Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°4 ; vol.89, pg 635-651

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L'année psychologique - Année 1989 - Volume 89 - Numéro 4 - Pages 635-651
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°4. pp. 635-651.
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Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°4. pp. 635-651.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1989_num_89_4_29377clinique et pathologique 635 Psychologie
humains vise à exploiter les connaissances psychologiques, notamment
expérimentales, à la conception et à l'aménagement des systèmes où
interagissent les hommes et les composantes techniques. Elle a de nom
breux rapports avec l'ergonomie, la psychologie ergonomique ou la
psychologie de l'ingénierie (engineering psychology) sans s'identifier à
aucune de ces dernières. L'ouvrage se présente comme un ensemble de
revues de questions qui font le point des connaissances actuelles sur
leur thème. La préface nous dit la manière dont il a été conçu. Chaque
auteur ou groupe d'auteurs était invité à écrire sa contribution dans le
champ de sa spécialité et dans la perspective des « facteurs humains ».
Le titres des chapitres donnent une idée des domaines abordés et
de l'esprit dans lequel ils l'ont été. 1 / Les limites de la mémoire à court
terme dans l'activité humaine ; 2 / L'attention ; 3 / La charge de
travail mental ; 4 / Les processus de la décision humaine : heuristiques
et structure de la tâche ; 5 / La théorie du traitement automatique et
contrôlé et ses applications aux facteurs humains ; 6 / La description
du contrôle du mouvement à deux niveaux d'abstraction ; 7 / L'inter
action homme-calculateur ; 8 / Le contrôle adaptatif dans les systèmes
homme-machine ; 9 / Les facteurs humains dans la conception et la
gestion de l'organisation.
Si les chapitres ne sont pas parfaitement coordonnés, on y sent tou
tefois le souci des auteurs de renvoyer à d'autres chapitres pour éclairer
ou compléter leurs propres développements. Les auteurs généralement
bien connus (Wickens, Kantowitz, Schneider, etc.) ont réalisé de bonnes
mises au point, de caractère un peu scolaire et très accessible. Mais si la
psychologie expérimentale de laboratoire est largement exploitée et ses
résultats souvent très judicieusement discutés, l'analyse des situations
de travail sur le terrain est la grande absente de cet ouvrage où elle
aurait dû cependant avoir sa place.
Le livre comporte d'abondantes bibliographies et un bon index.
Il sera utile dans la bibliothèque du psychologue ergonomiste qui
appréciera en particulier les discussions relatives aux concepts qui lui
sont familiers.
J. Leplat.
PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE
Clinical Sociology Review, vol. 5, New York, Brunner Mazel, 1987,
206 p.
Ce nouveau volume, comme les précédents, répartit les contributions
de ses auteurs en cinq rubriques. Nous avons relevé, en particulier :
— dans la rubrique « Histoire de la sociologie clinique » : deux articles
de William Foote Whyte concernant l'intervention de la sociologie 636 Analyses bibliographiques
clinique dans l'industrie hôtelière (1947) et, plus généralement, dans
la résolution des problèmes humains (1981) ;
— dans la rubrique « Théories et méthodes », une étude de Conto
comparant les points de vue des recherches « académiques » et
« participante » pour la compréhension des mécanismes de chan
gement ;
— dans la rubrique de la « Pratique en sociologie clinique », le texte
de Hoffman au sujet d'un programme de traitement de l'alcoolisme
dans un groupe de réfugiés cubains et celui de Byers décrivant l'util
isation des théories sociologiques dans l'intervention sur le phéno
mène de crise ;
— dans la rubrique « Enseignement de la sociologie clinique », l'ana
lyse de Malhotra de la théorie d'Habermas sur la communication et
de l'interaction appliquée au cas d'un petit groupe de femmes s'ini-
tiant à la psychologie féminine ;
— dans la rubrique bibliographique, des comptes rendus d'ouvrages
portant sur « le conseil conjugal » (Stahmann et Hiebert, A clini
cian's Handbook) et sur « la privation paternelle » (Biller et Salomon).
R. Doron.
Winnicott (D. W.). — Conversations ordinaires, Paris, Gallimard,
1988, 308 p.
