Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.75, pg 269-290

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L'année psychologique - Année 1975 - Volume 75 - Numéro 1 - Pages 269-290
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°1. pp. 269-290.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°1. pp. 269-290.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1975_num_75_1_28091Année psychol.
1975, 75, 269-314
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Psychologie générale
Wolf (T. H.). — Alfred Binet. — Chicago et Londres, University
of Chicago Press, 1973, 376 p.
Nul n'est prophète en son pays ! Il y a quatre ans1, je signalais la
parution d'une traduction des écrits de Psychologie expérimentale
d'A. Binet en Amérique.
Nous arrive aujourd'hui un important volume sur la vie et l'œuvre
d'A. Binet. L'auteur fait remarquer que depuis l'ouvrage de François-
Louis Bertrand, Alfred Binet et son œuvre, paru en 1930, aucun ouvrage
français n'a abordé ce sujet, les dernières contributions (Zuza, Avanzini)
ayant été orientées vers la pédagogie.
Wolf est venue en France, a fréquenté la Bibliothèque nationale,
rencontré des contemporains d'A. Binet, ses petits enfants et surtout
le Dr Simon. L'information est riche et de première main.
Le prologue offre une excellente biographie d'A. Binet. Les chapitres
suivants analysent son œuvre et ses thèmes successifs avec beaucoup
de pertinence. Les écrits d'A. Binet sont sans cesse mis en perspective
avec sa correspondance et les articles critiques sur son œuvre publiés de
son vivant et après sa mort.
Le volume s'achève sur une bibliographie très complète de l'œuvre
d'A. Binet et des ouvrages ou articles sur A. Binet.
On en arrive à souhaiter que cet ouvrage soit traduit en français 1
P. Fraisse.
Murphy (G.) et Kovach (J. K.). — Historical Introduction to
Modem Psychology. — Third Edition, New York, Chicago, San
Francisco, Atlanta, Harcourt Brace Jovanovich Inc., 1972, 526 p.
En remaniant profondément les deux éditions précédentes de leur
Historical Introduction to Modem Psychology, dont la première date
de 1949, Murphy et Kovach obéissent à un de leurs postulats : l'état
actuel d'une science change la perspective dans laquelle on écrit son
histoire. Sans adhérer complètement au paradigme de Kuhn, ils le
1. Année psychol., 1970, 70, 632. 270 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
rejoignent dans la mesure où ils admettent que, translatées dans des
cadres nouveaux et des concepts remaniés, d'anciennes théories sont
réactualisées et réciproquement enrichissent le sens de la théorie contemp
oraine. Ils en donnent, entre autres exemples, les théories de W. James
et de Freud. C'est dire qu'ils ont transformé certains chapitres en fonc
tions de nouvelles connaissances, ainsi celui qui traite de l'école de
Wurzburg est repensé à partir des modifications de l'associationnisme
et, dialectiquement, des répercussions qu'elle a eues sur ce courant ;
d'autres sont complétés par des travaux postérieurs à 1949, telle l'étude
des théories de l'apprentissage.
Dans son ensemble, cet exposé s'efforce à ne pas séparer l'Histoire
de la Psychologie de l'Histoire. Il tient compte des préoccupations poli
tiques, économiques et sociales caractéristiques de l'époque où une
conception psychologique s'élabore. Regrettons seulement qu'il le fasse
d'une façon trop primaire en ce qui concerne l'Antiquité et insuffisante
en ce qui concerne l'époque actuelle. Et pourtant, ce livre témoigne d'un
constant souci épistémologique : très honnêtement, nos auteurs essaient
de faire le point de la psychologie américaine et sa critique. Ils lui
reprochent son autosatisfaction et sa méconnaissance de ce qui se
traite ailleurs. Par cette attitude, elle prête le flan aux critiques des
détracteurs de la psychologie scientifique, aux phénoménologues et aux
existentialistes qui prétendent que la psychologie ne fera jamais son
unité : ni à l'intérieur d'elle-même ni avec les autres sciences. Ce n'est
pas à l'aide d'un réductionnisme étroit, qui réduit le champ de la psychol
ogie aux seuls objets qui se prêtent actuellement à la mesure, qu'on
viendra à bout de leurs arguments. Il faudrait au contraire se tourner
davantage vers l'écologie, les études de terrain, peut-être même faudrait-
il se soucier d'incorporer à la psychologie des domaines qu'elle rejette
encore par méfiance comme la parapsychologie, s'interroger sur le désir
d'irrationalisme, l'exaspération de l'individualisme que met en évidence
de nos jours la psychosociologie de la drogue. Tout cela, sans se départir
d'une attitude scientifique. Murphy et Kovach reconnaissent que la
tâche est lourde.
