Psychologie de l'enfance et Pédagogie - compte-rendu ; n°1 ; vol.73, pg 365-373

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L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 1 - Pages 365-373
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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Psychologie de l'enfance et Pédagogie
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°1. pp. 365-373.
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Psychologie de l'enfance et Pédagogie. In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°1. pp. 365-373.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_1_27990Psychologie de l'enfant et pédagogie
Hill (J. P.) (édit.). — Minnesota Symposia on Child Psychology
(Symposium sur la psychologie de l'enfant). — Vol. 3, Minneapolis,
The University of Minnesota Press, 1969, x + 164 p.
Cet ouvrage, qui rend compte d'une partie des travaux du Sympos
ium de Psychologie de l'Enfant qui s'est tenu en 1969, comporte
cinq parties.
L'intervention de Cantor porte sur les effets de la familiarisation
avec un stimulus sur le comportement de l'enfant. D'une revue de
questions concernant les travaux portant sur la variable habituation
à un stimulus, quelques conclusions sont tirées : en laboratoire, avec
des expériences nécessairement brèves, on obtient des modifications du
comportement des enfants après habituation. De tels effets devraient
donc être beaucoup plus massifs dans les faits de vie quotidienne, où
l'habituation a le temps de s'établir plus solidement. La préférence des
enfants semble aller vers des stimulus non familiers, mais les résultats
ne sont pas univoques. Des variables dont l'effet devrait être testé sont
suggérées par l'auteur : âge, degré de familiarisation, niveau de complexité
du stimulus, nature des affects attachés au stimulus, etc. Donner des
stimulations identiques (phénomène de monotonie) peut améliorer la
performance dans des tâches faciles, sans compétition, mais en va-t-il
de même dans les autres cas ? La conclusion de l'auteur donne de l'évo
lution du comportement avec l'âge une interprétation sans doute un
peu hardie : peut-être, dit-il, si les enfants plus âgés répondent autre
ment que les plus jeunes aux mêmes situations de la vie quotidienne,
est-ce tout simplement parce que cela fait plus longtemps qu'ils y
répondent.
V. H. Dennenberg étudie les effets du milieu dans la première
enfance de cinq espèces de mammifères : la souris, le rat, le chien, le
singe et l'homme, dans des domaines aussi variés que le comportement
sexuel, l'agressivité, la résolution de problèmes, etc. D'une étude compar
ative des expériences de chaque espèce, et entre elles, l'auteur dégage
quelques principes dont les applications pour l'homme semblent nettes :
1° Des caractéristiques basées sur l'hérédité peuvent être modifiées
par les expériences précoces.
2° Les précoces ont des conséquences à long terme. 366 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
3° Elles sont une des causes principales des différences individuelles.
4° Leurs effets sont multiples.
5° L'âge auquel les sujets reçoivent les stimulations est très important.
Chacun de ces principes est appuyé par des références à des travaux
expérimentaux, mais cette référence reste allusive ; l'auteur conclut
en signalant sa « forte conviction personnelle », basée sur de nombreux
faits relevés chez l'animal, que la première enfance de l'homme a éga
lement de très profondes répercussions sur son comportement ultérieur,
et suggère une collaboration poussée entre les chercheurs en psychologie
du développement humain et animal sur les effets de l'enrichissement
du milieu.
W. E. Jeffrey, comme l'auteur précédent, traite de l'effet des expé
riences précoces, mais concentre ses travaux sur les effets de la stimula
tion sur le développement perceptif et cognitif de l'enfant. Concernant
le développement perceptif, l'auteur conclut que :
a) L'attention de l'enfant est contrôlée par des stimulations externes
et internes ;
b) Les stimulus sont inégalement contraignants ou frappants ;
c) La répétition des stimulus, ou leur présence constante, réduit la
probabilité pour le sujet de prêter attention à autre chose que les st
imulus les plus forts ;
d) Le niveau d'habituation est fonction d'un certain nombre de
paramètres liés aux stimulus, à l'expérience passée et à l'âge.
