Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.72, pg 206-227

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L'année psychologique - Année 1972 - Volume 72 - Numéro 1 - Pages 206-227
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1972
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1972 vol. 72, n°1. pp. 206-227.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1972 vol. 72, n°1. pp. 206-227.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1972_num_72_1_27940Psychologie générale
Salzinger (K.). — Psychology : The science of behavior (Psychol
ogie : la science du comportement) . — New York, Springer publishing
Company, 1969, 306 p.
Cette introduction à la psychologie d'un behavioriste convaincu
est très fortement marquée par l'influence de Skinner dont l'auteur a été
l'élève. Il s'agit d'un exposé systématique de l'étude du comportement
vu à travers les problèmes posés tant par l'apprentissage que par les
conditions dans lesquelles celui-ci a lieu.
C'est une introduction générale dans la mesure où l'étude de compor
tements spécifiques intellectuels ou linguistiques n'est pas développée.
On y parle cependant de sensation, de perception comme de stimuli
et de réponses complexes. L'approche éthologique s'insère normalement
comme la psychologie du développement pour préciser les limites, des
lois exposées dans les premiers chapitres traitant du conditionnement
de « réponse » et du conditionnement « opérant ». Deux brefs exposés sur
le comportement anormal et le comportement social terminent le livre.
L'auteur s'efforce de présenter progressivement les nouvelles données
pour que l'étudiant en psychologie (débutant) puisse progressivement
acquérir les connaissances de base et s'interroger sur la compréhension
qu'il en a.
G. Oléron.
Le Ny (J.-F.). — Psychologie et matérialisme dialectique. — Paris,
Le Pavillon, 1970, 105 p.
Recueil de conférences et d'articles où l'auteur cherche à montrer
l'harmonie préétablie qui existe entre la psychologie scientifique ou
expérimentale et le marxisme ou mieux le matérialisme dialectique.
La partie la plus originale est celle où l'auteur essaie de montrer que
le marxisme doit accepter théoriquement l'existence d'une psychologie
sociale. On sait que cette thèse a été longuement refusée à Moscou.
En 1955 Luria dans des conversations privées estimait qu'il n'y avait
pas de psychologie sociale. Tout ce qui était « social » trouvait son expli
cation dans le marxisme. Membre du Comité du programme du Congrès
international de Moscou en 1966, j'ai eu beaucoup de peine à faire
accepter à mes collègues soviétiques que quelques symposiums soient
réservés à la psychologie sociale.
Mais il y a un dégel et l'ouvrage de J.-F. Le Ny ne peut que l'accé
lérer. Il montre avec force que les déterminismes sociologiques (ou PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 207
politiques) se développent par l'action qu'ils ont sur les comportements
humains. Toute action sociale, fût-elle révolutionnaire, est toujours
médiatisée par des comportements humains. L'originalité de la thèse
est d'admettre le caractère probabiliste des déterminismes sociologiques.
Ainsi la lutte des classes est une notion arbitraire mais le prolétaire
aura de par ses conditions d'existence plus de chances de se trouver dans
des situations où il percevra sa condition d'exploité. Et ainsi se modif
ieront ses attitudes et ses opinions.
La thèse est solide et cherche à distinguer en psychologie le bon grain
de l'ivraie. Serait-ce tomber dans l'enfer de l'idéalisme que de penser,
la psychologie sociale existant de fait et de droit, que les déterminants
essentiels de la vie sociale, économique et politique obéissent à des lois
qui ne sont ni une source ni une intégration de comportements indi
viduels ? C'est au moins ce que je pense et sans doute que Le Ny est
d'accord avec moi-même si dans ce petit livre il centre plus ses analyses
sur le psychologique.
P. Fraisse.
Lindgren (H. G.), Byrne (D.), Lindgren (F.). — Current research
in Psychology : a book of readings (La recherche en psychologie :
morceaux choisis). — New York, J. Wiley & Sons, 1971, 528 p.
Ce recueil de textes destinés aux enseignants et aux chercheurs
s'efforce de présenter un panorama des grandes lignes directrices de la
recherche psychologique contemporaine ; toutes les études, extraites des
revues spécialisées, sont récentes ; les plus anciennes datent de 1965.
