Psychologie de l'enfant et pédagogie - compte-rendu ; n°1 ; vol.56, pg 245-281

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 1 - Pages 245-281
37 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
Lecture(s) : 19
Nombre de pages : 38
Voir plus Voir moins

D. Berger
H. Gratiot-Alphandéry
N. Heissler
Par E. Hiriartborde
A. Léon
J. Lévine
I. Lézine
R. Perron
G. Roquebrune
M. Stambak
R. Stora
M. Vincent
R. Zazzo
VI. Psychologie de l'enfant et pédagogie
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 245-281.
Citer ce document / Cite this document :
Berger D., Gratiot-Alphandéry H., Heissler N., E. Hiriartborde Par, Léon A., Lévine J., Lézine I., Perron R., Roquebrune G.,
Stambak M., Stora R., Vincent M., Zazzo R. VI. Psychologie de l'enfant et pédagogie. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56,
n°1. pp. 245-281.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_1_8868■
— Psychologie de l'enfant et pédagogie VI.
ZAZZO (R.). — Sur le postulat de la comparabilité dans la méthode
des jumeaux. — Acl,a Genet. Med. Gemell., 1955, 4, 180-191.
Parmi tous les postulats de la méthode des jumeaux, l'auteur examine
spécialement le postulat fondamental de la comparabilité.
Basée sur la comparaison entre jumeaux monozygotes et jumeaux
dizygotes, la méthode des jumeaux suppose en effet : 1) Que les diffé
rences entre jumeaux monozygotes sont dues uniquement à l'hérédité ;
2) Que les influences du milieu sont d'égale importance pour différencier
entre eux partenaires et partenaires dizygotes.
L'auteur critique la notion d'identité des influences du milieu, et la
conception qui présente hérédité et milieu comme des variables indépend
antes. En ce qui concerne le milieu psychologique, la situation gémell
aire donne à chacun des partenaires (même identiques), des rôles, donc
des milieux différents, et d'autre part la situation gémellaire des jumeaux
monozygotes n'est pas la même que celle des jumeaux dizygotes.
En ce qui concerne les conditions prénatales et périnatales, l'auteur
arrive aux mêmes conclusions d'incomparabilité entre jumeaux monoz
ygotes, jumeaux dizygotes et enfants ordinaires : différences du temps
de gestation, de poids à la naissance, du taux de morti-natalité, et de
néo-mortalité, d'âge de la mère.
A propos de ce dernier facteur, l'auteur établit la loi suivante : les
chances de gémellité sont augmentées non par le nombre de grossesses
antérieures, mais seulement par Vâge de la mère et ce facteur d'âge ne joue
pas pour la gémellité unwitelline, mais seulement pour la gémellité bivi-
telline.
L'auteur conclut non à un abandon de la méthode des jumeaux, mais
à un changement de perspective. La comparaison exige des précautions
multiples. Enfin, hérédité et milieu doivent être traités comme non des
entités, mais comme des variables étroitement dépendantes l'une de
l'autre.
R. Z.
TISSERAND-PERRIER (M.), BLAIZOT (A. M.). — Le dessin,
mode d'investigation de la personnalité chez les jumeaux identiques.
— Acta Genet. Med. Gemell., 1955, 4, 261-274.
Les auteurs ont l'intention par diverses épreuves de dessin d'étudier
« les différences de comportement des jumeaux identiques élevés dans le
même milieu ». Ils posent ainsi le problème de la prise de conscience 246 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de soi, le degré d'attachement, le désir d'indépendance vis-à-vis du
co-jumeau, la dominance d'un sujet dans le couple. Mais la démonst
ration, souvent confuse, et basée sur trop peu de documents, n'est pas
convaincante. Pour juger de la valeur de ce travail, nous devons attendre
une publication ultérieure « qui portera sur cent couples de jumeaux
identiques et (donnera) l'analyse complète de la forme et du contenu
de leurs dessins ».
