Psychologie générale - compte-rendu ; n°2 ; vol.60, pg 581-594

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L'année psychologique - Année 1960 - Volume 60 - Numéro 2 - Pages 581-594
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1960
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II.Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1960 vol. 60, n°2. pp. 581-594.
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II.Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1960 vol. 60, n°2. pp. 581-594.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1960_num_60_2_6944II. — Psychologie générale
Vajda (S.). — Théorie des Jeux et Programmation linéaire (trad.
et adapté par J. Bouzitat). — In-16° de 256 pages, Paris, Dunod,
1959.
De plus en plus, les psychologues s'intéressent à la théorie des Jeux
(il serait impossible de citer tous les articles qui lui ont été consacrés
récemment, aussi bien dans les revues françaises qu'étrangères) et
également, quoique dans une moindre mesure, à la théorie des Pro
grammes linéaires (D. Davidson, P. Suppes et S. Siegel dans Decision
processes : an experimental approach, proposent un modèle de décision
fondé sur les Programmes linéaires). Les deux théories sont d'ailleurs
étroitement liées, puisque les problèmes de la théorie des Jeux peuvent
être ramenés à ceux des Programmes linéaires.
Or, jusqu'ici, le psychologue qui désirait lire plus qu'une introduction
(à cet égard, le livre de Williams : La stratégie dans les actions humaines,
est excellent) ne trouvait guère que des ouvrages d'abord mathématique
assez difficile, eu orientés vers les applications économiques. Le livre
de Vadja, bien que n'ayant pas été rédigé à l'intention des psychologues,
pourra être lu par eux avec le plus grand profit. D'une part, il expose
la théorie indépendamment de ses applications (et en laissant de côté
également les techniques de calcul automatique), ce qui permet de mettre
mieux en lumière les principes et les méthodes ; d'autre part, malgré les
détails techniques qui permettront au lecteur attentif d'avoir des idées
précises sur les méthodes de résolution, l'ouvrage reste toujours lisible
et ne nécessite pas de connaissances supérieures d'algèbre ; il fait larg
ement appel à l'intuition géométrique et, surtout, il ne nécessite aucune
connaissance préalable en la matière, toutes les définitions utiles étant
données su fur et à mesure. Les cinq premiers chapitres du livre peuvent
être considérés à eux seuls comme une parfaite introduction à la théorie
des Jeux et des Programmes linéaires.
Après avoir esquissé la théorie des Jeux, l'auteur montre comment le
problème fondamental des Jeux est un problème de Programmation,
puis il denne les grandes lignes de la théorie des Programmes linéaires.
Les chapitres suivants sont plus techniques et exposent le principe
de la méthode du sirrplex, puis la notion fondamentale de la dualité,
enfin l'applicaticn de la méthode générale des Programmes linéaires à
la résolution des Jeux. Les deux derniers chapitres sont des compléments-
Le psychologue qui aura lu ce livre pourra regretter que les jeux autres
que le Duel (jeu à deux personnes et à somme nulle) ne soient pas abordés
(il en trouvera un exposé critique dans l'ouvrage de Luce et Raiffa :
Games and Decisions) ; mais il aura acquis une connaissance solide 582 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de l'outil linéaire, si précieux dans l'élaboration des modèles. Ajoutons
que ce livre, préfacé par G. -Th. Guilbaud, est non seulement une traduct
ion mais une adaptation faite par un spécialiste de la Recherche
opérationnelle.
H. R.
Leontiev (A. N.), Ananiev (B. G.), Sokolov (E. N.), Seme-
novskaya (E. N.), Ghevarev (P. A.), Chemiakine (F. N.),
Elkine (D. G.), Dobrynine (N. F.), Zintchenko (P. I.), Smir-
nov (A. A.), Rubinstein (S. L.), Kostiuk (G. S.), Galperine (P. A.),
Jinkine (N. I.), Sokolov (A. N.), Luria (A. R.), Bojko (E. L). —
(En russe) (La science psychologique en U.R. S. S.), t. I. — In-16°
de 600 pages, Moscou, Éditions de l'Académie des Sciences Pédago
giques de l'U.R.S.S., 1959.
