Psychologie clinique et Psychopathologie - compte-rendu ; n°2 ; vol.73, pg 751-765

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L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 2 - Pages 751-765
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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Psychologie clinique et Psychopathologie
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 751-765.
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Psychologie clinique et Psychopathologie. In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 751-765.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_2_28018Psychologie clinique et psychopathologie
Bastide (R.) (sous la direction de). — Les sciences de la folie. —
Paris, Mouton, 1972, 143 p.
Sciences de la jolie ; Auguste Comte, Charles Fourier, Bûchez pour
l'Occident, de nombreux autres pour l'Orient, précédés d'une intro
duction de Roger Bastide : Sciences de la jolie ou jolies comme sciences.
De révolution industrielle en révolution sexuelle, l'histoire se répète
en analogies, les jeunes suivent leurs parents, qu'il est bon de rappeler
parfois cette évidence, pour se retrouver ensemble devant les portes
fermées de l'imagination. Elles ne se laissent pas enfoncer, s'ouvrent
seulement aux mots magiques, sésames de la souffrance, rêve et délire.
Paul Arbousse-Bastide appelle le témoin et cite l'interprète du vécu
psychotique. Nous lui devons l'étonnement d'apprendre que le fonda
teur du positivisme est passé par l'aliénation mentale. Nous y voyons
un argument supplémentaire pour ceux qui considèrent les sciences
trop positives comme une formation réactionnelle contre les forces de
la vie intrapsychique. Une autre indication d'Auguste Comte y reçoit
l'attention qu'elle mérite. Citons-la : « Toute la portée intellectuelle
et affective du traitement s'y trouve (de la maladie mentale à l'asile)
de fait abandonnée par eux (les médecins) à l'action arbitraire d'agents
subalternes et grossiers, dont la conduite aggrave presque toujours la
maladie qu'ils devront contribuer à guérir ». Quelle justification de la
psychiatrie moderne qui voit dans la formation des infirmiers, dans le
travail en équipe avec eux la seule vraie thérapeutique efficace. Une
idée chère à Sigmund Freud, la continuité des états normaux et patho
logiques ne peut non plus manquer à l'inventaire des apports de
Comte à l'interprétation de la folie et des maladies.
Simone Debout-Oleszkiewicz analyse, de la passion à la folie, le
chemin de l'Harmonie. L'inceste, la transgression, l'anticapitalisme,
toutes questions d'actualité affirment la présence de Charles Fourier.
Gilbert Durand a la vaste ambition de nous indiquer la croisée des
chemins d'où on peut encore apercevoir les perspectives spiritualistes
des horizons antique, hindou ou islamique dont les philosophes n'ont
pas fait de l'esprit humain un « outil » de maîtrise et de possession du
monde matériel.
François-André Isambert voit dans Bûchez celui qui, sans pouvoir
le résoudre, a posé le premier le problème épineux du monisme et du
dualisme de l'âme et du corps dans la genèse de la folie. Nous connais
sons les performances acrobatiques des racines grecques correspondantes 752 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
avant qu'elles aient trouvé un repos tout relatif dans le néologisme à la
mode, la psychosomatique.
Henri Baruk maintenant. Nous devions plusieurs fois apprécier au
cours de notre lecture la justesse des idées de ce contradicteur intré
pide des psychanalystes. Bien documentée, la comparaison entre Auto
matisme et troubles des mécanismes de la pensée intérieure dans la psy
chiatrie française et dans la psychologie interprétative de Freud, n'avait
pas à nous convaincre de la valeur des travaux classiques ; nous savons
les apprécier depuis longtemps déjà. Mais comment ne pas regretter
avec Baruk l'incontestable disparition de l'esprit d'équipe et d'amitié
qui animait les chercheurs du siècle dernier. Nous constatons chaque
jour le peu d'intérêt des auteurs pour les publications du voisin. Résul
tat : incompréhension, hostilité, morcellement des connaissances et du
vocabulaire. Nous ne sommes pas d'accord, par contre, pour reconnaître
une efficacité exemplaire des médicaments sur l'hystérie. Ils n'agissent
que sur les symptômes les plus superficiels. Toute la pratique psychia
trique montre l'extrême résistance des hystériques aux neuroleptiques ;
on peut affirmer que c'est précisément devant les cas d'hystérie grave
que la chimiothérapie rencontre ses véritables limites.
