Psychologie clinique et pathologique - article ; n°2 ; vol.69, pg 681-692

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L'année psychologique - Année 1969 - Volume 69 - Numéro 2 - Pages 681-692
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1969
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Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°2. pp. 681-692.
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Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°2. pp. 681-692.
doi : 10.3406/psy.1969.27690
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1969_num_69_2_27690Psychologie clinique et psychopathologie
Alexander (F.). — Principes de la psychanalyse. — Paris, Payot,
1968, 290 p.
Ce livre est une nouvelle édition de la traduction par H. Stern et
D. Anzieu de l'ouvrage de Franz Alexander (New York, W. W. Norton
and Co., 1948).
Franz Alexander, décédé en 1964, est un freudien qui s'est attaché
à modifier et à adapter les théories psychanalytiques pour en permettre
une application plus économique tout en restant scientifique. Les
principes fondamentaux de la psychanalyse sont les principes universels
de la psychodynamique tels qu'il les expose avec clarté dans ce livre
où il montre comment ils sont la base d'une véritable psychologie
scientifique et de toute psychothérapie.
J. Favez-Boutonier.
Bennet (E. A.). — Ce que Jung a vraiment dit, traduction de
Monique Salzmann. — Paris, Stock, 1968, 223 p.
Traduction intégrale de What Jung really said, publié à Londres
en 1966, ce volume présente à l'intention d'un public non spécialisé
la genèse de la pensée jungienne. B. A. Bennet a déjà consacré un
ouvrage à Jung qu'il a connu personnellement et apporte ici un nouveau
témoignage de sa sympathie.
R. A. Mallet.
Wolman (B. B.). — Psychoanalytic techniques (Les techniques
psychanalytiques). — New York et Londres, Basic Books, 1967,
596 p.
Cet ouvrage se présente comme un manuel, donnant une information
précise et moderne sur les techniques psychanalytiques : en premier
lieu, sur les techniques de la psychanalyse freudienne et néo-freudienne,
puis sur les utilisées par des dissidents de l'école freudienne
et enfin sur des écoles qui recourent aux hypothèses freudiennes tout en
utilisant des techniques diverses (méthodes de groupe, hypnose, etc.).
L'éditeur, Benjamin Wolman, présente l'ouvrage et résume rapide
ment l'évolution des doctrines. Des spécialistes de la psychanalyse
freudienne la plus classique, très bien informés, font un historique
détaillé de l'évolution des techniques depuis la découverte de la psycha
nalyse par Freud : « La technique psychanalytique de Freud depuis
ses débuts jusqu'à 1923 », par Joseph T. Coltrera et Nathaniel Ross ;
« Les développements ultérieurs de la technique de Freud de 1920
à 1939 », par Samuel D. Lipton ; « La psychanalyse classique depuis 1939 » 682 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
(date de la mort de Freud), par Mark Kanzer et Harold P. Blum.
Les méthodes néo-freudiennes sont exposées notamment par Michael
Balint, « Les expériences techniques de Sandor Ferenczi » ; Hanna
Segal, « La technique de Melanie Klein » ; Sheldon T. Selesnick, « Les
techniques de psychanalyse développées par Franz Alexander et Tho
mas French » ; David Rubinstein, « La psychanalyse directe, les méthodes
de John Rosen », etc.
Dans la partie consacrée aux techniques non freudiennes, on trouve
des articles sur la psychologie individuelle adlérienne (Kurt A. Adler),
la psychologie jungienne (Gerhard Adler), les techniques de Karen
Horney (Harold Kelman et Joseph W. Vollmerhausen), la psychanalyse
existentielle (Medard Boss et Gion Condrau), etc.
Tous ces travaux résument brièvement, et souvent excellemment,
l'essentiel de la doctrine freudienne et d'un grand nombre de techniques
qui se sont développées en relation avec le freudisme. Un index des
noms et un index des matières complètent très utilement ce manuel.
On y cherchera avec succès la plupart des auteurs américains et anglo-
saxons, mais aucun des auteurs dont les travaux ont été publiés en
langue française.
J. Favez-Boutonier.
Ey (H.). — La conscience. — Paris, Presses Universitaires de France,
1968 (2e éd.), 441 p.
