Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.64, pg 313-330

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1964 - Volume 64 - Numéro 1 - Pages 313-330
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1964
Lecture(s) : 40
Nombre de pages : 19
Voir plus Voir moins

I. Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1964 vol. 64, n°1. pp. 313-330.
Citer ce document / Cite this document :
I. Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1964 vol. 64, n°1. pp. 313-330.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1964_num_64_1_27246— LIVRES II.
I. — Psychologie générale
Fraisse (P.), Piaget (J.). — Traité de psychologie expérimentale.
— grd. in-quarto, Paris, Presses Universitaires de France, 1963.
Depuis le Nouveau Traité de Dumas, aucune œuvre de cette enver
gure n'avait été entreprise en France. Or, le développement considé
rable de la psychologie, la grande diversité des travaux imposaient un
ouvrage de synthèse qui présentât une revue approfondie des plus
récentes recherches. Mais Fraisse et Piaget ne se sont pas seulement
souciés d'offrir un bilan aussi exhaustif que possible dans tous les
domaines, ils ont surtout cherché à replacer les faits exposés dans une
perspective épistémologique, donnant ainsi aux divers fascicules une
unité qui met en lumière la logique de l'évolution scientifique : là
résident l'intérêt fondamental de ce traité et son originalité.
Fascicule I : Fraisse (P.), Piaget (J.), Reuchlin (M.). — Histoire et
méthode, 191 p.
Le premier fascicule est consacré aux problèmes généraux de la
recherche expérimentale. P. Fraisse expose d'abord (chap. I) comment,
d'une psychologie implicite dont faisaient état certains problèmes philo
sophiques (apparence et réalité, imagination, par exemple) ou d'autres
qui s'étaient posés avec une acuité particulière aux savants (équation
personnelle), sont nés l'idée de la recherche psychologique et même les
montages et appareils nécessaires à l'étude de problèmes particuliers.
Nouvelle discipline groupant seulement quelques pionniers, la Psychol
ogie était nécessairement, à son origine, tributaire des cultures natio
nales. C'est ce que montre ce premier chapitre. On regrettera peut-être
que le plan choisi mette l'accent sur les différences plutôt que sur les
tendances générales, mais cette apparente disparité se révèle plus fruc
tueuse que bien des synthèses artificielles.
L'étude du deuxième chapitre est indispensable à la fois à l'étudiant
et au chercheur. Dans un style clair et simple, la démarche expérimentale
nous est ici exposée avec ses exigences, sa complexité. Procédant dans
un ordre rigoureusement logique, l'auteur (P. Fraisse, de nouveau)
montre comment l'observation des faits conduit à poser un problème
et à le délimiter, ainsi qu'à formuler des hypothèses — étape bien plus
importante qu'on ne l'a parfois souligné — qui devront être vérifiées
dans des conditions qu'on pourra décrire et faire varier systématique
ment. L'hypothèse elle-même conditionne le choix d'une technique. La 31.4 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
portée de l'interprétation, le degré de généralisation qu'on peut attribuer
aux conclusions dépendront donc d'une confrontation entre les hypo
thèses et les résultats, eux-mêmes relatifs à la technique utilisée. La
démarche expérimentale en psychologie, du fait de son objet, se heurte
à des obstacles non encore abattus, ou mal connus. Ils nous sont ici
honnêtement dévoilés.
J. Piaget traite, dans le troisième chapitre, d'un sujet qui lui est
cher : l'explication en psychologie. Après avoir constaté et analysé
l'échec de la causalité conçue comme relation linéaire, et l'insuffisance
du parallélisme psychophysiologique appelé pour pallier la faillite d'une
réduction organiciste et qui conduit forcément à un constat de carence
stérilisant, Piaget défend une position de synthèse qui s'appuie d'une
part sur la notion d'implication, plus riche que celle de causalité en ce
qu'elle permet de mettre en évidence les interactions si nombreuses
dans les phénomènes psychologiques, et, d'autre part, sur la notion
d'isomorphisme « entre les schémas organicistes et les schémas logico-
mathématiques utilisés par les modèles abstraits ». Les incidences épis-
témologiques d'une telle attitude apparaissent ici d'emblée.