R. Z.
GEDDA (L.), BIANCHI (A.), BIANCHI-NERONI (L.). — La voce
dei gemelli (La voix des jumeaux). — Acta Genet. Med. Gemell.,
1955, 4, 121-130.
Les auteurs ont enregistré la voix de 208 jumeaux (58 couples de
jumeaux monozygotes, 46 couples de jumeaux dizygotes). Chacun des
sujets est invité alors à distinguer sa propre voix de celle de son
co-jumeau. Pour les jumeaux monozygotes, on obtient les résultats
suivants : dans 66 % des cas, les deux jumeaux sont incapables de
distinguer leur voix ; dans 21 % des cas, seul un jumeau est capable de
faire cette distinction ; dans 13 % des cas, les deux jumeaux du couple
font distinction. Pour les jumeaux dizygotes, les résultats sont
totalement inversés : 2 % (pas de distinction) ; 20 % (distinction par un
seul des jumeaux du couple) ; 78 % (distinction par les deux jumeaux
du couple). Les auteurs tirent de ces résultats deux conclusions : 1° La
voix des monozygotes, transmise par voie aérienne, est prat
iquement identique dans son effet acoustique ; 2° La comparaison entre
jumeaux monozygotes et jumeaux dizygotes tend à établir que les
mécanismes de la voix humaine sont fortement déterminés par l'hérédité.
R. Z.
GEDDA (L.), NERONI (L.), Reazioni posturali e mimïche di 56 cop-
pie di gemelli alla proezione di film umoristici ed ansiogeni (Réact
ions posturales et mimiques de 56 couples de jumeaux à la projection
de films humoristiques et anxiogènes). — Acta Genet. Med. Gemell.,
1955, 4, 15-31.
Les A. ont étudié comparativement sur 31 couples de jumeaux
monozygotes et 25 couples de jumeaux dizygotes les réactions motrices
provoquées par certaines scènes humoristiques ou anxiogènes de films
cinématographiques. Les réactions étaient enregistrées photographi-
quement avec un flash suffisamment rapide pour que la réaction émotive
au flash ne perturbe pas les réactions psycho-motrices au film. Les
photos étaient prises sous trois angles ; de profil, de trois quarts, de
face. Les réactions étaient classées sous quatre catégories : réactions
mimiques, posture de la tête, posture des membres inférieurs, posture
des membres supérieurs. La comparaison intra-couple de chaque réac
tion donnait lieu à une notation en quatre degrés : concordance, ressem
blance, dissemblance, discordance. PSYCHOLOGIE DE L ENFANT ET PEDAGOGIE 24/
Chez les jumeaux identiques, la concordance est observée aux quatre
catégories de réactions dans les proportions suivantes : 79 % (mimiques),
87 % (posture de la tête), 38 % (membres supérieurs), 59 % (membres
inférieurs), en comparaison avec les proportions suivantes chez les
jumeaux non identiques : 32 %, 61 %, 39 %, 55 %.
C'est donc pour les réactions mimiques que les composantes hérédi
taires seraient les plus fortes. Les auteurs mettent encore en évidence
une concordance maximum entre jumeaux identiques quand les réactions
mimiques sont provoquées par des scènes humoristiques. Les différents
types de réactions et les divers degrés de concordance sont illustrés par
des photos.
Cet intéressant article est complété par des arbres généalogiques, du
point de vue des antécédents gémellaires.
R. Z.
KRASNOGORSKI (N. L). — Méthode d'étude des réflexes condi
tionnés chez les enfants. — Raison, 1954, 9-10, 204-215.
Cet article fut écrit en 1928, révisé en 1954 pour son édition dans
les Œuvres de Krasnogorski.
C'est un exposé de méthode et non de résultats. Krasnogorski énu-
mère les réflexes sur lesquels il a travaillé sur les enfants : préhension
(mouvements des doigts et de l'avant-bras enregistrés séparément),
ouverture de la bouche ou succion, réaction salivaire, réflexes du cœur
(par électrocardiographie), réflexes de réaction infrarouge, parfois
réflexes de défense à un faible courant électrique.
