Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°2 ; vol.74, pg 671-685

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L'année psychologique - Année 1974 - Volume 74 - Numéro 2 - Pages 671-685
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1974
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Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1974 vol. 74, n°2. pp. 671-685.
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Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1974 vol. 74, n°2. pp. 671-685.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1974_num_74_2_28072Psychologie clinique et pathologique
Prévost (Claude M.). — La psychophilosophie de Pierre Janet. —
Paris, Payot, 1973, 348 p. (Claude M.). — Janet, Freud et la psychologie clinique. —
Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1973, 213 p.
Les nécessités de l'édition ont amené l'auteur à nous livrer sa pensée
sur Pierre Janet dont il avait fait l'objet d'une importante thèse soutenue
en 1973 sous les deux titres ci-dessus, l'un correspondant à une approche
de Pierre Janet « par lui-même et pour lui-même », le second l'abordant
« dans son rapport avec Freud ».
Le premier ouvrage est de haute érudition, trois cent trente-cinq
pages d'analyses serrées, fruit de la lecture exhaustive de l'œuvre de
Pierre Janet, représentée par une bibliographie dont l'on suggère qu'elle
n'est sans doute pas complète, mais qui n'en effraierait pas moins plus
d'un lecteur compétent et consciencieux. L'auteur n'y épargne rien pour
dépasser les clichés faciles et entrer dans une intelligence philosophique
approfondie de la pensée de l'œuvre psychologique de Pierre Janet.
Le second ouvrage est marqué davantage au sceau de l'anecdote :
Janet évincé de la Salpêtrière en 1910, Janet rapportant sur la psychol
ogie devant Jung au Congrès de Médecine de Londres en août 1913,
Janet sonnant en vain chez Freud à Vienne sur le conseil de son gendre
Edouard Pichon.
Ces deux ouvrages procèdent d'une seule et unique pensée : en ces
années de Freudologie impertinente, la psychologie clinique ne peut
que gagner à éclairer sa problématique par l'étude fidèle des œuvres
d'un philosophe psychologue en constante et subtile tension avec le
fondateur de la psychanalyse.
A la lumière des travaux de M. Prévost, un certain Janet, universit
aire un peu brouillon, organo-généticien et héréditariste, partisan d'un
constitutionnalisme suspect va s'effacer ; Janet, professeur de philoso
phie, qui n'aimait pas les philosophes, convaincu de la vertu propre de
l'élaboration conceptuelle fondatrice du savoir, puisqu'elle lui donne une
forme communicable en constituant sa rationalité, passionné par la
maladie mentale, lui applique cette conviction philosophique : donnant
à toute une partie de son œuvre la forme d'une gigantesque présentation
de cas pathologiques, il institue la connaissance du malade mental en
discipline autonome, face à la pensée médicale et à la psychologie expé
rimentale, sous la forme d'une véritable phénoménologie des conduites
qui, dans leur singularité, à travers un mouvement d'intériorisation
qui s'origine dans les tendances, assurent l'émergence de la personne...
Ainsi Janet est-il le père de la psychopathologie, assumant la difficile 672 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
contradiction qui guette tous les psychopathologues d'être clinicien
en usant d'un vocabulaire scientifique, c'est-à-dire général... Et M. Pré
vost, pour consacrer cette paternité de Pierre Janet, de le citer parlant
de Freud : « II appela psycho-analyse ce que j'avais appelé analyse
psychologique, il nomma complexes ce que nommé système
psychologique pour désigner cet ensemble de faits de conscience, et
de mouvements, soit des membres, soit des viscères, qui reste associé
pour constituer le souvenir traumatique, il considéra comme un refou
lement ce que je rapportais à un rétrécissement de la conscience, et il
baptisa du nom de catharsis ce que je désignais comme une dissociation
psychologique ou comme une désinfection morale. Mais surtout il
transforma une observation clinique et un procédé thérapeutique à
indications précises et limitées en un énorme système de philosophie
médicale » [Janet, Freud et la psychologie clinique, p. 61).
