Psychologie générale - article ; n°2 ; vol.71, pg 604-627

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L'année psychologique - Année 1971 - Volume 71 - Numéro 2 - Pages 604-627
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°2. pp. 604-627.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°2. pp. 604-627.
doi : 10.3406/psy.1971.27762
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1971_num_71_2_27762Psychologie générale
J. Gage y. — Analyse spectrale de la psychologie, essai sur la structure
épistémologique de la psychologie. — Paris, Marcel Rivière, 1970,
148 p.
Deux postulats sont à la base de cet essai :
1° II n'y a pas de coupure entre philosophie et science. Il ne s'agit
pas seulement de contester le statut scientifique de la psychologie.
Même devant le physicien qui emporte certes le respect, notre auteur
ne peut s'empêcher d'évoquer le Dr Faust.
2° II y a des psychologies. Ce que l'on appelle psychologie est sus
ceptible de lectures diverses auxquelles correspondent des épistémologies
différentes. Modèle classiflcatoire avec la caractérologie, modèle carté
sien avec l'associationnisme, modèle positiviste de la psychologie expéri
mentale, modèle biologique, probabiliste de la des
tests et enfin la psychologie du mit-sein révélé par la psychanalyse.
Cette psychologie en miettes retrouvera son unité dans un dernier
chapitre « Psychologie et métaphysique ». Elle sera permise par la
réflexion du philosophe qui ne cherche pas à totaliser les résultats de
la psychologie positive mais qui s'en enrichit après les avoir « épurés et
situés » dans un effort métaphysique.
« La reprise reflexive dont la psychologie positive est continuell
ement l'objet n'ouvre donc pas seulement sur les synthèses hypothétiques
mais bien sur une régulation sui generis de la recherche dont il faut bien
déchiffrer le sens, dire la fonction d'unité qu'elle est au sein du plura
lisme jusqu'ici décrit. »
Nous sommes bien devant un ouvrage de philosophie et l'avantage
des philosophes est de pouvoir tout affirmer sans pouvoir être contredit,
si ce n'est par la vie et l'histoire des idées.
Dans l'hexagone où triomphe toujours l'impérialisme de la philo
sophie sur les sciences humaines, par le biais de l'agrégation de et de l'inspection générale, où en 1971 un spécialiste de Spinoza
peut se porter candidat à une chaire de psychologie, où une Reçue philo
sophique se complaît à des numéros spéciaux sur « Les psychologies »,
on peut peut-être ne pas s'apercevoir que les régulations de la science
psychologique sont de plus en plus immanentes à ses développements.
Pour reprendre le fond du problème, il est évident que les approches
psychologiques apparaissent multiples et Gagey en donne certaines
raisons. Mais il est aisé de noircir le tableau en superposant des psycho- PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 605
logies passées et présentes, des sciences appliquées et des sciences fonda
mentales. L'effort épistémologique de cet ouvrage aurait plus d'impact
s'il était vraiment épistémologique, c'est-à-dire un savoir sur un savoir.
Malheureusement, sauf pour la psychanalyse et les tests, on ne perçoit
pas que Gagey connaisse de l'intérieur le savoir positif. Il ne suit jamais
la pensée d'auteurs contemporains, si ce n'est peut-être celle de Piaget
exécutée en une page.
A lire plus les psychologues, il serait aisé de découvrir comment
la psychologie de la personnalité n'en est plus au stade de Heymans
et Wiersma (1908), que la psychologie des tests devient une psychologie
différentielle, que le behaviorisme n'en est plus à la boîte noire, mais
au cognitivisme, etc.
Certes comme dans d'autres sciences, des champs de recherche se
développent dans une relative indépendance. Ils sont confrontés les
uns aux autres. Sans doute trouveront-ils dans des Einstein des clés
de concordance. Nous savons seulement qu'elles ne nous seront pas
données par les philosophes. Depuis 25 siècles les philosophes réfl
échissent sur l'homme, mais il n'y a eu de saut dans nos connaissances
que depuis un siècle, depuis que les savants étudient l'homme d'une
manière scientifique.
P. Fraisse.
Kantor (J. R.). — The scientific evolution of Psychology (L'évo
lution scientifique de la psychologie), vol. II. — Chicago, The
Principia Press, 1969, 427 p.
