Psychologie de l'enfant et pédagogie - compte-rendu ; n°1 ; vol.58, pg 301-312

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L'année psychologique - Année 1958 - Volume 58 - Numéro 1 - Pages 301-312
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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C. Andrieux
M. Hurtig
S. Ehrlich
E. Evart-Chmielniski
M. Goustard
H. Gratiot-Alphandéry
E. Hiriartborde
J. Lévine
I. Lézine
Pierre Oléron
R. Perron
G. Roquebrune
H. Santucci
R. Stora
R. Zazzo
II. Psychologie de l'enfant et pédagogie
In: L'année psychologique. 1958 vol. 58, n°1. pp. 301-312.
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Andrieux C., Hurtig M., Ehrlich S., Evart-Chmielniski E., Goustard M., Gratiot-Alphandéry H., Hiriartborde E., Lévine J., Lézine I.,
Oléron Pierre, Perron R., Roquebrune G., Santucci H., Stora R., Zazzo R. II. Psychologie de l'enfant et pédagogie. In: L'année
psychologique. 1958 vol. 58, n°1. pp. 301-312.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1958_num_58_1_26691— Psychologie de l'enfant et pédagogie II.
MÜSSEN (P. H.), CONGER (J. J.). — Child development and per
sonality (Le développement de V enfant et la personnalité). — In-8°
de 569 pages, New York, Harper and Brothers, 1956.
Cet ouvrage est un manuel, qui résume l'expérience des AA. dans
l'enseignement de la psychologie de l'enfant.
L'introduction est consacrée aux principes généraux de la recherche
en psychologie, et donne quelques indications sur les travaux « préscien
tifiques » en psychologie de l'enfant. Le plan général de l'ouvrage est
chronologique ; le principe est commode, et acceptable pour un manuel,
mais entraîne les AA. à de nombreuses redites. D'où une impression de
manque de cohérence de l'ensemble : d'un chapitre à l'autre se succèdent
des descriptions assez parcellaires qui font ressembler l'ouvrage à un
catalogue des connaissances acquises en psychologie de l'enfant. Il
ne semble pas que l'étudiant, au terme de sa lecture, puisse en dégager
une conception organisée du développement. En revanche, il aura aperçu
de nombreux problèmes, présentés dans une langue accessible, avec un
éclectisme empreint de bon sens et de simplicité, et acquis de nombreuses
connaissances. La discussion est en effet étayée de très nombreux tr
avaux expérimentaux, à peu près exclusivement américains (compte
tenu de cette limitation, la bibliographie très fournie qui suit chacun
des 14 chapitres présente un intérêt certain pour le chercheur).
Le titre du livre rend compte de son orientation : le développement
de l'enfant est étudié en mettant l'accent sur la formation de la personn
alité, et tout spécialement sur la socialisation.
La première partie est consacrée tout entière à la période prénatale :
facteurs génétiques et développement intra-utérin. La seconde partie
étudie les deux premières années : croissance somatique, développement
moteur, développement du langage ; un chapitre est consacré à l'apprent
issage, et deux à la socialisation. La troisième partie porte sur les
années préscolaires : développement de la personnalité, relations sociales,
problèmes de comportement. La quatrième partie, sur les années de
scolarité primaire, fait une grande place aux problèmes d'adaptation
scolaire ; c'est à notre avis la partie la plus intéressante de l'ouvrage.
Enfin la cinquième partie est consacrée à l'adolescence ; elle est nourrie
de beaucoup moins de données expérimentales que les précédentes, ce
qui entraîne les AA. à donner un tour plus personnel à leurs dévelop
pements. Cette dernière partie comporte un chapitre sur l'adaptation
des adolescents à la culture américaine dont la lecture ne manque pas
d'intérêt, même pour des non-Américains.
R. P. 302 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
LIGON (E. M.). — Dimensions of character (Les dimensions du
caractère). — In-8° de 497 pages, New York, Me Millan Cie, 1956.
