Psychologie clinique et psychopathologie - compte-rendu ; n°2 ; vol.56, pg 624-639

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L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 2 - Pages 624-639
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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C. Andrieux
M. Bergeron
C. Blanc
Vincent Bloch
C. Engels
P. Jampolsky
N. Rausch de Traubenberg
L. Thomas
Auguste Tournay
V. Psychologie clinique et psychopathologie
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°2. pp. 624-639.
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Andrieux C., Bergeron M., Blanc C., Bloch Vincent, Engels C., Jampolsky P., Rausch de Traubenberg N., Thomas L., Tournay
Auguste. V. Psychologie clinique et psychopathologie. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°2. pp. 624-639.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_2_8915— Psychologie clinique et psychopathologie V.
DELAY (J.), PICHOT (P.), PERSE (J.). — Méthodes psychomét
riques en clinique. Tests mentaux et interprétation. — In-8° de
327 pages, Paris, Masson & Cie, 1955.
Ce livre n'est pas un manuel pas plus qu'il n'est un exposé systémat
ique et didactique des tests d'intelligence et des tests de personnalité.
Divisé en deux parties, portant ces deux titres, il nous livre des recher
ches originales sur certains tests des catégories, recherches accom
pagnées de discussions de problèmes plutôt mal connus que peu connus,
tels qu'analyse de scatters, techniques de validation des tests de personn
alité, etc.
L'ouvrage dans son ensemble voudrait être une démonstration
de la collaboration entre la psychologie expérimentale, le laboratoire
et la clinique psychiatrique. C'est ainsi qu'il est introduit par un exposé
de l'œuvre de Binet, oeuvre infiniment plus large et plus souple que la
psychométrie dans laquelle on l'a souvent confinée.
Sans avoir la possibilité d'analyser les chapitres un à un, signalons
l'insistance des AA. sur certains points particuliers : les méthodes de
mesure de la détérioration mentale, celle-ci ayant un sens opérationnel
qui exclut la signification diagnostique et pronostique ; l'importance
souvent ignorée d'atteintes aphasiques chez des malades organiques
pour lesquels la mesure de la détérioration mentale est fréquente ;
les différentes méthodes d'analyse de scatters, chapitre indispensable
pour tout technicien ; les méthodes d'étude de la pensée conceptuelle
et l'application d'un tel test à la schizophrénie.
Dans la seconde partie, consacrée aux tests de personnalité, l'accent
est mis sur la nécessité d'une attitude critique et aussi pragmatique
vis-à-vis de cette catégorie d'épreuves. Celles qui ont retenu l'attention
des AA. sont évidemment aussi celles qui sont appliquées dans leurs
recherches et ce sont aussi bien des questionnaires — Cornell Index et
surtout M. M. P. I. — que des tests objectifs de personnalité — tels
que le test de persévération de Cattell et un test d'appréciation de
l'humour essayé sur un groupe de malades paranoïaques — comme enfin
des épreuves projectives. Parmi ces dernières, le test de frustration
de Rosenzweig a essentiellement intéressé les AA. qui l'ont adapté
et standardisé en France. L'application à des groupes de malades men
taux adultes conjointement avec le test de dessin en miroir montre que
de mauvais résultats au Rosenzweig vont souvent de pair avec des
résultats normaux au test du dessin en miroir, ce qui s'expliquerait par
le fait que l'anxiété, manifestation de la lutte du sujet pour maintenir MviiKs G 2 5
l'équilibre, a disparu et a fait place à une certaine stabilité qui est néan
moins une déviation par rapport à un état normal. Il y a un intérêt
évident à multiplier les techniques d'investigation de la personnalité
et surtout d'adjoindre à une technique projective, une autre, objective.
Il n'y a donc rien d'exhaustif dans cette riche étude puisque Ton
n'y traite que de certains tests appliqués à certains groupes de malades,
mais les problèmes méthodologiques soulevés à propos de ces applications
sont indispensables à connaître pour les psychologues travaillant en
clinique.