Kantor, fidèle à son behaviorisme organique et à son approche natur
aliste de la psychologie qui lui interdit de chercher refuge dans les
explications faisant intervenir les abstractions mentalistes ou physio
logiques, poursuit dans cet ouvrage son histoire de la psychologie.
Ce volume va de la fin de la Renaissance à nos jours. Kantor a un
grand souci de fidélité à la pensée des auteurs et il multiplie les citations.
Il cherche aussi à replacer la pensée de chacun dans le mouvement des
idées scientifiques et politiques. Il suit ainsi le développement de la
psychologie à travers ce qu'il appelle la sécularisation de l'âme (Descartes,
Locke), puis l'âme comme expérience et existence (Berkeley, Hume,
Wolff) jusqu'à la psychologie, science de l'homme et de la nature
(La Mettrie, Condillac, Kant). L'histoire à partir de là devient plus
foisonnante. La physiologie, les mathématiques et surtout la biologie
interviennent dans la cristallisation des problèmes psychologiques.
Enfin arrive la période moderne avec le développement de l'expériment
ation et la spécialisation des champs.
Ce livre est très important à qui veut comprendre l'histoire de la
psychologie et développer son épistémologie.
P. Fraisse. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 606
Dember (W. N.), Jenkins (J. J.). — General psychology (Psychol
ogie générale). — Prentice Hall, Inc., Englewood Cliffs, New
Jersey, 1970, 784 p.
Après avoir posé un certain nombre de problèmes auxquels le livre
devrait répondre, les auteurs consacrent une longue première partie
à introduire la psychologie en tant que science, méthode et histoire.
La deuxième partie est consacrée à la vision introduite tout d'abord sous
son aspect physiologique. Dans la partie suivante réservée à l'apprent
issage, on peut regretter que la part du pauvre soit faite à la mémoire,
dont les notions les plus importantes sont distillées parmi des notions
de conditionnement. Une quatrième partie est consacrée tout à la fois au
^angage, à la pensée et à l'intelligence. La dernière partie comprend l'affec
tivité et la motivation. Il faut noter d'intéressantes tables et un glossaire.
Au style vivant et imagé, on peut reprocher cependant parfois une
certaine absence de clarté qu'une structuration plus explicite des
chapitres et une table des matières plus complète auraient partiell
ement évitée. Il manque à cet ouvrage très complet par ailleurs des
perspectives sur les recherches actuelles et à venir qui auraient pu rem
placer certains chapitres de physiologie.
A. Charles.
Mathematical thinking in behavioral sciences (La pensée mathémat
ique dans les sciences du comportement). — Extraits du Scientific
American, avec introductions par D. Messick, Scientific American,
1968, 231 p.
Cette sélection de 27 articles a été effectuée à l'intention des étu
diants en sciences humaines dans l'intention, nous dit Messick, de pré
senter « des idées intéressantes (et souvent subtiles) de manière à les
rendre compréhensibles à ces étudiants et à les encourager à acquérir
les outils nécessaires pour utiliser ces idées avec profit ».
Les articles ont été regroupés en cinq parties que l'on peut désigner
sous les rubriques : théorie des probabilités, cybernétique, théorie des
jeux et des décisions, intelligence artificielle, usages des ordinateurs.
Le panorama est impressionnant. La plupart des articles, dont cer
tains ont des signatures illustres, sont de très haute qualité et abordent
des problèmes délicats, sur les dehors d'un style agréable.
d' « étudiants » en sciences Souhaitons qu'il se trouve beaucoup
humaines pour répondre au vœu de Messick.
H. Rouanet.
Raiffa (H.). — Decision analysis : introductory lectures on choices
under uncertainty (Analyse de la décision : leçons introductives
sur les choix en situation d'incertitude). — Addison-Wesley, Reading,
Massachusetts, 1968, 309 p.
Le but de l'ouvrage est de présenter les notions et les techniques
essentielles de la théorie de la décision en remplissant les deux condi- PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 607
tions : d'une part, maintenir un niveau mathématique élémentaire,
d'autre part, fournir des illustrations non seulement didactiques mais
présentant un intérêt concret. A ce double égard, l'ouvrage est une
réussite (dont seul un expert pouvait être capable) et constitue sans doute
la meilleure introduction à la théorie de la décision écrite à ce jour.
