Psychologie ethnologique et sociale (Psychologie religieuse. Esthétique, Logiqueet Linguistique comparées) - compte-rendu ; n°1 ; vol.22, pg 358-380

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L'année psychologique - Année 1920 - Volume 22 - Numéro 1 - Pages 358-380
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1920
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6° Psychologie ethnologique et sociale (Psychologie religieuse.
Esthétique, Logiqueet Linguistique comparées)
In: L'année psychologique. 1920 vol. 22. pp. 358-380.
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6° Psychologie ethnologique et sociale (Psychologie religieuse. Esthétique, Logiqueet Linguistique comparées). In: L'année
psychologique. 1920 vol. 22. pp. 358-380.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1920_num_22_1_4446ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 358
Les maniaques-mélancoliques différeraient à cet égard notable
ment des déments précoces, ayant plus souvent l'intelligence
normale, un caractère plus ouvert, moins de susceptibilité et d'ins
tabilité, une activité normale (et non incohérente ou passive), enfin prédominance' des traits de à consciencieuse, scrupuleuse,
inquiète, sévère, sociable, au lieu d'une prédominance ombrageuse
méfiante, timide, entêtée, insociable.
D'une façon générale, dans le caractère, qui donne la formule de
l'équilibre somatopsychique, on peut trouver le point faible qui
comportera rupture d'équilibre. On voit le délire hypocondriaque
naître chez des individus tristes, chétifs, anxieux, égoïstes, le délire
de culpabilité chez des soucieux, scrupuleux, altruistes, le
de grandeur chez des prétentieux, puérils, le délire de persécution
chez des ombrageux insociables, etc.
H. P.
6° Psychologie ethnologique et sociale (Psychologie religieuse,
Esthétique, Logique et Linguistique comparées).
CH. SEIGNOBOS. — La méthode psychologique en sociologie. —
S: de Ps., XVII, 6-7, 1920, p. 496-514. ^
L'auteur n'admet pas une méthode sociologique écartant systéma
tiquement toute observation psychologique et refusant de tenir
compte des faits de conscience interne.
C'est que les faits de représentation consciente ne sont pas seule.-
ment des états internes passifs, mais ont une action matérielle
incontestable : tel est le cas d'un homme lisant une dépêche qui lui
apporte une nouvelle grave, k Ce n'est qu'un fait de conscience, car
l'effet en serait insignifiant si l'écrit était dans une langue qu'il ne
comprend. pas. »
Or, une analyse des différents phénomènes sociaux montre que
tous contiennent un élément psychique individuel nécessaire pour
lui donner son caractère propre.
« Les études sur le totem ou sur lé salaire des ouvriers des mines
de charbon, faites par une méthode d'observation exclusivement
objective, ont abouti à constater un sentiment de solidarité commun
aux individus qui reconnaissent un même totem ou la résolution
des ouvriers de maintenir leur salaire et des patrons de maintenir
leurs bénéfices; la fait social, n'a pu être expliqué qu'en faisant
intervenir des faits psychiques conscients (que l'analyse résoudrait
en »faits individuels). » On parle bien de conscience collective, mais
c'est, ou un jeu de mots, ou une hypothèse métaphysique.
« Le spiritualisme social est encore plus difficile à justifier que le
spiritualisme individuel, car il ne repose même pas sur l'unité appa
rente d'un organisme connu par l'expérience. »
Nous ne connaissons que des états de conscience individuels, et
Fétude psychologique d'un fait soeial relèvera toujours de la psychol
ogie individuelle. PSYCHOLOGIE COMPARÉE 359
Dans des déformations verbales, on voit l'analogie opérer, non par
action collective de la société, mais par appréciation personnelle de
l'individu qui parle. Et l'influence individuelle d'un inventeur ou
d'un apôtre, d'un Napoléon ou d'un Bismarck, sur les faits sociaux
ne peut être contestée.
L'auteur décrit la méthode qui lui paraît la plus féconde, et qui
se fonde sur l'introspection personnelle et l'analogie entre tous les
êtres humains, méthode intellectuelle d'analyse qui, si elle n'a pas
la rigueur de la science, met en jeu l'esprit de finesse de Pascal.
