Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°4 ; vol.90, pg 621-634

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1990 - Volume 90 - Numéro 4 - Pages 621-634
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
Lecture(s) : 23
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins

Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1990 vol. 90, n°4. pp. 621-634.
Citer ce document / Cite this document :
Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1990 vol. 90, n°4. pp. 621-634.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1990_num_90_4_29440Psychologie clinique et pathologique 621
Hart A. — (1988) Acquisition du savoir pour les systèmes-experts,
Paris, Masson, 142 p.
Publié dans la nouvelle collection « Sciences cognitives » chez Masson,
dirigée par Claude Vogel cet ouvrage est traduit de l'anglais. Le thème
du livre est le problème — encore mal résolu — , de l'extraction (on dit
aussi le recueil, tout simplement) des connaissances pour la base de
connaissances des systèmes-experts. L'auteur est une informaticienne,
mais elle insiste plus sur les constituants de l'expertise, et du savoir
en général, que sur les méthodes ou les recettes utilisables pour recueillir
ce savoir, que l'on suppose bien acquis et bien maîtrisé chez les experts.
Un chapitre (le chapitre 5) passe en revue les principales méthodes de
recueil, mais superficiellement. L'intérêt de l'ouvrage, me semble-t-il,
est plutôt dans les chapitres sur le raisonnement humain, montrant
l'incertitude, le flou, le caractère approximatif, mais néanmoins souvent
juste et efficace, comparé au mode de fonctionnement de l'induction
par machine. La Grille de Kelly fait l'objet d'un chapitre entier (chap. 9),
une méthode que l'on aurait plutôt attendue parmi les autres méthodes
citées (chap. 5). Le dernier chapitre (chap. 10) analyse deux cas, traités
en profondeur, qui illustrent admirablement les difficultés que ren
contrent les cogniticiens. Cet ouvrage, destiné d'abord aux informat
iciens, intéressera aussi bien les psychologues que les informaticiens.
Il n'exige aucune connaissance particulière en informatique. Le seul
chapitre un peu technique est le chapitre 6 dans lequel les probabilités
ont une place importante, mais les concepts utilisés ne sont pas étran
gers à la culture habituelle des psychologues. Certes, l'étude du raiso
nnement n'est pas aussi approfondie qu'elle devrait l'être si l'ouvrage
était destiné à des spécialistes de la psychologie cognitive, mais ceux-ci
trouveront matière à réflexion dans une approche qui privilégie sur
tout dans les raisonnements humains, l'incertitude, la non-cohérence et
l'approximation.
J.-C. Sperandio.
PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE
Prévost C.-M. — (1988) La psychologie clinique, Paris, puf, 123 p.
La psychologie clinique est le domaine auquel se rattachent environ
la moitié des psychologues praticiens dans la plupart des pays déve
loppés, probablement davantage en France. A côté d'un courant anglo-
saxon majoritaire, le courant français de la psychologie clinique pré
sente une physionomie originale, beaucoup plus marquée par la référence
à la psychanalyse.
Malgré cette situation, les ouvrages en langue française consacrés à
la psychologie clinique sont encore en nombre restreint (1973, 1983, 622 Analyses bibliographiques
1986, 1988, 1989). Certains sont consacrés aux aspects techniques et
méthodologiques (Chiland et al., 1983 ; Revault d'Allones et al., 1989).
En plus de cstte perspective, l'ouvrage du belge Huber (1986) aborde
aussi l'histoire, mais presque exclusivement celle du courant amér
icain, influent dans d'autres pays européens que la France (rfa).
Le principal mérite du présent ouvrage consiste dans un panorama
historique très circonstancié du développement de la psychologie
clinique en France.
