Psychologie ethnique et sociale. Les instincts et l'homme social. Psychologie religieuse. Esthétique, logique et linguistique comparées. - compte-rendu ; n°1 ; vol.25, pg 381-404

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1924 - Volume 25 - Numéro 1 - Pages 381-404
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1924
Lecture(s) : 59
Nombre de pages : 25
Voir plus Voir moins

I. M.
M. L.
Henri Piéron
D. W.
C. N. P.
G. P.
P. G.
H. L.
6° Psychologie ethnique et sociale. Les instincts et l'homme
social. Psychologie religieuse. Esthétique, logique et linguistique
comparées.
In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 381-404.
Citer ce document / Cite this document :
M. I., L. M., Piéron Henri, W. D., N. P. C., P. G., G. P., L. H. 6° Psychologie ethnique et sociale. Les instincts et l'homme social.
Psychologie religieuse. Esthétique, logique et linguistique comparées. In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 381-404.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1924_num_25_1_6191PSYCHOLOGIE COMPAREE 381
extraordinaires, qui, fils de buveurs en général, étaient atteints de
débilité mentale, souvent compliquée d'épilepsie ou de troubles
psychopathiques.
Le développement unilatéral, dans une personnalité dysharmo-
nique, de capacités telles que la mémoire ou l'appréhension percept
ive, l'observation, l'imagination dans tel ou tel domaine, etc., est à
coup sûr d'un grand intérêt psychologique. L'auteur songe au rôle
d'une absence d'inhibition sur certaines tendances particulièrement
fortes pour l'explication de ce développement excessif et limité
d'une aptitude particulière.
H. P.
BLANCHE M. MINOGUE. — A case oî secondary mental deficiency
with musical talent {Un cas de déficience mentale secondaire avec
talent musical). — J. of appl. Ps., VII, 4, 1923, p. 349-352.
L'auteur a observé un jeune homme de 23 ans, excellent pianiste,
qui, s'étant développé d'une façon normale jusqu'à l'âge de 3 ans, a
montré, à partir de ce moment, à la suite d'une méningite, une arrié
ration mentale progressive avec instabilité émotionnelle. Son quo
tient d'intelligence d'après les tests Stanford était égal à 0,62 à
14 ans ; 0,54 à 20 ans et 0,46 à 23 ans.
Dans ses aptitudes musicales il montre non seulement des qualités
techniques, mais aussi le don de jouer « avec sentiment ». Excellente
discrimination des hauteurs et mémoire tonale parfaite. La mémoire
est en général extraordinairement développée dans tous les domaines
(endroits, événements, dates).
D. W.
6° Psychologie ethnique et sociale. Les instincts et l'homme
social. Psychologie religieuse. Esthétique, Logique
et Linguistique comparées
MARCEL MAUS Ç . — Rapports réels et pratiques de la Psychologie
et de la Soci«ybgie. — Société de Psychologie, 10 janvier 1924.
Journal de Ps., XXI, 1924, p. 892-922.
Cette importante étude est une manière de récapitulation, de
bilan des acquisitions parallèles des deux sciences, en même temps
que l'exposé d'un programme de collaboration future.
Grâce à quarante ans d'efforts, la psychologie et la sociologie sont
devenues l'une et l'autre des phénoménologies. L'une étudie la cons
cience, l'autre la conscience collective. La première la théorie des
phénomènes de la individuelle, la seconde l'histoire
naturelle de l'homme vivant en société. Elles sont toutes deux des
branches de la biologie : elles n'étudient que les vivants.
Les différences essentielles sont les suivantes. La sociologie n'étudie
que l'homme, seul animal dont les groupements aient créé des institu
tions ; la psychologie comme la biologie opèrent dans toute l'échelle
animale. Il y a dans la société des formes et des aspects de structure : 3&2 ANALTSeS BIBLIOGRAPHIQUES
de la morphologie ; il y a des phénomènes qui frappent par leur aspect
numérique : de la statistique ; il y a des faits de tradition, de langage,
des habitudes : de l'histoire. L'histoire, la statistique, la morphologie
sont, selon l'auteur, extrapsychologiques ; c'est la chasse gardée
de la sociologie.
