— Psychologie des enfants et pédagogie - compte-rendu ; n°1 ; vol.1, pg 466-483

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L'année psychologique - Année 1894 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 466-483
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1894
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XI. — Psychologie des enfants et pédagogie
In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 466-483.
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XI. — Psychologie des enfants et pédagogie. In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 466-483.
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PSYCHOLOGIE DES ENFANTS ET PÉDAGOGIE
SOMMAIRE
Sensations. — Évolution du sens des couleurs chez les enfants, par Gar-
bini ; Expériences de Gilbert sur la sensibilité musicale des enfants.
— Mouvements. Expériences de Hancock sur l'habileté motrice des
enfants. — État physique. Recherches de Venn sur la corrélation de la
puissance physique et de la puissance intellectuelle. Notes complément
aires de Binet. Recherches de Mosso, de Hofpner et de Keller sur la
fatigue des écoliers. — Sentiments. Recherches de Schallenberger sur
la notion qu'ont les enfants de leurs droits et devoirs. Jeux d'enfants,
imitation, etc. — Hérédité. Yoder : l'enfance des grands hommes, etc.
BALDWIN (M.). — Suggestion de personnalité (Personality suggest
ion). (Psych. Rev., vol. I, n° 5, mai 1894, p. 274 à 281.)
Cet article com plète un autre article du même auteur sur Ylmila-
tion (Mind., janv. 1894, p. 26-55). M. Baldwin, d'après des observa
tions faites sur ses deux enfants, décrit sous le nom de suggestion de
personnalité la manière dont les enfants entrent en relation psycho
logique avec les personnes. Il distingue quatre degrés : 1° une dis
tinction entre les personnes et les objets, fondée sur les mouvements
des personnes ; 2° un sentiment de l'irrégularité des
des personnes, comparativement à la régularité des
des objets; 3° un sentiment du caractère personnel des individus;
4° l'attribution aux individus des propres sentiments que l'enfant
éprouve. A. Binet.
DE WE Y (J.). — La psychologie du langage des enfants.
(Psych. Rev. I, n°l, p. 63-66.)
Quelques remarques sur un travail de M. Tracy paru en 1893 sur
le Langage de l'Enfance (Am. Jour, of Psychol., VI, n° 1). En compt
ant le nombre moyen des parties du discours, employées par 20 en
fants, M. Tracy arrive au résultat suivant : noms, 60; verbes, 20;
adjectifs, 9; adverbes, 5; pronoms, 2; prépositions, 2; interjec
tions, 1,7; conjonctions, 0,3. 467 GARBINI
M. Dewey, après avoir donné quelques résultats personnels, fait
remarquer la difficulté qu'il y a à interpréter le langage des enfants
d'après nos règles grammaticales ; il est probable que dans beaucoup
de cas l'enfant donne le sens d'un verbe au nom qu'il emploie. Quoi
qu'il en soit, le nombre de verbes employés par l'enfant est supérieur
au nombre qu'on rencontre dans le langage normal, nombre qui est
de 11 p. 100 : cet excès des verbes prouverait la prépondérance des
concepts d'activité dans l'esprit des enfants.
A. Binet.
A. G ARBINI. — Évolution du sens chromatique chez les enfants
(Broch. italienne, 104 p., in-8°, Vérone, 1894.)
Travail très méthodique, contenant des résultats fort instructifs.
Cuignet (Annales d'oculistique, vol. XLVI, p. 117, Bruxelles); Vie-
rordt (Physiologie des Kindes, 1877); Schaffhausen (Verhand. der
Berlin. Gcsellsch. für Anthr., 1878) ; Uffelmann (Handbuch der privat
en und öffentlichen Hygiene des Kindes, Leipzig, 1881) ont étudié
déjà cette question. Preyer, en employant ce que j'ai appelé la mé
thode d'appellation, qui consiste principalement à faire nommer les
couleurs par l'enfant ou à lui faire donner les couleurs qu'on lui
nomme, a vu sur son enfant que l'ordre de désignation correcte des
couleurs est le suivant : jaune, rouge, violet, orangé, vert, bleu.
(Preyer, Die Seele des Kindes, Leipzig, 1884.)
