Psychologie de la connaissance des objets. Catégories et propriétés, tâches et domaines d'investigation - article ; n°2 ; vol.103, pg 223-256

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L'année psychologique - Année 2003 - Volume 103 - Numéro 2 - Pages 223-256
Résumé
La « catégorie » est une entité cognitive à laquelle correspondent des mécanismes, des processus, des opérations et des actions dénommés sous le terme générique de « catégorisation ». Tous les domaines de recherche de la psychologie utilisent ce concept et des moyens d'investigation associés. L'objectif de cet article est de présenter une revue critique des diverses utilisations de ce concept dans les différentes disciplines de la psychologie, ainsi que les tâches expérimentales qui servent à étudier ce concept pour aboutir à une description comparative aussi complète que possible de ce qui apparaît être un des concepts fondamentaux de la psychologie.
Mots-clés : catégorie, tâches de catégorisation, taxonomie, domaines de la psychologie.
Summary : The Psychology of Object knowledge : Categories, Tasks and domains of Investigation.
A « category » is a cognitive entity associated with a number of mechanisms, processes, types of computation and actions called « categorization ». Every research domain in psychology uses this concept, which is studied using various tasks as investigation tools. This paper presents a critical description of these tasks and points out how this concept is used in the different fields of psychology. The aim is to provide a comparative description, which is as complete as possible, of the use of what appears to be one of the fundamental concepts in psychology.
Key words : category, categorization tasks, taxonomy, psychological domains.
34 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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Charles-Albert Tijus
F. Cordier
Psychologie de la connaissance des objets. Catégories et
propriétés, tâches et domaines d'investigation
In: L'année psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 223-256.
Résumé
La « catégorie » est une entité cognitive à laquelle correspondent des mécanismes, des processus, des opérations et des actions
dénommés sous le terme générique de « catégorisation ». Tous les domaines de recherche de la psychologie utilisent ce
concept et des moyens d'investigation associés. L'objectif de cet article est de présenter une revue critique des diverses
utilisations de ce concept dans les différentes disciplines de la psychologie, ainsi que les tâches expérimentales qui servent à
étudier ce concept pour aboutir à une description comparative aussi complète que possible de ce qui apparaît être un des
concepts fondamentaux de la psychologie.
Mots-clés : catégorie, tâches de catégorisation, taxonomie, domaines de la psychologie.
Abstract
Summary : The Psychology of Object knowledge : Categories, Tasks and domains of Investigation.
A « category » is a cognitive entity associated with a number of mechanisms, processes, types of computation and actions called
« categorization ». Every research domain in psychology uses this concept, which is studied using various tasks as investigation
tools. This paper presents a critical description of these tasks and points out how this concept is used in the different fields of
psychology. The aim is to provide a comparative description, which is as complete as possible, of the use of what appears to be
one of the fundamental concepts in psychology.
Key words : category, categorization tasks, taxonomy, psychological domains.
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Tijus Charles-Albert, Cordier F. Psychologie de la connaissance des objets. Catégories et propriétés, tâches et domaines
d'investigation. In: L'année psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 223-256.
doi : 10.3406/psy.2003.29635
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2003_num_103_2_29635L'Année psychologique, 2003, 103, 223-256
NOTES
NOTE THÉORIQUE
Laboratoire Cognition et Usages
FRE CNRS 2627, Université Paris VHP
Laboratoire Langage et (LaCo)
UMR CNRS 6096, de Poitiers
PSYCHOLOGIE DE LA CONNAISSANCE DES OBJETS.
CATÉGORIES ET PROPRIÉTÉS, TÂCHES
ET DOMAINES D'INVESTIGATION
Charles TlJUS2 et Françoise CORDIER
SUMMARY : The Psychology of Object knowledge : Categories, Tasks and
domains of Investigation.
A « category » is a cognitive entity associated with a number of mechan
isms, processes, types of computation and actions called « categorization ».
Every research domain in psychology uses this concept, which is studied using
various tasks as investigation tools. This paper presents a critical description
of these and points out how this concept is used in the different fields of
psychology. The aim is to provide a comparative description, which is as comp
lete as possible, of the use of what appears to be one of the fundamental
concepts in psychology.
Key words : category, categorization tasks, taxonomy, psychological
domains.