N. R. T.
THORNE (F. C). — Principles of psychological examining (Les
principes de V examen psychologique ). — In-8° de 494 pages, Brandon,
édit. du J. clin. Psychol., 1955.
Le but de ce livre est d'apporter un ensemble d'informations et de
règles aussi complet que possible permettant de mener à bien un examen
psychologique et d'établir un diagnostic. Une importance relativement
faible est accordée aux tests, par rapport à celle de l'observation et de
l'entretien clinique. Les descriptions détaillées que l'A. donne de ces
méthodes sont d'une utilité pratique certaine. Dans la première partie
de son livre, Thorne expose la théorie et le déroulement de l'examen
psychologique, dans la seconde, il étudie plus spécialement les facteurs
qui entrent en jeu dans l'intégration de la personnalité. Tous les aspects
de la question sont analysés d'une manière très détaillée, mais aucune
synthèse véritable n'en est donnée. L'A. a cependant le mérite d'insister
sur le fait qu'une adaptation et un état mental normaux représentent
un processus intégratif positif qui est autre chose qu'une simple absence
de maladie.
C. E.
BÖHM (E). — Traité du psychodiagnostic de Rorschach. Traduc.
de B. Reymond-Rivier. — Tomes I et II. — In-8° de 633 pages
et 10 planches auxiliaires pour la localisation. Paris, Presses Uni
versitaires de France, 1955.
Cet important ouvrage de deux volumes est conçu d'une manière
très didactique ; seule la terminologie psychiatrique en rend la lecture
difficile car elle s'inspire de conceptions peu connues en France donc
peu appliquées et pouvant difficilement illustrer les diagnostics faits
à l'aide du test de Rorschach. Si toutefois l'on veut s'en donner la
peine, il est tout à fait possible de rentrer dans le vif de ces conceptions
étant donné les larges introductions théoriques que fait l'A. pour chacun
des chapitres litigieux, celui des psychoses psychogènes par exemple,
celui des psychopathies et des dépressions.
Il reste dans la ligne psychanalytique freudienne dans la présentation
des catégories de névroses et il donne des points de repère précis quant
au diagnostic formel de ces névroses à l'aide du Rorschach. Tout ceci
nous pousse à considérer ce livre comme bien plus qu'un manuel de fi 2 fj ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Rorschach, mais plutôt comme un précis de psychopathologie générale
avec applications du test de Rorschach. Cette attitude n'est pas sans
heurter certains psychologues plus prudents peut-être que l'A. Elle est
pourtant largement compensée par une manipulation objective et
souple des données du test et par une expérience certainement excep
tionnelle de collaboration avec les psychiatres sur les diagnostics
cliniques.
N. R. T.
MINKOWSKA (F). — Le Rorschach. A la recherche du monde
des formes. — In-8° de 279 pages, Paris, Desclée de Brouwer, 1956.
Livre riche et émouvant s'il en fut que ce témoignage d'une coll
aboration étroite et vivifiante entre F. et E. Minkowski. La très substant
ielle introduction de E. Minkowski et le dernier chapitre, conférence
dernière de F. Minkowska qui n'avait jamais été publiée entourent une
série de conférences, d'exposés et d'articles que nous avons certes lus
ailleurs mais qui n'ont jamais présenté à ce point la pensée riche,
vivante, l'attitude profondément humaine de l'A. C'est une nouvelle
rencontre pour ceux qui ont connu F. Minkowska car la présentation,
si claire, de cette œuvre, fait retrouver la substance même de sa pensée
ainsi que la chaude vitalité, la foi dans les ressources humaines qui
caractérisaient son attitude clinique. Les considérations sur la forme,
la structure, la « Spaltung » et le lien qui nous sont familiers semblent
avoir déjà été dépassés par E. Minkowski et nous saisissons mieux
maintenant la succession logique des travaux des deux psychiatres.