Débutant par un article de Leontiev sur l'approche historique en
psychologie (où, pour surmonter le dualisme biologie-sociologie, l'A.
souligne l'importance de l'étude de mécanismes intellectuels réels,
s'exerçant donc sur des objets socialement déterminés, selon un apprent
issage déterminé), le premier recueil consacré à la psychologie sovié
tique comprend des revues de questions sur la sensation et la perception,
la mémoire, les processus intellectuels et le langage.
Ananiev dresse un r,apide tableau de « l'apport de la science psycho
logique soviétique à la théorie des sensations » ; il souligne particulièr
ement le rôle de la sensation dans l'ensemble de l'activité, ses propres
variations en fonction des autres activités en cours.
Les articles suivants précisent ces positions.
Ainsi, E.N. Sokolov montre dans la perception une activité en chaîne
de la totalité des analyseurs. Semenovskaya, présentant les travaux
sur la vision, s'attache à la modification de sensibilité provoquée par
des stimuli non visuels ou un conditionnement.
Après une bibliographie, classée par matières, des recherches sur la
perception, faites par Chevarev, deux articles, de Ghemiakine et d'Elkine,
traitent respectivement de l'orientation dans l'espace et de la percep
tion du temps.
Dobrynine expose les problèmes de l'attention, son étude expéri
mentale et psycho-pédagogique. Zintchenko et Smirnov, ceux de la
mémoire, le second s'attachant à la mémoire volontaire, chargée de
signification.
S. L. Rubinstein présente sa conception du déterminisme dialectique,
base de ses travaux sur la pensée. Deux autres articles concernent le
même domaine : celui de Galperine sur la formation des actes intellec
tuels, surtout celui de Kostiuk, analysant une bibliographie de 679 titres.
Jinkine et A. N. Sokolov traitent les mécanismes verbo-moteurs
(auxquels le premier vient de consacrer un important ouvrage). Quant
à Luria, il examine les liaisons de significations impliquées dans le mot,
le rôle du langage dans l'activité, LIVRES 583
Un article de Bojko, sur les bases réflexes conditionnelles des pro
cessus psychiques supérieurs, termine ce premier tome.
N. H.
Sokolov (E. N.). — (En russe) (Perception et réflexe conditionnel).
— In-16° de 330 pages, Moscou, Éditions de l'Académie des Sciences
Pédagogiques, 1958.
Adoptant sous le terme de perception la réception, au sens le plus
large du mot, l'A. l'étudié en tant qu'interaction complexe des réflexes
innés et conditionnels déclenchés dans les différents analyseurs.
Son ouvrage comprend deux parties expérimentales : la perception
des stimuli n'ayant pas valeur de signal, celles de stimuli-signaux, autre
ment dit conditionnels.
Parmi les réponses aux stimuli indifférents, différentes méthodes
d'expérimentation complexe permettent de distinguer :
— des réflexes d'orientation généralisés (E.E.G., mouvement des
yeux, dilatation du cristallin, arrêt de la respiration, augmentation
de la sensibilité visuelle, E.D.G.) ;
— des réflexes d'orientation spécialisés (sensibilité accrue à la lumière,
diminuée à l'obscurité, etc.) ;
— des réflexes d'adaptation (telles les réactions spécifiques du cristallin
et de la rétine aux stimuli lumineux et à l'obscurité, la réaction
pupillaire à un souffle d'acier, etc.).
L'élaboration de réflexes conditionnels ranime tout d'abord les
réflexes d'orientation, auparavant éteints, sur les stimuli conditionnels
et différenciés. Dans les réponses vasculaires comme dans les réponses
visuelles, l'on peut constater un antagonisme des éléments correspon
dant au réflexe d'orientation et au réflexe spécifique. Toutefois, en
maintenant un niveau d'excitabilité optimum des centres nerveux
intéressés, le réflexe apporte une contribution indispen
sable à l'élaboration du réflexe conditionnel.
