Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.83, pg 279-297

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L'année psychologique - Année 1983 - Volume 83 - Numéro 1 - Pages 279-297
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°1. pp. 279-297.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°1. pp. 279-297.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1983_num_83_1_28464■
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Howard (I. P.). — Human visual orientation, New York, Wiley,
1982, 697 p.
Dédié à la mémoire de W. B. Templeton, cet ouvrage devait initi
alement être la seconde édition du Human spatial orientation de 1966.
L'abondance des recherches publiées en ce domaine depuis 1966 est
telle que l'auteur a choisi de restreindre son propos à l'étude de la per
ception visuelle des directions et des orientations des objets.
Dès l'introduction est soulevée la difficulté fondamentale de toute
étude de la perception et qui résulte du fait que les objets physiques à
percevoir sont, pour l'essentiel, des constructions issues du fonctionne
ment de nos processus perceptifs eux-mêmes. Il importe alors de définir
avec soin le domaine du stimulus, c'est-à-dire de la classe des objets,
et les domaines de description qui explicitent les règles d'attribution
d'un objet à une classe donnée. Ces définitions sont soigneusement
exposées au début de chacun des chapitres ; la précision et la rigueur
des taxonomies tant en ce qui concerne les domaines du stimulus que les
domaines des descriptions et des réponses sont les premières qualités
de cet ouvrage.
L'ensemble du livre manifeste une grande rigueur de pensée et le
souci d'un exposé pédagogique dans lequel les données fondamentales
de la physiologie servent de support à l'interprétation des résultats
psychophysiques et comportementaux. Ainsi, la présentation des pro
blèmes relatifs à la direction oculocentrique conduisent à une étude très
concise, mais précise, des spécifications de la qualité des images rét
iniennes, de l'acuité, du codage visuel dans la rétine, des voies visuelles
et de l'organisation rétinotopique du cortex visuel pour se conclure par
une revue des travaux sur les effets de la décortication. Au chapitre
suivant est abordée l'étude des détecteurs d'orientation ou se trouvent
résumées et articulées les données essentielles de la neurophysiologie cellu
laire concernant la sélectivité à l'orientation et son développement. Cet
exposé permet à l'auteur de mettre en perspective les approches psycho
physiques de l'orientation oculocentrique, c'est-à-dire les questions
relatives à la discrimination de l'orientation des formes simples. L'essent
iel des connaissance sur les structures et la physiologie des mouvements
oculaires est présenté au chapitre 5 et suivi de l'analyse des études
comportementales sur le nystagmus optocinétique, les de
poursuite volontaires, le contrôle de la fixation et les saccades. Cette Analyses bibliographiques 280
progression conduit à la question du jugement visuel de la direction
des objets par rapport à la tête et au corps. Au chapitre 8 est abordée
la physiologie du système vestibulaire : canaux semi-circulaires et oto-
lithes qui introduit à l'exposé de la psychophysique vestibulaire, des
nystagmus vestibulaires, des effets visuels d'une accélération circulaire
(illusion oculogyre), de la vection et des recherches sur l'adaptation du
système vestibulo-oculaire. A partir du chapitre 10 sont abordés des
problèmes d'orientation mettant en jeu des niveaux de coordination
plus complexes, ainsi en est-il de la question de l'orientation Arisuelle par
rapport à la gravité des jugements d'inclinaison (tilt), de l'effet du
cadre de référence et de l'inclinaison du corps. Puis sont abordées les
recherches sur les coordinations intersensorielles et multisensorielles
dans la localisation comme celles qui concernent les phénomènes de
ventriloquisme sans oublier l'étude du développement de ces coordi
nations et sa neurologie. La longue série des recherches sur l'adaptation
à des stimulations discordantes principalement par la vision prismatique
fait l'objet, et c'est bien le moins, d'un chapitre entier. L'ouvrage se
termine par une analyse minutieuse de la distinction, de l'identification
et de la description de la perception de l'orientation de formes non
réductibles à des figures simples et qui concerne la mise en relation de la
direction d'axes intrinsèques à l'objet avec un axe extrinsèque. Enfin
l'auteur expose les questions de la reconnaissance des formes familières
présentées dans une orientation non familière.
