Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°1 ; vol.78, pg 294-304

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L'année psychologique - Année 1978 - Volume 78 - Numéro 1 - Pages 294-304
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1978 vol. 78, n°1. pp. 294-304.
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Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1978 vol. 78, n°1. pp. 294-304.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1978_num_78_1_28245CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE PSYCHOLOGIE
Angelergues (R.), Anzieu (D.), Borsch (E.), Bres (Y.), Pon-
talis (J.-B.), Zazzo (It.). — Psychologie de la Connaissance du Soi,
Paris, Presses Universitaires de France, 1975, 362 p.
Nous tenons ici rassemblés les rapports et les discussions du XVe Sym
posium de l'Association de Psychologie scientifique de Langue française,
tenu à Paris en 1973. Ceux qui n'ont pas eu la chance de participer à ce
symposium prendront ainsi connaissance de textes et de débats dont
les échos demeurent vivants.
L'énumération des thèmes des rapports (la connaissance de Soi
chez Platon (Bres), la détermination culturelle du Soi (Borsch), la
genèse de la conscience de Soi (Zazzo), réflexions sur la notion de schéma
corporel (Angelergues), naissance et reconnaissance du Self (Pontalis))
montre déjà que, dans un sujet aussi vaste, on sait dégager des perspec
tives fort différentes. Chaque auteur se montre modeste et critique.
Bres nous prouve qu'il faut être prudent pour interpréter des théories
ou des préceptes psychologiques dans des cultures du passé et il nous
fait découvrir la nécessité d'une solide compétence philosophique et
philologique. Borsch tente une défense et une illustration de la notion
d'introspection. Zazzo nous montre que la formation de la reconnais
sance de Soi est une entreprise complexe, étalée dans le temps et non
l'effet d'une illumination soudaine. Angelergues met en doute l'intérêt
actuel de la notion de schéma corporel et souligne que la représentation
du corps propre est une opération complexe dont ne peuvent rendre
compte les seules données neurophysiologiques et neuropsychologiques.
Pontalis s'interroge sur la légitimité de la notion psychanalystique de
Self, il y voit un paradoxe ; ce serait un concept rendu nécessaire par la
clinique et cependant non recevable d'un point de vue théorique.
Mais les discussions donnent à ces rapports un nouvel éclairage.
On y voit se dessiner quelques grandes questions d'ordre sémantique et
des contradictions qui deviennent vite matière à débat. Peut-on donner
un nouveau statut épistémologique à l'introspection ? La connaissance
de Soi légitime-t-elle que l'on individualise un Soi ? Les concepts de
Moi et de Soi méritent-ils d'être distingués ? Et ceux de Conscience et
de Conscience de Soi ?
On lira avec intérêt les affrontements à propos de la notion de
schéma corporel ; ceux à propos du rôle du corps et du langage dans la
constitution de la Conscience de Soi.
On a reproché à ce colloque d'être resté au niveau des idées et
d'avoir été gêné par les obscurités et confusions sémantiques. Il est
néanmoins très intéressant de voir qu'un ensemble de questions ne
peuvent pas être éludées par la psychologie de notre époque, après avoir Psychologie clinique et pathologique 295
été longtemps tenues à l'écart. Si nous n'obtenons pas de réponse ou si
nous ne voyons pas toujours bien les lignes de recherche à venir, les
rapporteurs ont excellemment montré leurs interrogations et leurs doutes.
D. Widlocher.
Schwartz (G. E.), Shapiro (D.) (Eds). — Consciousness and self-
regulation, vol. 1. — New York, Londres, J. Wiley, 1976, 400 p.
La vogue prise par les techniques d'autorégulation (bio-feedback,
contrôle volontaire des fonctions végétatives), elles-mêmes appuyées
sur le terrain de l'électro-physiologie, a préparé un retour au but initial
ement assigné par Wundt à la psychologie physiologique : l'étude de la
conscience, qui avait été évacuée par le behaviorisme hors du champ de
la science « respectable ».
Dans « A model of consciousness », E. R. John présente « l'esprit »
comme une propriété émergente d'une matière organisée suffisamment
complexe et appropriée.
Se proposant de réévaluer la théorie de W. James, K. H. Pribram
expose dans « Self-consciousness and intentionality » un modèle neuro
psychologique basé sur les notions de feedback et de feedforward.
