Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°1 ; vol.95, pg 177-188

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1995 - Volume 95 - Numéro 1 - Pages 177-188
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
Lecture(s) : 39
Nombre de pages : 13
Voir plus Voir moins

Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1995 vol. 95, n°1. pp. 177-188.
Citer ce document / Cite this document :
Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1995 vol. 95, n°1. pp. 177-188.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1995_num_95_1_28818Psychologie clinique et pathologique 177
est de montrer l'apport de la psychologie cognitive dans la distinction et la
formalisation des comportements analysés par les instruments d'évalua
tion de la performance au travail.
Les chapitres 4 et 5 traitent principalement des problèmes de mesure. Si
celui de Hesketh (Australie) permet d'actualiser les connaissances concer
nant les différents aspects et objectifs de la mesure de l'adaptation au travail
(contenu, satisfaction, santé mentale, bien-être), celui de Theorell (Suède) se
situe dans la droite ligne des recherches en psychologie I/O nord-euro
péennes. Il fait un point circonstancié des travaux récents sur les relations
entre environnement psychosocial de travail et état de santé des employés et
salariés. Plus précisément, sa revue de questions concerne les méthodes de
mesure et d'évaluation des effets du travail sur la santé à court et à long
terme des individus, et s'attache tout particulièrement au développement de
ces méthodes dans l'évaluation des effets sur la santé des interventions psy
chosociales en milieu de travail. Point fondamental si l'on s'attache à faire de
la psychologie I/O une discipline au service de l'individu au travail, et si l'on
reconnaît l'importance des effets du travail dans la vie hors travail.
Enfin, signalons la contribution de Farr, Hofmann et Ringelbach
(Etats-Unis) sur l'importance des théories de la motivation (orientation
vers le but) et du contrôle dans l'adaptation et la satisfaction au travail
(chap. 6).
N. GlRAULT-LlDVAN.
PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE
Minard M. (Edit.) — (1992) Histoire et histoires en psychiatrie, Toul
ouse, Eres, 252 p.
Vingt-cinq auteurs se sont regroupés pour tenter de répondre aux
questions posées par le Dr Minard, psychiatre des hôpitaux à Dax, en par
ticulier celle-ci : que peut-on penser du DSM III ? : « Le DSM III m'est
devenu familier. Il me paraît présenter pourtant quelques dangers liés tant
à certains éléments de son contenu actuel qu'à certains de ses possibles
développements futurs. Mais aussi, en France, à l'usage immodéré qu'en
font, ou que veulent nous en imposer, ses zélateurs les plus fervents comme
pour effacer toute l'histoire de la psychiatrie française » (p. 14). L'ouvrage
centre délibérément la réflexion sur la dimension temporelle de l'existence
humaine : on a trop tendance à qualifier d'historique la découverte d'une
nouvelle forme de pensée. Le changement, envisagé dans cette perspective,
réduirait le passé à un « souvenir archaïque ». En fait, il est nécessaire,
selon ces auteurs, de démythifier le passé : « Au plan individuel comme au
plan collectif, l'histoire de la personne, ou celle du groupe social, procède
toujours d'une convocation du passé, de sa représentation en fonction d'un
rapport actuel au monde » (F. Jeanson, p. 23). 178 Analyses bibliographiques
L'ouvTage comporte trois parties : 1) « Du côté de l'histoire » ; 2) « Du
côté des histoires »; 3) « Histoire et mémoire ». Ainsi, des psychiatres
français, algérien, grec, italien, suisse et portugais nous présentent-ils des
remarques théoriques ou des cas cliniques, enrichis d'analyses philosophi
ques, sans toutefois revenir systématiquement sur la critique du DSM III.
R. Doron.
Berg R. L. et Cassells J. S. — (1992) The second fifty years. Promoting
health and preventing disability, Washington, National Academy Press,
332 p.