De tous, le réflexe salivaire présente le plus de difficultés d'appar
eillage. Krasnogorski décrit les différentes sortes de capsules à double
chambre appliquées sur le canal salivaire, puis l'appareil en argent per
mettant une fixation durable, enfin le procédé d'enregistrement élec
trique de la sécrétion mis au point par Ouchekov.
Ainsi, Krasnogorski a pu constater que la glande sous-maxillaire
était plus excitable que la parotide, et que l'innervation était unilatérale
— c'est-à-dire la salive sécrétée du côté où le sujet mâchait. Il a donc
adapté une capsule de chaque côté de la bouche.
Krasnogorski donne également des précisions sur les excitants
employés et les conditions de l'expérience : chambres insonorisées, posi
tion allongée de l'enfant, diminuant les excitations proprioceptives,
d'où plus de stabilité dans les résultats.
N. H.
LINHART (J.). — Les différences individuelles dans l'activité ner
veuse supérieure des enfants pendant l'extinction des composantes de
l'excitant complexe positif et la « non-extinction » des réflexes condi
tionnels positifs moteurs. — Raison, 1954, 9-10, 150-169.
Le Pr Linhart et ses assistants du laboratoire de recherches sur
l'activité nerveuse supérieure des enfants de Prague étudient sur une
vingtaine d'enfants de 5 à 8 ans les réflexes conditionnés de préhension, 248 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
avec l'appareillage classique d'Ivanov-Smolenski (l'enfant ouvre, par
pression sur une poire en caoutchouc, une clanche mécanique obturant
un tuyau par lequel sont envoyées des friandises).
Le stimulus conditionné est formé de l'association d'une lumière verte
avec une sonnerie. Le réflexe se forme en deux ou trois séances. On le
stabilise durant deux autres séances, puis on procède à l'extinction de
chaque composante prise à part.
Linhart s'attache surtout aux différences typologiques. Ses sujets
composent 3 groupes : excitable, inerte et labile.
Les « excitables » éprouvent des difficultés, sinon l'impossibilité
d'inhiber les réflexes aux composantes isolées. Une fillette de huit ans
continue, à la 27e séance, à répondre à la lumière verte ; au contraire,
les périodes de latence diminuent, l'excitation augmente, des réactions
de plus en plus intenses apparaissent entre les signaux, l'enfant manifeste
et exprime de l'agitation. Elle inhibe mieux la réponse à la sonnerie,
mais, dans le cours de cette extinction, s'observent des retours d'exci
tation.
Chez d'autres enfants du même type, on observe une irradiation
de l'inhibition, se traduisant par une tendance à la somnolence, dispa
raissant pour l'inhibition totale du réflexe.
Chez des représentants d'autres groupes, par contre, Linhart montre
que le même phénomène de « non-extinction » provient de causes
différentes : de la Stereotypie, de Ja faible labilité des processus nerveux.
A l'opposé, les enfants du groupe « labile » forment, dans l'ensemble,
aussi bien les réflexes d'inhibition que ceux d'excitation.
Le phénomène le plus curieux est donc la non-extinction des compos
antes isolées chez certains enfants ■ — alors que, selon les expériences de
Zeleny, rappelées par Linhardt, les chiens établissent fort bien la
différenciation. Le fait que les enfants de cinq ans réussissent mieux
cette extinction que les enfants de huit ans concourt également à prouver
qu'il ne s'agit point d'une faiblesse absolue du processus d'inhibition,
mais de relations complexes entre l'inhibition interne et le stéréotype
lié à la préhension du bonbon, qui devient ce que Pavlov et surtout
Oukhtomski appellent le foyer dominant. Ce foyer élève l'excitabilité,
de façon que tout stimulus lié à lui provoque la réaction conditionnelle
correspondante.
