Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.87, pg 109-128

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L'année psychologique - Année 1987 - Volume 87 - Numéro 1 - Pages 109-128
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1987
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°1. pp. 109-128.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°1. pp. 109-128.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1987_num_87_1_29189L'Année Psychologique, 1987, 87, 109-144
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Buxton (C. E.) (Edit.). — Points of view in the modern history of
psychology, Orlando, New York, Academic Press, 1985, 468 p.
Quatorze auteurs ont été réunis pour présenter et interpréter le sujet
qu'ils ont choisi. Quatorze chapitres examinent si, depuis le travail de
référence de Boring (1950), il existe de nouveaux faits qui entraîneraient
une révision, une extension ou une réinterprétation de l'histoire de la
psychologie.
Les chapitres 2 et 3 présentent les travaux de Wundt et de l'école de
Leipzig. Une analyse détaillée du travail de Wundt est exposée, justifiée
par le fait que les psychologues contemporains ont trop caricaturé ses
idées.
Les chapitres 4 et 5 ont trait au mouvement fonctionnaliste qui a
préparé, pour l'essentiel, le behaviorisme (chap. 6 et 7).
Un point de vue critique sur le psychanalytique est
exposé dans le chapitre 8, tandis que les perspectives ultérieures, ouvertes
par ce mouvement, sont analysées dans le chapitre 9, dont l'auteur nous
explique que les féministes ont été critiques vis-à-vis de Freud parce que
la psychanalyse a maltraité les femmes (...).
La présence du chapitre 10 intrigue et est, sans doute, discutable : la
psychologie cognitive. Certains éléments, comme le rappel de l'influence
piagétienne ainsi que celle d'Européens expatriés comme Werner et
Lewin, relèvent d'éléments historiques. Cependant la présentation de
nombreux travaux datant des années 1970 et 1980 ne relève pas d'une
approche historique et rend difficile le retour à la Gestalt théorie (chap. 11).
Les deux derniers chapitres présentent les principales contributions
biologiques ainsi que les relations avec la philosophie.
Une bibliographie détaillée, à la fin de chaque chapitre, contribue à
faire de cet ensemble de textes un instrument de travail intéressant.
E. Dumaurier. 110 Analyses bibliographiques
Tiberghien (G.). — Initiation à la psychophysique, Paris, puf, coll.
« Le Psychologue », 1984, 152 p.
Ce petit livre survole en une centaine de pages agréablement écrites
les aspects les plus classiques de la psychophysique. J'ai été surpris de
trouver dans l'introduction un condensé des différentes tendances phi
losophiques qui sous-tendent la psychophysique (idéalisme, matéria
lisme et leurs descendants), avec citations tirées de Lénine et Mao Tsé
Toung ainsi que des références aux crises vécues par la physique (Bohr,
Heisenberg) ! A première vue je craignais de trouver un répertoire de
grands noms et d' « ismes » ne servant qu'à illustrer l'érudition de l'au
teur. Mais par la suite, j'ai pu apprécier ce cadrage philosophique concis
suivi de cette explication des tendances actuelles, qui m'ont fait réaliser
à quel point les méthodes psychophysiques que j'utilise sont issues d'une
Weltanschauung particulière, qui n'est nullement la seule possible.
Le premier chapitre, après une discussion sur la distinction percep
tion/sensation, et un bref historique des origines de la psychophysique
avec Fechner, passe à la définition du concept de seuil et au problème
d'interprétation de ses fluctuations. Ensuite l'auteur traite les différentes
méthodes classiques de mesure du seuil absolu et du seuil différentiel,
mais sans entrer dans le détail pratique des multiples méthodes actuelles,
et sans mentionner les méthodes « adaptatives » récentes.
Le chapitre 2 traite d'abord de la théorie de la mesure, et des diffé
rents types d'échelles : nominal, ordinal, intervalle et rapport. Comme
introduction à ces concepts, le traitement est suffisant ; je dirais même à
la limite que l'auteur en fait trop, car la discussion des différentes axioma-
tisations de la mesure est incompréhensible pour le débutant, et n'apporte
rien à celui qui s'y connaît. Un problème similaire afflige le sous-chapitre
dédié aux échelles de sensation : celui-ci esquisse l'essentiel des différents
types d'échelle (confusion, partition, catégorie et rapport), mais le lec
teur débutant sera dérouté par les mathématiques (où souvent les termes
ne sont pas clairement définis), et le lecteur avisé s'ennuiera dans des
développements trop élémentaires.