« Une catégorie existe dès lors que deux ou plusieurs objets
ou événements qui peuvent être distingués sont traités de
manière équivalente. Ce traitement équivalent peut prendre plu
sieurs formes, telle la dénomination commune d'objets ou celle
1. 2, rue de la Liberté, 93256 Saint-Denis Cedex 02.
2. E-mail : tjus@univ-paris8.fr. 224 Charles Tijus et Françoise Cordier
d'événements distincts, ou encore la production d'une même
action sur des objets différents. Les configurations de stimuli
sont uniques, mais les organismes ne les traitent pas de manière
unique ; ils répondent sur la base d'apprentissages qui ont eu
lieu dans le passé. En ce sens, la catégorisation peut être consi
dérée comme l'une des fonctions de base des êtres vivants »
(Mervis et Rosch, 1981).
Cette mise en perspective de la catégorie et de la catégorisa
tion par Mervis et Rosch, deux auteurs bien connus, met bien en
valeur leur place de « pierre d'angle » de la cognition. Dans la
mesure où une catégorie peut être approchée à la fois en exten
sion (il s'agit de l'ensemble des objets que recouvre la catégorie)
et en compréhension (il s'agit de la liste des descripteurs et de
leurs relations qui permettent d'en cerner la signification), cet
article se donne pour but de faire un état des différentes procé
dures expérimentales qui permettent d'atteindre l'un ou l'autre
de ces objectifs. Au travers de ces procédures, des acceptions dif
férentes du terme « catégorisation » apparaîtront sans nul
doute : affectation catégorielle par reconnaissance de l'objet
(Lakoff et Johnson, 1980), assignation d'objets nouveaux à une
catégorie (Anderson, 1990), recours aux catégories au muyen de
leur dénomination... Tout cela laisse constant l'aspect fonda
mental : on cesse de traiter l'objet comme quelque chose
d'unique pour le situer dans le monde par rapport aux autres
objets. Une première fonction de la catégorisation est ainsi la
représentation et compréhension du monde. Beaucoup de caté
gories étant véhiculées par le langage, elles permettent à l'enfant
qui acquiert le langage de « découper le monde » d'une certaine
manière. Ce « découpage » du monde est signifiant et ne relève
pas de l'objet lui-même. Une seconde fonction de la catégorisa
tion est l'attribution et la sélection de propriétés. Catégoriser un
objet dans une catégorie connue permet d'attribuer à cet objet
les propriétés de la catégorie alors que ces propriétés n'auront
pas été perçues auprès de cet objet. Une catégorie est ainsi un
support inférentiel puissant.
Ainsi définie, et son importance établie, la catégorisation
pourrait être un concept partagé entre psychologues. Toutefois,
la psychologie n'est pas une discipline unitaire, et dans la
recherche, des approches différentes se sont mises en place selon
leur finalité : si les études contribuent globalement à une meil
leure connaissance de l'homme, elles prennent des voies différen- Les tâches de catégorisation 225
tes selon qu'il s'agit de l'homme en général, de l'homme social,
de l'homme en développement, de l'homme malade, de l'homme
au travail... De nombreuses variantes de la tâche de catégorisa
tion sont alors utilisées.
Nous avons dressé une description formelle de la tâche de
catégorisation (section I) et nous l'avons confrontée aux diverses
méthodes utilisées et aux tâches de catégorisation dans les
domaines de la psychologie (section II). Nous aboutissons de la
sorte à un repérage des aspects de la qui sont étu
diés et de ceux qui le sont moins, tout en ayant une description
comparative entre les méthodes et entre les domaines. Enfin, en
conclusion nous dressons une synthèse des déterminants de la
catégorisation débattus en psychologie.
1. FORMALISATION DES TACHES
DE CATÉGORISATION
1.1. OBJETS ET CATEGORIES
« Meuble », par exemple, est un mot qui désigne une caté
gorie d'objets. Cette catégorie est une entité qui n'est que cogni
tive dans la mesure où, si on peut montrer des objets qui sont
considérés comme appartenant à cette catégorie, il est imposs
ible dans le même temps de trouver un objet qui ne serait que
« meuble », c'est-à-dire qui n'aurait comme propriétés que les
propriétés communes à tous les meubles. Il est impossible de
montrer un représentant d'une catégorie sans montrer en même
temps plus que l'abstraction qui constitue la catégorie. Il
s'ensuit que pour étudier la catégorie, entité cognitive inobser
vable, on peut utiliser soit les objets eux-mêmes, associés ou non
à un mot qui peut renvoyer à la catégorie ou à l'une de ses pro
priétés (fig. 1, graphe du haut), soit utiliser seulement la dénomi
nation pour évoquer la catégorie (fig. 1, graphe du bas).
