question de son propre
système de valeurs, puis sans chercher à quel courant éthique on appart
ient et quelles sont les autres positions existantes en ce domaine. Le
mérite de Maier 1984 était d'avoir bien montré quelles étaient les diff
érentes prises de position sur le sujet, compatibles avec les recherches
récentes de laboratoire.
M. -A. Descamps.
Winnicott (D. W.), Winnicott (G.), Sheperd (A.) et Davis (M.)
(Edit.). — Deprivation and delinquency, Londres, Tavistock, 1984,
194 p.
Les proches collaborateurs de Donald Winnicott ont eu l'heureuse
idée de rassembler dans cet ouvrage 29 textes de cet auteur, qui traitent
de la délinquance juvénile. Certains de ces articles sont très connus,
d'autres ont été publiés dans des revues spécialisées à tirage restreint
qui ne sont pas toujours facilement accessibles ; sept articles sont
inédits.
Ces textes sont regroupés en quatre parties :
La première concerne les enfants sous stress : l'expérience du temps
de guerre. Neuf papiers dont la plupart sont extraits de « l'enfant et le clinique el pathologique 471 Psychologie
monde extérieur » rappellent l'importance des Child Guidance Clinics
et développent les observations cliniques de John Bowlby sur les effets
désorganisateurs de la séparation d'avec la mère dans le cadre de
l'enquête de Cambridge (1941) sur l'évacuation des enfants de moins
de cinq ans.
La seconde partie traite de la nature et des origines de la tendance
antisociale. Trois des neufs textes qui la composent sont inédits : l'un
est consacré à l'absence du sens de la culpabilité, un autre à la psychol
ogie de la séparation et le troisième à l'agression, la culpabilité et la
réparation.
La troisième partie est consacrée aux mesures sociales pour les divers
aspects : juridiques, de santé mentale, pédagogiques et scolaires et de
thérapie institutionnelle. Trois des huit articles de ce chapitre sont
inédits — dont l'un, écrit quatre mois avant la mort de Winnicott (1971),
reproduit le texte d'une conférence prononcée devant l'association des
éducateurs de jeunes inadaptés sur le placement résidentiel comme
thérapie institutionnelle.
La dernière partie aborde divers aspects de la thérapie individuelle.
Une adresse prononcée devant les membres de l'association pour la
santé mentale et non publiée jusqu'alors, introduit cette partie conclus
ive. Elle présente les variétés de psychothérapie selon la nature des
troubles.
L'ouvrage se termine par la présentation du cas ada, celui-là même
qui introduit la troisième partie de « la consultation thérapeutique et
l'enfant », consacrée à la théorie de la tendance antisociale.
Les lecteurs de Winnicott, théoriciens et praticiens, apprécieront
le regroupement des écrits du célèbre thérapeute sur le thème de la
délinquance, ses positions sur le développement affectif de l'individu,
ses analyses sur les perturbations de « l'environnement intérieur » de
l'enfant antisocial (la déprivation), son insistance à considérer que la
tendance antisociale n'est pas un diagnostic et qu'elle implique l'espoir ;
sa conviction que l'information et l'éducation des adultes, ainsi que le
traitement psychothérapeutique, doivent l'emporter sur les tendances
répressives, font de cette publication un ouvrage d'actualité.
J. Selosse.
Bres (V.). — Critique des raisons psychanalytiques, Paris, puf, 1985,
172 p.
L'ouvrage met en jeu une méthode de type kantien : analyse critique
des « raisons » où s'expriment les formes contemporaines du discours
psychanalytique. Il aborde un vaste ensemble de questions au moyen
de trois types d'approche : sociologique (lre partie), historique (2e partie),
épistémologique (3e partie).

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