Le dernier chapitre (chap. IV) a été confié à M. Reuchlin. Intitulé
« La mesure en psychologie », c'est un examen fort poussé des principes
sur lesquels sont bâtis les différents systèmes de mesure. L'auteur les
étudie à quatre niveaux : échelles nominales, ordinales, d'intervalles
et de rapports. D'un abord plus difficile que les chapitres précédents,
cette méditation sur la mesure ne devrait cependant pas arrêter le
lecteur qui y trouvera des références à tous les cas qui peuvent se
présenter à lui.
H. B.
Fascicule II : Piéron (H.), Chocholle (R), Leplat (J.). — Sensation
et motricité, 159 p.
Signalons la nouveauté du titre lui-même par rapport aux traités
de psychologie de langue française : la promotion de la motricité à côté
de la sensation reflète l'importance croissante accordée à des « modèles
comme celui de la théorie de la communication avec ses notions d'action
en retour (feed-back) et de transmission de l'information. » C'est ainsi
que Leplat introduit son chapitre : « S'il est possible pour la commodité
et la clarté de l'exposition de séparer les aspects perceptifs et moteurs
d'un acte, il n'en reste pas moins qu'ils sont intimement liés comme
deux expressions d'un même phénomène. »
Par ailleurs, la transmission de l'information, comme tous les pro
cessus en jeu dans les fonctions supérieures, suppose l'intervention du
temps. « Le facteur temps joue un rôle essentiel dans la mise en route de
ces fonctions : délais, retards doivent être connus au point de vue pra
tique et théorique » (Chocholle).
Mais les chapitres sur les temps de réaction et sur la liaison sensori-
motrice supposent connues les lois fondamentales de la psychophysique. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 315
1. La psychophysique. — Piéron expose l'évolution de cet instrument
de mesure et sa portée théorique. Après un rappel précis de l'histoire de
la psychophysique objective, des grandes théories classiques et des
discussions à propos de la loi de Fechner, Piéron décrit la naissance
récente de la psychophysique subjective et d'une métrique des évalua
tions où l'œuvre de Stevens tient une grande place.
Après les travaux de Fechner et de Weber, on voit se dessiner
l'œuvre de Plateau-Delbœuf et sa filiation jusqu'à Thurstone. C'est lui
qui fonde une première catégorie de méthodes basées sur les égalisations
d'intervalles, les ordinations de jugements comparatifs permettant
d'établir des échelles subjectives. En matière d'intensité sensorielle, ces
échelles sont assez voisines des échelles cumulatives découlant de la loi
de Fechner. La liaison avec la psychophysique fechnérienne est main
tenue par l'œuvre de Stevens, qui vise à substituer à la loi logarithmique
la fonction de puissance de Plateau. On aboutit à une deuxième caté
gorie de méthodes, supposant des estimations quantitatives. Elles
diffèrent beaucoup des échelles de type fechnérien ; elles comportent
de fortes dispersions interindividuelles. S'étendant à tout ce qui suppose
des approximations de grandeurs dans le domaine perceptif ou affectif,
cette psychophysique subjective constitue une métrique des opinions
qui, avec Thurstone, s'est apparentée à la méthodologie psychotechnique
et à la docimologie. Elle tend à devenir un instrument important de la
psychologie différentielle (à propos des goûts, des préférences esthé
tiques), mais ses applications éventuelles au domaine sensoriel sont de
peu d'intérêt général de l'avis de Piéron.