Après un chapitre introductif où sont rassemblés plusieurs articles
sur les problèmes généraux que soulève l'étude scientifique du comporte
ment humain, les auteurs abordent successivement la psychologie du
développement, l'apprentissage, la psychologie physiologique, la percept
ion, la motivation, la mesure des différences individuelles, la psychop
athologie, le comportement social, la psychologie industrielle et la
psychologie des collectivités. Les recherches présentées sous chacune
de ces rubriques sont assez disparates et non suivies d'une synthèse.
A titre d'exemple, on trouve dans le chapitre relatif à la psychologie du
développement un article de Polyani sur le code génétique, une étude de
Kaufman et Rosenblum sur le comportement de singes privés de leur
mère, un exposé des recherches de Silverman et Schneider qui confir
ment, avec une méthode non verbale, les hypothèses de Piaget sur la
conservation, une étude de Aronfreed et Reber montrant que, chez
l'enfant, punir une action lors de son ébauche conduit à une suppression
intériorisée de cette action plus effective que punir après l'exécution
de l'action. Le dernier article de Nisbett étudie le rôle de certaines
variables de situation relatives à la petite enfance sur le comportement
des adolescents et des jeunes adultes.
M. -F. Ehrlich. 208 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Coombs (G. H.), Darves (R. M.), Tversky (A.). — Mathematical
psychology : an elementary introduction (Introduction élémentaire
à la psychologie mathématique). — Bnglewood Cliffs, New Jersey,
Prentice-Hall, 1970, 419 p.
Il s'agit là d'un manuel élémentaire qui expose, en s'appuyant sur
un appareil technique réduit au minimum, les premières notions rela
tives aux thèmes suivants : théorie du mesurage, techniques de cons
tructions d'échelles numériques et multidimensionnelles, théories de la
décision et de la détection du signal, théorie des jeux, modèles d'apprent
issage, théorie de l'information.
Chacun des dix chapitres est rédigé avec une grande clarté, et, bien
que la rédaction soit telle que chaque chapitre puisse être lu séparément,
un système habile de renvois permet de se faire une idée des relations
entre les divers domaines abordés.
Etant donné le but introductif poursuivi par les auteurs, on doit
constater que le résultat est une réussite : il constitue certainement, à ce
jour, parmi les quelques ouvrages ayant ce même objectif, la meilleure
des introductions à la psychologie mathématique.
Il est évident, cependant, que cet ouvrage n'apporte nullement
l'exposé que d'aucuns auraient pu souhaiter, à savoir une « synthèse »,
« accessible à tous » (c'est-à-dire rédigée dans un style non mathémat
ique), de la psychologie mathématique. Un tel exposé, par définition
même de la mathématique, serait impensable. Pour prendre
un exemple : le spécialiste de la mémoire ou de la perception, s'il cherche
les « dernières découvertes » auxquelles on est parvenu dans son domaine
grâce à la psychologie ne les trouvera pas dans cet
ouvrage ; rien ne pourra le dispenser de les rechercher dans la littérature
spécialisée. Mais en revanche, si ce même spécialiste, misant sur la
formalisation pour faire avancer son domaine, cherche un texte intro
ductif, il trouvera dans le chapitre correspondant de ce manuel le
meilleur des guides pour aborder cette littérature spécialisée.
H. Rouanet.
Wright (D. S.), Taylor (A.). — Introducing psychology. An expe
rimental approach (Introduction à la psychologie. L'approche expé
rimentale). — Harmondsworth, Penguin Books, 1970, 736 p.
Après avoir sélectionné un certain nombre des problèmes principaux
de la psychologie contemporaine, les auteurs les ont analysés en profon
deur, allant de la structure et des composantes biologiques du compor
tement jusqu'au comportement symbolique, aux différences individuelles
et à l'étude de l'influence de l'environnement social, donnant à ce
recueil un rare aspect unitaire.