Le chapitre I est consacré à « L'archéologie de la psychologie cl
inique » : en France tout d'abord les médecins de l'Idéologie (Cabanis,
Destutt de Tracy, Bichat) et les philosophes de l'Ecole éclectique (Maine
de Biran, Victor Cousin, Jouffroy) ; en Angleterre le philosophe Spencer
et le neurologue Jackson ; puis à nouveau en France Charcot et Pierre
Janet, et même une Revue de Psychologie Clinique et Thérapeutique (1897-
1901). Ces données historiques sont très nouvelles.
Le chapitre II étudie « La renaissance de la psychologie clinique en
France » dans la période 1945-1960, après la tentative sans lendemain
de Janet (1897-1910). Ce nouveau départ est déterminé par les person
nalités majeures de D. Lagache et J. Favez-Boutonier, tous deux
médecins, philosophes et psychanalystes. La conception de la méthode
clinique d'après J. Piaget est évoquée. Egalement les premiers déve
loppements de la psychologie clinique aux Etats-Unis (Witmer, Healy,
applications militaires).
Le chapitre III, intitulé « Psychologie clinique et psychanalyse »,
traite aussi de ce problème dans le cadre spécifique de la France. Le
destin français de la psychologie clinique est déterminé par son lien
particulier avec le réfèrent et l'institution psychanalytiques. Sont
analysés dans cette perspective les positions personnelles des « néo
fondateurs » Lagache et Favez-Boutonier, le rôle des débats de Mai 1968,
et enfin l'évolution de Tuer de Sciences humaines cliniques (Paris VII)
de 1969 à 1985. Cette perspective d'apparence purement factuelle pose
en réalité d'importantes questions de fond, à propos desquelles sont
évoqués, par exemple, les noms de Lacan et de Dolto.
Le chapitre IV concerne la psychologie clinique cognitive, dont les
tendances récentes tirent leurs sources de l'œuvre de Piaget, de l'école
de Palo Alto, et des modèles de l'intelligence artificielle. Dans cette
perspective, la psychologie clinique rencontre le double problème d'avoir
à se démarquer à l'égard de la psychologie différentielle aussi bien que
des neurosciences. Malgré tout, suggère l'auteur, cette perspective
cognitiviste, dans la tradition lointaine d'un Janet, représente pour la
psychologie clinique une ouverture encore modeste mais valable,
susceptible peut-être d'en corriger l'excès de « dérive psychanalytique »
(p. 115). Ce débat intéressant reste ouvert. L'ouvrage se recommande à
l'ensemble des étudiants et des enseignants en psychologie.
E. Jalley. Psychologie clinique et pathologique 623
Janisse M. P. — (1988) Individual differences, stress and health
psychology, Heidelberg, Berlin, Springer Verlag, 191 p.
Au sein d'une collection consacrée à la psychologie, à la médecine
et à leurs relations, cet ouvrage réunit une douzaine d'auteurs dont les
chapitres traitent de la psychologie de la santé en s'efforçant de caract
ériser la nature et les effets de certains phénomènes qui en viennent à
la perturber : l'émotion, les maladies cardiaques, l'angoisse, le cancer,
le stress... La perspective choisie est différentielle de sorte qu'on trouvera,
regroupés ici de façon significative pour le psychologue, des faits plus
généralement répartis selon d'autres modes de classification. Janisse
et ses collaborateurs choisissent alors le paradigme de la médecine
comportementale pour intégrer les différences individuelles dans le
champ de la santé. C'est ainsi que l'hypertension, le surmenage, la
vulnérabilité, le bonheur et l'optimisme sont confrontés aux modèles
classiques de la personnalité (psychodynamiques et par « traits ») et du
tempérament. Cette juxtaposition de recherches hétéroclites n'est mal
heureusement suivie d'aucune réflexion synthétique susceptible d'in
diquer aux lecteurs les bénéfices de ces tentatives.
R. Doron.
Dantzer R. — (1989) L'illusion psychosomatique, Paris, Odile
Jacob, 315 p.
La mode est, on le sait, à la transdisciplinarité, d'où le très grand
intérêt que suscite l'ouvrage de R. Dantzer. Je doute cependant que
tous y trouvent ce qu'ils venaient y chercher.
