Psychologie générale - article ; n°2 ; vol.75, pg 613-640

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L'année psychologique - Année 1975 - Volume 75 - Numéro 2 - Pages 613-640
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°2. pp. 613-640.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°2. pp. 613-640.
doi : 10.3406/psy.1975.28116
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1975_num_75_2_28116Psychologie générale
Reuchlin (M.) (sous la direction de). — Traité de psychologie
appliquée. — Paris, Presses Universitaires de France, 10 volumes,
1970 à 1974.
Dix volumes, 48 chapitres, 2 382 pages : quel analyste pourrait
recenser avec quelque pertinence ce vaste panorama de la psychologie
appliquée ? Seul Maurice Reuchlin lui-même, sans doute, qui a su choisir,
stimuler, coordonner et présenter ces dizaines d'auteurs (tous français),
et offrir aux étudiants, aux chercheurs et aux professionnels un outil
de travail destiné à remplacé le Traité de même titre dirigé par Henri
Piéron, aujourd'hui dépassé.
On ne tentera donc pas ici une analyse exhaustive. On se contentera
de décrire les grandes articulations du Traité, puis de présenter quelques
remarques générales.
Sous le titre les Applications de la psychologie, le volume 1 comporte
d'une part une description et un historique de la psychologie appliquée
(M. Reuchlin, G. Mialaret, J. Leplat), d'autre part quatre chapitres
consacrés à la déontologie (G. Mialaret, J. Leplat. R. Pages, M. Reuc
hlin). Le volume 2 concerne Les méthodes de la psychologie appliquée.
Il s'ouvre sur un chapitre essentiel où M. Reuchlin s'interroge sur
l'autonomie des méthodes de la psychologie appliquée. Sont ensuite
passées en revue les applications des méthodes expérimentales, statis
tiques et mathématiques, et cliniques (J. Leplat, J. M. Faverge,
Ch. Nahoum), puis les méthodes spécifiques de la psychologie de l'enfant
et de la psychologie sociale (R. Perron, J. Grisez). Sous le titre Travaill
eurs et systèmes techniques (vol. 3) sont regroupés des chapitres sur
l'analyse du travail, l'ergonomie, la fonction de l'entreprise, la fatigue
et la monotonie, les accidents du travail (J. M. Faverge, J. Leplat,
P. H. Giscard, Cl. Veil et coll., J. M. Faverge). Ce volume est complété
par le volume 4, Travailleurs et emplois, qui étudie le diagnostic du
potentiel individuel, la mise en place des hommes et les relations et
communications dans l'entreprise (S. Pacaud, F. Dozol, J. Cardinet,
P. Jardillier).
Les volumes 5 et 6 sont consacrés à l'éducation (La psychologie et
le développement individuel, La psychologie et les institutions éducatives).
Le individuel est étudié surtout sous son aspect scolaire
(I. Lézine, M. Gilly, A. Nepveu et coll., S. Chamboulant). Le concept
d'institution recouvre ici la famille, la docimologie, les méthodes et les
A. PSYCHOL. 75 20 614 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
buts de l'éducation (D. Rapoport et M. C. Fulda-Weill, F. Bacher,
G. Mialaret, D. Bonora). La psychologie appliquée au diagnostic des
handicapés et à la rééducation (vol. 7) comporte des chapitres sur les sensoriels, les handicapés moteurs, les troubles du langage,
et les débiles mentaux (P. Oléron, P. Dague, D. Cohen, M. Gauthier et
R. Angelergue, R. Zazzo). On est conduit ainsi dans l'univers de la
pathologie, lequel est abordé de front dans le volume 8 (Les applications
médicales de la psychologie). P. Sivadon, A. Berge, Th. Lemperière,
J. Perse, D. Rapoport traitent respectivement de la formation des
médecins, des psychothérapies, des applications de la psychopharmac
ologie, du diagnostic des maladies mentales, et du rôle du psychologue
dans les services de psychiatrie.
Les deux derniers volumes sont peut-être moins homogènes quant
aux domaines traités. Le volume 9 regroupe, sous le titre La psychologie
sociale, un chapitre sur la connaissance des opinions et des attitudes
(J. Stoetzel), un autre sur le développement économique, éducatif et
social (dans les pays du Tiers Monde) par G. Dormeau et M. Bretin-
Naquet, la contribution de Ch. Chandessais sur la psychologie dans
l'armée, et une étude sur la délinquance (J. Selosse). Le volume 10
(La psychologie appliquée à la vie quotidienne) aborde des domaines
variés : la économique (P. Albou), l'art et la vie quotidienne
(R. Frances), l'habitat (M. Huguet), et enfin l'automobile (M. Roche,
naturellement).