Facile à lire, centré sur les méthodes expérimentales d'investigation
en psychologie, cet ouvrage destiné aux étudiants fournira à tout lecteur PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 209
un point de départ à l'exploration détaillée de tout domaine de la
psychologie scientifique. Des illustrations claires, une bibliographie
très étendue en font un outil de travail particulièrement intéressant.
L'absence délibérée de toute discussion théorique a permis aux auteurs
de mettre l'accent sur les analyses de concepts et sur les rapports de
résultats empiriques.
F. Locatelli.
Hutt (S. J.), Hutt (G.). — Direct observation and measurement
of behavior (Observation directe et mesure du comportement). —
Springfield, C. Thomas, 1970, 224 p.
Les auteurs présentent dans cet ouvrage une partie de leur travail
sur l'apprentissage, l'exploration, l'attention et le comportement du
jeune enfant. L'essentiel de ce livre est consacré aux méthodes et aux
techniques d'observation qui ont permis de recueillir un matériel
considérable.
C'est cet aspect méthodologique qui paraît le plus intéressant même
s'il n'apporte rien de nouveau. En fait c'est aux problèmes de mesure
et de description du comportement du jeune enfant normal, de l'enfant
ayant subi des lésions cérébrales et de l'enfant autistique que s'attachent
les auteurs en montrant toutes les possibilités offertes par les diverses
techniques d'enregistrement.
Voilà un bon ouvrage de base qui sera utile en psychologie génétique.
J.-P. Rossi.
Gornsweet (T. N.). — Visual Perception (La perception visuelle). —
New York, Academic Press, 1970, 218 p.
La présentation très didactique de certains problèmes de perception
visuelle fait de cet ouvrage un modèle du genre. Destiné au premier chef
aux étudiants avancés, il reprend les cours professés à Yale et à Berkeley
par l'auteur. Une explication rigoureuse de la vision des couleurs et
de la perception de la brillance y est développée, en référence à
la nature quantique de la lumière et aux processus physiologiques
sous-jacents.
Les concepts et les explications sont concrètement introduits à
partir de l'analyse détaillée d'expériences. Ainsi, toute la première partie
de l'ouvrage est basée sur l'exposé et l'étude de l'expérience désormais
classique de Hecht, Schlaer et Pirenne (1942) dont les justifications
physiques (nature quantique de la lumière), physiologiques (méca
nismes photochimiques et nerveux) et psychologiques (seuils de détect
ion) permettent l'exposé des concepts et des mécanismes indispensables
à l'explication des phénomènes présentés.
Il ne s'agit pas à proprement parler d'un livre de référence, et pour
tant on souhaiterait que beaucoup de manuels traitant du même sujet 210 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
soient aussi complets et présentent une information aussi bien organisée
et systématisée. On pourra justement regretter la modestie de l'auteur
qui s'est refusé à traiter de nombreux problèmes de perception visuelle
dont l'explication peut encore rester sujette à controverses, tant la
rigueur de celle qu'il nous présente est fructueuse. Les spéculations
sur les processus supérieurs exposées dans le dernier chapitre soulignent
une fois de plus la nécessité pour le psychologue de la perception de
rechercher le substrat physiologique des mécanismes dont il fait l'hypo
thèse. A lui seul un tel livre suffirait à démontrer la valeur heuristique
d'une telle démarche.
C. Bonnet.
Zusne (L.). — Visual Perception of form (La perception visuelle
des formes). — New York et Londres, Academic Press, 1970, 547 p.
Essayer de présenter une revue systématique et complète du vaste
champ d'études de la perception visuelle des formes était une entreprise
délicate et ambitieuse. Pourtant Zusne réussit à donner dans ce volume
une vue claire et compréhensible de ce large sujet. Dans des domaines
fort variés, on a tenté de répondre à la question : « Qu'est-ce qu'une
forme ? » II apparaît que la réponse est très fluctuante et qu'une forme
se définit de manière bien différente selon le centre d'intérêt du chercheur
et le domaine auquel il se rattache.