L'ouvrage est abondamment documenté, sa bibliographie (environ
2 000 références) est riche, très actuelle et sans ostracisme. On pourrait
sans doute contester l'absence de telle ou telle référence ou le poids
accordé à certains auteurs par rapport à d'autres, mais ce jeu me paraît
vain pour un livre d'une telle densité et d'une telle clarté d'exposé.
Howard y fait preuve tout du long d'un souci majeur d'éclectisme, tant
en ce qui concerne les méthodes d'approche que les interprétations
théoriques. Cet éclectisme est essentiellement marqué par l'absence de
tout dogmatisme : il y a hiérarchie des interprétations et la plupart des
explications ne sont pas nécessairement exclusives, mais font général
ement référence à des niveaux d'approche différents et par là permettent
de révéler l'effet de facteurs dont l'action peut être complémentaire
plutôt que concurrente. En conclusion, quiconque est intéressé par les
problèmes de la perception se doit de lire ce livre essentiel.
C. Bonnet.
Nodine (G. F.) et Fisher (D. F.) (Edit.). — Perception and pictorial
representation, New York, Praeger Publishers, 1979, 411 p.
Le livre est formé d'une suite de rapports d'un symposium sur la
représentation picturale qui s'est tenu en 1978 au musée d'Art de Phila
delphie. Les auteurs sont des philosophes, des historiens de l'art tel Psychologie générale 281
Arnheim, des artistes, ainsi que des psychologues esthéticiens ou des
expérimentalistes de la perception visuelle parmi lesquels on trouve
Black, Hochberg, Gregory, Hagen, Yonas et Haber.
Hochberg distingue les peintres qui tentent de réaliser une fidélité
optique et ceux qui tentent de simuler des équivalences. Pour les
premiers, la scène représentée est le point de référence (Vinci), pour les
seconds (impressionnistes) c'est le spectateur.
Hochberg passe en revue les facteurs qui vont à rencontre de
l'efficacité de la fidélité optique ainsi que l'utilisation savante quoique
intuitive des lois du contraste simultané et successif par les peintres de
la seconde catégorie, parmi lesquels il inclut Rembrandt. Il montre de
manière très argumentée, à partir d'exemples illustrés, comment ces
derniers ont manipulé ces lois de contraste notamment par l'introduction
des ombres colorées et l'exploitation de la vision parafovéale.
La partie la plus importante de l'ouvrage est consacrée au rôle de
la perception dans la peinture. Haber examine ce qui fait de la pers
pective linéaire classique l'indice le plus pertinent quant au rendu de
l'espace en dépit de tous ses inconvénients. Yonas présente un certain
nombre de recherches sur l'évolution génétique liée à l'utilisation des
ombres attachées et projetées dans la perception de la taille et de l'éloi-
gnement d'objets géométriques figurés sur des dessins. L'aptitude à
utiliser les ombres est, en ce sens, présente dès l'âge de 3 ans, mais se
développe considérablement jusqu'à l'âge adulte.
Vitz établit un parallélisme entre le développement des recherches
perceptives au cours des xixe et xxe siècle, et celui de leur utilisation
par les peintres à ces mêmes époques. C'est ainsi que l'on peut voir à
quel point les impressionnistes ont pu être influencés par la lecture des
travaux de Chevreuil (1839), de Charles Blanc (1867) ou de Helmholtz-
De même pour les divisionnistes à la suite de Seurat. De nombreuses
illustrations empruntées aux publications de Rubin sur le problème
de la ségrégation figure-fond ont fourni une veine exploitée plus ou moins
littéralement dès avant 1920 par Arp puis par Matisse lors de sa période
des papiers découpés, ou plus précisément par des dadaïstes, puis des
surréalistes, sans parler de Picasso. La liste des emprunts directs, avec
souvent copie pure et simple de dessins de revues scientifiques serait
sans doute très longue. Les disques de Delaunay et les franges de
Kupka proviennent directement des publications d'Helmholtz et de
Rood, de même que certains motifs de Klee ont été pris dans des publi
cations de Wertheimer. Plus récemment il conviendrait de citer l'utilisa
tion des dessins de Gibson et de Julesz par des artistes du courant Op Art.