Enfin Roland Barthes, dont la Sémiologie et médecine prolonge et
suit l'introduction de Roger Bastide, mais que nous préférons en conclu
sion. D'utiles questions y sont posées. Comment regarder la face de
Janus de la connaissance médicale, côté signe ou côté symptôme ;
d'où écouter l'écho infini du signifié, se répercutant de signifiant en
signifiant ; pourquoi s'autoriser, en linguiste, à une comparaison de la
paradigmatique et de la syntagmatique en médecine, et pour terminer,
l'interrogation toute naïve dans sa prétention universelle : la médecine
est-elle un langage, la médecine aujourd'hui est-elle encore véritabl
ement sémiologique ?
P. Wiener.
Millon (Th.) et Diesenhaus (H. I.). — Research methods in
psychopathology. — New York, John Villey & Sons, 1972, 1 vol.,
191 p.
Théodore Millon à qui nous devions déjà les deux ouvrages excel
lents, Theories of Psychopathology et Modem Psychopathology, s'est
associé à Herman I. Diesenhaus pour nous donner un manuel de méthod
ologie de la recherche en psychopathologie, capable de satisfaire à la
fois l'étudiant et le chercheur. Concis, quoique complet, cet ouvrage,
après une introduction sur la psychopathologie et ses principaux
concepts, essaie de préciser l'objet et les buts de la recherche dans ce
domaine. Puis il étudie d'une manière assez approfondie les diverses
méthodes utilisables : méthodes biologiques d'abord avec la recherche
des indices physicochimiques, neurophysiologiques, anatomiques, pour PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 753
lesquelles différentes techniques instrumentales sont nécessaires.
Méthodes « intrapsychiques » ensuite où sont successivement étudiées
l'association libre, l'analyse des rêves, l'hypnose, les techniques projec-
tives. Puis les méthodes phénoménologiques allant de l'entretien et
interview aux inventaires d'auto-évaluation. Les méthodes « behavo-
ristes », études diverses du comportement, sont ensuite spécialement
développées : l'observation systématique, l'analyse du comportement
verbal, les mesures de performance et de temps de réaction, les compor
tements perceptifs et sémantiques. Enfin, les méthodes dites « document
aires », qui vont des études statistiques et épidémiologiques à celles
consacrées aux longues biographies individuelles et aux documents
personnels littéraires autobiographiques ou diaristes (journaux intimes).
Un dernier chapitre est consacré à l'analyse des faits et des données,
à leurs synthèses, à leur interprétation : problème difficile où une rigueur
méthodologique s'impose si on ne veut pas risquer de privilégier un
facteur parasite ou une partialité plus ou moins inconsciente de la part
du chercheur. Mais « à la fin de ce texte, on peut admettre que le cher
cheur vraiment créateur ira au-delà des instruments logiques et tech
niques que nous avons décrits pour les mettre à sa disposition. Des
procédures bien désignées et techniquement correctes réduisent la
possibilité d'erreur méthodologique. Mais l'imagination et le jugement
critique du chercheur seuls détermineront finalement la fertilité de ses
efforts » (p. 158).
On pourrait s'étonner d'une certaine insuffisance théorique de cet
ouvrage, s'il ne venait pas comme un complément du livre antérieur de
Millon sur les théories en psychopathologie. Une importante biblio
graphie (de 22 pages) et un double index (auteurs et sujets) font de ce
manuel avec les deux précédemment cités un ensemble introductif à la
psychopathologie qu'il serait fort souhaitable que nous possédions en
langue française.
J. Postel.
Servantie (A.), Becut (M. F.), Bernard (A.). — Normal et patho
logique. Introduction à l'anthropologie psychiatrique. — Paris,
Editions universitaires, 1971, 124 p.
Cet ouvrage vise uniquement à communiquer au lecteur une inquié
tude salutaire en ce qui concerne les concepts du normal et du patholo
gique appliqués à des individus ou à des sociétés. Il puise ses illustra
tions dans l'ethno-psychiatrie et la sociologie des maladies mentales
réunies volontairement pour mettre en valeur l'unité de l'homme à
travers les cultures.