Le chapitre 3 aborde la psychophysique objective de Fechner, avec
la loi de Weber, le postulat de Fechner, et leurs limitations. L'auteur
passe ensuite à la psychophysique subjective de Stevens, avec la fonction
puissance et sa validité. Je regrette que dans ce chapitre concis l'on
n'ait pas approfondi davantage la liaison avec les différentes notions de
« sensation » exposées au chapitre 1.
Le chapitre 4 traite rapidement de la théorie moderne de la détection
du signal, et de la théorie du niveau d'adaptation et ses développements.
Le chapitre 5 mentionne quelques domaines d'application des méthodes
psychophysiques, en insistant sur le vaste potentiel inexploité de ces
méthodes.
Le dernier chapitre fait un éloge final à la psychophysique, domaine
d'étude qui a donné naissance à la psychologie expérimentale, qui sert générale 111 Psychologie
encore aujourd'hui comme modèle de rigueur méthodologique, et qui
promet de nouveaux champs d'applications.
Quelques avantages de ce livre : il est concis, et servira efficacement
comme premier cadre de référence à celui qui veut s'initier à la psycho
physique. Les théories sont placées dans leurs contextes socio-écono
miques ; l'auteur nous fait sentir que les débats sont encore bien vivants.
A la fin de chaque chapitre on trouve, en plus des références bibliogra
phiques utiles, quelques études pratiques qui serviront à inspirer l'e
nseignant en défaut de sujets d'examen... L'index des auteurs et des
matières semble adéquat.
Quelques inconvénients : les développements mathématiques (p. 54,
65, 80, 86, note 3, p. 91) et les figures (p. 69, 82) sont souvent imprécis
(termes non ou mal définis), et ne contribuent pas efficacement à l'expos
ition. Ce livre n'est pas un manuel pratique, mais un préalable à un
manuel pratique.
J. Kevin O'Regan.
Kintsch (W.), Miller (J. R.) et Poison (P. G.) (Edit.). — Method and
tactics in cognitive science, Hillsdale (nj), Lawrence Erlbaum, 1984,
324 p.
Cet ouvrage contient les textes présentés à une conférence qui s'est
tenue en 1981 à l'Université du Colorado, à Boulder, sous le patronage de
la Fondation Sloan.
Il s'agissait d'une des conférences qui réunissent périodiquement les
chercheurs regroupés autour de la Société pour la Science cognitive aux
Etats-Unis. Cette société scientifique a son homologue en France, l'Asso
ciation pour la Recherche cognitive.
S'il existe un large accord sur le thème de la recherche, à savoir la
connaissance, ou plus largement la cognition, sous leurs différentes formes
il est parfaitement visible que des différences importantes demeurent entre
les chercheurs qui étudient ces questions, et entre les disciplines dont ils
relèvent (l'intelligence artificielle, la psychologie cognitive, la linguistique
et aussi la logique, la « philosophie de l'esprit », l'anthropologie, et, sous
certains angles, des parties de la neurobiologie).
On peut penser que ces différences tiennent aux modes d'approche
d'un domaine commun, à la méthodologie, à la tactique, selon le terme
employé ici. Certes des progrès importants ont récemment été faits, y
compris dans la mise en œuvre de recherches pluri-, ou au moins bidis-
ciplinaires ; mais nous n'en sommes pas au point que l'on puisse consi
dérer l'interdisciplinarité comme établie.
L'ouvrage est donc focalisé sur ce problème des différences dans les
modes d'approche. Il l'aborde à partir d'illustrations concrètes, tirées
des divers sous-champs de la recherche, et sur lesquelles s'exerce une
réflexion de caractère théorique.