Stimulé par l'intérêt clinique du problème de la tolérance à la
douleur, M. Buchsbaum (« Self-regulation of stimulus intensity »)
effectue une synthèse des travaux sur les facteurs de variation de
Vinput sensoriel, et introduit la notion d'homéostasie sensorielle.
E. R. Hilgard (« A neodissociation theory of multiple cognitive
control systems ») s'intéresse aux aspects dissociatifs des processus
cognitifs associés à une multiplicité d'actions simultanées.
Parmi les états dissociatifs, D. R. Engstrom choisit d'étudier le plus
énigmatique — l'hypnose (« Hypnotic susceptibility, eeg alpha and
self-regulation »), en explorant spécialement l'apport de I'eeg.
L'effet de modification du comportement, obtenu à partir d'une modif
ication de la connaissance que le sujet a de lui-même, est étudié par
D. Meichenbaum (« Toward a cognitive theory of self-control »).
Egalement dans une perspective clinique, T. D. Borkovec examine
l'anxiété comme convergence de facteurs multiples, externes et internes
(« Physiological and cognitive processes in the regulation of anxiety »).
D. B. Cohen, passant en revue les diverses méthodes utilisées pour
l'étude des processus mentaux durant le sommeil, considère le rêve en
tant que moyen de changement du comportement, et s'interroge sur les
possibilités de manipulation expérimentale de l'activité onirique en
vue d'obtenir les changements désirables. (« Dreaming : experimental
investigation of representational and adaptive properties ».)
Enfin, T. H. Budzynski, dans « Biofeedback and the twilight state
of consciousness », explore les états crépusculaires, intermédiaires entre
veille et sommeil et les possibilités qu'ils offrent à la manipulation
psychothérapique . 296 Analyses bibliographiques
L'impression de foisonnement touffu que dégage cet ensemble,
qui multiplie les thèmes et les problématiques abordés et qui tente de
jeter un pont entre les modèles neurophysiologiques et les intérêts
cliniques témoigne bien des avantages et des dangers de l'éclectisme
de ses auteurs.
S. Netchine.
Anzieu (D.). — L'auto- analyse de Freud et la découverte de la psychan
alyse. — Paris, Presses Universitaires de France, 1975, 853 p.,
2 vol.
On aurait tort de voir dans cet ouvrage une simple « seconde édition »
de la thèse principale de l'auteur publiée en 1959, sous un titre presque
semblable (L'auto- analyse. Son rôle dans la découverte de la psychanalyse
par Freud. Sa fonction en psychanalyse). Certes, les fondements du
travail, s'ils sont enrichis, restent de même nature, c'est-à-dire les rêves
et les textes de Freud, publiés ou inédits, entre 1895 et 1902. Mais au
lieu de consacrer 166 pages à la découverte de la psychanalyse pour
faire, ensuite, l'examen critique de l'auto-analyse, Didier Anzieu nous
donne 752 pages orientées différemment. Il s'agit maintenant, à la
lumière de quinze ans de recherches psychanalytiques personnelles, de
poser d'autres problèmes, concernant la psychanalyse dans son ensemble,
du double point de vue clinique et épistémologique. Nous ne pouvons
ici en donner que quelques exemples.
En 1959, l'auto-analyse de Freud, dans ses rapports avec son père
et avec Fliess, lui révèle le transfert et le contre- transfert ; pour en
élaborer la théorie, l'explication symbolique lui découvre le sens des
rêves, des symptômes et celui du mythe œdipien. En 1975, on veut aller
beaucoup plus loin : « Comment parvenir à entendre tout ce qui parle
dans ces rêves, dont la densité, la variété, la richesse ne cessent d'éton
ner » ? (p. 15). Au lieu de faire confiance à l'érudition historique, l'auteur
a « préféré travailler sur eux par associations libres collectives, méthode
qui stimule l'invention tout en garantissant le contrôle régulateur d'un
groupe sur la fantaisie individuelle, et qui concilie ainsi au moins mal
la créativité et l'objectivité » (ibid.).
En 1959, on montre comment Freud découvre le pouvoir d'expres
sion symbolique du corps en partant de la conversion hystérique.
