Psychologie clinique et Psychopathologie - article ; n°2 ; vol.71, pg 643-660

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1971 - Volume 71 - Numéro 2 - Pages 643-660
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
Lecture(s) : 28
Nombre de pages : 19
Voir plus Voir moins

Psychologie clinique et Psychopathologie
In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°2. pp. 643-660.
Citer ce document / Cite this document :
Psychologie clinique et Psychopathologie. In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°2. pp. 643-660.
doi : 10.3406/psy.1971.27766
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1971_num_71_2_27766Psychologie clinique et psychopathologie
Widlocher (D.). — Freud et le problème du changement. — Paris,
Presses Universitaires de France, 1970, 215 p.
L'objet de ce travail est de rechercher des éléments d'une théorie
du changement dans l'œuvre de Freud et d'en décrire le développement.
Il s'agit d'une étude historico-critique, historique au sens qu'elle aborde
l'expérience psychanalytique à partir de sa genèse, critique puisqu'elle
cherche non seulement à décrire mais encore à individualiser les divers
temps de la découverte et à analyser les raisons d'une telle succession.
L'auteur s'est efforcé de suivre au plus près la démarche freudienne
et a cherché à préciser comment, à chaque pas de l'élaboration théorique,
en fonction des données techniques et cliniques nouvelles, Freud avait
implicitement modifié sa représentation des processus de changement.
L'auteur a choisi de mettre en relief trois points d'équilibre constituant
des temps où le modèle théorique paraît stable tout en introduisant
entre eux des développements nécessaires pour expliquer les trans
formations successives.
1. Le modèle initial (« du symptôme à la représentation »), modèle
dynamique et topique constitué à partir de l'équation fondamentale
symptôme = souvenir de Breuer (1893) et mis au point en 1904. La
première étape de la découverte psychanalytique est alors accomplie.
Elle est marquée par une théorie cohérente et stable des processus de
changement à l'œuvre dans la cure : nature du changement, forces qui
le favorisent ou le contrecarrent, instances qui l'assument, modalités,
accomplissement.
Ce modèle de changement est lié à l'expérience clinique : il va donc
s'appliquer exclusivement à des organisations pathologiques. Il s'agit
non d'une théorie générale du changement mais d'une théorie parti
culière concernant la genèse et la résolution du symptôme névrotique.
2. Un second modèle économique (« les déplacements d'investiss
ement libidinal ») modifie les termes de l'équation initiale grâce à une
approche spécifiquement psychanalytique. A la notion de représentat
ion se substitue celle de fantasme. On voit apparaître le rôle essentiel
de l'énergie libidinale dans les processus d'investissements. Il ne s'agit
plus tant d'étudier le degré d'activation des représentations que la
répartition, le cours du jeu énergétique lui-même.
Ce modèle s'inscrit dans une perspective générale des changements
d'objets dont le changement thérapeutique ne réalise qu'un cas parti- 644 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
culier. Les processus qui y sont impliqués se retrouvent tout le long du
développement de la vie libidinale. Les concepts de régression, de visco
sité, de compulsion de répétition débordent largement la théorie de la
cure.
3. Le troisième modèle (« changement et remaniement structural de
la personnalité ») est structural. Le changement va concerner les rema
niements d'investissements des objets intériorisés sur le mode de l'iden
tification et les effets de ces remaniements dans la dynamique des
conflits intersystémiques. Il est défini par le rétablissement dans le
registre de la pensée consciente de l'exigence pulsionnelle et de ses
modalités de satisfaction.
La nouvelle différenciation des instances a trouvé un large champ
d'application dans l'examen des résistances au changement. L'auteur
étudie successivement les obstacles, puis les facteurs de changement et
choisit d'épiloguer par un des deux derniers textes de Freud qui concerne
explicitement les transformations liées à la cure psychanalytique et
suscite de nouvelles réflexions : Analyse -finie et infinie. Ce texte met
en avant les difficultés techniques de la cure et les limites de l'efficacité
de l'analyse. Il souligne surtout que les exigences pulsionnelles consti
tuent par certains aspects l'obstacle ultime au changement. L'accent
est ainsi déplacé de la différenciation des instances psychiques sur le
dualisme pulsionnel, principe fondamental du mouvement et de la
répétition dans l'être et dont l'antagonisme nous met en mouvement.