Sur le terrain propre de la thérapeutique, une autre surprise est
réservée au lecteur : s'il est vrai que Janet n'entrevoit guère qu'un
remodèlement de l'équilibre relationnel du malade dans l'implication
du soignant pourrait apporter une amélioration, du fait probablement
d'une conception de la sexualité moins diffuse que celle de Freud, nous
découvrons son extraordinaire foi en la portée sociale de son discours ;
il est possible, selon lui, de modifier l'opinion sur la maladie mentale et
dès lors d'améliorer considérablement l'approche du malade laquelle
pourra devenir thérapeutique. Un tel discours est politique dans la
mesure où il traduit cette préoccupation essentielle de Janet que, si
le malade mental constitue cette exception d'une conduite errante,
inachevée, incomplète alors que le développement de l'humanité dépend
assurément de conduites efficaces, significatives et rationnelles, permettre
que soit appréhendé le sens de la maladie mentale inaugurera une
révolution dans la thérapeutique qui, par la reconnaissance de la signi
fication du pathologique, prépare une action d'assainissement au sens
de Saint-Simon, comme l'indique fort bien M. Prévost dans le dernier
chapitre : « Introduction au Janetisme » de la Psychophilosophie de
Pierre Janet.
Janet, fondateur du discours clinique, théoricien de la sociothérapie
prend ainsi un visage nouveau pour le clinicien en 1973.
Faut-il relever ce qui lui permettrait de faire pièce à qui voudrait
l'enfermer dans le piège de l'hérédité étroitement entendue puisqu'il
la considère comme simplement prédisposante, sans compter son insi
stance à marquer l'importance des événements traumatiques...
Faut-il souligner l'intérêt qu'il y aurait à creuser une voie que l'auteur
entrouvre à peine, celle de la relation de la pensée de Janet avec celle de
Schopenhauer auquel Freud s'est aussi référé ?
Il est bien difficile de limiter les interrogations... Cette difficulté
est la meilleure preuve de la fécondité de l'œuvre.
M. Gagey. PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE 673
Ey (Henri). — Traité des hallucinations. Paris, Masson, 1973,
1 544 p.
C'est un véritable monument à la gloire de l'organo-dynamisme
dont le trouble hallucinatoire, depuis Moreau (de Tours), représente la
clé de voûte. Après l'ouvrage de Brière de Boismont de 1852, et la célèbre
Neurobiologie de V hallucination de R. Mourgue, d'inspiration bergso-
nienne parue en 1932, Henri Ey nous donne un traité véritablement
encyclopédique sur les hallucinations, fruit d'une expérience clinique
et bibliographique de plus de quarante ans, puisque sa thèse de médecine
de 1934, préfacée par J. Seglas, avait déjà pour titre Hallucinations
et délires. Mais c'est aussi pour lui, une défense et illustration d'une
certaine psychiatrie médicale organo-dynamique contre les thèses psy
chogénétiques (psychanalyse) et sociogénétiques (antipsychiatrique)
actuelles. Il ne cache pas, dès la préface, ce projet partisan, et les concept
ions organogénétiques qu'il défend avec rigueur, et même avec une
certaine impatience depuis l'apparition d'une critique systématique
du fait psychiatrique et de la psychiatrie comme spécialité médicale.
« Quatre idées directrices sont développées dans ce traité :
« La première est que l'hallucination est un phénomène pathologique,
c'est-à-dire d'une structure « hétérogène » à l'égard de l'infinité des
illusions qui entrent dans l'exercice normal de l'imagination...
« La seconde consiste à considérer le phénomène hallucinatoire à tous
ses niveaux comme irréductible à la théorie mécaniste qui le tient pour
objet d'une excitation neuro-sensorielle.