Cet ouvrage, qui est un traité à l'usage d'éducateurs chrétiens, a
pour but de fournir une éthique, une méthodologie, un programme à
des recherches sur la formation du caractère. La notion de caractère,
prise dans sa signification éthique, comprend dans la conceptualisation
de l'auteur : l'idéalisme moral, la consistance des actions morales,
l'extension temporelle et sociale du comportement, l'intégration de la
personnalité et la réalisation de soi. E. M. Ligon développe, en vue des
recherches sur la formation du caractère, un modèle psychologique
complexe composé de traits physiques, d'aptitudes et de traits de per
sonnalité et qui comprend en outre la représentation des relations dyna
miques du moi avec le champ psychologique total. L'ensemble de l'o
uvrage est fortement marqué par la tendance spiritualiste de l'auteur.
C. A.
GOODENOUGH (Florence L.). — L'intelligence d'après le dessin.
Le test du bonhomme (trad, par F. et J. Cesselin). — In-8° de
132 pages, Paris, P.U.F., 1957.
Bien que datant d'une trentaine d'années (l'ouvrage original a
paru en 1926) cette étude présente un grand intérêt aussi bien sur le
plan méthodologique que pour la richesse des documents qui ont été
examinés en vue de la mise au point de l'échelle de développement.
En outre, on y trouve en deuxième partie des instructions très détail
lées pour l'application de l'épreuve qui est très couramment employée
par les praticiens de la psychologie de l'enfant de notre pays — ce
qui ajoute à l'ouvrage une valeur pratique certaine (le volume contient
un nombre assez important de reproductions de dessins avec les nota
tions se référant au barème établi par l'auteur).
La première partie de l'ouvrage comporte l'exposé des bases expé
rimentales du test, la discussion des résultats qui amorce également
une étude des signes psycho-pathologiques et un court exposé de l'inte
rprétation psychologique des dessins d'enfant. La notice historique qui
sert d'introduction fait le point des différentes études parues à cette
époque et elle est heureusement complétée par une bibliographie très
riche.
L'intérêt de cet ouvrage fait qu'on regrette d'autant plus les mala
dresses de traduction qui rendent parfois le texte difficilement
intelligible.
H. S.
PRUDHOMMEAU (M.). — Les enfants déficients intellectuels. —
In-8° de 305 pages, Paris, P.U.F., 1956.
Il ne s'agit nullement d'un ouvrage général sur les enfants déficients
intellectuels mais d'un exposé des vues et travaux originaux de l'A. sur
les « bases psycho-pédagogiques de leur dépistage et de l'enseignement
spécial ». Ces termes du sous-titre de l'ouvrage, soigneusement pesés LIVRES 303
et justifiés dès le début de l'avant-propos, donnent les strictes limites
du travail présenté.
Dans la première partie, l'A. traite des « problèmes psycho-pédagog
iques ». Les trois premiers chapitres contiennent des observations
générales sur les déficients intellectuels et les classes de perfection
nement, sur les conditions sociales de la scolarité normale et « spéciale »
en France, sur les psychologues scolaires et leurs observations. On trouve
dans le 3e chapitre un historique critique des techniques psycho-péda
gogiques utilisées dans l'enseignement des enfants déficients intellec
tuels : après avoir brièvement exposé les grands courants pédagogiques
de l'enseignement spécial, l'A. cite longuement un de ses textes de 1932
et un texte d'Henri Wallon et rappelle qu'il défend un point de vue
donnant une part prépondérante à l'intégration sociale et profes
sionnelle.
Les deux chapitres suivants traitent des problèmes généraux du
dépistage des déficients intellectuels. On y trouve un exposé des étapes
du développement psycho-moteur de l'enfant, basé surtout sur les
travaux de Wallon ; d'après l'A. un dépistage est possible et souhaitable
à l'âge de 5-6 ans ; la technique préconisée pour ce dépistage est l'étude
du graphisme par la feuille de dessin de l'A., dont la technique avait été
exposée dans Le dessin de Venjant (P.U.F., 1947).
