Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.77, pg 244-268

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L'année psychologique - Année 1977 - Volume 77 - Numéro 1 - Pages 244-268
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1977
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1977 vol. 77, n°1. pp. 244-268.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1977 vol. 77, n°1. pp. 244-268.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1977_num_77_1_30438244 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
« l'approche centrée sur un gène » permettra d'élucider en détail les
mécanismes de la médiation géno-phénotypique.
Au total, l'ouvrage de Roubertoux et Carlier demeurera longtemps
une source d'informations précieuses et d'appréciations critiques judi
cieuses. Il faut donc souhaiter qu'une seconde édition revue leur per
mette bientôt d'éliminer quelques scories qui étaient difficilement évi-
tables, compte tenu de l'ampleur et du caractère multidisciplinaire de
leur entreprise.
J. Médioni.
Psychologie générale
Dee se (J.). — Psychology as science and art. — New York, Harcourt
Brace, 1972, 120 p.
Un livre de réflexion ! L'auteur nous prévient qu'il nous offre sim
plement des thèmes de discussion. Il adhère à l'objectif scientifique de la
psychologie et il reste plein d'optimisme sur son avenir. Mais il souhaite
que l'on avance les yeux ouverts. Avec le behaviorisme, la psychologie
scientifique a essayé de se définir comme une psychologie expérimentale,
prenant son modèle dans la physique et son épistémologie dans le posi
tivisme logique. Ces prétentions lui semblent légitimes dans les domaines
des sensations, de la perception, de la psychologie physiologique. Mais
plus on s'éloigne de ces questions et plus les théories psychologiques sont
une combinaison de résultats scientifiques et de points de vue tirés
d'analyses de la conscience.
D'où le titre : dans toute discipline il y a une combinaison de science
et de vues plus ou moins mythiques qui relèvent de l'art. L'auteur ana
lyse de ce point de vue la théorisation en psychologie, l'induction, le
concept de cause, l'utilisation de la statistique, les relations entre les
données et les faits qui sont un mélange de données et de théories.
Il montre le retour en force du concept de mind en psychologie et il
plaide pour la non-réduction de différents systèmes d'organisation. Les
propriétés de l'esprit ne se ramènent pas à ses déterminations biolo
giques, de même que les organisations sociales ne peuvent pas être
complètement déterminées par la connaissance des individus.
L'auteur souhaite à juste titre faire réfléchir le psychologue scienti
fique sur la portée de ses méthodes et de ses raisonnements pour relati
viser sa démarche. Il lui montre les domaines où il faut aller plus loin,
en particulier dans le champ de la motivation, des aptitudes humaines et
de la personnalité.
P. Fraisse.
Hergenhahn (B. R.). — A self-direeting introduction to psycholog
ical experimentation. — Monterey, Brooks/Gole, 1974, 440 p.
Cahier de travaux pratiques à l'intention des étudiants en psychologie
débutants, cet ouvrage a le mérite du « réalisme » expérimental propre PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 245
à familiariser l'étudiant avec les techniques, les méthodes et les buts de
l'expérimentation psychologique : chaque expérience est présentée rap
idement d'un point de vue théorique ; la procédure est décrite avec préci
sion ; le matériel (pour autant qu'il s'agit d'expériences sans appareillage
compliqué) est à découper selon le pointillé ; les supports de protocoles
sont présentés de telle façon qu'il ne reste plus qu'à y inscrire les résul
tats ; les procédures d'analyse des résultats sont indiquées et cette
Introduction comporte à sa fin un exposé des méthodes statistiques para
métriques et non paramétriques de traitement des données.
Cette Introduction demande à être comparée au Manuel pratique de
psychologie expérimentale de P. Fraisse, et malgré l'attrait qu'exerce
le « fignolage » de sa présentation et la présence d'une série de
manipulations sur le comportement animal (rats), le Manuel conserve
pédagogiquement et scientifiquement l'avantage.
La faiblesse essentielle de V Introduction porte sur l'absence de justi
fication théorique de la méthode expérimentale dans la psychologie scien
tifique. Cette question, loin d'être une affaire métaphysique, reste expli
cite chez nos étudiants, et il est essentiel de pouvoir y répondre. Le
Manuel présente à ce sujet une argumentation, V Introduction comporte
des formules du type : « La science est un travail sérieux », ce qui semble
impliquer que la seule contribution de la méthode expérimentale à la
psychologie scientifique est le sérieux qui lui aurait manqué auparavant,
ce qui d'un point de vue théorique n'est guère convaincant.