Étudier l'apprentissage de catégories ou le développement
des activités de catégorisation, ce qui suppose que les catégories
ne sont pas connues, va requérir la présentation d'objets, ou de
représentations externes d'objets (dessins, photos, etc.), associée
ou non à des mots. D'un autre côté, utiliser seulement des déno
minations suppose qu'elles puissent évoquer des catégories 226 Charles Tijus et Françoise Cordier
1 [>agir
agir
catégorie
propriétés
selon dénomination
grouper-différencier 1 ^ catégorie
ustifier selon dénomination
propriété
inference
catégorie
enominaion
propriétés
grouper-différencier
2flfdénomination
propriétés
■ catégorie
2 $> propriété
Fig. 1. — L'arbre des tâches de catégorisation
The categorization task tree
connues. On voit que ce type de matériel va correspondre à des
types de tâches qui visent à étudier les catégories connues ou
encore l'organisation des connaissances en mémoire (tâche
d'appartenance catégorielle : « Un ananas est-il un fruit ? »,
tâche d'attribution : « Un ananas pousse-t-il sur un arbre ? ») et
que l'homogénéité de la langue maternelle des participants est
importante, alors que l'on s'en soucierait moins — mais le doit-
on ? — lorsqu'il ne s'agit que de regrouper ou séparer des objets
divers. Les tâches de catégorisation 227
1.2. L'ETUDE DE LA CATEGORISATION UNIQUEMENT
À PARTIR D'OBJETS
Nous nous sommes demandé, sans a priori, s'il était possible
d'étudier la catégorisation à partir d'un seul objet (graphe du
haut : 1). C'est le cas lorsqu'on donne un objet à une personne,
qu'elle le regarde, et qu'on observe comment elle le regarde, avec
un oculomètre par exemple (tâche 1.1). Si elle le regarde comme
sont regardés les objets d'une catégorie, on pourrait en inférer
l'existence de la catégorie. Cela suppose évidemment une
connaissance du chercheur sur la manière dont ce type d'objet
est regardé lorsqu'il est connu.
La même observation pourrait être faite en se focalisant sur
l'action. Il suffit de mettre quelqu'un devant un ordinateur pour
savoir s'il sait l'utiliser. Cela suppose que l'objet soit regardé
(tâche 1.1.1). On voit aussi qu'il est possible d'associer
l'oculométrie au recueil des actions faites sur l'objet. Enfin, on
peut demander au participant de nommer l'objet regardé
(tâche 1.1.2), voire de le nommer et d'agir (tâche 1.1.2.1).
Ces deux premières branches de l'arbre « objet » (graphe du
haut : 1) correspondent à des méthodes qui visent obligatoir
ement au repérage de catégories connues et requièrent du cher
cheur une bonne connaissance de l'expérience que les partici
pants ont des catégories de référence. Avec un paradigme
expérimental fondé sur un seul objet, il n'y a pas d'autres
méthodes. Notons que la modalité visuelle ici retenue peut être
remplacée par d'autres (toucher, sentir, goûter..., comme dans
les études de dénomination utilisées en analyse sensorielle, par
exemple) et que l'objet peut être très complexe (un système
technique par exemple, comme dans les études en ergonomie
cognitive qui analysent l'utilisation d'un nouveau dispositif en
prédisant ce que les utilisateurs sauront faire à partir de la
connaissance de dispositifs de référence).
Il est possible de présenter en même temps ou séquentiell
ement deux objets, voire un groupe d'objets d'un côté et un objet
de l'autre, ou encore deux groupes (tâche 1.1.3.1) avec
comme objectif l'observation de l'opération de regroupement
visé par la catégorisation (tâche 1.1.3.1.1). La méthode de
base consiste à fournir un premier objet, puis un second. Le par
ticipant les met librement ensemble ou non. On renouvelle 228 Charles Tijus et Françoise Cordier
l'opération avec un troisième objet, et ainsi de suite. Le nombre
d'objets à grouper-séparer peut être variable, le nombre de grou
pes à constituer peut être indéfini ou être le plus petit possible, le
groupement peut être structuré selon un critère d'inclusion en
constituant des groupes de groupes, et le participant peut ou
non pouvoir défaire les groupes constitués. Enfin, on lui
demander de justifier ses groupements, soit selon la catégorie
(tâche 1.1.3.1.1.1.1 : « comment appeler ce groupe ? »), soit
selon les propriétés (tâche 1.1.3.1.1.1.2 : « peux-tu me décrire
ce groupe ? »). Les cas que nous venons de voir correspondent
aux cas où l'on désire étudier le processus de construction de
catégories en variant par exemple le degré de similarité entre les
objets.