Ces trois stades dans le développement des concepts constituent trois
niveaux d'expérience qui se complètent, le point de vue antérieur étant
toujours inclus dans le schéma explicatif suivant. Il en résulte un schéma
de développement de la théorie du changement dans l'œuvre de Freud.
Sous l'angle de la théorie de la cure, le individuel apparaît
comme un processus défini, spécifique et limité d'un côté par des pro
cessus non spécifiques qui relèvent des lois de l'apprentissage, de l'autre
par des contraintes dont nous ignorons la nature ultime.
L'auteur a appuyé son argumentation par un fréquent recours aux
textes freudiens qui traitaient directement ou indirectement du chan
gement. Il a fallu toute la clarté, toute la logique et la solidité qui
caractérisent sa pensée pour cerner ce concept difficile, à la fois usité
et méconnu, central en psychanalyse. En effet, pour « toute discipline
qui doit rendre compte des deux processus apparemment contradict
oires — le maintien d'une organisation structurale et la transformation
possible de cette structure — le problème du changement se trouve
posé ».
Il s'agit d'un ouvrage métapsychologique. Son importance n'échap
pera cependant pas au clinicien pour qui la psychanalyse a aussi une
visée thérapeutique, mais ce n'est pas elle qui est mise ici en avant.
O. Bourguignon. PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 645
Eidelberg (L.). — Encyclopedia of Psychoanalysis (Encyclopédie
de psychanalyse). — New York, The Free Press, 1968, 571 p.
Il est difficile de rendre compte d'une encyclopédie comportant
652 termes définis. Dans l'avant-propos, l'auteur prend soin de préciser
dans quel esprit et avec quel but un tel ouvrage a été entrepris : il
s'agit — en tenant compte de la spécificité technique de la psychanal
yse — de favoriser une meilleure délimitation des concepts en usage
dans cette science. D'autre part, en raison de l'importance que prend
en psychanalyse l'articulation concrète de la théorie et de la pratique,
les concepts ne peuvent pas donner lieu à des définitions dogmatiques :
l'ouvrage laisse une part : 1° A l'argumentation critique dans l'œuvre
de Freud et dans celle des continuateurs fidèles ou dissidents ; 2° A une
casuistique concrète qui illustre et met en lumière les aspects théoriques
exposés ; 3° Aux références bibliographiques permettant pour chaque
article de se reporter à un ou plusieurs travaux traitant du problème.
Ce sont là des qualités louables de l'ouvrage et il convenait de ne pas les
méconnaître.
Cependant, on ne peut manquer d'émettre des réserves et des cr
itiques sur bien des points : 1° L'ouvrage peut faire illusion si on ne
s'aperçoit pas que l'esprit encyclopédique est surtout dominé par le
souci de ne traiter les concepts qu'au regard d'une théorie psychologique
générale de la personnalité : la mise au point des articles souffre d'une
insuffisance relative de l'apport strictement psychanalytique ; faute de
marquer exactement les limites entre la signification psychanalytique
d'un terme et les conditions de vulgarisation de son usage, on s'expose
à prendre pour psychanalytiques des notions qui ne le sont pas ;
2° L'inégalité dans le contenu qualitatif des articles, jointe au caractère
disparate du choix des termes définis (de la philosophie à la psychologie
expérimentale en passant par la psychanalyse), enfin le nombre limité
des auteurs de référence (Freud, Ferenczi, Abraham, Fenichel et l'auteur
lui-même) font de cette encyclopédie un instrument de travail souvent
décevant. Il laisse l'impression d'en dire trop ou pas assez.
On ne peut sous-estimer la difficulté à concevoir une encyclopédie
psychanalytique : l'association de ces deux termes est-elle d'ailleurs
légitime eu égard à la spécificité épistémologique de la psychanalyse.
Retenons cependant de l'ouvrage de Ludwig Eidelberg l'intérêt d'une
tentative visant à répondre à une exigence pédagogique que tout le
monde ressent comme nécessaire en face de l'inflation de la terminologie
psychanalytique dans la culture contemporaine.
P. Fedida.
Dr Ferenczi (S.). — Psychanalyse : II. Œuvres complètes, t. II. —
Paris, Payot, 358 p.