Pour finir cette première partie, l'A. donne ses vues sur les fausses
débilités par inadaptation scolaire. L'importance numérique des « faux
débiles » et les causes sociales et pédagogiques de ce phénomène sont
exposées dans un dernier chapitre, compte rendu d'une recherche
portant sur la totalité des effectifs d'un groupe scolaire de la région pari
sienne. Très riche en observations, ce compte rendu présente des gra
phiques généraux par âges, par classes, par sexe, des niveaux intellec
tuels et scolaires des enfants. L'augmentation du nombre des retardés
intellectuels et scolaires est mise en évidence, et de nombreux cas indi
viduels sont discutés.
Sans doute ces résultats — et notamment la comparaison avec les
proportions des zones de Q.I. de Terman — seraient-ils plus convain
cants si l'instrument utilisé pour calculer le niveau mental — la feuille
de dessins de l'A. — avait fait l'objet d'une étude psychométrique
d'ensemble, sur un échantillon stratifié, comme celui de Terman par
exemple.
La deuxième partie consiste en une description systématique des
techniques utilisées par l'A. : feuille de renseignements, feuille de
dessins, épreuves scolaires. Des normes précises sont données pour la
feuille de dessins et les épreuves scolaires. Outre ces normes d'âge, plus
précises que dans son ouvrage Le dessin chez l'enfant, l'A. propose une
systématisation des observations faites avec sa feuille de dessins en
seize « facteurs » : prise de contact ; émotivité ; comportement général
pendant l'épreuve ; état nerveux et moteur ; rapports avec les mess
ieurs ; rapports avec les camarades ; rapports avec les dames ; rapports 3Ö4 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
avec les enfants ; rapports avec le milieu social ; rapports avec les
animaux ; personnalité ; suggestibilité ; sensibilité aux chocs affectifs,
à la douleur ; besoin d'activité propulsive, de jeu, de détente ; atten
tion ; efficience de l'activité générale ; jugement. Pour chacun de ces
facteurs, des éléments de cotation sont donnés ; ils ne sont malheureu
sement justifiés que par la très grande expérience que l'A. a de son
épreuve.
Les données statistiques présentées, encore incomplètes (l'évolution
avec l'âge n'a pas encore été étudiée) servent de normes de référence
et donnent d'intéressantes comparaisons entre garçons et filles. Un
profil individuel du type circulaire traduit graphiquement les 16 facteurs.
L'A. donne en annexe 16 planches avec analyse des cas.
Ceux qui s'occupent professionnellement d'enfants inadaptés trou
veront dans ce livre matière à irritation parfois par la façon toute per
sonnelle de l'A. d'exposer ses vues et ses techniques, à réflexion et à
enrichissement toujours par leur profondeur et l'énorme expérience
qui les sous-tend.
M. C. H.
DE RITA (Lidia). — II problema psicologico délia socializzazione
(Le problème psychologique de la socialisation). — In-8° de 77 pages,
Bari, Cressati, 1955.
Après avoir insisté sur l'importance des éléments venus de l'extérieur
pour expliquer le développement psychologique de l'enfant et après
quelques explications sur ce que l'on entend par socialisation, l'auteur
passe en revue les multiples facteurs d'éducation, de culture et de matu
ration physiologique qui interviennent dans la socialisation de l'enfant,
ceci en s'appuyant sur les doctrines de divers psychologues. L'A.
consacre un chapitre aux études de type anthropologique et se penche
ensuite sur des expériences qui tendent à considérer l'apprentissage
comme constituant l'essentiel de la socialisation. Là encore l'A. fournit
de nombreux exemples de théories de différents psychologues de l'enfance
et elle en fait la critique.