« La troisième idée se formule comme une thèse antipsychogénique
de l'apparition hallucinatoire. Celle-ci, en effet, n'est pas et ne peut
pas être seulement la projection d'un affect, fût-il inconscient. Sa
structure négative... est incompatible avec la seule force du désir et
requiert une autre dimension, celle d'un déficit ou d'une brèche du
système de la réalité...
« La quatrième idée, enfin, est que l'hallucination exige pour sa
compréhension et son explication le recours à un modèle hiérarchisé
d'un plan d'organisation de l'organisme psychique. L'hallucination
n'apparaît, en effet, qu'à la faveur d'une désorganisation psychique,
ou des systèmes psychosensoriels...
« Ce n'est pas l'inconscient, c'est la de l'être conscient
qui est pathogène. Tout processus psychopathologique doit se concevoir
dans la perspective d'une causalité proprement biologique, c'est-à-dire
comme une malformation ou une déformation de l'organisme qui demeure
ou revient à une forme d'organisation plus primitive ou plus précaire
sans jamais exclure l'intentionnalité de l'espèce ou le sens des pulsions
individuelles. »
« ... La psychiatrie est non pas un instrument de répression par la
raison, la civilisation, la morale ou la société, mais le savoir ou l'action
nécessaires pour affranchir l'homme aliéné dans sa maladie mentale, 674 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de la répression qu'exerce sur sa liberté son inconscient. L'exploitation
politique faite à cet égard des concepts (et des asiles) psychiatriques
est intolérable » (p. vm-ix).
Il est difficile d'analyser, dans les limites d'une telle rubrique, un
ouvrage aussi important qui, par le biais du phénomène hallucinatoire,
est un véritable traité de psychiatrie. La seule bibliographie, complétée
par un double index, représente plus de 150 pages. Disons seulement
qu'il a sa place dans toute bibliothèque de psychologie clinique et
pathologique pour être lu et, encore plus souvent, consulté.
J. Postel.
Adams (H. E.) and Boardman (W. K.). — Advances in experimental
clinical psychology. — New York, Pergamon Press, 1971, x-219 p.
Recueil de cinq communications dues à des universitaires américains
et canadiens et présentées à un symposium sur la psychologie clinique
expérimentale tenu à l'Université de Géorgie en février 1969.
Ce symposium a voulu être une tentative pour réadapter la recherche
universitaire aux demandes des cliniciens y compris de ceux qui exigent
l'implication.
R.-A.-V. Mallet.
Binswanger (L.). — Introduction à l'analyse existentielle. — Paris,
Minuit, 1971, 263 p. (traduit de l'allemand par J. Verdeaux et
R. Kuhn, Préface de R. Kuhn et H. Maldiney).
Recueil de textes et de conférences destiné à présenter la pensée
de Binswanger en un ensemble exhaustif et cohérent. L'introduction
justifie par rapport à cet objectif le choix fait de textes publiés pour
la première fois à des époques qui se situent entre 1922 et 1958. La tr
aduction est l'œuvre de familiers de la pensée de Binswanger.
R.-A.-V. Mallet.
R. E. Ornstein. — The Nature of Human Consciousness. — San
Francisco, W. H. Freeman and Company, 1973, 514 p.