La lecture de ce livre est facilitée par le style clair et extrêmement
vivant adopté par les auteurs qui ne dédaignent pas, en maints passages,
de recourir au langage parlé.
Sans doute les habitués d'une culture européenne pourraient-ils
faire l'économie de la lecture des pages qui concernent la philosophie.
On est surpris par la simplification extrême ; surpris de constater que
Berkeley prend plus d'importance que Hume, agacé de ce que l'auteur
s'amuse avec les automates alors qu'il consacre si peu de lignes à Des
cartes, on s'étonne d'apprendre que Bernheim a eu plus d'influence sur
Freud que Gharcot.
On aimerait parfois plus de renseignements sur les premiers auteurs
qui ont traité la psychologie comme une science. Mais combien de tomes PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 271
aurait-il fallu alors à cette histoire qui s'efforce de n'oublier personne ?
En général le plan adopté demande un effort au lecteur pour ne pas
perdre le fil historique. Cette difficulté est sans doute le fruit d'un sacri
fice consenti par les auteurs qui désirent à la fois exposer une doctrine
ou un savant dans la lumière de plusieurs points de vue et éviter les
redites.
N'importe comment aucune histoire de la psychologie n'est parvenue
jusqu'à maintenant à se doter d'un plan clair et indiscutable.
D. Chevroton.
Paulus (J.). — Réflexes, émotions, instincts. — Bruxelles, Dessart,
1973, 184 p.
Il est des entreprises courageuses qu'il convient de saluer : Paulus a
écrit un livre introductif à la psychologie, destiné à fournir des notions
de base aux étudiants, tout en donnant sa conception personnelle,
étayée de références bibliographiques récentes et nombreuses. Cette
conception est difficile à définir d'un mot : disons que Paulus a essayé de
réhabiliter la psychologie comme humanisme, en y intégrant les apports
de la philosophie et de la littérature, conjointement à ceux de la physiol
ogie du système nerveux. Cette synthèse était ambitieuse ; elle pourra
plaire à certains, mais sûrement pas à tous les psychologues. La notion
même de comportement, avec ses implications opérationnelles et sa
méthodologie propre, est singulièrement absente de cette synthèse, où
les références mentalistes sont fréquentes, et nombreuses les contro
verses verbales (voir notamment le chapitre sur l'émotion). Il est surpre
nant de voir classer les accès épileptiques parmi les émotions : sur ce
point les observations de Janet et de Wallon sont passées sous silence.
Mais tel point critiquable ou tel autre n'entament pas le mérite
d'avoir tenté l'esquisse d'une « psychologie générale », difficile à réaliser
en aussi peu de pages, et argumentées de références bibliographiques
aussi nombreuses et précises.
M. Blancheteau.
Annual Review of Psychology, Rosenzweig (M. R.) et Porter (L. W.)
(édit.). — Palo Alto, Californie, Annual Reviews Inc., 1974, vol. 25,
544 p.
Comme tous les ans, la première revue critique le Y Annual Review
est consacrée à la Psychologie de l'enfant (« developmental psychology »).
Dans ce volumineux chapitre de plus de 80 pages, D. M. Bear et
J. C. Wright couvrent une littérature abondante : 443 références, pour
la plupart datées de 1972. Tous les domaines de la psychologie étudiés
chez l'enfant sont abordés (perception, apprentissage, imitation, langage,
développement cognitif, social, de la personnalité et enfin applications
dans la vie courante et à l'école). Les revues suivantes traitent de pro- 272 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
blêmes plus spécifiques, particulièrement à l'ordre du jour actuellement.