Rien n'est plus difficile que de « résumer » un livre de Winnicott,
encore plus ce dernier, appelé Conversations ordinaires, titre français
qui convient bien à ces causeries variées réservées chaque fois à des
non-spécialistes, tant la pensée est diffluente, créative, inattendue,
paradoxale, en un mot vivante : or la vie ne se résume pas. On trouvera,
parmi les thèmes abordés, certains qui nous sont déjà connus : le bébé
ses relations avec sa mère irremplaçable, son père plus « maternel »
de nos jours qu'avant ; l'importance de l'expérience culturelle, en rela
tion avec la créativité personnelle ; l'adolescent en nécessaire difficulté,
surtout s'il a connu une enfance relativement libre, en proie à ses
fantasmes de « meurtre », dont l'immaturité est un bien précieux, se
transformant avec le temps qui passe... ; la délinquance, elle-même,
devant être reconsidérée en tant que signe d'espoir. Nous découvrons
aussi la vision winnicottienne sur des sujets inédits : la créativité dans
la vie matrimoniale, le féminisme, la guerre, la liberté, la démocratie...
Chaque rencontre avec Winnicott est féconde et on ne peut qu'apprendre
de lui en s'imprégnant de sa vision et de son écoute. Chaque livre est
l'occasion de cette fréquentation, toujours stimulante et malicieuse ;
pour son lecteur, c'est un ami humoristique, sensible, profond et lucide.
La psychanalyse n'est pas pour lui une superstructure architecturée et Psychologie clinique et pathologique 637
contraignante. C'est une façon de regarder le monde et de le comprendre,
une manière de se mieux connaître afin de mieux connaître l'autre.
M. -F. Castarède.
Cohen (L. H.) (Edit.). — Life events and psychological functioning :
Theoretical and methodological issues, Newbury Park (ca), Londres,
Sage, 1988, 273 p.
C'est avec curiosité que l'on aborde cet ouvrage, dont le titre suggère
de nombreuses questions : quels problèmes et phénomènes psycholo
giques peuvent être éclairés par une approche prenant en compte les
événements de vie ? Au sein de quelles sous-disciplines traditionnelles
de la psychologie cet intérêt prend-il naissance et trouve-t-il des débouc
hés ? A quelle distance de l'approche clinique, attentive à l'histoire
individuelle, cette investigation relative aux événements de vie peut-
elle se situer ?, etc. La mention du fonctionnement psychologique induit
des questions plus cognitivistes : comment les de vie sont-ils
perçus, interprétés et mémorisés ; influencent-ils à leur tour
la lecture et l'interprétation des informations relatives à soi et à l'e
nvironnement social ?
Deux caractéristiques essentielles de l'ouvrage font que ces interro
gations ne trouveront que peu ou pas de réponse.
Tout d'abord il s'agit d'un ouvrage principalement consacré à
l'examen de problèmes méthodologiques et dans une moindre mesure
théoriques, mais cela à propos d'un champ d'investigation dont les
thèmes et les résultats sont tout à fait repoussés en arrière-plan. Ainsi
est-on désappointé par l'ouverture du livre sur un chapitre intitulé
Measurement of life events (Cohen) qui donne le ton : différents ques
tionnaires y sont présentés et examinés sous l'angle de leurs qualités
métriques. Ces questions de méthodes seront dès lors omniprésentes et
il faut bien dire qu'il y a quelque chose de lassant à suivre les discussions
minutieuses relatives à une méthodologie dont on voudrait savoir
quels faits nouveaux elle a permis d'établir. Mentionnons cependant
l'intérêt des critiques adressées aux méthodes rétrospectives et des ten
tatives de mesures dites prospectives, c'est-à-dire réalisées avant (et
dans l'espoir) que les personnes interrogées rencontrent tel ou tel événe
ment, afin d'avoir des données avant-après.
En deuxième lieu, et cela aurait pu mieux apparaître dans le titre,
le problème commun à tous les auteurs sollicités est celui de l'influence
des événements de vie sur la santé physique et mentale des personnes.
On est alors de plain-pied dans le domaine de la psychologie du stress.