Hagen discute les implications de trois théories de la représentation
picturale : celles de Gombrich, Arnheim et Gibson. Elle propose des
éléments d'une théorie generative dont le principe est que toute repré
sentation picturale peut être décrite par une géométrie projective dans
laquelle le choix des invariants confère une unité de signification carac- 282 Analyses bibliographiques
téristique d'un style ou d'une grande période de la création en matière
d'image représentative. Kennedy centre sa préoccupation sur le thème
des contours subjectifs, sur leur utilisation par les artistes. Il défend
un modèle explicatif fondé sur les effets locaux de contraste et d'assi
milation.
Une autre grande partie de l'ouvrage est consacrée à des réflexions
d'artistes ou de philosophes sur l'irréductibilité de l'œuvre d'art à une
analyse uniquement attachée à la compréhension des processus percept
ifs qu'elle suscite ou sur lesquels elle se fonde. Dans cette partie on
note un court article de Gregory qui rappelle les principes bien connus
de sa théorie, ainsi que deux enquêtes. L'une sur la définition du beau,
l'autre sur le jugement esthétique de formes géométriques simples à
l'aide du différenciateur sémantique (Pickford).
Cet ouvrage, très abondamment illustré de reproductions et de
dessins, mérite l'attention de tout psychologue intéressé par la création
picturale pour peu qu'il soit déjà familiarisé avec la littérature sur la
perception visuelle, ainsi qu'avec les oeuvres de Gombrich et d'Arnheim
auxquelles il est très fréquemment fait allusion, car la composante
didactique de l'ensemble est très discrète.
A. Menchikoff.
Moore (B. C). ■ — ■ An Introduction to the psychology of hearing, 2e éd.,
Londres, Academic Press, 1982, 293 p.
Ce manuel de psycho-acoustique se compare difficilement à d'autres
dans ce domaine précis de la psychologie expérimentale. Us sont si
rares ! Parmi les quelques ouvrages, ou parties d'ouvrages, spécialisés
dans le domaine de la les deux catégories habituelles
existent : manuels faisant le point des données et des théories principales,
d'une part et, d'autre part, ouvrages consacrés aux modèles et aux
recherches les plus récentes. L'ouvrage de Moore tient des deux.
Ainsi, il constitue, en premier lieu, un manuel complet qui aborde
la plupart des relations entre les caractéristiques des sons et les sensa
tions. Il dégage aussi, dans la mesure du possible, les mécanismes qui
sous-tendent ces relations. L'introduction (40 p.) résume la nature du
son ainsi que la structure du système auditif. Elle contient un dévelop
pement très utile qui concerne les propriétés générales des filtres et le
concept de linéarité. Puis sont présentés successivement :
— la sonie (intensité subjective), l'adaptation et la fatigue (33 p.) ;
— l'analyse des fréquences, le masquage et les bandes critiques (49 p.) ;
— la perception de la hauteur (34 p.) ;
— la de l'espace (33 p.) ;
— les formes sonores et la perception de l'objet (20 p.) ;
— la perception de la parole (25 p.) ;
— les applications et perspectives (35 p.). Psychologie générale 283
Par ailleurs, le livre est d'une grande actualité pour toutes les ques
tions débattues par la recherche en psycho-acoustique aujourd'hui.
Cette deuxième édition qui fait suite à celle de 1977 s'enrichit des apports
de techniques expérimentales nouvelles (les courbes de sélectivité de
fréquence psycho-acoustiques, le seuil de pulsation). Le chapitre consacré
à la perception des formes et des objets sonores est original. Il esquisse
enfin un rapprochement intéressant entre la psycho-acoustique et
l'ensemble des études psychologiques sur la perception.
L'esprit dans lequel est rédigé ce livre a pour conséquence un texte
abondant et de nombreuses figures consacrés aux modèles et aux discus
sions. La psycho-acoustique n'y est pas réduite à un catalogue de données.
Grâce à la fermeté des raisonnements de Moore, il s'en dégage une vision
d'ensemble de ce que nous connaissons du fonctionnement psychos
ensoriel auditif.
L'intérêt de l'ouvrage, en ce qui concerne la méthodologie, est moins
grand. Les méthodes générales de la psychophysique n'y sont pas pré
sentées, si ce n'est l'application de la théorie de la détection du signal.
La méthode d'estimation de la grandeur de Stevens y est tantôt critiquée,
lorsqu'elle conduit à la loi de puissance reliant la sonie aux intensités
physiques, tantôt reconnue lorsqu'elle est utilisée dans les mesures
récentes de l'adaptation.