2. Les temps de réaction. — Dans les principes généraux de la méthode
des Temps de réaction, Chocholle fait une revue critique des erreurs
commises le plus souvent : on oublie que le temps de réaction a une valeur
globale, qu'il est la somme complexe de nombreux retards ou délais à
tous les niveaux. Les conditions et la méthode de mesure importent
autant que les nombreux facteurs physiologiques ou psychologiques qui
interviennent dans tout T.R. et jamais de façon identique : il est difficile
de comparer un même mesuré dans différentes conditions et, de
plus, les différences entre sujets sont importantes.
Chocholle montre que la disproportion entre le nombre de travaux
et les résultats clairs et intéressants — de même que la discussion en
cours sur certains résultats — provient des incorrections dans l'appli
cation de la méthode ou dans l'appréciation des résultats, et non de la
méthode elle-même qui est pleine d'avenir pour l'étude des fonctions
supérieures.
Le rôle des conditions les plus importantes à respecter et des facteurs
principaux à envisager est mis en évidence. Chocholle met l'accent sur
les progrès techniques ou théoriques accomplis dans chaque domaine ;
on y trouve notamment l'utilisation croissante des T.R. comme mesure
de l'attention ou de la distraction ; une application à la théorie de l'info
rmation dans l'étude des processus mentaux ; ou bien le cas des réponses •1 I C> ANALYSES IWÏt UOC; It A I'll [Q (J K.S
souvent considérées comme inadéquates par l'expérimentateur alors
qu'elles constituent par exemple des réponses de « généralisation ».
3. Les liaisons sensori-motrices. — L'application de la méthode à des
expérimentale à la solution de problèmes pratiques du travail a conduit
résultats essentiels qui sont ici placés dans leurs perspectives d'origine.
La diversité des points de vue des auteurs est soulignée, à défaut d'une
synthèse sur la question qui, selon Leplat, est encore prématurée.
Dans l'étude des liaisons d'ajustement discontinu, où les stimuli
sont distincts, indépendants des réponses, Leplat met l'accent sur le
rôle du contrôle visuel qui commande une grande partie de la structure
de l'acte moteur. Les tentatives d'application de l'analyse opérationn
elle à l'amplitude du mouvement supposant l'hypothèse de linéarité, il
ne peut en être question pour les réponses discontinues mais on peut
l'admettre dans certaines tâches d'ajustement continu.
La théorie de l'information est appliquée à l'étude de la compatibilité
et de la parenté des systèmes de signaux et de réponses.
Dans l'étude des liaisons d'ajustement continu où les stimuli varient
avec le temps et la nature des réponses, Leplat traite des problèmes de
poursuite où il souligne l'importance des délais de transmission de
l'action. On peut rencontrer soit des ajustements aux erreurs moment
anées dans les stades précoces de l'apprentissage ou pour des tracés
complexes, soit des ajustements en fonction des stimuli antérieurs dans
les étapes finales de l'apprentissage ou les tâches régulières.
Les facteurs modifiant ces liaisons sont essentiellement l'apprentis
sage (par la vision et les processus intellectuels) et l'âge (qui réduit la
quantité d'informations utilisée et la plasticité des schémas d'action).
Ce chapitre est très riche à la fois par son extension et sa précision
et par le rapprochement qui est fait entre les techniques d'étude les
plus récemment élaborées et les problèmes théoriques de la sensori-
motricité.
N. Z.
Fascicule IV : Piaget (J.), Fraisse (P.), Vurpillot (E.), Fran
ces (R.)- — La perception, 229 p.
Le fascicule IV du Traité de psychologie expérimentale, consacré à
la perception, constitue une mise au point de l'état actuel de nos connais
sances sur ce problème. Les différents aspects théoriques abordés sont
abondamment appuyés et illustrés par des résultats expérimentaux dont
la richesse et la variété témoignent de l'intérêt porté par la psychologie
scientifique à ce problème. Quatre chapitres composent ce fascicule :
« Le développement des perceptions en fonction de l'âge », par J. Piaget ;
« La perception et l'estimation du temps », par P. Fraisse ; « La perception
de l'espace », par E. Vurpillot, et « La perception des formes et des
objets «, par R. Frances.