Cet ouvrage est essentiellement centré sur la prévention dans le champ
de la santé en général et principalement dans le cadre des maladies soraa-
tiques graves. Comme le nom l'indique il s'agit de la prévention des pathol
ogies graves des sujets dépassant la cinquantaine, hypertension artérielle,
cancers, infections, handicaps, troubles de la nutrition, etc. Un accent est
mis sur la prévention des états dépressifs, de l'apragmatisme, de l'isol
ement social et d'autres facteurs de morbidité ou de mortalité. Ce sont sur
tout ces derniers qui peuvent ici concerner l'aspect psychologique des pro
blèmes, tels qu'ils sont étudiés dans cet excellent et très bien documenté
ouvrage d'hygiène médicale du sujet dépassant la maturité.
J. Lemaire.
Frith U. (Edit.) — (1991) Autism and Asperger syndrome, Cambridge,
Cambridge University Press, 248 p.
Alors que chacun reconnaît à Kanner la paternité de l'individualisa
tion du syndrome qui porte son nom — l'autisme de Kanner — , la des
cription par un autre Autrichien, Asperger, un an après, en 1944, d'un syn
drome assez similaire pour pouvoir être considéré par certains spécialistes,
dont U. Frith, comme un type d'autisme, est restée largement ignorée.
Dans le style clair, suggestif et chaleureux qu'on lui connaît déjà, Uta
Frith nous présente l'auteur et son syndrome, traduit et annote Asperger,
puis laisse ensuite Lorna Wing analyser les relations entre le syndrome d'As
perger et l'autisme de Kanner. En résumé, on peut considérer les deux syn
dromes comme se situant sur un continuum de déficit social mais présentant,
au moins dans les jeunes années, un profil quelque peu différent : classique
ment, le jeune autiste de Kanner a de bonnes compétences visuo-spatiales,
une bonne dextérité manuelle pour ce qui l'intéresse, mais il a un développe
ment tardif ou déviant du langage et ses troubles de socialisation se caracté
risent par l'absence de réaction aux autres. Au contraire, dans le syndrome
d'Asperger, les enfants ont un bon développement du langage et une bonne
syntaxe dès le début, mais développent des interactions sociales passives, clinique et pathologique 179 Psychologie
étranges ou inadaptées, et ils ont des problèmes de coordination motrice
observables dans les postures et l'allure. Leur niveau mental est supérieur,
moyen ou légèrement inférieur à la moyenne, tandis que les autistes de Kann
er ont plus souvent un niveau beaucoup plus bas ; souvent mais pas tou
jours. Et il ne faudrait pas en conclure trop vite à une assimilation du syn
drome d'Asperger à l'autisme de haut niveau de performance.
Gillberg présente ensuite six études de cas et Tantam aborde la ques
tion du syndrome d'Asperger à l'âge adulte tandis que M. Dewey décrit la
vie de tous les jours avec un syndrome d'Asperger. Enfin, F. Happé, à tra
vers des écrits autobiographiques, analyse les capacités de représentations
descriptives et interprétatives dans le syndrome d'Asperger.
Un livre passionnant, vivant, extrêmement important pour qui est
persuadé qu'il n'existe pas un seul autisme mais plusieurs types et/ou un
continuum.
J. Nadel.
Frith C. D. — (1992) The cognitive neuropsychology of schizophrenia,
Hillsdale (Nj), Lawrence Erlbaum, 170 p.
