Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.56, pg 313-331

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L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 1 - Pages 313-331
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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G. Andrieux
Vincent Bloch
F Bresson
S. Ehrlich
G. Florès
P Fraisse
N. Heissler
J. Le Ny
Pierre Oléron
F. Orsini
Henri Piéron
Eliane Vurpillot
I. Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 313-331.
Citer ce document / Cite this document :
Andrieux G., Bloch Vincent, Bresson F, Ehrlich S., Florès G., Fraisse P, Heissler N., Le Ny J., Oléron Pierre, Orsini F., Piéron
Henri, Vurpillot Eliane. I. Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 313-331.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_1_8873— LIVRES II.
I. — Psychologie générale
WILSON (J. T.), FORD (C. S.), SKINNER (B. F.), BERGMANN
(G.), BEACH (F. A.), PRIBRAM (K.). — Current trends in psycho
logy and the behavioral sciences (Tendances actuelles en psychologie
et sciences du comportement). — In-8° de 142 pages, Pittsburgh, Uni
versity of Pittsburgh Press, 1954.
Ge volume groupe six articles présentés à la VIIIe Conférence annuelle
qu'organise l'Université de Pittsburgh sur les principaux courants qui se
développent dans les recherches psychologiques. Le thème des rapports
entre psychologie et autres sciences du comportement était suffisamment
vaste pour que les contributions présentées soient fort diverses. Après
une introduction de R. Patton qui précise le concept de tension (stress),
Wilson donne quelques indications techniques sur l'organisation actuelle
des programmes de recherches aux É.-U., et entre autres sur les pr
ogrammes inter-disciplines patronnés par différentes fondations civiles ou
militaires. L'article de Ford insiste sur l'intérêt pour les psychologues de
tenir compte des considérables données accumulées par les ethnologues
et sur les relevés systématiques actuellement entrepris pour en faciliter
l'utilisation. La participation de Skinner est un brillant plaidoyer pour
une pédagogie qui soit une application véritable de nos connaissances sur
les lois de l'apprentissage et il montre le développement séduisant de ses
célèbres études sur le pigeon vers une machine à apprendre l'ortho
graphe, le calcul et même la logique. La contribution de Bergmann est
une analyse des conditions logiques de la réduction d'une science à une
autre et entre autres de la psychologie à la physiologie. Beach développe
le thème de l'importance dans le développement individuel des influences
du milieu et surtout des apprentissages précoces. Le dernier article, de
Pribram, montre l'intérêt de ce qu'il appelle la neuro-psychologie, c'est-
à-dire l'étude systématique des rapports entre certains comportements et
des lésions expérimentales définies des aires cérébrales, illustrant sa
thèse des données qu'il a ainsi recueillies sur le singe.
Dans l'ensemble, si ce volume apporte peu de faits dont on n'ait pu
avoir connaissance dans les revues spécialisées, il présente toutefois une
synthèse très intéressante et souvent brillante.
F. B.
OSGOOD (C. E). — Method and theory in experimental Psychology
(Méthode et théorie en Psychologie expérimentale ). In- 8° de 800 pages,
New York, Oxford University Press, 1953.
Ce très important ouvrage se distingue nettement des autres traités
américains récents. A sa parution, on a parlé d'un successeur du manuel 314 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de Woodworth. Mais les caractères de ces deux livres sont très différents.
La première édition du Woodworth comprenait un choix de questions
traitées très complètement avec une collection imposante d'expériences
relatées. Le choix des sujets a présidé aussi à l'élaboration du livre
d'Osgood, mais dans un autre esprit : le livre présente une unité remar
quable et les expériences y sont exposées en fonction des cadres
théoriques d'où elles sont issues. Et quand des faits sont minutieusement
rapportés, c'est pour nous montrer comment ils ont conduit à de nou
velles hypothèses, ou pour nous faire comprendre autour de quoi les
théories s'affrontent. Osgood n'hésite d'ailleurs pas à exposer les faits
qui résistent aux théories générales et à montrer que, dans l'état actuel
de nos connaissances, on doit souvent faire appel à des hypothèses
explicatives contradictoires pour rendre compte de séries différentes de
données.
De plus, l'auteur semble posséder une réelle érudition et les faits
rapportés paraissent toujours avoir été sérieusement examinés. Le lecteur
n'a jamais l'impression d'une collection de données mises bout à bout.
Les chapitres consacrés à la perception et à l'apprentissage sont sans
doute les meilleurs. Ils forment d'ailleurs la majeure partie de l'ouvrage.