L'auteur étudie le comportement d'exploration d'un stimulus, sa
diminution avec l'habituation et son relatif accroissement après appar
ition d'un autre stimulus. Le développement de l'abstraction, le rôle
du langage dans le développement cognitif, et la conservation sont
l'objet de très rapides revues de travaux antérieurs, qui couvrent un
champ extrêmement vaste. La conclusion de l'auteur est également
très générale : il faut mettre l'accent sur l'intérêt qu'il y a à considérer
l'organisme humain comme un système continuellement actif. Les
facteurs innés et internes du développement interagissent avec les
stimulations extérieures, pour déterminer la direction que prendront
ces activités.
Eleanor Maccoby étudie le du comportement de
sélection des stimulus. Elle conclut qu'avec l'âge les perceptions des
enfants sont de plus en plus organisées par des patterns de recherche
en relation avec les patterns de comportement du sujet.
M. et C. Shérif s'attachent aux attitudes et comportements des
adolescents dans leurs références à des groupes de différentes apparte
nances socio-culturelles. L'étude portant sur les groupes naturels, ce
concept est défini comme groupe humain, correspondant à un nombre
défini d'individus, qui s'est formé avec le temps, par le jeu d'interactions PSYCHOLOGIE DE L'ENFANT ET PÉDAGOGIE 367
volontaires et involontaires ; en opposition aux « petits groupes » habi
tuellement étudiés en laboratoire. Il s'agit de groupes de référence pour
l'individu. Les relations de l'individu à ces sont étudiées expé
rimentalement. Les auteurs concluent à la nécessité d'envisager à la
fois l'aspect psychologique et l'aspect socio-culturel de telles relations.
C'est le groupe naturel particulier que constitue la constellation
familiale qui est étudié par B. Sutter-Smith et B. G. Rosenberg. Les
interactions parents-enfants et les interactions à l'intérieur de la fra
trie sont analysées en référence à la littérature et par les travaux per
sonnels des auteurs (sans que ces travaux soient précisément présentés),
compte tenu des effets du sexe, du rang dans la fratrie, de l'espace inter-
génésique, de la constellation familiale entière. Il semble s'agir d'une
ouverture sur un champ de recherche d'interactions qui peut apporter,
selon les auteurs, de riches informations sur les faits et les théories du
développement.
F. WlNNYKAMEN.
Elkind (D.). — A sympathetic understanding of the child six to
sixteen (Une étude comprehensive de l'enfant de 6 à 16 ans). —
Boston, Allyn & Bacon, 1972, 154 p.
Elkind se donne pour objectif principal de fournir des informations
essentielles sur le développement de l'enfant au cours des années de
scolarité (6 à 16 ans) à des instituteurs. Le style est clair, jamais « tech
nique » et s'il n'avance que des faits scientifiquement prouvés, il n'expose
pas les expériences sur lesquelles ils sont fondés. L'introduction porte
sur l'observation des enfants, seuls ou en groupe. La première partie
est consacrée à l'enfant, elle traite d'une part des principaux domaines
étudiés dans le développement, de l'autre, d'une description du compor
tement des enfants âge par âge (en référence, entre autres, à Gesell).
La même structure est reprise dans la seconde partie, consacrée à
l'adolescent.
L'ouvrage n'apporte rien de nouveau à la connaissance (ce n'est
pas son propos) mais peut apporter beaucoup à la compréhension des
connaissances pour des non-spécialistes de psychologie scientifique.
Son approche à la fois développementale et descriptive des niveaux
d'âges, à la fois axée sur la psychologie de l'enfant, en tant qu'individu,
et en tant que membre de groupes sociaux, est sa principale originalité.
Une bibliographie bien commentée de 21 titres, pour beaucoup
d'entre eux très actuels, complète l'ouvrage.
F. WlNNYKAMEN.
Chiland (G.). — L'enfant de six ans et son avenir. — Paris, Presses
Universitaires de France, 1971, 415 p.
Cette thèse d'Etat est particulièrement digne d'intérêt. Elle se
présente en deux parties. La première partie est consacrée aux discus- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 368
sions méthodologiques et théoriques ; la seconde est constituée des
documents cliniques qui ont fourni la base de la première. L'ouvrage
rapporte une étude longitudinale de 66 enfants « tout-venants » suivis
de Yàge de six ans, la plupart jusqu'à leur treizième année.
