Psychologie générale - article ; n°1 ; vol.69, pg 304-324

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L'année psychologique - Année 1969 - Volume 69 - Numéro 1 - Pages 304-324
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1969
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°1. pp. 304-324.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1969 vol. 69, n°1. pp. 304-324.
doi : 10.3406/psy.1969.27664
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1969_num_69_1_27664Psychologie générale
Edwards (D. C.)- — General Psychology (Psychologie générale). —
New York, The Macmillan Company, 1968, 394 p.
Cet excellent manuel est présenté par l'auteur comme un texte
d'initiation à la Psychologie générale. Une perspective délibérément
scientifique fait l'unité de cet ouvrage par ailleurs très complet qui
aborde, après une excellente introduction définissant buts et méthodes
de la Psychologie et proposant quelques données psychophysiologiques,
des rubriques aussi diverses que Motivation, Émotion, Perception,
Apprentissage et Mémoire, mais aussi Psychologie du Développement,
Psychologie différentielle et méthode des tests, étude de la Personnalité
normale et pathologique, pour conclure par quelques éléments de Psychol
ogie appliquée.
D'une lecture agréable, ce livre pour débutants n'en est pas moins
très à jour, proposant des références bibliographiques qui incluent à la fois
des ouvrages fondamentaux et des recherches spécifiques très récentes.
Ce volume, complété d'ailleurs par un lexique récapitulatif fort utile,
nous semble — malgré l'obstacle de la langue — l'un des meilleurs que
l'on puisse proposer à l'heure actuelle aux bacheliers pour un premier
contact avec la Psychologie.
P. Marquer.
Plutchik (R.). — Foundations of experimental research (Les fonde
ments de la recherche expérimentale). — New York, Harper & Row,
1968, 270 p.
Il s'agit beaucoup plus d'une introduction aux problèmes soulevés
par la recherche expérimentale en psychologie, que d'une réflexion pure
ment épistémologique sur les « fondements » de celle-ci. L'unité de
l'ouvrage est assurée par l'assimilation de l'expérience à un processus
de décisions multiples. L'auteur a introduit des chapitres abordant des
problèmes cruciaux parfois ignorés dans les manuels analogues : défi
nitions des concepts, concept de la causalité, nature de la mesure. Tout
en constituant une introduction sérieuse, l'ouvrage se dit sans diffi
culté. La rareté des illustrations est heureusement compensée par le
nombre et la diversité des exemples réels fournis (voir à cet égard le
chapitre sur la nature du biais et du contrôle).
Ce livre peut constituer un bon manuel pour un étudiant de première
année.
C. George.
Fernald (L. D.). — Experiments and studies in general psychology.
— New York, Houghton Mifflin, 1965, 200 p.
Il s'agit d'un manuel de travaux pratiques pour étudiants débutants.
Le programme proposé, réparti sur 22 séances, inclut les thèmes les plus PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 305
fondamentaux de la psychologie scientifique actuelle. Après un bref
historique, mettant au point le vocabulaire de base et soulignant l'impor
tance des premières expérimentations en psychologie (temps de réaction),
et un rappel des données psychophysiologiques (système nerveux,
développement physique), l'auteur aborde les grands chapitres de la
psychologie expérimentale : apprentissage et oubli (expérimentations
sur le transfert d'apprentissage, l'apprentissage verbal et l'inhibition
rétroactive), la motivation (émotions et conflits), la sensation et la
perception (perception des couleurs, de la profondeur, perception poly-
sensorielle), personnalité (étude générale et pathologique). Quelques
séances sont consacrées aux techniques statistiques (statistique des
criptive, échelles de développement), à la psychologie sociale (techniques
sociométriques, attitudes, rumeurs) et à la psychologie appliquée
(psychologie légale, adaptation de la machine à l'homme).
Chacune des séances est conçue selon le même plan : un très bref
exposé présente le problème ; puis l'auteur donne les conditions pra
tiques d'une expérimentation simple, ne nécessitant qu'un matériel
réduit, que les étudiants peuvent réaliser en petits groupes ou sous la
direction du professeur, ou les matériaux à élaborer (étude de cas,
données brutes). (Un manuel annexe (Instructor's Manual to accompany
Experiments and Studies in general Psychology) est réservé au professeur
et précise les éléments à ne donner aux étudiants qu'au moment de
l'expérimentation.) Un schéma d'élaboration est proposé, sous la forme
de questions, tableaux à remplir, etc. Les derniers exercices proposés
sont en général des critiques de l'expérience.
