Psychologie clinique et tests - compte-rendu ; n°1 ; vol.56, pg 288-300

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L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 1 - Pages 288-300
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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G. Engels
N. Rausch de Traubenberg
E. Valin
VIII. Psychologie clinique et tests
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 288-300.
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Engels G., Rausch de Traubenberg N., Valin E. VIII. Psychologie clinique et tests. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1.
pp. 288-300.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_1_8870VIII. — Psychologie clinique et tests
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Dans la plupart des travaux sur le diagnostic de l'organicité, les
auteurs reprennent, afin d'éprouver et de discuter leur validité, des
techniques déjà utilisées précédemment : l'analyse du scatter donné par
le Wechsler Bellevue, des tests psychophysiologiques, des techniques
projectives comme le Rorsehach, ou encore, des épreuves mettant en jeu
une aptitude particulière qui semble spécialement perturbée dans les
atteintes organiques, telle que l'orientation spatiale et la pensée concept
uelle. Malgré l'absence de travaux vraiment concluants, quelques faits
nouveaux permettent cependant de cerner le problème de plus en plus
près.
Les recherches, sur le Wechsler Bellevue ne semblent pas apporter
de vues très neuves. C'est le cas de celle de Daumezon et Moor qui
font remarquer, dans une brève étude, que la notion de détérioration
mentale n'implique qu'une baisse d'efficience sans possibilité d'inférence
étiologique. En fait, c'est plutôt une critique du Wechsler en tant qu'in
strument de diagnostic, qu'une critique de la notion de détérioration. En
effet, ils montrent par des exemples concrets les erreurs possibles
qu'amène l'étude purement quantitative des scatters et insistent sur la
nécessité d'une étude qualitative du comportement du malade.
Jackson s'attache également à l'étude de la détérioration mentale
et passe en revue une série de travaux, d'où il ressort que l'indice de
détérioration basé sur les scores pondérés n'est pas valable, mais que les
scores de vocabulaire et d'information fournissent la meilleure base pour
l'analyse d'un scatter. Il décrit une technique dans laquelle les scores
d'un sujet sont comparés à la moyenne des scores pour le groupe d'âge
équivalent, ce qui donnerait une évaluation plus sensible de la baisse
d'efficience à un sous-test donné et permettrait un diagnostic différentiel
plus sûr.
La valeur diagnostique de l'échelle de Wechsler pour enfants est
étudiée par Beck et Lam chez 104 enfants présentant un retard
scolaire et des troubles du caractère, et dont le Q. I. global est égal ou
inférieur à 80. Des données psychologiques et un examen neurologique
A. l'SYCHOL. 56 19 290 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ont permis de les séparer en 3 groupes : un groupe d'organiques sûrs,
un groupe suspect d'organicité, et un groupe sans atteinte organique.
Les A. retrouvent les résultats de Wechsler en ce sens que, pour les
deux premiers groupes, le Q. I. de performance est significativement
inférieur au Q. I. verbal, tandis que, pour les déficients mentaux sans
atteinte organique, le Q. I. verbal est inférieur au Q. I. de performance.
Dans l'ensemble, les chances d'organicité augmentent quand le Q. I.
descend au-dessous de la limite de la débilité (70-80 au WISC). Mais les A.
ne trouvent qu'un seul cas présentant le scatter caractéristique d'organ
icité décrit par Wechsler.
Les résultats trouvés par Rafi, utilisant sur 80 adultes la batterie
pour enfants à traumatismes cérébraux de Strauss-Lehtinen, ne sont
guère plus encourageants. La réussite à ce genre de test est très dépen
dante de l'efficience intellectuelle générale. En effet, cette batterie diff
érencie bien les déficients intellectuels des sujets à intelligence normale,
ainsi que les organiques des sujets sans atteintes organiques et dont
l'intelligence est normale ; mais elle échoue dans la discrimination des
organiques et des déficients mentaux non organiques, malgré ce que les
résultats de Strauss et Lehtinen sur les débiles exogènes et endogènes
avaient laissé espérer.