Il est précieux d'avoir en un seul volume ce raccourci dont les étapes
sont les différentes études — le Rorschach et la psychopathologie de la
schizophrénie, l'épilepsie essentielle, sa et le test de
Rorschach, la psychopathologie infantile, toujours vue à travers ce
test, le « climat » des planches du test, les études faites sur les enfants
victimes des lois raciales, l'analyse du Rorschach, du point de vue formel,
clinique et humain, et surtout enfin cet article posthume, comment
aire de celui, posthume également de Rorschach lui-même qui renoue
la boucle, si large, nouée par F. Minkowska autour de l'œuvre du psy
chiatre suisse.
C'est un véritable testament scientifique et humain de psychopat
hologie clinique et un instrument de documentation et de travail
véritablement « vécu ».
N. R. T.
MASLOW (A. H.); — Motivation and personality (Motivation et
personnalité); ~- In-8° de 411 pages, New York, Harper & Brothers,
1954.
La psychologie souffre d'une conception atomistique, pathologique,
utilitariste de la personnalité. Maslow pose les principes d'une nouvelle
psychologie : celle-ci devra dépasser la théorie homéostatique qui ne
rend compte que partiellement des faits, l'organisme ne cherche pas à LIVRES 627
réduire l'état de tension ; lorsqu'un besoin est satisfait un nouveau
besoin émerge plus élevé dans la hiérarchie, dont la satisfaction apporte
plus de bien être. Chaque besoin, chaque type de comportement doit
être étudié à l'intérieur d'un syndrome et chaque syndrome en relation
avec d'autres syndromes, l'étude de la personnalité doit être hollisi-
tique, fonctionnelle, dynamique. Le psychologue comme le psychothé
rapeute réaliseront des progrès dans leur connaissance respective en
dépassant « la psychologie de nuit » ou la psychologie des névroses et en
construisant une « de jour », en portant leur attention sur
le problème de l'homme sain, de l'homme qui tend à devenir lui-même
(« self-actualization »), qui manifeste des conduites expressives et non
seulement des conduites instrumentales ou d'adaptation (« coping ») .
Malheureusement cet ouvrage qui nous fournit d'excellents thèmes
de méditations sur les recherches à entreprendre dans le domaine des
motivations et de la personnalité ne nous apporte aucune indication
de méthode, aucun exemple de recherche ou d'étude clinique précise.
G. A.
BASOWITZ (H.), PBRSKY (H.), KORGHIN (S. J.), GRIN-
KER (R. R.). — Anxiety and Stress. An interdisciplinary study of a
life situation (Anxiété et « stress ». Étude interdiscipline d'une situa
tion de la vie). — In-8° de 320 pages, New York, McGraw-Hill, 1955.
Les auteurs, membres d'un groupe de recherches interdisciplines
du « Institute for Psychosomatic and Psychiatrie Research and Trai
ning » du Michael Reese Hospital de Chicago, nous offrent ici un travail
intéressant à plusieurs égards : tout en constituant une authentique
recherche sur le terrain, il satisfait à toutes les exigences d'une expé
rience de laboratoire ; tablant sur un grand nombre de travaux précé
dents (situations de combat, études cliniques et expérimentales), il
fait preuve d'un souci méthodologique exemplaire, au point de vue
tant de l'établissement du plan que de l'exploitation des résultats ;
mais en même temps, il cherche constamment à dépasser ces
immédiats pour les intégrer à un état de problèmes plus général. La
recherche porte sur de jeunes soldats volontaires d'un entraînement
parachutiste poursuivi au cours d'un stage intensif de trois semaines,
à l'horaire éprouvant et aux performances de plus en plus ardues, se
terminant par les cinq sauts d'avion obligatoires de la dernière semaine.