Malheureusement pas d'index, ni par volume, ni général.
Il serait vain de quereller M. Reuchlin sur des problèmes de taxo-
nomie (qu'il expose fort bien dans l'avant-propos). On aurait pu imaginer
d'autres regroupements, sans doute, mais il n'en est aucun qui s'impose
avec évidence. En revanche ce qui nous paraît s'imposer avec évidence
à la lecture de ce Traité, c'est la non-unité de la psychologie, appliquée
ou pas. Ce n'est bien entendu pas là une critique : l'ouvrage reflète
parfaitement 1' « état de l'art », et il serait inutile de le nier au nom d'une
bien superficielle confraternité académique ou professionnelle. Qu'y a-t-il
de commun, par exemple, entre J. Leplat (La méthode expérimentale
en psychologie appliquée) et A. Berge (Les psychothérapies ) ? Ni l'objet,
ni la méthode, pour le moins.
Cette apparence un peu disparate est accentuée par une certaine
diversité des niveaux (il semble que certains auteurs aient écrit leur
chapitre plus... rapidement que d'autres), et aussi parfois des publics
visés. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, le chapitre de J. M. Faverge
sur les méthodes statistiques et mathématiques s'adresse à des lecteurs
qui ont déjà une bonne connaissance du domaine (et explicitement des
ouvrages antérieurs de l'auteur), alors que les contributions de P. H. Gis
card et P. Jardillier sur les fonctions et les relations dans l'entreprise
constituent des initiations élémentaires pour grand public.
Il se trouvera aussi, probablement, des « spécialistes » pour regretter PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 615
que tels ou tels domaines ne soient pas abordés. Un traité, même en dix
volumes, ne peut cependant se confondre avec une encyclopédie, et le
maître d'œuvre est libre de son choix, qui nous semble, quant à nous,
suffisamment exhaustif. Sauf (bien entendu !) dans notre propre domaine :
pourquoi cette absence de la psychologie des organisations et, surtout
de la formation des adultes, qui constitue aujourd'hui une des applica
tions majeures des psychologues industriels ?
Il est une autre absence dans ce traité. C'est celle de la psychologie
appliquée... appliquée. On ne peut en faire reproche, car il est de tradition
qu'un traité dise plus le droit que le fait, son objectif étant d'enseigner
et de perfectionner, non de décrire, en sociologue, les comportements
des professionnels dans leur pratique quotidienne. Ceux-ci ne sont
abordés, dans ce traité, que par le biais des quelques statistiques globales
données le volume 1. C'est cependant un beau sujet d'études, et
de réflexion, que de considérer, dans tous les domaines de la psychologie
appliquée, les différences et les discordances entre ce qu'enseigne le
maître et ce que pratique l'ancien élève.
Terminons par une interrogation sur une question fondamentale
évoquée par l'existence même d'un tel Traité. Les applications de la
psychologie, dans la mesure (effective) où elles cherchent à résoudre des
problèmes réels posés par la vie sociale d'aujourd'hui (le travail, l'édu
cation, l'inadaptation...) ne sont-elles pas limitées, parfois gravement
quant à leur pertinence et leur efficacité, par le fait même de n'être des
applications que de la seule psychologie ? Autrement dit, les cadres
scientifiques (ou plus modestement académiques) qui conviennent à la
recherche et à l'enseignement sont-ils encore adaptés à la complexité
spécifique d'un conflit du travail, d'une inadaptation scolaire, d'une
névrose, ou d'un accident de la route ? Ne faut-il pas faire alors appel,
non seulement à la psychologie, mais aussi à la sociologie, à l'économie,
à la physiologie, peut-être à la sémiologie ? Et ceci non en réunissant un
aréopage multidisciplinaire, solution impraticable dans la plupart des
cas, mais en faisant appel à celui qui saura, plus ou moins adroitement,
n'être pas le soldat que d'une seule arme. N'être pas un « psychologue »
qui applique, mais un conseiller, un ingénieur, un professionnel (son
nom peut varier) qui utilisera, lorsque nécessaire, la psychologie ?