L'auteur est un expérimentaliste pur et dur qui croit à la vérité
scientifique reproductible et qui se montre très agacé par la psychologie
« molle », celle qui utilise les tests projectifs notamment, la psychanal
yse et surtout la médecine psychosomatique qui de son point de vue a
cessé d'exister. Il est expert pour démonter la valeur scientifique de
certains dispositifs expérimentaux insuffisamment rigoureux, mais il
ne craint pas, en s'appuyant sur une impressionnante série d'expéri
mentations sur l'animal (souris, rat, singe, chien, porc, etc.) d'inférer
directement à l'homme. Cela étant, on apprend que les explications
simplistes de type causaliste ou mécaniciste sont à rejeter aussi bien
en ce qui concerne le stress lorsque celui-ci est abordé d'un point de vue
sociologique, épidémiologique ou même biologique.
La notion de boucles de rétroaction entre le système immunitaire et
le système nerveux apparaît comme essentielle. Les influences du stress
sur le système immunitaire et les moyens dont dispose ce dernier pour
informer le cerveau de son état de fonctionnement sont minutieusement
étudiés. La description des mécanismes de la fièvre élucidés seulement
depuis peu est à cet égard fascinante. Nous sommes à l'évidence dans
l'hypercomplexité surtout si, à la complexité de l'organisation humaine, 624 Analyses bibliographiques
on ajoute les différences individuelles (déjà repérables chez les animaux,
notamment la truie...) et les aléas des facteurs environnementaux.
La possibilité de contrôler une situation même partiellement — ce
qui est le cas quand la souris peut mettre fin aux chocs électriques ou
retarder leur apparition en tournant la roue située en face d'elle —
diminue la réponse morbide. Au contraire, subir sans avoir de possi
bilité de décharge paraît des plus néfastes. La « résignation apprise »
traduction que R. Dantzer propose à l'anglais trop subjectif de learned
helplesness décrit par Seligman et Maier, désigne un état de choc où
l'animal paralysé par les chocs électriques inévitables qu'il a subis se
révèle totalement incapable d'apprendre par la suite. Les taux cér
ébraux de neurotransmetteurs peuvent s'adapter à un stress aigu contrô
lable, ils peuvent se trouver débordés s'il s'agit d'un aigu incon
tournable et a fortiori s'il s'agit d'un stress chronique incontournable.
Il serait évidemment tentant de faire des liens avec ce que la clinique
psychosomatique donne à voir, mais R. Danter reste résolument sur le
terrain scientifique que constituent pour lui les comportements. Il
parle donc de dépression comportementale biologiquement induite
dans laquelle ce qui revient à la vie psychique est superbement ignoré.
La gamme des comportements conflictuels permet ainsi de distinguer
plusieurs catégories selon leurs modalités d'expression : les activités
redirigées, les activités de substitution, les mouvements d'intention,
le comportement ambivalent, l'inversion sexuelle... Ce listing paraît
plus pertinent pour les animaux que pour les individus humains. Pour
tant les références globalisantes appliquées aux humains : les types A
et B de Friedman et Rosennam, les types actif et passif de Henry ou
actif et dépressif d'Ursin ont encore leurs adeptes.
D'une manière surprenante, R. Dantzer revient dans son dernier
chapitre aux thèses de G. Ganguilhem chères aux psychologues cliniciens
mais si c'est pour réintroduire l'individu humain, ce sera toujours à
travers son état motivationnel ou ses comportements. Pour l'auteur,
« quitter la nébuleuse de la psychosomatique pour tomber dans celle
du stress et des émotions n'a pas été un progrès » (p. 286) car l'avenir
pour lui est uniquement à la médecine des comportements axée sur les
neurosciences.
R. Debray.
Anthony E. J. et Chiland C. (Edit.). — (1988) The child in his family :
Perilus development, child raising and identity formatio nunder stress,
New York, Brisbane, Wiley & Sons, 621 p.