La psychologie a rendu à la sociologie des services, Elle lui a
apporté quatre idées : notion de vigueur mentale, notion de psy
chose, notion de symbole et d'activité symbolique de l'esprit, notion
d'instinct.
La sociologie veut bien, en revanche, faire à la psychologie quelques-
cadeaux. D'abord les symboles mythiques et moraux : les cris et
les mots ; les gestes et les rites, par exemple de l'étiquette et de la
morale ; les faits de « réverbération mentale » où l'image se multiplie
sans fin (les bras de Vishnou, les coiffures de plumes du prêtre-dieu
des Aztecs). Ensuite les phénomènes de rythme : la danse, le chant
(à noter, en particulier, l'unisson, invention de l'homme et de l'homme
social). Enfin des faits moraux comme la thanatomanie, ou socio-
physiologiques comme la distinction du droit et du gauche.
Comme preuve de bonne amitié, la sociologie propose aux psycho
logues un programme de travail psychologique. Elle lui demande
d'étudier deux problèmes : l'homme total, l'attente. La sociologie a
travaillé avec l'hypothèse de moyen ; il lui serait agréable
qu'une psychologie de 1'« homme total », de la « totalité » des actions
instinctives, vînt régulariser la situation de cet homme moyen. Elle sait
par ailleurs qu'une grande partie des phénomènes sociaux est attente :
le droit de responsabilité civile, le droit criminel ; des faits écono
miques : spéculation, crédit, monnaie ; des faits politiques ; toute
une partie de l'art (Bergson l'a bien montré pour le comique, mais
partout, dans les arts phonétiques et dans la musique, il y a un exercice
de passions fictives qui nous purgent des réelles). La sociologie
demande que les psychologues lui donnent du phénomène de
l'attente une analyse précise.
Ce bel article soulève des problèmes nombreux. M. Mauss m'ex-
cusera-t-il d'indiquer ici les points où je me sépare de lui — et ceux
aussi où je vais plus loin que lui ?
D'abord la définition et le programme : psychologie étude des
états de conscience. Elle n'est pas que cela, M. Mauss le sait bien. Si
l'on veut absolument une définition propositionnelle : elle est étude
des coordinations. C'est de là du moins que dérive sa méthode. Elle
étudie des faits à partir du moment où la coordination leur a enlevé
le caractère de physiologique pur. L'échelle est large. Au bas, les
phénomènes sont simples et peuvent être vus directement. Nous
n'avons besoin, pour les examiner, d'aucune aide extérieure. Puis
ils deviennent complexes, mobiles, fuyants, en même temps qu'ils
commencent à devenir trop « nôtres », trop « homme total », ils
adhèrent trop à nous. Nous ne les voyons plus directement, nous
cherchons alors à les rendre objectifs dans le sens propre du mot, à en
faire des objets, par des moyens indirects. Nous en étudions les manif
estations, les comportements, les expressions, les symboles. C'est
la psychologie comparée. PSYCHOLOGIE COMPAREE 383
La sociologie en est un chapitre — - et rien de ce qu'elle fait ne nous
laisse indifférents. M. Mauss nous en a abandonné un petit coin ;
quelques petits faits qu'il a jugés à notre portée. Je ne veux plus lui
cacher nos intentions : nous lui prendrons tout. Ou plutôt : nous lui
avons déjà tout pris. Il n'est pas de phénomène social qui ne soit
psychologique, il n'est pas de loi sociologique qui ne soit psycholo
gique. La sociologie n'est qu'une branche de la psychologie et
M. Mauss n'est qu'un psychologue.
Venons-en maintenant à la méthode, aux procèdes de travail.
N'insistons pas sur la statistique que les sociologues veulent se ré
server. Il n'est point de science aujourd'hui qui ne soit fondée sur
elle. Je dirais volontiers : la méthode statistique est aujourd'hui la
méthode scientifique, le procédé de penser habituel du savant mod
erne, et, presque, de 1' « homme de la rue » moderne : il commence
à pénétrer dans le sens commun.
