Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.61, pg 273-289

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1961 - Volume 61 - Numéro 1 - Pages 273-289
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1961
Lecture(s) : 16
Nombre de pages : 18
Voir plus Voir moins

I. Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1961 vol. 61, n°1. pp. 273-289.
Citer ce document / Cite this document :
I. Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1961 vol. 61, n°1. pp. 273-289.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1961_num_61_1_26810— LIVRES II.
I. — Psychologie générale
Wolman (B. B.). — Contemporary theories and systems in Psychology
(Théories et systèmes contemporains en Psychologie). — In-8° de
613 pages, New York, Harper and Brothers, 1960.
Le titre témoigne de l'audace de l'auteur. Cette audace était néces
saire car les spécialistes eux-mêmes ont parfois de la peine à débrouiller
l'écheveau des lignes de développement historique des idées et des
interactions entre les écoles de l'un et l'autre continent.
Le grand mérite de l'auteur est d'avoir essayé de faire l'histoire
de la psychologie en s'attachant plus aux idées qu'aux hommes.
La contemporaine est née avec ce siècle. Wolman y
distingue trois grands courants qui lui fourniront les trois grandes parties
de son livre.
En premier, Pavlov est le maître même si historiquement Thorndike
et Watson n'ont pas subi initialement son influence. Ce courant s'est
développé dans les voies du behaviorisme strict cherchant parfois une
réduction du psychologique au physiologique et dans celles du néo-
behaviorisme qui subira l'influence de la psychanalyse et des gestal-
tistes.
Le second courant a Freud pour père à qui est consacré le plus long
chapitre de l'ouvrage. Bien entendu l'auteur s'attache aussi au déve
loppement des écoles dissidentes (surtout aux écoles américaines de
Karen Horney, Erick Fromm, Sullivan) et prolongements anthro
pologiques qui mettent surtout l'accent sur l'influence de l'environne
ment social.
Le troisième courant est né de Kant, de Brentano (dont l'influence
est sous-estimée) et de Dilthey. Compréhension contre explication. Rôle
fondamental reconnu au sujet. Wolman groupe d'une part Spranger,
Stern et G. Allport représentatifs de la psychologie personnaliste,
d'autre part les gestaltistes et enfin Lewin et la théorie du champ.
Tous ces exposés sont clairs et précis, basés sur une solide document
ation. Cependant, il y a des omissions involontaires comme celle de
Konorski qui a distingué avant Skinner deux types de réflexes condi
tionnés. Péché véniel ! Mais il y a des omissions volontaires comme
celle de Piaget, qui sont inexplicables. Wolman déclare dans la préface
qu'il a omis Piaget (comme Rorschach et Terman !) parce qu'il s'est
placé au point de vue de la psychologie générale. Mais ce serait une vue
bien étroite que d'ignorer tout ce que la psychologie génétique apporte
A. PSYCHOL. 61 18 274 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
à nos connaissances générales. Piaget est en réalité le psychologue de
l'intelligence comme Pavlov a été celui de l'apprentissage et Freud celui
de la motivation.
D'une manière générale ce compte rendu en langue française doit
souligner que si l'auteur connaît bien la littérature anglaise (cela va
de soi), la littérature allemande et s'il a fait un effort dans la direction
du russe, il semble n'avoir pas une vue exacte de l'apport français.
A. Binet seul a sa place, Janet est seulement cité passim, Piéron aussi,
Wallon est ignoré.
P. F.
Rubinstein (S. L.). — En russe (Principes et voies de dévelop
pement de la Psychologie) . — In-16 de 354 pages, Moscou, Éd.
Acad. Sciences de l'U.R.S.S., 1959.
Dans une première partie, l'auteur expose comment les principes
philosophiques dont il a souligné l'importance dans son œuvre, en
particulier celui de déterminisme qu'il juge essentiel, s'appliquent au
rôle et à la place de la psychologie (nature du psychisme, rôle de la
psychologie, méthodes), et à différents problèmes particuliers : sensation,
pensée, personnalité, conscience.
