Psychologie générale - article ; n°1 ; vol.70, pg 298-317

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L'année psychologique - Année 1970 - Volume 70 - Numéro 1 - Pages 298-317
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1970
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1970 vol. 70, n°1. pp. 298-317.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1970 vol. 70, n°1. pp. 298-317.
doi : 10.3406/psy.1970.27711
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1970_num_70_1_27711Psychologie générale
Wolman (B. B.). — Historical roots of contemporary psychology
(Racines historiques de la psychologie contemporaine). — New
York et Londres, Harper & Row, 1968, 376 p.
Il est profondément vrai que les problèmes les plus actuels de la
psychologie ne prennent tout leur sens qu'à partir d'un éclairage histo
rique. Il est aussi vrai que la seconde moitié du xixe siècle marque une
coupure dans le développement de la recherche psychologique qui
devient de plus en plus de type empirique.
Wolman a eu raison de réunir dans ce volume 16 articles originaux
écrits par des spécialistes et souvent par des élèves de ceux que l'on
peut considérer comme des pionniers de la psychologie moderne. Il
ne suffît pas de s'intéresser aux « écoles », il faut aussi considérer les
hommes qui, dans l'originalité de leur œuvre, apportent cependant le
témoignage de multiples influences.
Cet ouvrage, bien pensé à l'origine, est cependant à moitié réussi.
L'inégalité des contributions, certes, est la rançon des ouvrages collect
ifs, mais il serait injuste de ne pas signaler les chapitres de grande
qualité comme ceux de Wolman sur Herbhart, de Ey sur P. Janet,
de G. Allport sur Stern et aussi ceux de Anokhin sur Pavlov, de Leontiev
et Luria sur Vygotski.
Le plan du volume est déroutant. Pourquoi regrouper en trois parties
ces ancêtres ?
La première dominée par l'association avec d'une part les associa-
tionnistes anglais, et d'autre part Herbhart, Sechenov, McDougall,
Pavlov ; la seconde sur libre et la psychanalyse avec
W. James, Janet et Freud ; la troisième consacrée à l'approche person
naliste et culturelle avec Kant, Brentano, Wundt, Bradley, Ward et
Stout, W. Stern et Vygotski.
Cette histoire morcelée perd de son poids. Certes on peut tout justi
fier mais peut-on comprendre Herbhart sans Kant. Que font McDougall
dans la première partie et Wundt dans la troisième. L'histoire des
racines a ses lois. Pourquoi la briser, d'autant plus que les influences
nationales ont souvent été plus fortes, que ce soit par contagion ou
par réaction, que les parentés internationales.
Il y a une histoire anglo-saxonne de la psychologie et pourquoi n'y
trouve-t-on pas Darwin ? Il y a une histoire allemande avec son impact
sur l'Amérique. Une histoire russe où Sechenov, Pavlov et Vygotskii
se comprennent les uns par les autres. Une histoire française où dans
ce livre l'absence d'A. Binet, voire de Charcot, est choquante.
Tout ceci dit, chaque chapitre a son intérêt propre, parfois pour PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 299
l'homme qu'il campe (Yerkes, McDougall, Stem, par exemple), parfois
pour l'aspect d'une pensée qui est particulièrement développée. Ainsi
des développements sur W. James et l'association libre confrontée
avec l'œuvre de Freud ou l'intentionnalité chez Brentano, l'énergie
psychique chez Freud. J'en passe.
P. Fraisse.
Hameline (D.), Lesage (H.). — Anthologie des psychologues français
contemporains. — Paris, Presses Universitaires de France, 1969,
347 p.
Cette anthologie qui se veut explicitement limitée à la psychologie
fondamentale, en laissant de côté tout le domaine de la
appliquée, est faite par deux auteurs dont l'origine paraît plutôt phi
losophique.