Ce livre donnera à un non-spécialiste une idée précise du contenu
et des développements actuels de la psycho-acoustique. Destiné aux
étudiants anglais et américains en psychologie, en audiologie, en sciences
de la parole et de l'audition, souhaitons qu'il contribue au développe
ment des sciences de l'audition en France.
M.-C. Botte.
Richardson (J. T.). — Mental imagery and human memory, Londres,
Mac Millan, 1980, 178 p.
C'est dans ses rapports avec la mémoire humaine que l'image ment
ale a suscité, dans les premières années qui ont marqué la résurgence
de ce thème dans le champ de la psychologie scientifique, le plus d'efforts
de recherche et d'expérimentation. Aussi était-il justifié que, à côté
de publications plus générales, un ouvrage soit consacré à ce secteur
spécifique de la recherche sur l'image. Le livre de John Richardson
présente à cet égard la synthèse que l'on pouvait attendre.
Après un recensement critique des principales « attitudes » de la
psychologie à l'égard de l'image mentale, l'auteur procède à une atten
tive analyse conceptuelle de cette notion. La partie essentielle de cette
analyse est consacrée à une idée qui est au centre de nombreuses discus
sions contemporaines, et selon laquelle le caractère fonctionnel des
images tiendrait, non pas tant à leurs propriétés « émergentes », qu'aux
descriptions abstraites, de nature propositionnelle, dont elles ne sont 284 Analyses bibliographiques
en somme qu'une représentation « de surface ». On se retrouve ici au
cœur d'un débat majeur, dont il est clair d'ailleurs que l'enjeu dépasse
le cadre des seules recherches sur l'imagerie.
Cinq chapitres plus spécifiques sont consacrés aux effets et au rôle
de l'imagerie visuelle dans différentes situations sollicitant la mémoire
humaine : mémorisation à court terme, mémorisation de matériels gra
phiques, apprentissage « assisté » par une stratégie d'imagerie, mémoris
ation de mots isolés, mémorisation de phrases. Un chapitre final fait
un point utile sur l'analyse des différences individuelles, leur mesure et
leur opérationalisation dans les recherches sur l'imagerie, et passe
également en revue les données récemment fournies par la neuro
psychologie.
Btayé par une large présentation de la littérature dans ce domaine
(exclusivement de langue anglaise), l'ouvrage de Richardson, clair et
dense, sera un instrument de référence, non seulement pour les chercheurs
spécialement intéressés par l'imagerie, mais aussi pour les « généralistes »
de la mémoire humaine.
M. Denis.
Mémoire, conditionnement, évolution, colloque en hommage au
Pr M. R. Rosenzweig, Paris, Publications de la Sorbonne, série
« Etudes », t. 18, 1981, 69 p.
Ce numéro de la série « Etudes » de l'Université René-Descartes
est consacré à la publication du colloque réalisé pour rendre hommage
au Pr Rosenzweig lors de la remise de la distinction de docteur honoris
causa de l'Université René-Descartes le 5 décembre 1980.
M. présente d'abord des recherches se rapportant aux
mécanismes biologiques dans le stockage de la mémoire, les effets d'un
milieu enrichi sur le comportement, la consolidation de la mémoire à long-
terme. L'auteur souligne que les trois niveaux de à court,
moyen et long terme ne mettent pas en jeu les mômes processus neuro-
naux. Il développe particulièrement les effets d'amnésie provoqués
par l'injection de différents produits chimiques chez le rat en fonction
du moment de l'apprentissage et les blocages de ces effets amnésiques
par d'antidotes. Il termine son exposé par un survol des
applications de ces recherches et particulièrement dans des cas d'arrié
ration mentale, non seulement par le développement de l'utilisation de
milieux enrichis, mais également par celui de traitements biologiques
neurochimiques. On verrait alors apparaître un « praticien neuro-
scientiste » ou neuropsychologue en pédagogie. Ainsi pourrait se déve
lopper une pédagogie plus à la carte.