Dans une deuxième partie, il examine les points de vue classiques du
marxisme et de la réflexologie (en particulier celui de Setchenov), puis
des écoles soviétiques et étrangères. Parmi ces dernières, il fait une place
de choix à la sociologie française : celle-ci aurait bien vu le problème des
relations société-individu, mais n'aurait su le résoudre, ayant isolé la
conscience de l'existence.
De façon générale, le problème psychologique (ou plutôt psycho
physique), comme tout autre, ne peut être compris que dans une pers
pective dialectique, où tout phénomène est à la fois lui-même et autre
chose, apparaissant de qualité différente dans des systèmes différents
de liaisons et de relations.
N. H.
Waters (R. H.), Rethlinghafer (D. A.), Caldwell (W. E.). —
Principles of comparative Psychology (Principes de Psychologie
comparée). — In-8° de 453 pages, New York, McGraw-Hill, 1960.
Bilan des observations classiques et des expériences récentes sur le
comportement animal, ce livre ouvre également des voies nouvelles
de recherche. On y trouve donc à la fois des sources bibliographiques
aussi variées que riches, et la formulation précise des grands problèmes
— instinctif, motivation, évolution génétique et expé
rience acquise.
Les deux premiers chapitres initient le lecteur aux problèmes de
classification et de définition des comportements animaux. Le compor
tement inné est ensuite analysé suivant un modèle tri-dimensionnel
où l'hérédité, le temps d'apprentissage et le milieu constituent les trois
variables simultanément en jeu. Les recherches de laboratoire montrent LIVRES 275
que, contrairement aux théories développées par les éthologistes, le
comportement instinctif lui-même dépend de l'expérience dans la
plupart des espèces.
L'analyse des processus sensoriels met en évidence que les divers
niveaux de discrimination perceptive — bien que conditionnés par les
systèmes de réception périphérique — relèvent plutôt des possibilités
de « décodage » au niveau central. Le chat par exemple possède des
récepteurs sensibles à la couleur, mais sa capacité de discrimination
des couleurs est très réduite.
Les chapitres sur la motivation signalent un changement conceptuel
important. Du point de vue biologique les anciennes théories « d'auto-
régulation » sont remplacées par un modèle plus large où la « recherche
active d'excitation » (curiosity investigative motives) prend une grande
place. Ainsi la possibilité d'acquérir une motivation nouvelle grâce à
une situation conflictuelle devient sujet d'étude, aussi bien que la simple
curiosité révélée par un comportement d'exploration.
Les recherches sur l'apprentissage selon les espèces font l'objet
d'une mise au point théorique. Les auteurs étudient différents niveaux
d'apprentissage : a) Habituation ; b) Conditionnement non associatif
(sensitization) ; c) Substitution de stimuli (conditionnement propre
ment dit) et d) Apprentissage instrumental.
Deux points importants correspondent aux expériences faites sur la
privation de stimulation (stimulus deprivation) et sur la privation de
réponse (motor deprivation).
Le chapitre qui traite des « processus complexes » souligne les efforts
actuellement tentés pour donner une nouvelle impulsion à l'étude de
l'intelligence animale. Notons la place faite aux recherches sur la discr
imination progressive des indices perceptifs, l'apprentissage par imitation,
le comportement des anthropoïdes entraînés à résoudre des problèmes
à dimensions multiples.
On n'a pas négligé pour autant les références au social et au patho
logique. Mais ces deux domaines restent à explorer, et, si les données
recueillies sont incomplètes, le poids des problèmes soulevés est, lui,
considérable. L'évolution génétique se révèle pleine d'intérêt et les
auteurs insistent sur son importance par rapport à l'émergence, sélective
semble-t-il, de certains comportements.