La réédition de cet ouvrage (traduit en allemand, en espagnol et en
japonais) a fourni à l'auteur l'occasion de fortifier sa position tant en
ce qui concerne Freud et les écoles de psychanalyse que le « structura
lisme français ». L'être conscient est en effet pour lui cette dialectique
de l'être qui dépasse « son » inconscient et ses structures impersonnelles
pour parler vraiment le langage de la personne : vérité et réalité étant
la double problématique à laquelle répondent les structures de l'être
conscient. Dans la cinquième et nouvelle partie (« Le devenir cons
cient »), Henri Ey souligne la nécessité, pour la constitution même de
l'inconscient, de se subordonner à l'être conscient dont il est très exacte
ment la propriété. Les rapports « entre l'être et son inconscient »
sont envisagés — dans la perspective de Hegel reprise récemment par
Paul Ricœur — selon la dialectique d'une positivité absolue de l'i
nconscient comme être de désir, et de la négativité relative de l'être
conscient être de devoir (n'être pas ce qu'il ne faut pas être et
être ce qu'il faut être pour réussir à affronter et maîtriser la réalité).
L'humanité, poursuivant incessamment sa libération à l'égard des forces
qui l'oppriment, a l'illusion de pouvoir s'en délivrer en se livrant à
celles de l'inconscient régi par le principe de plaisir (constamment
contrarié d'ailleurs par les instincts de mort), alors qu'elle ne peut s'en
affranchir qu'en se conformant à la loi qui règle l'efficace de ses actions
réelles. L'être conscient n'est pas, en tant que simple reflet de la pression
du milieu social, instrument d'aliénation ou de mise en condition de PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 683
l'homme, il est au contraire la forme que le sujet prescrit à son action
et à son système relationnel avec autrui pour accéder au règne de sa
propre liberté, de sa créativité. Par là, cet ouvrage consacré non à « la
conscience » (comme l'indique le titre qui lui a été imposé) mais aux
structures de Vêtre et du devenir conscients — structures abusivement
négligées dans les « temps modernes », trop unilatéralement sollicitées
par la découverte freudienne d'un inconscient (qui pourtant postule la
fonction de refoulement de la conscience) — cet ouvrage, après l'examen
de tous les problèmes psychologiques, philosophiques, neurobiologiques
et psychanalytiques posés par « la conscience », débouche sur la structure
facultative de la conscience morale et la problématique des valeurs
impliquées dans les modalités de l'être et du devenir conscients. C'est
en effet une révision (schéma, p. 456) des fameux schémas freudiens de
l'appareil psychique qu'exige le mouvement même du devenir conscient
en faisant apparaître le Moi et le Sur-Moi « à leur place », c'est-à-dire
— même s'ils y prennent racine — hors de l'inconscient pour constituer
le langage même de l'être conscient de ce qui est, de ce qu'il est et de
ce qu'il a à être.
M. Blancheteau.
Wertheimer (P.). — Rêve et conscience. — Paris, Presses Univers
itaires de France, 1968, 292 p.
Dans cet ouvrage sont réunies les communications présentées à
Lyon au cours d'un Symposium où plusieurs spécialistes mondiaux se
rencontrèrent autour du thème : activité onirique et conscience.
Cet ensemble de travaux relatifs au rêve a été divisé en cinq parties :
aspects neurophysiologiques, neuropharmacologiques, électro-encépha-
lographiques, neuropsychologiques et psychologiques. Notons que les
communications d'auteurs étrangers sont présentées dans leur traduc
tion française.
Parmi ces travaux, certains intéresseront plus particulièrement les
psychologues. C'est le cas des ingénieuses hypothèses de F. Snyder
sur le rôle joué par le rêve dans la survivance des mammifères, ou des
recherches de E. A. Kostandov sur les mécanismes physiologiques des
réactions aux stimuli « subconscients ».
Les recherches d'Olga Petre-Quadens sur l'ontogenèse du rêve chez
le nouveau-né humain prouvent à quel point l'organisation fonctionn
elle caractéristique du rêve est précocement mise en place.
H. Fischgold et S. Safar, s'éloignant quelque peu du thème du rêve,
se sont plus particulièrement intéressés aux états de demi-sommeil et
aux images hypnagogiques.
Bien qu'ils n'aient pas encore pu être interprétés, les résultats
obtenus par G. C. Lairy et ses collaborateurs dans les états confusionnels
et délirants méritent d'être suivis avec attention, car ils représentent
un intéressant abord clinique et expérimental du vieux problème des
rapports du rêve et du délire. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 684
L. Van Bogaert est un des rares participants qui aient franchement
abordé le thème proposé, dans une perspective avant tout neurologique.