Dans sa conclusion, Sokolov souligne l'importance de la voie de
conduction non spécifique, en particulier de la formation réticulée.
N. H.
Sokolov (E. N.), Paramonova (N. P.), Vinogradova (O. S.),
Danilova (N. N.), Mikhalevskaya (M. B.), Safonov (V. A.),
Novikova (L. A.), Golubeva (E. A.), Bronnikov (I. N.),
Steklova (R. P.). (En russe) (Le réflexe d'orientation et les pro
blèmes de l'activité nerveuse supérieure). — In-16° de 340 pages,
Moscou, Éditions de l'Académie des Sciences Pédagogiques, 1959.
Cet ouvrage collectif présente un ensemble de travaux sur le réflexe
d'orientation. Sokolov passe longuement en revue (p. 5 à 51) les pro
cédés d'étude du réflexe d'orientation et les principales directions de ces
études : composantes du réflexe, liaison avec les mécanismes d'adaptat
ion et de défense, lois d'extinction, réaction aux stimuli devenus signaux
A. PSYC1IO1.. GO >i8 584 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
conditionnels, influence du renforcement, participation de la réaction
d'orientation à la formation d'un réflexe conditionnel ou à la liaison de
stimuli indifférents.
Il montre que ces travaux ont tendance à fusionner avec ceux qui
étudient les fonctions de la formation réticulée. En effet, la réaction
d'orientation, non spécifique (comprenant par exemple la désynchroni
sation des rythmes corticaux), renforce le tonus cortical, ce qui facilite
le développement de l'excitation. Cette action, on le sait, est liée au
système réticulé.
Dans un deuxième article (p. 52 à 76), Sokolov étudie le rôle du
réflexe psychogalvanique comme composante du réflexe d'orientation.
Pour cela il enregistre simultanément une réaction motrice et la rési
stance cutanée à un courant continu, mesurée sur différentes régions
du corps qui se distinguent non seulement par une résistance psycho
galvanique différente mais par des types de réactions différents.
En particulier, Sokolov utilise la réponse galvanique pour déter
miner des seuils de sensibilité visuelle (dans l'adaptation à l'obscurité)
et auditive ; là, il effectue deux séries d'expériences : dans la première,
des stimuli auditifs sont répétés jusqu'à l'extinction, d'autant plus
lente que le stimulus est plus puissant ; dans la seconde, les sujets
doivent classer les sons qu'ils perçoivent ; la « signification de signal »
ainsi donnée à ces stimuli renforce les réactions aux plus faibles
d'entre eux.
Paramonova (p. 77-85) utilise l'B.D.G. comme indice du réflexe
d'orientation chez les oligophrènes. Des stimuli auditifs sont répétés
jusqu'à extinction du réflexe d'orientation. Après quoi, des réflexes
conditionnels moteurs sont formés, sur commande verbale, sur ces
stimuli.
Déjà, le réflexe d'orientation initial apparaît chez les oligophrènes
avec des particularités diverses ; le cas le plus intéressant est celui où
il ne survient pas dès le début, mais un peu plus tard.
Mais c'est au cours de l'élaboration du réflexe conditionnel que les
réactions des oligophrènes diffèrent le plus de celles des normaux. Chez
ces derniers, on le sait, la formation du réflexe exige la
réapparition préalable du réflexe d'orientation. Chez la majorité des
oligophrènes, au contraire, le d'orientation ne réapparaît qu'après
la formation du réflexe conditionnel, ou même pas du tout. L'A. attribue
cette différence à l'absence du rôle directeur du langage chez les olig
ophrènes ; le conditionnement s'établit non pas sur commande verbale,
comme chez les normaux, mais par association de stimuli.