La détérioration intellectuelle chez les adolescents est étudiée d'un
point de vue très nouveau par Lovell, qui constitue plusieurs groupes
de jeunes gens en se basant sur le caractère stimulant ou non stimulant
de leur milieu scolaire, professionnel et familial. Il leur applique une série
de tests qui ont pour but, entre autres, d'étudier la pensée conceptuelle.
Les résultats des différents groupes sont comparés et traités par l'analyse
factorielle. L'A. découvre ainsi un nouveau facteur de « catégorisation »
(facteur C), qui mesure la capacité de groupe des objets ou des idées en
fonction d'un critère, et de changer de critère. Lovell trouve une corré
lation hautement positive entre le facteur « milieu stimulant » et le
facteur G, et en conclut que le comportement du groupe non stimulé est
fort comparable à celui des malades organiques à lésion cérébrale de
Goldstein, en ce sens qu'ils sont incapables de classer des objets en caté
gorie aussi bien que les sujets issus d'un milieu stimulant. Il semble que
ce fait soit à retenir dans l'établissement d'un diagnostic d'organicité.
Une approche différente est réalisée par Kahn qui reprend avec
30 malades à lésion cérébrale et un groupe de sujets de contrôle une
étude qu'il avait faite précédemment. Il leur applique un test d'arrange
ment d'objets, variables quant à la couleur, la taille, l'épaisseur, la
forme et représentant des symboles courants. Il obtient ainsi un score
très discriminatif permettant de différencier 92 % à 100 % des orga
niques de tous les non organiques. Ces résultats sont tout à fait compar
ables à ceux de sa première expérience.
La méthode psychophysiologique est illustrée par le travail de
Stauffacker, Marks et Àx, qui reprennent la technique du flicker dans
le but de vérifier si le changement de la fréquence critique de fusion fcSYCHOLOGÎE CLINIQUE ET TESTS 291
chez les organiques n'est pas la conséquence d'une altération de la taille
de la pupille. Les A. comparent les résultats de 21 malades à lésion céré
brale et de 21 malades psychiatriques sans lésion, en faisant varier la
présentation du stimulus : présentation binoculaire habituelle, présen*
tation monoculaire, soit simple, soit à travers un écran percé d'un trou
d'épingle. Les résultats indiquent que c'est la vision binoculaire habi
tuelle qui donne la différence la plus significative entre les deux groupes,
mais la vision à travers l'écran les différencie encore, bien qu'à un degré
moindre. Les changements observés dans la fréquence critique de fusion
ne peuvent donc pas être expliqués en fonction de variations de la taille
de la pupille.
Encore dans le domaine psychophysiologique, l'étude de Price et
Deabler semble être d'un apport plus original. Ils empruntent la
technique de Freeman et Josey pour étudier le rapport de l'effet consé
cutif à la vision d'un mouvement en spirale et de l'organicité. L'appareil
consiste en un disque blanc, vertical, sur lequel est collée une spirale
noire ; un moteur imprime un mouvement de rotation à ce disque, soit
dans un sens, soit dans l'autre. Quand ce mouvement s'arrête, le sujet
normal perçoit nettement un effet consécutif à ce mouvement, effet
d'expansion ou de contraction du mouvement selon le sens de la rotation
du disque. Les A. comparent 3 groupes de sujets, formés de 40 normaux,
40 sujets psychiatriques et 120 sujets à atteintes corticales variées. Des
consignes très strictes ont été appliquées, ainsi que de grandes précaut
ions pour ne pas suggérer ou structurer la perception des sujets. Les
sujets normaux et psychiatriques donnent les mêmes résultats, par
contre les organiques sont différenciés des autres sujets à un degré de
confiance tel (P = .001) qu'un diagnostic différentiel individuel est
autorisé. Il n'y a pas encore d'explication psychophysiologique claire de
cette perception du mouvement apparent. Les A. se contentent de citer
des hypothèses : pour Saucer, la perception du mouvement apparent
mettrait en jeu un niveau d'intégration très élevé dans le système ner
veux central et des processus de synthèse qui seraient perturbés ou
annihilés par les atteintes cérébrales. Pour Shapiro, la perception du
mouvement apparent serait liée à une irradiation de l'excitation ; chez
les organiques, il y aurait une exagération des processus d'inhibition qui
rendrait cette perception impossible. Malgré le manque d'explication
adéquate du phénomène, les résultats pratiques semblent justifier
l'utilisation de cette technique dans le diagnostic de l'organicité.