Bien que le travail de Christopher Frith se veuille une approche réduite
puisqu'il porte simplement sur les aspects neuropsychologiques cognitifs de
la schizophrénie, il n'en traite pas moins d'aspects plus généraux de l'affec
tion comme les principes de classification, la communication, et l'intention -
nalité. Après une courte analyse de la nature de la schizophrénie dans
laquelle sont discutées les questions du diagnostic et de l'explication (expli
cation des symptômes ou explication de la maladie), l'ouvrage aborde l'i
nfluence des anomalies cérébrales (rôle de la dopamine et des structures céré
brales impliquées). Dans le troisième chapitre, le problème des rapports
entre le cerveau et l'esprit est clairement posé, l'auteur définissant son but
comme l'étude des processus cognitifs impliqués dans les signes et les symp
tômes de la schizophrénie ; pour lui, ce n'est qu'après cette étude que les
signes et symptômes pourront être mis en relation avec des dysfonctionne
ments cérébraux. Les processus cognitifs constituent donc le maillon reliant
les manifestations cliniques aux troubles cérébraux qu'ils soient biologiques,
anatomiques ou physiologiques. Dans le chapitre suivant les différentes ano
malies comportementales (troubles de l'action, du langage, stéréotypies, per-
sévérations, abrasement des affects...) sont mises en relation avec les struc
tures cérébrales, notamment le striatum, le cortex préfrontal dorso-latéral, le
putamen, le noyau latéro-ventral du thalamus, dont l'action varie selon les
types de troubles. Le chapitre V fait le point sur les symptômes « positifs »
(idées délirantes, expériences anormales, hallucinations, automatisme ment
al...) dont l'apparition serait en relation avec un trouble de la conscience de
soi dans lequel pourrait être impliqué le système limbique. Les troubles de la
communication et du langage sont analysés de manière détaillée, comparés
aux troubles de l'action qui reflètent de semblables difficultés et hypothéti- 180 Analyses bibliographiques
quement mis en relation avec un trouble du lobe frontal. Enfin, dans le der
nier chapitre consacré à la schizophrénie comme trouble de la conscience de
soi, l'auteur tente de proposer un modèle faisant référence à Pintentionnalité
et à la métareprésentation.
On sait que pour Frith, il est possible d'avancer que le trouble fonda
mental de la schizophrénie a trait au traitement des intentions au niveau
de la réalisation de l'intention (et de l'initiation de l'action), au niveau de
la prise de conscience des intentions (et du contrôle et de l'ajustement pe
rmanent de l'action en fonction de la conscience de son but). Il y aurait
selon lui trois types de troubles du traitement des intentions : altération de
la conscience de but (dont le résultat est la désorganisation de l'activité des
schizophrènes), troubles de l'appréhension de ses propres intentions (attr
ibution de certaines pensées à une intentionnalité étrangère), altération de
l'aptitude à appréhender les intentions d'autrui (idées de persécution, mais
aussi incapacité à interpréter les d'autrui). Dans la communicat
ion, le trouble d'initiation intentionnelle se manifeste par la pauvreté du
discours spontané ainsi que par les persévérations et les stéréotypies, la
désorganisation du discours est à mettre au compte du trouble de la plani
fication, l'inaptitude à inférer les intentions d'autrui handicape les sch
izophrènes pour interpréter ce qui leur est dit. La notion de « métarepré
sentation » qu'il propose ici dépasse et réordonne ses conceptions
antérieures. Par « métareprésentation », il entend le mécanisme cognitif
qui nous permet d'être conscients de nos buts, de nos intentions, et des
intentions des autres ; ce mécanisme cognitif est sous-tendu par des sys
tèmes cérébraux. La défaillance de cette « métareprésentation » implique
des conséquences tant comportementales (défaillance de la représentation
des buts), que dans la réalisation de l'action de la conscience
des intentions), et de l'attribution d'une signification aux événements
(défaillance de la conscience des intentions des autres). Bien que réduct
rice, cette hypothèse peut rendre compte d'une partie des troubles obser
vés dans la clinique de la schizophrénie qui, d'un certain point de vue,
apparaît ainsi comme une maladie de l'intentionnalité.
Ainsi conçu, ce livre apporte une information riche et fiable sur la sch
izophrénie et sur les différentes conceptions neuropsychologiques et cogni-
tive8. Le modèle proposé par Frith tente de rendre compte des différents
aspects de l'affection et constitue une tentative intéressante et stimulante
d'intégration des données actuelles qu'elles soient cognitives, comporte
mentales ou biologiques.