On peut regretter, ensuite, le découpage de Y Introduction qui classe
les expériences en : 1° expériences « papiers-crayons » ; 2° expériences
requérant un matériel standard ; et 3° expériences portant sur les an
imaux (rats). En effet, une telle distinction, si elle sensibilise l'étudiant
aux problèmes techniques et pratiques qu'il rencontrera dans ses recher
ches, ne facilite pas l'approche des concepts théoriques fondamentaux
(perception, apprentissage, mémoire, etc.) et surtout ne montre pas les
interactions entre les développements théoriques d'un concept et les
moyens méthodologiques liés à son étude. Le Manuel facilite la compré
hension de tels rapports, V Introduction non.
Et enfin, si l'on trouve dans cette Introduction des expériences origi
nales tirées de recherches actuelles (par exemple sur l'effet Rosenthal
ou sur l'esthétique expérimentale), le choix reste limité à 39 expériences
dont 9 sur le comportement animal, alors que le Manuel offre presque
deux fois plus de possibilités.
Mais comparer ces deux ouvrages n'est pas seulement les opposer.
Cette Introduction et le Manuel s'enrichissent l'un l'autre et se complèt
ent pour former, à mon sens, un outil pédagogique plus efficace pour
l'enseignant que pour l'étudiant.
J. F. Camus. 246 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Rosenblatt (J. S.), Hinde (R. A.), Shaw (E.), Beer (C.) (Eds). —
Advances in the study of behavior, vol. 6. — New York, Academic
Press, 1976, xvi + 284 p.
Ce sixième volume d'une série d'ouvrages collectifs portant sur la
psychologie physiologique et comparée comprend six articles.
P. P. G. Bateson (« Specificity and the origins of behavior ») rejette la
trop simpliste dichotomie entre comportement inné et comportement
acquis. Selon l'auteur, la classification des patterns de comportements
en termes de leurs déterminants développementaux dépend avant tout
d'une nette séparation entre les déterminants à effets spécifiques et les
déterminants à effets généraux.
Paul Rozin (« The selection of foods by rats, humans, and other
animals ») étudie les mécanismes de sélection de nourriture spécialement
chez les espèces généralistes ou omnivores comme le cafard, le rat et
l'homme. Ces mécanismes impliqueraient énormément de circuits ner
veux innés et acquis, d'apprentissage, d'interaction sociale et de culture.
Il présente aussi une théorie portant sur le rôle adaptatif de la prépa
ration cuisinée des aliments chez l'homme.
Sarah Blaffer Hrdy (« Gare and exploitation of nonhuman primate
infants by conspecifics other than the mother ») étudie chez les primates
les relations adulte-enfant autres que maternelles. Il s'agit d'évaluer si
les coûts et les bénéfices des comportements sociaux concordent avec
la théorie de l'évolution. Par exemple, les mâles dominants, qui ont un
nombre disproportionné d'enfants, montrent une plus grande sollic
itude vis-à-vis des tout-petits que les mâles subordonnés. Il semble aussi
que les mâles qui ont le plus de chances de faire du mal à des enfants sont
justement ceux qui occupent des positions périphériques dans la
hiérarchie.
Benett G. Galef, (« Social transmission of acquired behavior : A
discussion of tradition and social learning in vertebrates ») s'interroge
sur les mécanismes de transmission sociale des comportements. Il sem
blerait qu'il y a peu de cas de transmission sociale de patterns moteurs.
Par contre, la connaissance du contexte approprié dans lequel ces acti
vités doivent être engagées semble pouvoir être transmise socialement.
Dans la plupart des cas étudiés, la transmission du comportement semble
résulter en grande partie de l'introduction d'un animal à un autre animal
à une situation stimulus à laquelle le second est prédisposé, par
expérience antérieure ou par tendances instinctives, à répondre de telle
façon à acquérir le comportement du premier animal.