L'ensemble du livre est composé uniquement d'une suite d'articles
consacré chacun à un auteur et comprenant chacun une notice biobi
bliographique courte mais suffisante pour situer l'auteur, suivie d'un
extrait plus ou moins long d'un texte représentatif de son œuvre : la
psychologie du temps pour P. Fraisse, le développement des sourds-
muets pour P. Oléron, la psychanalyse pour D. Lagache...
L'ouvrage s'ouvre par une introduction historique montrant l'av
ènement de la psychologie scientifique dans les pays de langue française,
où l'on trouve des extraits entre autres de T. Ribot, P. Janet, H. Piéron,
H. Wallon et J. Piaget.
Le plan suivi par les auteurs distingue l'approche « impliquée »
recouvrant à peu près le champ de la psychologie clinique et qui a
pour représentants par exemple J. Favez-Boutonier, H. Ey, D. Lagache,
de l'approche « détachée » recouvrant en partie le champ de la méthode
objective expérimentale et qui a pour représentants ici aussi bien
H. Piéron, P. Fraisse, J.-F. Le Ny que J. Stoetzel et J. Chateau.
Pour terminer, quelques-uns des plus célèbres auteurs exposent ce
qu'est ou devrait être la psychologie.
Pour les auteurs, l'approche « impliquée » indique une relation entre
l'observateur et l'observé, alors que dans l'approche « détachée » cette
relation est autant que possible absente.
A l'intérieur de chaque partie on trouve une présentation générale,
suivie de textes ayant trait aux méthodes et enfin de textes portant
sur des domaines spécifiques de la psychologie.
Cela compose un panorama relativement complet de la psychologie
telle qu'elle se présente. La place accordée à chaque auteur est prat
iquement la même pour tous sans tenir compte de leur importance.
On peut s'étonner de trouver ici des contributions étrangères à la
psychologie alors que tout un secteur de recherches en psychologie :
la psychophysiologie, est ignoré. De plus le critère de classification
amène parfois des voisinages assez déroutants.
M.-C. Fourment. 300 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Bold (R. G. de). — Manual of contemporary experiments In psy
chology (Manuel d'expériences contemporaines en psychologie). —
Englewood Glifts (New Jersey), Prentice-Hall, 1968, 245 p.
Ce manuel est destiné à des étudiants débutants. Il est conçu de
façon que tous les étudiants d'une classe soient des expérimentateurs
autonomes dans la réalisation d'expériences simples en individuel.
Chacun d'eux doit s'assurer le concours comme sujets d'un ou de deux
camarades d'une autre discipline. Le manuel fournit outre des directives
très précises, un matériel déjà tout constitué. Les 19 expériences pro
posées se répartissent principalement entre les thèmes de la mémoire
à court terme, l'apprentissage verbal, la résolution de problème et
l'identification de concepts, en faisant une part à l'étude de quelques
variables de personnalité.
C. George.
Hays (W. L.). — Quantification Psychology (La quantification en
psychologie). — Belmart, California, Brooks/Cole publishing Com
pany, 1967, vii-87 p.
Fascicule d'un manuel pour psychologues débutants, il fait partie
d'un ensemble de travaux analogues qui seront tous publiés isolément
sous la responsabilité de chaque auteur.
Cet ouvrage est consacré aux méthodes de mesure en psychologie
que trois chapitres traitent avec précision. Le premier introduit les
notions de mesure et leurs fondements ainsi que les principaux types
de mesures, par catégorie, ordre, intervalle et établit une comparaison
entre les mesures psychologiques et physiques. Le chapitre II présente
les principales méthodes psychophysiques, loi de Fechner, loi de puis
sance, la méthode des comparaisons par paire et les différentes échelles
de valeur personnelle et d'attitude.
En dernier lieu viennent les mesures en psychologie différentielle,
et les tests. On y trouve un bref exposé des fondements des tests et
des propriétés qu'ils doivent posséder, validité, fidélité.