Le but de l'auteur, tel qu'il le définit lui-même en rassemblant
les textes qui composent ce livre, est de s'efforcer de rouvrir une pers
pective perdue en psychologie afin de répondre au besoin de réétablir
ses bases et de lier le courant de recherche actuel dominant avec des
travaux comme ceux de William James ou Cari Jung et les philosophies
ésotériques telles que le Sufisme, le Yoga, le Bouddhisme. Sa thèse
est qu'il existe deux modes majeurs de conscience (consciousness),
l'un « intellectuel » et l'autre, complémentaire, intuitif. Le livre ne
prétend nullement atteindre à une synthèse ; c'est une juxtaposition PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE 675
d'articles qui renvoient parfois l'un à l'autre. Une première partie pré
sente des textes tendant à prouver qu'il existe deux modes de connais
sance complémentaires, couple explicite-implicite, intellectuel-sensuel,
l'implicite incluant aussi bien les connaissances acquises sous l'effet
de la drogue ou lors d'expériences mystiques que celles révélées par
les philosophies religieuses. A l'appui de la thèse du dualisme de la
conscience humaine, des articles sur la physiologie du cerveau, organe
double, et sur certains faits culturels ou ethnologiques (linéarité ou
non-linéarité de la pensée, droite-gauche...). Une deuxième partie
reprend des textes regroupés, grosso modo, sous le titre « Construction
de la conscience ordinaire » qui pourraient se retrouver dans des ouvrages
sur la perception. Une troisième partie juxtapose des articles sur le
Sufisme et le Bouddhisme, quelques extraits des livres de ces philoso
phies, des études (assez peu concluantes) sur la physiologie de la médit
ation. Enfin les articles rassemblés en une sorte de synthèse dans une
dernière partie traitent, entre autres, des rythmes biologiques, de la
synchronicité, de l'apprentissage dans le système nerveux autonome,
des états de conscience paranormaux.
M.-Th. Singh.
Fromm (Erika) et Shor (Ronald E.). — Hypnosis. Research deve
lopments and perspectives. — Chicago, New York, Aldine, Atherton,
1972, 656 p.
Il s'agit d'un ouvrage rédigé par les meilleurs spécialistes américains
de l'hypnose, sous la direction d'Erika Fromm et de Ronald E. Shor.
Après une introduction historique approfondie de ce dernier, Frederik
J. Evans nous donne une étude complète des relations entre l'état
hypnotique et le sommeil, en utilisant les données neurophysiologiques
cérébrales les plus récentes. La place de l'hypnotisme dans la recherche
en psychologie est ensuite bien délimitée par E. Levitt et R. H. Chapman,
cependant que T. X. Barber étudie très longuement le « comportement
hypnotique » dans ses diverses modalités. Les aspects psychophysiolog
iques sont envisagés par R. T. Sarbin et R. Slagle. Puis M. M. Cooper
décrit l'amnésie hypnotique et les problèmes psychopathologiques sous-
jacents. Les rapports entre l'hypnose et l'activité créatrice et imaginaire
sont développés par K. S. et P. G. Browers, et P. W. Sheehan.
La suite des exposés devient très expérimentaliste, avec en particulier
les contributions de G. S. Blum sur les techniques hypnotiques program
mées pour des expériences psychologiques, et de G. T. Tart sur la mesure
de la profondeur des altérations de l'état de conscience sous hypnose.
On trouve enfin des études sur certains points plus particuliers comme
les contenus des rêves hypnotiques (par E. R. Hilgard et D. P. Nowlis),
la régression affective sous hypnose, ou plus généraux comme les « aspects
humanistes de la communication hypnotique » (P. B. Field), les rapports
entre l'hypnose et le contrôle cognitif et comportemental. 676 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
E. Fromm termine cette véritable somme sur l'état actuel des recher
ches dans le domaine de l'hypnose, en essayant, dans une étude pros
pective, de nous en faire prévoir les orientations futures. On est étonné
de l'importance donnée aux théories explicatives et aux techniques
d'ordre psychophysiologique et comportemental, par rapport à celles
relevant de la psychanalyse et d'une manière plus générale, des psycho
thérapies. Ce dernier aspect paraît être en effet relativement négligé
par des chercheurs soucieux de donner à l'hypnose un statut scientifique
objectif et expérimentaliste indiscutable. Sans doute sont-ils gênés
par les apparences un peu charlatanesques de l'hypnose dont ils vou
draient pouvoir se débarrasser définitivement. Mais ils sont forcés de
reconnaître bien souvent que cet état hypnotique qu'ils s'efforcent
d'étudier avec des techniques objectives rigoureuses, ne s'obtient que
par des moyens relevant de l'irrationnel et d'une relation transférentielle
massive. Là est l'ambiguïté, et le piège (car le contre-transfert est lui
aussi massif) où risque de tomber tout chercheur travaillant sur l'hyp
nose, s'il ne prend pas garde de donner à l'inconscient sa place qui est,
ici, fondamentale.