Les trois auteurs qui éditent le volume, et qui sont tous trois des psy- 112 Analyses bibliographiques
chologues, l'introduisent brièvement. Ils insistent particulièrement pour
que soit récusée l'introspection comme méthode fiable, en dépit de la
tentation d'y avoir recours qui saisit parfois les chercheurs des disciplines
autres que la psychologie ; ils mettent en relief l'importance de l'expér
imentation.
Ensuite les contributions sont regroupées en quatre grandes parties :
les trois premières sont consacrées respectivement à l'intelligence arti
ficielle, à la linguistique, à la psychologie ; la quatrième s'intitule (avec
une préposition bien caractéristique) : « vers la science cognitive ».
La première section est due à Wendy Lehnert ; elle s'appuie sur la
confrontation de recherches en intelligence artificielle et en psychologie
sur les systèmes de questions/réponses et introduit les problèmes généraux
de méthode à partir de là. Puis W. Clancey expose la méthodologie qui
l'a conduit à la construction d'un système tutoriel intelligent ; il est basé
sur le système expert princeps, Mycin. Discutant ces interventions,
J. Haugeland présente une série de réflexions stimulantes sous le titre
un peu provocateur : « premier parmi ses égaux » ; c'est l'intelligence
artificielle qui se voit conférer ce statut, et l'on peut, entre autres argu
ments, retenir celui qui lui confère la capacité de conceptualiser les sys
tèmes de connaissance au niveau le plus abstrait et le plus général.
La partie linguistique contient une contribution de J. Bresnan et
R. M. Kaplan, sur les grammaires considérées comme représentations
mentales du langage. Puis T. Givon donne un exposé comparatif des
traitements déductif et pragmatique dans la langue naturelle. Ces deux
textes font l'objet d'une discussion, par Herbert Clark et Barbara Malt,
des « contraintes » psychologiques concernant le langage.
La partie psychologique contient trois textes. L'un, dû à D. Swinney,
envisage les problèmes de la Science cognitive dans la perspective de la
psycholinguistique, avec une étude particulière des problèmes de l'ambi
guïté. Le second article, signé par VanLehn, Seely Brown et Greeno,
examine les questions de l'argumentation compétitive dans les théories
calculatoires (ou « computationnelles ») de la cognition ; par « argument
ation compétitive », il faut entendre la comparaison d'un principe expli
catif avec d'autres, ou avec des versions différentes de lui-même, en vue
d'en montrer son caractère nécessaire, et non seulement suffisant. Dans
le troisième texte, B. Charniak développe l'idée, appuyée sur plusieurs
exemples tirés de l'histoire des sciences, que la situation méthodologique
en Science cognitive est, au total, bonne telle qu'elle est, dans sa diver
sité : on ne peut décider a priori de la supériorité de telle ou telle approche.
Dans la dernière partie, les éditeurs, Poison, Miller et Kintsch repren
nent les problèmes de méthode et de tactique à la lumière des interven
tions précédentes : ils indiquent eux aussi que la bonne recherche ne peut
être liée à une méthodologie particulière. Les remarques générales que
P. Suppes présente sur les sciences cognitives ont la même tonalité
pluraliste. Psychologie générale 113
Enfin George Mandler, dans son tour d'horizon final sur les Sciences
cognitives, pose explicitement la question de savoir s'il faut utiliser à ce
propos le singulier (« la Science cognitive ») ou le pluriel (« les Sciences
cognitives »). Il met en avant les deux notions centrales de processus et
de représentation, avec tout leur passé historique ; il vaut la peine de
relever ici, à cause de sa rareté, la mention qui est faite ici des psychologies
française et allemande du début du siècle (et de celle de Genève plus tard).
G. Mandler termine sur le mode plaisant en décrivant un modèle (nommé,
par un double jeu de mots, muddle), qui est celui d'une pension de
famille dans laquelle chacun a sa place, et dont les règles de vie doivent
contribuer à l'harmonie de tous.
L'idée d'une Science cognitive a, on doit le dire, bien progressé en
France aussi au cours de ces dernières années : on retrouve dans ce livre
le reflet de discussions qui s'y déroulent. Certes, postérieurement aux
débats dont rend compte le présent ouvrage se sont produits encore
d'autres développements concernant la Science cognitive, par exemple
dans ses relations avec la neurobiologie. Mais le livre édité par Kintsch,
Miller et Poison présente un tour d'horizon très utile sur les questions de
méthodologie en ce domaine neuf.