L'A. conclut en attirant notre attention sur la complexité du pro
blème et en déplorant l'absence d'études vraiment systématiques de
tous les facteurs de socialisation qui interviennent non pas seulement à
certains moments privilégiés du développement de l'enfant mais bien
depuis la petite enfance jusqu'à l'âge adulte.
G. R.
JOHNSON (W.), BROWN (S. J.), CURTIS (J. J.), EDNEY (C. W.),
KEASTER (J.). — Speech handicapped school children (Élèves
souffrant de troubles de la parole) (édition révisée). — In-8° de
575 pages, New York, Harper Brothers, 1956.
L'ouvrage, dont on nous présente ici une réédition (la première édi
tion datant de 1948), est particulièrement destiné aux instituteurs pour LIVRÉS 305
les mettre au courant des troubles de la parole dont souffrent certains
enfants ainsi que des modalités de la rééducation qui peut être réalisée
pour de tels cas. Il se présente aussi comme pouvant servir à l'initiation
des futurs orthophonistes en leur donnant un tableau des types de
problèmes qu'ils auront à résoudre. C'est donc un ouvrage qui n'a rien
de spécifiquement technique et dont la présentation vise à la clarté,
en recourant fréquemment à des exemples concrets. Après deux cha
pitres introductifs, il aborde les points suivants : les défauts d'arti
culation, les défauts de la voix, le bégaiement, les retards de la parole,
les fissures palatales et les paralysies cérébrales, les déficits auditifs
et se termine par l'exposé d'un programme de rééducation dans le
cadre de la vie scolaire et des appendices pratiques.
En dehors du public auquel il est destiné, le livre peut être utile à
toute personne non spécialisée dans les questions d'anomalies de la
parole et qui désire en prendre une connaissance d'ensemble grâce à un
exposé clair et actuel.
P. O.
MÜHLE (G.). — Entwicklungspsychologie des zeichnerischen Ges-
taltens (La psychologie du développement de la structuration par le
dessin). — In-8° de 165 pages, Munich, Johann Ambrosius Barth,
1955.
« L'objet de ce livre est le problème de la structuration et non le
dessin en tant que tel. Toute structuration productive ou reproductive
est une forme d'assimilation et de renouvellement vécue différemment
selon l'état du développement, le tempérament, les tendances et les
moyens d'expression de chacun. »
A partir de cette définition l'auteur va étudier l'évolution du dessin
et de la structuration graphique des enfants âgés de moins de 10 ans.
Son analyse est à la fois structurale et fonctionnelle. C'est ainsi qu'il
s'intéresse successivement : au problème de l'aptitude au dessin (per
ception, imagination, motricité), puis à la signification, à l'ordre, à la
forme, au mouvement, à la construction du dessin et enfin aux pro
cessus d'abstraction intellectuelle et de projection affective.
S. E.
SUTTER (J.). — Le mensonge chez l'enfant. — In-8° de 170 pages,
Paris, Presses Universitaires de France, 1956.
L'auteur s'est donné pour but d'éclairer parents et éducateurs sur
le mensonge, ses différentes variétés et conditions. Il cherche aussi à
préciser la position que doit prendre l'adulte devant le mensonge de
l'enfant et les méthodes qu'il est désirable d'utiliser tant devant le
mensonge constitué que dans sa prophylaxie.
Les aspects psychologique, moral, social et psycho-biologique du sont nettement mis en évidence.
L'auteur parle ensuite, se plaçant au point de vue psycho-génétique,
A. l'SYCHOL. 58 20 306 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de l'inexistence du mensonge constitué chez le jeune enfant. En effet,
son organisation intellectuelle et affective ainsi que son imagination
prompte font que l'enfant au-dessous de 7 ans ne fait, en réalité que des
« pseudo-mensonges », pseudo-mensonges à propos desquels l'auteur
insiste et dont il fournit plusieurs exemples détaillés.
Suivent ensuite des considérations sur le mensonge pathologique
constatable dans les arriérations, les psychoses, les déséquilibres fonc
tionnels et le mensonge-névrosé.