J-L. Pedinielli.
Brès Y. — (1992) La souffrance et le tragique, Paris, PUF, 282 p.
Les ouvrages précédents de l'auteur (1985, 1988) étaient consacrés à
l'analyse historique et épistémologique des rapports entre la psychanalyse
et diverses formations du champ social et culturel : la psychologie, la phi- Psychologie clinique et pathologique 181
losophie, la littérature, l'idéologie morale et religieuse. Le présent ouvrage,
dans la même perspective, se focalise particulièrement sur les relations
entre la psychanalyse et deux de ses referents culturels majeurs : la rel
igion judéo-chrétienne, et la civilisation grecque. Une telle perspective relie
de façon convaincante les origines de la psychanalyse à celles de l'ensemble
de la culture occidentale.
Le thème psychanalytique d'une culpabilité fondamentale se relie à la
notion judéo-chrétienne de péché originel. L'acte fondateur de la foi judéo-
chrétienne repose sur l'invention simultanée de trois motifs : le péché, l'e
spérance de rédemption, et Dieu. Le péché est d'abord une forme vide
qu'est venu remplir un contenu contingent, surtout sexuel (chap. 1).
La faute tragique, commise par le héros de la tragédie grecque, comp
orte un lien, dans la pensée freudienne, avec les concepts de mélancolie et
de masochisme originaire (1905, 1912, 1916, 1917, 1924). Par ailleurs, la
psychanalyse joue un rôle de réconciliation avec la civilisation (1927), qui
prolonge d'une certaine façon le rôle antérieur comparable de la tragédie
grecque, puis de la religion judéo-chrétienne (chap. 2).
L'émergence du thème de la connaissance de soi chez Platon est à
relier à trois sources idéologiques différentes, d'ordre respectivement
éthique, erotique, et ascétique. La deuxième, par ailleurs liée à un idéal
d'équilibre, de juste mesure, n'est évidemment pas sans rapport avec le
propos de la psychanalyse (chap. 3).
La philosophie platonicienne a été un effort pour se démarquer de la
figure de l'homme tragique, marquée par la démesure. D'ailleurs, cette annonce, d'une certaine façon, tout aussi bien la conscience judéo-
chrétienne que l'athéisme moderne (chap. 4).
Enfin Freud s'est intéressé à élaborer le thème du héros tragique, en le
dépassant vers celui du héros culturel, par exemple dans la figure de Pro-
méthée (1912, 1927, 1932).
Ce livre a le mérite de mettre l'accent sur la riche et profonde dimens
ion culturelle de la psychanalyse, parfois sous-estimée par ses usagers.
E. Jalley.
Widlöcher D. (Edit.) — (1994) Traité de psychopathologie, Paris, PUF,
1 006 p.
Leur longue expérience clinique, leur pratique de l'enseignement et de
la recherche confèrent aux auteurs de ce Traité une autorité incontestable
pour aborder une question fondamentale : quelle est la nature de la malad
ie mentale ? Ce qui sous-tend peut-être : est la de l'homme ?
Daniel Widlöcher, qui a dirigé l'élaboration de l'ouvrage, s'en explique
dès la Présentation : « On ne peut comparer que ce qui possède une nature
commune » (p. 3). Mais les problèmes abordés dans l'histoire de la médec
ine mentale étaient trop complexes pour qu'on puisse les résoudre avec 182 Analyses bibliographiques
l'apparente facilité de ses fondateurs : « Ainsi la psychologie pathologique
se définit à partir d'un objet qui lui tient lieu de méthode, d'outil concept
uel, plutôt que de s'offrir à être questionnée dans sa nature même » (p. 4).
Les progrès récents des sciences biologiques et humaines nous permettent
cependant de sortir de ce mauvais pas grâce à un « fructueux paradoxe »...