Il n'y a pas de place, dans un tel manuel, pour un exposé approfondi
de la théorie sur laquelle reposent les expérimentations proposées. En
conséquence, les introductions, très brèves, paraissent quelquefois
caricaturales : un parallèle sans commentaires est fait entre les télescopes
de l'astronome et les instruments du psychologue ; ailleurs, l'auteur
souligne l'importance de « l'accroissement de la production, du confort
et de la sécurité pour le soldat comme pour l'ouvrier ». Dans le climat
actuel, de telles déclarations laissent rêveur. Mais il est clair que l'auteur
se situe délibérément dans une perspective très technique, proposant
son manuel comme un complément aux cours et aux lectures, et que
les exercices critiques donnés en fin des chapitres font nettement appar
aître les problèmes en jeu.
M. G. Pecheux.
Barbut (M.). — Mathématiques des sciences humaines, 1. 1 : Combi-
natoire et algèbre, t. 2 : Nombres et mesures. — Paris, Presses Uni
versitaires de France, 1967-1968, 245 p. et 289 p. — Cahiers mathé
matiques, n° 1, Livre de problèmes corrigés. — Paris, Gauthier-
Villars & Mouton, 1966, 162 p.
Ce livre englobe la majeure partie d'un cours professé depuis de
nombreuses années à des étudiants, des théoriciens et des praticiens des
A. PSYCIIOL. 69 20 306 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sciences humaines. Aucun exposé mathématique simple des notions de
base utiles dans ces domaines n'était disponible jusqu'ici. Cette lacune
est comblée.
Ce livre supposait un choix : l'auteur a construit la première partie
dans l'optique de l'algèbre, autour de l'idée clef d'application : Combi-
natoire et algèbre englobe les « Notions d'application », « l'Algèbre de
Boole », « les relations et classifications », « l'algèbre linéaire ». Partant
des bases ainsi acquises la deuxième partie : Nombres et mesures fournit
les outils permettant d'aborder l'inférence statistique : aperçu des
structures numériques (N, Z, Q,R), notions de produit scalaire métriques
et distances ainsi que leur utilisation en statistique descriptive, éléments
de calcul de probabilités.
Ce cours, s'il correspond, comme le souligne le Pr Fraisse dans la
préface au développement d'un nouveau langage, est plus qu'un lan
gage offert à des utilisateurs, parce qu'il propose un ensemble de notions
« définies sans équivoque » et constitue, de ce fait, un corps de référence
pour toute réflexion.
Ce cours est un cours de mathématiques et s'il peut donner au débu
tant l'impression que tout problème de sciences humaines est aisément
formalisable, c'est que, pour des raisons pédagogiques évidentes, l'auteur
a choisi des exemples particulièrement simples dans ce domaine.
Le talent de l'auteur a consisté à faire un exposé limpide et cohérent
de notions mathématiques en fait difficiles à assimiler. L'expérience de
deux années d'enseignement à la Faculté des Lettres et Sciences humaines
de Paris, a montré qu'une fois que l'étudiant a compris le cours il lui
reste un énorme travail à faire pour atteindre à la maîtrise de ces notions.
Pour aider le lecteur, il aurait été souhaitable de trouver aux fins de
chapitres un plus grand nombre d'exercices détaillés. A ce propos, nous
recommandons vivement de traiter l'excellent recueil de problèmes
corrigés Cahiers mathématiques, I à traiter parallèlement au cours. De
plus on souhaiterait une partie initiant le lecteur aux opérations logiques
élémentaires (non, ou, et), aux notions d'implication, et à l'emploi des
symboles logiques utilisés dans le livre. Par leurs qualités de contenu et
d'exposé ces livres seront d'une aide précieuse pour les étudiants et cher
cheurs des sciences humaines et constituent, à n'en pas douter, un jalon
important dans l'acquisition d'un langage commun aux psychologues,
sociologues et mathématiciens.
C. Viano et G. Oppenheim.
Uttal (W. R.). — Real-time computers. Technique and applications
in the psychological sciences (Les ordinateurs en temps réel. Technique
et applications aux du comportement). — New York,
Harper & Row, 1967, 338 p.