Il s'agissait pour les auteurs de contrôler divers aspects du fonctionne
ment de l'organisme dans cette situation considérée comme une situation
de « stress » et d'étudier les réactions des sujets en fonction de certains
types de personnalité (différenciés surtout quant à leurs tendances à
l'anxiété). En dernière analyse il s'agissait de savoir si l'on pouvait
prédire le comportement d'un sujet dans une situation alarmante.
L'anxiété, « dans les limites de ce travail », était envisagée comme une
expérience endogène consciente, et le stress comme une classe de stimuli
propre à perturber la plupart des individus. L'organisation de la person- 628 .ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
nalité et les fonctions psychologiques étaient explorées au moyen d'une
interview préalable, d'un test de « stress-tolérance », de deux échelles
d'auto-évaluation du degré d'anxiété, du test de Bender administré au
tachistoscope, d'un test tachistoscopique de « clôture », d'une épreuve
de mémoire des chiffres et de soustractions en série. Le fonctionnement
biochimique était exploré par les dosages du taux de l'acide hippurique,
du taux des éosinophiles, de la concentration de aminoïque,
de l'acide aminoacétique et du gluthatione sanguin. Les expériences
portaient sur des groupes variés de sujets. Les mesures étaient répétées
selon un plan rigoureux, les résultats soumis à des contrôles sévères et
exploités sous des angles très divers.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de ces résultats. Aussi bien
les auteurs pensent-ils que l'intérêt de leur travail réside essentiellement
dans l'abondance de problèmes nouveaux et d'indications méthodolo
giques qu'il a permis de dégager. L'on constate que la situation étudiée
n'était aucunement assimilable à l'expérience des combattants et que
le degré d'anxiété des sujets n'approchait jamais celui de sujets
anxieux. L'on voit émerger deux types d'anxiété distincts, dus l'un à la
crainte de l'échec, l'autre à la peur du danger, le second bien moins
répandu chez les sujets étudiés. Ces constatations et d'autres impliquent
plusieurs conséquences ; d'abord la nécessité de redéfinir le « stress »,
moins en termes de situation que de réponse à des processus endogènes
ou exogènes ; puis l'importance de l'aborder sous l'angle hiérarchique :
hiérarchie d'intensité (dont les mesures respectivement de l'acide
hippurique et des éosinophiles semblent pouvoir figurer les extrêmes)
et hiérarchie temporelle, mesurant comment à la longue les réactions
évoluent vers des états d'adaptation ou de désintégration. Par ailleurs il
semble que différents types d'anxiété actionnent des patterns de réponse
différents, tandis que rien ne permet de conclure à une hiérarchie qui
irait de réactions psychologiques considérées comme bénignes à des
réactions physiologiques sévères. Aussi est-il impossible de prédire le
comportement individuel à partir de la seule mesure des tendances à
l'anxiété. Au point de vue méthodologique les mesures les plus fruc
tueuses semblent le Bender tachistoscopique (indice de la force du moi),
le taux de l'acide hippurique (constante individuelle ne variant qu'avec
des perturbations extrêmes) et le taux des éosinophiles (variable très
sensible). Le calcul d'un indice de concordance entre diverses perfo
rmances serait intéressant, l'incohérence des résultats pouvant en soi
indiquer le degré de la perturbation.
FENICHEL (O.) . — La théorie psychanalytique des névroses. Traduc.
de M. Schlumberger, G. PiDoux, M. Cahen et M. Fain. — 2 vol.
in-8° de 836 pages, Paris, Presses Universitaires de France, 1953.
Il semble presque superflu de présenter au lecteur cet ouvrage fo
ndamental ; tout au plus pouvons-nous lui signaler — avec quelque LIVRES 621)
retard — la traduction exemplaire que nous en est offerte. Rappelons
qu'il ne s'agit pas d'un manuel de psychanalyse mais d'une théorie
des névroses à l'usage des cliniciens, enseignants et étudiants psychan
alystes, qu'elle représente la somme de nos connaissances actuelles
et occupe, dans la littérature psychanalytique, une place privilégiée.