Osgood y prend partie nettement et s'il fallait rapidement définir sa
position, on pourrait le ranger parmi les antigestaltistes, associationistes,
empiristes. Mais il n'hésite pas à reprendre les données apportées par
d'autres pour tenter de les repenser en fonction de ses propres schemes
explicatifs. Ceci est le cas par exemple de l'analyse des données apportées
par Köhler sur le « figurai after effect » pour en reprendre l'explication en
termes associationnistes.
Il contribue plus directement encore aux derniers chapitres sur les
processus symboliques en apportant une série d'expériences relatives à
ce domaine dont il est spécialiste.
On pourra regretter l'absence de chapitres traitant de l'affectivité.
L'émotion ne figure pas à l'index des matières et la motivation n'est
traitée qu'en fonction des théories de l'apprentissage.
On regrettera aussi, une fois de plus, la quasi-absence de travaux
européens parmi les 1.200 titres de la bibliographie.
Mais on appréciera le style clair et pédagogique de cet ouvrage qui,
répétons-le, nous paraît indispensable à qui s'intéresse aux théories de la
perception et de l'apprentissage. L'effort théorique accompli par Osgood
semble devoir apporter aux discussions futures une matière comparable à
celle que Hebb avait fourni il y a quelques années.
V. B.
KARN (H. W.), WEITZ (J.). — An introduction to Psychology
(Introduction à la Psychologie). — In-8° de 315 pages, New York,
John Wiley and Sons, 1955.
Cet ouvrage sans prétention, mais simple et facile à lire, s'adresse à un
public très large d'étudiants appartenant à plusieurs disciplines et dont LIVRES 315
l'activité sociale future nécessitera dans une certaine mesure l'utilisation
de connaissances relevant du domaine de la psychologie contemporaine.
Il comprend treize chapitres suivis chacun d'un questionnaire et
d'une brève bibliographie commentée. Les deux premiers chapitres
concernent, en guise d'introduction, les problèmes généraux de l'analyse
du comportement. La perception fait l'objet du chapitre suivant et
permet d'initier le lecteur à l'anatomo-physiologie sensorielle. L'apprent
issage, l'entraînement et la mémoire (présentés sous l'angle de la théorie
du renforcement) sont traités aux chapitres 4, 5 et 6, auxquels font suite
les questions relatives aux émotions (chapitres 7 et 8) et à la personn
alité (chapitres 9 et 10). Un aperçu des méthodes psychométriques et de
psychologie différentielle complètent cet ouvrage qui ne comprend pas de
chapitre portant exclusivement sur la motivation. Les auteurs ont pré
féré aborder cette dernière question dans le cadre des différentes sections
du livre, en liaison avec les autres problèmes.
G. F.
Questions scientifiques. T. VI : Psychologie. Activité nerveuse
supérieure. — In-8° de 187 pages, Paris, Ed. de la Nouvelle critique,
1955.
Ce recueil présente la traduction de 9 articles, parus de 1951 à 1955,
dans des revues de grande diffusion.
Le premier est un article théorique tiré du premier numéro de la
nouvelle revue soviétique, Questions de psychologie ; il est dû à Rubinstein
et traite de ce que doit être la science psychologique, de ses rapports avec
la physiologie de l'activité nerveuse supérieure (a. n. s.), du rôle du
matérialisme dialectique.
Un second article, d'Elkonine, donne un point de vue synthétique
sur diverses recherches portant sur l'a. n. s. de l'enfant.
Les trois articles suivants traitent du langage (envisagé comme
« second système de signalisation ») dans ses rapports avec l'activité
non verbale (« premier système de signalisation ») : un article d'Ivanov
Smolenski présente une synthèse des travaux menés en son laboratoire ;
deux de ces études, menées par Strokina et Bogatchenko, illustrent ses
vues.
Sur ce problème également, un article d'Ivachtchenko présente des
résultats obtenus par la méthode des associations verbales.
Le problème des types nerveux fournit l'objet de deux synthèses
présentées respectivement par Ivanov-Smolenski et Krasnogorski, ce
dernier se référant plus spécialement à l'a. n. s. des enfants.
Enfin, la dernière partie reproduit la communication de A. N. Leon-
tiev au XIVe Congrès de Psychologie à Montréal et donne une illustration
psychopédagogique de la fécondité d'une conception dynamique de
1' « aptitude ».