L'exposé de toutes ces questions est clair. On regrette néanmoins
de ne pas trouver dans les méthodes psychophysiques une introduction
à la détection du signal.
G. Oléron.
Nuttin (J.) in collaboration with Greenwald (A. G.). — Reward
and punishment in human learning (Récompense et punition dans
l'apprentissage humain). — New York et Londres, Academic Press,
1968, 205 p.
Il s'agit là d'une nouvelle version de l'ouvrage de Nuttin, Tâche,
réussite et échec (Louvain, Publications Universitaires, 1953), qui en
comprend les chapitres 2, 3, 4, 6, 7 et 8 abrégés par le traducteur,
Greenwald, accompagnés d'une introduction et d'une conclusion reman
iées par Nuttin lui-même. L'ensemble est complété par un appendice GÉNÉRALE 301 PSYCHOLOGIE
rapportant les travaux propres à Greenwald sur le même problème
de la fonction de la récompense et de la punition dans l'apprentissage.
Le nouvel ouvrage est centré sur ce problème plus nettement que l'ancien
et est plus bref, ce qui est de nature à en faciliter la lecture.
Les deux auteurs s'en prennent principalement à la loi de l'effet
de Thorndike-Hull. Ce qui est en cause, c'est non pas le phénomène
empirique que certains événements possèdent la propriété d'augmenter
la probabilité d'une réponse lorsque leur apparition dépend de l'émission
de celle-ci, mais le postulat théorique selon lequel l'effet d'un renfor
cement positif réside dans un accroissement automatique de la force
de la connexion S-R. On constate une démarche parallèle chez les deux
auteurs : infirmer le postulat théorique et rendre compte des phéno
mènes empiriques par la mise en évidence d'autres déterminants de
la probabilité de la réponse.
Le paradigme expérimental de base, conçu par Nuttin consiste
en une première présentation d'une suite de stimulus, conformément
à la procédure d'un apprentissage par essais et erreurs d'association
par couple ; on procède ensuite à une nouvelle présentation des stimulus,
mais cette fois la tâche est modifiée inopinément en une épreuve de
rappel : les sujets doivent indiquer pour chacun des stimulus quelle
réponse ils ont effectuée précédemment, que celle-ci ait été exacte
ou non. En effet Nuttin conteste la validité des expériences tradition
nelles reposant sur des répétitions de la situation initiale pour étudier
le renforcement, car alors dit-il la motivation à répéter une réponse
renforcée l'emporte sur la motivation à répéter une réponse pénalisée.
Il estime nécessaire d'équilibrer les deux motivations, d'où la procédure
employée : si la loi de l'effet est valide, il en résulte, pense-t-il, que le
pourcentage de rappels exacts de réponses antérieures devrait toujours
être plus élevé pour la classe des précédemment récompensées
que pour celle des réponses précédemment pénalisées.
Les travaux de Nuttin ayant déjà été publiés, il convient ici de
s'arrêter davantage sur ceux de Greenwald. Ce dernier montre au terme
de six expériences successives caractérisées par un contrôle accru de
certaines variables expérimentales, que les réponses initialement récom
pensées ou pénalisées ont la même probabilité d'être correctement
rappelées et ce, aussi bien dans un apprentissage intentionnel que dans
un apprentissage incident. Notons que ce résultat n'a pas été obtenu
dans les six expériences, et qu'il suppose diverses précautions. Rappel
ons que Nuttin avait observé une probabilité de rappel correcte plus
élevée pour les réponses récompensées seulement dans les tâches
« ouvertes » (apprentissage intentionnel) mais non dans les tâches « fe
rmées » incident) au cours d'expériences non exemptes
de critiques méthodologiques. Malgré cette divergence les deux auteurs
concluent au rejet de la loi de l'effet, puisque l'effet d'une récompense
étant supposé automatique la loi devrait être valide dans les deux
modalités d'apprentissage. 302 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Greenwald a réalisé trois autres expériences selon une procédure
différente, dont les résultats sont censés être incompatibles avec la loi
de l'effet. Or dans l'une (exp. 7) un comportement régi par la loi de
l'effet serait en contradiction avec une stratégie rationnelle, tandis que
dans les autres (exp. 8 et 9) l'information apportée par « vrai-faux »
est beaucoup plus pauvre que les autres modalités d'information. Si
on admet que la loi de l'effet ne constitue pas un mécanisme d'apprent
issage exclusif, ces dernières expériences ne peuvent pas être concluantes.