A) Piaget résume, à propos de l'évolution génétique des perceptions,
les principales idées contenues dans son ouvrage sur Les mécanismes
perceptifs. Il reprend la distinction établie entre les effets primaires, ou PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 317
effets de champ, et les activités perceptives. Il étudie ensuite plus longue
ment l'évolution des constantes perceptives, la perception de la causalité,
l'évolution de la perception des mobiles et des mouvements. En conclus
ion, il rappelle que le développement génétique des perceptions pose le
problème général des relations entre les activités perceptives et les
actions dans leur ensemble.
B) Après avoir rappelé de quels facteurs biologiques et psycholo
giques dépend la perception de la succession, P. Fraisse fait le point des
principaux résultats relatifs à la perception de la durée, notamment en ce
qui concerne le seuil de la durée, la qualité des durées perçues, le seuil
d'indifférenciation, le rôle des caractères physiques de la stimulation,
enfin le problème de la sensibilité différentielle et des échelles de temps.
Quant à V estimation de la durée, elle se fonde sur les changements inter
venus au cours de cette durée. Trois facteurs principaux interviennent
dans cette : la nature de la situation, la motivation et l'état
biologique. L'orientation temporelle consiste à situer une phase des
changements extérieurs par rapport au cycle de ces changements ;
l'homme possède un double système de référence : externe (horloges,
cadrans solaires) et interne (rythmes de l'organisme).
G) L'espace visuel occupe la plus grande partie du chapitre qu'E. Vur-
pillot consacre à la perception de l'espace : rôle de la disparation de
l'image rétinienne, organisation du plan, perception de la distance en
profondeur, problème de l'invariant taille-distance ; l'auteur rappelle
également la théorie de Lüneburg selon laquelle l'espace visuel ne serait
pas euclidien, mais serait un espace à courbure négative. Trois aspects
sont abordés dans l'étude de Vespace auditif : la localisation d'un son à
l'air libre, l'importance des points de repère binauriculaires et l'orien
tation de l'espace chez les aveugles. Enfin l'étude de Vespace tactilo-
kinesthésique comprend la nature des indices tactiles et kinesthésiques,
le schéma corporel, le rôle du labyrinthe, la perception de l'amplitude
d'un mouvement et la perception des directions verticales et horizontales.
La dernière partie est consacrée à la coordination des données polysen-
sorielles conflictuelles.
D) Traitant le problème de la perception des formes, Frances rappelle
les lois de l'organisation perceptive et discute les hypothèses physiolo
giques avancées par les psychologues de la Gestalt. Il fait ensuite le point
des données actuelles concernant la constance des formes, l'influence
des attitudes perceptives, l'évolution génétique des formes ainsi que
l'apport des concepts issus de la théorie de l'information. Deux aspects
sont particulièrement étudiés dans la perception des objets : la signifi
cation, dont le rôle est mis en évidence dans la résolution de certains
conflits perceptifs, dans le mouvement apparent et la dynamique interne
des figures, etc. — et la motivation qui intervient aussi bien sous la
forme de besoins élémentaires de l'organisme (faim, douleur) que sous
la forme d'intérêt inoraux et sociaux élevés.
Y. H. 318 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Fascicule V : Nuttin (J.), Fraisse (P.), Meili (R.). — Motivation,
émotion, personnalité, 227 p.
On aborde ici trois domaines de recherches parmi les plus difficiles
d'accès, et les plus controversés.