Après avoir replacé son étude dans les perspectives contemporaines
de la psychiatrie de l'enfant, l'auteur confronte trois enquêtes épidémio-
logiques et précise l'intérêt d'étudier un échantillon d'enfants « tout-
venants ». Cet échantillon se compose de 66 enfants de six ans élèves
d'une école du 13e arrondissement de Paris. Deux échantillons secon
daires, l'un de 60 enfants « tout-venants », l'autre de 77 consultants
du Centre A.-Binet, ont été ultérieurement observés pour quelques
comparaisons.
Le plan d'expérience comportait, pour la première année, un examen
psychiatrique (entretien clinique), un C.A.T., un examen des fonctions
cognitives (mesure du niveau intellectuel, batterie d'épreuves de struc
turation spatio-temporelle appliquée au premier puis au troisième
trimestre), un examen à la fois qualitatif et quantitatif du langage au
début et à la fin de l'année scolaire, l'appréciation du niveau de lecture
et d'orthographe en début et en fin d'année, le recueil des remarques
faites sur les enfants par les enseignants. Les années suivantes, les
enfants furent suivis sur le plan psychiatrique, psychologique, ortho
phonique et scolaire, certains pouvant éventuellement être l'objet d'une
prise en charge thérapeutique.
L'évolution de l'enfant est étudiée en relation avec le niveau social
de la famille (logement, travail de la mère, milieu familial, etc.) et les
difficultés psychologiques quotidiennes pouvant en résulter.
Après s'être intéressé au développement cognitif de l'enfant (nature
et évolution du quotient intellectuel, intelligence mesurée et réussite
scolaire), l'auteur propose quelques considérations analytiques sur
le développement puis présente un certain nombre de tableaux cliniques
(névrose infantile, inhibition, dépression, psychose, etc.). Les problèmes
posés par la dyslexie et la dysorthographie sont également évoqués
(leur nature, leur prédiction, les perspectives psychanalytiques).
L'étude s'achève sur une mise en parallèle du niveau socio-culturel
de la famille, de la réussite scolaire et de la santé mentale en cher
chant, pour conclusion, à mettre l'accent sur l'aspect social de l'évolution
de l'enfant et des perturbations de cette évolution, sur le rôle du psy
chiatre et sur celui de l'école dans la société.
G. Coslin.
Olson (D. R.). — Cognitive development : the child's acquisition of
diagonality (Développement cognitif : Acquisition de la notion de
diagonale par l'enfant). — New York, Academic Press, 1970, 220 p.
Le titre de l'ouvrage dit d'emblée que si l'auteur consacre tout un
livre au problème apparemment très restreint de l'acquisition de la PSYCHOLOGIE DE L'ENFANT ET PÉDAGOGIE 369
notion de diagonale par le jeune enfant, c'est moins pour le considérer
en lui-même que comme exemple d'une approche du développement
cognitif dans son ensemble.
En conséquence, il est pratiquement impossible de résumer la partie
expérimentale de l'ouvrage dans laquelle, pas à pas, l'auteur met en
évidence les effets en retour des performances sur les schemes perceptifs.
Selon lui, la notion d'information contenue dans le stimulus n'a pas de
sens ; par contre, toute performance est un acte séquentiel, supposant
à chaque instant un choix entre les alternatives possibles, ce choix varie
selon la performance demandée et c'est ici qu'on peut parler d'infor
mation. Oison reprend alors, comme concept de base, la notion de
« médium » introduite par Arnheim et désignant un « domaine d'activité
performative », en général relatif à une culture donnée : à chaque
« médium » correspondent des alternatives différentes. « En accomplissant
une tâche, l'enfant ne sait pas, au départ, quelles sont les alternatives
cruciales ; ne les connaissant pas il ne sait pas où les chercher. En y
devenant sensible, soit par l'observation de ses propres productions,
soit par les conséquences de chaque étape de son activité, soit par effet
d'instructions, il apprend comment regarder pour obtenir l'information
requise » (p. 192). En conséquence, l'auteur rejette toute dichotomie
entre perception et intelligence en déclarant que c'est « l'élaboration
du monde perceptif qui survient dans le contexte d'activités perfor
matives acquises culturellement que l'on peut considérer comme le
développement de l'intelligence » (p. 193).