T. Alexinsky traite de 1' « Analyse de l'évolution de la rétention à
court terme » par la méthode d'appariement retardé chez le rat. Elle se
place dans une perspective d'étude des bases physiologiques des pro- Psychologie générale 285
cessus mnésiques. La technique expérimentale permet de faire varier
un très grand nombre de paramètres temporels de l'apprentissage en
un seul essai répété au long des jours. L'auteur indique les comporte
ments observés en fonction de la durée de présentation du stimulus et
l'intervalle de rétention et conclut en faisant une critique fort justifiée
du concept de mémoire à court terme utilisé dans le cas de l'apprentissage
chez l'animal. Son hypothèse est que différents mécanismes de trait
ement se mettent en place au moment de la présentation d'un stimulus :
« La redondance de l'information, au cours d'une de longue
durée, se traduirait par une multiplication des représentations ce qui
faciliterait l'évocation ultérieure, même après des délais importants. »
P. Roubertoux présente « Le rôle des comportements dans les
mécanismes évolutifs : éthologie génétique et différentielle ». Son objet
est ambitieux dans la mesure où « il ne s'agit plus maintenant de montrer
que les différences individuelles sont affectées par la diversité génétique
des populations, mais que la structure génétique des populations est
modulée par les comportements des individus qui la composent ». C'est
ce que l'auteur veut vérifier en cherchant les mécanismes comporte
mentaux qui sont à l'origine de la modification de la fréquence des
gènes de génération en génération.
V. Pouthas examine les « Adaptations comportementales à la durée
chez le très jeune enfant ». L'auteur a étudié l'adaptation du rat à des
conditionnements au programme de renforcement de débit de réponse
lent (DRL), qui s'avère très précise pour des délais de 20 s. Comparati
vement, elle recherche comment le jeune enfant, chez qui s'ébauche un
appareil conceptuel que ne possédera jamais le rat, s'adapte lui-même
à 1' « attente ». Le but théorique plus général est de déterminer « ce qui
dans l'acquisition de régulations temporelles du comportement, relève
d'une aptitude primaire et ce qui relève de la représentation que l'enfant
a de la durée ».
G. Oléron.
Friedman (M. P.), Das (J. P.) et O'Connor (N.) (Edit.). — Intelli
gence and learning, New York, Plenum Press, 1981, 624 p.
On trouve ces dernières années relativement peu de livres de psychol
ogie qui mentionnent dans leur titre le terme « apprentissage ». On est
donc d'emblée séduit par cette référence. Il s'agit en fait des Actes
d'une conférence internationale organisée, par la division scientifique
de I'otan, à York (Grande-Bretagne), en juillet 1979. C'est dire qu'on
trouvera dans le livre tous les défauts qu'on décèle habituellement dans
les recueils du genre, mais également l'occasion de pistes de recherches
intéressantes et originales, et une photographie, en quelque sorte, de
l'état des relations qui s'établissent à l'heure actuelle entre des champs
disciplinaires qui durant des décennies restaient fermés les uns aux 286 Analyses bibliographiques
autres. Comme le note Estes dans son article liminaire, qui fait remar
quablement le point de la question, on voit se rejoindre aujourd'hui
les études relatives à l'intelligence, à l'apprentissage et à l'activité cogni
tive. L'étude de l'apprentissage porte sur le développement d'habiletés
diverses et l'acquisition de la connaissance. L'étude de l'intelligence
concerne la mesure des capacités intellectuelles, la conceptualisation de
l'organisation de ces et l'identification des stratégies acquises
dans chaque type de tâche. La psychologie cognitive s'intéresse aux
produits de l'apprentissage ; elle étudie l'organisation de la connais
sance en mémoire, la manière dont les sujets y accèdent, et les opérations
mentales permettant d'accomplir certaines tâches. Ces définitions
rapides suffisent à montrer le changement de perspectives.
L'organisation du livre suit celle de la conférence. L'ensemble est
divisé en 15 sections que l'on peut regrouper de la manière suivante.