J.-F. Le Ny.
Lycan (W. G.). — Logical form in natural language, Cambridge (ma),
Londres, mit Press, 1984, 348 p.
Cet ouvrage de philosophie du langage explore, de façon très dense
et rigoureuse, la possibilité, pour une théorie « vériconditionnelle » de la
signification, de s'appliquer aux langues naturelles.
Le terme de « signification » est en lui-même fort vague, et recouvre
des notions très différentes. Le propos de l'auteur est de montrer que son
élément essentiel, son « noyau », est la notion de condition de vérité d'une
phrase : « signifie que » peut se paraphraser « est vrai si et seulement si ».
Cette conception, issue de la théorie des modèles de Tarski, et appliquée
aux langues naturelles notamment par Davidson et Harman, se heurte,
on le sait, à un certain nombre de difficultés, liées notamment aux aspects
pragmatiques du langage. La plus grande partie de l'ouvrage de Lycan
est consacrée à examiner ces difficultés, et à en proposer des solutions :
tour à tour sont ainsi étudiés l'ambiguïté, la deixis, les présuppositions
et les implicatures conversationnelles, les énoncés performatifs et les pro
blèmes de l'illocutoire... Quelques ajustements de la théorie (notamment
par l'assignation de valeurs contextuelles), et surtout une distinction
nette entre sémantique et pragmatique, permettent de résoudre ces
difficultés.
La dernière partie du livre — assez courte — s'attache à montrer
qu'une telle sémantique ne constitue pas seulement une formalisation
satisfaisante des langues naturelles, mais comporte également une « réalité 114 Analyses bibliographiques
psychologique » ; e'est-à-dire qu'elle est, d'une façon ou d'une autre,
réalisée dans le speech center des sujets parlants.
Mais, si l'intérêt du lecteur psychologue est éveillé par l'affirmation
de Lycan selon laquelle la sémantique telle qu'il la conçoit est « une
branche de la psychologie scientifique », la lecture de cette dernière partie
le laissera assez insatisfait. La psychologie dont il s'agit semble en effet
essentiellement spéculative et — même si elle cède à la mode en présen
tant le speech center sous forme d'un organigramme comme on en a vu
beaucoup — assez étrangère aux recherches psycholinguistiques actuelles.
Les « données empiriques » ne sont d'ailleurs évoquées qu'en une demi-
page, de façon très vague et allusive, et l'auteur ne leur accorde qu'un
intérêt très marginal.
Pour ce qui est du thème principal de l'ouvrage, force est de recon
naître que la théorie vériconditionnelle est actuellement la théorie séman
tique la plus rigoureuse et la plus élaborée. On peut n'être pas pour autant
convaincu de la thèse d'une autonomie radicale de la sémantique : d'au
tres arguments que ceux que discute l'auteur pourraient être invoqués
en faveur d'une « pragmatique intégrée » ; et d'autres problèmes délicats
sont posés à la sémantique vériconditionnelle par le fonctionnement, dans
les langues naturelles, de la quantification, des connecteurs ou des modal
ités, par exemple.
Le mérite de cet ouvrage est néanmoins d'examiner en détail un cer
tain nombre de problèmes importants, et de définir clairement certaines
exigences auxquelles doit satisfaire une théorie de la signification. A ce
titre, les psycholinguistes déjà un peu familiers avec les problèmes de
sémantique logique — et que ne rebuteront pas trop des développements
au parfum parfois un peu scolastique — pourront y trouver matière à
d'utiles réflexions.
J. Caron.
Rossi (J.-P.). — Les mécanismes de la lecture, Paris, Publications
de la Sorbonne, 1985, 187 p.
Perception visuelle ou traitement sémantique, épellation, identi
fication des mots ou compréhension des phrases, des textes : le terme
de « mécanisme » est polysémique, celui de « lecture » ne l'est pas moins.
C'est de cet ensemble complexe qu'il est question, dans un exposé
méthodique et informé qui couvre ce large éventail, avec un accent
mis essentiellement sur les processus de reconnaissance.