La sociologie est-elle plus heureuse avec la morphologie ? Il est
exact qu'elle a sa morphologie générale et même sa morphogénie
(dont M. Mauss n'a point parlé d'ailleurs), mais la psychologie en
a autant et plus à lui montrer : les structures générales, élémentaires,
perceptives, la « Gestalt » ; les affectives, l'humeur, la
« Stimmung » ; les structures logiques ; les complexes ; les « mont
ages » et les « dispositions », 1' « Einstellung », etc., etc. Et je ne
parle pas des constitutions, du caractère, de la personnalité, de l'hé
rédité, qui sont des notions moins claires, moins analysables. Je
serais tenté de dire : il y a beaucoup trop de structure dans la psychol
ogie, dans les travaux des psychologues.
Et tout de suite, en passant, une réponse à une sollicitation. Mais
si! Nous étudions l'homme total, nous sommes périodiquement tentés
d'étudier l'homme total. Je crains même que nous ne soyons actuell
ement dans une période où on l'étudié trop : toute la morphologie
psychologique moderne est, en somme, une étude de l'homme total.
Mais j'ai hâte d'en venir au troisième point qui me tient le plus à
cœur : l'histoire nous serait interdite ? Et toute la psychologie géné
tique moderne ? Et toute l'histoire de la pensée : épistémologie,
histoire des religions, des institutions, des langues, etc., etc. ? Notre
objet d'étude de prédilection, c'est l'histoire de la formation de la
pensée, et, que nous l'étudiions chez l'enfant ou que nous la recher
chions à travers les avatars des institutions, nous faisons de l'his
toire. Que dis-je : c'est la psychologie qui a jeté les bases de la méthode
historique, et les historiens qui ont voulu faire autre chose que des
collections d'anecdotes sont venus à notre école.
Dernier point : nos prestations, les quatre cadeaux que les socio
logues ont appréciés... Il n'en est qu'un auquel nous donnions quelque
prix. C'est la notion de symbole. Oui, véritablement, c'est la notion
la plus féconde que la psychologie moderne ait créée. Dans son beau
livre sur Le langage et la pensée, M. Delacroix en a profondément
montré la valeur et l'efficace. Il dit, dans cette admirable Remarque
finale que je voudrais pouvoir citer ici tout entière : « Toute pensée
est symbolique. Toute pensée construit d'abord des signes pour
construire des choses et avant de les substituer aux choses ». « La
valeur du signe verbal consiste moins en ce qu'il représente qu'en ce -384 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
qu'il abolit... Il est de l'essence du signe verbal, de rompre avec les
choses qu'il représente. C'est pourquoi il s'évade aussitôt de la sym
bolique naturelle par laquelle il a peut-être commencé ». Et, fuyant
ainsi sa forme première, il crée des symboles nouveaux, il se recrée sans
cesse dans des symboles nouveaux.
Cette œuvre de la pensée symbolique est une œuvre humaine.
« Le chaos des choses ne se débrouille pas de lui-même. Il ne s'établit
des connexions entre elles que par l'acte qui les pense. Cet acte, c'est
l'homme ajouté à la nature ». Et il est tel que M. Mauss nous l'a d
emandé : tout entier, avec toute sa pensée, toute sa force et toute sa
foi. L'homme total.
La psychologie l'offre à M. Mauss en témoignage de fidèle affec
tion. Ce sera notre potlatch de 1925.
I. M.
C. G. SELIGMAN. — Anthropology and Psychology : a Study of
some points of contact (Anthropologie et Psychologie. Etude sur
quelques de contact). — Journal of the Royal Antropological
Institute, LIV, p. 13-46, 1924.
Les deux psychologues qui, selon l'auteur, ont eu la plus grande
influence sur la pensée moderne sont Freud et Jung. C'est leur doc
trine qui peut nous suggérer des rapprochements féconds pour les
deux sciences ; — et dans cette doctrine surtout la théorie de Jung
sur les types extroverti et introverti, qui rappellent d'ailleurs le
« tough-minded » et le « tender-minded » de Henry James, l'un posi
tiviste et empiriste, l'autre rationaliste.