En somme, s'interroger soi-même pour comprendre les raisons
de certains actes, pour se représenter les mécanismes d'action indi
viduelle psychique ayant engendré les faits sociaux, pour indiquer
au moins les possibles, telle serait cette méthode qui est passible
des plus graves objections, et qui implique un postulat auquel
d'expresses réserves devraient être faites, celui de l'analogie de
tous les esprits humains. Sans méconnaître l'usage que l'esprit de
finesse peut faire d'une telle méthode pour s'imaginer certains
facteurs agissant dans des milieux très semblables au sien ou
surtout dans le sien propre, on ne peut admettre, scientifiquement,
un automorphisme presque aussi dangereux que l'anthropomor
phisme de la psychologie animale.
Et, si Seignobos montre, à juste titre, que l'individuel est, par
rappprt au collectif, une réalité composante, il n'empêche, d'une
part que la méthode statistique négligeant, les influences indivi
duelles variables puisse être valable, et d'autre part que l'étude du
comportement — individuel ou collectif — des hommes, puisse se
faire sans appel à la subjectivité, à une conscience qu'on suppose
mais qu'on ne peut démontrer.
H. P.
G- URBAIN. — Les méthodes des sciences physiques et naturelles
sont-elles applicables à la sociologie? — J. de Ps., XVII, 6-7, 1920,
p. 481-495.
Le propre des sciences physiques et naturelles étant de permettre
la prévision des phénomènes à l'aide de lois, et Durkheim affirmant
que l'avenir n'est pas objet de science, il en résulte que la socio
logie, ou du moins sa sociologie, doit se rapprocher, comme paléont
ologie sociale purement descriptive, des sciences historiques. Si
l'on veut au contraire considérer la sociologie comme une science
biologique, relevant des méthodes de la physico-chimie, il faut
admettre une certaine emprise sur l'avenir. Des lois, vérifiables
dans le passé et le présent, ont bien des chances de l'être dans
l'avenir, d'autant que la notion physique du temps relatif brise ces
catégories de passé et d'avenir.
Mais l'attitude du sociologue est toute différente de celle du
physicien : il veut expliquer, trouver les causes réelles des phéno
mènes, comme les physico chimistes d'il y a deux siècles, à la
recherche de l'absolu. A l'heure actuelle, dans les sciences de la ANALYSES ÖIBLlOGRAPttlQÜES 360
nature, la seule explication — qui n'en est pas une au sens absolu
des philosophes — est une analogie : « des phénomènes dont les lois
sont de même forme peuvent être théoriquement identifiés"». On
substitue un possible commode à un réel inaccessible. La théorie .
n'est qu'un outil; elle assure la condensation des connaissances et
économise la nlémoire, et elle prépare la recherche; une théorie
n'est pas vraie ou fausse, mais féconde ou stérile.
Durkheim était loin d'une telle attitude; il est resté lui-même —
paradoxe singulier — imprégné d'idées métaphysiques et de pré
notions. .
Mais il peut exister une science de faits objectifs qui soit une
sociologie, tandis que la psychologie, tant que l'introspection y
sera admise, ne pourra être une science physique, elle restera
science du subjectif et du possible.
Or., il y a un critère permettant « de limiter le domaine de la socio
logie pure et de distinguer cette science de la sociologie psycholo
gique, dont le rôle est de traiter des rapports qui existent entre les
consciences individuelles et certains phénomènes sociaux Ajet qui
est ]e suivant -.'Tout phénomène purement collectif doit, en ce qui con
cerne les individus, obéir aux lois mathématiques du hasard.
Les k)is sociologiques pourront, de ce point de vue, être rappro
chées de certaines lois physiques. C'est ainsi que Perrin, en admett
ant que les atomes gazeux sont animés de mouvements individuels
désordonnés, en admettant l'indétermination, le hasard de ces
mouvements individuels, en déduit des lois, collectives qui sont les
lois connues des gaz.
Dans nos sociétés individualistes, l'agitation des hommes
« admettant une infinité de causes individuelles relevant de la
psychologie, est dominée théoriquement par la notion physique du
hasard ». Si le hasard ne suffisait pas pour interpréter théorique
ment la forme des lois, les phénomènes considérés né seraient
plus purement sociologiques; il faudrait, pour l'interprétation, faire
intervenir la psychologie.
Telle est la conception, très forte, du chimiste Urbain, qui est,
nous ne dirons pas un philosophe, mais un puissant penseur.
Malheureusement, au point de vue, accessoirement envisagé, de
la psychologie, l'influence du point de vue traditionnel, et artificiel,
entraîne une attitude qui ne me paraît pas fondée.