J'ai employé chez un enfant de deux à trois ans la méthode de
reconnaissance, qui consiste à retrouver une couleur, un écheveau de
laine, d'abord montré et ensuite confondu avec d'autres ; l'ordre cor
rect a été : rouge, bleu, orangé, violet, vert, jaune (Binet, 'Percep
tions d'enfants, Revue philosophique, 1890, p. 582). M. Garbini l a
fait des observations sur une plus grande échelle, sur 323 enfants. Il
divise le développement du sens visuel chez les enfants en plusieurs
périodes :
lre période. A la naissance, l'enfant est photophobe, comme le sont
les individus nouvellement opérés des yeux, comme l'est toute per
sonne qui, après avoir gardé longtemps les yeux fermés, les ouvre
brusquement à la lumière ; l'enfant ne bat pas des paupières à la
lumière, mais les ferme énergiquement ; cette occlusion des yeux
accompagne, il est vrai, toutes les sensations douloureuses des enfants,
mais on a des raisons de croire qu'elle est produite ici par la lumière
elle-même. Très vraisemblablement l'enfant, à cette époque, n'est
(1) M. Garbini ne cite pas le travail de Wolfe, qui a fait des expériences
sur les enfants de l'école de Lincoln-Nebraska, et trouve que les couteurs
les mieux perçues sont dans l'ordre suivant : blanc, noir, rouge, bleu,
jaune, vert, rose, orangé et violet. (Voir Wolfe, On the Color-Vocabulory
of Children, Nebraska University Studies, juillet 1890, p. 205 à p. 234.)
Ces résultats different de ceux de Preyer, des miens et de ceux de
Garbini. 468 L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. 1894
point sensible aux couleurs, mais seulement à la lumière ; il sent la
lumière, il n'en perçoit pas les éléments.
2e période (du 5° jour au 30e). L'enfant devient photophile, il
recherche la lumière, cesse ses cris quand on le porte vers la fenêtre.
Cette photophilie se produit en moyenne le 13e jour. Déplus, l'enfant
distingue le clair de l'obscur ; placé dans une chambre sombre, s'il
crie, il cesse de crier quand on le rapproche de la fenêtre, faisant
ainsi une distinction entre son champ visuel obscurci et le champ
visuel éclairé. Si on éclaire seulement une partie de son champ visuel,
il faut que cet éclairage soit très intense pour produire un effet; ainsi
un enfant pleurant est calmé par une lumière de lampe, il n'est pas
calmé par une feuille blanche, médiocrement éclairée, qu'on présente
devant ses yeux.
3° période (de la 5° semaine au 18e mois). L'enfant peut suivre
avec les yeux seuls, sans tourner la tête, un objet qui se meut. Ces
mouvements indépendants de la tête ont lieu à la 5e semaine; à la 7°,
l'enfant suit une chandelle ; à la 13°, un doigt ; à la 17e, un pen
dule ; au 13e mois, un objet qui tombe ; à 27 mois, un objet qui
court ou vole. Ce sont à peu près les mêmes résultats que ceux de
Preyer.
4e période (du 18e mois à 1 an et demi). La perception des cou
leurs commence. Un enfant pleurant se calme mieux quand on lui
présente certaines couleurs que d'autres, notamment le rouge.
5e période (de 2 à 3 ans). L'enfant peut se prêter à des expériences.
M. Garbini emploie deux méthodes : 1° la méthode verbale, celle
de Preyer ; 2° la méthode muette, la nôtre, qu'il modifie ; au lieu de
dire à l'enfant de chercher et retrouver une couleur montrée, on lui
fait trouver une couleur pareille à l'échantillon qu'on lui montre,
ce qui exige de lui moins d'attention et de mémoire. Je reconnais
avec empressement que cette modification de ma méthode est un
perfectionnement. Les expériences de l'auteur ont été faites sur 8 en
fants. On constate, par la méthode muette, que l'enfant perçoit assez
bien le rouge, puis le vert ; il commence à différencier le jaune ; il a
les premières impressions, non encore bien différenciées, de l'orangé,
du bleu et du violet. La méthode verbale donne des résultats un peu
différents : 50 p. 100 des enfants nomment bien le rouge; 25 p. 100
le vert ; aucun ne nomme exactement les autres couleurs ; ce qui con
firme les résultats de la première méthode, en montrant les difficul
tés de l'acte de nommer. Parmi les fausses dénominations, l'auteur
note que les plus fréquentes sont celles du rouge, puis du blanc, puis
du vert. Le violet et le bleu sont parfois appelés obscur et noir.