N. H.
LINHART (J.), HLAVSA. — Étude des réactions d'orientation-
investigation conditionnelles chez les jeunes enfants. — Raison,
1954, 9-10, 170-203.
Les Prs Linhart et Hlavsa, du Laboratoire de Recherches sur l'Acti
vité nerveuse supérieure de l'Enfant, à Prague, décrivent leurs obser
vations sur les réactions de huit enfants, garçons et filles, de 4 à 8 ans,
en face d'un aquarium où des poissons artificiels sont mis en mouvement
par une arrivée d'air envoyé par une pression de la main de l'enfant sur PSYCHOLOGIE DE L'ENFANT ET PÉDAGOGIE 249
une poire en caoutchouc. L'expérimentateur peut à volonté couper
l'arrivée d'air ou la déclencher lui-même.
Dans la courbe du mouvement de l'enfant, on enregistre les para
mètres suivants :
— latence ;
— grandeur de la réaction ;
— avance, c'est-à-dire mesure de la pression résiduelle dans la poire
avant une nouvelle pression ;
— ■ rapidité des mouvements ;
— forme de la réaction.
L'examinateur laisse l'enfant jouer librement quelque temps avec
l'aquarium, puis arrête l'arrivée d'air, rendant ainsi son geste inefficace
en l'absence de certains stimuli. Il se forme alors rapidement sur ces
derniers un réflexe possédant toutes les propriétés des autres réflexes
conditionnés moteurs (différenciation, en particulier), mais aussi quel
ques propriétés spécifiques. Essentiellement l'auto-renforcement, corre
spondant à un processus de connaissance active, et la substitution de la
réaction conditionnelle par la méthode d'essais et erreurs pour tout
changement des conditions ; par exemple, pendant l'action des stimuli ■
inhibiteurs, l'enfant (qui a compris la signification négative du stimulus,
ses réponses, à la fin de l'expérience, en témoignent) appuie sur la poire
à tout hasard, « pour voir ».
Une interruption prolongée ne supprime pas la réaction conditionnelle.
Quant aux stimuli nouveaux, ils exercent, au lieu de l'habituelle inhibi
tion externe, une sommation du réflexe d'investigation, sur eux-mêmes
ou sur la poire ; Linhart attribue ce phénomène essentiellement à « l'action
du foyer dominant de l'un des réflexes sur le deuxième réflexe, dont
l'excitation renforce par la suite l'activité dominante ». La faculté de som
mation est soumise à de fortes variations individuelles, Linhart propose
même d'en faire un critère supplémentaire pour la distinction des types.
Linhart souligne que le mécanisme des réactions d'orientation cons
titue la base du jeu chez l'enfant (le processus de concentration de
l'excitation, ou formation de la dominante, correspond à un accroiss
ement d'intérêt), stimule la formation du langage et prend un essor nou
veau sous l'effet du langage, assure la « santé intellectuelle », à condition
toutefois d'être maintenu et orienté par l'éducation.
N. H.
WALLON (H.). — L'instabilita posturo-psiehica nel bambino (V ins
tabilité psycho-posturale chez Venfant). — Infanzia anormale, 1955, 12,
1-13.
Cet article important ne saurait échapper à l'attention et à l'étude de
tous ceux qui s'intéressent aux problèmes psychomoteurs de l'instabilité,
aux rapports entre la sphère motrice et le comportement.
L'auteur a déjà décrit trois syndromes d'insuffisance psychomotrice
chez l'enfant et les types psychomoteurs qui leur correspondent : syn- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 250
dromes subchoréique, d'asynergie et d'hypertonie réflexe. Ces syndromes
se définissent par différents signes neurologiques et moteurs, par diffé
rents comportements. L'auteur a constaté l'existence d'un autre syn
drome, qui a été plus ou moins confondu avec les autres (en particulier
avec le syndrome de l'asynergie) et qu'il décrit pour la première fois : le
syndrome de l'instabilité psychoposturale.