La présentation fait intervenir en premier lieu les mécanismes d'acti-
vation du sens, tels qu'ils se manifestent dans la décision lexicale
sur des mots, à partir de procédures qui associent extraction de l'info
rmation du « bas vers le haut » (de la lettre vers le mot) et utilisation du
contexte.
L'analyse, dans la seconde partie du codage phonologique montre Psychologie générale 115
qu'il pourrait soit suivre, soit accompagner, soit précéder l'activation
du sens du mot ; dans tous ces cas, le codage suppose la décomposition
du mot en phonèmes.
La troisième partie est consacrée aux possibilités d'identification
directe du mot dans l'intermédiaire d'un codage phonologique. Les
caractéristiques graphémiques sont alors les traits de base pour la
reconnaissance.
Quels que soient les mécanismes élémentaires la lecture « courante »
implique l'accélération de leur mise en œuvre, dont les conditions sont
envisagées dans la quatrième partie : la « familiarité » des mots, liée à
leur fréquence d'usage, abaisse leur seuil d'identification. Différentes
théories du « devinement » sont examinées, ainsi que divers modèles
issus de la théorie de la détection du signal.
La démarche se conclut par l'amorce d'un modèle qui suppose que
la présentation d'un mot entraîne l'activation simultanée de schemes
appartenant à trois répertoires complémentaires et interactifs : de la
lettre, du groupe de lettres, du mot. Un tel système autorise plusieurs
voies d'entrée et permet de tenir compte des redondances. Ainsi di
sposerait-on d'un modèle dont la complexité serait ajustée à celle de
l'activité dont il vise à rendre compte, et qui pourrait être mis à l'épreuve,
notamment chez l'enfant aux différentes phases d'automatisation qui
marquent l'acquisition de la lecture.
S. Netchine.
Groner (R.), McConkie (G.) et Menz (C.) (Edit.). — Eye movements
and human information processing, Amsterdam, New York, North
Holland, 1985, 421 p.
Le XXIIIe Congrès international de Psychologie s'est tenu à Aca-
pulco (Mexique) en septembre 1984. Plusieurs symposiums y ont été
organisés. R. Groner a animé celui qui concernait les recherches sur
les mouvements des yeux, puis a sélectionné et édité les contributions
qui constituent ce volume.
Un premier chapitre est consacré à sept articles sur le fonctionnement
du système oculomoteur : neurophysiologie des coordinations œil-tête,
capacités de contrôle prédictif de la poursuite continue, déclenchement
des saccades de fixation. Les caractéristiques du comportement oculo
moteur sont étudiées chez le nouveau-né, ainsi que le développement
du nystagmus optocinétique.
Les chapitres suivants concernent l'utilisation des mouvements des
yeux en tant qu'indices d'activités perceptives et cognitives, abordée
dans deux grands domaines : le rerbal et le figuratif. En ce qui concerne
la perception des mots et la lecture, de nombreuses recherches se déve
loppent et sont représentées ici par huit communications. Les carac
téristiques des comportements oculomoteurs significatifs des opérations 116 Analyses bibliographiques
de traitement du langage, les effets sur les mouvements des yeux des
aspects physiques, lexicaux ou syntaxiques des textes, sont analysés
dans diverses situations expérimentales de lecture, en visant à com
prendre les mécanismes de base du guidage du regard en relation avec
les opérations de traitement du texte. Par ailleurs, dans diverses situa
tions d'exploration visuelle de scènes plus ou moins complexes, ou de
résolution de problèmes, les déplacements du regard, leur séquence,
les durées des fixations et les amplitudes des saccades sont analysés
en tant qu'indices d'opérations de sélection ou de déplacement de
l'attention.
Enfin, le dernier chapitre s'oriente vers les recherches appliquées
où les mouvements oculaires servent à répondre à des questions plus
ergonomiques : comment s'y prend-on pour bien examiner des radio
graphies des poumons, des cartes géographiques, des textes sur écran ?