Quant au paradigme utilisé par Nuttin pour tester la loi de l'effet,
sa pertinence a été contestée, en particulier par Postman (Psychol.
Bull., 1966, 65, 383-388) : prenant à la lettre les propos de Thorndike
il considère que le seul indice adéquat est la nouvelle probabilité de
réponse et non la probabilité de rappel des réponses antérieures. Une
autre difficulté nous paraît résider dans le choix des renforçateurs uti
lisés « vrai-faux » ; or ceux-ci ont un statut mal élucidé, quoi qu'en
pense Thorndike. C'est d'ailleurs leur utilisation qui a conduit cet
auteur à affirmer que les pénalisations ne diminuent pas la probabilité
de réponse, ce qui est contraire aux résultats observés avec d'autres
renforçateurs.
Ces remarques n'enlèvent rien au grand intérêt des travaux de
Nuttin et de Greenwald, qui sont au centre des problèmes posés par
le mécanisme de renforcement. On peut en avoir une confirmation
dans la publication récente par Buchwald (Psychol. Rew., 1969, 76,
132-143), d'un modèle probabiliste de l'incidence de « vrai » et « faux »
sur le comportement ultérieur. Or ce modèle ne fait aucunement appel
à la loi de l'effet, mais stipule des probabilités de réponse selon que le
sujet se rappelle ou non sa réponse antérieure à un stimulus, et la
sanction de celle-ci.
C. George.
Lorenz (K.). — L'agression. Une histoire naturelle du mal, traduit
de l'allemand par Fritsch (V.). — Paris, Flammarion, 1969, 315 p.
On vient de traduire en français le livre de Lorenz, dont nous avons
déjà donné un compte rendu (voir L'Année psychologique, 1969, fasc. 1)
d'après sa version anglaise, en insistant sur les thèmes éthologiques
développés dans la première partie de l'ouvrage. Souhaitons que le
public cultivé, ainsi délivré de l'obstacle linguistique, fasse à ce livre
l'accueil qu'il mérite. Pour notre part, la facilité de sa lecture nous a
permis de mieux apprécier les derniers chapitres dans lesquels Lorenz,
après avoir montré la fonction vitale de l'agressivité chez la plupart
des espèces animales, expose la possibilité qu'elle dépasse son but et
crée, notamment en l'absence de mécanismes inhibiteurs, un déséquil
ibre grave, en particulier chez l'homme. Sa discussion de la thèse
de Freud concernant l'instinct de mort est intéressante à cet égard,
bien qu'il ne s'agisse que de considérations beaucoup moins scienti
fiques que les observations éthologiques des premiers chapitres. Si PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 303
elles sont discutables (tout comme son hypothèse concernant le sourire,
d'ailleurs), il faut les considérer comme faisant simplement partie d'un
essai de synthèse humaniste personnel de l'auteur. D'ailleurs la tra
duction, par moments presque familière, rend bien le ton de souriante
bonhomie avec lequel Lorenz expose ces idées.
M. Blancheteau.
Gilbert (R. M.), Sutherland (N. S.). — Animal discrimination
learning (L'apprentissage discriminatif chez l'animal). — Londres
et New York, Academic Press, 1969, 501 p.