Sous la rubrique : Les motivations acquises (« derived motives »),
M. R. d'Amato traite du renforcement conditionné, et discute les expé
riences dans lesquelles des animaux (ou des sujets humains) « travaillent »
pour obtenir des récompenses dont ils peuvent disposer par ailleurs sans
effort (« contrafree loading phenomenon »). L'apprentissage chez V animal :
conditionnement du système viscéral et autonome, chapitre écrit par
A. H. Harris et J. V. Brady, concerne les conditionnements, soit clas
siques, soit instrumentaux, des fonctions végétatives. Sont revues
ensuite : La psycholinguistique expérimentale par P. N. Johnson-Laird,
La psychologie de l'enseignement (« instructional psychology ») par
W. J. McKeachie. Les grandes fonctions sensorielles sont abordées dans
deux chapitres : La vision spatiale par R. Sekuler, qui met en évidence
le grand développement actuel des travaux en psychophysiologie de la
vision, et La somesthésie (J. F. Hahn) traitée essentiellement sous
l'angle physiologique. La personnalité est présentée par P. S. Holzman
dans des perspectives plutôt psychiatriques, mais nous revenons à la
psychophysiologie avec un chapitre de R. B. Masterton et M. A. Berkley,
intitulé : Fonction cérébrale : les idées changent au sujet du rôle des cortex
sensoriel, moteur et associatif dans le comportement. Plus de 450 références
(1969 à 1972 essentiellement) sont rassemblées ici pour montrer comment
les données nouvelles ont amené à estomper les divisions entre ces trois
catégories de fonctions, qu'on supposait naguère assumées par des
portions distinctes du cerveau.
Dans des domaines plus proches de l'application, nous trouvons
ensuite une revue sur Le développement des organisations (F. Friedlander
et L. D. Brown) qui, dans le cadre des sciences sociales appliquées,
traite des études de « systèmes socio-techniques » et des études par
enquête ou par expérimentation sur les aspects humains des organisa
tions et des groupes. L. R. Goldberg analyse Les tests et mesures de
diagnostic objectif (par opposition aux techniques projectives). K. W. Back
fait une étude historique et critique des d'intervention dans les
petits groupes, où « groupes de diagnostic » et techniques de « dynamique
de groupe » sont analysés et discutés en relation avec les valeurs en
cours dans la société.
La génétique du comportement (P. L. Broadhurst, D. W. Fulker et
J. Wilcock) rapporte les connaissances acquises par les recherches sur
l'animal et sur l'homme relatives aux caractéristiques comportementales
ou mentales observées dans des lignées de plusieurs générations. Le
chapitre de B. P. et B. S. Dohrenwend sur les influences sociales et
culturelles sur la psychopathologie introduit la question de savoir, par
exemple, si certaines cultures immunisent leurs membres contre le déve
loppement de la psychopathologie. A travers un certain nombre de
données rassemblées, les auteurs montrent la nécessité d'un travail de
fond pour clarifier le problème. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 273
La dernière revue enfin est un gros chapitre et comporte plus de
500 références : Statistique et analyse des données, par W. M. Meredith,
G. H. Frederiksen et D. H. McLaughlin. Elle rapporte les méthodes
de traitement de variables dépendantes simples ou multiples (analyses
univariées ou multivariées) étudiées sur des « populations » simples ou
multiples (traitements, conditions expérimentales, etc.). Ce chapitre est
écrit dans un langage « accessible au chercheur cultivé en psychologie
et à l'étudiant relativement avancé ».
A. Lévy-Schoen.
Tavolga (W. N.). — Introduction à l'étude du comportement
animal. — Paris, Larousse, 1973, 132 p.
Il y a pénurie, actuellement, de livres destinés aux étudiants qui
débutent en psychologie, et dans lesquels ils pourraient trouver un
exposé et une illustration des notions fondamentales de leur discipline.
C'est pourquoi il faut mentionner l'heureuse initiative que constitue
la traduction des Principles of animal behavior, de W. N. Tavolga, car
ce livre est rédigé en vue de l'enseignement des notions de base néces
saires à la description et à la quantification des faits de comportement.
Les premières pages du livre sont d'une lecture aisée même pour
un étudiant débutant, mais dans les chapitres suivants le lecteur
s'apercevra rapidement de la complexité croissante des faits et des
concepts qui lui sont présentés : parvenu à la fin du livre, l'étudiant
aura beaucoup appris, aussi bien en psychologie animale proprement
dite que, surtout, en ce qui concerne la façon de poser les problèmes
de comportement et de les aborder en toute objectivité scientifique.