Enfin, tout psychologue lira avec profit la conclusion de cet ouvrage
où la relation entre structure nerveuse et comportement est analysée,
de façon schématique mais claire, et où sont rappelés les thèmes et
théories nouveaux.
A. B.
Chauchard (Paul). — Le cerveau et la conscience. — In-16 de
190 pages, Paris, Ed. du Seuil, 1960.
Ce petit ouvrage est destiné essentiellement à un large public non
spécialisé. Il présente d'abord rapidement l'organe cérébral et sa physio- 276 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
logie telle qu'on peut la schématiser aujourd'hui. Puis, soulignant toute
la complexité du cerveau, il montre son activité en fonction des conditions
du monde extérieur ; il insiste sur le fait que la partie supérieure du
système nerveux est l'organe, non seulement des activités élémentaires,
mais encore de la conscience et de la pensée, aux deux niveaux qu'y
distingue l'auteur : pensée « par images », et pensée fondée sur le lan
gage. La dernière partie présente de façon critique les techniques
modernes d'action sur le cerveau. L'auteur souligne que la physiologie
doit rendre « l'homme maître de son cerveau » et développe les considé
rations morales et philosophiques qui découlent de cette conception.
J.-F. L. N.
Teplov (B. M.), Rojdestvenskaya (V. L), Nebylitsine (V. D.),
Ermolaeva-Tomina (L. B.), Gurevitch (K. M.), Vassiliev (A. N.),
Schwartz (L. A.), Ravitch-Chterbo (I. V.), Boriaguine (G. I.),
Kolodnaya (A. L), BoRissovA (M. N.), Iliina (G. N.). — En
russe (Particularités typologiques de Vactivité nerveuse supérieure de
Vhomme) , t. II. — In-16 de 230 pages, Moscou, Éd. Acad. Sei. pédag.,
R.S.F.S.R., 1959.
L'étude de la force du système nerveux constitue l'essentiel de cet
ouvrage, comme l'équilibre des processus celui du tome I.
Outre l'article de présentation rédigé par Teplov, qui est une mise
à jour du problème tel qu'il apparaît en fin 1957 (là s'arrêtent les travaux
retenus dans le recueil), six exposés expérimentaux sont consacrés à la
force nerveuse et essentiellement à la recherche de procédés de mesure,
correspondant aux diverses caractéristiques de cette propriété.
La plus classique est la capacité de travail, la résistance aux stimuli
supra-maximaux (en durée ou en intensité) et l'influence, bénéfique
chez les sujets à système nerveux fort, nocive chez ceux à système ner
veux faible, de la caféine. C'est le procédé qu'emploie Mme Rojdest
venskaya, après avoir diminué au maximum la capacité de travail
de ses sujets, en leur faisant actionner un ergographe jusqu'à la fatigue :
l'absorption de caféine augmente l'amplitude des réponses motrices
consécutives à des stimuli auditifs forts chez certains, la laisse inchangée
chez d'autres (types intermédiaires, peut-on supposer), la diminue chez
les derniers. Avant une forte fatigue musculaire, l'absorption de caféine
ne modifie en rien les ergogrammes, vraisemblablement parce qu'alors
la tâche demandée est trop aisée pour être significative.
Dans un deuxième article, Mme Rojdestvenskaya vérifie également
l'effet de la caféine et de la fatigue sur les modifications de sensibilité
dues à un fort stimulus adressé au même récepteur (ici la vision). Les
changements de rapports de force correspondent à des changements
dans la dynamique concentration-irradiation.
Or, la concentration de l'excitation définit elle aussi la force du sys
tème nerveux. Le même auteur le confirme, en renforçant dix fois de
suite, à de brefs intervalles, des réflexes photochimiques : la diminution LIVRES 277
de la réponse conditionnelle traduirait alors la faiblesse du système
nerveux, et inversement.