J. Postel.
Strongman (K. T.). — The Psychology of Emotion. — Londres,
Wiley, 1973, 235 p.
Illustration d'un cours fait aux étudiants de psychologie de l'Univers
ité d'Exeter, cet ouvrage s'appuie sur les théories des auteurs suivants :
W. James, W. B. Cannon, W. McDougall, J. W. Papez, J. B. Watson,
D. B. Lindsley, D. Bindra, R. Plutchik, M. B. Arnold, K. H. Pribram,
S. Schachter, P. V. Siminov, P. T. Young, R. S. Lazarus, R. W. Leeper,
D. Rapaport, M. Pradines, E. Duffy, H. F. Harlow et Stagner,
J. R. Millenson.
Par un souci de cohérence méthodologique, l'auteur a pratiquement
ignoré les approches psychanalytiques, existentielles ou éthologiques
de ce problème.
R.-A.-V. Mallet.
Jaccard (R.). — L'Homme aux Loups. — Paris, Editions Univers
itaires, 1973, 120 p.
Petite monographie historique et psychanalytique sur L'Homme
aux Loups, ce célèbre malade traité par S. Freud de 1910 à 1914, et
connu des lecteurs français comme étant le dernier cas de Cinq Psy
chanalyses. Ce traitement est une des analyses les plus longues et les
plus difficiles entreprises par Freud. Il devait lui apporter le matériel
le plus riche pour la théorisation analytique. On sait qu'après la première
guerre mondiale, l'Homme aux Loups, d'origine russe, devait revenir
à Vienne, complètement ruiné. Son ancien psychothérapeute allait PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE 677
d'ailleurs l'aider financièrement (en organisant des collectes) à se
réinstaller et à devenir employé dans une compagnie d'assurances.
Loin d'être guéri, l'Homme aux Loups allait reprendre une tranche
d'analyse avec Ruth Mack Brunswick, en 1926, à la suite d'une décomp
ensation psychotique sur le mode paranoïaque. Plus tard, en 1951,
il devait présenter un nouvel épisode psychotique, et être encore suivi,
de manière intermittente, par deux psychanalystes viennois. Entre
temps, sa femme Thérèse, ancienne infirmière, s'était suicidée en 1938.
Il vit actuellement, toujours en Autriche, dans une retraite protégée
des importuns par deux psychanalystes américains, M. Gardiner et
K. R. Eissler. Ce dernier devait, en effet, répondre à Jaccard qui souhait
ait rencontrer l'illustre patient : « J'hésite à vous introduire près de lui.
Il s'agit d'un homme âgé, d'un équilibre précaire, et je crains fort qu'une
entrevue avec un nouvel interlocuteur ne l'agite excessivement »
(17 février 1972).
L'ouvrage relate, dans un style alerte et journalistique les péripéties
de cette histoire assez triste finalement. Les avatars de ses relations
avec Freud durant la cure, puis son exil viennois ont profondément
marqué l'Homme aux Loups qui, dans ses mémoires dont il commence
la rédaction en 1957, insiste sur la chance qu'il eut de rencontrer Freud.
C'est vrai que ce dernier lui a donné une place dans l'histoire : celle
d'un névrosé dont la cure s'inscrit spectaculairement dans l'invention
géniale de la psychanalyse. Mais la question reste posée des avantages
psychothérapiques réels retirés par l'Homme aux Loups de cette
rencontre. Très ironiquement, G. Deleuze et F. Guattari y répondaient
récemment par la négative (« 14 mai 1914, un seul ou plusieurs loups ?