D'autres auteurs ont abordé le problème de l'organicité plus parti
culièrement sous l'aspect du rapport des déficiences psychologiques et de
la localisation des lésions. Ainsi, Semmes, Weinstein, Ghent et Teuber
ont étudié les troubles de l'orientation spatiale chez 62 sujets ayant des
atteintes corticales diversement localisées, et chez 17 sujets de contrôle.
Pour cela, ils ont imaginé un test d'orientation spatiale permettant de
comparer d'une manière objective des comportements visuels, tactiles et
moteurs. Les résultats sont analysés en fonction du lobe cérébral trau- 292 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
matisé, du côté de la lésion, et de son caractère uni- ou bilatéral. La
réussite à ce test n'est pas également affectée par les différentes local
isations de la lésion. Seul le groupe de sujets à lésion pariétale a des
résultats significativement inférieurs au groupe de contrôle. C'est donc
l'intégrité du lobe pariétal qui est mise en jeu ici, ce qui est en accord
avec la localisation classique du syndrome de désorganisation spatiale.
De plus, les A. ont étudié la nature de ces troubles, et constatent que les
différences attribuables au mode de perception, visuelle ou tactile, ne
sont pas significatives. Ces intéressants résultats ne confirment pas
l'hypothèse, souvent énoncée dans la littérature, selon laquelle les
troubles de l'orientation spatiale refléteraient des perturbations à un
niveau fonctionnel spécifiquement visuel. Au contraire, le fait que le
stimulus soit présenté comme visuel ou tactile semble avoir peu d'impor
tance. En outre, les A. ont constaté que les erreurs au cours du test
n'étaient pas dues à des troubles moteurs ou de locomotion, et concluent
que la désorganisation spatiale n'étant spécifique ni du mode de per
ception ni des fonctions executives, elle ne devrait pas être décrite comme
une agnosie ou une apraxie.
Un autre travail apportant des vues d'une précision très appréciable
sur les corrélations entre certaines caractéristiques psychologiques telles
qu'elles apparaissent aux tests et la localisation des lésions est celui de
Morrow et Mark. Ces A. ont pu déterminer l'effet de certaines lésions
cérébrales sur l'activité intellectuelle mesurée par le Wechsler Bellevue.
La nature, l'étendue et la localisation de ces lésions ont pu être précisées
par l'autopsie de 22 malades morts de leurs atteintes cérébrales. Ces
malades avaient passé la forme II du Wechsler au cours de leur hospital
isation, et leurs résultats ont pu être comparés à ceux d'un groupe de
contrôle composé de 22 malades psychiatriques. Les résultats principaux
sont les suivants : il existe au Wechsler Bellevue un scatter typique pour
les atteintes structurales massives, scatter caractérisé par des scores
significativement faibles au Code, aux Cubes de Kohs, à la Mémoire des
chiffres, à l'Arithmétique et aux Similitudes. De plus, les malades
atteints de lésions cérébrales ont un Q. I. global et un Q. I. de perfo
rmance significativement inférieurs à ceux qui n'ont pas de lésion ;
d'autre part, les scores de l'Information, de la Compréhension et du Voca
bulaire semblent justifier l'emploi de ces sous-tests dans l'évaluation du
niveau intellectuel antérieur à la maladie. Les A. n'ont pas trouvé de
différence significative entre les résultats des malades à lésion focale ou
diffuse. Ceux dont les lésions sont situées dans l'hémisphère dominant
(gauche dans tous les cas) ont un Q. I. verbal et un Q. I. de performance
significativement bas, tandis que, chez ceux qui ont des lésions bilatérales,
on ne constate qu'une baisse du Q. I. de performance. Les A. se basent
sur le détail de ces résultats pour soulever et discuter le problème de
l'aphasie. De plus, les malades dont les lésions sont situées en avant de la
scissure de Rolando ont un déficit intellectuel bien moindre que ceux
dont les lésions sont post-rolandiques. Ces derniers résultats sont incom- PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET TESTS 293
patibles avec les théories qui mettent l'accent sur le rôle prééminent des
lobes frontaux dans le fonctionnement intellectuel. Le petit nombre de
cas, pour chaque catégorie de lésion, ne permet pas de généralisation très
poussée. Mais, dans l'ensemble, les scatters obtenus semblent confirmer
la plupart des études sur le même sujet.