La sélection liée aux contingences géographiques de la rencontre
internationale à l'origine de ce volume a donné une large priorité aux
contributions américaines, et ne garantit évidemment pas la représen
tativité de cet échantillon quant à l'ensemble des travaux qui se déve
loppent dans le monde sur les mouvements des yeux. On remarque en
particulier que la psychophysiologie et le développement du système
oculomoteur sont très peu représentés, et que par contre beaucoup
de travaux sur la lecture et l'exploration visuelle sont regroupés ici,
sans toutefois aboutir à une véritable synthèse d'ensemble. Mais ce
volume fournit une documentation substantielle de travaux récents et
prend sa place dans la série de recueils qui témoigne de la vitalité du
domaine de la recherche concernant les mouvements des yeux, dans le
monde entier. C'est un livre facile d'accès, qui servira de référence dans
les bibliothèques de psychologie expérimentale.
A. Lévy-Schoen"
Kosslyn (S. M.). — Ghosts in the mind's machine : creating and using
images in the brain, New York, Londres, W. W. Norton, 1983, 249 p.
L'ouvrage est une revue, écrite dans un style non académique, des
recherches menées depuis une dizaine d'années par Stephen Kosslyn sur
l'imagerie mentale. Publié trois ans après Image and mind, ouvrage de
référence de Kosslyn (voir L'Année Psychologique, 1982, 82, 562-563), le
présent texte assure une présentation actualisée des travaux de l'auteur,
notamment dans des domaines jusqu'ici non abordés par lui, comme
par exemple le raisonnement. Les expériences ingénieuses qui y sont
relatées constituent un bel exemple de créativité expérimentale dans un
domaine dont l'approche se heurte à de nombreuses difficultés méthodol
ogiques.
Cet essai constitue une introduction attrayante, dans un langage non
technique, à une problématique située par l'auteur au cœur de la science générale 117 Psychologie
cognitive. On y trouvera, à un niveau de description certainement ajusté
aux attentes cognitives de nombreux lecteurs potentiels, y compris non-
spécialistes de la psychologie cognitive, un exposé et une argumentation
convaincue en faveur du modèle computationnel de l'imagerie mentale
développé par Kosslyn. Le chapitre final évalue la portée philosophique
de cette approche cognitive, ainsi que ses interactions avec des domaines
comme l'éducation et l'intelligence artificielle.
M. Denis.
Bower (G. H.) (Edit.). — The psychology of learning and motivation,
Advances in research and theory, vol. 17, New York, Academic Press,
1983, 282 p.
Fidèle à sa formule, cette collection regroupe des articles de synthèse
théorique ou des articles expérimentaux sur les grands thèmes de
l'apprentissage de la mémoire et de la cognition (plus rarement sur la
motivation, contrairement au titre delà collection). Ce volume regroupe
un article sur le conditionnement, trois articles sur la mémoire et deux
sur des modèles cognitifs.
L'article sur le conditionnement traite des « contraintes biologiques
des conditionnements instrumental et classique : implications pour
une théorie d'un processus général » où l'auteur, Michaël Domjan,
montre comment des échecs comportementaux peuvent s'interpréter
par des conflits de conditionnements : par exemple il y a échec à condi
tionner des rats à laisser tomber une balle dans un trou car la balle
acquiert une valeur appetitive et le rat ne la lâche pas.
Deux des articles sur la mémoire sont des modèles très généraux, l'un
intitulé « La structure de la humaine » (par William F. Brewer
et John R. Parri) paraît très inspiré de la théorie récente de Endel
Tulving sur le tryptique « mémoires épisodique, sémantique et procé
durale », l'autre « Un système de mémoire modulaire à multiples entrées »
par Marcia K. Johnson renouvelle une ancienne idée (par exemple du
psychologue français Dumas sur les mémoires sensitives séparées,
« visuelle », « olfactive », etc.) de relative autonomie de mémoires spécial
isées.
Le troisième article expérimental, de Harry Bahrick est très original,
et porte sur la mémoire de la topographie d'une ville, après des délais
allant jusqu'à 46 ans : le résultat le plus spectaculaire montre que le
rappel des noms de rue chute très rapidement au cours des six premières
années.
Les deux articles sur les modèles cognitifs portent, l'un sur une
simulation informatique de la prose, par David Kiéras, l'autre traite
de façon très intéressante des systèmes experts dans les sciences sociales.
A. Lieury.

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