Le premier chapitre, dû à J. Nuttin, se présente comme une étude
minutieuse de la motivation. Voilà un concept auquel chacun fait appel
sans toujours le définir. On comprend donc que son emploi provoque
l'agacement et Nuttin examine d'abord les positions « négatives » vis-à-
vis de la motivation, ce qui le conduit à une analyse des équivalents
proposés. Dans une première partie fort documentée, nous sont pré
sentés les cadres de référence expérimentaux qui ont conduit différents
chercheurs à préférer des notions en apparence plus spécifiques, telles
que « tendance déterminante » ou valence. Une revue très complète des
différents niveaux de motivation et des besoins psychogéniques (perfo
rmance, perception, contact social) permet au lecteur de mesurer l'étendue
du champ expérimental et présente une critique des conclusions avancées
par divers auteurs (Miller, Hebb, Lewin et Hull).
Enfin, un examen détaillé des travaux de l'Université de Yale, de
Lewin et Dembo, sur la frustration révèle la nouveauté des notions
introduites dans le domaine de la motivation et de l'évolution de la
psychologie contemporaine vers une formulation objective des phéno
mènes de la conduite humaine observés en clinique et dans la vie sociale.
On trouvera dans le chapitre suivant l'étude de P. Fraisse sur les
divers aspects de l'émotion : partant de la conception de James selon
laquelle la conscience des troubles organiques constitue elle-même
l'émotion, celle-ci est envisagée selon des perspectives fonctionnelles
(comme conduite d'adaptation) et dans ses rapports avec la motivation.
C'est aux physiologistes que l'on doit une nouvelle conception des
émotions : sur un continuum d'activation dont le pôle négatif est repré
senté par le sommeil et l'extrémité positive par la rage, les conduites
émotionnelles peuvent être envisagées d'une façon quantitative. La
notion nouvelle « d'optimum motivationnel », et toutes ses incidences
expérimentales (loi de Yerkes-Dodson) amènent l'auteur à une mise au
point entre l'interprétation de l'émotion en termes de désordre de la
conduite et celle qui voit en elle une réaction organisée : définissant avec
Janet l'émotion comme baisse de niveau de l'adaptation lorsque la
motivation est supérieure aux possibilités actuelles du sujet, Fraisse
distingue avec Hebb différents paliers. Nous sommes ainsi conduits à
envisager l'existence de patterns réactifs propres à chaque situation
émotionnelle et à chaque individu, depuis les réactions émotives sponta
nées neurovégétatives et toniques, jusqu'aux conscientes, à
la tonalité affective des émotions, en passant par les modalités physiolo
giques et psychologiques de l'expression des émotions. La dernière partie
insère l'émotivité dans la personnalité globale.
L'étude de ces deux domaines — motivation et émotion — où la
personnalité du sujet paraît intervenir de façon déterminante ouvre la GÉNÉRALE 319 PSYCHOLOGIE
voie au dernier chapitre intitulé : La personnalité, et confié à R. Meili.
Il s'agit d'une étude de structure, dans laquelle on examine trois modèles
complétaires : typologique, factoriel et dynamique, allant ainsi de la
description à l'explication et résumant 30 années de recherche sur la
personnalité. On y trouvera l'examen des méthodes d'investigation, des
typologies principales et de leurs corrélations. L'auteur analyse la notion
de trait et sa portée comme variable mesurable dans le cadre du beha-
viorisme. Descriptive, nécessairement liée à l'idée d'un processus
associatif, la notion de trait échoue à rendre compte de la structure de la
personnalité, l'analyse factorielle comme les typologies qui l'avaient
précédée ont considérablement accru nos connaissances en matière de
personnalité. Leur intérêt réside essentiellement dans leur tentative de
synthèse. Mais elles ne peuvent prétendre à expliquer les mécanismes ou
processus de construction d'une personnalité. Dans une dernière partie,
l'auteur montre l'importance de la perspective génétique et présente une
analyse critique de la théorie psychanalytique, construite sur la relation
entre genèse et structure.
Consacré à des domaines mal définis, où le poids des options indi
viduelles est grand, ce fascicule est important non tant par la somme des
faits recensés que par les lignes de force qui se dégagent des classifica
tions proposées.