Ce qui fut d'ailleurs le cas de F. Michel. Ces deux auteurs exposent en
détail les bases d'une physiopathologie de l'activité onirique et d'une
neurologie de l'hallucination et du rêve.
Les trois dernières communications sont dues à des psychiatres.
Pour H. Ey le phénomène sommeil-rêve est à considérer comme la clé
de voûte de la psychopathologie. Alors que pour A. Bourguignon une
confrontation des données de la neurophysiologie du rêve et des hypo
thèses de la métapsychologie freudienne aide incontestablement à
comprendre les points de vue apparemment opposés de la physiologie
et de la psychanalyse. Aucun phénomène psychique n'a d'ailleurs été
aussi minutieusement étudié par les deux disciplines. Enfin, J. Guyotat,
fort de son expérience clinique, montre la place importante que tient
le rêve dans la relation médecin-malade.
Cet ouvrage, du fait de la diversité des spécialités confrontées au cours
de ce symposium, est très représentatif des différentes voies de recherches
actuellement suivies dans le domaine du rêve.
A. Bourguignon.
Frétigny (R.), Virel (A.). — L'imagerie mentale. Introduction à
Foniro thérapie. — Genève, Editions du Mont-Blanc, 1968, 344 p.
Docteur en médecine et docteur en psychologie, les auteurs font
état des connaissances sur l'activité onirique de veille. Ils rappellent
que l'expression d' « imagerie mentale » est due à F. Galton (1883) et
exposent les cheminements qui ont conduit aux applications théra
peutiques actuelles dont on sait qu'elles doivent beaucoup à R. Desoille.
Les auteurs s'attachent à définir des états psychologiques par rapport
à des niveaux de vigilance et des formes et modalités de conscience.
L'étude polygraphique des sujets entraînés montre un état stable de
détente psychosensorielle avec rythme alpha abondant à l'E.E.G.,
sans signes de somnolence. A faibles doses, le LSD 25 peut dans une
certaine mesure enrichir le contenu des séances.
L'onirothérapie utilise systématiquement l'imagerie, dont les auteurs
examinent les différents éléments (personnifications, sites, situa
tions, etc.), les mécanismes de production et de transformation, les
processus de projection et de condensation. Les images inductrices sont
classées (images-carrefours, images clés, images de sécurisation, etc.).
Les auteurs commentent l'importance de l'axe vertical, des sensations
de chaleur, de l'imagerie du second degré, etc. Ils proposent une syst
ématisation des techniques thérapeutiques, et montrent que la conduite
correcte de la cure permet d'éviter certains risques : excès de directivité
et de non-directivité, abandon hâtif, réactions de type transférentiel, etc.
L'onirothérapie fait passer le sujet dans le plan de l'imaginaire ;
le Moi imaginaire se manifeste en fonction des pulsions selon une
bipolarité corps imaginaire vécu - projection du Moi sur un monde PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 685
imaginaire. L'onirothérapie offre au patient une situation privilégiée
pour construire des intégrations nouvelles.
Les auteurs s'attachent à établir la compatibilité de la thérapeutique
onirique avec les autres techniques psychothérapiques, et se gardent
soigneusement de toute querelle d'école ; ils tiennent, à plusieurs
reprises, à se référer au langage et aux concepts de la psychanalyse
freudienne. Ils ouvrent également des horizons sur l'interprétation des
symboles et des mythes que le rêve éveillé met en œuvre.
Clair, nuancé, complet sans excès d'érudition, assez précis pour
ouvrir la voie tant à la recherche scientifique qu'à la pratique quoti
dienne, cet ouvrage constitue un terme de référence précieux pour les
onirothérapeutes ; il mérite en outre de retenir l'attention de tous les
psychologues, quel que soit leur champ majeur d'intérêt et d'activité-
C. Veil.
Klein (M.), Rivière (J.). — L'amour et la haine. — Paris, Payot,
1968, 155 p.