Même s'il survient après le conditionnement, le rétablissement du
réflexe d'orientation joue un rôle positif, amenant la réponse condi
tionnelle, auparavant mécanique et involontaire, à un niveau plus
élevé, relevant du deuxième système de signalisation.
Vinogradova (p. 86-160) utilise un seul indice du réflexe d'orien
tation : la réponse pléthysmographique. Mais, outre l'importance LIVRES 585
biologique de cette activité, la réponse pléthysmographique, simulta
nément enregistrée au doigt et à la tempe, permet de distinguer très
nettement les réactions d'orientation des réactions spécifiques, ther
miques et douloureuses.
L'A. confronte ces deux types de réactions, et s'attache aux formes
d'extinction et de désinhibition, dans des expériences multiples, sur des
sujets adultes normaux, avec des stimuli auditifs, visuels, tactiles, ther
miques et douloureux. Elle étudie ainsi :
— le réflexe d'orientation à des stimuli indifférents, et son extinction
(qui peut ne pas survenir, pour des stimuli très puissants) ;
— ■ la répétition prolongée de stimuli déjà rendus inopérants : la réaction
d'orientation peut revenir, sous une forme un peu différente, rappe
lant la réaction douloureuse ;
— les réactions d'orientation à des stimuli spécifiques, puis à des
stimuli conditionnels ; là, quel que soit le mode de conditionnement,
la réaction d'apparition se reproduit, avec une certaine stabilité,
avant de faire place à la réaction spécifique ;
— le rôle de la réaction d'orientation dans la différenciation, bien plus
complexe que dans les cas précédents, puisqu'il assure l'inhibition
et la « désautomatisation » de l'activité conditionnelle ;
— enfin, les rapports des réflexes d'orientation et de défense dans la
structure du conditionnement.
Dans un autre travail (p. 161-206), Vinogradova se propose d'élu
cider les manifestations du réflexe d'orientation chez les débiles, sa
dynamique pour différents stimuli, ses formes pathologiques. La débilité
étant une déficience innée, en quelque sorte statique, les données obte
nues apportent sur les rapports cortico-sous-corticaux des informations
différentes de celles acquises dans l'étude de processus pathologiques
en cours.
Comparant les réponses à divers stimuli, ayant ou non une signifi
cation de signal, l'A. montre que, en résumé, le réflexe d'orientation
des débiles présente trois caractéristiques : faiblesse, instabilité, carac
tère diffus ; sa dynamique est également perturbée, rappelant les manif
estations d' « explosivité » ou « faiblesse excitable ». Certaines compens
ations peuvent être obtenues grâce à des consignes verbales, mais
choisies avec un soin particulier, ni trop abstraites ni trop simples ;
le mieux est de faire différencier des signaux assez simples.
Danilova étudie successivement (p. 207-227), l'influence du réflexe
d'orientation à une stimulation lumineuse intermittente, celle de son
extinction, de son renforcement par un stimulus extérieur (auditif),
enfin du conditionnement d'un réflexe moteur différé par la stimulation
lumineuse intermittente (enregistrement, sur des adultes normaux,
de l'E.E.O., E.D.G., E.M.G.).
En résumé, elle trouve une interaction étroite entre le réflexe d'orien-
t-aiion ol. In réponse de l'analyseur visuel, qui se traduit, par une ada.p- 586 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tation des rythmes corticaux : plus le niveau d'excitabilité, provoqué
par le réflexe d'orientation à la S.L.I., est élevé, plus le cortex s'avère
capable d'assimiler des rythmes d'une fréquence élevée.
L'exposé de cette recherche est suivi d'un article de Mikhalevskaya
sur les relations entre la dépression du rythme a et une réaction motrice
conditionnelle donnée à des stimuli lumineux faibles (p. 228-239).