Un Symposium sur l'étude expérimentale de l'apprentissage chez
l'animal s'est tenu en avril 1967 à l'université du Sussex (Brighton,
Angleterre) ; les principales communications en ont été réunies et le
recueil ainsi formé constitue un intéressant document sur l'évolution
récente des conceptions en matière d'apprentissage discriminatif chez
l'animal (rat, pigeon ou même poisson). Notons cependant qu'il s'agit
d'un aspect assez particulier de ce problème ; en effet, en raison de la
situation géographique du Symposium, il se trouvait parmi les parti
cipants une forte proportion de chercheurs anglais partisans de la
théorie de la « sélection du stimulus », ou encore de « l'attention sélec
tive » proposée par Sutherland et par Lovejoy. De la sorte, l'essentiel
des discussions porte sur les interprétations inspirées par cette doctrine,
qui est fortement battue en brèche d'ailleurs par les skinnériens ;
ceux-ci, pour la plupart américains, témoignent à cette occasion de leur
fidélité aux principes du contrôle des conduites par leur renforcement.
Selon Sutherland, ce qu'un animal doit apprendre dans une situa
tion comportant une multiplicité d'indices, c'est d'abord à porter son
« attention » sur une catégorie d'entre eux puis sur une autre pour
découvrir lesquels sont valides, et ensuite sur les valeurs qui, à l'inté
rieur de cette « dimension » correcte, guident la réponse adaptée. Ainsi,
dans une discrimination comportant des indices visuels et auditifs,
les premiers étant pertinents mais non les seconds, l'animal devra
sélectionner tout d'abord le continuum sensoriel lui permettant d'adapter
sa réponse, puis la valeur de ce continuum (« noir » et non « gris » par
exemple) qui lui assure le maximum de réponses correctes. Une part
est donc faite à l'activité du sujet, décrite comme un processus en deux
temps, et dont dépend sa perception de la situation : le renforcement
incident des conduites concomitantes à la présentation d'un stimulus
donné ne peut avoir lieu que si le sujet porte « attention » en cette occasion
à cette classe de stimulus, ou si « l'analyseur perceptif » correspondant
est en fonction à ce moment-là. Cette théorie est exposée de manière
assez abstraite par Sutherland lui-même (qui reconnaît à quel point elle
est vague), et complétée par un imaginatif modèle mathématique de Gray
et Smith. Deux autres exposés théoriques, par Keehn et par Gilbert,
la mettent en discussion dans le cadre de l'orthodoxie skinnérienne.
Les exposés d'expériences concernent les chapitres d'étude auxquels 304 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
peut s'appliquer l'interprétation précitée : gradient de généralisation
sur un continuum sensoriel (chapitres de Thomas, de Honig et de
Hoffman), apprentissage incident (le remarquable travail de Wagner
contredit nettement la théorie en question), effets du surapprentissage
(chapitres de Warren et McGonigle, et de Siegel, également peu favo
rables à la thèse de l'attention sélective) et enfin inversion de discr
imination et apprentissage de probabilités. A cet égard, une mention
spéciale doit être réservée à la controverse opposant sur ce point, en
matière de psychologie comparée, Bitterman et Mackintosh : ce dernier,
tenant de la théorie de Sutherland, se propose de réinterpréter les
résultats du premier. Le ton de la riposte de Bitterman à cette tentative
est dur, mais il faut avouer que sa conception des problèmes est pru
dente, rigoureuse et opérationnelle, tandis que la réinterprétation
proposée par son contradicteur est souvent discutable.
Par ailleurs, deux études sur la différenciation temporelle sont à
mentionner. Harzern tout d'abord présente une brève, mais suggestive,
revue de la question basée sur les programmes d'intervalles fixes (F.I.)
et de basses cadences de réponse (D.R.L.). Puis il apporte une preuve
de l'inefficacité (non de l'inexistence) des conduites collatérales en tant
que repère temporel, en exposant ses résultats obtenus par l'usage
d'intervalles de renforcement progressivement allongés (P.I.) selon
une loi arithmétique ou géométrique : la croissance relative de la fr
équence relative des appuis reste la même ; toutefois, il est curieux de
noter que le nombre des appuis varie également peu. De son côté,
Boakes fait discriminer deux durées correspondant à l'intervalle entre
deux appuis successifs sur deux clés, en réponse à deux stimulus lumi
neux d'intensités différentes ; il note d'ailleurs des appuis répétitifs
« superstitieux » sur la première clé si le délai est long.