Ces problèmes sont évoqués par M. Reuchlin, notamment dans
l'avant-propos du volume 1 et dans le premier chapitre du volume 2.
Mais il ne va pas, et moins encore les divers auteurs du traité, jusqu'à
mettre en cause, comme nous, le statut du « psychologue appliquant »...
« En quoi la psychologie appliquée a-t-elle des caractères et un domaine
qui la distinguent, au sein de la psychologie ?» A cette interrogation de
M. Reuchlin (vol. 2, p. 7), ne faudrait-il pas ajouter celle-ci : « En quoi
la psychologie appliquée a-t-elle des caractères et un domaine qui la
distinguent, au sein des sciences humaines ? »
M. de Montmollin. 616 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Ross (D.). — G. Stanley Hall. The psychologist as prophet. — Chicago.
The University of Chicago Press, 1972, 482 p.
Bien que les sciences humaines fassent aujourd'hui partie du paysage
scientifique, nous ne pouvons pas oublier que leur reconnaissance est
récente. Nous avons maintenant des professeurs de psychologie qui ont
fait des études de psychologie dans des départements de psychologie,
mais nos maîtres ont dû inventer et créer les institutions qu'ils ont
développées.
Tout le monde sait que Stanley Hall a été le grand fondateur de la
psychologie américaine. A 40 ans, il fonde à l'Université John-Hopkins
de Baltimore le premier laboratoire de psychologie expérimentale, mais
jusque-là, après des études de pasteur, il a prêché, enseigné la philosophie,
étudié par deux fois en Europe. Il est passionnant de suivre à travers
l'excellent livre de Dorothy Ross l'itinéraire de Stanley Hall qui nous
fait découvrir à travers ses propres tâtonnements comment la psychol
ogie a émergé de la philosophie et même de la théologie.
La carrière de Stanley Hall est si liée à celle de la jeune psychologie
américaine qu'à travers son histoire, nous sommes plongés dans l'histoire
même de la psychologie.
Dorothy Ross, qui est historienne de profession, s'est intéressée aussi
bien à l'histoire des hommes qu'à celle des idées ou des institutions. Son
« sujet » est toujours en situation. Les impulsions de Hall et aussi ses ver
satilités nous permettent de découvrir le développement de la psychologie
expérimentale, de celle de l'enfant et de l'adolescent, les passages de la
science à l'application, la rencontre de la psychologie et de Freud puisque
celui-ci a découvert l'Amérique sur l'invitation de Hall en 1909.
Ce livre d'histoire n'est pas un panégyrique, mais le portrait d'un
homme et d'une époque qui ne peut laisser indifférents ceux qui croient
comme moi que l'on ne peut comprendre la psychologie d'aujourd'hui
qu'à partir de son histoire.
P. Fraisse.
Wehner E. G. (Ed.). — Festschrift : Professor Dr. Wilhelm Arnold
zum 60. Geburtstag. — Frankfurt/Main, Bern, Herbertlang Peterlang,
1972, 218 p.
Cet hommage rendu au Pr Arnold de l'Université d'Erlanden pour
son 60e anniversaire est à l'image de son œuvre. Douze auteurs allemands
présentent des recherches sur des problèmes de psychologie fondament
ale (intelligence, éducation) et de psychologie appliquée dans le domaine
de la personnalité, des tests et de la clinique. La liste des publications
de W. Arnold complète ce volume auquel il manque une biographie.
P. Fraisse.
Boden (M. A.). — Purposive explanation in psychology. — Camb
ridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1972, 408 p.
Bien que ceci n'apparaisse pas explicitement dans son titre — c'est ce PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 617
qu'on pourrait reprocher à l'auteur — l'ouvrage est consacré essentie
llement aux conceptions de William McDougall. Ce n'en est pas un exposé
historique qui se serait par exemple axé sur l'analyse de ses œuvres en
suivant l'ordre chronologique. L'auteur s'est détourné d'un tel point de
vue. Il a considéré d'une façon plus générale divers aspects selon lesquels
le comportement intentionnel, la motivation peuvent être envisagés y
compris les diverses conceptions qui ont été proposées par McDougall.
Et il revient toujours à la manière dont celui-ci a décrit et interprété
les faits.
L'ouvrage est instructif par l'information qu'il donne sur les concept
ions de Mac Dougall. Il l'est aussi par les références faites aux noms
des auteurs qui se sont placés dans d'autres perspectives (ainsi un cha
pitre est consacré au point de vue behavioriste, un autre aux conceptions
cybernétiques).