Après 40 mn d'adaptation à l'obscurité, les sujets se voient présenter
des stimuli variant de 0,8 à 60 par rapport au seuil. Ils doivent répondre
par une contraction du poing. L'enregistrement simultané de l'E.E.G.,
E.D.G., E.M.G., permet de déterminer avec précision les particularités
du mouvement, ses latences, ses phases cachées. Ces dernières augment
ent avec la diminution d'intensité des stimuli, en conformité avec la
« loi de force » de Pavlov. Le seuil de sensibilité lumineuse défini par la
réaction motrice est plus élevé que celui défini par la dépression de
l'alpha.
Il n'y a pas de dépendance uniforme entre l'importance de la dépres
sion du rythme a et l'intensité du stimulus. Souvent, des stimuli proches
du seuil amènent un renforcement du réflexe d'orientation, donc de la
dépression.
Un nouvel article de Paramonova montre que l'étude comparative
de réflexes d'orientation à des stimuli auditifs (sons d'intensité et de
fréquence diverses, présentés durant 3-5 s, avec des intervalles de 10
à 30 tierces), lumineux et vibratoires, sur des écoliers normaux, aveugles
et sourds-muets, apporte quelques données sur les modifications créées
dans le réflexe d'orientation lui-même par des déficiences sensorielles
(p. 254-272). Elle renseigne sur les possibilités fonctionnelles de l'ana
lyseur auditif. Le réflexe d'orientation s'avère intimement lié au rôle
du stimulus dans l'activité, qu'il s'agisse de l'expérience elle-même (des
stimuli ne provoquant aucune réaction quand ils sont indifférents en
provoquent quand ils sont conditionnels) ou des habitudes prises au
cours de la vie du sujet : que les sons soient utilisés ou non dans la réédu
cation des sourds-muets présente une importance directe ; pour des
aveugles, des sons présentés « en champ libre » provoquent un réflexe
bien plus important que présentés par téléphone. Un tel type d'expé
rience peut donc être fécond pour l'étude d'un analyseur sensoriel.
Les particularités du réflexe d'orientation à des stimulations audi
tives et proprioceptives chez les aveugles, est spécialement envisagé
dans un travail de Novikova, Paramonova et Sokolov (p. 273-283).
Les stimuli auditifs utilisés sont des sons purs (10-70 dB, 200 à
2 000 Hz), le stimulus proprioceptif, un mouvement passif de la main;
les composantes enregistrées, E.E.G. (occipital et central), E.D. G.,
respiration, mouvements des yeux et de la tête (E.M.G. des muscles
intéressés) vers le stimulus.
Dans l'ensemble, les lois de l'apparition, du déroulement et de
l'extinction du réflexe d'orientation sont les mêmes chez les aveugles
et les sujets normaux. En effet, le mécanisme dirigeant la dynamique ■
LIVRES 587
du réflexe est celui de l'irradiation et de la concentration du processus
d'excitation. Par contre, le réflexe est en général plus faiblement
exprimé et souvent moins durable chez les aveugles. Ce fait traduirait
une baisse de niveau d'excitation dans le système nerveux central privé
d'analyseur visuel. D'où l'importance de conditions d'expérience assu
rant un niveau d'excitation optimal.
L'objet de l'expérience de Golubeva (p. 284-294) est d'observer
les modifications de l'effet d'un stimulus lumineux, en fonction de
l'excitabilité différente de l'analyseur visuel conditionnée par la pré
sence ou l'absence d'une réaction d'orientation à un stimulus donné.
L'on enregistrait donc sur adaptomètre les variations de la sensibilité
lumineuse à l'obscurité ou à divers stimuli lumineux, ainsi que la dépres
sion du rythme a, composante du réflexe d'orientation spécifique pour
l'analyseur visuel.
Le réflexe d'orientation se manifeste dans l'E.B.G. et dans une baisse
de sensibilité visuelle. En effet, ces réactions disparaissent au fur et à
mesure que les stimuli lumineux sont répétés, et réapparaissent pour
une variation en intensité ou en durée, ou encore pour une différenciation.