(Comme par les hystériques ; l'auteur aurait peut-être pu comparer
ses résultats à ceux de l'anesthesie hystérique de la rétine.)
6e période. Nous sommes dans la quatrième, la cinquième et la
sixième année. Maintenant, par la méthode muette, tous les enfants
savent reconnaître les six couleurs; les erreurs, assez rares, sont telles GARBINI
que les couleurs les mieux perçues sont dans l'ordre suivant : rouge,
vert, jaune, orangé, bleu, violet. La méthode verbale montre que les
erreurs sont distribuées exactement de la même façon, et que les
couleurs les mieux nommées sont dans le ordre que nous
venons d'indiquer. C'est là, comme le remarque l'auteur, un fait
d'une importance capitale , car il montre que les perceptions et
l'expression verbale des perceptions suivent deux voies absolument
parallèles, et que par l'étude de l'expression verbale on peut remont
er à celle de la perception. Seulement, le développement de l'expres
sion verbale est beaucoup plus lent. Ainsi, entre 3 et 4 ans, à un âge
où tous les enfants reconnaissent bien les 6 couleurs, il y en a seul
ement 6,8 p. 100 qui sont capables de les nommer exactement. Entre
3 et 4 ans, le rouge est bien nommé 58 fois sur 100 ; entre 5 et 6 ans
il est bien nommé 95 fois sur 100. Le violet, bien nommé entre 3 et
4 ans 4 fois sur 100, est bien nommé entre 5 et 6 ans 35 fois. Enfin,
il paraît également important de noter que lorsqu'un enfant fait une
fausse application de nom à une couleur, les noms de couleurs le
plus souvent employés sont dans l'ordre suivant : rouge, vert, jaune,
orangé, bleu, violet, ce qui est précisément l'ordre de perception. —
En somme, jusqu'à 6 ans, la nomination d'aucune couleur ne se fait
encore d'une manière parfaite ; et peut-être cette inhabileté à nom
mer, se conservant avec l'âge, fait-elle de faux daltoniens, qui aug
mentent le nombre des daltoniens vrais et relèvent à 20 p. 100 dans
des statistiques fondées sur la dénomination des couleurs.
L'effet du sexe est curieux : les filles à 3 ans reconnaissent moins
bien les couleurs que les garçons ; aussi bien, à 5 ans, et mieux à
6 ans : de même, pour nommer les couleurs ; les filles les nomment
beaucoup moins correctement à 4 ans, et beaucoup plus à 6 ans. Sur
557 garçons, l'auteur n'a pas rencontré un seul cas de dischroma-
topsie.
M. Garbini termine en conseillant d'aider, dans les écoles matern
elles, le développement du sens visuel et du sens chromatique par
une gymnastique rationnelle, dont les exercices doivent suivre l'ordre
d'évolution du sens chromatique. Nous croyons savoir que cet
enseignement est donné actuellement dans une école primaire de
Paris K
La brochure de M. Garbini est très claire ; elle contient de nomb
reuses planches, un index bibliographique soigneusement fait ; nous
(1) Cet enseignement est donné par MUe Lepoully, directrice de l'école
maternelle, 63, rue des Martyrs, Paris. J'ai assisté dans son école à l'expé
rience suivante : on montre à une petite fille un bout de laine colorée,
puis on lui fait chercher le pareil dans une masse où une cinquantaine
environ de laines de toutes les couleurs sont mêlées dans le plus grand
désordre. J'ai vu des petites filles de cinq à six ans réussir avec une
grande assurance. Il faut remarquer que c'est là plutôt une ébauche
d'expérience qu'une expérience véritable. M"' Lepoully n'a encore rien
publié. l'année psychologique. 1894 470
émettons en terminant un désir, c'est que l'auteur, reprenant la mé
thode muette, qu'il a faite au moyen de 6 couleurs, et qui lui a donné
chez des enfants de 3 à 4 ans 100 p. 100 de désignations justes, per
fectionne cette méthode de manière à augmenter les difficultés de
perception, et à rechercher si le sens chromatique de l'enfant n'est
pas cussi développé que celui de l'adulte. Il nous semble qu'une com
paraison entre l'enfant et l'adulte s'impose.
A. BlNET.
GILBERT. — Expériences sur la sensibilité musicale des écoliers.
(Annales du laboratoire de psychologie de Yale, lre année, p. 80-87.)
