Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.80, pg 274-294

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L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 1 - Pages 274-294
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 274-294.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 274-294.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_1_28317PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Kendler (H. H.). — Basic Psychology. Brief version. — Menlo
Park (Calif.), W. A. Benjamin, 1977, 483 p.
Version abrégée du Basic Psychology du même auteur, ce manuel
propose une initiation à la psychologie scientifique destinée aussi bien
aux futurs psychologues qu'aux étudiants d'autres disciplines suivant
un enseignement de psychologie. Le texte a été réduit et vise essentie
llement à corriger les conceptions erronées que les étudiants débutants
ont de la psychologie ; l'auteur insiste donc sur les caractéristiques
d'une approche scientifique de la psychologie, tout en essayant de
satisfaire la motivation du lecteur à mieux comprendre les compor
tements : c'est ainsi que chaque chapitre comporte des éléments de
réflexion sur un problème pratique, en liaison avec le thème étudié
(par exemple : la perception extra-sensorielle, les procédés mnémotechn
iques, la manière d'élever les enfants, etc.). Dans cette version abrégée,
la partie concernant les statistiques a dû être supprimée et les fonde
ments biologiques du comportement ne sont abordés qu'en annexe,
mais chaque chapitre comprend un résumé et quelques références complé
mentaires qui permettent une étude plus poussée du sujet traité ; de
plus, l'ouvrage, illustré, est doté d'un lexique sommaire et d'une bibli
ographie générale importante mais comportant néanmoins des lacunes
certaines (par exemple, bien que photographié et cité à plusieurs reprises
dans le texte, Piaget ne figure pas dans cette bibliographie).
Après le chapitre habituel sur la science psychologique, la seconde
partie traite des « processus psychologiques de base » : sensation, per
ception, apprentissage (deux chapitres) et motivation ; la troisième
partie traite des « processus complexes » : mémoire, comportement
verbal, processus cognitifs, frustration et conflit. Enfin la dernière partie
traite des différences individuelles, de la personnalité, de la pathologie
du comportement et de quelques thèmes de psychologie sociale. Le
développement de l'enfant est abordé à différentes occasions et l'étude
de l'intelligence est surtout vue sous l'angle des différences individuelles ;
avec le plan adopté, apprentissage et mémoire sont dissociés (de même
que motivation et conflit). La place accordée aux différents thèmes
varie considérablement : sensation, perception et surtout conditionne
ment et apprentissage sont relativement développés, mais d'autres
domaines sont beaucoup moins favorisés, notamment l'étude du lan
gage, intitulée « Le comportement verbal » et soigneusement séparée Psychologie générale 275
de celle des « Processus cognitifs » (d'ailleurs réduits à l'apprentissage de
concepts et à la résolution de problèmes, malgré un texte de deux pages
sur le développement intellectuel selon Piaget). Faut-il préciser que ce
manuel est placé sous le signe d'un behaviorisme (skinnérien) parfois
un peu étriqué et « rétro » ?
L'ouvrage, en tout cas, ne présente pas d'atout majeur face à beau
coup de ses concurrents américains, qu'il s'agisse de manuels récents
(dont certains ont été analysés ici) ou de rééditions comme celle de
Introduction to Psychology d'Hilgard, Atkinson et Atkinson (1979).
P. Marquer.
Pick (H. L.), Leibowitz (H. W.), Singer (J. E.), Stein
schneider (A.), Stevenson (H. W.) (Eds). — Psychology : from
research to practice. — New York, Plenum Press, 1978, 390 p.
Cet ouvrage collectif est né de discussions au sein de Tapa concer
nant les relations entre recherche fondamentale et application à des
problèmes concrets. Il ne s'agit donc pas d'un ouvrage de psychologie
appliquée, considérant les divers problèmes en ce domaine (psychologie
industrielle, tests, etc.) : les différents chapitres illustrent ce que la
recherche fondamentale peut apporter dans la solution de certains
problèmes concrets.