H. Rouanet.
Statistiques et probabilités : cours programmé à l'usage des cadres. —
AIDEP, Paris, Dunod, 1970, 373 p.
Cet ouvrage a été réalisé par l'association interentreprises pour
le développement de l'enseignement programmé (AIDEP), avec le
concours de la CEGOS.
Conformément à la mode, il a été rédigé selon la technique de l'ense
ignement programmé (plus précisément : la technique linéaire), pour
laquelle les auteurs semblent manifester une confiance touchante.
Que le titre ne fasse pas illusion : les « cadres » pour lesquels on a
rédigé ce texte ne sont censés connaître que l'algèbre de 4e, et on ne
cherche à leur inculquer (en 373 pages) que les notions les plus rudimen-
taires sur la distribution normale, l'écart type et la comparaison d'une
fréquence à une norme.
A le feuilleter d'un peu trop près, on risque de découvrir quelques
notions d'une originalité assez suspecte, comme celle d' « événements
indépendants exclusifs » (p. 11).
Mais somme toute, cet ouvrage est presque recommandable et
marque en tout cas un progrès incontestable par rapport à d'autres
ouvrages similaires (comme par exemple : Initiation à la pratique des
statistiques paru en 1967).
H. Rouanet.
Rey (A.). — Instincts et acquisitions. — Louvain, Librairie Univers
itaire, 1967, 345 p.
André Rey est surtout connu en France par son œuvre dans les
domaines de la psychométrie et de la psychologie expérimentale chez
l'enfant ; or sa rigueur expérimentale, mais aussi sa clairvoyance face
à la diversité des espèces zoologiques, lui a également permis d'apporter
une contribution notable à l'étude du comportement animal. Cet aspect
du travail d'André Rey est très méconnu en France et le présent recueil,
dû à l'heureuse initiative de son élève le Pr Thinès, contribuera certa
inement à combler cette lacune.
En effet, le lecteur trouvera quatorze travaux effectués entre 1931
et 1959, ainsi qu'une introduction théorique sur la méthode expéri
mentale et une note technique qui, placées en tête du livre, démontrent
déjà combien leur auteur dominait le domaine envisagé ici, tant au
niveau concret des réalisations qu'à celui, plus général, de la philoso
phie de la recherche. 608 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Les recherches proprement dites sont exposées ensuite suivant un
regroupement taxonomique des espèces étudiées. Les trois premières
concernent les activités de réparation de cocons et de tissage de la toile
chez diverses chenilles et araignées. On constate que, dans une faible
marge, ces arthropodes sont capables de modifier la séquence innée de
leurs actes spécifiques et de s'adapter aux perturbations expérimentales.
Deux intéressants travaux portant sur les souris sont à lire ensuite.
Le premier nous montre quels sont les stimulus déclencheurs (Rey ne
les nomme pas ainsi) de la conduite consistant à ramener au nid les
souriceaux qui en sont sortis, et quels sont les déterminants spatiaux
de l'adoption d'un lieu déterminé pour établir ce nid. La seconde étude
traite de la conduite d'échappement hors d'une enceinte étroite par
rongement d'un opercule de papier obstruant l'orifice de sortie, et de la
généralisation de cette conduite à une succession de deux et de trois
portes à ronger de même. On eût souhaité trouver à la suite de ce travail
celui, figurant à la fin du livre, qui porte sur le conditionnement d'évi-
tement son-choc chez le cobaye, car il s'agit là également d'une tâche
de généralisation de la conduite de navette entre deux puis trois compart
iments. En effet, chez les deux espèces et quelles que soient les conduites
étudiées, l'auteur note la variabilité individuelle qui lui suggère une
typologie relative aux phénomènes de conditionnement, et surtout il
insiste sur les particularités comportementales innées propres à chaque
espèce, qui déterminent en fait quelles sont les conduites dont l'expér
imentateur peut tirer parti ainsi que le mode expérimental à adopter
vis-à-vis d'elles.