La traduction récente de plusieurs ouvrages de Melanie Klein favor
ise, au lecteur français, l'accès à une œuvre extrêmement riche et qui
ne manque pas de difficultés. C'est pourquoi les deux textes réunis
sous le titre L'amour et la haine. Le besoin de réparation présentent le
double intérêt d'une étude psychanalytique brève mais précise sur
deux « sentiments » qui animent notre vie de façon permanente et
d'une mise au point très claire de quelques concepts kleiniens assez
fondamentaux. L'ouvrage se partage donc entre deux études, l'une de
Joan Rivière (La haine, le désir de possession et l'agressivité) ; l'autre
de Melanie Klein (L'amour, la culpabilité et le besoin de réparation).
Dans la première étude, l'auteur est soucieux de reprendre appui
sur des expériences familières (rejet, mépris, envie, jalousie, rivalité,
amour du pouvoir, etc.) afin d'en dégager schématiquement la signifi
cation et de montrer que « lorsque nous devenons capables d'accepter
à la fois la fatalité et l'importance potentielle de ces mécanismes inté
rieurs, l'élément archaïque de notre peur à leur égard diminue et nos
réactions peuvent être maîtrisées ».
La seconde partie souligne, tout d'abord, que la distinction entre
amour et haine ne peut être qu'artificiellement établie : il convient de
retrouver, dans chaque conduite humaine, « l'interaction constante de
l'amour et de la haine ». Nous retiendrons surtout des analyses de
Melanie Klein celles qui concernent la problématique des rapports
enfants-parents. Le rôle donné au besoin de réparation se comprend
d'autant mieux que l'ouverture de cette étude est consacrée à la condi
tion affective du bébé et à la culpabilité inconsciente. Retenons aussi
les passages centrés sur la question de la parenté — question à double
volet : « être une mère », « être un père ». Dans l'ensemble de ce chapitre,
Melanie Klein maintient selon une étroite liaison interne une description 686 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
empirique des relations humaines, une interprétation des mécanismes
inconscients élémentaires et une compréhension génétique de l'évolution
de l'enfant.
P. Fedida.
Rogers (C. R.), Gendlin (E. T.), Kiesler (D. J.), Truaux (G. B.).
— The therapeutic relationship and its impact in a study of psycho
therapy with schizophrénies (La relation thérapeutique et sa marque
— étude de la psychothérapie des schizophrènes). — Madison,
Milwaukee et Londres, The University of Wisconsin Press, 1967, 625 p.
L'intérêt de cet ouvrage réside autant dans la recherche méthodol
ogique qu'il expose que dans ce qu'il apporte comme résultats par
rapport à l'objet d'étude proposé. Le travail présenté est l'aboutissement
des recherches d'une équipe de quelque deux cents personnes, animée
par C. R. Rogers, pour tenter de répondre aux questions suivantes :
1° Quelles conduites du thérapeute déclenchent et entretiennent une
évolution chez le client ou le patient ;
2° Quelles du client constituent une évolution en cours de
psychothérapie ;
3° Quelles sont les issues de cette évolution.
On est frappé dès le premier regard sur cet ouvrage par la satisfaction
donnée à deux exigences pourtant souvent contradictoires — clarté
des concepts et rigueur des méthodes de contrôle d'une part, finesse et
souplesse laissée aux relations interpersonnelles d'autre part.
On ne s'étonnera évidemment pas de ce que le résultat mis en évi
dence ait été de découvrir que la qualité de la relation entre thérapeute
et patient était un facteur très important de déclenchement de l'évolu
tion. L'apport de cet ouvrage va heureusement bien au-delà de cette
découverte. On y trouve une description des qualités exigées du théra
peute, qualités parmi lesquelles le « métier » ne tient qu'une place
modeste. En ce qui concerne le bon patient (celui sur lequel l'intervention
psychologique peut déclencher une évolution), c'est à son aptitude à per
cevoir le thérapeute comme personne qu'on le reconnaît principalement.
Les auteurs soulignent que les résultats auxquels ils sont parvenus
ne font aucune référence au caractère schizophrénique des patients.
R. Mallet.
Rinkel (M.). — Biological treatment of mental illness (Trait
ement biologique de la maladie mentale). — New York, Farrar,
Straus & Giroux, 1966, 1 025 p.
Cet important volume de plus de 1 000 pages groupe les rapports
d'une conférence internationale qui s'est tenue du 31 octobre au
2 novembre 1962 à New York. Plusieurs chapitres en ont déjà été
publiés par diverses revues et organisations scientifiques.