Mais il n'échappe naturellement pas aux ambiguïtés du genre qui
s'écarte nécessairement de l'exposé systématique et décentré et inclut des
considérations (comme celles qui se rapportent à l'unité ou à la diversité
de la personnalité) particulières à l'époque qui les a vu discuter. Par
contre, il a le mérite de donner (et cette fois le titre informe correctement
le lecteur) une place centrale au problème de l'explication de la conduite
sur lequel le psychologue a tout intérêt à orienter sa réflexion.
P. Oléron.
Kagan (J.), Havemann (E.). — Psychology : an introduction. —
New York, Harcourt Brace Jovanovich, Inc., 1972 (2e éd.) (lre éd.,
1968), 627 p.
Il n'est pas aisé d'échapper aux multiples difficultés que comporte
la rédaction d'un ouvrage d'initiation ou d'introduction à la Psychol
ogie : nécessité d'une présentation attrayante, éviter de tomber dans un
schématisme simplificateur ou à l'inverse dans une trop grande précision
dénaturant le caractère introductif de l'ouvrage.
Le livre de Kagan et Haveman réussit assez bien cette performance. La
seconde édition, comme la première, résulte d'une étroite collaboration
entre psychologues et écrivains professionnels quant à la forme de la
rédaction. Le résultat est incontestablement positif. La lecture est aisée
et agréable ; les illustrations par photos, dessins et graphiques sont très
nombreuses et souvent bien choisies. Une volonté didactique évidente se
manifeste notamment par le choix de nombreux exemples d'utilisation
des connaissances psychologiques dans la vie courante. Les exemples
ne sont pas toujours des plus heureux mais se montrent, dans l'ensemble,
efficaces.
L'ouvrage aborde tous les domaines de la psychologie, de manière
nécessairement succincte. La seconde édition inclut les travaux les plus
récents et certains chapitres sont passablement modifiés. Le chapitre
consacré à la Psychologie sociale est entièrement revu. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 618
Un réel souci d'exhaustivité est perceptible et chaque domaine,
chaque aspect de la psychologie est au moins effleuré.
Malgré quelques simplifications un peu sommaires parfois, l'ensemble
est bien documenté et constitue un bon ouvrage d'initiation à la
Psychologie.
A. Moal.
Meyer (L. S.), Grossen (N. E.). — Behavioral research, theory,
procedure and design. — San Francisco, Freeman, 1974, 355 p.
Destiné aux étudiants abordant un travail de recherche, ce manuel
s'ouvre sur une série de remarques concernant la nature de l'investi
gation scientifique où le rôle des théories est fortement souligné ; il se
termine par des conseils pratiques pour la rédaction du mémoire. Les
notions élémentaires de statistiques nécessaires à la description des
données sont sommairement présentées. La partie proprement méthodol
ogique est la plus développée. Les chapitres consacrés à l'expérimentat
ion traitent du contrôle des variables-sujets, de celui des variables de
situations et des plans expérimentaux usuels. L'accent est mis davantage
sur la logique du raisonnement expérimental que sur les techniques
d'analyse des résultats exposées en annexe. Les principaux problèmes
posés par l'observation, les recherches sur le terrain et l'étude des
corrélations sont brièvement évoqués. L'exposé, très clair et illustré
de nombreux exemples, semble particulièrement bien adapté au public
auquel il s'adresse.
M. Huteau.
Bresson (F.), Ghombart de Lauwe (P. H.), Gullen (M.), Guil-
baud (G. Th.), Paillard (J.), de Renzi (E.), Vurpillot (E.). —
De l'espace corporel à l'espace écologique. — Paris, Presses Univers
itaires de France, 1974, 333 p.
De nombreux lecteurs s'intéresseront à ce volume qui rassemble les
communications faites au XIVe Symposium organisé par l'Association
de Psychologie scientifique de Langue française à Bruxelles, en
avril 1972. L'espace, thème qui reste capital en psychologie, est traité
dans ses différents aspects et avec des préoccupations diverses : de la
psychophysiologie à la sociologie, de l'étiologie à l'architecture, de la
neurologie aux mathématiques. Le livre est composé de sept rapports,
suivis chacun de contributions fort intéressantes des discutants.