• L'existence d'une psychologie objective, sans'même aller jusqu'au
« behaviorisme » intégral, est un fait qui montre que l'assimilation
de la psychologie aux autres sciences de la nature est pratiquement
réalisée; cette psychologie ne cherche plus les explications absolues
qui paraissaient a Durkheim le but de la science, mais établit les
lois et fonde la prévision des phénomènes individuels, avec les
limites apportées par une connaissance fréquemment insuffisante
des facteurs en jeu. -
Lorsque je suis en possession de cette loi que, au cours d'asso
ciations provoquées l'influence affective du terme inducteur,
entraine — outre les manifestations physiologiques de l'émotion — PSYCHOLOGIE COMPARÉE 3&1
un retard marqué de la réponse associative, je puis, au cours d'une
expérience, en employant un terme inducteur qui aura une
influence affective, d'après la connaissance d'autres relations géné
rales — chez un individu que j'ai constaté déjà ne pas être dépourvu
d'affectivité — , prévoir, pour un cas particulier, le retard de la
réponse.
De même, ayant établi la loi de décroissance des traces mnémon
iques, et ayant déterminé les constantes d'un individu donné, je
puis, un temps défini après l'acquisition, alors que l'oubli paraîtra
total, prévoir avec une approximation satisfaisante l'économie qui
se manifestera dans l'effort d'acquisition — de réacquisition — du
souvenir oublié.
Évidemment la prévision se fait quand on procède a une expé
rience dans laquelle on élimine un grand nombre de variables.
Dans la vie de tous les jours où d'innombrables influences inter
fèrent, la prévision individuelle est difficile, et la prévision collective,
sociologique, interviendra. Mais l'échec des prévisions météorolo
giques ne conduit pas à éliminer des sciences de la nature les
phénomènes climatériques.
Certes, Pauto-psychologie introspective sort du cadre de la
biologie, science de lois, mais la psychologie moderne n'est plus
cela. Et les acquisitions de. la psychobiologie ne permettent
d'envisagef^seulement la psychologie subjective.
Je traite longuement ce point parce que, bien qu'il ne soit touché
que de façon tout à fait incidente dans l'étude d'Urbain, c'est lui
qui nous intéresse de la façon la plus aiguë dans cette étude de
très haut intérêt. H, P.
J. SAGERET. — Origine- sociologique de l'esprit. — J. de Ps., XVIF,
6-7, 1920, p. 570-584. .
Critiquant Le Dantec, l'auteur considère que, « pour raconter
l'individu humain », il faut lui restituer le milieu humain qu'on
peut appeler sociologique.
L'homme est un animal avec en plus quelque chose, qui est la
pensée par signes et qui constitue l'esprit lui-même.
Le langage est la mesure de l'esprit; les différences de langage
feront lesi différences d'esprit.
Évidemment, sans cerveau, il n'y a pas d'esprit, et la valeur du
second dépend de celle du premier; c'est la réaction entre Je
cerveau d'un individu plongé dans un milieu et ce milieu qui fait
l'esprit. « L'individu humain tient de naissance l'aptitude à penser,
non la pensée. »
Et du germe social s'est dégagé un individu de plus en plus déve
loppé. Le milieu spirituel ne s'est enrichi que par des individus
qu'il ne faut pas « noyer dans une prétendue âme collective ».
Le langage, phénomène social, engendrant la spiritualité, telle
est la thèse. Elle est, sous une forme analogue, mais plus appro
fondie, soutenue par Pierre Janet. H. P. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 362
FLOYD H. ALLPORT. — The influence of the group upon Associa
tion and Thought. — (L'influence du groupß sur V Association et la
Pensée). — J. of exp. Ps., III, 3, 1920/ p. 159-182.
L'auteur apporte une contribution à cette branche de la psychologie
sociale qui concerne l'influence secondaire exercée par un groupe
sur le comportement d'un individu dans une tâche qui n'implique
pas de participation collective, et sur laquelle Burnham avait attiré
l'attention (The group as a stimulus of mental activity, Science, 1910,
3i, 761-767).
Les sujets (24 hommes et 2 femmes) furent soumis à des
expériences, soit isolément, soit en présence de quelques-uns
d'entre eux (3-5), expériences d'association libre ou contrôlée, ou
de résumé d'une pensée après lecture.