Ce petit livre paraît atteindre exactement les objectifs proposés.
R. A. V. Mallet. 754 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Zeigarnik (B. V.). — Experimental Abnormal Psychology. —
New York, Plenum Press, 1972, vn-158 p. (traduit du russe par
C. Brock).
L'édition russe de cet ouvrage date de 1969. L'édition américaine
est différente de l'édition russe en ce qu'elle comporte en addition des
emprunts à un ouvrage antérieur du même auteur, La psychopathologie
de la pensée.
L'ouvrage est destiné à des psychologues et à des médecins. Il se
présente comme un cours faisant place à l'histoire de la discipline,
s'attachant aux aspects méthodologiques et précisant l'originalité de la
contribution soviétique à la science psychologique contemporaine.
L'objet de la discipline est, d'après l'auteur, d'analyser les anamolies
par rapport aux doctrines de la psychologie matérialiste pour pouvoir
apporter une contribution à l'élaboration des diagnostics différentiels
et participer à l'enrichissement de la psychologie générale.
R. A. V. Mallet.
Cartwright (D. S.), Cartwright (G. I.). — Psychological adjus
tment : Behavior and the Inner World. — Chicago, Rand McNally
& Company, 1971, 248 p.
Les auteurs présentent un manuel d'initiation composé avec un
souci constant de clarté et suivant une progression rigoureuse.
Il est divisé en deux parties. La première est essentiellement des
criptive de situations exigeant une adaptation avec présence de conflits
de complexité croissante. La deuxième partie est une étude de cas
imaginaires et placés dans une culture américaine.
Cattell et Freud constituent les références théoriques essentielles.
R. A. V. Mallet.
Johnson (R. N.). — Aggression in man and animais. — Philadel
phie, Londres, Toronto, W. B. Saunders Company, 1972, 269 p.
Comme le fait remarquer Johnson lui-même dans sa préface, il
est rare qu'un auteur essaie de réunir dans une même étude des faits
aussi différents que le cannibalisme chez les Termites et le massacre
de My Lai. C'est dire que le but de cet ouvrage est somme toute assez
ambitieux. Il s'agit de regrouper dans une étude globale de nombreuses
données expérimentales ou d'observations sur les différents comporte
ments agressifs aussi bien chez l'Homme que chez les autres animaux.
Un premier chapitre pose quelques problèmes théoriques, notam
ment au niveau d'une définition réellement opérationnelle de l'agres
sivité et de son rôle dans l'évolution des espèces et de leur adaptation.
Il souligne la nécessité d'une étude véritablement pluridisciplinaire.
Les deux chapitres suivants sont consacrés aux facteurs biologiques.
Y sont tour à tour examinés, d'abord la dominance sociale et territo- PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 755
riale et le rôle des facteurs écologiques ; ensuite, le rôle des facteurs
physiologiques, génétiques et sexuels.
De nombreux exemples se rapportant à des groupes zoologiques très
différents éclairent utilement la discussion. On étudie ensuite l'impor
tance du milieu et des phénomènes survenant pendant la croissance. A
ce sujet sont rapportées bien sûr les expériences de Harlow, mais aussi
celles tout aussi intéressantes d'auteurs parfois moins connus en France
comme Sackett, Lévine ou Eibl-Eibesfeldt.
Le chapitre 5, « Théorie de l'apprentissage et agressivité ». aborde
l'hypothèse de l'agressivité réactionnelle à la frustration et le problème
des relations possibles entre l'agressivité et le conditionnement clas
sique et opérant. On y examine aussi le problème fondamental de
l'apprentissage vicariant et de l'imitation qui ont un intérêt social
direct à cause de l'effet éventuel, sur le spectateur, de la violence
observée (cinéma, télévision). Ce sujet est actuellement très controversé
et les résultats qu'on possède sont loin d'être totalement cohérents.