Entre autres utilisations, nous devons considérer aujourd'hui l'ord
inateur comme un instrument de laboratoire capable de diriger des
expériences de psychologie. C'est-à-dire une machine déterminant la PSYCHOLOGIE GENERALE 307
succession des stimulus tout en analysant les réponses du sujet ; le
tout d'une manière fort rapide et infaillible, suivant des algorithmes
précis et éventuellement complexes. On dit que l'ordinateur est alors
utilisé « en temps réel » (real-time) ou encore « en direct » (on-line).
Plusieurs niveaux peuvent bien sûr être distingués dans de telles
utilisations, suivant, en particulier, la complexité de la règle d'enchaîne
ment des essais. Par ailleurs, des configurations électroniques fort diverses
peuvent permettre ces utilisations, la question se posant, entre autres,
du choix entre une utilisation « en temps partagé » d'un gros ordinateur,
ou celle d'un ordinateur autonome. Enfin, de par le rôle de pilote dévolu
à l'ordinateur dans cette perspective proprement expérimentale, l'e
nsemble des équipements périphériques et des transducteurs ou « inter
faces » divers qu'ils impliquent est de grande importance, et lié à de
difficiles problèmes techniques.
On comprend alors l'importance que revêt pour nous un livre,
d'introduction à l'usage en temps réel des ordinateurs en psychologie,
comme celui de W.R. Uttal. Premier du genre, le Uttal remplit parfaite
ment sa mission d'introduction au niveau de la technologie des ordi
nateurs. La première partie de l'ouvrage et l'appendice, exposant très
clairement la structure élémentaire et l'organisation fonctionnelle d'un
calculateur électronique numérique moderne, constituent ensemble
près des 2/3 du livre. Et l'on notera que le reste du livre (partie II,
consacrée aux applications psychologiques) n'est point exempt de déve
loppements techniques.
Outre la clarté et le caractère agréable du style choisi par l'auteur
pour nous guider dans l'étude du fonctionnement des ordinateurs, le
livre de Uttal a pour grand mérite de préciser soigneusement quantité
de notions liées « à l'utilisation » des ordinateurs. On trouvera ainsi
éclaircie, par exemple, la hiérarchie entre les différentes formes de
« temps partagé » (batch processing, time skating, multiprocessor computer
operation...).
Si une connaissance du fonctionnement et de l'utilisation technique
des ordinateurs nous semble très utile à l'expérimentateur, il va de soi
qu'elle doit déboucher sur une étude plus spécifique de l'expérimentation
en temps réel dans la spécialité du chercheur. Au cours du dernier cha
pitre de son livre, Uttal parle de systèmes d'enseignement par ordinateur
dégénéré (degenerate computer teaching machines) ; nous serions tentés
d'élargir ce concept en celui d'expérimentation par ordinateur dégénérée,
pour insister avec Uttal sur le fait qu'un équipement de traitement
électronique de l'information trouve sa pleine justification dans une
conception originale de l'expérimentation.
La spécificité de l'utilisation d'un ordinateur résidant dans l'accès
indépendant de chacun des éléments disponibles, cette indépendance
autorise une restructuration permanente du programme proposé du
sujet.
A ce niveau, le livre d'Uttal ne consiste en fait qu'en l'exposé rapide 308 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
d'un petit nombre d'expériences de psychologie (les développements
les plus longs, sur l'enseignement programmé, ne concernent pas direct
ement la psychologie expérimentale) . Néanmoins les quelques expériences
citées (relevant des domaines de la prédiction, du concept et de la psycho
physique) illustrent bien la spécificité de l'expérimentation automatique
avec ordinateur, et font entrevoir nombre de développements prometteurs
dans cette direction. On notera que l'on trouve également, dans cette
partie du livre, un certain nombre de pages consacrées à l'analyse
spectrale de phénomènes bio-électriques.
On remarquera, enfin, que l'auteur a délibérément choisi d'exclure
de cet ouvrage les problèmes relevant de la programmation proprement
dite (langages), bien que çà et là, dans la partie technologique, quelques
allusions à la fonction des compilateurs soient faites. Or le problème des
langages « interprètes » apparaît en plus important dans l'optique d'une
expérimentation en temps réel.
C'est pourquoi, en conclusion, il nous semble que si le Uttal est
aujourd'hui un livre absolument essentiel pour tous les psychologues
intéressés par l'expérimentation avec un ordinateur utilisé en temps
réel, il doit être considéré davantage comme un guide dans la recherche
de références dans un domaine très récemment abordé, que comme un
traité ou un manuel systématique des expériences de psychologie réali
sables dans cette optique.
P. Bovet.
Piaget (J.). — Biologie et connaissance. — Paris, Gallimard, 1967,
430 p.