Ce recueil semble assez bien illustrer les tendances actuelles de la
physiologie nerveuse et de la psychologie soviétiques, orientées essen- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 316
tiellement par les vues de l'école pavlovienne. Peut-être toutefois
présente-t-il surtout des travaux de physiologistes ; la période plus
récente semble avoir été marquée, en U. R. S. S., par un développement
plus indépendant, quoique de même orientation, des recherches psycho
logiques proprement dites. Il est à souhaiter qu'une connaissance plus
vaste puisse en être donnée au public français.
J. L.-N.
MAÏOROV (F. P.). — Istoria outchenia ob ouslovnikh reflexakh
(Histoire de V étude des réflexes conditionnés ). — In-6° de 367 pages,
Moscou-Leningrad, Éditions de l'Académie des Sciences de
l'U. R. S. S., 1954.
Le 13 mai 1895, Pavlov exposait à la Société des Médecins russes,
« les expériences du Dr Glinski sur l'activité des glandes salivaires ».
En effet, le Dr Glinski avait effectué des fistules sur la glande salivaire et
remarqué ainsi, entre autres, un phénomène d'ailleurs empiriquement
connu depuis longtemps : la « salivation psychique ».
Ce fut, on le sait, le début d'une longue étude que Maïorov retrace
avec précision, année par année, avec ses tâtonnements, ses hypothèses,
parfois abandonnées durant des années, puis reprises après de nouvelles
expériences (telle la projection corticale des deux excitants, conditionné
et inconditionné, et non du premier seul). A travers la variété des expé
riences, on voit les recherches se concentrer sur l'inhibition (vers 1908),
le mouvement des processus (après 1913-1914), la notion de « système»
(1929), puis les types nerveux et la pathologie expérimentale (surtout
après 1932), les notions anciennes se précisant et se modifiant au fur et à
mesure. Les problèmes spécifiquement humains occupent évidemment
une place grandissante (Ivanov-Smolenski, expériences de psychologie
comparée, 1925 ; fondation des cliniques neuropsychiatriques, 1931 ;
expression de la notion des deux systèmes de signalisation et des types
spécifiquement humains, 1932 ; Lentz, Les réflexes salivaires de l'homme,
en comparaison des données de la conscience du sujet, 1934, etc.). Déjà
en 1911 Krasnogorski effectue les premières expériences sur les enfants.
En 1921 Savitch tente une « explication physiologique de la création ».
L'on voit de même évoluer l'attitude de Pavlov envers la psychol
ogie (comme on le sait, elle a passé d'un rejet quasi total à un espoir de
coopération).
L'étude des réflexes conditionnés n'étant pas exclusivement sovié
tique, Maïorov ne borne pas son ouvrage à ses compatriotes et cite
— brièvement il est vrai — des disciples étrangers de Pavlov (Konorski,
Marinesco, Gantt, Liddell) et même des auteurs dont certains travaux
sont liés aux réflexes conditionnés (Kalicher, A. et B. Ghauchard). Par
contre, il arrête malheureusement son étude à 1936, alors que, il le dit
lui-même, la mort de Pavlov n'a pas enrayé le développement ultérieur
de la « physiologie de l'activité nerveuse supérieure ». Limitation d'au
tant plus regrettable pour le lecteur étranger, qui parvient (au prix de LIVRES 317
longues et laborieuses recherches, que l'ouvrage de Maïorov lui épargne)
à acquérir quelques connaissances sur la période antérieure à 1936 par les
ouvrages de Pavlov, les Mercredis surtout, et sur la période postérieure
à 1 950 par La revue de V activité nerveuse supérieure (Journal vychoï nervneï
deïatelnosti) et les recueils de travaux (Troudy) des laboratoires Pavlov,
mais en possède extrêmement peu sur les années 1936-1950. Espérons
qu'un prochain ouvrage constituera la suite, aussi complète, de celui de
Maïorov.
N. H.
ALLPORT (F. H.). — Theories of perception and the concept of
Structure (Les théories de la perception et le concept de structure).
— In-8° de 709 pages, New York, J. Wiley and Sons, London, Chap
man and Hall, 1955.
Comme son titre l'indique, ce gros ouvrage offre au lecteur un double
contenu : d'une part un exposé critique des principales théories de la
perception, d'autre part l'esquisse d'une théorie générale de la structu
ration et son application aux problèmes de la perception. Rien n'éclaire
mieux ce double aspect de l'œuvre que les quelques lignes de la préface
dans lesquelles Allport nous dit pourquoi il a écrit ce livre et ce qu'il a
voulu y mettre.