L'ouvrage est partagé en quatre parties. La première, présentée
par H. W. Stevenson, concerne les pratiques éducatives des enfants
(dans un sens très large) et comprend des articles de L. P. Lipsitt (Pro
cessus sensoriels et d'apprentissage chez les nourrissons), H. L. Rheingold
et R. Haskins (Socialisation du nourrisson), A. L. Brown et J. G. Cam-
pione (Stratégies mnémoniques et apprentissage), A. Hustein (Télévi
sion et comportement agressif) et S. J. Samuels (Lecture). La seconde,
introduite par J. E. Singer, est consacrée à des problèmes de psychol
ogie sociale : les changements d'attitude (J. A. Varela), les prises de déci
sion (I. Janis et L. Mann) et les détecteurs de mensonge (D. T. Lykken).
La troisième partie envisage les apports de la recherche fondamentale
à la psychologie clinique : après l'introduction de A. Steinschneider on
trouve des articles de A. Sameroff et L. Abbe (Les conséquences de la
prématurité), R. Aslin et M. S. Banks (Période critique dans le déve
loppement de la vision binoculaire), P. A. Broen et S. N. Jons (Troubles
de l'articulation) et A. S. Katkin, C. R. Fitzgerald et D. Shapiro
(Biofeedback). H. Leibowitz présente la quatrième partie concer
nant les apports de la psychophysique et réunissant des articles de
W. A. Wagenaar (Manœuvres des superpétroliers)), J. A. Swets et
D. M. Green (Applications de la théorie de la détection), G. Borg (Per
formance, effort physique et capacité de travail) et C. L. Kraft (Atter
rissage de nuit et illusions perceptives).
Chaque article est intéressant en soi, montrant dans un domaine 276 Analyses bibliographiques
restreint comment des données apparemment très éloignées des condi
tions concrètes d'existence permettent de résoudre des problèmes pra*
tiques — ■ à condition de s'interroger sur le niveau de résolution, et sur
les conséquences de ce mode de résolution. Mais l'ensemble de l'ouvrage
pose surtout, de manière frontale, le problème de l'utilité de la recherche
fondamentale, en montrant à la fois qu'elle est utile et que la manière
dont on lui demande de se justifier est loin d'être anodine. L'article de
Likken sur les détecteurs de mensonge, qui se lit comme une nouvelle poli
cière, est de ce point de vue extrêmement démonstratif : les chercheurs
dans leur tour d'ivoire n'existent pas plus que l'utilisation scientifique
d'une psychologie scientifique au-dessus de la mêlée.
M. -G. Pêcheux.
Posner (M. F.). — Chronometrie explorations of mind. — Hillsdale,
Lawrence Erlbaum, 1978, 271 p.
Le titre est provocant encore que la Chronometrie des processus
mentaux ait joué au xixe siècle, de l'équation personnelle, au temps
de réaction et aux tentatives de Donders sur le thème même de Posner,
un rôle fondamental.
Ce rôle est redevenu considérable avec la fin de l'impérialisme S-R
et le développement de ce que l'on appelle le traitement de l'information.
Posner est un des leaders de ce type de recherches. Il essaie dans ce
Uvre de présenter une synthèse de ses travaux en en dégageant de
grandes orientations théoriques, voire pratiques.
L'originalité de son travail est de ne pas isoler des données de la
Chronometrie des activités surtout perceptives, des données de l'intr
ospection — ce que tout le monde fait sans le dire — et des données de la
physiologie, surtout celles que nous fournissent les recherches sur les
potentiels évoqués.
Il distingue deux parties dans son livre. La première décrit les
processus à la base, des codages et des interactions entre les processus
sensoriels qu'il pense être indépendants au départ.
Dans la deuxième partie, il essaie de répondre à tous ceux qui ne
considèrent le traitement de l'information que comme une « machin
erie ». Il montre comment et dans quelle mesure le sujet peut influencer
ou orienter ces processus à travers attention ou contrôle.
Chaque étape des démonstrations de Posner s'appuie sur ses nomb
reuses recherches ou celles de ses disciples. Pour qui s'intéresse au
traitement de l'information en général et plus particulièrement aux pro
cessus de la perception en relation avec la catégorisation des stimulus,
ce livre est des plus stimulants.
P. Fraisse. Psychologie générale 277
Bowles (N.), Hynds (F.), Maxwell (S.), — Psi-search. — New
York, London, Harper & Row, 1978, 355 p.