L'influence d'une source de lumière fulgurante sur la sensibilité
d'un œil adapté à l'obscurité est étudiée par Bronnikov (p. 295-303).
Ce type de stimulation lumineuse présente un intérêt pour de multiples
applications pratiques : aviation, dispatching, signalisation, éclai
rages, etc.
Le but de l'expérience porte d'une part sur l'influence d'une source
fulgurante sur la sensibilité visuelle, d'autre part sur la participation
de mécanismes réflexes à l'action d'un stimulus fulgurant sur l'ana
lyseur visuel, en particulier quand le réflexe d'orientation est renforcé.
L'appareillage permet de localiser la stimulation sur la rétine. Les
expériences, précédées de 60 mn d'adaptation à l'obscurité, duraient
140-170 mn. L'A. présente ici les résultats obtenus au cours de 40 expé
riences, sur 12 sujets (adultes de 20-25 ans, sans troubles visuels).
Le stimulus provoque une baisse de sensibilité lumineuse, parti
culièrement nette à 25-30° du point de stimulation. Par la suite, si le
stimulus se prolonge sans interruption durant 105 mn, l'œil s'adapte
et la sensibilité visuelle se rétablit. Le rétablissement maximum se
produit près du point de stimulation (à 10-15° de lui). L'adaptation
recule si le réflexe d'orientation est rétabli par une modification de la
présentation du stimulus visuel (intermittent et non plus continu, par
exemple) ou de sa signification dans l'expérience.
Signalons encore une recherche de Sterklova sur les variations des
réactions visuelles données à des stimuli d'intensité lumineuse variable,
sous l'effet de stimulations auditives de force différente (p. 304-312).
Un travail de Sokolov termine cet ouvrage sur le réflexe d'orientation.
L'auteur recherche dans les réactions optiques un antagonisme des
réflexes généralisé et spécialisé, analogue à celui établi dans les réactions
pléthysmographiques (p. 312-327).588 A <\ A. \j y S K S 15 J IS L I O G K A I' H I Q U E S
II étudie successivement, par enregistrement cinématographique
de l'œil (24 clichés/s, 32 clichés/s, et 8 clichés/s en lumière infra-rouge) :
1° l'effet de stimulations lumineuses fortes sur l'œil adapté à l'obscurité, d'un son durant l'adaptation à la lumière vive ;
2° les réactions à une lumière faible et à l'obscurité, enregistrées sous
rayons infra-rouges ;
3° le conditionnement de deux stimuli visuels : un faible stimulus lumi
neux, durant 15 s, est répété avant et après une série de stimuli
de 4 s ; il apparaît alors à la fois comme un stimulus lumineux et
comme un « signal » de l'obscurité ;
4° la valeur de stimulus conditionnel (d'un réflexe moteur) donnée au
stimulus visuel : la contraction du cristallin se manifeste au début,
puis diminue presque jusqu'à disparaître, et parfois même à faire
place à la dilatation.
Dans les réactions à la lumière ou à l'obscurité, l'on peut observer-
non seulement les réflexes d'orientation et d'adaptation (plus difficiles
à distinguer dans l'adaptation à l'obscurité, où les réactions du cristallin
sont du même type), mais aussi un système complexe de liaisons condi
tionnelles intra-visuelles.
N. H.
Frances (R.). — La perception de la musique. — In-8° de 408 pages,
Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1958.
La perception de la musique est l'œuvre d'un musicien philosophe
et psychologue. C'est grâce à cette triple formation que l'auteur parvient
à une synthèse originale sur un donné très complexe. Pour situer
l'orientation du livre, il dit lui-même : « Assez paradoxalement, ce
souci de spécificité est ce qui donne aux recherches de psychologie
de l'art leur caractère scientifique et philosophique... Science et philo
sophie patientes dont le seul présupposé est de retrouver le réel sans
aucune addition étrangère ; mais la synthèse véritable est à ce prix. »
Ainsi se trouvent jointes une analyse conceptuelle et une analyse
expérimentale, coordonnées par une réflexion qui s'appuie sur des
expériences déjà faites et sur les expériences originales de l'auteur. C'est
cette réflexion organisée et unifiée par les options philosophique et
psychologique prises dès le départ qui donne à ce livre son originalité.