Mme Ermolaeva-Tomina compare la force du système nerveux
(établie par plusieurs des procédés précédemment mis au point dans les
laboratoires de Teplov) et la possibilité de concentrer l'attention sur un
stimulus visuel (stimulus essentiel) durant un stimulus auditif (stimulus
parasitaire), et sur un stimulus auditif — durant un stimulus visuel.
La sensibilité au stimulus « essentiel » diminue chez les sujets « faibles »,
s'élève au contraire chez les « forts ». Et ceci indépendamment de l'ana
lyseur sensoriel choisi. La possibilité de concentrer son attention en
dépit de stimuli parasitaires apparaît donc bien comme une propriété
générale, typologique.
V. D. Nebylitsine s'attache à la relation inverse, force-sensibilité.
Dans un premier travail, il la vérifie, au moyen de stimuli visuels et
auditifs, respectivement sur 37 et 25 sujets. Les sensibilités absolues
les plus élevées sont, dans l'écrasante majorité des cas, le fait d'individus
classés « faibles » par des épreuves s'adressant au même analyseur sen
soriel. L'auteur propose d'unir sous le nom de « réactivité » la sensibilité
et la résistance du système nerveux.
Dans sa deuxième recherche, il constate (sur 17 sujets) de fortes
différences dans la rapidité du conditionnement, par un stimulus auditif,
d'un réflexe photochimique à une faible stimulation lumineuse (25 lux).
Chez 10 personnes, le réflexe se forme en 3 à 16 associations. Chez les
7 autres, il n'apparaît pas du tout ou guère, malgré un nombre consi
dérable d'associations (50 à 100) et quelques modifications des conditions
expérimentales. Analysant ses résultats, Nebylitsine émet l'hypothèse
suivante, apparemment paradoxale : la sensibilité élevée, et partant la
faiblesse du système nerveux, serait un facteur d'accélération du
conditionnement.
K. M. Gurevitch reprend deux procédés classiques de détermination
de la mobilité : la « transformation » de stimuli positifs en inhibiteurs, et
inversement, et la « modification du stéréotype ». Il les étudie tous deux
au moyen de la réponse motrice, les temps de latence servant d'indices.
Dans sa première expérience, les sujets doivent répondre à deux
stimuli auditifs (dans une série de 4) ; une fois le conditionnement bien
acquis, les stimuli changent de signification. L'expérience étant effectuée
avec des séries de sons d'intensité différente, certains sujets manifestent
plus de difficulté à « inverser » les stimuli très forts. Ces sujets se ratta
chent, d'après d'autres épreuves, au type « faible ». L'auteur souligne
d'une part l'intrication des diverses propriétés typologiques, de l'autre
la difficulté de juger du caractère « solidement fixé » d'une réaction
conditionnelle.
La deuxième expérience présente, chose assez rare, un stéréotype
exclusivement composé de stimuli positifs. 10 stimuli auditifs, de trois
intensités différentes, sont répétés dans le même ordre, 18 fois par
séance ; l'intervalle entre deux séries est égal à l'intervalle entre deux 278 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
stimuli. En fin de séance, un seul stimulus est répété 10 fois, aux mêmes
intervalles. Après 5 séances (90 répétitions au total) l'ordre des stimuli
est inversé. Dans sa conclusion, l'auteur insiste à nouveau sur la néces
sité d'établir un critère de solidité des liaisons conditionnelles ; en effet,
le remplacement d'une série de stimuli par un seul d'entre eux témoigne
de la formation d'un stéréotype dynamique ; et avant d'utiliser la
modification de stéréotype comme indice de mobilité, il faut savoir si
le dit stéréotype s'est effectivement formé chez l'individu.