Sans s'exclure, le syndrome subchoréique et le syndrome psycho-
postural sont pourtant très différents. Par contre, l'instabilité posturale
et l'instabilité asynergique ont de grandes ressemblances : attitudes
inconsistantes, incapacité de maintenir ses points d'appui, changements
de positions. Cependant, les instables posturaux recherchent continuel
lement une attitude plus commode, recherche d'intention plus subjective
qu'objective. Leur effort moteur au dynamomètre est beaucoup plus
régulier que celui des asynergiques, malgré de nombreuses contorsions.
Parmi les particularités neurologiques de l'instabilité psychoposturale,
certaines sont plus fréquentes que celles retrouvées dans plusieurs cas
d'instabilité ou de troubles caractériels. Ainsi, les réflexes tendineux
(patellaires et radiaux) sont faibles. Le sommeil est agité sans pour cela
que les cas d'énurésie soient plus fréquents que ceux qu'on rencontre
dans les autres cas.
La timidité provoquant, non des réactions inhibées mais des réactions
d'irritation ou de colère, est nette dans l'instabilité psychoposturale.
Selon l'auteur, elle est due à l'influence prépondérante des réactions de
prestance sur le comportement (il s'agit de l'effet produit sur le sujet par
la présence d'autrui et des attitudes élémentaires qui y correspondent).
Dans l'hypertonie réflexe, ces réactions sont souvent exagérées, mais
conduisent surtout à une tension anxieuse avec des alternances possibles
entre une attitude attentionnée ou contrariante. Dans le cas de l'insta
bilité posturale, elles conduisent davantage à des démonstrations spec
taculaires qu'à l'inhibition. Ainsi, l'instabilité motrice, l'inquiétude
posturale sont alors utilisées vers des moyens d'expression auxquels les
situations qui leur correspondent sont plus ou moins imaginaires et
factices, les enfants se projetant dans ces situations. Par exemple, un
mouvement d'instabilité du tronc sera utilisé par l'enfant comme pour
souligner la découverte d'un objet qui n'existe pas.
L'auteur aborde ensuite l'interprétation physiologique des différents
syndromes. Pour les deux premiers (subchoréique et asynergique), le
point de départ est sous-cortical. Dans l'hypertonie réflexe, les rapports
entre l'activité consciente et les manifestations posturales sont intimes ;
ces dernières semblent constituer le trouble primaire en créant un état
de tension. Dans l'instabilité posturale, la cause première se situe au
niveau des automatismes de posture. Ainsi, le « syndrome d'instabilité
posturéo-réflexe est un exemple de l'unité qui tend sans cesse à s'établir
ou à se rétablir par action et réaction réciproques entre les différents
niveaux de l'activité nerveuse ».
E. H. DE L'ENFANT ET PÉDAGOGIE 251 PSYCHOLOGIE
MALRIEU (P.) . — La vision des couleurs chez l'enfant. — J. Psychol.
norm, path, 1955, 52, 222-231.
Partant d'observations et d'expériences connues, l'A. montre que la
vision des couleurs peut se situer, chez l'enfant, à des niveaux différents
dont il faut essayer de comprendre la succession et la filiation.
La vision des couleurs existe très tôt, chez le nourrisson ; elle s'ob
serve dans des réflexes primitifs (le bébé suit du regard un plot coloré
qui se déplace sur un fond de couleur différente) .
Au cours de la première année, la couleur intervient comme stimulus
conditionnel de certaines satisfactions (reconnaissance du biberon d'après
sa couleur blanche).
Ensuite, la couleur commence à devenir un objet d'intérêt en elle-
même. L'enfant s'amuse à opposer des objets diversement colorés ;
certaines couleurs privilégiées attirent son attention et déterminent des
réactions d'exploration.