L'utilisation expérimentale des rongeurs ne serait pas complète
sans celle des rats : à cet égard, trois études expérimentales reprises de
celles de Lashley seront à lire avec fruit, montrant jusqu'à quel point
la théorie de l'équipotentialité de l'écorce cérébrale doit être nuancée
par la prise en considération de vicariances possibles et acquises durant
le délai post-opératoire.
Les chiens furent également des sujets de choix pour Rey comme le
montrent les deux derniers travaux, sous deux aspects méthodologiques
différents : soit étude sur un cas particulier, avec élaboration de schémas
d'apprentissage du type de ceux de Hull et de Spence, soit comparaison
d'un groupe de chiens à un groupe de jeunes enfants dans le cadre de
l'acquisition d'une différenciation simple, aboutissant à un aperçu
théorique sur la psychologie comparée de l'apprentissage.
Le thème général qui est illustré par toutes ces études est le suivant :
la nature même des réponses inconditionnelles de l'animal structure en
quelque sorte le milieu où elles s'effectuent, ce cas étant le plus net
pour tous les déplacements et actes locomoteurs ; mais en retour les
réponses subissent les contraintes du milieu auquel elles doivent s'adapter
et la modification que l'on constate en elles lors de leur répétition dans
les conditions expérimentales traduit cette accommodation nécessaire. GÉNÉRALE 609 PSYCHOLOGIE
En somme, dans cette dialectique assimilation-accommodation réside
l'essentiel du passage des instincts aux acquisitions.
La langue de Rey est d'une pureté toute littéraire, l'expression aisée,
peut-être même trop, donnant parfois une impression de verbalisme
dans les développements théoriques. Il restera en fait au lecteur à éta
blir le rapprochement entre les résultats et les théories d'André Rey
et les concepts modernes de la psychologie expérimentale.
M. Blancheteau.
Richard (G.). — Territoire et domaine vital (Entretiens de Chizé,
série « Ecologie et Ethologie », n° 1). — Paris, Masson, 1970, 125 p.
Depuis la première et percutante définition de Noble (1937) « un
territoire est n'importe quelle zone défendue », d'autres avaient été
proposées, dont celle de J. Van den Assem qui paraît refléter le mieux
l'état de la question au moment où eut lieu l'entretien de Chizé sur
ce thème : le territoire est « toute zone où la seule présence, ou le
comportement, d'un résident, exclut la présence simultanée de congé
nères ». Des discussions suscitées au cours de ce colloque, poursuivies
ensuite dans le cadre de la Société française pour l'Etude du Comport
ement animal, est résulté une récente définition de la notion de terri
toire : c'est « une portion réservée du domaine (vital) dans laquelle
le ou les résidents s'opposent par certains comportements ou signaux
à l'intrusion de congénères (ou éventuellement d'individus d'autres
espèces) ».
Autrement dit, plusieurs spécifications nouvelles se sont fait jour
dans le concept de « territoire ». Tout d'abord on le rattache à celui
de « domaine », ou « espace vital », ou « zone individuelle des déplace
ments », dont il peut n'être qu'une partie, comme il peut aussi bien le
recouvrir entièrement comme chez le castor (P. B. Richard) ou en être
absent comme chez la vipère (Naulleau).
La conduite de défense active est également liée à la notion de
territoire car la simple présence du résident ne suffit pas : il importe
de tenir compte de signaux perceptibles aux congénères, émis par
lui, et qui ont une fonction de dissuasion : marquage olfactif (castor),
cris (lémuriens, singes), chants (passereaux), postures et livrées spéci
fiques (épinoches), etc. A présent, on insiste sur cet aspect de commun
ication intraspécifique, qui remplace l'affrontement agonistique brutal
dans la plupart des cas. Le rôle de tels signaux et de leur modulation
est bien mis en évidence dans le cas des coassements des rainettes
(Paillette) et du chant du rouge-gorge (Brémond).
Enfin l'aspect de psychologie sociale intra- comme interspécifique
est également digne d'intérêt : la territorialité peut être le fait d'un
groupe, et la compétition pour une niche spécifique (divers lémuriens
malgaches), voire pour la satisfaction sexuelle dans le cas d'espèces très 610 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
voisines (c'est le cas de certaines rainettes) peut entraîner ou non une
agressivité territoriale.