Sur un écrou gradué, un levier mobile affleure des divisions corre
spondant aux notes diverses données par un diapason à chaque chan
gement de position du levier. On fait entendre à l'écolier deux sons
dont la différence est exactement indiquée sur l'écrou, puis on
demande s'ils sont semblables ou différents.
Ces expériences ont montré :
1° Que l'enfant peut, dès 6 ans, distinguer deux sons séparés par
3/8 de ton ; 3/10 seulement en sont incapables;
2° Que cette sensibilité croît avec l'âge ; mais il y a des arrêts
autour des périodes de croissance, vers 9, 15 et 19 ans.
J. Philippe.
HANCOCK. — Étude préliminaire sur l'habileté motrice. (Pedagogical
Seminary (Worcester, E. U. A.), III, n° 1, oct. 1894, p. 9-29.)
L'auteur commence par donner une liste assez longue des expé
riences pouvant être faites sur les enfants pour apprécier et aussi pour
développer leur habileté motrice; mais il n'a employé qu'un petit
nombre de ces tests, sur des enfants âgés de 5 à 7 ans. La première
expérience a été faite avec l'ataxiographe décrit par Dana (Text
book of Nervous Diseases, p. 38), et qui se compose d'une aiguille de
verre glissant dans un tube vertical; l'extrémité inférieure de cette
aiguille est en contact avec une surface de papier enfumée que l'on
adapte sur la tête du sujet debout, de sorte que si ce sujet fait des
mouvements en avant ou en arrière avec sa tête, l'aiguille marque sur
le papier enfumé la valeur du déplacement. Le déplacement involont
aire, bien développé les yeux fermés, est notable dans plusieurs
(1) Le Pedagogical Seminary est une revue de pédagogie fondée par
M. Stanley Hall, et organisée sur le même plan que Y American Journal of
Psychology, qui a le même directeur. Ce qui caractérise bien le Pedagog
ical Seminary, ce qui en fait le mérite, c'est que M. Stanley Hall n'y
admet que des travaux originaux de psychologie et de pédagogie, et en
écarte impitoyablement tout le fatras des règlements et des discussions
administratives qui encombre la plupart des revues de pédagogie. HANCOCK 471
maladies nerveuses, comme la choree, et surtout l'ataxie. Voici les
résultats de l'auteur sur les enfants :
YEUX OUVERTS YEUX FERMÉS
5,8000 — 5,2228 6,6810 — 5,7675 35 garçons de 5 ans. . . .
22 filles de 5 ans 5,7773 - 4,9500 5,5400 — 5,0954
5,1148 — 4,2660 5,6957 — 5,1637 47 de 6 ans. . . .
5,0611 — 3,7277 18 filles de 6 ans 5,6000 — 4,3333
4,9608 — 4,2434 6,0086 — 5,4521 23 garçons de 7 ans. . . .
3,9338 — 2,2769 4,8230 — 3,7615 13 filles de 7 ans .....
Pour faire comprendre cette table, disons que les chiffres expriment
des déplacements en centimètres (par exemple 5,8000 veut dire :
5 cm., 8 millimètres) ; dans chaque colonne, le premier nombre
exprime le déplacement antéro-postérieur de la tête, et le second
nombre le latéral (par exemple, première ligne du
tableau, 5,8000 indique le déplacement antéro-postérieur, et 5,2228
indique le déplacement latéral). Enfin, la moyenne des oscillations
pour l'homme jeune et bien portant est de 2,55 (antéro-postérieur) et
2,1 (latéral). On voit que pour les enfants le déplacement involontaire
est plus grand chez les plus jeunes, qu'il diminue avec l'âge, qu'il est
plus grand les yeux fermés, plus grand chez les garçons que chez les
filles; ces dernières sont plus précoces. Il faut tenir compte pour
l'appréciation des résultats, de la taille des sujets; toutes choses
égales d'ailleurs, l'enfant étant plus petit que l'adulte doit avoir, par
sa taille, des oscillations plus faibles.
La deuxième expérience a été faite avec l'automatogra phe de
Jastrow (Amer. J. of Psych., VI) qui n'est qu'une planchette spirite
perfectionnée, c'est-à-dire une planche de bois portée sur des rou
lettes et munie d'une plume qui trace tous les mouvements imprimés
à la planchette; sur celle-ci on appuie la paume de la main. Ici
encore on étudie les mouvements involontaires qui se produisent
chez un sujet pendant une demi-minute. Le sujet doit s'efforcer de
rester immobile : il est assis, le dos appuyé. Les résultats sont :
YEUX OUVERTS YEUX FERMÉS
0,242 — 0,752 0,156 — 1,460 25 adultes
0,816 — 3,400 1,027 — 4,916 18 garçons de 5 ans. . . .