Bien que tout au long de l'ouvrage de nombreuses allusions soient
faites à l'aspect social de l'agressivité dans les sociétés humaines, deux
chapitres lui sont consacrés dont un aborde plus spécialement les possi
bilités de contrôle et de limitation de la violence sociale. On comprend
toute l'importance que l'auteur accorde à cette partie car ces problèmes
sont particulièrement aigus dans la société américaine. Quant aux
solutions proposées pour limiter la violence, beaucoup les taxeront
d'utopisme et l'auteur lui-même l'admet. Mais il faut reconnaître que
certaines d'entre elles, telles qu'une meilleure assistance aux familles
afin de réduire la psychopathologie infantile ou une approche plus
comprehensive des problèmes de la drogue auraient un effet indéniable
On peut regretter que l'auteur ne développe pas en conclusion des
vues plus personnelles. Toutefois, cet ouvrage rassemble utilement de
nombreux faits épars dans la littérature. Sa lecture est donc intéres
sante principalement pour des psychologues, sociologues ou étholo-
gistes, mais aussi pour tous ceux qui sont concernés plus ou moins
directement par l'étude de l'agressivité, par exemple les juristes ou les
psychopharmacologues. Une bibliographie de plus de 600 titres dans
laquelle on peut regretter l'absence de quelques travaux français
(Laborit par exemple) ; un index des noms d'auteurs et de matières
assez détaillé en fait un bon outil de travail. On peut souhaiter qu'une
bonne traduction mette rapidement ce livre à la portée d'un public
plus large, notamment les étudiants des 1er et 2e cycles de psychologie.
G. Cave.
Janis (I. L.). — Stress and frustration. — New York, Harcourt
Brace Jovanovich, 1969, xvi-215 p.
L'auteur étudie les différentes conditions traumatisantes et leurs
effets sur l'individu. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 756
Le traumatisme dont il est question va du danger de mort immi
nent aux petits stress se répétant.
Un important réveille le souvenir refoulé de trauma-
tismes passés. Il faut distinguer les réactions suivant immédiatement
le traumatisme (stupeur, amnésie...) qu'on peut appeler « névrose
traumatique aiguë », des réactions se poursuivant sur plusieurs mois
ou plusieurs années, constituant alors ce qu'on appelle « névrose tra
umatique chronique ».
Dans la névrose traumatique aiguë on observe une tendance à
revivre le traumatisme en rêve par exemple, ce qui amènerait le sujet
à dominer une situation subie antérieurement.
L'un des symptômes majeurs de cette névrose traumatique est
constitué par des troubles du sommeil — ces troubles ont des consé
quences sur le comportement, le caractère et l'efficience intellectuelle
dues d'une part à la fatigue, d'autre part au fait que le rêve, qui remp
lit une fonction, n'a pu s'effectuer autant qu'il en était besoin du
fait du peu de sommeil.
Les bénéfices secondaires que peut retirer le sujet traumatisé
(tension...) favorisent la chronicité des troubles. L'auteur cite diffé
rentes théories à ce propos et en particulier une théorie de l'appren
tissage de la peur, une théorie plus psychodynamique, dans la lignée
de Freud, et une théorie plus cognitive, faisant appel à des facteurs
perceptifs et de compréhension. En tout cas le traumatisme vient
ébranler si ce n'est détruire la confiance en soi reposant sur un sent
iment d'invulnérabilité.
Lorsque la situation traumatisante est connue d'avance, l'élabo
ration au niveau de l'anticipation fantasmatique, favorisée par une
possibilité de connaître les conditions traumatisantes, permet une
meilleure adaptation au moment du traumatisme. La possibilité de se
désoler de cette situation est un facteur important dans l'élaboration.
Puis l'auteur envisage des conditions traumatisantes plus subtiles,
distinguant danger extérieur et danger intérieur. Il rappelle la dis
tinction de Freud entre angoisse normale et angoisse pathologique.
Toute frustration est un traumatisme provoquant agressivité et
régression, accompagnée d'une certaine désorganisation mentale.
Pour terminer l'auteur examine le traumatisme spécifique du deuil
indiquant que l'identification à l'être perdu est une des réactions
possibles.
A. Bouchart.
Izard (G. E.). — The Face of Emotion. — New York, Meredith,
1971, xii-468 p.
Cet ouvrage consacré à l'étude de l'expression faciale de l'émotion
ne prétend pas être un traité. C'est une élaboration méthodologique
pour une étude exhaustive. Les comparaisons homme-animal et entre PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 757
hommes de diverses cultures qu'on y trouve ont donc surtout valeur
indicative.