Une remarquable étude sur le conditionnement d'évitement, tant
théorique qu'expérimentale, est fournie par Hurwitz et Dillow, qui
exposent les résultats donnés par un nouveau programme d'évitement
à renforcement partiel (F.R. avoidance). Eux aussi insistent sur le
fait que les contingences de réponse et de renforcement suffisent à
permettre de prédire le comportement, sans qu'il soit besoin de recourir
à des variables médiationnelles telles qu'une « attention sélective ».
Telle est également la conclusion à laquelle parvient Siegel ; en étudiant
l'inversion de discrimination en matière d'orientation dans un labyrinthe
en forme de T, il constate l'effet du renforcement des conduites explo
ratoires précédentes et la détermination des réorientations subséquentes
à partir des « stratégies » ainsi formées.
Nous serions portés, en définitive, à conclure à l'instar de Warren
que la théorie de l'attention sélective a été un échec quant aux prédic
tions qu'elle a pu inspirer, mais qu'elle a été un succès heuristique,
car elle a donné lieu à des expériences intéressantes et variées qui
contribuent à notre connaissance de l'apprentissage discriminatif.
M. Blancheteau. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 305
Lindsley (D. B.), Lumsdaine (A. A.). — Brain function and
learning (Fonctions cérébrales et apprentissage). — Berkeley et
Los Angeles, University of California Press, 1967, 364 p.
Un quatrième volume de la série intitulée Fonctions cérébrales vient
de paraître, et sa composition diffère assez sensiblement de celle des
précédents en ce sens qu'il n'y est pas uniquement question de physiol
ogie du névrax, mais que des problèmes de psychologie, voire d'épis-
témologie, s'y trouvent également abordés. La seconde moitié du volume
est en effet consacrée à des sujets tels que : les modèles mathématiques
et l'intelligence artificielle (traité par Simon), développement et apprent
issage chez l'enfant (par Lipsitt), l'enseignement programmné (par
Lumsdaine), débilité mentale et apprentissage (par O'Connor), la créa
tivité (par Guilford et par Koestler). Les titres de ces communications
et les noms de leurs auteurs suggèrent leur évident intérêt ; cependant
le psychophysiologiste s'attachera plutôt aux exposés relevant de sa
spécialité et qui constituent la première moitié du recueil : nous allons
exposer brièvement leur contenu.
Les deux premiers chapitres traitent des modifications physico
chimiques du cerveau en relation aux modifications de la conduite.
Le problème de l'engramme est abordé par Gaito qui traite du rôle
de l'A.R.N., principalement d'après les travaux de Hydén ; il mentionne
notamment l'importance de l'A.R.N. des terminaisons nerveuses, qui
peut être messager des protéines constitutives ou de l'Ach. et de la
cholinestérase, ainsi que celle de l'A.R.N. des membranes nerveuses,
qui est soit messager des protéines constitutives, soit des enzymes de
liposynthèse. L'influence de cet acide nucléique sur la transmission
et la conduction des influx nerveux apparaît ainsi clairement, et il est
à noter que les conceptions qui en découlent sur les mécanismes de
facilitation menant à l'apprentissage ne s'opposent pas à l'hypothèse
des circuits réverbérants, mais la complètent au contraire. L'inter
vention d'autres mécanismes est d'ailleurs envisageable dans le cadre
des actions de l'A.R.N. dans l'apprentissage, comme par exemple le
rôle possible de la névroglie. Il se pose cependant encore de nombreux
problèmes, comme celui de savoir quels phénomènes biochimiques sont
concomitants seulement de l'apprentissage mais n'en dépendent pas
directement, lesquels sont transitoires ou persistants après exercice,
lesquels sont localisés ou généralisés, et surtout quelles épreuves de
comportement sont valides pour baser l'étude de telles modifications
organiques. Au cours de la discussion, les résultats du conditionnement
de planaires effectué par McConnell et par beaucoup d'autres auteurs
sont rappelés et confrontés : c'est finalement toute la méthodologie
de ces expériences qui est remise en question, ainsi que nos connais
sances sur la physiologie des planaires, sur leur anatomie fine et sur
leurs mécanismes régénératifs.