Le but de ce livre substantiel était donc de présenter les grandes
voies de recherches rapportées chacune dans un chapitre défini. Dix
grands chapitres sont ainsi délimités, chacun d'eux regroupant de très
nombreux articles relatifs à un domaine particulier de recherches.
Zusne rassemble et confronte les courants d'études les plus variés et
parfois divergents sans prétendre à aucun moment en faire une que
lconque « synthèse ». Il s'en défend d'ailleurs en rappelant dans son
introduction la remarque de J. J. Gibson : le concept même de « forme
visuelle » est si hétérogène qu'il ne peut s'intégrer dans une seule théorie.
Une des grandes qualités de ce travail, indépendamment de la richesse
de ses informations (2 600 articles de références bibliographiques), est
de rapporter de façon précise et logique la démarche suivie par les
chercheurs de chacun des domaines. A l'intérieur d'un chapitre, nous
trouvons le point de départ des recherches et les théories de base qui
ont stimulé les investigations. Les modèles proposés sont analysés,
explicités et confrontés aux données nouvelles de l'expérience permet
tant ainsi de réfuter, de compléter ou de reformuler différemment les
théories et modèles proposés.
La première partie traite essentiellement de la perception des formes
d'un point de vue physiologique, physique et phénoménologique. Zusne
expose entre autres les apports et les limites de la théorie de l'info
rmation à la perception visuelle des formes à cause du problème de la
signification et de l'expérience passée du sujet qui perçoit. En effet, PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 211
ces deux facteurs ne peuvent être quantifiés en termes informationnels
ce qui pose un sérieux obstacle à l'application de la théorie.
Une longue parenthèse est consacrée aux modèles cybernétiques et à
ces machines qui visent à reproduire des analogies structurelles et fonc
tionnelles avec le système nerveux. Ces machines dont les programmes
sont restreints n'offrent pas de reproduction satisfaisante dans la mesure
où il y a un désaccord entre les descriptions mathématiques et les faits
neurologiques et comportementaux, ce qui explique pourquoi Zusne
ne leur accorde qu'une valeur limitée.
Les grandes théories globalistes sont ensuite rapportées (Gestalt,
théorie de Hebb et de Gibson). Un chapitre important concerne les
variables du stimulus distal et traite de la difficulté de la mesure phy
sique des formes et de leur classification dans des groupes déterminés.
Après avoir décrit les formes « expérimentales » et leur construction,
Zusne expose ses propres conceptions en définissant les paramètres de
la forme (transpositionnels, informationnels, configurationnels ou rela
tionnels). Les différentes tâches perceptives (détection, discriminat
ion, etc.) et la mémoire des formes sont rapportées dans deux chapitres
auxquels viennent s'ajouter les données recueillies sur le développement
des perceptions chez l'enfant et l'animal. La dernière partie expose les
différentes applications des recherches relatives à la perception visuelle
des formes et relate quelques données d'ordre esthétique.
Par la masse impressionnante de ses informations, leur caractère
récent et la clarté de l'ensemble on peut penser que ce livre sera précieux
pour de nombreux chercheurs étudiants et enseignants.
A. Pineau.
Young (F. A.), Lindsley (D. B.). — Early experience and visual
information processing in perceptual and reading disorders (Expé
rience précoce et traitement de l'information visuelle dans les
troubles de la perception et de la lecture). — Washington, National
Academy of Sciences, 1970, 533 p.
Cet ouvrage a été édité à la suite d'une série de conférences, faites à
New York, en 1968 ; le problème des difficultés perceptives et des
dyslexies est abordé par des disciplines très différentes :
1. Des expérimentantes apportent des informations concernant la
vision, l'audition, la perception et diverses fonctions cognitives.
2. Des praticiens et des éducateurs précisent les différents types de
dyslexies, puis replacent ces troubles dans un contexte plus large
(langage, signification des désordres perceptifs, relation avec la physiol
ogie et la neurologie...).
L'intérêt de ce travail paraît résider essentiellement dans l'apport
théorique et expérimental dû à des auteurs dont les préoccupations
scientifiques sont souvent fort éloignées des problèmes que pose le 212 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
langage écrit. Leurs communications sont regroupées sous différentes
rubriques ; parmi les vingt-sept présentées nous en résumerons quel
ques-unes.