Contrairement à Halstead dont il reprend les travaux, Reitan
abandonne toute hypothèse sur la localisation et l'étendue des lésions.
Halstead avait comparé 3 groupes de sujets : des malades organiques à
lésion frontale, des malades organiques sans lésion frontale, et un
groupe de sujets de contrôle non organiques, alors que Reitan n'en
utilise que deux : un groupe de 50 malades organiques dont les lésions
sont hétérogènes par le type, la localisation et l'importance, assortis à un
groupe de contrôle de 50 malades psychiatriques non organiques, sous les
rapports de l'âge, la couleur, le sexe et l'éducation. Il applique à ces deux
groupes la batterie d'Halstead et compare leurs résultats à 10 tests dis-
criminatifs, et, par rapport à l'index de perturbation de Halstead
calculé à partir de ces tests. Chacune de ces mesures différencie les deux
groupes d'une manière encore plus significative que ne l'avaient fait les
résultats originaux de Halstead, à l'exception de deux tests, basés sur la
fréquence critique de fusion. Pour ces deux tests, Halstead n'avait pas
non plus trouvé de différence entre les organiques et le groupe de
contrôle, par contre il en avait trouvé une en comparant ses malades à
lésion frontale aux deux autres groupes. Reitan n'a pas pu vérifier ce
fait, mais conclut néanmoins que la batterie de Halstead est suffisam
ment sensible à l'organicité pour permettre une étude objective des rela
tions entre les fonctions cérébrales et le comportement, à condition toutef
ois, semble-t-il, de ne pas faire d'hypothèse sur la localisation des lésions.
Dans une deuxième recherche, Reitan compare les résultats au
Rorschach des deux mêmes groupes de malades et tente une analyse de
leurs protocoles afin de caractériser et différencier ces groupes. Il constate
d'abord que les variables quantitatives du Rorschach, supposées en
relation avec les fonctions, soit intellectuelles, soit affectives, sont cons
idérablement réduites chez les organiques. Il semble donc que les lésions
cérébrales provoquent des troubles de l'expression spontanée, aussi bien
sur le plan intellectuel qu'affectif. L'A. étudie ensuite la validité des
différents signes d'organicité, selon les systèmes de Piotrowski d'une
part, d'Aïta, Reitan et Ruth d'autre part. Dans les deux systèmes, la
fréquence totale des signes différencie les deux groupes significativement.
Cependant, les distributions se recouvrent très largement. Elles ne cons
tituent donc pas une base pour une discrimination parfaite de ces
groupes et n'autorisent en aucun cas un diagnostic individuel, même
entre les mains d'un examinateur très expérimenté. En comparant ces
résultats à ceux de l'étude précédente, Reitan conclut que l'index de
perturbation de Halstead, ainsi que ses 8 tests discriminatifs, diff
érencient les groupes à un degré de confiance bien meilleur que ne le fait
le Rorschach. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 294
Le problème de la valeur diagnostique du Rorschach est repris par
Fisher, Gonda et Little, qui comparent les systèmes de Piotrowski,
de Hughes, de Ross et Ross et de Kral et Dörken. Les A. opèrent sur un
échantillon de 118 malades qui ont été séparés en deux groupes : 84 orga
niques et 34 non organiques, au moyen d'examens neurologiques et de
laboratoire très complets, et sur la base des jugements combinés de
deux neurologues. Un critère d'organicité a pu être constitué ainsi, dont
on a pu mesurer la validité. La comparaison avec ce critère des résultats
au Rorschach, évalués selon les différents systèmes de signes, montre
qu'aucune conclusion ne peut être tirée des diagnostics faits selon les
systèmes de Piobrowski et de Hughes dans le cas de diagnostics négatifs
d'organicité, car ces deux systèmes conduisent à diagnostiquer comme
non organiques 62 % des cas d'organiques. Par contre, lorsqu'il s'agit de
diagnostics positifs d'organicité, ces systèmes font preuve d'un degré
d'exactitude très appréciable, le système de Piobrowski ne donnant
que 6 % de diagnostics positifs erronés, le système de Hughes, 9 %.
