Psychologie différentielle - compte-rendu ; n°2 ; vol.81, pg 576-580

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L'année psychologique - Année 1981 - Volume 81 - Numéro 2 - Pages 576-580
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1981
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Psychologie différentielle
In: L'année psychologique. 1981 vol. 81, n°2. pp. 576-580.
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Psychologie différentielle. In: L'année psychologique. 1981 vol. 81, n°2. pp. 576-580.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1981_num_81_2_28395PSYCHOLOGIE DIFFÉRENTIELLE
Cattell (R. B.). — Personality and learning Theory. I : The structure
of personality in its environment ; II : A systems theory of maturation
and structured learning, New York, Springer Publishing Company,
1979, 422 et 644 p.
Ouvrage dense et touffu où l'auteur intègre l'ensemble des travaux
qu'il a menés avec une centaine de collaborateurs depuis plus d'un
demi-siècle dans le domaine de la personnalité et de la motivation.
Ces travaux se caractérisent, comme on le sait, par l'emploi des méthodes
multivariées les plus complexes et aboutissent à l'établissement d'équa
tions aux nombreux paramètres, souvent d'équations matricielles, qui
constituent des modèles mathématiques dans lesquels se résume la
théorie. Ce langage mathématique, l'utilisation de néologismes, de
symboles littéraux pour exprimer des concepts spécifiques à ce système,
en rend la lecture ardue et suppose une véritable initiation. On ne peut
que regretter cet hermétisme qui masque la richesse du contenu psycho
logique sous-jacent et un effort de synthèse tout à fait exceptionnel.
L'exposé actuel se présente comme l'union de deux édifices ind
épendants de la psychologie scientifique, la psychométrie et les cons
tructions factorialistes d'une part, avec pour initiateurs Galton, Spear
man, Thurstone, Burt, etc., la psychologie de l'apprentissage d'autre
part (Pavlov, Wundt, Thorndike, Hull, etc.).
Le premier volume décrit la structure de la personnalité d'un sujet
existant à un moment donné et l'effet de cette personnalité, du milieu
et de leurs interactions sur son comportement. Nous retrouvons donc
les notions de trait et de facteur et les résultats d'analyses factorielles
du premier et du second ordre effectuées à partir de données biogra
phiques, de réponses à des questionnaires et à des tests objectifs. La
notion de structure dynamique recouvrant tout ce qui a trait à la
motivation fait appel au concept d'attitude, définie comme une réponse
à un stimulus, effective ou potentielle, dirigée vers un but dont il s'agit
d'apprécier la force : on distingue les « ergs » qui correspondent aux
instincts fondamentaux et les sentiments, patterns appris dans une
culture particulière. Nous retrouvons la distinction entre trait et état,
un état momentané étant caractérisé par la covariation, d'un moment
à un autre, d'indices psychophysiologiques et de sentiments éprouvés ; Psychologie différentielle 577
la définition du processus, séquence d'états, concept particulièrement
utile dans l'étude de l'apprentissage ; la notion de « modulation » qui
est au cœur des notions d'état et de rôle. Cattell propose un modèle
« éconétique » du comportement qui fait appel à cinq sources de varia
tion : les personnes, le milieu ambiant, les types de réponse, les stimuli
et les observateurs.