On retrouve ces deux types dans l'art. Rubens, Delacroix, Signac
sont des extrovertis. Leurs traits communs sont : liberté des lignes,
richesse des couleurs, intensité de l'expression (aux dépens même
de l'exactitude), importance de l'élément émotionnel. Le Poussin,
Ingres, Jean Marchand sont des introvertis. On peut leur appliquer
à tous trois la phrase du Poussin : « Mon naturel me contraint de
chercher des choses bien ordonnées ».
Semblablement Kipling, Swinburne, Lohitman, Blake sont extro
vertis, Tennyson, Bridges introvertis.
Il semble, notamment pour ce qui est des faits d'hérédité, qu'il
y ait une certaine corrélation entre cette classification et des données
biologiques. (A noter que les mariages seraient mixtes, de façon
prédominante).
Si l'on passe à la psychologie collective, les peuples sauvages, du
moins ceux que l'auteur a personnellement étudiés : les Papao-
Mélanésiens, les Dinkas du Soudan, les Veddas, les Esquimaux, etc.,
sont, avec des variantes, nettement extrovertis. Leur extroversion
se manifesterait par des états de dissociation de la personnalité, de
l'instabilité de l'humeur, de la suggestibilité, des crises d'hystérie
individuelle ou collective. Les chefs, en dépit des apparences, sont
plus extrovertis que les autres.
Parmi les civilisés, les peuples nordiques (et de façon plus générale,
les protestants) paraissent introvertis. Les Méditerranéens, violents,
impétueux, impulsifs — extrovertis. PSYCHOLOGIE COMPARÉE 385
Les Indiens spéculatifs sont introvertis (le régime des castes en
est une manifestation), de même que les Chinois. Les Japonais, mob
iles, très sensibles aux influences du dehors, extrovertis.
L'étude des types psychologiques peut être utilement complétée
par celle de l'inconscient. On constate, en montrant en série
des rêves de sauvages, de niveau de civilisation différent, et des rêves
d'Européens, que les principaux thèmes et le mécanisme de produc
tion sont les mêmes. Le mécanisme freudien paraît se vérifier chez
les primitifs.
Est-il permis de dire qu'on est un peu déçu en terminant la lecture
de cet article. Si les documents qu'apporte M. Seligman sont des plus
intéressants, comme tout ce qu'a fait jusqu'ici dans son domaine
propre le grand anthropologiste, ses déductions psychologiques pa
raissent hâtives et un peu naïves.
I. M.
CHARLES A. ELLWOOD. — The relations of Sociology and Social
Psychology. — J. of Abn. Ps., XIX, 1, 1924, p. 3 à 12.
On peut définir la société comme un groupe d'individus qui mènent
une vie en commun par les moyens d'interstimulations mentales et
d'interréactions. C'est à l'étude de la culture et des habitudes que
doivent tendre les efforts des sociologues. Car c'est leur développe
ment qui différencie la vie sociale humaine de la vie sociale animale.
La sociologie et la psychologie sociale se préoccupent toutes deux
de l'étude des groupes sociaux. Mais alors que la sociologie est la
science de l'origine, du développement, de la structure, du fonctio
nnement des groupes sociaux, la psychologie sociale peut être consi
dérée comme l'étude des facteurs psychiques impliqués dans ces
origine, développement, structure, et fonctionnement des groupes
sociaux. Mais le psychologue, désireux d'apporter sa contribution à
cette étude, doit sortir de son laboratoire et étudier les faits par des
méthodes élargies, historiques et statistiques.
M. L.
HODIERNE. — Tournants brusques. — Un vol. in-8 de 40 pages,
Paris, Larose, 1923.
L'imprévisible régit l'histoire.
On passe son temps à s'efforcer de prévoir, et, pour acquérir l'ill
usion que rien ne se produit au hasard, on rétablit avec une apparente
1' « évolution ». Une lacune apparaît-elle précision la « ligne » du passé,
dans le développement ? On la comble d'autorité. Et on se laisse
ainsi aller à dénaturer la vérité historique, à inventer des faits et des
rapports.