Mais c'est avec le langage, avec la dénomination, que la couleur
devient véritablement un objet de connaissance. Pour parvenir à
nommer convenablement les couleurs, l'enfant doit se livrer à une acti
vité fort complexe d'analyse, de comparaison, de discrimination. Il
opère par oppositions et couplages successifs. « Le travail, pour l'enfant,
ne consiste pas seulement à associer le nom et la couleur, mais à analyser
et à organiser le champ perceptif en fonction du langage, c'est-à-dire à
opposer simultanément la couleur, et le nom correspondant, à une autre
couleur et à un autre mot et bientôt à tout un plan de mots et de coul
eurs. » Cette activité classiflcatrice introduite par le langage conduit à la
représentation des couleurs en elles-mêmes.
Ainsi individualisées, les couleurs deviennent un aspect important de
la des objets. La couleur d'un objet — quand elle est
caractéristique — contribue à le définir.
On voit donc que l'activité de vision des couleurs peut revêtir des
formes et des niveaux différents ; chacun ne peut se comprendre que si on
le rapporte aux comportements dont l'enfant est capable à chaque
stade de son développement. On peut saisir la filiation entre ces niveaux
successifs, filiation qui suppose à la fois continuité — car chaque niveau
s'appuie sur les acquisitions des niveaux antérieurs — et discontinuité
• — une coupure décisive étant notamment introduite par le langage.
La mise au point tentée par l'A. attire l'attention sur les différences
de signification que peut présenter une activité selon ses niveaux et
selon les conditions dans lesquelles elle s'observe. Sous le terme de « vision
des couleurs », il ne faut pas confondre des comportements dont les
mécanismes sont en réalité très différents. Seule la perspective génétique
permet de situer et d'expliquer ces comportements.
M. V.
ALLEN (R. M). — Continued longitudinal Rorschach study of a child
for years three to five (Étude longitudinale poursuivie au moyen du ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 252
test de Rorschach chez un enfant entre trois et cinq ans). — J. gone t.
Psychol., 1954, 85, 135-149. — PAULSEN (A. A.). — Personality
development in the middle years of childhood : a ten year longitudinal
study of thirty public school children by means of Rorschach tests and
social histories (Le développement de la personnalité dans les années
centrales de l'enfance : une étude longitudinale de dix ans, menée sur
trente enfants des écoles publiques au moyen du test de Rorschach et
d'' 'anamneses ). — Amer. J. Orthopsychiat., 1954, 24, 336-50. —
BYRD (E.), WITHERSPOON (R. L.). — Responses of preschool
children to the children's apperception test (Réponses d'enfants d'âge
préscolaire au test d' aperce ption thématique pour enfants). — Child
Development, 1954, 25, 35-44.
Ces trois études utilisent les techniques projectives comme instr
uments de connaissance de la personnalité de l'enfant. Dans la première,
R. M. Allen rend compte d'applications répétées du Rorschach à son
fils, de 3 mois en 3 mois, entre 3 ans 3 mois et 5 ans (une publication
antérieure, in Child Development, 1951, 22, 61-70, rendait compte de
protocoles antérieurs du même enfant). Ce qui apparaît le plus nette
ment, c'est évidemment une amélioration progressive du nombre et de la
qualité des réponses, aussi bien que de leur mise en forme verbale. Mais,
de plus, l'A. souligne à juste titre qu'il est bien difficile d'interpréter les
réponses d'enfants aussi jeunes : les normes acceptées pour les enfants
plus âgés sont de valeur douteuse. Plusieurs réponses de cet enfant
apparaîtraient au regard de ces normes nettement pathologiques, alors
qu'elles s'expliquent aisément pour qui est au courant des menus événe
ments de sa vie.
Cette prudence interprétative est malheureusement moins évidente
dans l'étude de A. A. Paulsen, cependant forte d'un matériel expéri
mental beaucoup plus riche. Trente enfants d'une école de Manhattan
ont reçu 4 applications du Rorschach à 6, 8, 10 et 12 ans. Leur Q. I.
moyen à 6 ans était 95, et l'on possédait sur eux un certain nombre de
renseignements, complétés à l'âge de 16 ans par une visite à la famille.