L'adulte doit prendre, devant tout mensonge, une attitude à la fois
comprehensive et vigilante et observer avec lucidité ses propres réactions
au constat des manquements de l'enfant. C'est seulement à cette condi
tion que l'adulte peut dépasser les sentiments de colère, de répulsion
ou de susceptibilité qu'il peut être amené à éprouver devant tout men
songe commis par tout enfant dont il a la charge.
R. S.
MARCHAND (M.). — Hygiène affective de l'éducateur, d'après la
notion de « Couple de l'élève et de l'éducateur considérés dans leurs
relations concrètes ». Essai sur une éducation à base existentielle. —
In-8° de 133 pages, Paris, P.U.F., 1956.
Ce petit livre est agréable à lire et donne à penser. Son auteur,
inspecteur primaire en Oranie, y développe à nouveau les idées de sa
thèse publiée à Oran en 1954. Les meilleurs passages de ce livre sont
sans doute les tableaux que l'A. nous donne d'un certain nombre de
maîtres, d'un certain nombre de situations pédagogiques. Les éléments
de ces tableaux sont fournis par des confidences de maîtres et d'élèves
et organisés par l'humour impitoyable de cet inspecteur existential
iste. Jamais peut-être un homme du métier n'a dénoncé avec tant de
lucidité tout à la fois l'indifférence, l'égoïsme, le despotisme de certains
maîtres, la prétention à la camaraderie ou la pédagogie « amoureuse » de
certains autres. L'A. est guidé dans sa critique par les notions d'exis
tence et de devenir telles que la philosophie contemporaine les a valo
risées. L'écolier ne doit pas être traité comme un objet, il ne doit pas non
plus être entretenu et couvé dans son état d'enfant comme le voudrait
une pédagogie prétendue moderne. Les maîtres, dit-il, doivent être
« des souverains éclairés qui n'ont d'autre souci que celui d'apprendre à
leurs sujets à être rois en eux-mêmes ». Cela est excellent et fort bien dit.
Pour guider l'analyse des situations l'A. décrit, à titre indicatif,
trois catégories de types existentiels de couples maître-élève : les couples
placés sous le signe de l'égoïsme du maître et de l'indifférence à l'enfant
(cas amorphes) ; les couples placés sous le signe de l'impérialisme du
maître (cas de tension) ; les couples placés sous le signe de l'échange
et du renoncement (cas d'harmonie).
On doit savoir gré à l'A. d'attirer l'attention sur les relations
concrètes entre l'éducateur et l'élève, sur leur « lutte existentielle »,
quoiqu'en fin de compte d'ailleurs descriptions et développements LIVRES 30;
concernent bien plus la sociologie de la classe que la psychologie du
couple. On peut cependant regretter que sa philosophie existentialiste
le conduise à diminuer, qu'il le veuille ou non, les valeurs du savoir
et de la raison. « Que l'éducateur ne croie pas que... dans cet art que
représente l'éducation... il sera aidé par son instruction, par des méthodes
techniques et par une préparation professionnelle poussée. Il se définira
non par sa culture... Il n'aura de valeur que par la qualité de sa
présence. » De tels propos qui s'inscrivent dans toute une tradition
d'obscurantisme risquent de discréditer les idées neuves et valables
qu'apporte ce petit livre.
L'attitude de notre inspecteur primaire envers la connaissance
scientifique de l'enfant est d'ailleurs significative. Il parle avec court
oisie de certains psychologues comme Binet et Piaget mais ses véritables
références sont Sartre et .Bergson. La psychologie scientifique est chose
admise mais secondaire. Et il peut longuement disserter sur la situa
tion d'échange dans le couple idéal sans jamais se référer à tout ce que la
psychologie contemporaine nous apprend sur la conquête de l'auto*
nomie par l'enfant. Croit-il vraiment que l'intuition suffit à son édu
cateur idéal pour comprendre les besoins de l'enfant et y satisfaire ?