Le tome II des Œuvres complètes de Sandor Ferenczi, qui doivent
comporter quatre tomes en tout, cadre la période 1913 à 1919, Ferenczi 646 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
a 40 à 46 ans. Cette période est doublement importante puisqu'elle
englobe d'une part la guerre qui va bouleverser la vie de Ferenczi
mobilisé de 1915 à 1919, d'autre part une période qui s'ouvre par les
débuts de l'analyse de Ferenczi avec Freud et qui s'achève par le
mariage avec Girella.
On a vu combien avait été fertile la période 1910-1913 au cours de
laquelle Ferenczi va se rallier à Freud après une période « jungienne »
et qui est caractérisée par l'abondance des publications.
L'expérience affective profonde que représente l'analyse enfin com
mencée en 1914 et qui va se poursuivre au cours des années de guerre
en fonction des aléas des déplacements du médecin militaire Ferenczi
est marquée par une réduction de la productivité de l'auteur. Le tome II
comporte les travaux de 1913, nombreux et riches de développements
théoriques comme d'observations cliniques originales. Les années su
ivantes sont moins riches, textes souvent fort brefs d'une à deux pages,
brefs commentaires sur un incident d'analyse, association sur une
remarque, un oubli. Il en va de même pour 1915 comportant des
réflexions théoriques, des commentaires sur des travaux de Freud et
de brèves observations qui rendent si vivante la lecture de ces textes
classés par ordre chronologique. Entre 1916 et 1917 Ferenczi publie
six articles, entre 1918 et 1919 deux articles.
Le tome II s'achève au moment où Ferenczi dispose de la première
chaire de psychanalyse créée dans l'indépendance hongroise retrouvée.
On sait que cette période sera brève, elle se situe à l'orée du tome III.
Dans la série des petits articles de la première période de ces cinq
années on relève plusieurs développements des données de la psycha
nalyse génétique, le développement du sens de la réalité, les stades de
ce développement. Ferenczi définit la phase magique ou projective qui
serait une phase parallèle à une phase religieuse s'achevant par une
phase scientifique. L'observation du petit homme-coq est le petit Hans
de Ferenczi.
Les très brefs articles sur les symptômes transitoires en cours d'ana
lyse sont les premiers jalons de l'article fondamental sur la technique
psychanalytique, communication donnée en 1918 à la Société hongroise
de Psychanalyse qui paraît en 1919. Ce texte devenu classique où on
voit apparaître pour la première fois la description du contre-transfert
se révèle comme remarquablement contemporain cinquante ans plus
tard. L'article sur les difficultés techniques d'une analyse d'un hystérique
qui est de 1919 ne figure pas dans ce tome.
Le Dr Balint justifie dans la préface le report de cet article au tome III
en précisant que le thème de l'intervention volontaire de l'analyste
pour dépasser le contre-transfert appartient à une période nettement
différente dans l'œuvre de Ferenczi.
Les délicats problèmes de traductions posés par les oeuvres de
Ferenczi sont évoqués dans la préface où il nous est rappelé que Ferenczi PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 647
écrivait tantôt en allemand, tantôt en hongrois, qu'il traduisait lui-
même ses textes sans porter grande attention aux termes qu'il utilisait.
Les traducteurs justifient les traductions adoptées et maintenues pour
la totalité de l'œuvre dans la publication actuelle.
M. Monod.
Friedman (J. L.). — Us et abus de la psychanalyse, tr. fr. par
Laroche (S.). — Paris, Ed. Planète, 1969, 1 vol., 190 p.
Manuel de vulgarisation, cet ouvrage expose dans un langage simple
et accessible au grand public, les données élémentaires de la théorie
et de la pratique psychanalytiques. Son auteur qui est un psychanalyste
d'origine viennoise pratiquant depuis plus de trente ans en Californie,
reste résolument persuadé que « seule la psychanalyse peut nous aider
à nous sauver si nous acceptons de tirer les conclusions de ce qu'elle nous
enseigne sur la nature humaine ». Malgré le titre de son livre, il n'aborde
pas réellement le problème des « abus de la psychanalyse », et s'en tient
finalement aux poncifs d'une certaine simpliste, béate et
satisfaite d'elle-même.