Cet important volume est le huitième d'une série déjà célèbre
consacrée aux travaux de l'Association internationale de psychiatrie
de l'enfant et de l'adolescent et des professions associées. Ainsi qu'à
l'habitude, la qualification des auteurs et la variété des approches pro- clinique et pathologique 625 Psychologie
curent au lecteur des mises au point récentes sur un problème crucial
pour le développement des sujets : quelles sont les conséquences des
conditions d'entourage défavorables pour la formation de l'identité ?
Sept chapitres précédés d'une introduction substantielle étudient suc
cessivement de nombreux aspects de la question, par exemple : les
attitudes maternelles, la santé mentale des parents, le divorce, la pré
maturité des bébés, l'adoption, les maladies chroniques, les circons
tances sociales et physiques traumatisantes (violence, catastrophes
naturelles..., etc.). Les auteurs de cette collection nous ont habitués
depuis longtemps à la précision de leurs analyses. Dans cet ouvrage,
nous signalons spécialement, parmi d'autres, les discussions critiques
consacrées à l'adolescence (états-limites, suicides) et aux conséquences
lointaines des traumatismes dans l'élaboration des personnalités et
l'organisation des conduites. Cette nouvelle publication enrichit considé
rablement nos connaissances en psychopathologie des sujets jeunes.
Le plus important est sans doute contenu dans la conclusion de A. J. Sol-
nit : les efforts de la communauté pour aider efficacement un jeune en
détresse ne doivent être ni fragmentaires, ni discontinus.
R. Doron.
Stoller R. J. — (1989) L'imagination erotique telle qu'on l'observe,
traduit de l'américain par G. Chiland et Y. Noizet, Paris, puf,
Le fil rouge, Psychanalyse et psychiatrie de l'enfant, 288 p.
Le titre de l'ouvrage de R. Stoller indique d'emblée l'objectif et la
méthode de l'auteur : présenter des faits (documents, récits, etc.) tels
qu'ils se présentent, tels qu'on les a observés.
La position de Stoller tout au long de cet ouvrage, publié dans une
collection de psychiatrie et de psychanalyse, est déroutante et provoc
atrice car, si d'un côté il se réclame de la Psychanalyse et ferraille
contre le comportementalisme et les théories de l'apprentissage, de
l'autre il ne cesse de dénigrer vivement son langage (son jargon) qu'il
accuse même de modeler ses théories et par là d'exercer une influence
sur la morale, la politique, l'esthétique, etc.
Rendre compte de cet ouvrage dont l'unité n'est pas évidente, étant
composé de textes dont la plupart ont déjà été publiés, avec ou sans
modifications, dans diverses revues, n'est pas une tâche facile. Ce livre
s'inscrit dans la recherche entreprise par Stoller depuis longtemps sur
l'identité de genre qu'il a été le premier à distinguer de l'identité sexuelle.
Il aborde ici la question de l'excitation erotique qui lui est liée, à travers
la diversité des scénarios construits par tous, « normaux » ou non, et
la recherche de leur signification et de leur fonction.
Dans la première partie intitulée « La dynamique du comportement
erotique », Stoller met en évidence à l'aide de divers exemples (tels
que la pornographie, l'esthétique de l'érotisme, etc.) que le désir d'humi- 626 Analyses bibliographiques
lier, de faire mal est l'essence de l'érotisme. Il avance que l'hostilité,
la haine qui trouve à s'y exprimer, provient d'un traumatisme précoce
ayant menacé l'identité du sujet. La perversion qui découlerait de cette
expérience, catastrophique pour l'identité du sujet, représenterait une
défense contre cette menace vitale. Mais si la perversion, dans sa visée
offensive/défensive tend à la déshumanisation de l'objet, le sujet lui-
même, pris dans ce processus, est déshumanisé à son tour.