En 1975, on est attentif au « déploiement d'images du corps avec leur
cortège de zones érogènes, de sensations visuelles, auditives, tactiles,
olfactives, gustatives, kinesthésiques et cœnesthésiques, se détachant
sur un fond d'espace imaginaire » (p. 16).
Mais c'est sans doute le chapitre VI (« Le travail de l'œuvre »)
qui renseigne le mieux les psychologues sur l'éclairage que leur disci
pline peut recevoir de la psychanalyse. Freud, en effet, a vécu en état
d'auto-analyse permanente et c'est cette découverte d'une nouvelle
forme de l'intériorité mentale qui lui permet en même temps 1' « appro- Psychologie clinique el pathologique 297
priation personnelle de la psychanalyse » (p. 734) et l'invention d'une
psychologie originale. Didier Anzieu, en tant que psychologue, nous
indique ce que la psychanalyse apporte à la connaissance du sujet
humain en lui permettant de fonctionner « en interanalyse avec les
partenaires d'une tâche commune » (p. 733). Les mots et les conduites
révèlent alors leur double ou triple sens. C'est pourquoi « l'auto-analyse
n'est éludée ou redoutée que dans les groupements fondés sur l'all
égeance à la parole ou au pouvoir d'un seul » (p. 734).
Il convient donc de lire cet ouvrage très important dans la perspect
ive ouverte par les deux collections dirigées par le même auteur chez
Dunod, où se trouve étudié, dans toute son ampleur, le travail psychique
de symbolisation.
R. Doron.
Favez (G.), Anzieu (D.), Anzieu (A.), Berry (N.), Pontalis (J.-B.),
Smirnoff (V. N.). — Etre psychanalyste. — Paris, Dunod, 1976,
217 p.
Appartenant à des générations différentes, mais à la même société
(Association psychanalytique de France), les auteurs de cet ouvrage
nous font partager leurs réflexions au chevet de leurs patients. Il ne
s'agit pas de commentaires techniques, mais d'un effort pour saisir,
et pour décrire, chacun à sa manière, ce qui est tenu pour essentiel
dans le rapport à l'inconscient et par conséquent dans la pratique
de la psychanalyse. D'où l'occasion de revenir avec fruit sur les concepts
fondamentaux (frustration, angoisse, résistance, interprétation, etc.).
On appréciera des auteurs soucieux d'aborder ces questions dans un
langage limpide et capables d'intéresser à leur pensée plutôt que d'en
détourner l'attention par le maniérisme et l'obscurité.
R. Doron.
Kaës (R.), Anzieu (D.). — Chronique d'un groupe. — Paris, Dunod,
1976, 187 p.
Nous avons déjà analysé ici même l'ouvrage de Kaës, L'appareil
psychique groupai. Cette chronique d'un groupe lui est naturellement
rattachée, et c'est sans doute son plus grand intérêt, car les publications
où se trouvent relatés d'une manière exhaustive les interactions entre
les membres d'un « groupe de diagnostic » ainsi que les commentaires
des moniteurs et observateurs, sont très rares. Grâce à ce texte, on peut
en effet suivre « à chaud » l'évolution des personnes et comprendre
le passage des constatations cliniques aux concepts théoriques élaborés
par ailleurs (illusion groupale, organisateur psychique du groupe,
analyse intertransférentielle, appareil psychique groupai). Le lecteur
pourra comparer les interprétations proposées avec celles de Max Pages
au sujet du « groupe de la Baleine » (La vie affective des groupes, Dunod).
R. Doron. Analyses bibliographiques 298
Bromley (D. B.)- — Personality description in ordinary language. —
London, John Wiley, 1977, 278 p.