Les résultats montrent que la rapidité d'association est générale
ment accrue, surtout au début (66 à 93 p. 100 des cas) sous
l'influence du groupe, avec des différences marquées de susceptib
ilité, les sujets les plus lents étant en général ceux qui manifestent
une plus grande accélération; les associations de caractère
personnel sont moins nombreuses en présence du groupe, et celles
suggérées par le milieu environnant le sont plus. Dans les processus
intellectuels supérieurs, il y a, sous l'intluence du groupe, plus
d'idées, et une expression verbale plus riche, ayant davantage un
caractère d'exposé oral, mais les idées ayant un caractère logique
élevé sont plus rares, remplacées par des idées inférieures.
L'influence sociale se marque donc par une amélioration quantit
ative, mais non qualitative. Au point de vue quantitatif même,
l'influence stimulante, l'émulation, peuvent être contrebalancées,
surtout chez certains sujets, du fait de la distraction ou de l'émotion
suscitée par la présence du groupe.
H. P.
FR. PAULHAN. — Les transformations sociales des sentiments. —
In-16 de 288 p., 1920. Bibliothèque de Philosophie scientifique.
Paris, Flammarion.
L'intellectualisme négligeait les tendances, ces principes d'activité
qui émanent des profondeurs de l'organisme : l'influence biologique
tend à les remettre en valeur. Mais, d'autre part, on ne peut étudier
la psychologie de l'individu contemporain sans tenir compte de la
formation et de la régulation collectives, et la sociologie a dirigé
l'attention sur l'aspect social de la psychologie.
L'ouvrage, intéressant et suggestif, que l'on doit à la plume de
Fr. Paulhan, témoigne de cette double influence mais, avec une
élaboration toute psychologique des données.
Une première partie, générale, traite de l'organisation des ten
dances, de leur spiritualisation, par combinaison avec des idées et
des croyances individuelles, de leur socialisation enfin. A vrai dire,
la distinction entre spiritualisalioh et est un peu frêle PSYCHOLOGIE COMPARÉE 363
car, si « nos tendances, nos désirs, nos idées naissent déjà quelque
peu spiritualisées, comme elles naissent quelque peu socialisées »
(p. 42), on peut penser que l'un est fonction de l'autre. De fait,
l'auteur dit bien que « si la tendance sexuelle se spiritualise en se
combinant à l'affection, à la sympathie, à la tendresse, à des
impression« de beauté, à des préoccupations esthétiques, littéraires
ou pratiques, elle se socialise dans la mesure où ces différents
sentiments sont eux-mêmes des éléments sociaux, dépassant larg
ement l'individu » (p. 80). C'est la grandeur de « cette mesure où... »
qu?il faudrait préciser : Quelle est la part de l'individuel et du social
dans une préoccupation littéraire?
Mais, que la distinction soit absolument justifiée, ou qu'il s'agisse
de nuances d'un même processus, en tout cas le résultat en est
essentiellement d'intérêt social : « Nos tendances s'élèvent dans
notre esprit comme un enfant parmi les enfants et les hommes.... Il
se heurte à eux et s'associe avec eux, il apprend peu à peu les
nécessités de, la vie, il étend le cercle de ses relations et se trans
forme par tous les rapports nouveaux qu'il inaugure successivement,
et qu'il établit avec des individus, avec des groupes, avec l'État et
de grandes Églises. Le rôle de la spiritualisation et de la socialisa
tion est, à certains égards, essentiellement transitoire. Une fois leur
œuvre accomplie et les tendances transformées, elles peuvent
diminuer en laissant à leur place une harmonie automatique et
routinière que leur fonction était de préparer. » v
En somme, il s'agit du processus — plus ou moins héréditair
ement préparé — par lequel un organisme individuel va s'itttégrer
dans les rouages de la machine sociale.
La transformation est particulièrement intéressante pour l'instinct
sexuel, tendance dont les sources organiques profondes sont bien
claires, et qui jfoue dans la vie sociale un rôle de premier plan.
Paulhan lui a consacré la deuxième moitié de son livre. On ne
trouvera pas plus dans cette partie que dans la première des docu
ments, des discussions de faits, mais u«e fine analyse de psychol
ogie, toujours assez littéraire, facile et agréable à lire.
« L'humanité, dit l'auteur, est plus portée vers les nouvelles
conquêtes que vers l'organisation des anciennes » (p. 284). Paülhan,
à l'inverse de cette tendance prédominante, cherche moins à
étendre, par l'apport de faits nouveaux, le domaine de la science,
qu'a réfléchir sur les anciens problèmes, et sa Conclusion vise à
dégager, au »bénéfice de la morale, quelques notions utiles de son
effort de réflexion.