C'est dire que les événements de vie pris en considération sont surtout
des événements aux effets négatifs ; un chapitre de Reich et Zautra
vient cependant corriger cette tendance en rappelant qu'habituellement 638 Analyses bibliographiques
les personnes évoquent trois fois plus d'événements positifs que d'événe
ments négatifs ; cela justifie pleinement qu'on s'intéresse, comme le font
les auteurs, à l'influence des événements positifs sur le sentiment de
bien-être ou sur leur rôle de modérateurs dans l'expérience du stress.
Le problème général des relations entre événements de vie et
désordres psychologiques est abordé par Monroe et Peterman ; en parti
culier est discuté le délicat problème de la nature, causale ou non, du
lien qui unit événement de vie et symptôme. Ici des illustrations sont
fournies concernant la dépression, l'anxiété, la schizophrénie.
Deux chapitres mettent ces problèmes en relation avec l'âge des
sujets. Le texte de Johnson et Bradlyn concerne l'enfance et l'ado
lescence : il rappelle en particulier la nécessité de distinguer entre
événements désirables et non désirables, mais on y trouvera aussi
évoquées l'ensemble des questions de méthodes déjà mentionnées, sans
qu'apparaisse bien leur spécificité dans l'investigation auprès de jeunes
sujets. Le chapitre de Murrel, Norris et Grote nous conduit à l'autre
extrémité du cours de la vie, auprès des personnes âgées ; de nombreuses
études sont recensées concernant les conséquences pathologiques du
deuil, du changement d'habitat, de la retraite, de la maladie ou de
certaines catastrophes naturelles. La conclusion est que la fréquence
des événements de vie rencontrés par les personnes diminuent avec
l'âge et qu'apparemment l'influence de ces événements n'est pas très
forte.
En contrepoint à l'ensemble des contributions qui concernent des
événements relativement importants et graves, le chapitre de Zautra,
Guarnaccia, Reich et Dohrenwend rend compte de l'influence de
l'accumulation des petits événements de la vie quotidienne sur la
désorganisation des conduites.
Dans une deuxième et dernière partie sont regroupés trois textes
concernant :
— les différentes stratégies psychologiques auxquelles recourt l'ind
ividu pour se dégager des conditions de stress que certains événements
de vie le conduisent à affronter (Stone, Helder et Schneider) ;
— différents modèles destinés à rendre compte de l'influence que peut
avoir l'aide de nature sociale et relationnelle sur la chaîne stress/
détresse. Un détail : on a du mal à comprendre comment deux
figures absolument identiques peuvent être des représentations
adéquates de deux modèles différents (Barrera) ;
— une tentative de dépassement du débat Personnalité vs. Situation à
propos de la réaction comportementale aux situations de stress
(Swindle, Heller, Lakey).
Pour finir, regrettons une fois de plus les clivages qui séparent des
champs de recherche pourtant tout à fait interdépendants, et profitons-
en pour donner deux conseils de lecture, à propos de deux domaines Psychologie clinique et pathologique 639
d'études qui ne sont absolument pas évoqués dans l'ouvrage en réfé
rence. La problématique des événements de vie occupe une place
importante maintenant dans les conceptions Life-Span du développe
ment humain ; on en aura un aperçu riche de contenus dans Calla-
han (E. J.) et McCluskey (K. A.) (Edit.). — (1983) Life-span develop
mental psychology. Nonnormative life events, New York, Academic
Press. Enfin un nombre croissant d'articles concernant la mémoire
autobiographique des événements de vie ; leur exploration pourra
commencer par la lecture de Rubin (D. C.) (Edit.). — (1986) Autobio
graphical memory, Cambridge, Cambridge University Press.
M. Piolat.
Marc (E.). — Le processus de changement en thérapie, Paris, Retz,
1987, 187 p.
En publiant ce livre en 1987, l'auteur a sans doute voulu, et il y
est parvenu, à donner au grand public une sorte de panorama général
des psychothérapies : mais les thérapies comportementales n'appar
aissent guère, sinon dans la bibliographie ! Par ailleurs, on trouve là
des témoignages de « patients », intéressants comme tels. Quant aux
évocations rapides des fondateurs et de leurs théories, elles devront
être complétées par d'autres lectures, du moins pour ceux qui se desti
nent à la psychologie.