La section 1 introduit les problèmes (Estes, Zigler et Balla, Jensen,
O'Connor et Hermelin). Les sections 2, 3, 4 traitent de la nature de
l'intelligence (notamment Eysenck, Humphreys, Scarr) et des diff
érences interindividuelles (Chase et coll., Ridgway, Willis et coll., Nicol-
son). Les sections 5 et 6 sont consacrées aux approches piagétiennes de
l'intelligence (notamment Bovet, Bryant, Kavanagh, Chi, Blank et coll.,
Butterworth). Les sections 7, 8, 9 à des analyses en termes de psychol
ogie cognitive (Butterfield, Das et Jarman, Biggs, Sternberg, Snow)
et aux processus mis en œuvre dans la lecture (Marsh et coll., Rader et
Cheng, Leong, Nel et coll., Brown). La section 10 aux comparaisons inter
culturelles (Berry, Iruine). Les sections 11, 12, 13, 14 aux différences
individuelles et aux pathologies de l'intelligence (notamment Rabbitt,
Lansman, Hunt, Baddeley, Brown et Campione, Hindley). Enfin la
section 15 donne le point de vue des théories du traitement de l'info
rmation (Geuss, Brand, Davies et Rushton, Noelting).
Il n'est évidemment pas question de résumer un si gros volume
en si peu de place. Les éditeurs ont eu la sagesse de doter le livre de
deux index qui se révéleront utiles au lecteur pressé : un index des
noms, où l'on constate que les plus cités ne sont pas ceux qu'on pouvait
attendre, s'il n'y avait pas eu des changements importants dans la
manière d'envisager les problèmes ; un index des matières, où les
concepts comportant le plus de références montrent bien qu'une restruc
turation du champ d'étude est en train de s'accomplir. Indiquons, pour
terminer, aux éditeurs, qu'un défaut de mise en page rend bien difficile
à lire l'article de Baddeley (p. 479 et s.).
P. Lecocq. Psychologie générale 287
Cooper (W. E.) et Sorensen (J. M.). — Fundamental frequency
in sentence production, New York, Springer Verlag, 1981, 213 p.
La structure du signal de parole est simple seulement pour qui
n'a jamais été confronté à sa réalité physique. L'ouvrage est consacré
à un seul aspect de ce signal : la fréquence fondamentale (Fo) lors de
la production de phrases en anglais. L'originalité, la difficulté et donc
l'intérêt de ce travail réside dans le fait que pour cerner les variations
pertinentes de Fo en fonction de la structure syntaxique des énoncés, les
auteurs se sont fondés sur la production de nombreuses phrases de
structure variée, dites par différents locuteurs. Ces productions ont été
obtenues et analysées en utilisant toutes les ressources de la méthode
expérimentale alliées à celles de l'informatique. Ceci dans le but d'induire,
des variations de Fo observées, les planifications opérées par le locuteur.
Ici convergent l'acoustique, la linguistique et la psychologie.
Après avoir consacré un chapitre à la présentation des outils concept
uels, propres à chaque discipline et nécessaires à la compréhension de
l'ouvrage, les auteurs consacrent trois chapitres à leurs propres travaux.
La clarté du texte, qui adopte les règles de l'exposé des recherches expé
rimentales, la redondance entre le texte et les figures rendent la lecture
de plusieurs dizaines d'expériences monotone mais facile.
La Fo décroît du début à la fin d'un énoncé déclaratif (declination).
Le chapitre 2 est consacré à la mise au point (réussie) d'une fonction
mathématique générale qui rend compte et prévoit le phénomène.
La chute locale de Fo suivie d'une remontée (Fallrise pattern)
observable à la frontière de certaines propositions et de certains syn-
tagmes fait l'objet du chapitre 3. Il est montré que l'importance de ce
pattern dépend de la force de la liaison syntaxique en jeu.
Des conditionnements phonétiques se produisent « ignorant » les
frontières de mots. Le chapitre 4 étudie l'influence de la structure
syntaxique sur le blocage de ces conditionnements (blocking).
Le chapitre 5 permet aux auteurs de souligner en conclusion l'impor
tance de leur modèle de la déclinaison de Fo et de s'interroger sur
l'existence des phénomènes étudiés dans d'autres langues.
Le dernier chapitre survole une quinzaine de champs concernés par
la Fo et que la démarche choisie par les auteurs concerne parfois de
très près (synthèse de la parole, perception, mémoire, etc.), parfois
de plus loin (aphasie, autisme, etc.).
M. Vion.
Dechert (H. W.) et Raupach (M.) (Edit.). — Temporal variables
in speech, La Haye, Mouton, 1980, 370 p.
L'organisation de l'ouvrage épouse celle des Journées d'Etudes
interdisciplinaires de Kassel (juin 1978) qui devait mettre un point
final à deux années de rencontres entre 25 participants de divers pays.

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