« qui fonde la psychopathologie comme l'approche des conduites disso
nantes par rapport à un système de valeurs et qui, de ce fait, s'interdit de
porter un jugement sur ces valeurs » (p. 13).
La conséquence d'une telle conception est, évidemment, l'abandon de
tout modèle unitaire : « La psychopathologie contemporaine a renoncé à
construire de tels systèmes » (p. 14). Le choix de Daniel Widlöcher est
clair : « Nous avons préféré marquer l'éclatement du champ disciplinaire
plutôt que d'offrir l'illusion d'une synthèse, dépassée certes, car prématur
ée » (p. 15).
Dans ces conditions, et pour éviter la pure diversité et le risque de
l'éparpillement, le Traité présente ses analyses selon cinq parties princi
pales qui balisent à la fois les champs de la réflexion et de la pratique cl
inique : I / Les modèles conceptuels : diagnostic et psychopathologie ;
II / L'intrasubjectivité ; III /Les opérations mentales; IV/Les processus
de développement; V/Les environnements pathogènes.
Ces chapitres sont encadrés par une introduction historique et critique
qui justifie la méthode choisie et par une étude synthétique des modèles
transdisciplinaires.
L'ouvrage, en définitive, comble un vide qui affligeait les cliniciens
français ; ils disposaient de Traités et de Dictionnaires de psychiatrie et de
psychologie, mais ils souhaitaient un nouveau Traité, de psychopathologie
cette fois, qui leur permettrait de situer leur contribution personnelle dans
une pensée générale. Les voici maintenant comblés, car chacune de ces
études est rédigée par un auteur dont les travaux s'imposent sur la ques
tion tandis que l'ensemble traduit la maîtrise et l'érudition de son direc
teur : Daniel Widlöcher. Grâce à lui, ils apprendront à distinguer les
approches scientifiques de l'homme des illusions scientistes dont les esprits
furent trop longtemps nourris.
R. Doron.
Besançon G. (Edit.) — (1993) Manuel de psychopathologie, Paris,
Dunod, 246 p.
Conçu par une équipe d'enseignants de l'Université de Nantes « ce
manuel de psychopathologie, destiné aux étudiants du DELJG de psycholog
ie, n'a pas la prétention d'être exhaustif sur le sujet traité, mais d'être
une introduction aussi complète que possible d'un domaine complexe où
les différentes théorisations se confrontent, voire s'affrontent » (p. 1).
Sept chapitres se répartissent la matière de l'ouvrage : 1 / Historique,
classification et législation ; 2 / Anxiété, dépression et psychopathologie du clinique et pathologique 183 Psychologie
corps ; 3 / Les névroses ; 4 / Déséquilibre mental, toxicomanie, addictions et
alcoolisme ; 5 / Les psychoses ; 6 / Psychoses et névroses de l'enfant pubère ;
7 / Démences et pathologie dans le vieillissement.
Rédigé dans un langage toujours clair et précis, ce volume ajoute à cette
qualité fondamentale pour l'initiation le double fait d'apporter aux étu
diants des éléments de réflexion sur la législation et la santé mentale des
vieillards, deux domaines trop souvent oubliés, bien à tort.
R. Doron.
Diatkine G., Le Gouès G. et Reiss-Schimmel I. — (1993) La psychanal
yse et l'Europe de 1993, Monographie de la Revue Française de Psy
chanalyse, Paris, PUF, 194 p.