On trouvera dans cette première partie un document ethnogra
phique intéressant sur des coutumes homosexuelles précoces qui ne
débouchent pas cependant à l'âge adulte sur des pratiques homos
exuelles mais sur une hétérosexualité masculine solide. Stoller utilise
cet exemple pour montrer la faiblesse des théories qui expliquent par
l'apprentissage la genèse de l'homosexualité.
Dans la seconde partie, qui donne son titre à l'ouvrage, Stoller centre
sa réflexion sur l'homosexualité féminine prise comme exemple. Il se
livre à cette occasion à une critique acérée des observations sur le
squelles les théories de l'homosexualité féminine ont été élaborées,
soulignant l'absence d'unicité de féminine et parlant de
celle-ci au pluriel pour bien marquer ses formes et ses origines différentes,
et propose, in fine, les « règles du jeu » que devrait suivre ou dont devrait
s'inspirer tout rédacteur d'un article, d'une communication, concernant
non des données objectives, mesurables et quantifiables mais des faits
humains subjectifs mettant toujours en jeu la propre subjectivité de
celui qui les observe et qui les rapporte.
L'intérêt de cet ouvrage réside donc principalement dans le regard
neuf et sans « moralisme » que porte Stoller sur la perversion en général
qu'il présente, quelles que soient ses formes, comme un moyen — plus
ou moins tragique ou dérisoire — de triompher d'une humiliation ori
ginelle et dans le langage direct, dépourvu de tout le « jargonage » qu'il
dénonce et qui met ses travaux à la portée de tous les lecteurs intéressés
par les questions posées par ce que l'on appelle les aberrations sexuelles.
J. Lanouzière.
Nimier J. — (1988) Les modes de relation aux mathématiques : attitudes
et représentations, Paris, Klincksiek, 304 p.
Dans ce livre J. Minier argumente la thèse que les rapports aux mathé
matiques ne sont pas seulement cognitifs, et que le rapport d'objet que
chacun entretient avec les mathématiques, qu'il soit dans la situation
d'élève ou celle d'enseignant, est lieu de conflits affectifs. Cela est d'ail
leurs sans doute susceptible de surprendre les mathématiciens davan
tage que les psychologues. Pour J. Nimier, le cadre d'étude piagétien
et celui de la didactique sont insuffisants pour étudier les modes de rela
tion aux mathématiques : c'est au cadre conceptuel de la psychanalyse
qu'il va faire appel pour développer son propos. Psychologie clinique et pathologique 627
Comme pour tout objet, il existe une appréhension fantasmatique
dans le rôle des mathématiques, y compris dans leurs aspects sociaux,
et divers types de défense vont être utilisés les rapports avec cet
objet. Plus largement, les mathématiques exercent diverses fonctions
dans l'organisation de la personnalité. Les choix pédagogiques eux-mêmes
dépendent des modes de relations aux mathématiques, ce que la format
ion des enseignants devrait prendre en compte. Pour étayer ces hypot
hèses, J. Nimier a fait appel à des méthodes classiques de psychosociol
ogie, d'entretiens cliniques (64 élèves et 30 professeurs) et de question
naires fermés (1 320 élèves de différentes contrées, 910 professeurs de
mathématiques, et 110 enseignants de français en échantillon de
contrôle), dont les résultats sont interprétés à partir des deux techniques
d'analyse hiérarchique et d'analyse factorielle des correspondances.
Les relations possibles d'objets qui apparaissent dans l'interprétation
sont multiples : objet idéalisé, représentation de la Loi, interdisant ou
autorisant des pulsions, objet de vie ou de mort de l'affectivité, forme
parfaite de pensée ou activité, objets « déjà-donné » ou construit (repré
sentations des enseignants). Les entretiens cliniques (avec des profes
seurs ou des élèves) font apparaître des fantasmes des différents types
(oral, anal, phallique, et œdipien). Les axes principaux qui se dégagent
des réponses des élèves sont analysés en termes de mécanismes de
défense : évitement phobique, projection, refoulement d'une part, retou
rnement en son contraire, réparation, introjection d'un bon ordre, d'autre
part. L'interprétation en est que « cet objet (les mathématiques) possé
derait différentes fonctions qui expliqueraient alors que les mécanismes
utilisés à son égard soient divers et qu'ils soient recouverts de fantasmes
multiples ».