Sous ce titre modeste, l'auteur aborde un problème fondamental :
« Quelle est la « logique » qui sous-tend les descriptions d'autrui » et
s'attaque à un point des plus « chauds » de l'étude de la personnalité,
en essayant de réhabiliter l'analyse de contenu au détriment de l'approche
psychométrique. C'est dire l'intérêt que nous avons pris à la lecture des
premiers chapitres dans lesquels sont exposés les intentions de l'auteur,
sa problématique ainsi que son point de départ : l'étude génétique de la
notion de personnalité. Le reste du livre n'a pas entretenu, ni satisfait
cet enthousiasme. En effet, d'une part la critique des travaux d'Allport
et Odbert sur l'analyse lexicale des noms se rapportant aux traits de
personnalité ne s'imposait pas. Certes, il était important de mentionner
ces travaux qui sont à l'origine de bon nombre d'études factorielles de
la personnalité, et en particulier de celles de Cattell, mais était-il utile
de reprendre les traditionnelles critiques de l'approche idiographique de
G. Allport qui figurent dans bon nombre de manuels ? D'autre part, si
la comparaison entre les descriptions de la personnalité dans le langage
commun et dans le roman présente un certain intérêt, elle n'aboutit pas
à un enrichissement de la compréhension des représentations populaires
de la personnalité. Ce livre ne répond pas tout à fait aux attentes que
l'auteur avait laissé espérer au lecteur et en fin de compte, malgré
toutes ses bonnes intentions, son auteur succombe, nous semble-t-il,
et ceci malgré toute la sympathie que nous inspire son esprit critique,
à la tentation d'une étude idiographique de la personnalité. Le cha
pitre 8 intitulé « L'étude psychologique de cas » en témoigne.
M. de Bonis.
Eysenck (H. J.). — Sex and Personality. — London, Open Books,
1976, 256 p.
Après la mise au point d'une théorie de la personnalité fondée sur
l'analyse factorielle de questionnaires et sur l'étude de comportements
en laboratoire, Eysenck passe à une autre étape de son œuvre en procé
dant à la vérification des éléments de sa théorie dans des
et attitudes sexuels.
L'auteur, après une critique positive du rapport Kinsey, rend
compte d'études différentielles des comportements et attitudes sexuels
suivant le sexe et les traits de personnalité. A l'issue de plusieurs
approches sur des échantillons différents, Eysenck semble conclure à la
vérification de ses hypothèses : les types de personnalité diffèrent pr
ofondément au niveau des attitudes et des comportements sexuels.
On peut regretter que les résultats concernant les attitudes sociales
ne soient pas interprétables et que l'étude réalisée sur des malades
mentaux présente un biais important, dans la mesure où elle est réalisée
à partir de l'examen de prisonniers. Psychologie clinique el pathologique 299
Dans l'ensemble, bien que les travaux présentés dans cet ouvrage
soient effectués sur des échantillons non représentatifs de la population
générale, ils demeurent intéressants dans la mesure où ils vérifient les
théories d'Eysenck.
F. Amiel.
Sadock (B. J.), Kaplan (H. I.), Freedman (A. M.) (Eds). — The
sexual experience. — Baltimore, The Williams & Wilkins Company,
1976, 654 p.
Certains chapitres de ce livre ont déjà été publiés dans un autre
ouvrage, Comprehensive Textbook of Psychiatry, II — qui est considéré
par les auteurs comme « le plus important texte psychiatrique en usage
dans le monde ».
48 spécialistes, dont 30 psychiatres et 9 médecins divers, ont parti
cipé à l'élaboration de l'ouvrage, ce qui explique l'importance donnée
aux aspects médico-psychiatriques de la sexualité. Mais plusieurs
questions touchant directement ou indirectement à la vie sexuelle ont
également été traitées du point de vue historique, psychologique et
sociologique.
Le souci principal des auteurs semble avoir été de donner des info
rmations sur un grand nombre de sujets, informations tirées d'études et
des recherches importantes. Evidemment, aucun thème n'a été appro
fondi et les références aux questions théoriques sont superficielles et peu
nombreuses. Mais l'ouvrage est excellent du point de vue informatif.
Deux chapitres nous ont paru particulièrement intéressants (« His
toire de la sexualité » et « Le sexe et les arts »), car ces questions sont
rarement traitées dans des ouvrages de ce genre.
M. J. Werebe.
We in er (I. B.). — Clinical methods in psychology. — New York,
Wiley, 1977, 678 p.