Ses positions, fruit d'une expérience clinique de plusieurs décades,
sont « orthodoxes », modérées et ennemies de toute systématisation
arbitraire (ainsi l'antagonisme que l'on veut créer entre les déter
minations biologiques et sociales lui semble-t-il dépourvu de sens ;
de même il lui semble inutile de faire appel à des instincts de mort
pour expliquer des phénomènes dont le principe d'homéostasie suffit
largement à rendre compte). Mais la force principale de l'ouvrage
réside dans la clarté et la précision étonnantes d'une pensée subtile qui
lui permettent de maîtriser une matière pourtant réfractaire à l'exposé
didactique : réfractaire déjà parce que l'obligation d'énoncer sous une
forme deductive des notions d'acquisition purement inductive, ôte
facilement à la démonstration psychanalytique une partie de sa portée ;
et réfractaire parce qu'il est difficile d'isoler, sans les trahir, les éléments
d'un ensemble dynamique où l'interpénétration des niveaux et la surdé
termination des symptômes sont de règle, où un même phénomène sou
vent sert de défense contre une pulsion et de satisfaction camouflée à
cette pulsion ; et où règne une dialectique telle que, par exemple, la vul
garisation des découvertes psychanalytiques n'a pas été étrangère à la
transformation des structures névrotiques observées au cours des vingt
dernières années.
Deux chapitres préliminaires sur les points de vue de la psychanalyse
(dynamique, économique et structural), sur la méthode psychanalytique
et un exposé du développement mental (Moi archaïque, développement
des pulsions, formation du sur-moi), précèdent la théorie des névroses
proprement dite. Après avoir distingué entre névroses traumatiques
et psychonévroses (celles-ci ayant pour fondement le conflit névrotique),
l'auteur étudie en détail ce conflit qui est « par définition un conflit
entre une tendance qui cherche à se décharger et une autre tendance qui
s'efforce d'empêcher cette décharge » (p. 159). Il expose les motifs de
défense (angoisse, culpabilité, dégoût et honte), les mécanismes de : sublimation d'une part, défenses pathogènes de l'autre (projec
tion, refoulement, etc.), et les symptômes cliniques directs du conflit
névrotique. Puis il aborde les mécanismes de formation des symptômes
et les formes cliniques des névroses ; en huit chapitres, abondamment
illustrés d'exemples, sont passés en revue tous les types cliniques (tou
jours au triple point de vue dynamique, économique et structural) : hyst
érie d'angoisse, hystérie de conversion, névroses d'organe, obsession et
compulsion, conversions prégénitales (bégaiement, tics, asthme bron
chique), perversions et névroses impulsives, dépression et manie,
schizophrénie. Les dernières parties du livre sont consacrées à l'élabo
ration secondaire des symptômes (défense contre les symptômes, béné-
A. l'SYCII.)!.. 50 40 630 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
flees secondaires et troubles du caractère), aux formes combinées de
névroses traumatiques et psychonévroses et à l'évolution clinique des
névroses. L'ouvrage se termine sur un chapitre explicitant le mode
d'action des psychothérapies autres que la psychanalyse classique (car
s'il n'existe qu'une façon de comprendre les névroses, il y a plusieurs
manières de les soigner, p. 664), suivi de quelques réflexions sur l'hygiène
mentale, un peu désabusées, mais profondément humaines. Signalons
encore qu'une bibliographie de 1 600 titres et 60 pages d'index achèvent
de faire de cet ouvrage un instrument de travail exceptionnel.
L. T.
GUIRAUD (P.). — Psychiatrie clinique, 3e édition. — In-8° de
746 pages, Paris, Librairie Le François, 1956.