Le livre ne s'adresse pas seulement à ceux — chercheurs et éducat
eurs — qui sont directement concernés par les difficultés des jeunes
enfants à maîtriser l'espace. Ceux-là y trouveront une étude exhaustive
du problème. Mais, puisqu'il est assez exemplaire comme tentative de
créer une psychologie expérimentale tenant compte de l'existence du
monde réel, il intéressera tout psychologue soucieux de théorie.
M. G. Pêcheux.
Piaget (J.). — La transmission des mouvements. — Etudes d'Epis-
témologie génétique n° XXVII (avec la collaboration de J. Bliss,
M. Bovet, E. Ferreiro, M. Labarthe, A. Szeminska, G. Ver-
gnaud, T. Vergopoulo). — Paris, Presses Universitaires de France,
1972, 241 p.
Après les recherches publiées dans le précédent numéro de ces
études, l'A. cherche à vérifier un certain nombre d'hypothèses préc
édemment dégagées sur des problèmes de compréhension de la transmiss
ion d'un mouvement. En particulier, il s'attache à montrer qu'il existe
un parallélisme entre les stades du développement de la compréhension
de ces problèmes et ceux des opérations logico-mathématiques.
Au stade I, les relations de causalité dans la transmission des mou- 370 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
vements seraient comprises sur la base de l'expérience sensori-motrice
(scheme d'action). La poussée et la résistance dans la transmission
immédiate d'un mouvement par choc d'un agent contre un objet passif
peuvent être anticipées dès ce niveau, alors que la transmission médiate
n'est expliquée que sous forme d'une transmission immédiate ou d'une
succession de transmissions immédiates. Il n'y a pas de compréhension
de la direction des mouvements transmis, ni de la nécessité d'un média
teur pour la transmission d'un son entre deux diapasons. Ce stade cor
respond à la pensée préopératoire.
Au stade II apparaît la transitivité opératoire, c'est-à-dire la pro
priété la plus générale des opérations concrètes naissantes. A ce stade
la transmission immédiate du mouvement est comprise comme un jeu
de compensations entre le poids de l'agent et celui de l'objet passif,
cependant l'invariance du de reste incomprise. La trans
mission médiate commence à être comprise mais attribuée aux média
teurs du mouvement. Un début de prévision des directions apparaît.
Dans les dispositifs à blocages récursifs, il y a anticipation des blocages
médiats dans le cas où la structure d'ensemble est perceptible. De
même que commence à être saisie la transmission d'une vibration,
mais sous forme externe.
Enfin, au stade III toutes ces opérations sont maîtrisées par les
sujets. Ce stade correspond à une causalité opératoire où les relations
composables sont attribuées aux objets eux-mêmes, avec nécessité de
certains invariants.
Si la démonstration est brillante et les données empiriques suggest
ives, on peut ne pas être convaincu de ce que ces comportements
relèvent de régulations perceptives et non d'opérations intellectuelles.
En effet, l'A. ne précise guère la nature des comportements étudiés.
S'agit-il de perceptions (d'un lien causal) comme le laisseraient entendre
les premières pages, ou bien ne s'agit-il pas plutôt d'opérations intellec
tuelles basées sur des données perceptives? Dans ce cas le parallélisme
des stades deviendrait une nécessité...
C. Bonnet.
Meili Dworetski (G.). — L'image de l'homme, sa représentation
et sa réalisation chez le jeune enfant. — Neuchâtel, Delachaux &
Niestlé, 1971, 172 p.
L'étude du dessin d'enfant est un sujet classique de la psychologie.