0,833 - 3,940 0,780 — 4,706 15 filles de 5 ans
1,191 — 4,258 0,805 — 5,058 34 de 6 ans. . . .
0,433 — 3,883 1,825 — 4,166 12 filles de 6 ans
0,500 — 3,750 0,428 — 5,207 14 garçons de 7 ans. . . .
0,410 — 3,580 0,480 — 3,550 10 filles de 7 ans l'année psychologique. 1894 472
Ces nombres expriment des centimètres; le premier nombre à
gauche de chaque colonne correspond au déplacement antéro-posté-
rieur et le second au déplacement latéral. L'ensemble donne lieu
aux mêmes "Considérations que précédemment.
Dans la première des expériences, on a étudié les mouvements invo
lontaires du corps; dans la seconde, ceux du bras; en voici une où
l'on étudie ceux du doigt. L'auteur s'est servi du trémographe de Bul-
lard et Brackett (Boston Medical and Surgical Journal, If, 1888,
p. 598) qui se compose essentiellement d'une balance dans laquelle l'e
xtrémité d'un des fléaux reçoit l'appui du doigt; la balance enregistre
le déplacement du doigt dans les deux sens, horizontal et vertical.
Voici les résultats :
YEUX FERMÉS YEUX OUVERTS
— 0,0911 — 0,110 Adultes 0,085 0,0975
— 0,680 — 0,532 0,794 17 garçons de 5 ans. . . . 0,985
— 0,337 — 0,453 14 filles de 5 ans 0,7114 0,580
— 0,534 — 0,378 32 de 6 ans. . . . 0,396 0,689
— 0,319 — 0.395 12 filles de 6 ans 0,535 0,394
— 0,442 13 garçons de 7 ans. . . . — 0,282 0,419 0,693
— 0,356 — 0,365 8 filles de 7 ans .... 0,312 0,300
Les nombres à gauche de chaque colonne donnent le déplacement
vertical du doigt; les nombres à droite le déplacement latéral.
Résumant tous ses résultats, l'auteur pense que le contrôle volon
taire sur les mouvements est mieux développé, chez les enfants, pour
les mouvements du corps entier que pour ceux du bras, pour ceux du
bras que pour ceux du doigt. Le rapport entre l'adulte et un enfant
de 5 ans, pour le mouvement d'oscillation du corps est comme 1
à 4,1 ; pour l'épaule et le bras, comme 1 à 4,5; pour le doigt,
1 à 5,8 ; en d'autres termes le pouvoir de contrôle de l'adulte
serait de 3 à 6 fois plus développé chez l'homme que chez l'enfant.
Ceci est conforme avec les chiffres donnés par M. Bryan, d'après
lesquels, pour frapper des coups rapides un enfant de 16 ans a un
pouvoir 5 fois plus grand qu'un enfant de 6 ans. M. Hancock insiste
sur cette idée qu'en exerçant les enfants il faut suivre leur déve
loppement naturel, et par conséquent développer l'habileté du
corps avant celle des membres, et cette dernière avant celle de la
main et des doigts. Il y a là, en quelques mots, tout un système
d'éducation qui pourrait être étendu avec profit aux autres facultés
de l'enfant.
L'article contient encore beaucoup de petites observations difficiles
à résumer, mais présentant quelque intérêt comme suggestion pour
des expériences nouvelles; citons l'étude des premiers essais d'écri- IICEPFNER
ture, l'expérience consistant à soulever successivement avec rapidité
tous les doigts de la main, etc.
À. BlNET.
HASKELL(E.-M.). — Imitation chez les enfants. (Pedagogical Seminary,
III, n° 1, oct. 1894, p. 30-47.)
Recueil d'observations très courtes, de deux à quatre lignes en
général, prises sur le vif, en regardant des enfants travailler ou jouer.
Observations sur l'imitation des sons et des mouvements, sur les jeux
de personnification, etc.
A. Bl-NET.
HQEPFNER. — Ueber die geistige Ermüdung von Schul-Kindern
{Etude sur la fatigue intellectuelle des élèves des écoles). (Zeitsch. f.