Ces diverses particularités ressortent clairement de la lecture du
présent recueil qui, par ailleurs, présente dans les thèmes abordés une
certaine dualité. En effet, certaines communications sont principal
ement concernées par les problèmes liés au territoire, à sa délimitation
et à sa défense. Il faut signaler à cet égard la remarquable étude expéri
mentale de J. Van den Assem sur les relations entre la taille du terri
toire disponible pour le mâle d'épinoche, et la probabilité de succès de
la reproduction : plus le territoire est vaste, plus le nid sera vite construit,
plus la cour à la femelle mènera souvent à la fécondation, plus il y
aura d'œufs pondus et plus forte sera la proportion d'éclosions. Une
surpopulation de poissons, en menant au rétrécissement des terri
toires, diminue donc les possibilités d'accroissement démographique, et
contribue de ce fait à régler la densité de l'espèce.
Les autres travaux sont consacrés essentiellement à l'estimation de
l'étendue du domaine vital, et les diverses techniques utilisées (mar
quage des vipères au cobalt 60 par Naulleau, piégeages mensuels des
campagnols par Spitz) permettent d'évaluer l'amplitude des dépla
cements individuels, sa variation au cours des saisons, la stabilité du
domaine, ou bien au contraire son instabilité chez certains individus
d'une espèce réputée sédentaire.
La gamme des espèces étudiées concerne tous les vertébrés, depuis
les poissons jusqu'aux gros ongulés domestiques (Signoret) chez lesquels
la territorialité n'a disparu qu'en partie : elle réapparaît quand il y a
retour à l'état sauvage ou semi-libre, et même en stabulation classique
on remarque l'existence de « places individuelles » dans les divers lieux
(étable, prairie) où prennent place les différentes activités fonctionnelles
(repos, nutrition) de ces gros mammifères.
Chaque exposé est suivi d'une discussion, où l'on notera l'intérêt
des suggestions émises, principalement par MM. Busnel, Giban, Richard
et Vuillaume.
M. Blancheteau.
Scrimshaw (N. S.), Gordon (J. E.). — Malnutrition, learning and
behavior (Malnutrition, apprentissage et comportement). — Camb
ridge, Massachusetts, The M.I.T. Press, 1968, 566 p.
Les enfants issus des populations non privilégiées présentent plus
fréquemment un retard dans le développement physique que les enfants
élevés dans des conditions économiques et sociales plus favorables.
La malnutrition est une cause communément admise au retard de
croissance. Ces individus, dont la croissance est retardée, présentent un
comportement anormal et un apprentissage difficile. L'étude de ces deux
effets d'une même cause (la malnutrition) a été le centre d'une Confé
rence internationale qui s'est tenue au Massachusetts Institute of Tech- GÉNÉRALE 611 PSYCHOLOGIE
nology en mars 1967. Le présent ouvrage contient les exposés de ce
Symposium, ainsi que les discussions suscitées.
Lorsque l'on sait que 7 enfants de moins de 6 ans sur 10 souffrent
de malnutrition protéinique responsable de la diminution des capacités
d'apprentissage, on comprend l'importance d'une telle conférence qui
a réuni des scientifiques de toutes disciplines : psychologues, diététi
ciens, sociologues, psychiatres, physiologistes, biologistes, médecins.
Le psychologue sera plus particulièrement intéressé par les chapitres
intitulés « Facteurs biologiques du développement du système nerveux
central », « Effets de la malnutrition sur l'apprentissage et le comporte
ment chez l'animal », « Malnutrition, apprentissage et comportement
chez l'enfant », « Facteurs de l'environnement social, apprentissage et
comportement », « Ecologie de la malnutrition, apprentissage et compor
tement », ainsi que par les discussions méthodologiques de la dernière
partie « Champ d'étude de la de l'apprentissage et du ».
Ces exposés et discussions éclairent sur la base de travaux expér
imentaux et d'observations chez l'animal et chez l'homme, une série
de problèmes fondamentaux posés par l'influence des déficits nutritifs
sur la vie psychologique et le développement de l'individu.