Les lois historiques ? On avait fini par n'en garder que de très
générales et vagues, comme celle de l'adaptation. Il semble qu'il
faille y introduire tant de correctifs, de réserves et de probabilités
qu'elles cessent d'être des lois. Shaw dit : « L'homme raisonnable
s'adapte au milieu. L'homme déraisonnable essaie d'adapter le mi
lieu. C'est pourquoi tous les progrès sont faits par les imbéciles ».
l'année psychologique, xxv. 25 386 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Pour qu'un événement, attendu ou non, se produise, il faut, en
plus du jeu régulier des faits prévisibles, une intervention du hasard.
L'histoire procède par bonds.
Quel doit être, dans ces conditions, le devoir du philosophe de
Thistoire ? Peut-être : essayer de sentir le discontinu. Se débarrasser
des restes du finalisme, des normes, et regarder des périodes de l'his
toire comme des étapes sur une route accidentée. Etudier comme
étant de nature différente les périodes d'équilibre, de continuité,
d'évolution d'une part, et les d'instabilité créatrice de
l'autre.
Et le devoir du psychologue serait : chercher, par la psychologie
comparée, et à travers le conformisme des institutions, les éléments
individuels et humains d'équilibre ou de trouble. La sociologie
nous a montré, dans la mentalité primitive, des aspects différents de
ceux que nous connaissons. La chaîne psychologique qui nous unit à
nos pères est-elle continue ? Elle n'est, à coup sûr, pas une droite.
J'aime que l'auteur ait ainsi marqué l'aide que doivent se prêter
l'histoire et la psychologie comparée. Il m'a toujours paru qu'elles ne
sauraient progresser l'une sans l'autre.
I. M.
HENRI LICHTENBERGER. — Nietzsche et la « crise de l'histoire ».
— (Mélanges Andler). — Publications de la Faculté des Lettres
de l'Université de Strasbourg, Fascicule 21, 1924, p. 231-242.
Je ne parlerai pas ici de la partie de ce bel article qui a trait à la
doctrine nietzschéenne de l'histoire et qui analyse ses deux phases
essentielles. Mais le problème qui est au fond du débat, et qui est
central pour les historiens, intéresse également les psychologues.
Lorsque nous nous appliquons à rendre compte des faits du passé,
nous le faisons avec une table de valeurs qui est notre table de valeurs
actuelle. Il est entendu, en principe, que chaque époque doit être
mesurée d'abord d'après ses normes propres, mais, en fait, — soit
que ces normes nous paraissent difficiles à établir, soit qu'elles nous
intéressent moins — , nous la mesurons aussi et surtout d'après nos
normes présentes. A ces normes, nous attribuons une valeur non in
dividuelle mais universelle. A l'aide de l'échelle que nous avons ainsi
établie nous prétendons même déterminer l'avenir.
Donc double difficulté : comment accorder une norme du passé
avec les valeurs d'aujourd'hui ; comment s'élever des phénomènes
individuels à l'intuition d'une fin universelle ? L'histoire est-elle
autre chose qu'une science morale ?
On voit l'importance et la gravité du problème. M. Lichtenberger
l'a posé avec précision et en a souligné le tragique, particulièrement
profond à l'heure actuelle. Il a aussi, avant de parler des solutions
nietzschéennes, esquissé magistralement les grands courants qui se
sont manifesté avant Nietzsche et ont influé sur lui : le rationalisme
idéaliste de Kant et de Hegel (l'histoire est le processus par lequel
l'esprit se réalise lui-même) et la négation radicale, de Schopenhauer.
La pensée nietzschéenne a évolué entre ces deux pôles.
I, M. PSYCHOLOGIE COMPAREE 387
7.-R. KANTOR. — The institutional foundation of a scientific social
psychology [L'institution d'une psychologie scientifique sociale). —
J. of Abn. Ps., XIX, 1, 1924, p. 46-56.
Les techniques méthodologiques des sciences sociales se sont jus
qu'à présent montrées moins satisfaisantes que celles des sciences
naturelles. Le problème des sciences sociales réside dans l'étude de
l'origine et de l'établissement des réponses de culture à des stimuli
institués. C'est dans l'étude exacte de l'interaction entre les individus
et les institutions que nous pouvons trouver les principes fondamen
taux de la psychologie scientifique sociale, étude des rapports entre
les phénomènes naturels et les humains, naturels aussi. Les réponses
.acquises sont fonction de notre développement social et national. Ce
«ont donc des faits concrets. Les institutions peuvent être ramenées
à des stimuli analogues dans leur fonctionnement aux stimuli phy
siologiques et être étudiés comme eux, du point de vue de leur fonc
tionnement et de leur origine. Sur ces bases, on peut envisager la
-constitution d'une psychologie scientifique sociale.