R. Doron.
Chess (S.), Thomas (A.) et Hertzig (M.) (Edit.). — Annual progress
in child psychiatry and child development, New York, Brunner Mazel,
1987, 632 p.
L'ouvrage correspond à la vingtième année de la publication de cette
remarquable série. En fin de volume, un index des auteurs et un index
des articles donnent une idée précise de sa richesse. Il est évidemment
impossible d'indiquer ici le contenu détaillé de ces 600 pages. Deux
remarques nous paraissent en tout cas indispensables. Tout d'abord,
il faut dire l'effort des éditeurs pour rassembler chaque année les tr
avaux les plus caractéristiques aux Etats-Unis, à propos du développe
ment normal et pathologique de l'enfant ; en second lieu, la volonté
de porter au maximum la précision des descriptions empiriques en
s'inspirant du DSM III. L'ensemble permettra au cliniciens européens
de se familiariser avec les recherches de leurs collègues d'outre-Atlan-
tique : si la façon d'aborder les problèmes est parfois différente, ceux-ci
restent le plus souvent les mêmes. Parmi ces 32 chapitres, notons que
le n° 27 (p. 462) est consacré à une recension des traitements pharmaco- Analyses bibliographiques 640
logiques en psychiatrie infanto- juvénile. Par ailleurs, la réflexion propre
ment psychopathologique est absente de ces textes qui s'adressent surtout
à un public médical.
R. Doron.
Sami-Ali. — Penser le somatique : imaginaire et pathologie, Paris,
Dunod, 1987, 148 p.
Avec ce dernier livre, Sami-Ali conserve l'axe de pensée selon
lequel c'est autour de l'imaginaire que pivote le somatique. Son argu
mentation théorique originale éclaire ses textes antérieurs, notamment
« Corps réel - corps imaginaire ».
Mettant en relief le fait que l'imaginaire détermine positivement et
négativement le fonctionnement psychosomatique, l'auteur distingue
trois modalités de somatisation : le figuré, le littéral et le neutre. Ces
concepts prennent sens grâce à de nombreuses observations cliniques,
et quatre couples symptomatiques apparaissent, qui situent la psychose
dans le contexte d'une somatisation : hypocondrie et paranoïa, aller
gie et psychose, hospitalisme et autisme, pathologie de l'adaptation et
maladie organique.
Notre intérêt est stimulé par ces liens inattendus qu'établit l'auteur.
Ainsi, lorsqu'il présente l'allergie comme le négatif de la psychose : si
la contradiction soi/non-soi constitue pour l'allergique l'impensable,
la psychose se donne pour tâche de le penser en réduisant la contradic
tion en identique. De même, lorsque Sami-Ali remarque que les minut
ieuses observations de Spitz, sur les enfants souffrant d'hospitalisme,
ne font aucune place à l'imaginaire défaillant de ces enfants. Nous
retrouvons son intuition concernant le rôle essentiel du visage : dans
la dépression anaclitique, l'enfant n'a pas de visage, il a le visage de
l'absence.
Penser l'impensable. Si créateurs, mystiques et poètes s'y appliquent,
dans le champ de la pathologie, c'est à la psychose que Sami-Ali attribue
ce rôle.
D. Morel.
Castarède (M.-F.). — La voix et ses sortilèges, Paris, Les Belles-
Lettres, 1987, 280 p.