De deux choses l'une : ou bien le lecteur est informé et il n'a pas
besoin de ce livre ; ou bien il n'est pas ou peu (ce que je suis)
et ce livre est également inutile. En ce qui concerne la première éventual
ité, ma critique vient du fait qu'il est un recueil d'expériences ou de
faits peu précis du domaine fantastique, perception extra-sensorielle,
télékinésie, guérisons à Lourdes, ovni, etc. ; toutefois, il semble qu'il
manque le triangle des Bermudes. Dans la deuxième éventualité, le
livre est inutile dans la mesure où il n'est pas un bilan critique des faits
rapportés. En effet, lorsqu'un sujet est controversé, il me paraît néces
saire de présenter les arguments en faveur du phénomène décrit et les
arguments qui sont en sa défaveur. Dans ce livre, tout au contraire,
les faits sont d'abord présentés comme n'étant pas ou peu contestés.
Bien plus, les auteurs présentent un tel étalage de docteurs et de pro
fesseurs (dont Margaret Mead, citée sur la couverture) que le lecteur non
averti peut retirer de la lecture du livre un sentiment de confiance. Les
auteurs créent également un halo scientifique, en discutant des hypot
hèses concurrentes par exemple, sur les fantômes ou la lévitation, mais
c'est oublier que la théorie n'est rien tant que le fait n'est pas mis en
évidence.
La plupart du temps, il m'est impossible de critiquer les faits dans
leurs détails. Je ne ferai des remarques que sur deux points :
1) Les auteurs citent un grand nombre de recherches sur le devine-
ment des cartes (perception extra-sensorielle) ; ce type d'expériences
semble être pour les auteurs l'exemple type de la parapsychologie
scientifique, sans doute dans la mesure où les « chercheurs » utilisent des
ordinateurs et des statistiques... A ce propos, le lecteur a droit à un
exemple chiffré (p. 22). Le sujet doit deviner le symbole d'une carte
(5 possibilités : croix, carré...) qui va apparaître ; on présente cinq séries
de cinq cartes au hasard, soit 25 cartes. Les auteurs nous disent alors
que le devinement au hasard permet d'annoncer correctement 5 cartes
et que l'annonce correcte d'au moins 9 cartes correspond à une perfo
rmance significative. Un tel critère me paraît procéder d'une conception
douteuse de la statistique. Quant à moi, je me déclarerais satisfait si
le sujet devine 25 cartes (100 %), et intéressé si le sujet devine les trois
quarts des cartes ; l'annonce de 9 cartes sur 25 ne représente à mon
sens qu'une pauvre performance, 36 %.
2) Page 103, les auteurs parlent d'un cas bien connu en France,
Uri Geller, qui après avoir fait sensation en tordant des objets métall
iques à distance (sorte de télékinésie) a subi l'assaut critique d'un grand
nombre de prestidigitateurs professionnels (j'ai moi-même vu Gérard
Majax reproduire ce tour de manipulation) ; Geller s'est d'ailleurs pro
duit comme prestidigitateur avant de se produire comme spirite. Donc
Geller a été démystifié (ce que ne disent pas nettement les auteurs), ce 278 Analyses bibliographiques
qui n'empêche pas les auteurs de conclure : « Si les aptitudes à tordre
le métal existent vraiment, elles peuvent être causées par la téléki-
nésie (P. K.). Certains experts croient que, d'une façon ou d'une autre,
le sujet utilise la télékinésie pour manipuler la chaleur interne d'un
objet, pour le déformer ou le tordre. D'autres postulent que la téléki
nésie peut manipuler l'énergie électromagnétique de l'objet. La radiation
d'ondes courtes, la manipulation de la radiation cosmique et autres
forces ont également été considérées. »
La méthode des auteurs consiste donc à créer : 1° un halo scienti
fique en citant des mots associés à la science, docteur, professeur, expert,
ordinateur, statistique, etc. ; 2° un amalgame entre les faits et les
théories : on fait croire à l'existence d'un fait en citant une ou plusieurs qui sont en réalité vides de sens, si le fait n'a pas été constaté
et vérifié.
A. Lieury.
Christensen (L. B.). — Experimental Methodology. — Boston, Allyn
& Bacon, 1977, 322 p.
Le but essentiel de cet ouvrage, entièrement consacré à la méthode
expérimentale, est d'aider l'étudiant à mieux comprendre la démarche
scientifique utilisée par les psyhologues expérimentaux. Pour cela, neuf
chapitres sont consacrés à l'analyse et à la discussion en détail des pro
blèmes posés à chaque étape de cette démarche, depuis l'établissement
des hypothèses jusqu'à celui de la généralisation des résultats.