On est heureux de constater que, dans ce domaine que l'auteur de
l'étude trouve beaucoup trop peu exploré, une contribution importante
provient du travail d'un chercheur français : A. Lévy-Schoen, L'image
d'autrui chez Venjant.
L'ouvrage se termine sur un appel à des applications à des thérapies
susceptibles d'avoir une action au niveau des relations interindividuelles
mais aussi inter-groupes.
R. A. V. Mallet.
Zetzel (E. R.). — The Capacity for Emotional growth. — New
York, International Universities Press, 1970, 316 p.
Cet ouvrage qui est essentiellement un rassemblement d'articles
et communications présentés de 1943 à 1969 est l'œuvre d'une psycha
nalyste devenue psychiatre.
Le livre est divisé en deux parties. La première, fruit d'une expé
rience de psychiatrie militaire, nous dit tout l'intérêt de la formation
analytique pour le psychiatre, même pour celui qui s'adresse à des
patients ne relevant pas d'une thérapie analytique. Il est amené à
mieux comprendre malades et maladies, ce qui agit sur l'efficacité de son
intervention.
La deuxième partie, basée sur une expérience de sélection de patients
pour des analyses de contrôle, nous présente des réflexions sur l'apport
de la psychanalyse à l'élaboration de la notion de santé mentale.
R. A. V. Mallet.
Matisson (M. D.), et une équipe pluridisciplinaire. — Images des
psychologues-cliniciens. — Paris, Editions Universitaires, « Encyc
lopédie universitaire », 1971, 308 p.
Le titre de cet ouvrage illustre parfaitement son contenu. Ecrit
par une équipe de 26 personnes comprenant : psychologues, assistante
sociale, éducateurs, institutrice et médecin, présente d'innombrables
facettes concernant le psychologue et, plus particulièrement, le psychol
ogue-clinicien. Ce sont des analyses successives et qui sont volontaire
ment indépendantes les unes des autres, qui donnent différentes images
du psychologue : le psychologue vu à travers les textes officiels, à travers
la presse, à travers la littérature. Le psychologue, sa définition, ce
qu'on attend de lui et ce que lui est prêt à donner, sont présentés au
moyen d'interviews, de questionnaires, qui mettent en mouvement
tout l'environnement du psychologue. Les auteurs se sont adressés aux
plus proches collaborateurs du psychologue : médecin, médecin-
psychiatre, psychanalyste, assistante sociale, éducateur, pour leur
demander quelle est leur image du psychologue. Les employeurs du
psychologue sont également consultés, employeurs dans le sens habituel 758 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
du terme : directeur d'établissement et employeur dans le sens de celui
qui a recours au psychologue : parent, enseignant. Seuls les enfants,
considérés comme les « clients » majeurs du psychologue, n'ont pas été
consultés.
L'ensemble de ce livre forme une documentation très remarquable
concernant le problème du psychologue-clinicien en France et en
Europe, de nos jours. Différents problèmes sont analysés : le statut ou
l'absence de statut, la situation et la formation universitaire et para-
universitaire, la législation, la déontologie, les différents secteurs où le
psychologue qualifié ou non de clinicien intervient.
Il est impossible de résumer l'ensemble des données qui se dégagent
de cet ouvrage collectif fort riche, rappelons simplement que le psychol
ogue-clinicien, à la suite de ce minutieux travail d'analyse, apparaît
comme fort difficile à définir. Il se caractérise par son ambivalence
concernant son travail, il ne veut ni tester, ni soigner, il a peur de
s'affirmer comme thérapeute et désire en même temps être partie pre
nante dans le traitement de tout individu qui souffre ; on lui attribue
des fonctions d'orientation, de sélection, d'aide à la communication,
de spécialiste de groupe, fonctions qu'il refuse en partie. On peut noter
qu'à travers tous ces interviews et questionnaires auxquels ont procédé
les auteurs, il s'avère que la plupart de ceux qui répondent projettent
dans leur réponse l'image idéale du psychologue alimentée par leur
propre désir plus que par le constat d'une réalité objective. Le psycho
logue, plus que le public ne le fait, semble-t-il, se cherche avec anxiété,
parfois culpabilité ou au contraire, mais cela revient au même, s'affirme
avec une prestance trop sûre pour être authentique.