L'ouvrage est résolument organiciste. L'introduction devrait être PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 687
méditée par tous ceux qui, pour quelque raison que ce soit, « sont portés
à croire que la maladie mentale est un mythe, que ses troubles sont dus
à une pure psychogenèse, et que son traitement doit être seulement
d'ordre psychologique ».
A l'appui de la thèse organiciste, les auteurs rappellent les enseigne
ments de la paralysie générale (les lésions de méningo-encéphalite
découvertes par Bayle, la présence de spirochètes dans le cortex cérébral
mise en évidence par Moore et Noguchi). Ils rappellent les apports
quasi expérimentaux de l'encéphalite épidémique qui créa de toutes
pièces divers syndromes psychopathologiques bien connus. Ils rappellent
les troubles mentaux déclenchés par toute la gamme des toxiques tels
que le haschich, le peyotl, les champignons hallucinogènes, ou simple
ment l'alcool...
Mais c'est surtout l'étiologie de la schizophrénie qui constitue la
préoccupation fondamentale de cet ouvrage.
« Les plus prestigieux parmi les tenants de la psychogenèse — Janet,
Freud, Jung — n'ont jamais cru que les symptômes schizophréniques
pouvaient être expliqués de façon adéquate par les seuls facteurs psychol
ogiques ; et ils ont toujours été convaincus de l'importance primordiale
des composantes biologiques. »
Faisant écho aux premières recherches de Moreau de Tours, les
expérimentateurs modernes font largement appel au concept de model
experimental psychose pour avancer le raisonnement suivant : les symp
tômes provoqués par des doses minimes de certaines substances ressem
blent tellement à ceux qui surgissent spontanément chez le schizophrène,
que si quelqu'un doit faire la preuve de quelque chose, c'est à ceux qui
prétendent que ces substances chimiques n'y sont pour rien de faire
cette preuve.
Et le Dr P. Bailey (directeur de recherches à l'Institut psychiatrique
de l'Etat d'Illinois) de terminer ainsi son introduction :
« Le grand problème actuel de tous les centres de santé mentale
est la schizophrénie, ou, si l'on préfère, les réactions schizophréniques.
Celui qui trouvera la clé de cette énigme videra nos hôpitaux psy
chiatriques... »
La lecture attentive des textes présentés par les représentants de
22 nations ayant participé à cet ouvrage, montre à quel point est génér
alisé le consensus qui tente d'aborder les faits psychiatriques en termes
de biologie.
Les apports de chacun des auteurs cités ont été groupés en huit
« sections », traitant chacune d'un thème central.
lre section : Perspective historique. — Les traitements biologiques,
à partir de l'avènement de l'insulinothérapie, ont aidé non seulement à
guérir les maladies mentales, mais à les mieux connaître ; à les classer,
à différencier leurs sous-groupes, à éliminer les cas limites, à ramener 688 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sous le terme de « psychopathies » des cas que l'on aurait tendance
— à l'excès — à considérer comme « sociopathies ».
2e section : Physiologie et biochimie du cerveau. — Les traitements
biologiques peuvent laisser espérer une prochaine efficacité sur les
troubles de la mémoire, grâce aux découvertes modernes concernant
les acides nucléiques (8-154). Les recherches de la psychiatrie expéri
mentale utilisant les drogues « psychomimétiques » et les model psychoses,
sont déjà engagées très avant dans les deux voies suivantes : l'étude des
substances hallucinogènes, l'étude des variations déclenchées par ces dans le métabolisme cérébral (10-203). Les investigations
des physiologistes tendent à mettre en parallèle les troubles de l'homéo-
stasie des cellules cérébrales et les expressions des distorsions mentales
(12-243). De nombreux processus caractérisant de façon élective le
fonctionnement cérébral sont déjà connus : cf. les capacités de « stockage »
des terminaisons nerveuses, en fonction desquelles peuvent se produire
des libérations de neurohormones sous l'effet d'impulsions électriques
ou pharmacologiques — entre autres les I.M.A.O. — (13-262). Des
relations précises ont été découvertes entre le métabolisme de l'indol
(tryptophane et méthionine) et le comportement schizophrénique (15-
284). Les schizophrènes excrètent un taux significativement élevé de
substance de type « adrénolutin ». Certains auteurs établissent une
homologie entre la schizophrénie et 1' « hyperaminochromie » (16-303).