Le second volume traite de la formation de la personnalité sous l'effet
de facteurs génétiques qui se manifestent dans la maturation et de
l'apprentissage conçu beaucoup plus largement que dans la théorie
classique. C'est entre cette théorie classique et la structure dynamique
de la personnalité telle qu'il l'a exposée en 1975 avec D. Child dans
Motivation and dynamic structure et dont le dynamic calculus offre un
modèle de fonctionnement que Cattell cherche à jeter un pont. L'apprent
issage défini comme un changement de comportement qui s'accompagne
d'un changement dans les structures du sujet, d'où son nom d'apprentstructuré, est un élargissement du modèle fourni par le réflexe
conditionné et l'apprentissage instrumental : l'apprentissage structuré
substitue à la relation S-R la relation S-O-R en introduisant la personn
alité du sujet (aptitudes, traits de personnalité, ergs, sentiments) qui
joue un double rôle, puisqu'elle rend compte en partie des modifications
du comportement par lesquelles elle est elle-même modifiée. Le renforce
ment est conçu comme une réduction de tension dans une série mesur
able de tensions ergiques et de sentiments éveillés. Les lois essentielles
de l'apprentissage classique, coexcitation et adaptation de moyens à
une fin se retrouvent dans l'apprentissage structuré qui nécessite pour^
tant l'introduction de quelques autres principes pour expliquer en
particulier les processus d'intégration à l'œuvre dans la résolution des
conflits et la modification des buts ergiques qu'on observe dans l'em
preinte et la sublimation. L'apprentissage structuré, d'un point de vue
formel, est décrit comme un système de cinq vecteurs : c'est un change
ment dans un organisme multidimensionnel qui répond à une situation
également multidimensionnelle.
Cattell s'intéresse particulièrement à l'acquisition des structures
supérieures qui ont une fonction de contrôle et d'intégration et dont
trois facteurs primaires fournissent une définition opérationnelle : G, le
sur-moi, C, le moi et Q3, le sentiment du moi. Il termine par un cha
pitre sur les relations entre la personnalité et son milieu, société et
culture.
M. Demangeon.
Snyder (C. R.), Fromkin (H. L.). — r Uniqueness : the human pursuit
of difference, New York, Plenum Press, 1980, 227 p.
Nous cherchons fréquemment à nous distinguer des autres, à affirmer
notre singularité. On trouve dans la littérature de nombreux témoignages
sur ce besoin d'être et de se sentir différent. Pour des auteurs comme 578 Analyses bibliographiques
Dostoievsky, Poe ou Maupassant, la prise de conscience d'un autre
identique à soi déclenche certes une réaction de curiosité mais elle
s'accompagne aussi d'un sentiment de crainte et d'inquiétude. Cepen
dant « la recherche de la différence », si elle est bien évoquée dans la
plupart des théories classiques de la personnalité, a été relativement
peu étudiée empiriquement par les psychologues. Ceux-ci se sont
davantage intéressés à « la recherche de la similarité » qui semble corre
spondre à un besoin opposé au besoin de singularité. L'ouvrage de
Snyder et Fromkin nous fournit une synthèse des travaux réalisés à
propos de ce besoin de singularité.
Dans une première partie, les auteurs présentent les éléments d'une
théorie du besoin de Le sujet se perçoit et perçoit autrui
selon certaines dimensions. La comparaison de ces perceptions sur les
diverses dimensions conduit à une évaluation du degré de similarité à
autrui, évaluation qui donne naissance à une nouvelle dimension de la
représentation de soi. Un degré de similarité moyen, parce qu'il corre
spond à l'expérience habituelle, est beaucoup mieux accepté qu'un degré
de similarité fort ou faible. Snyder et Fromkin présentent de nombreuses
données expérimentales compatibles avec les propositions précédentes.
Par exemple, les émotions agréables vis-à-vis d'autrui apparaissent sur
tout pour des degrés modérés de similarité perçue avec autrui, le sent
iment d'estime de soi est plus fort dans les situations où l'on se sent
modérément similaire aux autres, les phénomènes de distorsion dans la
perception de la similitude à autrui sont les plus marqués lorsque cette
similitude est forte ou faible, le sujet modifie plus fréquemment ses
attitudes lorsqu'il croit qu'elles sont très proches ou très éloignées de
celles d'autrui, etc. Les effets de la perception de la similarité avec
autrui peuvent être modulés par les informations additionnelles dont on
dispose sur autrui. Si ces informations, par exemple, sont positives, le
degré de similarité optimum pour la manifestation d'émotions agréables
sera plus élevé. Un chapitre est consacré aux différences individuelles
quant au besoin de singularité. Les auteurs présentent un questionnaire,
validé de manière satisfaisante, permettant d'évaluer son intensité.