Le numéro de la Revue est présenté partiellement comme un « guide »,
mais il est très précieux, car il nous apporte des données peu connues : « La
psychanalyse heurte les préjugés les plus fermement ancrés dans les idéolog
ies, les morales et les religions. Sa théorie a été censurée par les Etats qui pri
vaient leurs citoyens de la liberté d'expression. Sa pratique nécessite que ni le
patient ni l'analyste n'aient de compte à rendre à la police ni à aucune autre
administration » (Diatkine, p. 19). Mais cette conception de principe se
heurte à des faits : d'une part, il existe parfois des systèmes d' « assurance
maladie » qui interviennent entre les deux protagonistes ; d'autre part, il
existe une Association Psychanalytique Internationale qui s'efforce de
garantir « la qualité et la rigueur de la formation » (p. 187). Comment consi
dérer ceux qui, nombreux en France, n'en relèvent pas ?
Aussi sommes-nous confrontés à la fois aux difficultés de la définition de
la Communauté européenne et de la pratique psychanalytique. C'est ici que
cette monographie est beaucoup plus qu'un « guide ». Car elle comporte des
discussions sérieuses des problèmes prévus par Freud lui-même : « Les pau
vres ont les mêmes droits à un secours psychique qu'à l'aide chirurgicale »
(p. 39). Elle apprécie également l'importance des scissions du mouvement
psychanalytique : par exemple, en France, « les quatorze groupe lacaniens
ne comptent donc officiellement chacun que quelques centaines de membres,
qui font déjà beaucoup plus que les deux associations membres de l'API, la
Société psychanalytique de Paris et l'Association Psychanalytique de
France. Mais les "analystes lacaniens" qui se forment de ces groupes, et qui
forment eux-mêmes autant d'analystes qu'ils le peuvent, se comptent par
milliers » (Diatkine, Le Gouès, p. 35).
R. Doron.
Boekholt M. — (1993) Epreuves thématiques en clinique infantile.
Approche psychanalytique, Paris, Dunod, 226 p.
Les cliniciens connaissent depuis longtemps les travaux du groupe de
recherche en psychologie projective de l'Institut de Psychologie (Univer- 184 Analyses bibliographiques
site de Paris V). Ils en trouveront là l'une des plus récentes manifestations,
présentée par C. Chabert, elle-même auteur d'une thèse remarquée
(Dunod, 1983) sur l'interprétation psychanalytique du Rorschach en cl
inique adulte. Rédigeant la préface de ce nouvel ouvrage, celle-ci caractér
ise la spécificité du travail : « L'intérêt des méthodes projectives dans les
examens psychologiques d'enfants apparaît dès lors qu'on se penche sur ce
mode d'approche dans une perspective délibérément clinique, au sens plein
du terme, c'est-à-dire comprenant dans sa démarche épistémique la dimens
ion relationnelle qui associe l'enfant, le psychologue clinicien et la média
tion offerte par le matériel des tests » (p. V). Selon M. Boekholt, « la
méthodologie préconisée en liaison avec le support théorique consiste à éta
blir le distinguo entre le matériel manifeste, très rigoureusement analysé, et
ses diverses implications latentes » (p. 5). L'ouvrage comporte d'abord un
chapitre introductif : « Utilisation des épreuves thématiques chez l'en
fant ». Puis une première partie est consacrée au scéno-test, épreuve de jeu
sollicitant des réponses prioritairement motrices, par conséquent très inté
ressant chez des enfants peu accessibles au langage parlé. Une deuxième
partie étudie le CAT, le PN, le TAT. Des exemples concrets sont toujours pro
posés, de sorte que nous avons là le plus riche et le plus récent des manuels
français dans le domaine considéré. Les étudiants et psychologues y trou
veront, de plus, la bibliographie indispensable à leur formation et à leur
perfectionnement.
R. Doron.
Davison G. C. et Neale J. M. — (1994) Abnormal psychology (6e éd.),
New York, John Wiley, 658 p.