Rôle du système visuel :
— K. R. Gaarder donne un modèle général concernant le trait
ement de l'information sensorielle et fait l'hypothèse qu'une structure
hiérarchique entre les unités sensorielles est nécessaire pour la sélec
tion de ; cette structure pourrait être défectueuse dans
certaines dyslexies où il y aurait interférence entre les messages visuels
pertinents et d'autres modalités (hyper arousal).
— P. Buser rappelle que la plupart des structures non spécifiques
du cerveau (réticulaires, thalamiques, zones corticales associatives...)
sont multisensorielles, elles ont une fonction de modulation de 1' « input »
et sont corrélées avec l'attention : les fonctions « élevées » semblent
dépendre de ces projections qui pourraient être impliquées dans la
lecture.
— R. W. Sperry, à l'aide d'observations neuropathologiques, repose
le problème de la dominance cérébrale dans les troubles du langage
écrit ou parlé.
Attention et perception :
— G. Sperling évoque, en relation avec le problème de la lecture,
le contrôle des mouvements oculaires qui tient une part importante dans
l'intégration de l'information.
— J. Hochberg insiste sur l'attention et l'activité volontaire qu'im
plique la lecture d'un texte (linguistic test) : en effet, si le lecteur voit
passivement des mots sans pouvoir organiser des hypothèses sur leur
structure, ces mots dépasseront rapidement ses possibilités de mémor
isation.
Expérience précoce et apprentissage perceptif :
— Des expériences sur la privation sensorielle tendent à montrer
la plasticité anatomique du cerveau en relation avec des phénomènes
d'apprentissage (A. H. Riesen, F. Valverde, A. Ruiz-Marcos).
— Les observations de M. C. Flom indiquent que, s'il est important
de donner aux enfants une expérience visuelle convenable avant un
ou deux ans, huit ans n'est pas un âge limite au-delà duquel on ne peut
plus rééduquer l'œil.
— D'après R. L. Fantz le type d'information reçue et utilisée chez
les enfants varie avec l'âge et l'expérience : il est possible que des aber
rations dans le développement de cette sélectivité de l'attention entraî
nent un retard dans des fonctions perceptives complexes.
— L. P. Lipsitt insiste sur le rôle de l'action du sujet dans divers PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 213
apprentissages ; pédagogiquement ce rôle pourrait être valorisé dans
les activités qui préparent l'apprentissage de la lecture.
Ce livre élargit beaucoup l'abord expérimental et théorique de la
dyslexie ; les hypothèses proposées sont parfois aventureuses mais elles
permettent d'envisager ces problèmes dans des perspectives d'interpré
tation plus intéressantes que les classifications traditionnelles.
M. Berthoud.
Dodwell (P. G.), édit. — Perceptual learning and adaptation
(Apprentissage perceptif et adaptation). — Harmondsworth (G.-B.),
Penguin Modem Psychology Readings, 1970, 502 p.
Par la sélection des vingt-cinq documents regroupés, et par les
notes de présentation qui mettent en relief leurs apports et leurs rela
tions, Dodwell propose dans ce volume de textes choisis un panorama
des recherches liées à l'apprentissage perceptif à la fois varié et stimul
ant. Le thème général est l'opposition entre conceptions « empiriste »
et « nativiste » du phénomène de la perception. « Les moyens de la
connaissance sont-ils issus de l'intuition innée, ou sont-ils construits par
l'expérience ? » Autrement dit : « quel rôle joue l'expérience dans la
perception ? »
Le débat est ouvert sur le plan psychologique par Helmholtz qui,
voici cent ans, analysait le jeu réciproque de l'organisme et de l'env
ironnement dans la construction du monde visuel. Köhler représente
ici la partie adverse : l'école de la Gestalt voit dans les lois de l'organisa
tion de la perception la manifestation des mécanismes cérébraux innés,
fixes et généraux.
Les références proprement psychophysiologiques se limitent à Sperry
(plasticité fonctionnelle du cerveau chez le singe) et Hubel et Wiesel
(champs récepteurs dans les cellules du cortex visuel chez le chaton).