Voici, considérablement augmentée, la troisième édition de la Psy
chiatrie du médecin praticien écrite avec M. Dide, en 1929. Pour com
prendre le travail de rajeunissement accompli ici, la référence à la Psy
chiatrie générale (1950) du même auteur est indispensable. Les deux
ouvrages s'éclairent mutuellement, mêlant conceptions personnelles et
doctrines d'ensemble, ce qui peut évidemment se discuter.
Le problème actuel, pour un manuel psychiatrique, est la substitu
tion à une séméiologie atomistique, de symptômes groupés en syn
dromes, s'insérant, dans la personnalité et l'histoire du malade. La
classification pour être clinique doit être regroupée étiologiquement.
Débutant par un exposé des tendances contemporaines en psychiatrie :
attitude bioneurologique qui lui est propre, doctrine psychanalytique,
phénoménologie, organo-dynamisme, l'auteur subdivise ensuite la
séméiologie en anomalies des instincts, de l'activité, de l'intelligence,
de la perception, de la mémoire et pour l'activité psychique générale,
en troubles de la conscience, de la personnalité, hallucinations et délires.
L'introduction d'une rubrique consacrée à la psychiatrie infantile
nous paraît heureuse. Aussi la place faite aux névroses (hystérie, obses
sions, neurasthénie, etc.) et par une habile transition biotypologique,
aux personnalités psychopathiques, chapitre particulièrement contro
versé puisqu'il s'agit d'états passionnels, de caractère et délires sensitifs,
de paranoïaques amoureux, jaloux, idéalistes.
Pour l'essentiel cependant, l'ouvrage reste consacré à l'étude des
affections psychiatriques classiques : manie, mélancolie, maniaque-
dépressive, avec cependant la marque de l'auteur, notamment à propos
du syndrome hébéphrénique : ses symptômes directs et fondamentaux ;
ses troubles thymiques, intellectuels, les syndromes moteur, végétatif.
P. Guiraud insiste sur les délires, leurs sources hormothymiques, leur
structure, leurs variétés et leur traitement. La doctrine de la schizo
phrénie de Bleuier est analysée et critiquée dans ses prolongements.
Après avoir fait une description générale de la confusion mentale,
de l'onirisme, des particularités étiologiques et thérapeutiques, l'auteur LIVRES 631
aborde le chapitre des démences, dont il se refuse à donner une vue
d'ensemble, préférant retenir ses diverses manifestations : démences
séniles, dégénératives, artériopathiques, paralysie générale et autres
déficits toxi-infectieux, traumatiques, etc.
Pour ouvrir le chapitre du reclassement étiologique, l'épilepsie est
choisie, car son étude s'est amplifiée récemment grâce aux explorations
neuro-électrophysiologiques. Ses divers aspects cliniques sont à bien
connaître. Parmi les causes infectieuses et toxiques, l'alcoolisme est
évidemment retenu, ainsi que les toxicomanies, les troubles endocri
niens, les néoplasies, les traumatismes.
L'ouvrage se termine par des notions de psychiatrie pratique et
médico-légale : l'examen d'un malade mental, son placement, l'expertise
psychiatrique. Un index alphabétique très clair et des illustrations
rendent accessible ce manuel appelé à rendre, tel qu'il se présente, de
signalés services tant aux psychiatres qu'aux psychologues.
M. B.
HENDERSON (D.), GILLESPIE (R. D.). — Manuel de psychiatrie
pour les étudiants et les praticiens. Traduc. de D. Anzieu et collab.
— 2 vol. in-8° de 771 pages, Paris, Presses Universitaires de
France, 1955.
Cet ouvrage est la traduction de la 7e édition d'un manuel classique
dans les pays anglo-saxons et paru en 1927. C'est dire qu'il s'agit
(malgré une perspective « dynamique » qui se réclame du biologisme
d'Adolf Meyer et fait appeler « réactions » ce que d'autres nommaient
« états ») d'une psychiatrie essentiellement descriptive et nosographique
envisagée dans des cadres traditionnels qui tendent à être dépassés.