Le problème épistémologique fondamental abordé dans cet ouvrage
concerne les sources de la connaissance. L'originalité de ce travail
n'est donc pas tant dans son thème, familier aux lecteurs de Piaget,
mais dans son optique interdisciplinaire : les problèmes psychologiques
et épistémologiques de l'intelligence et de la connaissance sont en effet
directement abordés à la lumière de la biologie contemporaine (et des
travaux de Waddington en particulier). L'hypothèse d'une continuité
entre adaptation biologique et adaptation cognitive, idée maîtresse
dans l'œuvre de Piaget, est ici analysée en profondeur et discutée à l'aide
d'arguments tirés des travaux biologiques récents et des progrès de la
connaissance psychogénétique de l'intelligence. C'est en cela que cet
ouvrage marque une date dans l'œuvre de Piaget.
Il est évidemment impossible de résumer ici l'ensemble des arguments
apportés par Piaget. Nous nous contenterons d'exposer son hypothèse
centrale, précisant la nature des relations entre le biologique et le
cognitif, et à passer en revue les grandes lignes de sa démonstration.
Les régulations organiques constituent la propriété fondamentale
de la vie ; mais l'être vivant ne possède pas d'organes différenciés de
régulations, si ce n'est le système nerveux (en interaction avec le système
endocrinien). Le système nerveux est lui-même, par ailleurs, Pinstru- GÉNÉRALE 309 PSYCHOLOGIE
ment des fonctions cognitives. D'où l'énoncé de l'hypothèse reliant les
fonctions cognitives et l'organisation vitale : « Les processus cognitifs
apparaissent simultanément comme la résultante de l'autorégulation
organique dont ils reflètent les mécanismes essentiels, et comme les
organes les plus différenciés de cette régulation au sein des interactions
avec l'extérieur. » Ce qui implique qu'il existe des fonctions générales
communes aux mécanismes organiques et cognitifs, mais qu'il existe
aussi une spécialisation progressive des fonctions cognitives, dépassant
les fonctions organiques.
D'où les fonctions cognitives vont-elles tirer les instruments de cette
autorégulation ? Pour Piaget, la réponse est simple : « L'autorégulation
cognitive va utiliser les systèmes généraux d 'autorégulations organiques,
et va les adapter (...) à ces données particulières que constituent les
échanges avec le milieu (comportement). »
Cette hypothèse, qualifiée de « fort banale » par Piaget, pourra néan
moins surprendre ou choquer au premier abord, car il est peu habituel
de considérer des « processus » (cognitifs en l'occurrence) comme des
« organes différenciés ». Mais l'ambiguïté d'une telle formulation, malad
roite à notre avis, et qui revient tout au long de ce travail, est atténuée
par l'analyse très poussée des notions de structures, fonction, orga
nisation, etc.
A l'appui donc de cette hypothèse, différents types d'arguments
sont apportés. Tout d'abord, une épistémologie de la connaissance
biologique, montrant le parallélisme des problèmes qui se posent au
biologiste et au psychologue de l'intelligence, la parenté des systèmes
théoriques auxquels ils se sont référés (ex. : lamarckisme et
empirisme, etc.) et la parenté des solutions contemporaines qui font
appel à des modèles fondés sur des notions d'organisation (totalités
relationnelles) et de régulations (feed-back cybernétiques).
La recherche de correspondances de fonctions et d'isomorphismes
partiels de structures entre l'organisme et la connaissance permettra
des comparaisons plus directes. Ainsi, la structure et la fonction, l'orga
nisation, propre au domaine organique, présentent des caractères dont on
retrouve des équivalents dans le domaine cognitif (conservation d'un
invariant, par exemple) ; mais la connaissance présente en outre des
caractères qui lui sont propres, tels que la dissociation des formes et des
contenus. De même, on retrouve des isomorphismes partiels entre orga
nisme et connaissance dans les fonctions et structures de l'adaptation
(assimilation et accommodation, par exemple), dans la conservation des
informations (mémoire, anticipations), dans les régulations et toutes les
formes de l'équilibration. Mais ces isomorphismes ne peuvent être que
partiels, car tout en tirant ses cadres fonctionnels de l'organisation
vivante, la connaissance les dépasse en structures plus raffinées, condui
sant à des formes d'équilibre plus stables que les approximations
organiques.