Elle le distingue d'ouvrages d'origine anglo-saxonne sur la psychologie
de la musique où ces problèmes sont également abordés.
Cette réflexion se fait dans une perspective socio-culturelle telle
qu'elle souligne l'adaptabilité permanente de la perception de la musique.
Tout le livre est là pour attester le caractère relatif de nos jugements
perceptifs musicaux bien qu'ils reposent sur des mécanismes sensoriels
stables. Cette étude de la perception de la musique va du simple au
complexe de la langue musicale. Les titres des trois parties : « La Syn
taxe », « La Rhétorique », « Expression et signification », soulignent que .Li vues 589
la musique est avant tout un message esthétique mais organisé et créé
par le musicien pour l'auditeur. Ceci implique qu'il y ait chez ce dernier
une possibilité de le saisir et de l'interpréter. C'est alors qu'interviennent
les caractéristiques de la perception de l'objet d'art de n'être pas exhaust
ives, d'exiger même un certain flou que tolère l'oreille pour des éléments
compris dans un contexte musical.
L'étude de la « syntaxe » revient à présenter tout d'abord le matériau
musical, « la note », mais la note chantée ou jouée et non pas le son pur.
Les notes prennent leurs valeurs musicales en s'articulant les unes
aux autres dans des systèmes de rapports complexes de tonalité, de
durée. Rapports d'intervalles, harmoniques sont autant
d'éléments structuraux complexes que l'oreille n'analyse pas mais reçoit
comme ensembles organisés. Ces structures s'enrichissent et évoluent
et ne peuvent être étudiées comme éléments de perception dans une
perspective culturelle. C'est ce que soulignent les expériences de l'auteur.
Un chapitre développe l'analyse de « la genèse psychologique et de
l'évolution du sentiment de tonalité » fondamental en musique.
Puis vient l'étude de la « rhétorique » musicale, ou articulation des
différentes parties construites selon les cadres de la syntaxe. Il s'agit
alors de l'étude de la perception d'éléments très complexes. Pour faci
liter cette analyse l'auteur fait appel à des techniques d'enregistrement
du comportement du sujet : comportement émotionnel, et manifest
ations d'ondes alpha. Il constate alors que les dissociations s'effectuent
entre ces mécanismes d'origine motrice et végétative et les processus
cognitifs qui permettent un meilleur contrôle de la discrimination per
ceptive des individus. C'est ainsi qu'il étudie ensuite à l'aide des réponses
basées sur l'analyse consciente des auditeurs l'organisation thématique
de différents morceaux de musique. Les problèmes que posent les organi
sations linéaire ou simultanée des thèmes font l'objet d'une étude
approfondie.
La dernière partie de l'ouvrage traite de l'expression et de la signi
fication. Elle dépasse ce que pouvait laisser prévoir le titre même de
l'ouvrage, si du moins l'on entend le mot perception dans un sens opéra
tionnel strict. La signification n'est plus perçue, elle est déduite des
données perceptives. C'est une interprétation de la perception musicale
qui permet par là même sans doute de la préciser et aussi de cataloguer
les effets produits par des structures musicales déterminées.
Dans ce domaine difficile de l'analyse des significations l'auteur
mène une série d'expériences avec des méthodes de mise en relation
d'expressions graphiques ou sémantiques avec certains thèmes musicaux.
La difficulté demeure toujours au niveau de la classification des
réponses mêmes des individus qui demandent elles aussi à être inter
prétées. L'auteur dégage différentes couches de significations. Leur
saisie par l'auditeur à partir de la musique dépend étroitement de ses
capacités de discrimination. La richesse des significations dépend de
celle de la perception des éléments musicaux, Mais les significations

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