Préfacé par Didier Anzieu, cet ouvrage reprend l'essentiel d'une
thèse de doctorat d'Etat soutenue en 1984. L'auteur possède une double
compétence qui s'exerce d'une part en psychologie clinique, d'autre
part sur le plan musical au sein du chœur de l'orchestre de Paris. Dans
une perspective psychanalytique, la voix est étudiée sous ses formes
parlée et chantée, essentiellement comme moyen de communication et Psyckologie clinique et pathologique 641
comme expression de la personnalité. Sont pertinemment analysés les
processus qui entrent en jeu dans divers types de communication,
notamment celle qui s'établit entre mère et enfant avant et pendant
l'instauration du langage, celle qui s'instaure lors de l'apprentissage
du chant entre élève et professeur. La fascination de la voix avec ses
intonations, ses inflexions, son timbre tient une place importante dans
les relations avec 1' « autre », que ce soit dans une conversation, une cure
psychanalytique ou un concert, l'émotion suscitée étant mise en relation
avec la sexualité. La voix est 1' « expression profonde de la personne »
(p. 219). Elle caractérise chaque individu et peut traduire des états
pathologiques. Quelques thérapies vocales sont brièvement décrites. La
composition musicale, abordée de façon psychanalytique, suscite chez
certains des réticences. La musique contemporaine soulève un réel
problème de communication entre des compositeurs et des auditeurs
ou interprètes. Est-il justifié d'en rechercher une explication d'ordre
psychanalytique, qui met en cause le compositeur ? N'est-ce pas plutôt
du côté de l'auditeur qu'il convient de se tourner ? Sa réception du
message musical dépend — entre autres — de son éducation musicale,
de son âge, des écarts étant souvent constatés entre les goûts de per
sonnes appartenant à des générations différentes. Dans ce livre figurent
également, en relation avec la voix, des domaines qui ne relèvent pas de
la psychanalyse. En particulier, sont traitées de façon très intéressante
la place que tient la voix dans les mythes, les rites, les cultures, la
manière dont certains philosophes et écrivains conçoivent la voix et
la musique. D'un style fort agréable à lire, cet ouvrage est très riche
par sa documentation et la diversité des sujets abordés.
A. Zenatti.
Bowlby (J.). — A secure base. Clinical applications of attachment
theory, Londres, Routledge, 1988, 180 p.
On trouvera là une synthèse élégante non seulement des divers déve
loppements de la pensée de l'auteur mais de ceux qui en constituent le
contexte et l'héritage depuis une vingtaine d'années. On sait que la
préoccupation centrale de Bowlby est l'édification et la rupture des
relations affectives. C'est pourquoi le cœur de l'ouvrage est consacré
à la discussion des points de vue psychanalytiques sur la question.
Mais l'auteur fait précéder ces textes d'un rappel concernant les sources,
en particulier éthologiques, de l'attachement et les fait suivre de passages
pertinents concernant la violence au sein de la famille et les occasions
d'incompréhension qui peuvent s'y faire jour : « Comment connaître
ce que vous n'êtes pas supposé connaître et sentir ce que vous n'êtes pas
supposé sentir » (chap. 6, p. 99). Il en résulte plusieurs chapitres pas
sionnants sur la valeur et la signification de l'attachement dans le déve- 642 Analyses bibliographiques
loppement de la personnalité, sur la difficulté de la communication et
leurs conséquences en psychothérapie.
R. Doron.
Amar (N.), Bayle (G.) et Salem (I.). — Formation au psychodrame
analytique, Paris, Dunod, 1988, 198 p.
Rédigé par trois psychanalystes forts d'une solide expérience du
psychodrame, voici un excellent ouvrage, riche en informations, bien
construit, clairement rédigé. Performance notable, il s'avère d'une lec
ture aussi intéressante pour le non-spécialiste désireux de s'informer
que pour le psychanalyste praticien du psychodrame, qui y trouvera
des indications cliniques et techniques fort utiles.
Après une introduction qui situe avec beaucoup de chaleur et de
vérité les intentions des auteurs — communiquer une expérience, faire
partager une passion, ouvrir un questionnement — , le livre s'ouvre sur
un bref rappel historique : la création du psychodrame par Moreno, son
développement, et enfin sa reprise dans une perspective psychanalyt
ique, ce qui ouvre de multiples problèmes, d'ordre clinique, technique,
théorique, que la suite de l'ouvrage s'attache à préciser. La présentation
générale de ces problèmes donne d'emblée le ton de l'ouvrage : il ne
s'agit pas de considérations abstraites, mais bien d'une analyse critique
des conditions de production de certains phénomènes, et de l'appareil
notionnel utilisé pour les comprendre, dans ce qui est, fondamentale
ment, une démarche à visée thérapeutique. D'emblée en effet c'est
sur des fragments de séance, cités in extenso, que s'appuie la discus
sion. Nous sommes là dans le concret, dans l'immédiateté d'une cl
inique présente tout au long de l'ouvrage, une clinique structurée par
une pratique très sûre, et informée par une interrogation théorique
constante.