Ce sont les modifications électriques qui sont traitées par Galambos,
qui commence par schématiser le fonctionnement cérébral du point 306 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de vue des ensembles anatomo-fonctionnels, des voies d'accès des
messages sensoriels au cortex, qu'il classe en trois groupes : les voies
spécifiques principales, ayant une fonction de discrimination et d'ana
lyse ; le système réticulaire, dont le rôle concerne la vigilance et l'atten
tion ; et enfin le système hippocampo-limbique dont dépend la rétention
mnémonique. Il envisage la possibilité de fonctionnement du système
nerveux à lui seul, ou en conjonction avec le tissu névroglique, rappelant
à ce sujet ses propres travaux ainsi que ceux de Hydén et de Svaetichin.
Il classe enfin les manifestations bio-électriques cérébrales en trois
catégories : ondes E.E.G., potentiels évoqués et potentiels stables
(ainsi que les modifications de la conductibilité électrique de la substance
cérébrale). Ces deux dernières sortes de phénomènes paraissent avoir
des rapports étroits avec le phénomène d'apprentissage : leurs modif
ications concomitantes de l'acquisition régressent au moment de
l'extinction du conditionnement, et peuvent réapparaître après réap
prentissage, même inverse du premier. Toutefois cette concomitance
n'est pas toujours aussi manifeste : la performance apprise subsiste,
mais le « signe » électrique peut disparaître, pour se retrouver alors
dans des centres hiérarchiquement inférieurs au cortex ou à l'hipp
ocampe où il était apparu tout d'abord. Inversement il se peut que la
réponse motrice soit inhibée alors que la modification d'un potentiel
évoqué correspondant subsiste sans affaiblissement. C'est pourquoi
le problème de la validité de ces résultats vis-à-vis des phénomènes
d'apprentissage ainsi que celui de la définition même de l'apprentissage
selon les critères physiologiques sont soulevés et discutés.
On lira ensuite avec intérêt une étude de Pribram sur le rôle de
certaines « aires silencieuses » du cortex, notamment celui des lobes
inféro-temporaux dans la discrimination visuelle. Par la technique
d'ablation partielle de ces aires chez le Singe, il a pu montrer qu'elles
ont une fonction de recherche et de sélection des indices ; ceci a été
confirmé sur le plan électrophysiologique par une technique de stimu
lation continue de ces aires in situ, qui amène un allongement de la
latence et de la durée des potentiels évoqués occipitaux, avec réduction
de leur amplitude. Les messages émanant de ces aires à destination
des aires de réception primaire joueraient donc un rôle dans la sépa
ration temporelle des messages sensoriels, permettant une discrimination
plus aisée par augmentation de leur temps d'analyse. C'est donc dans
les processus d'attention et d'analyse que ces aires silencieuses inte
rviennent ; leur rôle apparaît ainsi très différent de celui de ces autres
aires silencieuses que sont les lobes frontaux, auxquels Pribram avait
déjà reconnu les fonctions d'intention des conduites, de possibilité
de les différer, et d'intégrer pour les réponses futures les conséquences
des réponses précédentes.
Une approche neurophysiologique originale est effectuée par Thomps
on, qui étudie les déterminants de ce qui ressemble à une habituation
du réflexe de flexion après stimulation répétitive chez le chat spinal

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