J. B. Hutchison (« Hypothalamic mechanisms of sexual behavior,
with special reference to birds ») revoit la littérature concernant les
systèmes cellulaires et les processus physiologiques par lesquels les
hormones influencent directement le cerveau. Plus précisément, il s'agit
de l'action d'androgènes sur les mécanismes hypothalamiques contrôlant
le comportement d'approche et de cour sexuelle chez là colombe de ■
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 247
Barbarie. L'hypothèse de base est que la sensibilité de l'hypothalamus
antérieur aux androgènes, en relation avec le comportement sexuel, est
variable et dépend de l'état endocrinien de l'animal.
George N. Wade (« Sex hormones, regulatory behaviors, and body
weight ») discute des effets des hormones stéroïdes sécrétées par les
gonades sur la régulation comportementale et physiologique du poids
corporel.
J. Lajoie.
Rosenzweig (M. R.), Porter (L. W.) (Eds). — Annual review of
psychology. — Palo Alto (Calif.), Annual Reviews Inc., 1976, vol. 27,
640 p.
Dix-neuf thèmes de la recherche actuelle en psychologie sont traités
dans ce volume de V Annual Review. Ce sont les suivants :
— « Personality » (L. Sechrest) ;
— « Cognitive development » (H. Ginsburg, B. Koslowski) ;
— « Color vision » (G. H. Jacobs) ;
— « Biochemistry and behavior. Some central actions of Amphetamine
and antipsychotic drugs » (P. M. Groves, G. V. Rebec) ;
— « Ethology and comparative psychology » ( W. A. Mason, D. F. Lott) ;
— • « Models of learning » (J. W. Cotton) ;
— « Neurological and psychological bases of psychopathology »
(R. M. Reitan) ;
— « Change induction in small groups (M. A. Lieberman) ;
— « Test theory » (J. Lumsden) ;
— « Scientific psychology in France » (R. Frances) ;
— « Engineering and human performance » (E. A. Alluisi,
B. B. Morgan Jr) ;
— « Consumer psychology : an octennium » (F. A. Heller, A. W. Clark) ;
— « Psychology and the law : an overture » (J. L. Tapp) ;
— « Personnel and human resources development » (F. A. Heller,
A. W. Clark) ;
— « Human abilities : a review of research and theory in the early 1970s »
(J. L. Horn) ;
— « Analysis of qualitative data » (J. E. Keith Smith) ;
— « The social psychology of small groups : cooperative and mixed-
motive interaction » (J. H. Davis, P. R. Laughlin, S. S. Komorita) ;
— « Projective tests » (W. G. Klopfer, E. S. Taulbee) ;
— « Program evaluation » (R. Perloff, E. Perloff, E. Sussna).
On remarquera que, en plus des chapitres figurant à la liste consacrée
par le plan directeur, établi depuis peu par la Revue pour couvrir, en un
cycle de quelques années, tous les domaines de la psychologie, trois
chapitres sont consacrés cette année à des « sujets d'actualité ». « La
psychologie et la loi » présente une étude historique et documentaire des 248 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
problèmes et des travaux à la frontière entre psychologues et juristes
(« processus de socialisation légale », droit des enfants, jugements et témoi
gnages). Ceci dans l'intention (ambitieuse...) de promouvoir à la fois la
science et la loi. « L'évaluation des programmes » analyse les techniques
qui permettent de juger les travaux mis en œuvre par exemple dans les
services d'hygiène mentale ou de psychiatrie, la lutte contre l'alcoolisme
ou la drogue, des expériences dans l'enseignement ou des programmes de
recherche, évoquant au passage les implications politiques de tels
problèmes.
Enfin, le chapitre concernant « La psychologie scientifique en France »,
rédigé par le Pr Frances, marque l'année du Congrès international de
Psychologie qui a eu lieu en juillet 1976 à Paris. Présenter, en 17 pages,
l'ensemble de la recherche psychologique des dernières années (1967-1975)
dans toute la France est une gageure. La psychophysiologie et la psychol
ogie animale ont été délibérément exclues de cette revue, qui est en fait
centrée essentiellement sur des travaux publiés par des chercheurs des
laboratoires parisiens.
A. LÉVY-SCHOEN.
Hinde (R. A.). — Le comportement animal (2 vol.). — Paris, Presses
Universitaires de France, 1975, 971 p.
La traduction de Animal Behaviour, 2e édition (1970), vient d'être
offerte au public de langue française. C'est une excellente initiative, en
raison de la quantité impressionnante de données, de résultats et de
références qu'a rassemblée Hinde. Il en a tiré, comme l'indique le sous-
titre de l'ouvrage, une « synthèse de l'éthologie et de la psychologie
comparée » et aussi, pourrait-on dire, de la psychophysiologie.