Dans un rapport d'une richesse remarquable, sur le traitement des
informations spatiales, J. Paillard développe un cadre théorique dont
la portée est illustrée par de nombreux faits expérimentaux. L'auteur
part du principe d'un traitement des informations spatiales étroitement
soumis aux exigences d'une activité motrice qui organise le champ sen
soriel et conditionne le choix et le recueil de l'information. Une double PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 619
sphère fonctionnelle assure la maîtrise des relations entre le corps et les
éléments de l'environnement d'une part, et l'identification des formes de
l'autre, et ce, au double plan du traitement des informations spatiales
et de l'organisation des commandes motrices. Ce cadre explicatif ouvre
de nouvelles perspectives de recherches ou d'application notamment
dans le domaine des prothèses sensorielles.
L'aspect construction génétique de l'espace est développé par
E. Vurpillot qui souligne dans cette construction, l'importance de l'acti
vité du sujet capable d'introduire des transformations dans l'environne
ment. S'appuyant à la fois sur le modèle de Piaget et de nombreuses
données expérimentales, l'auteur présente les caractères généraux de
l'évolution de l'espace psychologique : d'une part le nombre de relations
que l'enfant établit entre les éléments de son environnement croît avec
l'âge, quelle que soit la nature de ces relations ; d'autre part, celui-ci
construit progressivement des systèmes de relations de plus en plus
complexes et organisés. L'évolution se fait par intégration progressive
de ces systèmes d'abord juxtaposés.
A partir de travaux fondés sur la méthode expérimentale, E. de Renzi
apporte une grande contribution aux problèmes des désorganisations
pathologiques de l'espace par suite de lésions cérébrales chez l'homme.
Un ensemble de données, rigoureusement analysées, permettent à
l'auteur de formuler l'hypothèse d'une aire associative supramodale,
expliquant que les désordres spatiaux ne sont pas limités au domaine
visuel mais s'étendent également au domaine tactile. Par ailleurs,
E. de Renzi établit la dominance hémisphérique droite dans les tâches
spatiales élémentaires. Cette dominance n'est cependant pas également
nette pour tous les types d'opérations spatiales : plus la tâche devient
complexe (la mémoire topographique par exemple), plus elle réclame
l'interaction des fonctions sous-tendues par l'hémisphère gauche.
Le rapport de M. Cullen concerne les aspects éthologiques de l'espace
et porte sur la façon dont les animaux se répartissent dans leur environ
nement. L'auteur étudie la distribution des animaux les uns par rapport
aux autres et leur organisation sociale en tant qu'interaction entre
membres du groupe, l'aspect spatial étant un des éléments de ces inter
actions. Il présente les résultats des études faites sur la territorialité
(délimitation du territoire et moyens non agressifs par lesquels le terri
toire est défendu) et propose un système de mesure originale tenant
compte de la troisième dimension dans la répartition des animaux (bancs
de poissons) dans l'espace.
F. Bresson présente, dans son rapport, un classement de diverses
conduites qui sont en relation avec l'espace. Pour l'étude de ces conduites,
et plus spécialement pour l'étude des relations entre « espace subjectif »
et « espace objectif », il montre le rôle des modèles mathématiques :
classification, précision, distinction entre niveaux différents de problèmes,
création de nouvelles questions. L'auteur insiste surtout sur le rôle ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 620
heuristique et non pas explicatif des modèles mathématiques dans l'étude
de l'espace.
Le rapport de G. Th. Guilbaud, enfin, est centré sur les différents
systèmes cohérents de géométrie non métriques. Il les définit en ayant
recours à des notions intuitives de la vie quotidienne et montre que ces complets et puissants n'ont rien à envier à la géométrie clas
sique, encore seule enseignée à l'école.
L'intérêt de ce livre est certain : il ne constitue pas seulement une
excellente mise à jour des problèmes de l'espace dans ses différents
aspects, mais apporte souvent des contributions originales de grande
valeur qui ouvrent la voie à de nouvelles perspectives.
M. Verba.
Marks (L. E.). — Sensory processes : the new psychophysics. —
New York, London, Academic Press, 1974, 334 p.