L'A. donne sous forme de tableaux l'évolution des différentes catégories
de réponses. On y trouve l'indication du développement intellectuel ; le
résultat le plus net par ailleurs est une augmentation progressive des
kinesthésies, et une diminution corrélative des réponses couleur. Mais
ces chiffres prêtent à discussion, ainsi que le reconnaît l'A., qui souligne
que de l'examen des données se dégage l'impression d'une maturation
générale de chaque enfant, mais différente dans son rythme et sa nature
d'un cas à l'autre. La concordance entre les données du Rorschach et les
données obtenues au contact de la famille apparaît à l'A. comme très
satisfaisante (mais il est difficile au lecteur d'en juger). Grâce à cette
étude, « ... le développement de la personnalité est révélé comme un
processus naturel découlant des potentialités de la psyché plutôt que
comme un processus instillé ou contrôlé de l'extérieur ». Conclusion qui
paraît, bien hardie au regard du petit nombre des cas, et surtout des PSYCHOLOGIE DE l'e.NFANT ET PÉDAGOGIE 253
présomptions de validité avec lesquelles Paulsen a abordé son étude.
On en trouve un exemple frappant dans la discussion des variations du
type de résonance intime observées d'un protocole à l'autre du même
enfant. 40 % des sujets passent d'un extrême à l'autre, et un seul garde
la même formule dans ses quatre protocoles. L'A. en conclut que les
variations d'attitudes de l'enfant aux prises avec la réalité, variations
génétiquement explicables, sont bien reflétées par le Rorschach. Ne
pourrait-on, plus simplement, mettre en doute d'abord l'instrument
lui-même ? Cette précaution méthodologique préalable semble indis
pensable.
Gomme Allen, c'est à des enfants d'âge préscolaire que s'adressent
Byrd et Witherspoon, mais pour leur appliquer cette fois le C. A. T.
Il en résulte (sur 80 enfants de 2,8 à 6,5) des interprétations classées
d'après Bellak, les fréquences dans chaque catégorie apparaissant
parfois assez différentes de celles relevées par cet auteur. Un classement
plus simple en réponses d'énumération (2 %), de description (18 %),
et d'aperception (80 %) semble tout simplement correspondre à celui
que Binet a introduit dans son échelle métrique de mesure de l'intell
igence. Gomment expliquer ces proportions étonnantes au premier
abord ? Les A. disent que les réponses étaient en général très pauvres, et
qu'il fallait beaucoup insister pour les obtenir. Est-il d'une bonne
méthode, dans ces conditions, de considérer le Rorschach et le CAT
comme des épreuves projectives de personnalité chez les jeunes enfants ?
Sans une étude sérieuse des conditions perceptives et des difficultés de
formulation verbale propres à chaque âge, l'application insuffisamment
critique de schémas interprétatifs issus de l'observation d'enfants plus
âgés — si ce n'est d'adultes ! — peut conduire à des erreurs d'autant
dangereuses qu'elles sont moins conscientes chez leurs auteurs.
R. P.
McELROY (W. A.). — A sex difference in preferences for shapes
(Une différence de sexe dans la préférence pour les formes). — Brit.
J. Psychol., 1954, 45, 209-216. — Dans le cadre d'un symposium
intitulé : Learning theory and identification (Théorie de V apprentis
sage et identification). — MOWRER (O. H.). — I : Introduction.
— SEWARD (J. P.). II : The role of punishment (Le rôle de la punit
ion). — MARTIN (W. E.). Ill : The development of values in
children (Le développement des valeurs chez Venfant). — BROD-
BEGK (A. J.). IV : Œdipal motivations as a determinant of cons
cious development (La motivation œdipienne comme facteur du déve
loppement conscient). — SEWARD (G. H.). V : Some cultural aspects
of identification (Quelques aspects culturels de V identification). — J.
genet. Psychol., 1954, 84, 197-236. — LANGFORD (M. L.), ALM
(O. W.). — A comparison of parent judgments and child feelings
concerning the self adjustment and social adjustment of twelve years old

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.