L'analyse épistémologique des niveaux élémentaires du comporte- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 310
ment (instinct, perception, apprentissage et intelligence animale), puis
des formes supérieures constitue le 3e type d'approche de ce problème.
Piaget montre qu'il faut distinguer trois formes de connaissance : 1) les
formes héréditaires dont l'instinct est le prototype et qui comporte
déjà une logique, mais innée et cristallisée ; 2) les formes logico-mathé-
matiques, progressivement construites par coordination générale des
actions ; 3) les formes acquises en fonction de l'expérience (apprentissage
et connaissance physique).
Les catégories 2) et 3) sont peu dissociées chez l'animal. Chez l'Homme
au contraire, la première catégorie est considérablement réduite au
profit des deux autres. C'est que les formes héréditaires de comportement
cognitif, prédominantes chez l'animal, se dissocient en deux directions
complémentaires lorsque le champ d'adaptation et d'équilibre s'élargit
grâce à la représentation et à la pensée : d'une part, vers une extériori
sation (accommodation phénotypique au milieu) conduisant aux apprent
issages et expériences physiques, c'est-à-dire à la connaissance de
3e catégorie ; d'autre part, vers une intériorisation et structuration
formelles, par « abstraction réfléchissante » des coordinations générales
de l'action : ce qui conduit à la connaissance de 2e type (logico-
mathématique).
La connaissance acquise (apprentissage, connaissance physique)
est indissociablement liée à la connaissance logico-mathématique, car
celle-ci fournit le cadre indispensable à l'assimilation du donné extérieur
et à la « lecture de l'expérience » (notion d'une connaissance-assimilation
opposée à la notion d'une connaissance-copie). Quant aux structures
logico-mathématiques, elles prolongent les organisations biologiques :
tirées des coordinations générales de l'action (emboîtements, ordres,
réseaux, groupes, etc.), elles s'appuient sur les coordinations nerveuses
(logique des neurones de McCulloch) qui relèvent elles-mêmes des
coordinations de l'organisation vivante en général.
Si la source des structures logico-mathématiques est à chercher dans
le fonctionnement organisateur général, une solution peut être donnée
au problème de l'accord des mathématiques et de la réalité. L'organisation
vivante est l'organisation d'un système d'échanges et il n'y a pas de organisateur sans accord avec le milieu. L'accord des
mathématiques et de l'expérience ne serait alors qu'un cas particulier
de cet accord. L'incapacité de la connaissance acquise (apprentis
sage, etc.) à se constituer sans cadre logico-mathématique a une signi
fication : elle montre, du point de vue biologique, que la connaissance
du milieu n'est possible que par une extension des structures de l'orga
nisation à la réalité physique extérieure.
Ainsi, ce travail est tout entier orienté vers la recherche d'une syn
thèse théorique. S'adressant aux biologistes autant qu'aux psychologues,
son originalité tient à ce va-et-vient constant entre les systèmes d'expli
cation des biologistes contemporains, surtout de Waddington, et les
systèmes explicatifs qui se dégagent de l'étude psychogénétique de PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 311
l'intelligence. L'ouvrage se termine par un appel à une plus grande
collaboration interdisciplinaire, qui seule en effet pourrait apporter
des réponses aux problèmes soulevés ici.
Y. Hatwell.
Honig (W. K.). — Opérant behavior : areas of research and application
(Le comportement instrumental, ses divers domaines de recherche
et d'application). — New York, Appleton Century Crofts, 1966, 865 p.
Le développement considérable des travaux sur le conditionnement
opérant au cours des dix dernières années justifiait la composition d'un
important ouvrage dans lequel chacun des aspects de la question ferait
l'objet d'un chapitre distinct, traité par un spécialiste connu. Honig
s'est appliqué à la constitution d'un tel traité qui complète parfaitement
les « programmes de renforcement » de Ferster et Skinner, sous une forme
plus notionnelle et moins technique que ce dernier livre.
Les premiers chapitres concernent les aspects théoriques de la quest
ion, tandis que les derniers envisagent ses aspects d'application, soit
au moyen de sujets animaux (psychopharmacologie, physiologie des
besoins, recherches d'aéronautique), soit au moyen de sujets humains
(étude du développement de l'enfant, conditionnement verbal, réalisation
d' « environnements programmés »pour adulte isolé, etc.). L'intérêt de ces
derniers chapitres tient à leur aspect pratique et même prospectif, ainsi
qu'aux liaisons qu'ils établissent avec d'autres domaines de recherche.