Dans l'introduction, l'auteur montre l'intérêt que présente la
connaissance du comportement animal pour l'élaboration d'une psychol
ogie générale. On lira ensuite avec intérêt le chapitre traitant des
« notions fondamentales » : l'application de la « loi d'économie » dans
l'interprétation des faits observés, l'évolution et la différenciation spé
cifique des organismes et de leurs conduites, les niveaux d'organisation
du comportement, le développement individuel des conduites et le
point de vue épigénétique.
Ayant acquis ces notions, l'étudiant abordera ensuite : la méthodol
ogie (observation et expérimentation) ; l'étude des sensibilités et des
niveaux d'organisation sensorielle ; l'intégration du comportement, ses
différents niveaux et leurs bases neurologiques, et enfin les compor
tements spécifiques, allant des réactions d'orientation aux relations
sociales et aux divers types de communication, héréditaire ou apprise.
Ce dernier point introduit le chapitre terminal, qui traite de la part
d'acquisitions qui entre dans le développement des conduites : le point
de vue épigénétique est repris et illustré en détail.
Bien que Fauteur se rattache explicitement au courant d'idées
illustré par les noms de Schneirla, Kuo, Lehrman, etc., il fait preuve 274 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
d'une parfaite impartialité en ce qu'il cite les résultats les plus carac
téristiques et les plus probants, aussi bien des méthodes éthologiques
que de celles du conditionnement (classique comme opérant), ou des
études behavioristes sur l'apprentissage, par exemple. Cette objectivité
de l'exposé, indépendant de tout « esprit d'école », est une qualité
essentielle pour un livre d'enseignement.
Un autre mérite de l'ouvrage, dans sa version française, réside dans
la qualité de sa traduction, qui est fidèle et précise dans le choix des
termes scientifiques, mais qui reste néanmoins facile à lire, et même
élégante. On doit également au traducteur la refonte de la bibliographie
qui termine le livre : les références anglo-saxonnes généralement consi
dérées comme des « classiques » ont été conservées, mais les autres
ont été avantageusement remplacées par celles d'ouvrages en langue
française que les étudiants pourront consulter facilement.
C. Cohen-Salmon.
Fox (M. W.). — Integrative development of brain and behavior in
the dog. — Chicago et Londres, University of Chicago Press, 1971,
348 p.
Le chien n'est pas une espèce animale plus intéressante qu'une
autre, mais c'est un animal de laboratoire utilisé aussi bien par les
physiologistes que pour certaines études de comportement, comme le
montre l'exemple ancien de Pavlov. Il était donc opportun de réunir
les résultats obtenus grâce à cet animal, et surtout de les synthétiser
en essayant de surmonter le cloisonnement des disciplines qui l'ont
pris pour sujet d'expériences.
Les principaux domaines dans lesquels Fox a puisé ses informations
sont : l'anatomie et l'histologie du système nerveux central en voie
de développement, la neurophysiologie centrale (incluant de nombreuses
données sur l'B.E.G., le sommeil et la vigilance), l'éthologie, les études
des premiers stades de la motricité et des relations entre les jeunes
et la mère, ainsi que divers aspects du développement nerveux qui sont
en rapport avec les variables héréditaires (races et diverses souches
génétiques). Certains thèmes ou sujets d'études sont particulièrement
développés : effets de la section chronique de la moelle épinière, onto
genèse des neurones néocorticaux, et dans le domaine comportemental :
réactions différées, perceptions olfactives, conduites d'exploration, et
surtout influence des premiers contacts sociaux ou de l'isolement. A
cet égard, on lira avec intérêt les recherches que Fox lui-même a effec
tuées concernant le comportement social de jeunes chiens élevés par
des chattes : il y a là une « préparation » adéquate pour étudier le déte
rminisme héréditaire et l'influence de l'environnement dans les conduites
expressives spécifiques. Ainsi les chiots élevés par une chatte ne
cherchent pas à établir un contact social avec les autres chiens de la
même race, ni avec leur propre image dans le miroir ; vis-à-vis de PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 275
l'Homme, on ne note pas chez eux les « morsures par jeu » caractéris
tiques de leurs congénères élevés normalement. Mais si on laisse ces
chiens durant deux semaines avec leurs congénères après le sevrage,
ils retrouvent toutes les conduites expressives spécifiquement canines.