H. P.
PAUL FAIJCONNET. — . La Responsabilité. Étude de Sociologie. — In-
8°, 400 p., 1920. Paris, Alcan.
Disciple direct de Durkheim, à la mémoire duquel le livre est
dédié, l'auteur a envisagé la responsabilité d'un point de vue socio
logique exclusif. 364 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Ce sont des forces collectives, déclare-t-il, qui entraînent les
sociétés à choisir des responsabilités pour les punir; mais la
responsabilité dépend d'un processus surajouté en quelque sorte
dans la conscience collective qui, ayant connaissance du crime, de
la violation d'une règle sociale, et réagi par la décision de
sanction, cherche ensuite le responsable pour que la sanction puisse
s'appliquer, sans que la notion du crime entraîne logiquement la
responsabilité. Ce n'est pas à la suite d'une recherche des causes,
comme, dans le domaine de la science, qu'on est conduit à déter
miner, le coupable, à déterminer tout au moins une culpabilité
individuelle, même dans les sociétés modernes. Le facteur essentiel,
c'est la nécessité éprouvée de la peine, dont l'application sera
dérivée vers tel ou tel individu par des processus associatifs (conti
guïté ou ressemblance) et des transferts affectifs, qui évoluent dans
la mentalité collective de façon très analogue à ce quej'on constate
dans la mentalité individuelle : des animaux, des cadavres pourront
subir la peine.
Il y a d'ailleurs une modification apportée à la responsabilité au
cours de l'évolution des sociétés : la responsabilité, d'abord collec
tive et communicable, s'individualise de plus en plus, elle se spiri
tualise, et la notion générale de née des relations de
l'individu avec la société, engendre l'idée de liberté, de libre arbitre.
Telle estj trës succinctement résumée, la thèse générale de
Fauconnet, exposée avec talent.
On peut regretter que son sociologisme orthodoxe l'ait empêché
de rechercher à l'origine des « forces collectives », les tendances
biologiques. On trouverait en effet dans le passage des réactions
immédiates, utiles, c'est-à-dire de défense, et inutiles, c'est-à-dire de
vengeance, des animaux, aux réactions différées, visant à empêcher
le retour d'un acte nocif — ce qui est le but principal delà sanction
sociale — , des éléments importants pour cette détermination des
racines biologiques de la responsabilité.
Et d'ailleurs, quand l'auteur envisage le « transfert affectif », il
a beau attribuer le phénomène à cette entité, dont il faudrait bien
pourtant que les sociologues se débarrassent, qu'il appelle la
conscience collective, il est réellement conduit à faire intervenir
des processus psychobiologiques, qu'a fait connaître l'étude des
individus. Car, si des influences réciproques s'exercent bien avec
une grande puissance sur les mentalités individuelles quand se .
propage une contagion émotive, il n'en est pas moins vrai que le
phénomène affectif ne peut avoir- de réalité que dans ua système
nerveux. Tout le reste est de la littérature.
L'individu, comme le soutient très justement Rabaud, ne peut
jamais être, en matière de science biologique, envisagé in abstracto,
en dehors de son milieu. Le milieu social' vient compliquer beau
coup le milieu biologique, mais c'est renouveler un hylozoïsme
encombrant, que de faire intervenir une âme sociale.
Ce serait d'ailleurs peu de chose que de faire disparaître ce
mannequin, et l'étude objective du milieu social et des modifi- <
PSYCHOLOGIE COMPAREE 36S
cations individuelles qui sont fonction de ce milieu, se montrera le
complément naturel de la psychologie de comportement, le couron
nement de la science biologique, comme dans l'œuvre de Lévy-
Bruhl.
H. P.
G.-L. DUPRAT. — La Psychologie sociale. — In-16, 370 p., 1920.
Paris, Doin. E( S.
La thèse fondamentale de Tauteur, c'est que l'être concret n'est,
étudié, ni par la psychologie, ni par la sociologie, « qui ont pour
objet deux abstractions ou entités (le psychisme, la société); on ne'
peut, déclare-t-il, se rapprocher de la réalité, autant que la science
le permet, qu'en observant le psychisme dans la société et la vie
collective à travers le psychisme individuel ».
Les chapitres du livre sont consacrés à la méthode psycho-socio-
logique; aux instincts; aux sentiments dans leur rapport avec, la
vie sociale; à la psychomotricité et à la technique sociale; à l'inte
lligence et à la pensée commune; aux croyances et religions; à la
vre individuelle et aux fonctions sociales; à l'éthologie individuelle
et collective.