J. Postel.
Maher (B.). — Clinical psychology and personality. The Selected
Papers of George Kelly (Psychologie clinique et personnalité. Diffé
rents travaux de George Kelly, 1905-1967). — New York, John
Wiley & Sons Inc., 1969, 361 p.
B. Maher, professeur de psychologie dans le département des Sciences
du comportement de l'Université de Brandeis (Etats-Unis), présente un
ensemble de publications de George Kelly couvrant la période 1957-1967.
Kelly publie en 1955 deux tomes intitulés The Psychology of Per
sonal Constructs (Psychologie de structures personnelles). Ce livre est
l'exposé d'une doctrine originale où l'auteur se référant constamment à
une expérience de psychologue-psychothérapeute présente une théorie
de la personnalité où les structurations internes de chaque individu
seraient les bases de l'organisation psychique. Ces « constructions »
relèveraient de l'expérience bipolaire d'une adaptation du sujet au
monde extérieur et de sa réaction à l'impact de ce dernier. Ces structures
sont des rapports qui ne sont, précise l'auteur, ni inconscients, ni
conscients, ni rationnels, ni affectifs, mais une combinaison dynamique
de ces facteurs. Ce concept des structures internes permettrait selon
Kelly de mieux connaître l'autre et de saisir plus clairement la façon
dont s'articule l'ensemble des comportements d'un individu.
Maher présente des écrits de Kelly précisant la position de ce dernier,
sa théorie psychologique, ses perspectives sur la psychothérapie et
quelques problèmes particuliers.
Pour le lecteur français il y a une perpétuelle insatisfaction devant
ces exposés où toute argumentation théorique est escamotée au bénéfice 648 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
du témoignage d'une expérience de contact avec l'homme angoissé ou
socialement inadapté.
Kelly critique énergiquement l'absurdité d'une psychologie qui se
veut science et l'absence de tout « humanisme » du psychologue qui se scientifique et objectif.
L'ensemble des exposés concernant la psychothérapie illustre le côté
typiquement américain de la psychothérapie psychologique. Le carac
tère moralisateur et d'orthosociologie qui se dégage des observations
de Kelly étonne le psychologue européen et confirme le caractère
américain de ce livre.
M. Monod.
Lidz (Theodore). — The person. His development throughout the
Life Cycle (La personne, son développement au cours de la vie). —
New York, London, Basic Books, 1968, 574 p.
Le développement et le fonctionnement de la personnalité, de la
naissance à la mort, sont décrits en se référant à la psychologie psycho
dynamique dérivée de la psychanalyse freudienne, et surtout à la
psychologie psychanalytique des écoles culturalistes américaines.
L'auteur, qui est médecin et psychiatre, tire parti de son expérience
personnelle et de très nombreux ouvrages et articles, principalement
anglo-saxons.
Chacun des 21 chapitres est suivi d'une bibliographie. A la fin de
l'ouvrage on trouve un index des matières et des auteurs.
Cette œuvre peut être considérée comme un bon manuel de psychol
ogie du développement et intéresse directement le psychologue clinicien.
J. Favez-Boutonier.
Hilgard (J.). — Personality and Hypnosis (Personnalité et hypnose).
— Chicago, The University of Chicago Press, 1970, 304 p.
Cet ouvrage est le fruit de dix ans de travaux du département de
psychologie (Laboratoire de Recherches sur l'hypnose) de la Stanford
University.
Le point de départ fut d'établir une échelle permettant de prévoir
si un sujet peut ou non être hypnotisé. L'auteur a progressivement
élaboré une technique d'entretien (documents en annexe) qui permet,
à la fois, d'établir des grilles, de dégager des items se prêtant au calcul
des corrélations et de procéder à une étude individuelle « comprehens
ive » des cas. Elle a pu mettre en évidence différents traits qui, même
pris isolément, permettent de prédire si un sujet sera facilement hypno-
tisable (grande implication dans certains domaines comme la lecture,
l'expression dramatique, la croyance religieuse ; sensibilité aux stimu
lations sensorielles ; imagination et créativité développées ; fréquence
des « compagnons imaginaires » durant l'enfance ; esprit d'aventure). PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 649
D'autres traits sont négativement corrélés (goût pour les sports de
compétition, esprit scientifique).