Il est important de noter que l'auteur consacre un chapitre entier
aux problèmes déontologiques que pose l'application d'une telle démarche
à l'étude du comportement humain et animal.
Enfin, l'ouvrage comporte aussi des conseils pratiques sur la rédac
tion des articles, des conseils statistiques et un glossaire des termes
fondamentaux utilisés en psychologie expérimentale.
Ainsi l'auteur a atteint le but qu'il s'était fixé, c'est-à-dire présenter
un livre clair, compréhensible et accessible à un public peu ou mal
informé du but et de l'objet de la psychologie expérimentale.
A. Streri.
Nunnally (J. C). — Psychometric theory. — New York, McGraw-
Hill, 1978 (2e éd.), 701 p.
L'écriture et le langage mathématique sont-ils indispensables pour
exposer, démontrer, rendre cohérentes entre elles les démarches de
l'analyse psychométrique ? Cette seconde édition s'adresse à tous ceux
qui attendent une réponse négative à cette question, et qui souhaitent
au contraire que l'approche statistique des principes qui guident ces
démarches leur soit présentée notionnellement, par un discours plutôt
que par des formules. Par rapport à la première édition, les apports générale 279 Psychologie
nouveaux ne sont pas particulièrement d'ordre technique, mais rendus
nécessaires par le développement des méthodes d'analyse de ces dix
dernières années.
Il est impossible de « résumer » un ouvrage qui est avant tout un
outil de travail. On peut signaler toutefois que le lecteur peut être heu
reux d'être convié à réfléchir sur le problème qui l'intéresse, quant à la
manière d'en traiter à la fois le contenu et la forme ; un chercheur
débutant pourra ainsi y découvrir facilement la relation étroite qui
existe entre les choix qu'il fera lors de la construction de ses instruments
de mesure et ceux qu'il fera lors du traitement statistique de ces mesures.
Ceci constitue une démarche complexe mais fort utile dont il faut sou
ligner l'intérêt. De même, il faut rendre justice à l'effort qui consiste
à guider le lecteur vers des concepts précis en faisant souvent appel plus
à l'intuition de celui-ci qu'à des démonstrations formelles, tout en conser
vant à l'ensemble de l'exposé la rigueur de raisonnement nécessaire.
On ne trouvera cependant que très peu d'informations relatives à
un traitement spécifique des classifications nominales ou ordinales :
ceci résulte non d'un oubli mais de la position personnelle de Fauteur
sur le principe des échelles de mesure.
J. Pelnard-Considère.
Ludel (J.). — Introduction to Sensory Processes. — W. H. Freeman
& Co., 1978, 401 p.
L'enseignement de la psychologie en France ne comprend pas de
cours systématiques sur les processus sensoriels et peu nombreux sont
les étudiants (même avancés) qui aient une vision globale de la façon
dont on voit, entend, sent (odorat, tact), maintient l'équilibre, etc. Le
livre de Jacqueline Ludel comblerait très bien un tel vide et — moins
par les problèmes qu'il soulève que par la clarté de l'exposé — offrirait
à tous ceux qui sont susceptibles de s'intéresser à l'expérimentation
une base honnête de départ.
L'auteur développe plus particulièrement les structures anatomo-
physiologiques sous-jacentes au fait de « percevoir » en accordant
— comme on pouvait s'y attendre — une place privilégiée à la vision
et à l'audition. Ainsi, l'anatomie et la physiologie du système visuel sont
passées en revue en commençant par les photorécepteurs pour terminer
par les cellules très complexes du cortex. Un chemin analogue nous
fait suivre le développement du système auditif de la cochlée jusqu'au
cortex. Malgré la grande quantité d'information, le lecteur naïf risquera
néanmoins d'être abusé par la trop grande simplification des problèmes
posés et restera inconscient des nombreuses inconnues toujours persis
tantes même là où l'auteur nous offre un cadre théorique et/ou expéri
mental apparemment inébranlable. La simplification est encore plus
évidente dans les chapitres traitant des phénomènes perceptifs per se,
où l'auteur fait le choix arbitraire de dévoiler certains aspects psycho- 280 Analyses bibliographiques
physiques concernant la mesure d'une sensation au détriment de l'étude
théorique de la sensation en tant que telle. On comprend mal, par
exemple, les raisons qui l'ont conduite à développer les problèmes
reliés aux mesures des seuils absolus et différentiels sous l'intitulé de
« Visual Perception » et la théorie de la détection du signal sous celui
d' « Auditory Perception ». On comprend aussi mal pourquoi les pro
blèmes reliés à l'adaptation visuelle, à la vision de l'espace et aux ill
usions optiques ont été préférés à ceux qui concernent la vision des
contrastes, de la brillance, du mouvement, etc.