M. L.
IFLOYD H. ALLPORT. — The group fallacy in relation to social
science (Le mythe du groupe et la science sociale). — J. of Abn. Ps.,
XIX, 1, 1924, p. 60-73.
Cet article est écrit en réaction contre la conception de l'école so
ciologique française qui considère que le groupe est caractérisé non
par la somme des mentalités individuelles, mais par une mentalité
spéciale, distincte, analogue à un processus de synthèse chimique où le
terme final n'a rien de commun avec les facteurs constituants. Que
ce soit dans le domaine du conflit social, — l'auteur préfère le point
de vue de Freud à celui de Durkheim — , dans la théorie de la révolu
tion ou dans celle de l'organisme social, l'auteur estime les phéno
mènes collectifs avoir tout à gagner en s'exprimant en termes de
comportement individuel.
Un peu trop simpliste, l'auteur n'a peut-être pas suffisamment
rendu justice à ce qu'a pu avoir d'intéressant et de vraiment nouveau
•la théorie sociologique.
M. L.
JAMES GEORGE FRAZER — Le rameau d'or. — Trad, de Lady
Frazer. In-4, 722 pages, Paris, D. Geuthner, 1924 (60 francs).
Il est précieux de posséder cette édition abrégée, en un seul volume,
très dense il est vrai dans son impression fine, de l'énorme publication
de Sir J.-G. Frazer sur le rameau d'or. Lady Frazer a donné une
traduction très fidèle ; elle était bien placée pou-1 la réaliser dans
l'esprit même du maître qui en a d'ailleurs surveillé l'exécution.
Est-il besoin de dire ce qu'on trouve dans cette œuvre illustre, à
laquelle de tous côtés on a fait tant d'emprunts pour étayer des théo
ries psychologiques ou sociologiques.
C'est un recueil inépuisable de faits empruntés à tous les temps, 388 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
à tous les pays, à toutes les civilisations, recueil qu'un index alpha
bétique extraordinairement complet (comprenant bien plus de
2.000 termes) rend très facilement maniable, et qui d'ailleurs se lit
comme un roman.
On sait que le point de départ de l'auteur s'est trouvé dans la
règle curieuse qui s'imposait pour la succession des prêtres de Nemi
symbolisée dans le lumineux tableau du rameau d'or de Turner,
reproduit en tête du livre : dans le bosquet d'Aricie, près du petit
lac de Némi, et du sanctuaire de Diane, se dressait un arbre consacré
que le prêtre gardait nuit et jour, armé d'un glaive. Car son successeur
serait l'homme assez audacieux pour ravir à l'arbre une branche,
symbolisant le rameau d'or d'Enée, et pour le tuer lui-même. Cher
chant à expliquer cette coutume, sir Frazer a interrogé les mœurs,
les usages, les légendes, les plus divers, et a trouvé que la règle de
Némi n'était qu'un cas particulier d'une institution très répandue,
en particulier chez les nègres d'Afrique, qui se révèle sous des formes
analogues.
Les parentés du culte des arbres et de la mise à mort des rois, de
divers tabous, et de cultes variés, constituent le lien des 79 chapitres
du livre.
Même en négligeant ce lien, les faits restent, que l'on aura plaisir
à consulter dans ce volume, en se reportant, pour les références bibli
ographiques, aux ouvrages originaux. H. P.
SIGM. FREUD. — Psychologie collective et analyse du moi. — Trad.
Jankelevitch. In-8, 117 pages, Paris, Payot, 1924 (10 francs).
Mêlé à une foule l'individu subit dans son activité psychique des
changements profonds, dit Freud, en ce sens que son affectivité
s'exagère considérablement en même temps que s'abaisse son niveau
intellectuel. Quel est le mécanisme psychologique de cette action ?