Après avoir calculé la corrélation de chacun de ces traits, l'auteur
se fonde sur l'étude des cas et l'approche phénoménologique pour
expliquer ses rapports avec l'hypnose. Elle dégage progressivement une
vue synthétique de la personnalité « hypnotisable ».
Cette étude, bien construite et minutieuse, aboutit en définitive à
des conclusions d'ensemble assez superficielles. Les faits de détail sont
souvent plus intéressants : la confirmation qu'il existe une suggestibilité
normale à l'hypnose, l'importance des identifications aux images parent
ales, le rôle favorable d'attitudes éducatives sévères et punitives.
Un chapitre est consacré aux applications thérapeutiques. L'auteur
nous propose, en particulier, une technique de subhypnose stimulant
l'implication dans des constructions imaginaires qui correspond au rêve
éveillé dirigé de Desoille.
D. Widlocher.
Horst (P.). — Personality : Measurement of dimensions (La per
sonnalité : évaluation (psychométrique) de ses dimensions). — San
Francisco, Jossey-Bass Inc., 1968, 244 p.
Le livre de Horst est avant tout une étude technique et méthodolo-
fique visant à montrer comment il est possible de recourir à une évaluat
ion de la personnalité en utilisant les données de l'informatique et les
ordinateurs.
Dès l'introduction l'auteur précise qu'il ne reprendra pas le pro
blème des concepts de la personnalité, pour lui « les dimensions » de
celle-ci renvoient aux questions qu'ont pu soulever les différentes tech
niques d'investigation de type échelle à choix simple ou à choix mult
iples. Tout au long de son travail l'auteur va montrer que l'on peut
par une construction rationnelle des items combiner des choix multiples
tenant compte ainsi d'un éventail très large des facteurs caractérisant
la personnalité, en posant des questions de type binaire où le sujet a
à répondre « oui ou non », « plus ou moins », « vrai ou faux », etc. Dans
l'analyse méthodologique de construction et validation de ce type
d'épreuves, l'auteur insiste sur la valeur des validations par analyse
factorielle. C'est en multipliant les facteurs et en utilisant les techniques
de « partition matricielle » et de construction de « supermatrice » que
les tests crayons-papiers fondés sur la stimulation verbale peuvent être
utilisés avec une exploitation par ordinateur ; la rapidité des choix et
la mise en réserve d'une mémoire électronique permettent de procéder
à une très large investigation validée par des contre-épreuves très
nombreuses.
Seule l'adaptation du psychologue aux techniques de l'informatique
et à l'élaboration des programmes freine le développement d'une psychol
ogie utilisant ces méthodes.
M. Monod. 650 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Adorno (T. W.), Frenkel-Brunswick (E.), Levinson (D. J.),
Sanford (R. N.). — The authoritarian Personality (La personnalité
autoritaire). — New- York, Norton Library, 1969, 990 p.
Les recherches sur la « personnalité autoritaire », entreprises
après 1944, qui sont connues depuis longtemps sous une forme fragment
aire, ont suscité de nombreuses réflexions et études concrètes. Elles
sont présentées ici sous la forme d'un ouvrage monumental exposant
ces recherches d'une façon rigoureusement détaillée. Le présent ouvrage
ne constitue d'ailleurs que le premier d'une série de volumes consacrés
à l'étude des préjugés. Le point de départ de ces recherches a été une
réflexion sur le phénomène de l'antisémitisme, poursuivie sous le patro
nage du Comité juif américain. A la suite de ces journées d'études, de
nombreuses personnalités scientifiques ont entrepris d'étudier le phéno
mène de l'antisémitisme et, au-delà, les préjugés à l'égard des minorités
religieuses ou ethniques.
Cet ouvrage est consacré à l'examen de plusieurs hypothèses liées
à l'antisémitisme. Celui-ci, ainsi que les autres idéologies dirigées contre
les minorités, consiste en un système relativement stable d'opinions
négatives, d'attitudes hostiles et de valeurs morales justifiant les opi
nions et attitudes.
Pourtant, ces idéologies semblent avoir leur origine moins dans les
caractéristiques des minorités visées, que dans la personnalité des indi
vidus manifestant des idéologies antisémites ou « antiminoritaires ».