Il semble bien évident que tout lecteur curieux devra compléter cette
lecture par des informations plus détaillées — et moins affirmatives —
qu'il pourra trouver dans des Handbooks spécialisés. Néanmoins, le livre
de Jacqueline Ludel reste un outil d'enseignement qui pourrait être
adopté dans les cursus de psychologie.
A. Gorea.
O'Connor (N.), Hermelin (B.). — Seeing and hearing and
space and time. — New York, London, Academic Press, 1978,
157 p.
Les auteurs de ce petit ouvrage y rapportent un certain nombre
de leurs recherches à caractère comparatif sur les processus cognitifs
de traitement de l'information. Ils ont étudié les réalisations d'enfants
normaux, handicapés sensoriels (sourds ou aveugles), intellectuellement
subnormaux, et autistiques dans une quantité de tâches diverses : discr
imination de formes tactiles, estimation de durée, mémorisation d'une
série spatio-temporelle d'événements visuels ou auditifs, etc. Ceci,
nous disent-ils, afin de projeter un éclairage particulier sur des méca
nismes comme le codage mnémonique et par ailleurs valider une hypo
thèse générale selon laquelle la vision et l'audition sont des instruments
spécialisés dans le traitement des informations respectivement spatiales
et temporelles. On peut illustrer cette démarche par l'exemple d'une
recherche où sont comparées les performances d'enfants sourds et non
sourds dans une épreuve impliquant l'identification d'une série de
chiffres présentés visuellement selon un ordre temporel non congruent
avec leur arrangement spatial (sur la dimension horizontale). Il apparaît
que les enfants sourds rappellent les chiffres en les sériant selon leur
arrangement spatial, alors que les non-sourds reproduisent plutôt l'ordre
chronologique des événements. Ces résultats signifient pour O'Connor
et Hermelin que l'enfant sourd applique spontanément des stratégies,
de recodage verbal indisponibles au sourd.
Si cet exemple montre que la modalité sensorielle dans laquelle une
information complexe est codée en mémoire peut différer de sa modalité
de présentation, les résultats obtenus dans d'autres épreuves confirment
au contraire l'existence d'un modality specific processing : ainsi, le bénéf
ice de la vision ne permet pas à l'enfant normal de mieux réussir que générale 281 Psychologie
l'aveugle certaines tâches d'organisation spatiale mettant en jeu la
sensibilité tactile.
Dans des épreuves où les enfants normaux semblent appliquer une
stratégie de recodage verbal, le comportement des enfants de faible qi
ressemble plutôt à celui des sourds ; on vérifie par ce résultat que la
non-exploitation active dans un traitement mnémonique de l'un de ses
sens peut avoir des effets comparables à sa privation complète.
A l'attention des psycholinguistes, signalons qu'un des chapitres du
livre s'intitule « Phonological codes ». Il est signé Barbara Dodd, et ne
semble donc pas avoir été écrit par les deux principaux auteurs. Barbara
Dodd témoigne d'une ignorance coupable vis-à-vis des recherches
récentes sur la perception de la parole par le nourrisson, mais les info
rmations présentées dans ce chapitre, celles qui concernent en parti
culier l'acquisition par lip reading d'un système phonologique, sont sans
doute les plus intéressantes.
Non cognitivistes s'abstenir.
L. Demany.
Fran ces (R.) . — Intérêt perceptif et préférence esthétique. — Paris, Ed.
du CNRS, 1977, 125 p.
Il est capital d'étudier les perceptions au-delà de leur contenu pour
chercher à préciser leur valeur cognitive ou affective. Ainsi la psychologie
peut-elle s'ouvrir à l'esthétique. Mais nous savons qu'entre le stimulus
de laboratoire et l'œuvre d'art il y a un fossé difficile à franchir, surtout
si l'on est soucieux de rigueur, ce qui ne manque pas à l'auteur.