Pour déterminer si la solidité des associations est une propriété
indépendante ou un phénomène de mobilité nerveuse, A. N. Vassiliev
fait étudier un code (lettres-chiffres). Il demande aux sujets, à la vue de
chaque lettre, de prononcer aussi vite que possible le chiffre corre
spondant. La différence de temps entre cette réponse et le temps néces"
saire pour une lecture directe du même chiffre définit, avec plus de
précision que la simple justesse de la réponse, l'élaboration des liaisons,
leur stabilité ou leur désagrégation. L'auteur aboutit au maximum
d'automatisme, réduisant la différence entre le chiffre associé et le
chiffre lu à 110 ms, interrompt ses expériences durant 5, 10, 25 jours,
et les reprend. A l'inverse de ce que l'on peut quelquefois observer
sur la mémoire dans la vie courante, les sujets qui ont rapidement auto
matisé leur code l'ont vite oublié, et ceux qui l'ont lentement assimilé
le retiennent mieux.
Mme Schwartz étudie les différences individuelles dans la perception
de stimulations lumineuses intermittentes (qui mettent en cause l'inte
rruption rapide du processus d'excitation, autrement dit la mobilité
du système nerveux) et dans la persistance d'une image après sa dis
parition (dans le noir, après éclairement de 10 s). La capacité de distin
guer des fréquences rapides et la durée de l'image consécutive sont en
relation directe.
Mme Ravitch-Chterbo examine des oligophrènes de 13 à 16 ans à
l'aide de la méthode décrite par Leites dans le tome I du recueil (il
s'agit des phénomènes d'induction consécutive à une réaction motrice),
et les compare à des écoliers du même âge. Au lieu des différences indi
viduelles normales dans les autres groupes, elle constate cette inertie
pathologique déjà maintes fois signalée par différents auteurs.
Les deux articles suivants portent sur l'équilibre des processus.
G. I. Boriaguine présente une méthode qui évoque quelque peu le
test de Mira : il fait tracer, sans contrôle visuel, des traits de 7 mm ;
chaque fois, l'expérimentateur apprécie la justesse du tracé, et indique
l'erreur à rectifier. L'A. présume que la tendance à dépasser la dimension
fixée correspondrait à une prédominance d'excitation, la tendance à
rester en deçà — à une d'inhibition. Cette hypothèse
est renforcée par les effets du brome et de la caféine, mais nécessite des
confirmations ultérieures.
Mme Kolodnaya utilise l'E.M.G. lors de la formation de réponses
motrices conditionnées par une stimulation lumineuse intermittente. LIVRES 279
Même lorsque toutes les réactions sont adéquates, l'E.M.G. permet de
distinguer des différences : a) Dans les réactions musculaires « prépar
atoires » au mouvement ; b) l'arrêt de l'activité électrique des
muscles, après l'arrêt de leurs manifestations extérieures ; c) Durant
les pauses, qui peuvent être « pures » ou chargées d'une activité élec
trique ininterrompue. Les sujets se répartissent en deux groupes :
les uns, faisant montre d'une forte concentration des processus d'exci
tation et d'un processus d'inhibition relativement faible, seraient du
type déséquilibré à prédominance d'excitation ; les autres ont des pro
cessus d'excitation et équilibrés.
La concentration des processus est-elle une propriété indépendante ?
Plusieurs chercheurs se posent cette question.
Mme Borissova s'est fixé pour tâche l'élaboration d'une méthode
d'étude de la concentration du processus d'excitation. Une telle
ne serait pas l'élaboration de différenciations, mais la détermination
de seuils de distinction sensorielle (sur des stimuli auditifs).
Enfin, Mme Iliina est la seule à traiter non le processus d'excitation,
mais l'inhibition. Dans des réflexes conditionnels photochimiques,
une profonde inhibition peut se manifester, au cours d'une extinction
(fait déjà observé) comme d'une différenciation, par une réaction
opposée au réflexe conditionnel : une élévation de sensibilité au lieu
d'une diminution. Ce fait présente autant d'intérêt pour une meilleure
connaissance du processus d'inhibition que pour la précision de la clas
sification psychologique qui en découle.