Le système de Ross et Ross est légèrement moins exact, et les résultats
fournis par celui de Kral et Dörken peuvent être expliquées par le seul
hasard. En définitive, un niveau de validité comparable à celui obtenu
dans des travaux précédents n'a été retrouvé que pour un seul des
quatre systèmes : celui de Piotrowski.
Opérant sur le même groupe de malades, les A. ont étudié la
validité de différentes techniques neurologiques et de celle du Rorschach,
évalué d'après le système de Piotrowski. Ils se sont livrés à une analyse
minutieuse de la valeur des diagnostics positifs et négatifs de méthodes
telles que l'E. E. G., la ponction lombaire, l'encéphalographie gazeuse
et l'examen neurologique. Il en ressort que le Rorschach permet un
diagnostic d'une exactitude tout à fait comparable à celui des méthodes
neurologiques, et qu'en tant qu'instrument isolé, le Rorschach serait
même supérieur, d'après l'opinion des A., à la meilleure des techniques
neurologiques prise isolément.
Malgré l'intérêt inégal de tous ces travaux, et certains désaccords
dans leurs conclusions, il semble que l'effort de leurs auteurs pour préciser
la portée et l'efficacité des tests dans le diagnostic de l'organicité soit
justifié tant par la valeur pratique de certains de leurs résultats que par
l'intérêt théorique du problème.
G. E.
GALLAGHER (J. J.). — Normality and projective techniques (La
normalité et les techniques projectives ) . — J. abn. soc. Psychol.,
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« Normal » au Rorschach). — J. consult. Psychol., 1954, 18, 259-265,
C'est un cri d'alarme que jette Gallagher, qui rend la psychologie
clinique responsable des difficultés d'appréciation de l'individu normal;
Cette norme peut être psychométrique ou psychanalytique, ce qui ne PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET TESTS 295
fait qu'augmenter la confusion. S'approcher de la moyenne du groupe
quand le groupe est caractérisé par une certaine névrose est absurde,
tendre à la maturité émotionnelle et à un état mental idéal signifie
émettre un jugement de valeur, jugement qui peut nous entraîner assez
loin de la norme. Une troisième position semble plus acceptable, position
« idiodynamique » qui recherche l'adaptation normale en fonction de ses
propres besoins et du potentiel de l'individu.
Les reproches que fait l'A. aux techniques projectives, plutôt aux
recherches qui les ont utilisées, sont de deux sortes : l'absence d'étude
spécialement dirigée vers la compréhension de l'individu normal et
l'utilisation de concepts erronés de ce qu'est le sujet normal. Le premier
de ces reproches ne nous paraît pas entièrement justifié ; en ce qui
concerne l'Europe, en tout cas des dernières années, les études italiennes
et suisses sont des tentatives assez sérieuses de vérifier le caractère
normal de l'apparition des facteurs du Rorschach. Par contre, la défini
tion de l'individu « normal » prête bien entendu à des controverses
nombreuses que nous ne ferons qu'indiquer ici. Est « normal », dans
certaines recherches, l'individu qui ne subit pas de traitement psychiat
rique, qui ne rentre dans aucun groupe pathologique. Pour d'autres,
c'est celui qui ne présente pas de traits qui caractérisent les anormaux et
enfin c'est l'individu qui, comparé à un groupe précis, âge, sexe et
profession, est jugé avoir un équilibre affectif s'il appartient statist
iquement à ce groupe. Rosenzweig, Machover, McReynolds et Beck sont
accusés d'avoir mal défini le « normal » qu'ils ont voulu étudier par com
paraison avec le malade. Dans tous ces travaux, l'adaptation sociale ou
l'absence de troubles du comportement est la caractéristique essentielle
du « normal » : les productions de TAT n'en comportent pas moins des
traits névrotiques suffisamment prononcés pour tromper les psycho
logues analysant ces TAT à l'aveugle. Ceci, en fait, n'a rien d'étonnant,
quoique scandalisant l'A. : une épreuve projective n'est pas un test
d'efficience et il n'y a aucun sens à l'utiliser à l'aveugle.