Ceci n'est qu'un exemple précis des préoccupations de Fox concer
nant les multiples aspects du développement comportemental chez le
chien, résultant de l'interaction de la maturation organique et des
expériences effectuées dans l'environnement. Il cite d'ailleurs de nomb
reuses analogies et cas parallèles chez d'autres espèces, de sorte que
son livre est utile aussi bien à celui qui s'intéresse en général à la psychob
iologie du développement des conduites, qu'à celui qui cherche à
connaître un point précis de nos connaissances actuelles, afin d'expé
rimenter à son tour sur des chiens.
La présentation du livre mérite une mention : son format, sa typo
graphie, ses nombreuses photos et figures, ses index d'auteurs et de
matières et sa copieuse bibliographie en font un ouvrage facile et
agréable à consulter.
M. Blancheteau.
Beritashvili, I. S. (Beritoff, J. S.). — Vertebrate Memory. Charact
eristics and Origin. — Londres, New York, Plenum Press, 1971, 143 p.
L'une des contributions majeures de l'auteur a été de montrer la
possibilité, à des degrés divers chez les Vertébrés, d'apprendre, à la
suite d'une seule présentation, la localisation d'un « objet » vital pour
l'organisme, comme la nourriture ou la présence d'un stimulus noci-
ceptif, et de la comparer aux possibilités d'apprentissage classique par
réflexes conditionnés.
A la suite d'une seule présentation du stimulus, l'auteur et ses
collaborateurs montrent que la durée de la rétention, mesurée par la
méthode des réponses différées, varie : 1) en fonction des modalités
sensorielles mises en jeu dans la perception du stimulus, ou 2) des
processus émotionnels induits par une stimulation nociceptive, et 3) en
fonction du degré de complexité nerveuse de l'organisme. Cette durée
va de quelques secondes chez les Poissons et les Amphibiens à quelques
minutes chez les Reptiles et les Oiseaux, mais atteint déjà plusieurs
heures chez les Carnivores et peut s'étendre à plusieurs mois chez les
Primates.
Selon les procédures utilisées, l'auteur distingue une mémoire « per
ceptive » (basée sur la réactivation de l'image de la localisation de la
nourriture, projetée au niveau du cortex sensoriel), une mémoire « émot
ionnelle », liée à l'expérience d'un stimulus désagréable, enfin une
mémoire que l'on pourrait qualifier d'associative, mise en jeu dans
l'acquisition des réflexes conditionnés.
Selon la durée de la rétention, on distinguera une mémoire imméd
iate ou à court terme, de l'ordre de quelques dizaines de secondes, 276 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
et une mémoire à long terme, cette dernière n'apparaissant que chez
les Vertébrés supérieurs (Oiseaux et Mammifères).
Ces distinctions entre mémoire perceptive, émotionnelle ou asso
ciative, et entre mémoire à court ou à long terme sont appuyées sur
de nombreuses données de neurophysiologie et d'anatomie comparée,
qui rendent la lecture de ce livre difficile pour le lecteur non familiarisé
avec ces différentes disciplines.
Pour rendre compte de l'apprentissage en un seul essai, qui ne
peut résulter de la répétition de liaisons SC-SI comme dans le cond
itionnement pavlovien, l'auteur suppose une réactivation de l'image
perceptive, qui persisterait pendant un temps plus ou moins long au
niveau des aires de projection secondaires et tertiaires du cortex, grâce
à l'existence de circuits réverbérants. L'augmentation transitoire de
l'excitabilité de ces aires corticales est sous la dépendance des structures
nerveuses sous-corticales qui contrôlent les motivations, comme l'hyp
othalamus ou la dynamogénie du cortex, comme l'ensemble des fo
rmations réticulaires. Reprenant la théorie moléculaire de la mémoire
de Hyden, l'auteur explique la persistance des traces mnésiques à long
terme par la synthèse, au sein même de ces circuits neuronaux, de
protéines spécifiques modifiant leurs propriétés d'excitabilité.