Seuls trois articles (Ermolaeva-Tomina, Kolodnaya, Borissova)
mentionnent les données biographiques et d'auto-observation des sujets.
Ce n'est pas là, bien au contraire, un refus par principe, mais une limi
tation due à l'étape initiale de l'étude typologique ; plus celle-ci se déve
loppera, plus il sera possible de comparer les données obtenues par
différentes méthodes expérimentales avec celles des anamneses et
observations de la vie courante.
N. H.
Skinner (B. F.). — Cumulative record (Enregistrement cumulatif). —
In-8° de 427 pages, New York, Appleton-Century-Crofts, 1959.
Skinner a groupé dans ce livre, dont le titre est choisi avec humour,
des articles déjà publiés dans des revues très diverses. Ce regroupement
non chronologique donne un aperçu très attrayant de l'œuvre de l'auteur.
L'originalité de ses hypothèses et de sa prise de position par rapport à
l'étude expérimentale du comportement va de pair avec la conscience
qu'il a de l'importance des problèmes humains posés par cette recherche
objective, tant sur le plan théorique que sur le plan pratique.
Il n'est pas possible d'analyser ici le contenu du livre, on n'en peut
faire qu'une rapide description. Il comporte 30 articles groupés en huit
parties distinctes. Les cinq premières parties rapportent des travaux
publiés depuis 1947, les trois dernières des travaux publiés entre 1933
et 1945. 280 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Le titre de l'ouvrage est illustré dès l'introduction, par la courbe
cumulative des pages écrites par Skinner depuis 1930. Ainsi applique-t-il
sa méthode à lui-même. La Ire partie du livre a pour titre : « Les réper
cussions d'une science du comportement sur les affaires humaines et,
particulièrement, sur le concept de liberté » ; la IIe partie traite de « La
méthode expérimentale » (et presque exclusivement de celle de Skinner)
pour l'analyse du comportement, sa théorie et sa pratique, son histoire
et sa portée à venir ; en IIIe partie est présentée « La technologie de
l'éducateur ». L'auteur y décrit ses machines à apprendre. De la théorie
il passe à l'application ; la IVe partie expose des études sur l'analyse du
comportement des névrosés et des psychopathes à l'aide d'une obser
vation armée, appareils qui distribuent récompense et punition ; la
Ve partie est réservée aux psychologues expérimentaux. Skinner y
précise et délimite le rôle du psychologue par rapport à celui d'autres
scientifiques et, tout particulièrement à celui du physiologiste. C'est
aussi l'assurance donnée aux expérimentalistes en psychologie qu'ils
sont dans la bonne voie en dépit des incompréhensions. La VIe partie
traite de questions où la psychologie est à la limite de l'art et de la
divination, le titre en est : « Littérature et comportement verbal ».
Dans la VIIe partie, l'auteur présente ses conceptions théoriques de
jeunesse, peut-on dire. Elles ont été le départ de ses travaux : étude sur
le concept de réflexe dans la description du ; sur
la nature des concepts de stimulus et de réponse ; étude des deux types
du réflexe conditionné et d'un pseudo-type.
La VIIIe partie intitulée « Mélange » groupe de brefs articles dont
le dernier n'est pas le moins surprenant qui a pour titre : « Bébé dans une
boîte ». Skinner, psychologue, présente les raisons pour lesquelles il a
élevé méthodiquement son enfant et le moyen qu'il a utilisé.
La valeur de l'écrivain, la diversité des sujets exposés, l'objectivité
et la réflexion du psychologue font de cette accumulation d'articles un
livre qui oblige, agréablement, à apprendre et à réfléchir.
G. O.
Mowrer (O. H.). — Learning theory and behavior (Théorie de
V apprentissage et comportement). — In-8° de 555 pages, New York-
Londres, John Wiley & Sons, 1960.