En effet, il apparaît que la malnutrition précoce a un effet direct
sur les fonctions du système nerveux central, sur la morphologie et la
structure biochimique des cellules nerveuses et sur le système endocrinien.
Sur le plan du comportement, il ressort de cet ouvrage que, outre
les différences observées par exemple dans les performances aux tests
d'intelligence entre des enfants normaux et sous-alimentés, la mal
nutrition précoce produit les mêmes effets sur l'apprentissage et le
comportement qu'une privation sensorielle. Inversement, les effets
d'un appauvrissement des stimulations psychologiques et sociales sont
comparables à ceux de la malnutrition.
Enfin, on soulignera l'intérêt des problèmes méthodologiques posés :
nécessité de la pluridisciplinarité, importance de l'expérimentation ani
male, problèmes des mesures et des variables mesurées, etc.
L'ouvrage comporte un index des sujets et un index des noms cités.
C. Cohen-Salmon.
Fox (M. W.). — Abnormal Behavior in animals (Le comportement
anormal chez les animaux). — Philadelphie, Londres, Toronto,
W. B. Saunders Company, 1968, 563 p.
Fox et ses collaborateurs mettent à notre disposition un excellent
ouvrage de travail. Cette étude des troubles du comportement animal
apporte une somme de renseignements intéressant tant l'expérimenta-
liste ou le physiologue que le clinicien. Si de nombreux participants
de l'ouvrage sont des vétérinaires nous trouvons également des psycho- 612 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
logues et des médecins (J. W. Kaloweski, L. Chertok, B. M. Levinson).
Cet ouvrage engage les vétérinaires praticiens ou chercheurs sur la
voie d'un abord plus psychologique de la désorganisation du compor
tement chez les animaux. On recherchera non seulement une étiologie
organique, mais aussi on tiendra compte de « l'histoire de l'animal »,
de son environnement. C'est la position de Hinde qui est reprise dans
cet ouvrage.
Les références à l'homme ne sont pas rares. L'emploi d'un vocabul
aire commun à et à l'animal (autisme par exemple) nous
semble intéressant, tentant de combler un fossé, de supprimer une
démarcation entre l'homme et l'animal, considérés par beaucoup,
comme radicaux ; et qui au niveau des troubles comportementaux
n'est pas si évidente.
Ce livre se présente en 27 chapitres, couvrant un très grand nombre
de problèmes, allant de la discussion sur la notion de normalité (chap. 1)
dans lequel l'auteur reprend les critères de Hebb avec des apports nou
veaux, et se terminant par une étude psychopharmacologique (chap. 27).
Se trouvent intercalés des études sur les relations interpersonnelles
homme-animal familier (pet), un rappel des principales théories et des
grands problèmes de l'éthologie. Nous trouvons ensuite les études sur
les perturbations pré- et postnatales, les névroses expérimentales, les
troubles induits par la domestication.
Les auteurs insistent sur les difficultés à vouloir séparer la manifes
tation « anormale » et son substrat physiologique. Il en va de même
pour les problèmes innés-acquis.
Comme tous les ouvrages américains le livre de Fox est illustré de
photographies, de schémas très clairs, de reproductions de tracés élec
triques, de tableaux précis et concis, et pourvu de deux bons index
(auteurs, matières) et d'une bonne bibliographie, se trouvant à la fin
de chacun des chapitres.
A noter que deux des chapitres sont écrits par des auteurs français :
Chertok pour l'hypnose animale ; J. P. Schmidt pour la psychosomatique
(il s'agit de sa thèse vétérinaire Un essai sur une clinique
vétérinaire, 1965).
P. Chanson.
Orstein (R. E.). — On the experience of time (Sur l'expérience du
temps). — Penguin Book, 1969, 126 p.
En 1957 dans ma Psychologie du temps, j'ai tenté d'expliquer tous
les paradoxes de l'estimation de la durée par l'hypothèse suivante :
la durée estimée serait proportionnelle au nombre de changements
perçus et mémorisés, opposant ainsi une conception cognitiviste à une
conception sensorielle (nombre d'événements physiques). Cette inter
prétation a été critiquée, en particulier par Piaget qui y voyait un
retour secret aux données de l'introspection. Mais depuis, la psychologie

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