L'auteur espère avoir formulé « quelques hypothèses appelées à
devenir, après plus ample vérification, des lois psycho-sociolo
giques » : mais, anticipant un peu, il a classé sous le nom de lois,
au cours du livre, cent huit propositions formelles, dont il n'est
naturellement pas possible, dans un compte rendu, de donner une
idée adéquate, d'autant qu'elles sont très hétérogènes.
H. P.
WILLIAM MC DOUGALL. — The Group Mind. — In-8 de 304 p., 1920.
Cambridge, University Press.
L' « Introduction to Social Psychology » publiée en 1908 par
Me Dougall a eu une influence considérable; elle rattachait les
comportements collectifs aux tendances, aux instincts des individus,
et fondait vraiment une psychologie sociale, sur une base plus large
et plus comprehensive que ne l'était l'imitation de Tarde. Ce nouveau
volume est la suite de l'Introduction et fournit, comme deuxième
étape dans la réalisation d'un traité d'ensemble, « une esquisse des
principes de la psychologie collective avec un essai d'application
à l'interprétation de la vie de la nation et du caractère national ».
De fait, la première partie reprend les principes généraux, la
seconde et la troisième sont consacrées au « national mind and
"character » et à son développement.
Une introduction définit la place que l'auteur donne à la psychol
ogie collective, la conception qu'il se fait du « group mind », et la
nature des relations qui peuvent unir la psychologie sociale aux
autres sciences sociales. La psychologie du groupe (ps. collective;
et de ses réactions, est une branche de la sociale qui ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 366
étudie les inlluences réciproques de l'individu et de la société; elle
constitue une des disciplines apportant leur pierre à l'édifice que
ddït construire la sociologie, essentiellement synthétique.
Le « mind » étant conçu comme un système de forces dirigées
dans un but (« purposive »), et le groupe comportant une organi
sation définie des tendances individuelles, on peut parler d'un
« group mind » sans y voir une superâme, l'esprit collectif étant
une simple résultante des esprits individuels et possédant une
unité d'organisation, malgré des conllits comme il s'en rencontre
• aussi bien dans le système des tendances constituant le « mind »
de tout individu.
Un examen de la mentalité de la foule, des groupes organisés
ayant « l'esprit de Corps », comme l'armée par exemple, et une
classification des groupes, forment le prélude à l'étude, qui est le
principal objet du livre, du groupe national, avec analyse des
"conditions de la formation d'un caractère national. Cette étude, dans
laquelle l'auteur envisage les faits concrets sans craindre de prendre
ses exemples dans nos sociétés modernes, et dans les événement»
récents — ce que l'on n'a pas été sans lui reprocher parfois — ,
est suggestive et illustre fort bien la méthode de l'auteur.
On s'intéressera vivement aux discussions sur la nature et le déve
loppement des races et sur le progrès des nations.
_ L'ouvrage, tant dans sa partie théorique, que dans l'application
au problème de Ta nationalité, soulève évidemment des objections
et des critiques, mais il fart penser et il aura incontestablement
une réelle influence.
H. P.
W:-B. PILLSBURY. — The Psychology of Nationality and Interna
tionalism (La, psychologie de la nationalité et de. l'internationalisme).
— ln-8, 314 p., 1919. New- York et Londres, Appleton et O.
Ce; liwe a été le fruit de réflexions suscitées par' le départ de
Grecs Américains allant se battre pour leur pays d'origine au. cours
de la guerre des Balkans, mais la situation née de la grande guerre
a exercé une influence directrice qui, pour n'être pas signalée par
l'auteur, n'en est pas moins évidente.
Le psychologue de Michigan, dans cet essai de psychologie sociale,
nous dit aboutir à une attitude qui constitue un compromis entre
celle de Mac Dougall, qui donne le rôle principal à un instinct
immédiat, et celle de Trotter qui trouve à tous les phénomènes
sociaux une explication dans des conventions suscitées par Ja.erainte
èe. l'individu envers le corps social.
S'il connaît Tarde — dont l'explication par l'imitation se
rapproche beaucoup des théories de Baldwin — et s'il refuse
d'accepter If instinct d'imitation de eeé auteur, il ignore l'école
sociorîogique française, qui s'est évidemment placée au début sur
un, terrain trop résolument anti-psychologique.
V Piitlshuey discute les eottceptioas de la nationalité et montre que

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