Dans ce survol encyclopédique d'un domaine d'études partagé entre
diverses spécialités, on peut distinguer plusieurs grands thèmes : dans
le tome I, on trouvera une assez brève introduction méthodologique,
suivie par l'étude du déterminisme des conduites par les informations
sensorielles, allant des stéréotypes moteurs posturaux jusqu'aux
conduites d'orientation spatiale complexes ; après quoi on envisage
l'influence des états organiques compris sous le terme de « motivation »,
incluant les comportements en situation de conflit.
Le second tome traite plus particulièrement des modifications du
comportement, et englobe les aspects de maturation et d'apprentissage,
ainsi que leurs interactions, sous le titre de « Développement compor
temental » : Hinde a su se tirer avec beaucoup d'objectivité de la clas
sique controverse de l'Inné et de l'Acquis au niveau individuel. Passant
au niveau de l'espèce, il traite des problèmes concernant l'évolution et
la spéciation, et leurs corrélats comportementaux, dans les deux der
niers chapitres.
Cet aperçu sommaire des matières traitées ne permet pas de se faire
une idée suffisante de la somme de travail de dépouillement et de PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 249
synthèse que Hinde a effectuée. En plus de la bibliographie, on trouve
un index des auteurs ainsi qu'un index des termes, bien utile quand on
doit rechercher ce qui est connu du comportement d'une espèce animale
donnée (heureusement pour la discipline, tous les auteurs ne se sont pas
uniquement intéressés au rat blanc). En bref, ce livre devrait être le
vade mecum de tout chercheur ayant affaire au comportement animal,
qu'il soit psychologue ou biologiste.
C'est pourquoi il est extrêmement regrettable que la traduction
ne soit pas au niveau du contenu, et soit entachée d'une multitude de
lourdeurs, d'à peu près, d'inexactitudes qui n'induiront pas en erreur le
spécialiste, mais ne lui en faciliteront pas non plus la lecture.
M. Blancheteau.
Eibl-Eibesfeldt (I.). — Love and Hate. The natural history of
behavior patterns. New York, Schocken Books, 1974, 276 p.
L'éthologie humaine n'est plus seulement « à la mode » : c'est devenu
un nouveau domaine d'études comportementales, et parmi les auteurs
qui ont contribué à cette promotion, Eibl-Eibesfeldt occupe une place
eminente. Aussi doit-on se réjouir qu'il nous offre un ouvrage résumant
ses conceptions sur cette question, et que la lecture en soit aisée ; ainsi
le visage de l'éthologie humaine ne sera-t-il pas celui d'une spécialité
compliquée réservée à une « chapelle » de lecteurs.
Les premières pages constituent un rappel des notions de base en
éthologie générale, telles que : stimulus déclencheurs, séquences d'actes
spécifiques, etc., ainsi que de leurs fondements biologiques : code géné
tique, spéciation, adaptation écologique, convergence évolutive. Le
comportement est alors situé dans ce cadre comme une fonction orga
nique parmi les autres ; s'agissant spécialement de l'expression des
émotions, on montre comment elle peut évoluer chez les animaux (par
comparaisons phylogénétiques entre espèces apparentées), et notamment
se « ritualiser » par déplacement et aussi par conflit avec une motivation
concurrente. L'auteur montre qu'il existe des expressions émotionnelles
qu'on retrouve chez tous les êtres humains, et qu'elles dépendent donc
d'un programme comportemental spécifique et héréditaire. Il montre
aussi leur ritualisation d'une part, et d'autre part leur ressemblance à
certaines expressions observées chez les singes de l'Ancien Monde,
indices de notre filiation primate.