Son expérience de psychologue dans l'étude des relations sociales et de
la conduite l'avait amené à penser que le concept de structure était
universel et pouvait servir de base explicative aux sciences humaines.
Devant la complexité des problèmes sociaux et de la conduite, il a choisi
le champ de la perception, à la fois plus simple et étudié depuis plus
longtemps, pour mettre sa théorie à l'épreuve, ce qui l'a amené à s'inté
resser aux diverses théories de la perception et à étudier leur valeur
explicative.
La perception étant pour Allport l'expérience phénoménologique de
l'objet (comment il apparaît), par opposition à l'expérience physique
(quels sont les faits le concernant), le problème qu'aura à résoudre une
théorie de la perception sera de répondre à la question de Koffka :
« Pourquoi les choses nous apparaissent-elles comme elles le font ? »
L'auteur recherche donc les réponses données successivement par les
théories classiques : psychophysique, introspection, associationnisme
(avec une étude plus poussée des idées de Titchener), la psychologie de la
forme, le champ topologique de Lewin, les théories associatives modernes
avec Hebb, le champ sensori-tonique de Werner et Wapner, l'attitude et
l'ajustement moteur de Freeman, Helson avec le niveau d'adaptation et
le cadre de référence, Egon Brunswik et le fonctionnalisme probabiliste,
Ames et le fonctionnalisme transactionnel, la psychologie dynamique de
Bruner et Postman et leur théorie de l'hypothèse, la cybernétique, le
behaviorisme et la perception dans les théories de l'apprentissage.
La longueur du texte consacré à chacune est proportionnée peut-être
moins à l'importance de la théorie qu'aux préférences personnelles de ANALYSÉS BIBLIOGRAPHIQUES 318
l'auteur, ce qui n'empêche pas l'exposition d'en être toujours claire et
objective. C'est actuellement, je crois, un des seuls, sinon le seul livre,
qui offre rassemblées l'essentiel des hypothèses explicatives fournies
par les divers auteurs aux données expérimentales de la perception.
Chaque théorie est évaluée selon six critères : accord avec les faits,
degré de généralité, économie, possibilité de contrôle expérimental,
cohérence logique et valeur explicative. Ceci permet à l'auteur de mettre
en évidence le degré d'accomplissement d'une théorie et ses limitations.
Il montre les implications structurales des différents systèmes, comment
ils ont abordé ce problème, où ils ont réussi, où ils ont échoué et
ces succès ou ces échecs ont pu influer sur le degré de valeur explicative
de chacun.
A la suite de cette analyse des différentes théories, l'auteur est amené
à se poser un certain nombre de questions sur la nature de F « agrégat
perceptif » et à voir quelles réponses lui a données chaque théorie. Il
ressort de la confrontation des diverses réponses à la question de Koffka
que l'accord se fait sur un certain nombre de données. Par ailleurs, pas
mal de problèmes ne sont encore que partiellement ou même pas du tout
résolus. On compte au nombre de ceux-ci : les relations entre le tout et les
parties, entre l'objet et l'environnement, entre les données physiolo
giques et phénoménologiques, le rôle exact de la quantification, et le
grand problème de la signification.
Dans le dernier chapitre, Allport donne un exposé préliminaire de sa
propre théorie dont le principe est le suivant : «... un acte perceptif peut
être considéré comme une structure qui montre une sorte de « géométrie
de fermeture dynamique sur soi-même » ; et, à travers cet aspect géo
métrique ou « kinematic », en même temps que grâce aux énergies
accumulées et dépensées là, elle donne naissance à la fois aux nombreux
phénomènes non quantitatifs observés dans les études perceptives et aux
propriétés dimensionnelles ou variables pour lesquelles elle constitue un
« format » nécessaire tandis qu'elles varient ensemble selon des lois
quantitatives ». De façon très simpliste, on peut dire que toute structure
est formée par l'articulation dans l'espace d'un plus ou moins grand
nombre d'éléments de base. Ceux-ci étant essentiellement du type ci
rculaire et dynamique, cet aspect rend compte des variations dimens
ionnelles mesurables sur un continuum. Les points de rencontre entre
ces structures circulaires représentent les événements et sont de nature
dichotomique, ils ont lieu ou n'ont pas lieu, et rendent compte des faits
non quantifiables de la perception : on perçoit ou on ne perçoit pas,
c'est un chien ou ce n'est pas un chien. Il est évident que l'exposé
d'Allport est infiniment plus riche, plus nuancé, et son hypothèse est
séduisante. ■
L'auteur reprend ensuite parmi les diverses expériences faites sur
la perception les faits qui viennent à l'appui de son hypothèse.