Certes, notre auteur se fait aussi enquêteur. Mais on se met alors à
douter, en lisant le texte des questions qu'il pose aux enfants de six à
quatorze ans, de ses qualités de psychologue au sens le plus banal du
mot. « T'es-tu quelquefois vengé sur toi-même des méchancetés d'un
maître en ne mangeant pas, leur demande-t-il, ou bien en penchant
ton écriture dans un autre sens ? en te piquant avec une plume ? »
Ce petit livre donne beaucoup à penser, sur les insuffisances de la
pédagogie traditionnelle et de la psychologie scientifique, mais aussi
sur les perversions que certaines modes philosophiques peuvent faire
subir aux idées les plus justes.
R. Z.
DRESE (P. O.). — La didactique expérimentale de W. A. Lay. —
In-8° de 139 pages, Louvain, Nauwelaerts, 1956.
C'est dans le cadre d'une collection d' « études et recherches de
pédagogie expérimentale » dirigée par R. Buyse que .paraît cette présen
tation de la vie et de l'œuvre scientifique d'un des pionniers allemands
de la pédagogie expérimentale.
Sur la philosophique, la pédagogie « expériencée » et
la didactique expérimentale, A. Lay (1862-1926) a publié des travaux
étendus sinon d'égale valeur. D'abord fortement marqué par l'influence
de Meumann dont il fut longtemps le meilleur collaborateur puis se
sépara après une rupture retentissante, Lay associe la recherche expé
rimentale à une pédagogie de l'action dont il essaie de fournir la justi
fication biologique. Il veut aboutir à une pédagogie intégrale qui sera
« la nouvelle pédagogie allemande » et où « la foi allemande devra rem
placer l'intérêt latin ». ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 308
Après des affirmations de ce genre, on ne s'étonne plus de lire sous
la plume de P. O. D. que «Lay, auteur confus, n'est pas parvenu à établir
clairement le rôle de la pédagogie expérimentale ». Il ne semble donc pas
qu'il y ait un grand intérêt à exhumer une œuvre dont on souhaiterait
qu'elle appartienne à des temps révolus.
H. G. A.
MAKARENKO (A. S.). — L'éducation dans les collectivités d'enfants,
(textes choisis, traduits et présentés par Irène Lézine, préface de
L. Le Guillant). — In-8° de 227 pages, Éditions du Scarabée, 1957.
Ce nouveau choix de textes de Makarenko replace son œuvre dans son
contexte historique grâce à des extraits de correspondance entre Maka
renko et Maxime Gorki. Suivent des textes théoriques, et des rapports
officiels rédigés à l'intention du ministère de l'Éducation nationale. Les
applications pratiques des idées chères à Makarenko nous apparaissent
également grâce à des passages de ses carnets d'observation ou à des des
criptions empruntées à des romans et nouvelles. Quel que soit l'angle sous
lequel est envisagé le problème de l'organisation de la collectivité, clé de
voûte de toute cette pédagogie, l'A. ne se départit jamais de son bon
sens, de son humour et de son optimisme. Les principes essentiels du
makarenkisme restent largement appliqués dans le système scolaire
actuel en U.R. S. S. toujours fidèle à ses conceptions de l'éducation dans
et par la collectivité, et qui s'inspire de ses théories de l'action parallèle,
des lignes de perspective et de la liaison étroite entre le travail scolaire
et l'évolution des plans d'ensemble du pays.
I. L.
Études de pédagogie expérimentale, IIe Colloque de Saint-Cloud. —
Cahiers de Pédagogie expérimentale et de Psychologie de l'Enfant,
n° 15, Neuchâtel et Paris, Delachaux & Niestlé, 1957.