L'enquête auprès des enseignants étudie comment « les mathémat
iques (...) peuvent tenir une place dans la construction d'une personn
alité ». Une analyse hiérarchique dégage quatre classes qui sont inter
prétées comme le fait que l'objet mathématique soit suivant les cas mis
au service : du « sur-moi dans son versant interdicteur », du « sur-moi
dans son versant moi idéal », du « moi ; l'aspect surmoïque intégré au
moi devient régulateur » ou de 1' « idéal du moi ». La mise en relation des
fonctions de l'objet avec les choix pédagogiques fournit un ensemble
d'indices qui d'une part relient désir de maîtrise de la classe et désir de
maîtrise des théorèmes, d'autre part opposent à ce type de réponses celles
où l'objet mathématique est un objet à combattre et dont il faut aider
les élèves à se libérer. Une troisième région se dégage où agressivité et
anxiété envers les mathématiques sont importantes, ainsi que la pré
sence de difficultés diverses dans la vie familiale ou scolaire passée.
L'ensemble des résultats conduit l'auteur à proposer un schéma
explicatif des classes de réponses cataloguées en termes de « modes »
respectivement « persécuteur », « schizoide », « anaclitique », « de maît
rise ». A chacune correspondent des dominantes dans les représentations 628 Analyses bibliographiques
des mathématiques, les attitudes à l'égard des élèves, l'instance domi
nante (ça, idéal du moi, sur-moi), la nature du conflit et celle de l'an
goisse, les principaux mécanismes de défense à l'égard des mathémat
iques, celles à l'égard des élèves, et enfin les fonctions de l'objet : mathé
matiques. Des structures principales y sont associées : « psychotique
paranoïaque, psychotique schizoide, état limite avec ou sans adaptation
perverse, névrotique obsessionnel ».
Cet ouvrage montre bien que la palette des questions non cognitives
qui émergent des mathématiques, voire les submergent, est très large,
et que la référence à la psychanalyse se justifie. Toutefois, à côté d'une
richesse certaine des entretiens cliniques sur lesquels Nimier parle cla
irement en son nom propre, la multiplicité des citations de psychanal
ystes d'orientations théoriques éventuellement nettement différentes
n'efface pas, au contraire, l'impression d'un caractère ad hoc, voire pla
qué sur la réalité ; le glissement dans les commentaires entre ce qui carac
térise des réponses et ce qui concerne les sujets humains qui les font ainsi
que le caractère systématique des interprétations laisse en définitive
quelque peu perplexe lorsqu'on a refermé ce livre.
J. Rogalski.
Morel D. et Du Souchet-Robert M. — (1989) Le pays de Vétranger,
Paris, Papyrus, 144 p.
Gliniciennes, l'une psychanalyste et l'autre orthophoniste, les deux
auteurs travaillent toutes deux auprès d'un groupe d'enfants immigrés,
en échec scolaire. Au travers d'un matériel qu'elles recueillent (langage
écrit, dessins, jeux) elles saisissent ici ce qu'évoquait Prévert à propos de
1' « étrange étranger » : « Pour étudier le rapport que chacun de nous
établit avec l'étranger, nous suivrons différentes orientations. Sur les
sentiers balisés d'imaginaire et de symbolique, le réel vient tracer sa voie,
comme l'objet même de notre recherche » (p. 11). Tous les cliniciens
trouveront ici des documents concrets et passionnants qui témoignent
de l'identité profonde des enfants en difficulté en deçà de la diversité des
moyens d'expression et des cultures. En privilégiant les conduites qui
rompent avec le conformisme et le traditionnel, les intervenants suscitent
une régression et permettent aux jeunes sujets de reprendre possession
de leurs processus primaires et de retrouver l'élan de leur créativité.