E. V.
Miller (G. A.). — Psychology. The science of mental life (Psychol
ogie. La science de la vie mentale). — In-8° de 388 p., New York,
Harper and Row, 1962.
Un grand livre d'un grand psychologue. Un grand livre parce que
loin des sentiers habituels des manuels américains, G. Miller nous livre
des réflexions personnelles sur des grands problèmes de la psychologie.
Pas de plan dans cet ouvrage, mais 22 chapitres sur des sujets différents.
G. Miller campe l'œuvre des grands pionniers de la psychologie, Wundt
le psychologue, James le philosophe, Pavlov le physiologiste, Freud et
Binet, sans respect pour les stéréotypes traditionnels. Il s'interroge sur
les niveaux de conscience (awareness), la fonction sélective de la
conscience, la nouvelle psychophysique mais aussi sur la mémoire, la
motivation, la communication. Tout ceci explique son sous-titre provo
cant. La psychologie redevient-elle la science de la vie mentale ? Question
provocante surtout aux États-Unis où le mentalisme est un passé
désuet et le mal absolu. Mais G. Miller qui travaille à Harvard au Centre
des Études cognitives (avec J. S. Bruner) veut, en réalité, seulement
insister sur le rôle des elaborations cognitives dans le système « homme »
qui n'est ni un simple centre de synapses, ni un canal qui transmettrait
automatiquement une information.
On ne peut résumer un tel livre, mais le lecteur est assuré de trouver
à chaque page une pensée personnelle, très informée qui le fera réfléchir.
P. F. 320 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Brown (R.), Galanter (E.), Hess (E.), Mandler (G.). — New
directions in psychology (Nouvelles tendances en psychologie).
Préface de Newcomb (T.). — In-8° de 353 p., New York, Holt,
Rinehart and Winston, 1962.
On ne saurait trop recommander la lecture et surtout l'imitation
d'un tel ouvrage : il représente une entreprise de vulgarisation scienti
fique modèle, en simplifiant le lexique sans abaisser le niveau des connais
sances. Il comporte quatre « revues de question » solidement document
ées, qui montrent en s'appuyant sur des travaux très récents les progrès
qui ont été réalisés dans quatre secteurs très importants de la psychologie
contemporaine : les attitudes ; la psychophysique ; l'éthologie ; l'émot
ion. R. Brown présente trois modèles d'explication des changements
d'attitude ; partant d'un schéma descriptif simple de conflit d'attitude
entre deux personnes à propos d'un même objet de jugement et des
divers types de résolution de ce conflit, il expose schématiquement
mais avec une constante précision, en en soulignant les ressemblances
et les divergences complémentaires, un modèle en termes de « conquité »
(Osgood et Tannenbaum, 1955), un modèle en termes de « dissonance »
(Festinger, 1957) et un modèle en termes de « balance » (Abelson et
Rosenberg, 1958). Il décrit les expériences qui ont été réalisées pour
tester ces modèles et qui en marquent les limites ; il montre enfin les
liens de ces avec une théorie psychologique plus générale, la
théorie du conflit telle que K. Lewin (1930) pour le comportement
humain et N. Miller (1944) pour le comportement animal l'ont exposée.
E. Hess, sous le titre « L'éthologie : une approche pour une analyse
complète du comportement », retrace une histoire de l'éthologie depuis
les précurseurs jusqu'aux temps modernes (C. Whitman, 0. Heinroth,
W. Craig et surtout K. Lorenz et N. Tibergen), analyse et commente
les principaux concepts, les méthodes et les domaines de recherche et
montre enfin l'apport des travaux éthologiques pour la compréhension
des processus d'apprentissage. Dans cet exposé, comme dans tous ceux
qui composent l'ouvrage, on voit comment les progrès scientifiques
réalisés dans un domaine relativement limité entraînent des progrès
dans d'autres domaines et permettent de supprimer les hiatus existant
entre diverses approches du comportement et d'espérer la réalisation
proche d'une unité de la psychologie, sous sa forme la plus haute, à
savoir une théorie générale du comportement.