Les études de pédagogie expérimentale, que nous trouvons dans ce
cahier, ne constituent pas la totalité des communications présentées
au IIe Colloque de Saint-Cloud. N'ont été ici retenues, pour des raisons
de place, que celles qui se groupaient autour du problème de la langue
française. Au total, 5 recherches nous sont exposées : la première concerne
l'élaboration d'un vocabulaire de français élémentaire à l'usage des
adultes d'outre-mer, 3 portent sur les connaissances grammaticales des
enfants de 11-12 ans et la dernière sur l'apprentissage de la lecture.
C'est à dessein que dans chaque communication les auteurs ont
moins mis l'accent sur les résultats que sur la façon dont ils ont posé les
problèmes. Le souci dominant — il suffit de lire les interventions de
H. Gratiot-Alphandéry et de H. Husson ainsi que le compte rendu des
discussions pour s'en convaincre — était de mieux définir les tâches et
les méthodes de la pédagogie expérimentale.
Entreprise aisée, semble-t-il à première vue. Ainsi, dans les recherches LIVRES 309
respectives de R. Gai et G. Goosens, le processus de réflexion est fort
simple : les enfants de tel âge, de telle classe, ont en vertu des programmes
telles notions à acquérir (en l'occurrence telles connaissances grammati
cales) ; demandons-nous donc dans quelle mesure ces notions sont
acquises dans la pratique et dans la mesure où elles ne sont pas acquises
de façon satisfaisante, quelles conséquences pédagogiques il y a lieu
d'envisager.
Même schéma dans la recherche de S. Roller, sinon, en plus, qu'il
essaie de déterminer expérimentalement la valeur à un âge donné d'un
entraînement pédagogique spécial (à propos de l'accord des participes
passés précédés de l'auxiliaire avoir).
C'est dans la même perspective encore que se place H. Husson
lorsqu'il énumère les 3 types de problèmes que la Pédagogie expéri
mentale doit s'assigner : Par quelles méthodes pédagogiques peut-on
le plus facilement assurer l'enseignement des diverses notions et tech
niques qui font l'objet des programmes ? A quel âge enseigner les
notions et techniques dont l'assimilation pose des problèmes, autrement
dit : quelle progression suivre ? Quelles sont les matières à faire entrer
dans les programmes d'enseignement ?
Cependant l'unanimité est loin de se réaliser sur des objectifs. « Vous
simplifiez exagérément les problèmes », dit M. Cabus. Le vice fonda
mental de toute une série de recherches est d'admettre que ce qui se
fait est aussi ce qui doit se faire. Vous érigez en « norme-valeur » ce qui
doit rester une « norme-fait ». Vous oubliez de vous demander si certaines
pratiques pédagogiques qui sont à la base des acquisitions sur lesquelles
s'opèrent vos contrôles ne correspondent pas à des absurdes
ou exagérément difficiles (orthographe) et d'autre part si les difficultés
d'assimilation ne proviennent pas de causes strictement pédagogiques
nullement imputables à l'enfant.
« Vous oubliez, dit M. Fabre, que le fait de l'éducation est la présence
d'un groupe scolaire dans lequel l'enfant change totalement de Psychol
ogie ; l'action de l'éducateur ne peut se faire que par son intermédiaire.
Il faut créer une sorte de convergence, une attitude de volonté et le fac
teur éducatif est la conscience de cette volonté. La méthode d'ense
ignement n'est que l'aspect extérieur des choses. Le problème réel est
surtout d'ordre psychologique : comment créer les conditions pour que
l'enfant se trouve dans une position telle qu'il soit capable d'assimiler
une notion. »
Enfin, il appartenait aux Psychologues scolaires d'insister pour que
la Pédagogie expérimentale ne fut pas coupée de la Psychologie scolaire.
La façon dont a été menée, par certains d'entre eux, l'enquête sur les
conditions d'apprentissage de la lecture, montre qu'ils n'acceptent pas
que l'on dissocie l'étude de la valeur respective des méthodes de l'étude
individuelle des cas de réussite et d'échecs mis en rapport avec un
ensemble de facteurs susceptibles de les expliquer et dont la modification
est à rechercher si l'on veut obtenir une amélioration de rendement.

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