En ce qui concerne les mécanismes neurophysiologiques qui sous-
tendent la formation de la liaison conditionnelle classique, les processus
seraient identiques, à ceci près que l'augmentation d'excitabilité du
cortex aurait pour origine la répétition des couples SC-SI, au lieu de
la reproduction endogène, au niveau des aires de projection sensorielles,
de l'image perceptive.
Du point de vue phylogénétique, la mémoire basée sur la réact
ivation de l'image perceptive apparaît comme une fonction des structures
nerveuses les plus récentes, c'est-à-dire du télencéphale, et ne trouve
son plein développement, en tant que mémoire à long terme, que chez
les espèces pourvues d'un néocortex important. De même, la mémoire
« émotionnelle » n'est, chez les Vertébrés inférieurs, qu'une fonction
du paléo-encéphale, alors qu'elle devient une fonction du néocortex
liée à 1'« image » de l'agent nocif, chez les Vertébrés supérieurs. Quant
à la mémoire de la liaison conditionnelle, l'auteur la considère comme
une fonction de la totalité de l'encéphale dont les chaînons indispensables
sont constitués par le cervelet et le diencéphale chez les Vertébrés
inférieurs et par le néocortex chez les Vertébrés supérieurs. Enfin, des
expériences récentes réalisées le jeune chiot et le chaton montrent
que l'apparition de ces différents types de mémoire, au cours de la
croissance de ces animaux, reproduit leur évolution phylogénétique,
liée au développement des structures nerveuses supérieures dans le
phylum des Vertébrés.
L'intérêt majeur de ce livre est sans doute de présenter une synthèse,
non seulement des principales méthodes d'exploration de la mémoire PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 277
chez l'animal et chez l'Homme (auquel l'auteur consacre un trop bref
chapitre), mais encore des principales théories qui tentent d'en expliquer
le fonctionnement. On peut regretter que les hypothèses physiologiques
et biochimiques qui constituent les premiers éléments de la théorie
biologique de la mémoire soient présentées comme des faits définit
ivement acquis. Les conclusions, que l'auteur dégage des nombreuses
expériences réalisées dans ce domaine par les chercheurs russes ou
étrangers, confèrent au texte un caractère spéculatif qu'il n'est pas
inutile de souligner. On peut d'autre part discuter la validité de l'hypo
thèse relative à l'existence de 1'« image mémorielle » perceptive, hypot
hèse qui valut d'ailleurs à son auteur des difficultés avec l'Académie
des Sciences de Moscou et l'école de Pavlov, dans les années qui pré
cédèrent la seconde guerre mondiale. Enfin, la perspective phylogéné-
tique dans laquelle se place l'auteur apporte des arguments nouveaux
dans la discussion de l'universalité des mécanismes de la mémoire et
du conditionnement.
M. Launay.
Harman (G.). — Thought. — Princeton, Princeton University
Press, 1973, 199 p.
Le problème posé par ce livre est celui du scepticisme en philoso
phie : l'auteur en fournit l'exemple suivant : je ne suis jamais sûr que
la couleur que je dénomme « bleu » correspond à la même couleur vécue
pour autrui. La réponse proposée par le behaviorisme philosophique
résolvait (ou plutôt supprimait) ce problème en le plaçant au plan du
« comportement ». Cette théorie considérait ainsi que du moment que le
même était attaché à la même situation perceptive,
le problème n'avait plus lieu d'être. Pour Harman, cette réplique au
scepticisme est relativement pauvre dans la mesure où elle ne concerne
que la réponse comportementale avec stimulation et comporte donc
une perte d'information sur la perception elle-même de la stimulation.
L'auteur propose à son tour une solution qui consiste à considérer que
toute perception, participant à la connaissance, nécessite un processus
d'inférence.
A. Charles.
Adair (J. G.). — The human subject. The social psychology of the
psychological experiment. — Boston, Little Brown & Co., 1973, 109 p.
Une expérience, fut-elle la plus individualisée, crée toujours une
situation sociale entre au moins un sujet et un expérimentateur.
La première psychologie expérimentale s'intéressait surtout à ce que
ressentait le sujet et à ce qu'il en disait. La révolution behavioriste, à
l'inverse, a conduit à expérimenter sur l'homme comme on expériment
ait sur l'animal en négligeant les comptes rendus verbaux. Depuis
vingt ans l'accent a été mis sur l'importance des attitudes (conscientes

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