C'est également la conclusion de G. Mandler, à la fin d'un exposé
consacré à « L'émotion », bien que la démonstration en soit ici moins
évidente en raison de l'importance des progrès restant à faire. En
s'appuyant sur une expérience récente de S. Schachter (1962), l'auteur
montre que les « événements viscéraux » ne contrôlent qu'en partie le
comportement émotionnel et il offre une hypothèse de compromis inté
ressante à propos des théories de James et de Cannon : du fait du déve
loppement du système nerveux et des expériences accumulées, le
contrôle du comportement émotionnel passerait d'un stade « jamésien » i'S Venn i, oc; n; <;éni;hai,k '{2,1
dans la petite enfance à un stade « cannonien » chez l'adulte. Il constate
qu'en psychologie il n'y a pas à l'heure actuelle de théorie satisfaisante
de l'émotion, que celle-ci constitue en réalité une tête de chapitre sous
laquelle on rassemble des nombreux aspects du comportement qu'on
peut qualifier d' « émotionnel » ; le comportement émotionnel constitue
bien une combinaison spéciale d'événements de l'environnement, de
réponses physiologiques et d'expériences antérieures, mais il appelle
sans doute en tant que telle, moins une explication en termes de lois parti
culières, qu'une application des lois générales du comportement.
Personnellement, c'est le chapitre d'E. Galanter sur « La psycho
physique contemporaine » qui nous a paru le plus intéressant, sans doute
parce que le schéma d'analyse qu'il propose pour décrire une expérience
aussi simple que la détection d'un signal, liée aux problèmes de seuils,
nous semble avoir une valeur générale, notamment dans le domaine du
comportement social qu'on a trop souvent tendance, du fait de sa
complexité, à considérer comme relevant d'explications autonomes.
L'auteur intègre dans ce schéma (p. 111), du côté du stimulus, l'apport
d'expériences récentes sur la probabilité d'apparition du stimulus et de
l'a théorie de l'information, et du côté de la réponse, l'apport des théories
de la décision ; la réponse n'est donc pas seulement contrôlée par le
stimulus, mais d'une part, par le système d'attentes et d'hypothèses du
sujet, d'autre part, par le système de renforcement des réponses et celui
des motivations du sujet. Étudiant successivement les problèmes de
détection, de reconnaissance, de discrimination et d'échelles, il prend
sagement parti à propos de ce dernier problème qui continue d'opposer
les « fechnériens » aux « stevensiens », pour un combat loyal, « à l'expér
imentale », en montrant à travers quelques recherches déjà réalisées,
qu'on peut déjà prévoir que les échelles de grandeur s'appliqueront dans
certains cas, les échelles d'intervalle dans d'autres cas.
G. M.
Bauer (R. A.). — Some views on soviet psychology (Quelques
réflexions sur la psychologie soviétique). — In-8° de 285 p., New
York, Timely Press, 1962.
En 1960, quelques grands psychologues américains sont partis à la
découverte de la psychologie et des psychologues soviétiques. Ce livre
est composé de comptes rendus de voyage rédigés avec honnêteté et
sympathie. Chaque chapitre a été rédigé par un auteur différent. Le
domaine couvert est important : recherches sur la pensée et la résolution
des problèmes, le développement de la personnalité, la psychophysiologie ;
organisation de l'hygiène mentale, de l'éducation, recherche et clinique
de l'enfant. Ce chapitre est de loin le plus développé. Y. Brackbill,
son auteur, a développé ses observations et donné de très intéressantes
précisions sur l'utilisation des techniques de conditionnement chez le
nourrisson, sur le développement du langage, de la cognition et de la
personnalité chez l'enfant pré-scolaire et aussi sur les travaux de recher
ches ou de rééducation des enfants déficients.
a. Psvc.noL. 64 21

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.