Peu d'informations semblent avoir été recueillies sur les relations entre
le besoin de singularité et les autres dimensions de la personnalité. Le de est associé positivement au besoin d'autonomie et
négativement au besoin de recevoir l'aide et l'affection d'autrui par
construction. Un fort besoin de singularité correspond vraisemblable
ment à un locus de contrôle interne.
L'expression de la singularité n'est pas systématiquement encouragée.
Les règles du fonctionnement social, par tout un jeu de récompenses
et de sanctions, auraient plutôt tendance à imposer des conduites rel
ativement identiques chez tous. Il existe cependant toute une série de
moyens socialement acceptés, et souvent même socialement valorisés,
permettant la satisfaction de ce besoin de singularité. Ces divers moyens différentielle 579 Psychologie
sont examinés dans la seconde partie de l'ouvrage. Parmi eux, citons
l'attachement à des objets particuliers, une certaine manière de faire
état de son nom — attribut singulier par excellence — , l'adoption
d'attitudes et de croyances originales, la volonté d'accomplir et l'accom
plissement de performances peu banales. Snyder et Fromkin montrent
bien comment les manifestations de singularité sont souvent plus
illusoires que réelles.
En conclusion, Snyder et Fromkin s'interrogent sur la place du
besoin de singularité dans les sociétés modernes. L'évolution de ces
sociétés permet-elle une meilleure, ou au contraire une moindre satis
faction, de ce besoin ?
M. Huteau.
Wells (B. W.). — Personality and heredity, an introduction to
psycho genetics, Londres et New York, Longman, 1980, 223 p.
Il s'agit de l'influence de l'hérédité sur la personnalité au sens le
plus large du terme puisque l'ouvrage aborde successivement l'intell
igence, la personnalité normale, les différences entre sexes, les psychoses,
les névroses et les autres troubles de la personnalité. Une introduction
historique et un chapitre méthodologique précèdent cette revue que
concluent des propositions visant à mettre en œuvre les lois de la géné
tique pour transformer les sociétés.
En dépit du sous-titre, cet ouvrage n'est pas une introduction à la
génétique des comportements et il ne nous paraît pas devoir être utile
à ceux qui veulent aborder cette discipline, car il véhicule les confusions
les plus grossières : le coefficient d'héritabilité est interprété comme
mesurant la part du facteur génétique dans la performance, l'inter
action entre génotype et environnement comme la somme de leurs
effets respectifs, l'effet de régression comme une loi propre aux phéno
mènes biologiques et exprimant une tendance de la nature à ramener
les extrêmes à un juste milieu, etc. Le ton moralisateur et les protesta
tions de libéralisme ajoutent à l'irritation qu'on éprouve en rencontrant
successivement les procédés les plus éprouvés dé manipulation du
lecteur : glissement de concepts, renvoi à des démonstrations qui, en
réalité, n'ont pas été présentées, amalgame entre résultats bien établis
et résultats des plus fragiles, argument d'autorité. La technique du
détournement d'attention, bien connu des illusionnistes, est souvent
employée par l'auteur qui discute longuement un point mineur avant
de déclarer prouvées des affirmations sans fondement. La violence
— niée mais bien réelle — de son parti-pris héréditariste produit, à vrai
dire, des effets inattendus, et on ne peut que se sentir pris de gaieté en
lisant que Mendel, fils de fermier, devait « naturellement » s'occuper des
petits pois, tandis que Galton, de famille illustre, était prédisposé à
s'intéresser au génie. Il reste non seulement que les faits rapportés sont 580 Analyses bibliographiques
incomplets, mais que leur interprétation est systématiquement déformée.
Le lecteur est donc induit en erreur.
Kappelons au lecteur désireux de s'initier à la génétique des compor
tements qu'il trouvera une excellente introduction, accompagnée d'une
bibliographie méthodique, dans le livre de J. Larmat, La génétique de
l'intelligence, -Paris, Presses Universitaires de France, 2e édition, 1979.
M. -H. Lavallard,

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