Ayant ainsi posé les fondements de sa conception éthologique des
conduites socio-affectives chez l'Homme, l'auteur envisage plus spécial
ement l'objet de son étude : les pulsions agressives, et celles qui déter
minent la sociabilité humaine, ainsi que leurs modes de coexistence. Les
idées d'Eibl-Eibesfeldt sur l'agression sont évidemment inspirées de
celles de Lorenz, mais il y ajoute ses propres observations sur l'être
humain, effectuées chez des ethnies très diverses. 250 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Là où Eibl-Eibesfeldt s'écarte de son maître, c'est au sujet des
conduites qui établissent un lien social : il admet bien que la redirection
de l'agressivité peut servir à cette fin, mais pour lui « l'amour n'est pas
le fils de la haine ». En effet, la véritable sociabilité, avec reconnaissance
individuelle et liens « personnels », s'observe chez des espèces animales
apparues récemment au cours de l'évolution et qui donnent des soins
parentaux à leurs petits ; il montre que les conduites d'attirance sociale
et même sexuelle entre adultes de ces espèces ressemblent beaucoup à
celles du répertoire juvénile ou maternel. Il s'efforce de le démontrer
également chez l'homme, en analysant les gestes d'affection tels
qu'embrassades, caresses, baisers, etc. A notre connaissance, c'est la
première tentative d'approche scientifique d'un domaine aussi « privé »
que celui-là, parce que habituellement considéré comme plus personnel
encore que l'acte sexuel lui-même. Au sujet de ce dernier, Eibl-Eibes
feldt souligne son importance permanente dans le maintien du couple
humain, à l'opposé de ce qu'on constate chez les animaux, et il considère
que par sa sociabilité même l'homme a évolué dans le sens d'une hyper-
sexualité. L'éthologie animale et humaine d'Eibl-Eibesfeldt est épigé-
nétique : l'importance qu'il accorde aux relations mère-enfant le conduit
à insister sur « l'attachement » (Harlow, Bowlby) et ses répercussions
sur la sociabilité future de l'individu.
On trouvera, tout au long de l'ouvrage et particulièrement à la fin,
des discussions relatives aux conceptions néo-behavioristes aussi bien
que psychanalytiques, qui aideront à situer les positions théoriques de
l'auteur. On lira également quantité de notations sociologiques, poli
tiques et morales qui ont valeur d'opinions personnelles, et qu'il était
bien difficile d'éviter en traitant un sujet aussi vaste que « l'Amour et
la Haine ».
M. Blancheteau.
Jarrard (L. E.). — Cognitive processes of nonhuman primates. —
New York et Londres, Academic Press, 1971, 188 p.
Le VIe « Symposium annuel sur les fonctions cognitives » qui s'est
tenu en mars 1970 n'a pas eu pour objet le comportement verbal humain
comme les symposiums précédents, mais les conduites des singes suscept
ibles de démontrer l'émergence de processus cognitifs chez ces mammif
ères supérieurs, et d'en permettre l'étude au stade élémentaire où elles
les manifestent.
Selon l'habitude américaine, les conférences de plusieurs auteurs ont
été réunies pour constituer ce livre. Ainsi, Jarrard et Moise rapportent
un ensemble d'études expérimentales sur la mémoire à court terme chez
les macaques, imitant les procédures employées chez l'homme, et per
mettant d'établir des parallèles intéressants. Weiskrantz s'attaque dire
ctement à ce parallèle dans les cas d'amnésie, soit chez le malade humain,
soit chez le macaque ayant subi la lésion du lobe inféro-temporal, dont PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 251
Pribram fut le premier à montrer l'importance du point de vue de l'int
égration mnémonique. Ensuite, on lira un exposé de Premack, résumant
ses recherches sur l'utilisation et la manipulation des symboles par le
chimpanzé. On revient au macaque avec les communications suivantes,
celle de Meyer sur les apprentissages discriminatifs et leur rétention, et
celles de Harlow et coll. sur les effets de l'enrichissement de l'environne
ment durant la croissance. L'anatomie comparée des cerveaux des singes
et de l'homme fait l'objet d'un court texte de Geschwind. Non moins
bref est celui de Gregg, qui pose cependant avec précision le problème
des comparaisons du niveau cognitif entre les singes et l'homme, ainsi
que de leurs méthodes d'appréciation. Le livre se termine sur une inté
ressante étude comparative des possibilités de localisation spatiale entre
les espèces suivantes : rat, chat, ouistiti, macaque et homme (enfant
débile, enfant normal, et adulte).
Selon ses préoccupations personnelles, le lecteur pourra lire en pre
mier lieu telle ou telle communication ; il n'y aura pas d'inconvénient
à cela, car il n'y a aucune suite logique entre ces divers textes. Du point
de vue d'une psychologie générale au sens large, les contributions les
plus importantes restent celles de Premack, pour ce qui est de la fonction
symbolique, et de Harlow et coll., quant au développement des fonctions
comportementales d'ajustement à un environnement donné.