Voilà, enfin, un travail de synthèse réalisé à propos « des » psycho
physiques et de leurs apports à l'étude des processus sensoriels. Après
avoir critiqué la « vieille » psychophysique (il faut entendre par là la
psychophysique fechnérienne) l'auteur se prononce résolument en faveur
de la « nouvelle » psychophysique, c'est-à-dire celle dont Plateau et
Stevens ont tracé les grandes lignes. Mais que cela concerne la vision,
l'audition, l'olfaction, le goût ou la sensibilité tactile, en lisant cet
ouvrage on est frappé de l'importance de l'apport des méthodes fech-
nériennes ; à tel point que l'on est tenté de penser que ces deux types
de méthodes (celle due à Fechner et celle due à Stevens) sont en réalité
plus complémentaires qu'opposées. Mais au-delà des querelles d'écoles
et de la critique de certaines échelles psychophysiques, on trouvera dans
ce livre un tableau précis et parfaitement documenté sur les capacités
du système sensoriel.
J.-P. Rossi.
Dodwell (P. G.). — Visual pattern recognition. — New York, Holt,
Rinehart «Se Winston Inc., 1970, 276 p.
Le système théorique élaboré par l'A. concerne essentiellement le
codage perceptif des éléments ou attributs des patterns visuels. A la
différence de la collection d'articles qu'il a éditée et qui est analysée dans
ce volume, il n'est pas ici seulement question de l'analyse du stimulus
par l'organisme, mais aussi de l'apprentissage perceptif. Ce livre est
un essai de psychologie théorique où sont explicitement mentionnés les
problèmes épistémologiques liés aux diverses approches envisagées.
Pour l'A., l'utilisation de modèles structuraux se justifie en ce qu'ils
permettent de définir des conditions empiriquement nécessaires de la
perception. Cependant, ils ne peuvent permettre de spécifier logique
ment les conditions de cette perception. Le modèle suggère un trait
ement de type sériel de l'information visuelle. Au niveau le plus primitif, PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 621
il y aurait un codage sélectif en particulier des contours de la stimulation.
Cette étape est celle dont la nécessité est le plus fondée empiriquement
sur des données tant comportementales que neurophysiologiques. Néan
moins le parallélisme entre le mécanisme imaginé par l'A. et les données
de la neurophysiologie n'est pas entièrement convaincant. A partir
de ce codage, un système de reconnaissance traiterait les informations
délivrées, et ce serait susceptible d'apprentissage selon un
mécanisme voisin de celui imaginé par Hebb. Ultérieurement, les info
rmations seraient prises en compte par un système de décision qui serait
caractérisé partiellement par les attributs du stimulus et dont la struc
ture en sous-ensembles serait isomorphe aux réponses données, aux
différents patterns et aux conséquences résultant des modifications des
classifications opérées dans la reconnaissance. Ce résumé outrageuse
ment schématique permet cependant de souligner ce qui est sans doute
la plus grande préoccupation de l'A. , à savoir l'intégration des processus
d'apprentissage perceptif et des processus de codage dont le fonctio
nnement est relativement peu plastique dans son principe.
C. Bonnet.
Dodwell, P. C. (Ed.). — Perceptual processing : stimulus equiva
lence and pattern recognition. — New York, Appleton Century
Crofts, 1971, 535 p.
Complémentaire de l'ouvrage analysé ci-dessus, Dodwell nous
propose ici une collection d'articles sur le traitement perceptif de l'info
rmation utilisée dans la reconnaissance des patterns. Sa sélection est
tout d'abord un plaidoyer en faveur d'une recherche interdisciplinaire.
En effet, les articles réunis ici ont été écrits aussi bien par des psycho
logues que par des neurophysiologistes, des biologistes, des neurophys
iciens et des spécialistes de Y engineering, ce qui permet de trouver
dans un même volume des extraits de revues extrêmement disparates.
Le choix des articles est judicieux même si dans le détail on peut regretter
telle ou telle absence, en particulier celle de Selfridge. Cependant, la
sélection comporte les principaux classiques du domaine et de nombreux
commentaires de l'A. L'ouvrage est divisé en cinq parties :
I. Une introduction historique qui est sans doute la partie la moins
cohérente où l'on trouve : le problème de l'équivalence (Klüver), le
modèle des patterns d'interférence de Lashley, les éléments du modèle
mathématique de Pitts et McCulloch, le fameux article de von Holst et
Mittelstaedt sur le Principe de Réafférence et le modèle de Sutherland.
II. Les principaux modèles psychologiques du codage du stimulus, à
savoir ceux de Deutsch, Sutherland et Dodwell lui-même.
III. Une série de recherches expérimentales destinées à illustrer les
processus de codage dans la reconnaissance de patterns et réalisées sur
le rat (Lashley, Krechewsky, Dodwell), le hamster (Schneider), le pois-

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