Toutes ces critiques, même quand elles sont valables, ne nous
apportent pas de solution et, à ce titre, elles ne nous paraissent pas très
constructives, mais nous forcent à réfléchir sur ce sujet.
Ces réflexions nous poussent à tenir compte des études faites sur
toutes sortes de groupes de sujets normaux, même si ce caractère « nor
mal » n'est qu'une absence de traits névrotiques, mais en les interprétant
avec prudence, étant donné le manque d'objectivité des facteurs mêmes
des épreuves projectives. L'expérience clinique de différents psychol
ogues, comme la nôtre, nous interdit de considérer l'adaptation d'une
manière absolue, donc de la mesurer, mais nous invite à confronter les
efforts d'adaptation d'un individu donné aux prises avec ses problèmes,
que ceux-ci viennent de lui-même ou du milieu ambiant. Il est certes plus
aisé d'identifier des traits nettement pathologiques que de définir le
degré d'intégration d'une personnalité et son équilibre. C'est ce dernier
point qui nous paraît pourtant le plus intéressant et le plus utile et qui ne 296 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
peut être élucidé que si l'on a une certaine connaissance des conditions
dans lesquelles l'individu donné s'est développé et les difficultés qu'il a eu
à résoudre. Ces difficultés et ces conditions sont une réalité objective dont
il est indispensable de tenir compte dans l'appréciation du caractère
« normal » des réactions d'un individu.
N. R. T.
Rorschach :
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La Société internationale Rorschach a tenu à marquer les 70 ans qui
se sont écoulés depuis la naissance de Hermann Rorschach par la publi
cation de quelques notes de W. Morgenthaler sur les conditions de
parution du Psychodiagnostic. Ces pages nous montrent en Rorschach un
homme irritable, travailleur et surtout très modeste. Il ne voulait à
aucun prix du titre Psychodiagnostic et ne proposait que celui de Dia
gnostic de perception. Il s'en est fallu de peu du reste qu'un autre de ses
travaux fut publié à la place du Psychodiagnostic, car tous ses efforts
avant 1915 allaient à l'étude des sectes religieuses et les taches d'encre
étaient reléguées au rang de jeux. Ce tableau vivant de Morgenthaler est
complété par celui, plus systématique, de M. Minkowski, présenté à
la réunion spéciale de la Société de Psychiatrie et de Neurologie
de Zurich. Rappelant les travaux psychiatriques de Rorschach, il
insiste surtout sur la richesse de sa personnalité, la variété de ses intérêts
et de ses intuitions alors que E. Minkowski envoie de Paris à cette
même société un hommage particulièrement chaleureux et affectueux.
Son admiration et celle de F. Minkowska vont, entre autres, à cette
attitude modeste et large de Rorschach qui laissait les portes ouvertes
aux recherches et disait facilement : « Nous ne savons pas. »
A cet anniversaire correspond la publication de Rorschachiana IV,
qui groupe les communications et résumés de rapports du IIe Congrès
international de Rorschach, tenu à Berne en septembre 1952. Nous
aurions voulu pouvoir y trouver ces recherches qui permettent de juger
de la maturité et de l'envergure des psychologues dans quelque matière
que ce soit. En fait, les délégués nationaux avaient à se prononcer sur des
questions administratives importantes qui seraient responsables, selon

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