La polyvalence de cet ouvrage en fait un instrument de travail
pour les psychologues eux-mêmes et pour tous ceux qui, de près ou de
loin, ont à croiser le psychologue sur leur route.
M. Monod.
Rifflet-Lemaire (A.). — Jacques Lacan. — Bruxelles, Dessart,
1970, 419 p.
Mme dans son introduction indique quels sont les
buts et les perspectives de ce livre :
« Cet ouvrage répond à un souhait qui nous fut souvent exprimé.
Celui de voir facilitée l'approche du lacanisme par une somme des idées
fondamentales qui le constituent, par un texte visant à organiser cla
irement un courant de pensée très complexe. Complexe du fait de l'i
mportance de l'apport lacanien mais aussi des connaissances préalables
qu'il exige, connaissances qui le sous- tendent constamment et qui
émanent du structuralisme, de la linguistique et de l'anthropologie. »
En fait, ce sont essentiellement les rapports du sujet au langage
de la pensée lacanienne qui sont ici abordés. Dans un premier temps,
l'auteur situe avec beaucoup de clarté et de concision les différentes PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PSYCHOPATHOLOGIE 759
théories linguistiques (elle résume en particulier les grands axes de la
réflexion de de Saussure, de Bloomfield, de Martinet, de Benveniste,
de Jakobson, et de Chomsky), puis elle indique quels emprunts Lacan
a fait à la linguistique et comment il les a intégrés à une « philosophie
du langage » qui lui est propre et d'où découlent ses conceptions de
l'inconscient et de la cure analytique.
Si cet ouvrage est particulièrement éclairant de son étude des rap
ports inconscient - langage et langage - constitution du sujet, il semble
dans sa conception même paradoxal.
Comment en effet concilier un travail qui serait explicatif d'un dis
cours, réorganisation d'idées, avec la pensée même de Lacan.
« Ce que cette structure de la chaîne signifiante découvre, c'est cette
possibilité que j'ai, justement dans la mesure où sa langue m'est
commune avec d'autres sujets, c'est-à-dire où cette langue existe de
m'en servir pour signifier tout autre chose que ce qu'elle dit. Fonction
plus digne d'être soulevée dans la parole que celle de déguiser la pensée
(le plus souvent indéfinissable) du sujet : à savoir celle d'indiquer la
place de ce sujet dans la recherche du vrai. »
Dès lors ce n'est pas dans une explication des idées contenues dans
un discours que réside le sens de ce discours car « tout discours s'avère
s'aligner sur les plusieurs portées d'une partition ». Un discours et
plus particulièrement le discours analytique n'est pas à expliquer ni
même à comprendre mais bien à entendre « sans que l'esprit ait le moins
du monde à s'en mêler ».
Que représente chez l'auteur cette volonté d'épingler les concepts
en une signification alors que Lacan enseigne qu'il faut se déprendre
« de l'illusion que le signifiant répond à la fonction de représenter le
signifié, disons mieux : que le signifiant ait à répondre de son existence
au titre de quelque signification que ce soit ». Signifiant et signifié
sont deux ordres séparés par une barre résistant à la signification et
c'est bien dans la chaîne signifiante que le sens insiste : « Et dès lors
tenter de cerner la signification d'un signifiant est une méconnaissance
de la pensée lacanienne. Quel est le sens de cette étude qui se veut
capture d'un discours analytique au risque de le figer et de le perdre
là où il faut s'y laisser prendre afin de mieux l'entendre, quelle confu
sion y persiste entre « vérité de » et « savoir sûr » ? »
La valeur de cet ouvrage n'est pas dans l'explication tentée de la
pensée lacanienne mais celle de toute réflexion sur l'inconscient c'est
d'être un autre discours sur l'inconscient.
B. Ritter.
Girard (C). — Ernest Jones, sa vie, son œuvre. — Paris, Payot,
1972, 438 p.
Ce petit ouvrage situe une œuvre capitale en l'entourant d'un
grand nombre d'anecdotes. Il doit être connu de tous ceux qui s'inté-

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