3e section : Les protéines du sang. — II semble bien que l'on puisse
affirmer l'existence, dans le plasma, d'un facteur protéinique spéci
fique (18-19-20-21, p. 383 et suiv.). L'administration de céruloplasmine
entraîne d'étonnantes rémissions chez les malades atteints de schizo
phrénie (22-390). Il en est de même après traitement par héxosamine
(n-acétyl-glycosamine) (23-406).
4e section : Psychopharmacologie. — Dans cette section sont groupées,
entre autres, des communications sur : le rôle de la norepinéphrine dans
l'équilibre neuronal (27-440) ; le traitement de la schizophrénie infantile
par le L.S.D. et l'U.M.L. (méthysergide) (29-463) ; l'efficacité des
neuroleptiques et des thymoleptiques (30-493 ; 32-50) ; les traitements
pharmacologiques au long cours dans la schizophrénie (31-497) ; l'ant
agonisme phénothiazine-réserpine (33-523 ; 34, 536) ; le traitement des
états dépressifs (35-549 ; 36, 559 ; 37 ; 574 ; 38-595).
5e section : Thérapeutique hormonale et convulsivante. — Les thèmes
traités dans cette section sont les suivants : corrélations entre les modif
ications endocriniennes et les troubles mentaux ; intérêt de l'hormono-
thérapie (41-645) ; fluctuations des principaux indices métaboliques au
cours des états prémenstruels et du post-partum (42, 656) ; comparaison
entre la thérapeutique convulsivante et les autres traitements pharmac
ologiques (43-665).
6e section : Le traitement par coma insulinique. — Cette section
comporte 16 rapports consacrés à l'insulinothérapie (dont un présenté
par le Pr P. Pichot de Paris). Il convient de mentionner à ce sujet que CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 689 PSYCHOLOGIE
la conférence internationale où ont été présentées toutes ces communic
ations était réunie sous l'égide de la Fondation Manfred Sakel.
7 e section : Psychiatrie biologique et jurisprudence. — Cette section
comporte essentiellement une vaste étude sur la criminalité « de cause
endogène » et les différentes façons dont celle-ci est considérée par les
lois américaines et anglaises (65-967).
Au total, cet ouvrage de synthèse regroupe une somme d'informations
les plus diverses touchant à la nature biologique des troubles mentaux.
Il tiendra en haleine les tenants de la thèse organiciste.
Il entraînera la réflexion des adeptes de la psychogenèse.
Il laissera perplexes, peut-être, ceux qui auraient tendance à voir
dans la maladie mentale une distorsion qui se situerait au seul plan
des « relations humaines ».
Il encouragera, sans doute, ceux qui voudraient éviter que ne se
creuse un trop grand écart entre la psychologie pathologique et la
neurophysiologie, l'union de ces deux disciplines restant — aux yeux
de nombreux auteurs en renom — un gage de progrès en matière d'effi
cacité thérapeutique.
H. Faure.
Phillips (L.). — Human Adaptation and its Failures (L'adaptat
ion humaine et ses échecs). — New York et Londres, Academic
Press, 1968, 271 p.
Publiée dans une collection intitulée « Personnalité et Psychop
athologie », c'est une monographie de psychopathologie vue essen
tiellement sous l'angle de l'adaptation. Les notions de santé mentale
et de bonne adaptation y sont presque constamment confondues.
Après un rappel du développement psychologique de l'enfant, avec de
nombreuses références à l'œuvre de Piaget, l'auteur envisage certaines
techniques psychosociales permettant de mesurer les possibilités d'adapt
ation sociale d'un individu. Il en discute la validité, puis propose un
« index de compétence sociale » conduisant à préciser le « niveau de
compétence sociale ». La connaissance de ce niveau permettrait de
prévoir l'aptitude à surmonter des conditions de vie difficiles (stressful
conditions). On pourrait ainsi prévoir une correspondance entre les
possibilités de résistance à de telles conditions et la susceptibilité à
devenir malade, et lorsque la maladie se produit, à en guérir plus ou
moins rapidement.
Le diagnostic des maladies mentales est alors étudié par l'auteur
qui reproche aux classifications actuelles leurs ambiguïtés et leur insuf
fisance. Il propose de les remplacer par une simple classification des
symptômes directement observables et de considérer les comportements
pathologiques individuels comme des styles de comportement carac-

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