Allport nous a donné là un livre très riche, tant par son apport
personnel à la solution du problème de la perception, que par l'exposé LIVRÉS 319
des théories et la critique constructive qu'il en fait. Nous regretterons
cependant qu'AUport ait passé sous silence l'apport européen dans
l'étude de la perception. La bibliographie est entièrement américaine,
pas un Européen n'est cité à partir de 1915, on cherche en vain le nom
de Piéron et aucune allusion n'est faite aux travaux de Piaget sur le
développement des perceptions et sa théorie des centrations relatives.
E. V
RAUSCH (E.). — Struktur und Metrik figural-optischer Wahrneh
mung (Structure et métrique de la perception optico-figurale) . — In-8°
de 404 pages, Frankfurt,. Walde mar Kramer, 1952.
Ce très important ouvrage sera d'une grande utilité pour tous les
psychologues qui s'intéressent au problème de la perception visuelle.
Son auteur nous présente les résultats de nombreuses expériences,
réalisées depuis 1938 dans le domaine de la perception des longueurs,
des formes et plus particulièrement dans le domaine des illusions
optiques.
Par les méthodes utilisées : techniques de comparaison, méthode
d'ajustement, de reproduction (souvent appliquées success
ivement à l'étude des mêmes phénomènes), par le mode d'élaboration
des résultats : calcul des seuils et des points d'égalisation subjective, ces
travaux se situent dans la ligne de la psychophysique. De la psychologie
de la Gestalt, à laquelle il se réfère sans cesse, l'auteur a emprunté le
principe fondamental de l'antériorité du tout sur les parties. Une pers
pective plus phénoménologique l'amène par ailleurs à distinguer nette
ment le donné physique de la dynamique de l'acte perceptif en fonction
de la structure apparente des formes. C'est ainsi par exemple qu'il
s'intéresse autant à l'orientation de la figure dans le plan, qu'à sa
structure géométrique, quant aux modifications qu'elles entraînent sur le
plan de la perception. Forme et orientation seront les deux principales
variables de ces expériences.
Le grand nombre des expériences réalisées ne permet pas de redonner
ici un aperçu, même sommaire, des résultats obtenus. Indiquons cepen
dant que l'auteur dégage essentiellement 2 principes généraux de l'e
nsemble de ses travaux :
1° Quel que soit leur nombre, quelles que soient leurs directions, les
différentes lignes qui constituent les figures utilisées (losanges,
rectangles, etc.) s'ordonnent autour de deux directions préférent
ielles, la plus petite dimension servant le plus souvent d'étalon, la
plus grande, de variable ;
2° Certains systèmes géométriques sont plus prégnants que d'autres.
Ainsi, la droite est plus prégnante que la ligne courbe, cette
dernière pouvant être considérée, du point de vue perceptif,
comme une déviation de la première. De même, tout système à
deux directions qui s'éloigne de l'orthogonalité est moins pregnant
que celui-ci ; d'autant moins qu'il s'en éloigne davantage. 320 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Dans la mesure où une figure s'écartera de tel ou tel système privi
légié, sa prégnance s'affaiblira et elle donnera lieu à des illusions et à
des erreurs d'estimation de plus en plus fortes.
Le principe de la bidimensionnalité de la figure, le principe de la
prégnance relative de certains systèmes géométriques et la théorie des
distorsions optico-géométriques, se traduisant par des illusions per
ceptives plus ou moins importantes, peuvent être considérées comme les
trois axes principaux selon lesquels l'auteur ordonne et interprète les
résultats qu'il a pu recueillir. Répétons, que ces données, qui n'ont pu
être rapportées ici, constituent la part la plus importante de l'ouvrage.
Il ne serait pas sans intérêt de les rapprocher de celles qui ont permis à
Piaget d'établir sa théorie de la centration relative.
S. E.
ESTES (W. K.), KOCH (S.), MAC CORQUODALE (K.), MEEHL
(P. E.), MUELLER (C. G.), SGHOENFELD (W. N.), VERPLANCK
(W. S.). — Modern learning theory : a critical analysis of five examp
les (Théorie moderne de V apprentissage : une analyse critique de cinq
exemples). — In-8° de 379 pages, New York, Appleton-Century-
Crofts, 1954.
Modem Learning Theory est le brillant résultat d'un séminaire
d'études — organisé à Dartmouth (U. S. A.) sous le patronage du Social
Science Research Council et dé la Carnegie Corporation — aux discus
sions duquel ont participé sept psychologues américains, auteurs des
différentes parties de ce livre.