Cet ouvrage se propose de communiquer aux étudiants notre propre
intérêt passionné (disent les auteurs) pour la discipline, en particulier pour
les recherches en psychopathologie. Selon eux, en effet, la complexité des
causes des comportements anormaux est telle qu'il est nécessaire d'en
esquisser une approche théorique pour en tirer des conclusions valables en
vue de la prévention et de la guérison. Cette nouvelle édition a bénéficié
d'une part de la collaboration de nombreux enseignants susceptibles d'uti
liser des livres de ce genre et, d'autre part, de plusieurs experts capables de
critiquer les textes et d'en vérifier la mise à jour. Illustré par des photogra
phies en couleur et des vignettes cliniques, l'ouvrage comporte quatre part
ies. La première est une introduction historique ainsi qu'une étude épisté-
mologique des paradigmes et des méthodes de recherche. La seconde classe
et décrit les « désordres psychologiques » (phobies, obsessions, stress,
conversion, troubles de l'humeur et de la personnalité, schizophrénie...). La
troisième reprend la psychopathologie dans la perspective développemen-
tale et temporelle et la quatrième pose les problèmes de l'intervention au
sujet du choix des techniques, des terrains d'application et des exigences
éthiques et légales. En raison de l'importance des problèmes posés, il est Psychologie clinique et pathologique 185
évident qu'on ne peut voir dans cet ensemble une source exhaustive de
connaissances. Mais il s'agit d'une étude claire et équilibrée qui donne une
vue utile et intéressante de ce que peut être, aux Etats-Unis, une étude
destinée aux étudiants qui débutent en première année de psychologie.
R. Doron.
Assoun P. L. — (1993) Introduction à la métapsychologie freudienne,
Paris, PUF, 280 p.
Déjà connu par plusieurs de ses ouvrages concernant la pensée et l'i
nfluence de Freud, l'auteur nous livre ici, en quelque sorte, la synthèse, au
moins provisoire, de sa réflexion. A ce titre il intéressera beaucoup tous
ceux qui se passionnent pour la nature et le destin de la psychanalyse. Ils
sont nombreux en France comme à l'étranger et ils apprécieront certaine
ment la rigueur de cette nouvelle mise en ordre. En effet, procédant à part
ir des définitions de base de la métapsychologie, Assoun reprend la ques
tion de savoir comment et en quoi Vinconscient peut être saisi par une
science (p. 7). Il conçoit alors la démarche suivante, qui consiste à étudier
d'abord les fondements de la forme métapsychologique (première partie),
puis les éléments, doctrine de la représentation (deuxième partie) et enfin
les marges, ou l'en-deçà de la (troisième partie). Il conclut
alors sur le sujet. Pour comprendre mieux sa méthode, signalons que l'au
teur dépouille minutieusement les textes en ordonnant sa matière selon dix
chapitres : l'objet, l'exemple, la fiction, la représentation, la chose, la
lettre, l'affect, le corps, l'acte et le récit. Devant notre impossibilité de sou
ligner ici, en quelques lignes seulement, toute la richesse de ce travail, nous
avons choisi de nous en tenir à une citation qui dit bien l'essentiel des rap
ports de la chose sexuelle à l'expérience du sujet : « Quoiqu'un peu connais
seur de Kant, Freud n'a peut-être pas lui-même mesuré toute la portée, sur
ce versant, de sa remarque selon laquelle la synthèse du moi ne va pas
aussi loin que l'on peut penser. C'est même en ce point hautement problé
matique de la synthèse, que le sujet reçoit son lieu propre. C'est pourquoi
décidément ce sujet /l'est pas une personnalité, mais ce n'est pas pourtant
n'importe quoi : c'est le point de référence de sa propre déchirure. Là où
Y Autre a fait trace, se forme un sujet » (p. 263).
R. Doron.
Brusset B. et Couvreur C. (Edit.) — (1993) La névrose obsessionnelle,
Monographie de la Revue Française de Psychanalyse, Paris, PUF,
148 p.
Nous avons là une étude pertinente qui réunit des auteurs appartenant
aux deux sociétés françaises reconnues par l'Association Psychanalytique
Internationale. Leurs propos sont introduits par les deux « éditeurs » qui

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.