Toutefois, ce sont les onze premiers chapitres, à caractère purement
théorique, qui sont les plus importants. Après une introduction concer
nant les principes du renforcement des conduites opérantes et, corol-
lairement, des conduites superstitieuses, le lecteur trouvera six chapitres
traitant surtout du conditionnement à renforcement positif, principale
ment par motivation alimentaire, envisagé sous les aspects suivants :
intermittence du renforcement, renforcements secondaires, concurrence
entre conduites opérantes simultanées, différenciation des indices
valides, et même utilisation en psychophysique de la discrimination
instrumentale. Ensuite trois chapitres envisagent les effets des renfor
cements aversifs, principalement par choc électrique, sous forme de
« punition », d'évitement intermittent ou basé, au contraire, sur une
discrimination sensorielle.
De tous ces chapitres se dégagent des principes communs qui peuvent
choquer l'expérimentaliste classique et qui, par un apparent empirisme,
mènent à des résultats qui remettent en cause bien des notions théoriques
couramment admises. La sélection opérationnelle d'une réponse déter
minée et son renforcement instrumental, l'étude de ses variations de
fréquence comme seule variable dépendante, le contrôle maximum des
conditions de milieu expérimental visant à fixer la topographie de la
réponse à étudier (l'animal ne doit donc pas changer de lieu d'action,
c'est-à-dire ne pas se déplacer comme dans une boîte à choix ou dans un
labyrinthe) sont les bases de l'analyse expérimentale du comportement, 312 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
qui porte ainsi sur de nombreuses données enregistrées automatiquement
et relatives à un petit nombre de sujets. Les plans expérimentaux
comportant plusieurs groupes importants de sujets, et les traitements
statistiques qui leur sont relatifs comme l'analyse de la variance, sont
ainsi difficiles à utiliser. En tout cas, ils n'apparaissent pas comme
une nécessité, en raison de l'épuration des conditions expérimentales et
de la définition rigoureuse du renforcement, excluant toute autre
variable indépendante non désirée.
L'aspect théorique des processus d'acquisition perd lui aussi de son
importance, en raison du contrôle exercé pas à pas sur l'évolution du
comportement au moyen de la modification progressive du « programme »,
au lieu que l'animal soit confronté d'emblée à une situation complexe
et qu'on doive ensuite émettre des hypothèses concernant les stratégies
par lesquelles il a maîtrisé le problème posé. A la limite, le sujet est si
bien « formé » qu'il réalise des apprentissages discriminatifs sans jamais
commettre d'erreurs !
L'importance ainsi accordée aux contingences de renforcement
amène les auteurs à mettre davantage l'accent sur la probabilité des
réponses conditionnées que sur leur dépendance vis-à-vis des stimulus
qui pourraient les déclencher ; ainsi, une basse cadence de réponses
peut fort bien ne pas résulter d'une discrimination temporelle, mais
seulement d'une insuffisance de renforcement de ces réponses qui diminue
leur probabilité d'émission et donc leur fréquence d'apparition. On
cherchera donc à étudier la périodicité de ces réponses ; pour cela, il
faudra que ces dernières soient suffisamment nombreuses, et par consé
quent renforcées seulement de façon intermittente ; et pour la même
raison, on ne cherchera pas à conditionner l'immobilité, ou absence de
réponses. D'ailleurs, il apparaît que c'est l'action qui est renforcée, non
son défaut, et que la cadence de réponses est le fait premier sur lequel
agit le renforcement et grâce auquel on peut étudier les effets de ce dernier.
On trouve même chez Skinner l'idée d'une « réserve de réfexes » telle
que l'activité du sujet tende à rester constante au cours du temps, et
on pourra rapprocher cette conception de celle de Tinbergen relativ
ement à l'aspect d'initiative qu'offre toute conduite animale à l'égard
de l'environnement. En mettant ainsi l'accent sur l'aspect concret du
travail expérimental et de ses données brutes, sans préjugé théorique
d'aucune sorte, les instrumentalistes se trouvent paradoxalement en
accord, au terme de leurs expériences programmées, avec les résultats
qu'ont fourni aux objectivistes les observations en milieu naturel.
M. Blancheteau.
Barnett (S. A.). — The rat. A study in behaviour (Le rat : étude de
son comportement), 3e éd. — Chicago, Aldine publishing Company,
1966, 288 p.
L'auteur n'est pas uniquement un psychologue préoccupé de
recherches fondamentales en matière de comportement et qui utiliserait

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