Grouper et séparer les objets peut être associé à un critère
donné verbalement (tâche 1.1.3.1.1.2: « parmi ces objets,
quels sont ceux qui servent à cuisiner ? »). On peut d
emander de justifier les groupes à partir d'une dénomination
(tâche 1.1.3.1.1.3) qui peut renvoyer à une catégorie connue
(ce sont des « poissons »), ou nouvelle ( « ce sont des X » ). On
peut aussi demander de désigner les objets qui correspondent à
une catégorie (tâche 1.1.3.1.1.3:« montre-moi les pciscons »).
On peut recueillir une justification en termes de catégorie
(tâche 1.1.3.1.1.3.1 : « pourquoi peut-on dire que ce sont des
poissons ?, ou des X ? ») ou de propriétés (tâche 1.1.3.1.1.3.2 :
« à partir de quoi peut-on dire que ce sont des poissons ?, ou
des X ? »). On le voit, le langage peut être utilisé pour étudier
comment les catégories connues sont construites et organisées
(tâche 1.1.3.1.1.1), pour voir si la catégorisation est possible 1.1.3.1.1.2), par exemple à partir de critères multiples,
ou encore pour observer l'effet de la dénomination sur la catégori
sation (tâche 1.1.3.1.1.3).
1.3. L'ÉTUDE DE LA CATÉGORISATION UNIQUEMENT
À PARTIR DE DÉNOMINATIONS
On peut étudier la catégorisation à partir d'un paradigme
expérimental basé sur la présentation d'un seul mot. S'il s'agit
d'un mot désignant une catégorie, on peut recueillir les proprié
tés (tâche 2.1: « décrire une pomme »). S'il s'agit d'une pro
priété, on peut nommer la catégorie (tâche 2.2 : « qu'est-ce qui a Les tâches de catégorisation 229
de grandes oreilles ? »). Comme pour les objets, on peut présen
ter simultanément ou successivement des mots ou des ensembles
de mots à grouper et séparer (tâche 2.3.1). Ces mots peuvent
être des propriétés, pour constituer des dimensions («jaune,
bleu, etc. » pour constituer « couleur ») ou retrouver des corréla
tions entre propriétés ( « petit, faible » ), ou encore des catégor
ies pour constituer des hiérarchies de catégories ( « poisson,
chat, etc. pour animal » ). On peut demander de justi
fier selon la catégorie (tâche 2.3.1.1.1) ou selon les propriétés
(tâche 2.3.1.1.2). Enfin, on peut s'intéresser aux relations
entre mots (tâche 2.3.2 : entre « chat » et « animal », entre
« voiture et roue », entre « 3 » et « 5 »), ou encore aux infe
rences qui peuvent découler des mises en relation (« Pierre »
« malade », que va-t-il se passer ?). Ces dénominations peuvent
être des mots, mais aussi des propositions dans la mesure où peu
vent être présentées des descriptions de la catégorie cible, ou
encore des ensembles de catégories.