Irving B. Weiner a fait éditer cet ouvrage afin de donner une synthèse
pratique des activités cliniques en psychologie. En effet, l'idée majeure
présidant à la rédaction est démontrée dans chaque domaine, après un
rappel historique et théorique des bases de la méthode, son utilisation
concrète. Chaque spécialiste peut ainsi faire le point de son activité et
en tracer les perspectives de recherche. Chaque thème est donc traité
par un auteur donné dans un chapitre séparé, constituant une mise au
point, appuyée par d'excellentes bibliographies permettant d'approf
ondir le sujet. Deux parties divisent ce livre. La première est dévolue
aux techniques d'évaluation : examen clinique (Arthur N. Wiens),
techniques projectives (John E. Exner, Jr), mesure de l'intelligence
(George Frank), appréciation de la personnalité (Malcolm D. Gynther
et Ruth A. Gynther), évaluation du comportement (Marvin R. Gold-
fried). La seconde partie est consacrée aux données pratiques : psycho- 300 Analyses bibliographiques
thérapie individuelle (Irving B. Weiner), psychothérapie de groupe
(Bernard Lubin), psychothérapie familiale (Ronald E. Fox), psycho
thérapie comportementale (Peter E. Nathan et Agnès D. Jackson)
et intervention en crise (James N. Butcher et Gail R. Maudal). A
l'image de la situation actuelle aux Etats-Unis, la place revenant à la
psychanalyse orthodoxe est réduite ; il n'en est question que dans le
remarquable chapitre écrit par Weiner au même titre que de l'analyse
existentielle, de la Gestalt ou de la psychothérapie rogérienne.
Ce livre constitue un excellent manuel moderne de psychologie
clinique, éloigné de tout sectarisme et proche des réalités quotidiennes
auxquelles se confronte tout clinicien.
B. Samuel-Lajeunesse.
Seron (X.), Lambert (J.-L.), Van der Linden (M.). — La modif
ication du comportement. Théorie, pratique, éthique. — Bruxelles,
Dessart & Mardaga, 1977, 377 p.
Faire mieux connaître au public de langue française les objectifs
et les méthodes de la modification du comportement, tel est le but
que se proposent les auteurs de ce livre, trois jeunes chercheurs de
l'Université de Liège. Ils ont remarquablement réussi à synthétiser
ce qui, dans cette approche du comportement humain qui nous vient
des Etats-Unis, se situe à partir de la critique faite par Skinner du
behaviorisme watsonnien.
Si, dans les thérapies comportementales, c'est principalement la
pathologie mentale qui est concernée, dans la modification du compor
tement « l'intervention psychologique est beaucoup plus étendue et
englobe tant le normal que le pathologique, les individus que les
groupes ». Une telle ambition ne pouvait que soulever des polémiques
et les auteurs de ce livre sont parfaitement conscients du bien-fondé
de certaines d'entre elles. Aussi ne tentent-ils pas de faire un éloge
inconditionnel de la modification du comportement mais plutôt de la
soumettre à une réflexion critique et objective.
Tout d'abord, ils exposent avec clarté les principes de base, ceux
du conditionnement opérant et les positions théoriques du skinnerisme.
Ils illustrent cette approche comportementale par quelques applications
prises dans le domaine de la psychiatrie, l'arriération mentale, la neuro
psychologie, l'enseignement programmé, le counselling. L'analyse
opérante des comportements sociaux fait l'objet d'un important chapitre
où ils abordent le problème difficile de la convergence, dans leurs champs
d'application, des méthodes d'analyse psychologique et sociologique.
On aurait certes souhaité voir développer certains thèmes hâtive
ment traités, notamment les conclusions où les auteurs dénoncent à
juste titre les dangers d'un pragmatisme et d'éclectisme qu'ils auraient
pu illustrer par de nombreux exemples pris dans la littérature compor-
tementaliste du Nouveau Continent. On aurait également souhaité Psychologie clinique et pathologique 301
voir mentionner l'approche plus prudente de nos pays d'Europe de
l'Ouest (notamment certains travaux effectués en République fédé
rale allemande) qui, en dépit de ce que disent les auteurs de ce livre,
ont déjà engagé la Modification du Comportement dans leur arsenal
thérapeutique.
Le problème éthique fait l'objet d'un chapitre supplémentaire. Il
concerne principalement le contrôle des thérapeutes. Ce contrôle ne
peut, évidemment, s'effectuer que si la société est parfaitement informée
des buts et des méthodes de la modification du comportement. Ce livre
apporte à cette information une contribution importante. Il aborde
également la question de la prise de conscience, par la méthode d'analyse
scientifique du comportement, des réalités sociales et politiques qui
déterminent nos comportements et, par là, ajoute une dimension
supplémentaire à la littérature comportementaliste contemporaine.