R. Doron.
Ghiland C. — (1989) Mon enfant n'est pas fou, Paris, Centurion, 210 p.
Enseignante en psychologie clinique, l'auteur travaille depuis de
longues années comme psychiatre d'enfants au Centre Alfred-Binet (Paris,
XIIIe arrondissement). Parmi ses nombreuses publications, c'est sans
doute celle-là qui nous montre le mieux l'action de ceux qui constituent Psychologie clinique et pathologique 629
des équipes de pédo-psychiatrie. Il s'agit de savoir ce qu'on peut faire
pour aider les enfants et les parents en difficulté. La peur de la folie et du
psychiatre est certainement le premier obstacle à vaincre. Pour y par
venir, Colette Chiland s'interroge sur les secrets qui rendent fou, la
sexualité, le divorce, les malheurs de la vie scolaire, etc. Mais l'essentiel
est ailleurs, car « devant le psychiatre nous nous sentons mis en cause
dans notre personne » (p. 15) et dans ce cas le médecin intervient au ser
vice de la vie par un acte qui s'apparente moins à une réparation qu'à
une nouvelle création. En présence des enfants et des parents, les clini
ciens ne sont pas des magiciens: «Soigner ce peut être donner des remèdes,
des médicaments, et il est des cas où il faut en donner. C'est aussi prendre
soin du patient, avoir soin de lui dans beaucoup d'aspects de sa vie...
Nous ne pouvons qu'essayer de les mettre dans de meilleures conditions
pour trouver les règles de vie qu'ils sont capables d'instaurer et qui peu
vent leur procurer un peu plus de bonheur » (p. 209-210).
C'est dire qu'un tel ouvrage dépasse les aspects techniques de l'acti
vité quotidienne des soignants. Il contient le regret d'un bonheur qu'on
ne peut partager et le pouvoir serein de le côtoyer seulement. C'est pour
quoi il s'achève sur une méditation au sujet du chèvre-pied : « Dans tous
les pays du monde, c'est l'âge où les enfants nous paraissent les plus
beaux et les plus attendrissants. Ils dansent, ils chantent, écoutent des
histoires merveilleuses. Pourquoi ne savons-nous pas préserver ce bon
heur de vivre jusqu'à l'âge d'homme ? » (p. 210).
R. Doron.
Bergeret J., Chanseau J.-C, Chiland C, Dingli A., Douet B.,
Golse B., Kreisler L., Mansion G., Ormezzano J., Rauch A., Soulé M.
et Vinson M.-C. — (1989) Quand et comment punir les enfants ?,
Paris, esf, 157 p.
L'ouvrage recueille les contributions à la seizième journée du Centre
de Guidance infantile de l'Institut de Puériculture de Paris (mars 1988).
Encadrés par une introduction de Michel Soulé, qui souligne les paradoxes
du thème envisagé, et par un « acte de contrition » de Colette Chiland,
les douze intervenants ont exploré là un domaine particulièrement sen
sible où s'intriquent les conduites et les fantasmes des parents, des
enfants, des pédagogues et des soignants. En le simplifiant beaucoup
sans doute, le problème est en effet de savoir dans quelle mesure chacun
d'entre eux se situe au regard de Y éducation. C'est ce que souligne Colette
Chiland en répondant à Bernard Douet : « Je suis étonnée que les maîtres
que vous avez interrogés aient rangé parmi les punitions : refaire un
travail ou réparer. Pour moi, il s'agit là de mesures éducatives, mais pas
de punitions. Dans la définition que je vous ai proposée, la punition
comportait nécessairement une connotation de lutte de pouvoir, d'humil
iation, de non-reconnaissance d'un sujet ou d'une personne de l'enfant »
(p. 139).

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.