Le livre est divisé en trois parties. La première, d'ordre technique,
envisage d'abord le rôle du meneur de jeu. C'est un praticien expéri
menté du psychodrame, qui assume quatre fonctions essentielles. Il est
« metteur en scène », c'est-à-dire qu'il aide le patient quant au choix
et au développement des scènes à jouer ; il est « gardien du cadre »,
car c'est à lui qu'il incombe de maintenir la règle fondamentale selon
laquelle on « fait semblant », en évitant Vacting off, c'est-à-dire l'irrup
tion d'actes réels ; il a la charge d'interpréter, selon des règles parti
culières au psychodrame (ni trop, ni trop peu...), après chaque scène,
ce qui s'y est joué ; enfin, du fait de cette triple fonction, il est pour le
patient un support transférentiel privilégié, et c'est évidemment alors
qu'il a le plus besoin d'être un psychanalyste confirmé. Les techniques utilise pour bien tenir cette difficile position sont très précisément
décrites : comment lancer une scène, en assurer le développement,
l'arrêter temporairement pour en souligner un moment important, clinique et pathologique 643 Psychologie
comment la conclure et l'interpréter, comment terminer un traite
ment, etc. C'est peut-être là, à la précision de ces indications techniques,
que se marque le mieux la solide expérience des trois auteurs en ce qui
concerne la formation des acteurs-psychothérapeutes.
Le rôle des acteurs est ensuite envisagé. Il s'agit, d'une part, du
patient sur qui est axée toute la démarche : il lui incombe, aidé par le
meneur de jeu, de choisir une scène et d'en distribuer les rôles ; d'autre
part, des thérapeutes. La position de ces derniers est délicate, puisqu'ils
doivent constamment viser à la figuration des conflits du patient — fan
tasmes, poussées pulsionnelles, opérations défensives, résistances —
« en direct », sans le recul dont dispose l'analyste dans la cure classique
ou en psychothérapie face à face ; il leur faut dès lors prendre beaucoup
plus le risque d'engager, exposer et laisser jouer, y compris dans ses
effets éventuellement fâcheux, leur problématique personnelle. Ils y
sont aidés par le meneur de jeu, qui en principe ne joue pas lui-même, et
dispose donc du recul nécessaire.
Les principales techniques de jeu sont précisément décrites : inter
ventions de nouveaux acteurs en cours de scène, figuration d'un aspect
du fonctionnement psychique du patient par un « double », « appels
téléphoniques » de l'extérieur, intervention d'un « chœur » qui commente
ou souligne, passage à la figuration de l'infantile, etc. Le lecteur non
spécialiste pourra voir là, très concrètement, ce qui se passe dans une
séance de psychodrame analytique ; mais le spécialiste y trouvera des
indications fort utiles pour améliorer sa propre pratique. Le fil conduct
eur est clair : le jeu vise toujours à figurer des aspects importants de la
vie psychique du patient, et à les lui rendre sensibles par cette figuration
même. Il s'agit du même coup d'une symbolisation, mais par des voies
bien différentes de celles qu'utilise la cure psychanalytique « classique »,
puisque les voies en sont ici au premier chef, non plus le langage, mais
l'action, même si elle est secondairement relayée par le langage lors de
l'interprétation.
Après un chapitre qui complète ces indications techniques par des
considérations sur la formation des acteurs psychothérapeutes, c'est
donc tout naturellement sur une discussion des indications du psycho
drame analytique que l'on débouche alors. Elles sont bien différentes
de celles de la cure classique et de celles de la psychothérapie analyt
ique. Ce sont en effet en général les personnes les moins capables de
remobiliser leur vie psychique dans et par le langage qu'on est conduit
à orienter vers un psychodrame analytique ; des personnes qui, mises en
demeure de freiner l'action pour tout situer au niveau du langage (« tout
dire, ne rien faire »), y développeraient d'insurmontables résistances ;
des personnes qui, au contraire, et parfois très vite, peuvent trouver
dans l'action en « faire semblant » les voies de la nécessaire figuration-
symbolisation de leur propre vie psychique. En une vingtaine de pages,
sobres mais denses, les auteurs situent les principaux repères cliniques

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