M. Agathon.
Guérin (P. J.). — Family therapy. Theory and practice. — New
York, Gardner Press, 1976, 553 p.
C'est depuis peu de temps qu'en France on s'intéresse à ce que les
infirmiers visiteurs de la psychiatrie de secteur ont été amenés à pra
tiquer depuis quelques années : la thérapie familiale. En France, la
théorisation, la recherche, la formation en thérapie familiale en sont
encore à leurs premiers balbutiements.
Cet ouvrage collectif est d'un grand intérêt pour les travailleurs
sociaux sensibilisés à ce problème. En effet, y sont retracées toutes
les recherches faites en ce domaine aux Etats-Unis depuis les années 30,
les différentes écoles de thérapie familiale y exposent leurs méthodes
d'approche de la famille : intervention à domicile, co-intervention,
groupes de couples en difficulté, etc. On y analyse des situations souvent
sources de conflits familiaux (problème conjugal ou alcoolisme ou
maladie mentale d'un membre de la famille, etc.), les relations inter
personnelles qui, au sein du groupe familial, produisent ce conflit ou
sont produites par lui et l'intervention des thérapeutes est expliquée
avec de brèves études de cas.
Tous ceux qui s'interrogent sur la qualité de leur travail en thérapie
familiale trouveront là un ouvrage de référence intéressant à double
titre puisqu'il fait part d'une expérience vieille de quarante ans, et
qu'on y trouve des approches fort différentes de la famille.
E. Koskas.
Hersen (M.), Barlow (D. H.). — Single-case experimental designs :
strategies for studying behavior change. — New York, Pergamon
Press, 1976, 374 p.
Les auteurs sont des psychiatres, tenants des méthodes thérapeuti- 302 Analyses bibliographiques
ques de modification du comportement par des procédures de condi
tionnement. Ils présentent une réflexion sur la planification des expé
riences dans ce domaine, en l'illustrant par de nombreux exemples.
Pour des raisons pratiques, c'est souvent sur des cas individuels que
se déroulent ces expériences dont ils justifient la méthologie, notamment
par rapport à l'approche caractérisée par la comparaison de groupes
de sujets.
L'expérimentation sur des cas individuels est d'abord replacée dans
le cadre général des méthodes développées historiquement en psychol
ogie et en physiologie. Ensuite sont traités les problèmes généraux de
ce type d'approche : variabilité intra-individuelle, généralité des
résultats obtenus de cette manière et problèmes communs avec l'approche
opposée (comparaison de groupes). Puis, sont abordées les procédures
générales en ce domaine, parmi lesquelles la technique des mesures
répétées est la plus détaillée.
On entre alors, au cours de deux chapitres, dans le détail des diff
érents types de plan temporel des expériences sur des cas individuels.
Le plan générique se présente sous la forme A-B-A, où A est la situation
de référence, c'est-à-dire hors de toute intervention thérapeutique, et
B est la situation thérapeutique. Avant la conclusion qui porte sur les
procédures de replication, un chapitre est inséré qui porte sur les pro
blèmes posés par l'analyse inférentielle de ce type de plan (notamment
celui des dépendances séquentielles). Ce chapitre est écrit par un auteur
invité, Kazdin.
J. M. Hoc.
Murphy (G.). — Outgrowing self-deception. — New York, Basic
Books, 1975, xv + 175 p.
A partir d'une expérience approfondie dans l'étude des perceptions,
l'auteur construit une psychologie explicative de la genèse des inhi
bitions et propose une éducation et une thérapie sensorielle de dépas
sement.
L'expérience humaine est décrite comme aboutissant à la construc
tion d'oeillères et de lentilles déformantes visant à mettre en place
un système protecteur et ralentisseur qu'il faut débloquer pour parvenir
à l'épanouissement.
La prétention de l'auteur n'est pas de fournir des explications totales,
mais simplement de souligner les aspects qu'il connaît bien et de faire
connaître les perspectives sur lesquelles ils débouchent. Est-ce une
réapparition d'Edouard Seguin ?
La lecture est si aisée que l'on est amené à penser que ce que l'on
perçoit bien s'énonce clairement.
R. A. V. Mallet.

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