On parle de suggestion, mais qu'y a-t-il derrière ce mot ? Le lecteur
l'a déjà deviné, ce ne peut être que la libido.
La libido — l'énergie des tendances se rattachant à l'amour sous
tous ses aspects ■ — doit former le fond de l'âme collective comme
de l'âme individuelle, et ce seront les relations amoureuses qui assu
reront la formation des organismes sociaux, même transitoires comme
les foules : l'individu se laisse influencer, suggestionner parce qu'il
veut être en accord avec les autres, pour l'amour d'eux.
Une Eglise, une Armée, un Parti doivent à des «liens libidineux »,
leur cohérence, liens qui ne rattachent pas tant un individu à l'e
nsemble des autres, que chacun des membres du groupe à un individu
privilégié, à un chef, comme dans la horde primitive.
Telle est la thèse qui se rattache au roman psychanalytique des
origines de la société humaine exposé dans Totems et Tabous, et
qui n'est évidemment pas dépourvue de tout intérêt. Quels sont les
rapports réels entre l'instinct grégaire de l'homme et les tendances
affectueuses, identifiées avec l'Eros platonicien, conçu dans une
forme mystique bien imprécise, c'est un problème qui mériterait de
sérieuses études.
Freud se contente de rapides affirmations. - H. P. PSYCHOLOGIE COMPARÉE 389
H. -G. BAYNES. — Primitive mentality and the Unconscious {Mental
ité primitive et Inconscient). — Br. J. of Med. Ps., IV, 1, 1924,
p. 32-49.
Le point de vue de l'auteur qui se rattache nettement à Freud et
à Jung, repose sur les deux postulats suivants :
1° Le mythe, caractéristique psychologique de la mentalité primi
tive ne peut être compris que par une attitude intuitive et prélogique
de l'esprit.
2° Les formations mythologiques, survivances adaptées du psy
chisme humain à travers les siècles, ne constituent pas des guides
valables dans l'étude de la structure de nos instincts.
A la lumière du principe de la « participation mystique » de Lévy-
Bruhl, l'auteur passe en revue un certain nombre de mythes anciens
et modernes, qu'il interprète du point de vue psychanalytique. Le
terme « de psychisme prélogique », tel qu'il l'emploie, comprend à la
fois le primitif et la mentalité civilisée inconsciente, tous
•deux caractérisés par un mode d'activité privé de raison. La différence
entre les mentalités primitives et civilisées réside exclusivement dans
la conscience claire qui n'est que le « sommet de la pyramide » de notre
conscience.
Nous ne pouvons donc faire l'étude du psychisme humain par des
méthodes purement intellectuelles et analytiques. Il nous faut re
courir à notre fonction synthétique d'intuition à laquelle l'auteur
attache d'ailleurs autant d'autorité qu'aux déductions rationnelles
et sur laquelle il lui semble possible de fonder un jour une psychol
ogie indépendante de la conception mécaniste des phénomènes
vitaux !
M. L.
FRIEDRICH KAUFFMANN. — Zur Theorie des Mythos {Contri
bution à la théorie , du mythe). — A. f. ges. Ps., XLVI, 1-2, 1924,
p. 60-69.
Essai de définition. Le mythe est une traduction poétique de la
pensée religieuse. Mais c'est de la poésie profane et non cultuelle.
Elle est l'œuvre des poètes. Elle repose essentiellement sur la repré
sentation symbolique des forces divines.
D. W.
F. KIESOW. — Psicologia dei popoli e psicologia empirica {Psychologie
des peuples et psychologie empirique). — Ar. it. di Psic., III, 2-3,
1924, p. 175-179.
La psychologie « empirique » est, pour Kiesow, la psychologie qui
n'est pas métaphysique, rationnelle, qui fait partie des sciences de la
nature, et doit comprendre la psychologie humaine sous ces deux
aspects de psychologie individuelle et de psychologie des peuples, à
côté de la des animaux s'étendant même aux plantes,
de la psychologie génétique, étudiant le développement psychique,
sans oublier le vaste champ de la psychologie appliquée.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.