M. Blancheteau.
Garterette (E. G), Friedman (M. P.) (Eds). — Handbook of
Perception, vol. V : Seeing. — New York, Academic Press, 1975,
527 p.
La publication des volumes du traité suit son cours. Les « éditeurs »
ayant manifestement adopté une politique d'auteurs plutôt que de
sujets ont ainsi couru le risque de nombreuses répétitions, ainsi que celle
corrélative de nombreux manques. Pour les on peut relever
que dans ce seul volume quatre chapitres différents résument pratique
ment les mêmes recherches portant sur l'analyse des fréquences spatiales
dans le système visuel. Le manque d'organisation de l'ensemble du traité
conduit à de larges recouvrements entre des chapitres parus dans des
volumes différents. Ainsi, dans le présent volume, Dodwell traite de la
perception des objets et des patterns, sujet qui avait fait l'objet du
chapitre 8 de Sutherland dans le volume III ; les deux points de vue ne
sont certes pas identiques, mais les redites sont inévitables. De même,
on note de larges recouvrements entre le présent chapitre de Richards
et ceux du même volume III écrits par Howard. Et la liste n'est point
close. Ceci étant dit, le contenu de ce volume est nettement moins
éparpillé que celui des précédents.
Dans le premier chapitre, Legrand fait l'historique des recherches
sur la vision, puis il rappelle très clairement les mesures des stimulus 252 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
visuels. Dodwell expose des réflexions sur les problèmes théoriques de la
perception visuelle et suggère d'intégrer nos connaissances du codage
des qualités sensorielles dans des modèles qui prendraient en compte les
différents niveaux de la perception. Les fondements neurophysiologiques
de la vision sont brillamment résumés par Robson qui centre son exposé
sur la manière dont les propriétés intensives et spatiales du stimulus
peuvent être représentées au niveau des neurones. R. et K. Devalois font
une revue des travaux portant sur le codage neuronique de la couleur
et montrent en particulier leur cohérence avec les données psychophys
iques obtenues tant sur l'homme que sur l'animal. Si la relative pau
vreté de la résolution temporelle dans le système visuel est évidente, sa
complexité est très clairement examinée par Ganz qui suggère la solution
théorique à des problèmes d'intégration temporelle généralement envi
sagés de manière séparée. La même tentative de coordination est appli
quée par Thomas aux problèmes de la résolution et de l'interaction de
patterns spatiaux. Dodwell résume les données concernant la perception
des objets et des patterns : loi d'organisation, stabilité perceptive,
illusions, constances, etc., et souligne que le point de vue du « traitement
de l'information » a conduit à un développement encourageant de cer
taines de ces recherches. Boynton expose sa conception de la perception
des couleurs en se centrant sur la relation existant entre l'ordination
psychologique des couleurs obtenues par des méthodes telles que la
dénomination, la suppression de la tonalité chromatique, les échelles
multidimensionnelles de différences et les bases physiques de ces couleurs,
tout particulièrement leur longueur d'onde. Richards propose un modèle
de coordonnées sphériques centrées sur l'observateur pour rendre compte
de l'orientation des sujets dans l'espace, puis discute les modèles rendant
compte de la stabilité du monde visuel et de la stéréopsie. Présente de
manière plus ou moins explicite dans presque tous les autres chapitres
(voir Ganz en particulier), l'approche théorique utilisée par Sekuler pour
rendre compte de la perception visuelle du mouvement est clairement
définie et utilisée avec profit. Il s'agit essentiellement de déterminer les
dimensions de la stimulation, qui ne sont pas toujours manifestes de
prime abord, et qui peuvent rendre compte des mécanismes en jeu dans
cette perception. Cette démarche, où les modèles issus de l'analyse des
systèmes linéaires tiennent une place prépondérante, conduit Sekuler à
considérer que les mécanismes de la perception du mouvement seraient
essentiellement caractérisés par leur propriétés de « filtres de fréquences »
temporelles et spatiales. Les inferences neurophysiologiques, toujours
envisagées avec prudence, sont cependant justifiées dans la mesure où
le même type de modèle fournit un cadre conceptuel commun aux deux
approches. L'ouvrage se termine par un long chapitre de Pirenne qui
résume son ouvrage Optics, Paintings and Photography.
C. Bonnet.

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