En effet, si l'antisémitisme éclate en crises aiguës sous l'influence de
certains chefs ou meneurs (cf. l'Allemagne hitlérienne), certains individus
sont très perméables à la propagande antisémite, alors que d'autres se
montrent résolument réfractaires.
Il semble donc exister chez certaines personnes des traits de caractère
les prédisposant en quelque sorte à devenir « fascistes », c'est-à-dire à
se montrer réceptives à une propagande antidémocratique.
Deux hypothèses fondamentales ont déterminé ce travail : 1. L'anti
sémitisme n'est pas un phénomène isolé, mais il fait partie d'un cadre
idéologique beaucoup plus général et est lié à tout un ensemble d'atti
tudes, d'opinions et de valeurs particulières ; 2. La sensibilité indivi
duelle aux idéologies « fascistes » dépend surtout des traits et des besoins
spécifiques de la personne considérée.
Il existe un ensemble cohérent de traits de personnalité, sous-jacents
à la mentalité antidémocratique, et qu'on peut caractériser par le
concept de « personnalité autoritaire ».
De ces deux hypothèses, la première concerne une relation constante
entre des phénomènes relativement superficiels — attitudes, opinions,
tendances idéologiques — , la seconde se situe au niveau plus profond
de la personnalité, de ses besoins, de ses motivations et de son devenir-
Les recherches ont été conduites par des auteurs venus de domaines
psychologiques différents (psychologie clinique, psychanalyse, psycho- CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 651 PSYCHOLOGIE
logie sociale, sociologie politique), qui ont collaboré et échangé leurs
opinions et leurs expériences tout au long du travail, même si chaque
chapitre a été rédigé par l'un d'entre eux.
Des techniques très diverses ont été mises en œuvre pour tester
les hypothèses. Tout en se situant à des niveaux différents, elles per
mettent de dégager des convergences et des vérifications mutuelles.
Les auteurs ont, en particulier, utilisé : des questionnaires (échelles
d'attitudes), des entretiens cliniques (histoires de cas), des tests pro-
jectifs (TAT), ainsi que des questionnaires projectifs individuels.
L'exposé de ces techniques et des résultats qu'elles ont permis
d'obtenir est principalement instructif et intéressant par sa rigueur
scientifique, qui pourrait servir de modèle à bien des recherches et des
exposés de recherche. En effet, aucun détail n'est laissé dans l'ombre :
la population étudiée est définie avec précision, les raisons qui ont présidé
à son choix étant examinées et discutées. Les différentes étapes de la
construction des échelles — en particulier, leur critique, leurs révisions
successives — sont mises en évidence. De même, les guides d'entretien,
les thèmes à faire ressortir, les questions suggérées pour y parvenir sont
très intéressants.
L'exposé fait aussi apparaître dans quelle mesure peuvent se relayer,
se compléter et s'enrichir des méthodes cliniques et des méthodes plus
expérimentales et statistiques. Il montre comment l'étude de cas indi
viduels — et de leur dynamique sous-jacente — permet de mettre en
lumière des phénomènes de groupe.
Le premier pas dans cette étude fut de découvrir des individus « poten
tiellement antidémocratiques », cela à l'aide d'un questionnaire énonçant
des opinions qu'il s'agissait d'approuver ou de désap
prouver (à plusieurs degrés) ; des entretiens donnaient la possibilité
de vérifier les résultats du questionnaire, de rechercher si les opinions
exprimées correspondaient aux opinions réelles et d'atteindre des couches
plus profondes.
Les premiers groupes étudiés furent constitués d'étudiants, év
idemment faiblement représentatifs de la population générale, mais qui
permirent de mettre en évidence certaines constellations d'attitudes
et d'opinions. Puis, le questionnaire fut appliqué à une population
générale.
Les sujets se classaient dans le quartile supérieur et dans le quartile
inférieur, quant à leur ethnocentrisme (ou potentialité antidémocrat
ique). Les cas de deux sujets sont exposés, l'un ayant beaucoup de
préjugés, l'autre peu ; ils serviront d'illustration tout au long de
l'ouvrage.
La mentalité antidémocratique se distinguant par un nombre impor
tant de préjugés, ceux-ci se cristallisent contre les minorités, et spécia
lement contre les Juifs. C'est pourquoi un chapitre est consacré à l'ant
isémitisme et à la construction d'une échelle d'antisémitisme (échelle de

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.