Minuit, n° 5). Jaccard est plus nuancé. Reprenant les idées de S. Vider-
man (La construction de l'espace psychanalytique, Denoël, 1970), il
montre bien que l'analyste écrit davantage qu'il ne récrit l'histoire de
son patient. Et le matériel qu'apporte celui-ci varie donc selon son
thérapeute. La « vérité analytique » est relative. Ce qui en favorise la
fabrication « ce sont les exigences conjuguées de puissance narcissique
de l'analyste et de son patient » car « l'analysé trouve son compte à
participer à la toute-puissance narcissique de l'analyste » (p. 50). Ainsi
l'interprétation du rêve central « des loups devant la fenêtre, juchés
sur les branches d'un arbre », est-elle ramenée arbitrairement par Freud
à la scène primitive d'un coït parental, dans un schéma strictement
œdipien, dont le malade aurait été le témoin, à l'âge de 18 mois, vingt-
cinq ans plus tôt. Sans doute cette interprétation s'impose au patient,
malgré son invraisemblance et quoique Freud ait essayé de la lui faire
critiquer. Mais dans cette relation de toute-puissance narcissique, et
de « remarquable endoctrination du patient » dont parlait Kris, quoi
d'étonnant ? On sait que dans la cure de 1926, « toute la technique de
R. M. Brunswick visera alors à détruire par tous les moyens cette croyance
de l'Homme aux Loups en l'affection particulière que lui portait Freud,
A. PSYCHOL. 74 22 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 678
croyance qui lui permettait de se mettre à l'abri des sentiments d'une
tout autre nature. Ce bastion de « mégalomanie surcompensatrice » enfin
détruit, l'analyse peut progresser » (p. 84). Elle avoue d'ailleurs « ne
pas comprendre comment le processus de guérison (perceptible dans ses
rêves et qu'elle accueillit avec soulagement !) intervint » (p. 85).
Guérison précaire, comme nous l'avons su !
Ecrit pour des étudiants, l'ouvrage de Jaccard mérite d'être lu et
médité. Car, malgré les critiques qu'on a pu faire à Freud sur l'analyse
de l'Homme aux Loups, celle-ci reste le prétexte d'un « écrit à la fois
ouvert et polémique, hésitant et ferme, appartenant à la longue série
des chefs-d'œuvre qui ont su dire sur le destin tragiquement imprévis
ible de l'homme, quelque chose d'essentiel » (p. 60).
J. POSTEL.
Harrison (S. I.) etMcDERMoir (J. F.) (Eds). — Childhood Psycho-
pathology. An Anthology of basic Readings. — New York, Inter
national University Press, 1972, 904 p.
Voici un ensemble de morceaux choisis et d'articles sélectionnés très
judicieusement par Harrison et McDermott dans toute la littérature
consacrée à la psychopathologie infantile. Ils en ont retenu cinquante-
cinq couvrant l'ensemble des divers domaines de cette discipline. Seize
sont consacrés à la psychologie normale du développement, huit aux
troubles du développement affectif (avec en particulier des textes de
Spitz, A. Freud, Fraiberg), six aux troubles névrotiques, trois aux
troubles de l'apprentissage, quatre aux comportements antisociaux.
Viennent ensuite cinq textes sur les troubles psycho-physiologiques
(anorexie nerveuse par Gull... encoprésie par E. J. Anthony), cinq sur
les psychoses infantiles (où l'on trouve des articles de L. Bender et de
M. Mahler), cinq sur le retard intellectuel. Et le recueil se termine
par trois articles concernant les troubles d'origine organique cérébrale.
Il s'agit dans l'ensemble de textes importants souvent difficiles à trouver
dans leur publication originale. C'est donc une véritable somme qui
rendra de grands services à tout étudiant, praticien, ou même chercheur
en psychopathologie infantile.