L'auteur tente une approche nouvelle sur la base d'observations d'acti
vités préparatoires quant à la perception de la reconnaissance des traits
de la forme humaine, le sentiment du corps, l'image ou la représentation
corporelle, la prise de conscience progressive de ces éléments. Elle
montre qu'à la dictée du dessin d'un personnage, il existe un décalage
entre les réponses orales et graphiques, au bénéfice des premières pour
les dessinateurs débutants, des secondes pour les plus âgés. PSYCHOLOGIE DE L'ENFANT ET PÉDAGOGIE 371
Avec l'analyse des débuts du dessin d'une personne et de quelques
autres objets, elle détermine des lois de structuration qui organisent
la production graphique à partir du cercle et de la droite. Elle montre
également comment l'activité graphique contribue au développement
des représentations. L'auteur conclut sur la suggestion d'une étude
de l'évolution comparée du dessin d'un personnage et de celui d'autres
objets et de celle de la personnalité dans son influence sur les formes
graphiques.
J. P. Dufoyer.
Zenatti (A.). — Le développement génétique de la perception music
ale. — Paris, Centre national de la Recherche scientifique, Monog
raphies françaises de Psychologie, XVII, 1969, 110 p.
La perception musicale a fait l'objet de nombreuses approches
expérimentales dont celles de Seashore aux Etats-Unis, de Téplov en
Union soviétique, de Frances en France représentent quelques étapes
importantes. A. Zenatti y consacre à son tour un ouvrage qui présente
de façon synthétique les principaux résultats de sa thèse sur la perception
et l'intelligence musicales chez l'enfant. Dans cette étude précise et
détaillée, elle situe le développement génétique des mécanismes per
ceptifs particuliers au domaine musical par rapport à des cadres théo
riques de portée plus générale empruntés à des tendances récentes de
la psychologie.
L'évolution génétique de la perception musicale s'explique d'abord
par celle de conduites plus fondamentales (différenciation, identifi
cation, structuration temporelle), elles-mêmes en rapport avec le déve
loppement de l'activité perceptive en général. L'auteur suggère en
outre que la perception de la musique engage des mécanismes similaires
à ceux de l'activité perceptive visuelle étudiée plus particulièrement
par Piaget et ses collaborateurs. Si les éléments constitutifs du champ
musical — éléments mélodiques, harmoniques, polyphoniques, ryth
miques — sont encore appréhendés de façon syncrétique par le jeune
enfant, la mobilité de l'activité perceptive appliquée à ces éléments
marque une série de progrès au cours de l'évolution du sujet.
Une première expérience met en évidence le développement de cette
activité qui se manifeste par un accroissement de la mobilité, de l'am
plitude et de la rapidité des trajets perceptifs dans le champ sonore.
Une œuvre polyphonique de forme fuguée est utilisée, comportant un
thème présenté successivement par chacune des diverses voix. C'est
entre 8 et 10 ans qu'apparaît le plus nettement l'évolution de la capac
ité du sujet à explorer les différents plans sonores et à reconnaître le
thème de la fugue en dissociant les lignes mélodiques. Jusqu'à cet âge,
les reconnaissances du thème sont plus difficiles, plus lentes et s'effec
tuent principalement lorsque l'énoncé du thème ressort aux voix
supérieures. 372 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
La deuxième expérience pose une nouvelle fois le problème de la
prépondérance du système tonal dans la perception mélodique. Des
influences d'ordre écologique ou culturel peuvent expliquer la formation
et la persistance chez les sujets occidentaux du scheme de tonalité,
caractérisé par un sentiment de familiarité envers certaines formules
mélodiques, certains intervalles de notes, certains enchaînements
d'accords. Les analyses font ici ressortir l'influence très significative
de l'évolution génétique sur la discrimination d'un changement mélo
dique, elle-même se révélant plus aisée dans le cas de groupes mélodiques
tonaux. Chez les enfants les plus jeunes, les épreuves tonales ne donnent
pas lieu à plus de réussites que les épreuves atonales, quelle que soit
la finesse de la discrimination perceptive du sujet. Il se confirme donc
que le phénomène étudié se trouve sous m. dépendance assez étroite
de l'acculturation.