Ps. u. Phys. d. Sinn., VI, pp. 191-229.)
L'auteur rapporte d'abord les résultats des recherches de Galton !,
de Sikorski 2 et de Burgerstein3 sur la fatigue intellectuelle des enfants ;
le premier a étudié les différents effets de la fatigue sur les caractères
physiques et aussi sur la faculté psychique de l'enfant ; le second a
étudié le nombre de fautes commises par les enfants dans des dictées
faites avant le commencement des classes et après les classes ; il a
constaté que dans le second cas il se produit 33 p. 100 plus de fautes
que le matin ; enfin Burgerstein a étudié la vitesse de calcul et le
nombre de fautes faites pendant les quatre quarts d'heure d'une
heure de travail ; il trouve que le nombre de fautes augmente succes
sivement, et que la vitesse de calcul devient aussi plus grande à la
fin de l'heure.
Les expériences de l'auteur ont été faites de la manière suivante :
on faisait une dictée de 19 propositions dont chacune avait 30 lettres,
à une classe de 460 élèves âgés en moyenne de neuf ans ; la durée
totale de la dictée était de deux heures. Si on examine d'abord le
nombre de fautes commises par les élèves, on voit qu'il diminue
légèrement depuis la première phrase jusqu'à la cinquième, puis il
monte brusquement pour la sixième phrase, augmente jusqu'à la
onzième, tombe légèrement pour la douzième, puis croît de nouveau,
(1) Galton. Remarks on Replies by Teachers to Questions respecting
mental Fatigue. Journ. of the Antropology, nov. 1888.
(2) Sikorski. Sur les effets de lassitude provoquée par les travaux intel
lectuels chez les enfants de l'âge scolaire. Annales d'hygiène publique, 1879,
II, p. 458.
(3) Burgerstein. Die Arbeitskurve einer Schulstunde. Zeits. f. Schul
gesundheitspflege., 1891. 474 L'ANNEE PSYCHOLOGIQUE. 1894
mais irrégulièrement, jusqu'à la dernière phrase. Si on calcule com
bien de fautes se produisent sur 100 lettres, on trouve en moyenne
pour toute la classe :
NOMBRE D'ERREURS NOMBRE D'ERREURS PHRASES PHRASES pour 100 lettres. pour 100 lettres.
jre lie 3,713 0,936
2e 12e 1,922 0,924 3e 13e 4,818 0,805
4e 14e 0,641 2,688
5e 15e 3,402 0,680
6e 16e 2,232 4,125
7e 17e 4,704 2,049 8e 18e 2,418 2,592
9e 19e 6,426 2.688 10e 2,7bo
Comment pourrait-on d'abord expliquer ce changement brusque
dans le nombre d'erreurs de la cinquième à la sixième phrase ? Peut-
être ceci tiendrait à ce fait que la dictée des 5 premières phrases durait
une demi-heure et que les élèves de cette classe sont habitués à des
dictées de cette durée ; il y a peut-être une autre cause, l'auteur ne le
sait pas. Les autres variations sont peut-être dues à ce que, pendant
la dictée, on a fait deux pauses de quelques minutes chacune.
Si on prend la moyenne des nombres de fautes pour chacun des
groupes de 4 phrases, on trouve les suivants :
13-16 17-19 Phrases. 1-4 5-8 9-12
— 0,8 2,8 3,8 5,0 1,8
On voit donc que le nombre de fautes augmente pour chaque groupe
de 4 phrases de 1 p. 100.
Ayant fait cette statistique des erreurs, l'auteur se propose d'étudier
de plus près la nature des erreurs commises ; après avoir indiqué et
critiqué les méthodes d'étude des erreurs qui ont été employées par
Burgerstein et par Sikorski, il admet lui-même une classification des
erreurs fondée sur les caractères externes. Notre parole se compose
de phrases, les phrases de mots, ces derniers de syllabes et les syllabes
de lettres ; sur chacun de ces éléments peuvent être commises les
erreurs suivantes : 1° lacune de l'un des éléments ; 2° changement de
place; 3° emploi de nouveaux éléments ; 4° substitution d'un élément
nouveau à la place d'un autre ; enfin 5° une lettre double est remplacée
par une simple, ou réciproquement.
Les nombres de ces erreurs sont les suivants :

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