Sans revenir sur un choix tout à fait valable, on peut s'étonner que
seuls y apparaissent deux auteurs francophones : l'un Piaget, pour
deux textes dans la première partie consacrée au développement nor
mal, l'autre Itard, pour des extraits de son rapport sur le sauvage de
l'Aveyron. Un Suisse, et un vétéran de la fin du xvme siècle ! On peut
s'en offusquer. Mais ne vaudrait-il pas mieux s'interroger sur les raisons
profondes d'un tel manque d'audience internationale pour les travaux
originaux des chercheurs français en psychopathologie infantile ?
M. Postel. PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE 679
Zulliger (H.). — L'angoisse de nos enfants (traduit par M. Wernert
et J. Schlegel). — Mulhouse, Salvator, 1972, 176 p.
C'est le dernier ouvrage de cet instituteur suisse allemand mort
le 18 octobre 1965, psychologue et psychanalyste. Il fut en effet un des
premiers disciples de Freud, et à ce titre écrivit plusieurs ouvrages sur la
psychopédagogie et la psychanalyse des enfants. Le premier fut d'ail
leurs traduit en français et édité chez E. Flammarion dès 1930 sous
le titre La psychanalyse à Vécole. Collaborant activement à la revue
Pédagogie psychanalytique avec en particulier A. Freud et A. Aichorn,
il écrivit un deuxième ouvrage Les enfants difficiles qui eut de nomb
reuses éditions successives, et fut publié en français à L'Arche, en 1950.
Mais il est surtout connu par sa collaboration aux travaux d'H.Rorschach
et de Behn. Eschenburg, et la création d'un nouveau test projectif, le
test « Z » composé de trois planches de taches d'encre à projeter sur un
écran pour une passation collective. Il mit au point ce test projectif
lorsqu'il était, en 1939, mobilisé dans le service psychologique suisse
des Armées. Publié ensuite, en 1948, ce test devait s'imposer pour sa
facilité d'emploi et son intérêt dans les examens systématiques sur des
groupes importants.
L'angoisse de nos enfants résume sa grande expérience clinique et
psychothérapique des enfants. L'angoisse en effet reste un trouble
central de toute névrose, trouble ressenti plus vivement par l'enfant
qui ne bénéficie pas encore des moyens de défense du Moi de l'adulte.
Après un premier chapitre sur l'évolution des théories freudiennes sur
l'angoisse, et les conceptions jungiennes sur l'angoisse de mort et les
archétypes, l'auteur décrit longuement l'observation d'une « écolière
apparemment débile » en y montrant le rôle de sur le retard
intellectuel : « L'angoisse rend bête. » II nous montre ensuite comment
certaines angoisses traumatiques peuvent provoquer une grave inhi
bition intellectuelle prolongée. Il retrouve constamment, dans sa clien
tèle scolaire, ces « pseudo-débilités » par angoisse. Il s'efforce ensuite de
cerner les diverses autres formes cliniques de l'angoisse enfantine, en
particulier à manifestations phobiques. L'angoisse de « dommage
corporel » l'amène à préciser ce qu'il appelle « le complexe de castration
et l'envie du pénis chez l'enfant normal ». Il étudie enfin, après avoir
développé un cas assez spectaculaire de « névrose diabolique » chez un
enfant âgé de 5 ans 1/2 élevé par des parents adeptes d'une secte reli
gieuse, les moyens de surmonter l'angoisse chez l'enfant : création ima
ginaire de type roman policier familial, puis utilisation des mécanismes
de défense du Moi repris selon les conceptions d'Anna Freud, et fina
lement dépassement de l'angoisse infantile grâce à un soutien à la fois
psychanalytique et pédagogique.
Cet ouvrage est surtout pour l'auteur l'occasion de l'illustrer par de
savoureuses histoires cliniques recueillies durant sa longue carrière de
pédagogue et d'analyste. On est étonné agréablement par une certaine

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