Enfin, l'auteur livre les résultats d'un inventaire des capacités musi
cales d'enfants âgés de 6 ans, à l'aide d'une batterie d'épreuves portant
sur la perception mélodique, harmonique, rythmique, et d'épreuves
de niveau intellectuel. L'étude des intercorrélations permet de conclure
à la relative indépendance des capacités mises en jeu par chaque groupe
d'épreuves.
Cet ouvrage, consacré à l'étude de l'activité perceptive, se présente
comme le premier temps d'un ensemble de recherches sur la genèse
de la musicalité dans lequel doit trouver place une étude complément
aire portant sur les activités productives et, en particulier, sur les
modalités d'actualisation dans le chant et la composition musicale
des schemes qui se sont formés chez les sujets sur le plan perceptif.
M. Denis.
Gabaude (J. M.). — La pédagogie contemporaine. — Toulouse,
Privat, 1972, 209 p.
De l'introduction-cri d'alarme, aux conclusions suggestions (énon
çant seize conditions prioritaires pour une authentique démocratisation
de l'enseignement) et toutes deux rédigées par J. M. Gabaude, une
équipe essentiellement composée d'enseignants à l'Université de Tou-
louse-Le Mirail examine les principaux problèmes de la pédagogie fran
çaise contemporaine. Les quatre chapitres qui constituent le corps de
l'ouvrage sont centrés respectivement sur l'histoire (les grands courants
de la pédagogie contemporaine), la technologie de l'éducation (méthodes
audiovisuelles, enseignement programmé, pédagogie de groupe), la
psychopédagogie des disciplines fondamentales (rénovation de l'ense
ignement du français et des mathématiques) et la méthodologie (l'att
itude expérimentale, la pédagogie), sur l'étude de certains publics (école
maternelle, adultes, enfants défavorisés), de leurs besoins spécifiques,
et des fonctions nouvelles de la scolarité obligatoire. Malgré la diversité PSYCHOLOGIE DE L'ENFANT ET PÉDAGOGIE 373
des auteurs et des points de vue, ce volume trouve son unité dans le
constat général de l'inadéquation des structures actuelles, celles de
notre société capitaliste, où le conservatisme social et politique entre
tient une inégalité fondamentale des chances de chacun devant l'école.
Par sa densité, sa clarté, ainsi que les choix pertinents de la biblio
graphie finale, cet ouvrage semble en effet pouvoir s'adresser au vaste
public (enseignants, travailleurs sociaux, étudiants, militants, parents)
qu'il vise dans son introduction.
L. Bastide.
Chateau (J.). — Psychologie de l'éducation. — Paris, Vrin, 1970,
57 p.
Cette petite plaquette contient trois conférences prononcées en
Argentine en 1969 et destinées surtout à faire connaître les grandes
lignes des recherches poursuivies par le Centre bordelais dirigé par
J. Chateau.
La première conférence traite des échecs de la psychologie en matière
d'éducation : la psychologie se borne trop souvent à des constats. Or,
pour l'éducateur, « ce qui compte c'est moins l'état actuel des activités
psychologiques que l'état auquel il faut finalement les amener ». D'autre
part, les expériences effectuées en laboratoire portent en général sur
des périodes trop courtes pour que l'on puisse en tirer des conclusions
valables. Enfin, la plupart des recherches négligent par trop l'étude des
attitudes auxquelles l'auteur consacre sa seconde conférence. Comment
constituer cette « psychologie des profondeurs de l'intelligence », comment
atteindre « ces êtres internes et lourds qui jouent en nous » ? La psychan
alyse peut être de quelque utilité à cette condition cependant :
« Plutôt que de vouloir, comme le tentent certains, appliquer servilement
à l'éducation les concepts psychanalytiques, il nous faut dans notre
domaine opérer une révolution analogue à celle que les psychanalystes
ont opéré dans le leur. »
Dans la troisième conférence portant sur l'éducation de la personne,
on retrouvera, présentés d'une manière synthétique, bon nombre de
thèmes psychologiques et moraux chers à l'auteur et qu'il a développés
dans des ouvrages antérieurs (La culture générale, Du pied au bon
sens, etc.).
L. Bastide.

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