Il comprend l'exposé analytique et critique du Behaviorisme molaire
de Edwards C. Tolman par Kenneth Mac Corquodale et Paul E. Meehl
(Université de Minnesota), des théories de Burrhus F. Skinner et celles de
Kurt Lewin présentées respectivement par William S. Verplanck (Har
vard) et par William K. Estes (Université d'Indiana), et des construc
tions théoriques de Edwin R. Guthrie qui font l'objet de l'étude de
Conrad G. Mueller Jr. et de William N. Schoenfeld, ces deux derniers de
l'Université de Columbia.
Mais la place d'honneur revient à Clark L. Hull dont les thèses
occupent environ la première moitié du volume global de cet ouvrage.
L'analyse que fait Sigmund Koch (Duke University) de la théorie
hullienne s'appuie principalement sur les trois œuvres fondamentales de
Hull : Mathematico-deductive theory of rote learning (1940) (écrit en
collaboration avec Hovland et d'autres auteurs), Principles of Behav
ior (1943), et Essentials of Behavior (1951), car la publication de son
œuvre posthume, A Behavior system (1952) est venue trop tard pour que
l'on puisse intégrer son contenu dans le contexte de cet exposé. Toutef
ois, une rapide référence à ce dernier livre est explicitée sous forme
d'appendice : cette souligne les réserves et les nuances que Hull
a été amené à faire sur ses propres thèses dont il semble reconnaître
implicitement le caractère prématuré de certaines formulations. Sans LIVRES 321
vouloir préjuger sur l'avenir des théories hulliennes, il reste néanmoins
que l'ensemble des travaux de cet auteur constituent l'effort de systémat
isation le plus considérable réalisé aux États-Unis dans le domaine de la
psychologie pendant les années 1929-1952.
Un plan de travail commun a permis d'élaborer parallèlement les
analyses de ces cinq tentatives de théories psychologiques. C'est ainsi
que la structure de chaque théorie, les relations avec les théories anté
rieures ou contemporaines (s'agissant de psychologie américaine l'accent
a été mis sur les degrés de conformité et d'originalité par rapport au
behaviorisme classique, sauf, bien entendu, pour Lewin qui relève d'une
autre tradition), les caractéristiques de la méthodologie employée et les
problèmes de technique, et enfin la valeur prédictive et les perspectives
d'avenir ont été dans chacun des cas successivement examinés et
discutés.
Il en est résulté un ouvrage homogène dans sa conception, malgré la
multiplicité des auteurs, qui offre au lecteur spécialiste et à l'étudiant
avancé une synthèse très documentée, et à la fois fidèle et critique des
grandes théories modernes de l'apprentissage.
G. F.
STORULOW (L. M.). — Readings in learning (Lectures sur l'apprent
issage). — Un volume in-8° de 555 pages, New York, Prentice- Hall,
1953.
Ce livre est un choix d'articles sur les divers aspects de l'étude de
l'apprentissage, articles essentiellement américains, bien entendu. Des
tiné aux étudiants de psychologie pour leur permettre d'aborder la
lecture des revues techniques et les familiariser avec les exposés de
recherches, il passe en revue les thèmes principaux de ce champ de
recherches. Le premier chapitre dégage les positions théoriques fonda
mentales à travers des articles de Thorndike, Hull, Guthrie, Tolman,
Skinner et Estes. Le second chapitre groupe 4 études déjà anciennes sur le
conditionnement. Le chapitre suivant aborde la question de la moti
vation et du renforcement avec un choix suffisamment éclectique
puisqu'il va de l'article de Humphreys sur les renforcements à taux
variable jusqu'à celui de Mowrer sur la valeur de l'anxiété comme agent
renforçateur. Le quatrième chapitre présente quelques études systé
matiques sur des vairables qui conditionnent l'apprentissage : mise en
train, distribution des essais, etc. Le chapitre suivant aborde l'étude de
l'apprentissage discriminatif et perceptuel. Les trois derniers chapitres
sont consacrés à l'analyse de l'apprentissage des attitudes et à ses
aspects sociaux, à l'étude de la rétention et de l'oubli, à celle enfin du
transfert et de la généralisation. Dans l'ensemble, le choix des articles et
leur groupement est bon et ce livre complète d'une façon heureuse les
ouvrages systématiques classiques sur ces questions en donnant un
contact direct avec les articles originaux.
F. B.
A. PSYCHOL. 56 21

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