Ce volume présente essentiellement la nouvelle « théorie révisée
des deux facteurs » à laquelle l'auteur a abouti à partir des faits recueillis
dans le domaine de l'apprentissage, principalement animal, et des
tentatives antérieures pour unifier ce champ de recherches. Le souci
de Mowrer est, plutôt que d'opposer une nouvelle théorie à d'autres
théories, de montrer qu'il y a eu en ce domaine, par delà les controverses
d'école, un réel développement des idées. La présentation de l'ouvrage
est fondée sur cette conception historique, et la « théorie révisée des
deux facteurs » apparaît comme un résultat de cette évolution, synthé
tisant non seulement les faits, mais encore ce que les théories antérieures
contenaient de meilleur. LIVRES 281
Les « deux facteurs » originaux sont représentés par les œuvres de
Pavlov et de Thorndike avec les deux formes d'apprentissage sur les
quelles ils ont mis l'accent. Le problème important posé à ces interpré
tations était celui de l' apprentissage â'évitement, traité de façon peu
satisfaisante par l'une et par l'autre. Mowrer insiste beaucoup sur ce
problème qu'il rapproche de celui de la punition (évitement passif,
alors que l'autre est un évitement actif) ; dans l'un, le renforcement
nociceptif incite à accomplir un acte, dans l'autre à refréner une réaction
jusque-là habituelle ; mais l'un et l'autre peuvent s'expliquer par le
conditionnement de la peur ; c'est de là qu'était née la « théorie des deux
facteurs » telle que Mowrer l'avait primitivement développée (en 1947),
avec sa distinction entre l'apprentissage d'une solution (par essais et
erreurs), fondé sur la réduction du mobile, et le conditionnement qui
n'aurait exigé que la simple contiguïté.
Ce qui a fait à nouveau évoluer les idées, ce sont les problèmes
posés par le renforcement secondaire : Mowrer en distingue deux types,
le premier étant la réduction de la peur, qui peut expliquer à la fois
l'inhibition de la réponse (dans la punition) ou son instigation (dans
l'apprentissage d'évitement actif) ; le renforcement secondaire du
type II est celui par lequel le pouvoir renforçateur (positif) d'un st
imulus se transfère à un autre stimulus, précédemment neutre. Une
théorie unitaire est alors proposée par l'introduction de la notion
d'« espoir », et l'adoption générale des émotions comme facteurs inter
médiaires. Le chapitre VII, qui constitue le cœur de l'ouvrage, expose
complètement la « théorie révisée des deux facteurs » : les renforcements
augmentatif {incremental, c'est la punition) et diminutif [décrémentai,
c'est la récompense) s'y balancent exactement ; l'augmentation et la
diminution portent sur le mobile ; le rôle accordé au renforcement
secondaire et aux émotions intermédiaires permet dans tous les cas une
exacte symétrie : l'apparition d'un signal de danger fait apparaître la
peur ; la disparition d'un signal de sécurité (au sens large, cette sécurité
pouvant aussi inclure la disparition de la faim, de la soif ou de tout autre
manque) donne naissance au désappointement ; l'apparition de ce même
signal de sécurité apporte de son côté Yespoir, tandis que la disparition
d'un signal de danger est propre à rassurer (« relief »).
Dans ces conditions tout apprentissage est désormais du condition
nement, et la théorie ne mérite plus son appellation de théorie des deux
facteurs que par la distinction qu'elle fait entre les deux formes de ren
forcement, augmentatif et diminutif.
A ce point apparaît une nouvelle conception de 1' « habitude » de
Thorndike (« habit ») qui accorde un rôle prépondérant aux rétroactions
de la réponse : 1' « habitude » ne serait rien d'autre que la liaison entre
les stimuli produits par la réaction et le renforcement secondaire (du
type II, c'est-à-dire l'espoir de la récompense).
L'auteur montre ensuite comment cette conception ne se trouve pas
en désaccord avec les autres théories, mais au contraire les intègre.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.