« Un individu apprend-il à percevoir ?» A cette question répond un
important ensemble d'études expérimentales sur le rôle de V expérience
perceptive précoce chez l'animal ou chez l'enfant. Tinbergen démontre la
faible plasticité des critères perceptifs au bas de l'échelle phylogénétique.
Par contre, le rôle important et différencié de l'exercice précoce de la
vision et de la confrontation active des informations visuelles et kines-
thésiques apparaît dans les textes de Hebb, de Tees, de Riesen, de Held
et Hein, qui rapportent des expériences de privation sensorielle chez des
rats, des singes et des chats. Le développement des fonctions perceptives
chez l'enfant humain est présenté par Piaget (notion d'objet), Walk
et Gibson (perception du relief), Fantz puis Salapatek et Kessen (explo
ration oculaire de figures par le nouveau-né). L'ensemble de ces données
tend à montrer que la construction du monde visuel se fait au moyen
d'un « équipement perceptif » qui existe de façon précoce, mais dont le
développement exige l'exercice. 214 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
« Un individu est-il capable de réorganiser son système de perception
dans un environnement dont les relations ont été faussées ? » Dans des
expériences de distorsion artificielle des données visuelles, on constate
encore la rigidité du système perceptif des vertébrés inférieurs (Sperry),
mais la grande plasticité de celui des adultes humains (Stratton, Ivo
Köhler, Held et Bossom, Hay et Pick).
L'ouvrage s'achève sur des références à des considérations théoriques.
La défense de la position innéiste est présentée par Gibson et Gibson,
qui considèrent que la perception n'est soumise à l'apprentissage que
dans le sens d'un raffinement progressif des discriminations à l'intérieur
des données sensorielles. En contrepartie, Postman défend la position
associationniste selon laquelle l'apprentissage perceptif est vu comme un
enrichissement, à l'opposé d'une théorie de la spécificité ou de la corre
spondance psychophysique. Dodwell s'interpose dans cette controverse
et souhaite concilier les deux points de vue : le processus perceptif
pourrait être de type associationniste (élaboré à travers l'exercice)
pour les modes de perception « catégorielle » les plus généraux, mais
revenir à des formes de discrimination de niveau « inférieur » dans
d'autres cas, selon l'orientation de l'attention.
A l'appui de cette théorie, il propose un modèle autorégulé (self-
organizing) des processus de codage et d'apprentissage de la discrimi
nation des formes. Deux autres modèles de simulation sur calculateur
(Gyr el al., Selfridge) illustrent encore cette voie de recherche. Ils per
mettent d'imaginer une expérimentation où les implications des hypo
thèses seront formalisées et éprouvées en regard avec les phénomènes psy
chologiques observés, mais cette n'est pas réalisée encore.
En illustrant certains thèmes directeurs de la recherche psychologique
dans le domaine de la perception, ce livre rend sensibles au lecteur,
fût-il peu informé, les problèmes essentiels qui s'y posent. Dodwell ne
se cache pas d'avoir infléchi son choix de références et son commentaire
dans le sens de sa pensée propre, c'est-à-dire d'une conception de la
perception qui fait une large place à l'apprentissage dans l'élaboration
même du système perceptif. D'autres points de vue auraient pu amener
à insister plus sur d'autres aspects : le rôle des processus cognitifs, de la
motivation, la pathologie, la physiologie. Mais sans doute aurait-on
affaibli alors l'homogénéité et la lisibilité de cette synthèse de textes,
qui couvrent une large période : de 1866 à 1968, sans toutefois qu'on
perde le fil de la discussion.
A. LÉVY-SCHŒN.
Mandy-Van Mœrbeke (M. -P.). — Mouvement apparent et prépa
ration perceptive. — Louvain, Librairie universitaire, « Recherches
de Psychologie expérimentale et comparée », 1967, 119 p.
L'influence passée des sujets sur leur perception est étudiée ici dans
des situations issues de celles de Michotte. L'introduction, écrite par

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