1.4. L'APPORT CRITIQUE D'UNE ONTOLOGIE DES TACHES
DE CATÉGORISATION
L'arbre des tâches donné dans la figure 1 synthétise selon
nous l'ensemble des tâches qu'il est possible de construire pour
étudier la catégorisation. Cette analyse formelle permet (i) de
situer les tâches utilisées à partir de l'arbre pour les comparer à
partir d'une description commune, et (ii) de dresser des do
maines de tâches qui vont dépendre à la fois du domaine d'étude
(les études sur le langage utiliseront des dénominations, par
exemple) et de la population (étudiant la catégorisation auprès
des nourrissons, les tâches vont se limiter au regard et à
Faction). Enfin, l'utilisation d'une telle ontologie peut révéler la
prédilection de certaines des sous-disciplines de la psychologie
pour certaines tâches plutôt que pour d'autres. 230 Charles Tijus et Françoise Cordier
2. LES TACHES CLASSIQUES
ET LEUR UTILISATION
DANS LES DIFFÉRENTS DOMAINES
DE LA PSYCHOLOGIE
2.1. LES TACHES D'HABITUATION
Les tâches d'habituation sont des tâches destinées à aborder
la catégorisation avec des nourrissons, en se basant sur leur pré
férence pour ce qui est nouveau. Elles se déroulent en deux phas
es. Au cours de la première phase, ou phase d'entraînement, on
présente au tout-petit un certain nombre de dessins qui présen
tent des variations sur une ou plusieurs caractéristiques. Cette
procédure est une adaptation de la technique d'habituation
visuelle (branche 1 . 1 de l'arbre des tâches), pour laquelle on ne
présente qu'un seul exemplaire de manière répétée. De nou
veaux exemples appartenant à la même catégorie et des exemp
laires étrangers sont proposés lors d'une phase-tf»st. S'il y a
catégorisation de» éléments présentés lors de la première phase,
les temps d'observation des nouveaux exemples catégoriels en
phase-test doivent traduire une habituation : ils doivent être
plus courts dans la mesure où ils ont perdu le caractère de nou
veauté qui leur est attaché (Streri, 2000).
Les tâches d'examen de l'objet peuvent être considérées
comme une variante des tâches d'habituation. Il s'agit d'obser
ver un certain nombre d'objets, en les manipulant successive
ment, de manière à ce qu'ils deviennent familiers. Après cette
étape de familiarisation, on propose soit un nouvel objet appar
tenant à la catégorie, soit un objet étranger. On s'attend à ce que
le temps d'examen de l'objet étranger soit comparativement
plus long (Mandler et McDonough, 1993).
Les tâches d'habituation et d'examen visent ainsi à inférer à
partir du regard l'affectation catégorielle d'un nouvel objet dans
une catégorie expérimentalement réalisée (tâche 1.1.3.2). Les tâches de catégorisation 231
2.2. LES TACHES DE GROUPEMENT
ET DE CLASSEMENT D'OBJETS
Les épreuves de catégorisation et de classement prennent dif
férentes tournures en fonction des participants, et en particulier
de leur âge. On peut inclure ici des tâches qui se basent sur une
manipulation d'objets et l'observation par l'expérimentateur de
leur regroupement (Bauer et Mandler, 1989), et des tâches plus
abstraites pour lesquelles il faut « mettre ensemble ce qui va
ensemble », le matériel pouvant être de différente nature : figures
géométriques, dessins, mots... (Carbonnel, 1982), en passant par
les épreuves piagétiennes d'inclusion de classe (Barrouillet, 1989).
Toutes ces tâches, du type 1.1.3.1.1, sont des tâches qui
n'utilisent pas le langage pour désigner des catégories ou des
propriétés, que ce soit comme critère de groupement, ou comme
justification fournie par le participant. Les opérations de grou
pement demandées peuvent toutefois être très fines en portant
sur de faibles variations entre objets et très complexes lors
qu'elles requièrent un nombre important de manipulations
d'objets à grouper et différencier. A cet égard, elles informent
beaucoup sur le développement cognitif. Les tâches de classifica
tion, par exemple, qui consistent à réaliser des groupes distincts
d'objets selon leurs ressemblances/différences, sont souvent uti
lisées pour étudier la genèse, le traitement des catégories, et
identifier les propriétés prises en compte. Différentes sortes de
tâches de classement sont disponibles : des tâches de choix forcé
ou de catégorisation libre, des tâches de catégorisation simple ou
multiple, des tâches de classement, de sériation, de numération
et de quantification de l'inclusion.
Lorsqu'il n'y a pas de relation d'ordre entre les groupes
d'objets, il s'agit d'une simple épreuve de catégorisation.
Entrent dans ce cadre les choix forcés d'appariement de deux
figures géométriques avec une figure standard, ou encore la
méthode d' « extraction forcée » qui consiste à décider, parmi
trois Stimuli, celui qui ne va pas avec les deux autres. Les tâches
de catégorisation libre ou spontanée demandent simplement aux
participants de séparer les objets en différents groupes, ou
encore de mettre ensemble ce qui va ensemble.
Les tâches de classification simple (selon une dimension, la
couleur par exemple) ou multiple (selon plusieurs dimensions, la

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