Son intérêt réside dans l'ampleur de la documentation et la clarté de
l'exposition. Les chapitres les plus développés concernent naturellement
les psychoses et les « réactions » à étiologie organique.
P. J.
ALDRIGH (C. K). — Psychiatry for the family physician (Psyc
hiatrie pour le médecin de famille). — In-8° de 276 pages, New York,
McGraw-Hill, 1955.
Ce manuel, destiné à l'étudiant en médecine et au « médecin de
famille », déjà formé, mais en principe ignorant des perspectives nouv
elles de la psychiatrie, fournit un excellent aperçu des conceptions
dynamiques et psycho-somatiques et de leur application aux pro
blèmes qui se présentent, en pratique courante. Il intègre très clairement
conceptions théoriques et problèmes pratiques et il sera lu avec intérêt
par le psychologue.
La première partie de l'ouvrage met en évidence, avec cas à l'appui,
les relations à double sens de la maladie et de l'équilibre émotionnel.
La seconde et principale partie envisage en détail, dans ses 15 cha- 632 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
pitres, les étapes successives du développement émotionnel et les divers
problèmes médico-psychologiques qui peuvent s'y présenter.
La troisième partie est consacrée aux principes du diagnostic psycho
somatique et à la fonction psychothérapeutique du médecin.
P. J.
BARUK (H.). — La psychiatrie sociale. « Que sais-je? » — In-8°
de 128 pages, Paris, Presses Universitaires de France, 1955.
Le domaine de la « sociale » est (comme celui de la
psychologie sociale) assez composite. H. B., dans ce petit livre où l'on
retrouve en particulier les thèses de sa « Psychiatrie morale », en envi
sage successivement 3 aspects : a) La psychopathologie des individus
par rapport à la société (les notions de responsabilité et volonté, la
culpabilité, l'agressivité) ; b) La du groupe social lui-
même (la résolution des conflits, la défense sociale, les sociétés crimi
nelles) ; c) Le rôle de la société vis-à-vis des malades mentaux (causes
sociales de la folie, attitude de la société vis-à-vis des malades mentaux,
méthodes de socialisation des malades mentaux, la « chitamnie » ou
méthode de la confiance).
L'ouvrage tout entier est imprégné des préoccupations morales,
généreuses et humaines, propres à l'auteur.
P. J.
SCHNEIDER (K.). — Les personnalités psyehopathiques, 9e édition.
Traduc. de F. Demers. — In-8° de 148 pages, Paris, Presses Univers
itaires de France, 1955.
Gomme l'indique l'auteur dans la préface de cette neuvième édition
légèrement remaniée, l'orientation générale de ce livre (lre édition, 1923),
reste centrée sur l'analyse descriptive des différentes classifications
de la littérature psychiatrique allemande, relatives aux personnalités
psyehopathiques. Le lecteur trouvera dans cet ouvrage l'exposé détaillé
des conceptions et des systèmes de Koch, Bleuler, Reichard, Bumke,
Gruhle, Kretschmer, Homburger et Kahn. Parmi les théories systémat
iques, K. Schneider s'attache particulièrement aux conceptions patho-
caractérologiques de Gruhle et de Tramer qui représentent une tentative
de synthèse de ses propres descriptions initiales. Gruhle nous propose
un découpage de la personnalité en paramètres ou propriétés psychiques
fondamentales (activité, humeur fondamentale, résonance affective,
rapports avec le milieu, sphère de la volonté...) dont il envisage les
anomalies dans le cadre de la personnalité totale. Plusieurs pages sont
consacrées aux typologies réactionnelles de Kretschmer (psychobio
graphie) et d'Ewald (« caractérographie »), qui étudient les formes
d'élaboration de l'expérience vécue.
Les rapports de la personnalité psychopathique avec les syndromes
névrotiques sont brièvement traités. On trouve chez K. Schneider une
opposition nette aux interprétations psychogénétiques : « Notre livre

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