Le regretté Berlyne avait justement eu le mérite de distinguer entre
les variables élémentaires et les œuvres d'art, des variables, dites
collatives, qui correspondent au type de relation (de collationnement)
qui existent entre différentes figures. Celles que Frances retient dans
son étude sont des variantes de la complexité : nombre des éléments,
homogénéité des éléments, régularité de forme, régularité de la dispo
sition, incongruité et juxtaposition incongrue. Mais l'auteur, s'il se
préoccupe du rôle de ces types de complexité sur l'intérêt ou la préfé
rence que leur portent les sujets (mis en face de paires ou de séries de
figures variables selon une de ces dimensions), recherche des principes
explicatifs. Dans ce but, il emploie la méthode comparative entre adultes
de différents niveaux socioculturels et entre adultes et enfants de dif
férents âges.
Les expériences présentées correspondent à ce programme et four
nissent une moisson de résultats bien présentés et bien analysés stati
stiquement, peut-être trop, car on se perd un peu dans les détails.
Il en ressort que les choix selon l'intérêt ne différencient pas les étu
diants des ouvriers ou des employés, car les uns et les autres préfèrent
les formes les plus complexes. Par contre, la préférence est diffé
rente entre étudiants et autres jeunes de milieux différents pour les 282 Analyses bibliographiques
variables : régularités de forme ou de disposition et pour les deux
formes d'incongruité. Les étudiants préfèrent les formes plus nouvelles,
plus inattendues alors que les autres jeunes préfèrent les formes plus
habituelles. Les résultats sont à peu près les mêmes en utilisant non pas
des dessins mais des photos déjà un peu plus complexes, ce qui prouve
la validité de ces variables.
L'étude génétique complète ce tableau. Les variables collatives
étudiées ont des scores d'intérêt très différenciés qui évoluent peu avec
l'âge. La hiérarchie reste ainsi la même avec une valeur marquée de la
complexité. Les préférences, elles, présentent la même hiérarchie mais
les différences entre les différentes variables s'amenuisent avec l'âge
quoiqu'elles restent vers 16-17 ans plus proches de celles des ouvriers
que des étudiants. Cependant, une étude génétique sur un nombre
important d'enfants ne montre pas un effet systématique des classes
sociales auxquelles appartiennent les parents.
L'ensemble de ces expériences est impressionnant. Les résultats
sont solides, même si l'on peut discuter des détails comme l'homogénéité
relative des variantes du matériel dans certaines variables collatives
ou la représentativité des populations d'enfants de 7-8 ans à 16-17 ans
qui se distinguent bien sûr par l'âge mais aussi par la sélection exercée
par le milieu scolaire.
Ce travail est d'autant plus intéressant qu'il est théoriquement très
argumenté et qu'il utilise non seulement les techniques mais les acquis
de la psychologie expérimentale.
En conclusion, Frances ne pense pas que les explications de Berlyne
en termes de processus d'éveil et de modération de l'éveil puissent
rendre compte de ses résultats. Plus classiquement, il fait appel à la
notion de niveau d'adaptation en supposant un jeu d'ancrages acquis
par l'expérience du sujet modulé par les renforcements d'origine sociale.
Ceci explique en particulier que les étudiants préfèrent les stimulus les
plus incongrus aux stimulus moins incongrus. Il y a dans les jugements
d'intérêt des influences à dominante cognitive vers la complexité qui
sont stables et des influences sociales qui jouent sur les préférences et
qui expliquent les variations massives entre groupes d'adultes de
milieux différents ou d'enfants d'âges différents.
P. Fraisse.
)■ Henton (W. W.), Iversen (I. H.). — Classical conditioning and
opérant conditioning ; a response pattern analysis. — New York,
Berlin, Springer, 1978, 355 p.
Le paradigme initialement décrit par Estes et Skinner en 1941
est aujourd'hui largement connu et utilisé. Une procédure de condi
tionnement classique, où un stimulus SI précède un événement aversif,
est surimposée à une situation d'apprentissage opérant, où le taux de
réponses permettant l'octroi du renforcement alimentaire est parvenu

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